11/07/2017

Lynn Cassiers et SCHNTZL au Brosella

J'ai toujours été admiratif des artistes qui arrivent à imaginer, inventer et créer à partir de… rien. Admiratif aussi du courage qu'il leur faut pour oser présenter au public une musique qui n’existait pas avant. Non seulement il faut pouvoir la concrétiser mais aussi pouvoir convaincre d’autres d’y croire aussi. Et d’y participer.

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Lynn Cassiers s’est donc entourée de musiciens qui comprennent sa musique et qui peuvent l’emmener encore plus loin.

Pour son Imaginary Band, elle a rassemblé des fidèles compagnons de route, tels que Manolo Cabras à la contrebasse, Erik Vermeulen au piano, Marek Patrman aux drums, mais aussi Alexandra Grimal au soprano et au ténor, Niels Van Heertum au tuba et Ananta Roosens au violon (et un peu à la trompette).

Lynn Cassiers est bien plus qu'une chanteuse et musicienne, c'est une artiste, et son univers est unique.

Oser présenter cette musique très personnelle, intimiste, conceptuelle et contemporaine sur la scène du très familial festival Brosella est une gageure. Soulignons donc l’audace des programmateurs d’avoir proposé cette carte blanche à Lynn. Et remercions-les.

Voilà donc que de longues plages fantomatiques et évolutives envahissent le Théâtre de Verdure. Guidée par la voix cristalline et diaphane de Lynn, la musique se trouve un chemin dans des méandres harmoniques complexes. Le chant ouaté s’entoure de scintillances. De légères réverbérations font échos au souffle chaud du ténor d’Alexandra Grimal, tour à tour félin et acéré. Les notes qu’elle lâche s’éparpillent comme mille feuilles d’arbres prisent dans un coup de vent. Derrière, le jeu foisonnant de Marek, souvent aux balais, et la pulse libre mais précise de Manolo, assurent mais ouvrent toujours le jeu. Et puis il y a les interventions brillantes d’Erik Vermeulen - l’un des pianistes les plus inventifs en Belgique - incisif, parcimonieux, déroutant. Il y a aussi les feulements du tuba de Niels Van Heertum qui démontre toute sa maestria en faisant parler son instrument (sur «We Talk», justement) à force de cris, de râles, de souffles, de grondements profonds ou aigus et de balancements hypnotiques. Entre la chanteuse et la violoniste, les dialogues sont tout aussi subtils, joués parfois à l'unisson et même aussi sur la même tessiture que la chanteuse. A moins que ce ne soit l’inverse car Lynn et sa voix de sirène sont capables de tout.

Atmosphère, musique en apesanteur, Lynn Cassiers a emporté ceux qui le voulaient dans son monde unique, étrange et envoûtant.

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Un peu plus haut dans le parc, sur la seconde scène, SCHNTZL (Hendrik Lasure au piano et Casper Van De Velde aux drums) continue un peu dans la même veine. Enfin, presque.

Ici, la musique est très minimaliste et souvent répétitive. Mais on y ressent un peu plus de groove sans doute. J’avais vu ce duo la première fois à Bruges, il y a deux ans, lors du Belgian Jazz Meeting, et il m’avait vraiment emballé. Il y avait de la fraîcheur et des surprises et pas mal d'humour. On avait retrouvé un peu de tout cela sur leur premier et excellent album, même si on perdait un tout petit peu en spontanéité.

En reprenant quelques-un des morceaux dudit album («Lindbergh», «Dame en Konijn») et autres nouveaux morceaux, SCHNTZL reste très séduisant mais semble vouloir un peu trop sophistiquer sa musique au détriment, parfois, de la légèreté, de la liberté et la désinvolture qui font sa force. Bien sûr les ambiances sont toujours intrigantes, la musique intelligente et les deux amis maîtrisent leurs instruments à la perfection… mais le soufflé est peut-être un tout petit peu retombé ce soir. Hé oui, quand on aime, on est toujours plus exigeant.

Et puis, c’est cela aussi être artiste. Oser avancer, tenter, chercher, au risque de déplaire ou d'être incompris…

 

 

Merci ©Roger Vantilt pour les images

A+

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28/03/2017

Manolo Cabras Quartet - Jazz Station

En septembre 2016, Manolo Cabras sortait Melys In Diotta (chez El Negocito Records) avec son nouveau quartet. Ce samedi 24 mars, la Jazz Station l’accueillait pour l’un des trop rares concerts de présentation de cet excellent album. Bien sûr, il y a eu quelques dates ici ou là (Hopper, Sounds, Lokerse Jazzklub ou Jazz In ‘t Park), mais il est quand même assez étonnant que ce groupe n’ait pas joué beaucoup plus souvent. La musique est sophistiquée et demande à l'auditeur de se plonger dans un certain mood ou un certain état d'esprit, certes, mais elle est tellement riche et tellement bien écrite qu'elle en devient rapidement accrocheuse et l’effort (l’effort?!) est vite récompensé. Il faut dire que ce jazz, joué par quatre musiciens à qui on ne la fait pas, a de quoi réjouir.

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Outre le vieux complice Marek Patrman (Erik Vermeulen, Ben Sluijs, Free Desmyter ou Augusto Pirodda...) dont le jeu est toujours autant impressionniste et tachiste que claquant et incisif, on retrouve Nicola Andrioli dans un registre qu'on ne lui prête que trop peu souvent. Il y a toujours chez ce dernier une délicatesse et un certain romantisme qu’on lui connait, mais il le dissimule ici dans un jeu très ouvert, parfois presque abstrait et souvent sombre. D'autre part, quand il s’agit de jouer vite et de ruer un peu dans les brancards (sur «E.S.D.A.», par exemple) il est là aussi. Et avec quelle présence !

Et puis que serait ce quartet sans l’apport précieux de Jean-Paul Estievenart, trompettiste tout-terrain à la fougue maîtrisée, sorte de caméléon à la personnalité de plus en plus affirmée ? C'est indéniable, Estiévenart s’est façonné un son, une griffe.

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Les premiers morceaux jouent beaucoup sur l'atmosphère et se construisent sur des ostinatos imposés avec une force tranquille par Cabras. Tandis que «Melys in Diotta» oscille entre mélancolie et danse éthylique, «E La Nave Và» évoque un néo-réalisme italien qui navigue entre le bonheur, la légèreté et le chaos. Puis, quand ça balance vers un free-bop très ouvert (à la William Parker, Hamid Drake et consorts), ça craque de partout, ça file et ça freine, ça tangue, c'est fragile et solide à la fois. Chacun des solistes s'exprime pleinement : un piano fougueux, une trompette hallucinée et un drumming explosif. Et nous, on prend un pied pas possible.

Et le second set continue un peu dans la même lignée. On installe d’abord une ambiance feutrée et inquiétante avec «Lena». Trompette bouchée, notes égrainées au piano, feulement des balais sur les tambours et des cordes qui impriment un battement régulier. Puis on va déterrer les racines du blues pour mieux le déstructurer («Uncle Stevie»). C'est ici que se révèle encore plus la force du jeu de Cabras : anguleux et mobile à la fois.

Enfin on se permet toutes les libertés rythmiques et mélodiques sur le vif et indomptable «E.S.D.A.» avant de clore ce concert intense avec un «No Comment» plein de délicatesse.

Ces quatre musiciens, à la personnalité forte, sont au service d'une musique aussi inventive et brûlante que spontanée et profonde. C'est une véritable musique d'échange, qui se joue sur l'instant dans laquelle rien n'est jamais figé. C’est un vrai jazz vivant qui ne demande qu'à être joué souvent sur scène, pour évoluer encore et encore et devenir énorme.

N’y a-t-il pas un club ou un endroit qui pourrait les accueillir plus régulièrement ?

 

 

A+

Merci à ©Roger Vantilt pour les photos.

 

 

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18/08/2016

Deux jours à jazz Middelheim ( Part 2/2 )

15 août, c’est la fête des mères à Antwerpen et la fête du jazz au Middelheim.

Retour, toujours sous le soleil, au Parc Den Bandt pour la dernière journée du festival.

Le monde commence déjà a affluer, vers 11h30, tandis que Ashley Kahn évoque une autre facette d'Ornette Coleman avec David Murray (encore lui) et Geri Allen.

On retrouvera les deux musiciens tout à l’heure sur scène en compagnie de Terri Lyne Carrington. Pour l’heure : piano solo !

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Main Stage

Il est 12h30 lorsque Craig Taborn s’installe devant son piano. Il entame une première et longue improvisation, qui tourne autour d’un motif court, cinq notes à peine, et place la barre très haut. Ce leitmotiv, répété à l’envi et ornementé de brillante façon, évoque tantôt Bartok tantôt Stravinsky. Et parfois, en écho, on perçoit quelques pointes de douceurs ellingtoniennes. On est soufflé. La deuxième impro est nettement plus free. Taborn, très concentré, fait gronder le piano après avoir provoquer les notes aiguës. Il plaque les accords, frappe les cordes, fouette les touches, écrase du coude le clavier à la Don Pullen ou à la façon d’un Cecil Taylor. C’est bref, intense et impressionnant. Tandis que le troisième morceau est peut-être le plus « jazz » de tous, plutôt bop à la Monk, la dernière intervention de Craig Taborn lorgne du côté de la musique concrète, parsemée de respirations romantiques. Toutes ces influences, mêlées avec intelligence, font sans doute de Craig Taborn l’un des pianistes les plus excitants du moment. Cette standing ovation et ce rappel n’ont certainement pas été usurpés. Seul sur la grande scène du Middelheim, il a réussi un véritable tour de force. Grand coup de cœur.

Le batteur belge Dré Pallemaerts a sorti récemment un superbe album (Coutances) qui lui ressemble bien : subtil, habile et impressionniste. Et ce sont la plupart de ces morceaux qu’il présente aujourd’hui sous le nom de « Seva » (l’une des compos de l’album) avec un line-up légèrement différent. Nic Thys s’est ajouté au groupe et Robin Verheyen a pris la place de Mark Turner. Derrière le piano, on retrouve Bill Carrothers et au Fender Rhodes Jozef Dumoulin. Le set est extrêmement bien construit, tout en paliers, en douceur et sans aucune monotonie. On flotte entre deux mers, à la fois brumeuse et indocile. Tout se fait en souplesse, à l'image du jeu, fluide et sensuel de Dré. Le phrasé romantique et lumineux de Carrothers, s’oppose aux notes plus acides et nébuleuses de Jozef. Robin Verheyen, lui, est toujours à la limite de la cassure, toujours sur le fil du rasoir. Parfois rauque au ténor et d'une rondeur acide au soprano. Et tout ce beau monde peut compter sur la basse chantante et discrète de Nic Thys (fini la barbe hipster !). Il y a de la tendresse dans les compositions de Dré (« For Anne », « Mood Salutation ») et de la volupté, comme sur « Where Was I », cette milonga extraite de son précédant album, Pan Harmonie, sorti il y a neuf ans déjà (et « must » également !). De la complicité, de l’interaction… du jazz. Et puis, après une visite à Satie (« Première pensée rose + Croix »), on swingue et on danse sur « Waltz Macabre » ou « Swing Sing Song »… Un très beau concert, maitrisé, plein d'inventivité et de finesse. Un étrange mix entre tradition, désuétude et contemporanéité qui rend la musique de Dré Pallemaerts très personnelle, singulière et très attachante.

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Le Power Trio Geri Allen, Terri Lyne Carrington et David Murray monte sur la scène sous un tonnerre d’applaudissements et démarre en trombe avec « Mirror Of Youth » ! La plupart des morceaux sont extraits de l'album Perfection, enregistré quelques jours après la mort de Ornette Coleman. Si « Perfection » est un morceau de Coleman à qui l’album rend hommage et qui sera joué plus tard, le trio a également une pensée pour Charlie Haden, Marcus Belgrave ou encore Peter O’Brian et son funky foxtrot « For Fr. Peter O'Brien ». La complicité est évidente, mais elle se remarque surtout entre Geri Allen et Terri Lyne Carrington sur « Geri-Rigged » par exemple. L’intensité est forte, Carrington ne quitte pas du regard Geri Allen et la pianiste enchaîne les chorus avec détermination. C’est bouillonnant. Le trio alterne les moments groovy (« The David, Geri & Terri Show », annoncé avec humour) avec d’autres, plus souples (« Barbara Allen »), qui permettent à David Murray de montrer son côté plus suave et moelleux à la Coleman Hawkins. Finalement, le trio se lâche complètement sur une version débridée de « Perfection ». Bel hommage, en effet.

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On attendait beaucoup de Pharoah Sanders. Le disciple inaltérable de Coltrane.
Entouré du pianiste Joachim Kühn et du percussionniste Zakir Hussain, le saxophoniste à la belle barbe blanche semble être bien assagi. Il laisse d’ailleurs beaucoup d’espace à ses partenaires. L’entrée en matière se fait de façon douce, sur une rythmique mystérieuse et psalmodiante. Le son du sax, unique, acre et pincé, est quand même bien là. Les phrases sont sinueuses et semblent se chercher un chemin entre les rythmes indiens de Zakir Hussain et les rivières de notes qui déferlent sous les doigts de Kühn. Le rythme est répétitif, comme une transe. Le dialogue entre Hussain et Kühn a quelque chose de fascinant. Mais c'est le long solo du joueur de tablas qui est plus surprenant. Chants et incantations se mêlent à un jeu d’une incroyable virtuosité. Et tout cela avec pas mal d’humour en plus. Les morceaux s’enchainent, Sanders esquisse quelques pas de danse, chante dans le pavillon de son sax, laisse à nouveau la place à Hussein, puis à Kühn… Le meilleur est passé. On attend un peu, mais… Il y avait trois personnalités sur scène plutôt qu'un vrai trio. Un peu dommage.

 

Club Stage

Et pendant ce temps-là, entre chaque concert sous la grande tente, le Club Stage fait le comble, lui aussi. Et pour ce dernier jour de festival, c’est Ben Sluijs qui nous offre quatre splendides concerts.

D’abord en duo avec son vieux complice, le pianiste Erik Vermeulen.

Que dire ? Que dire sinon qu’on est envoûté par tant de justesse, de beauté et d’humanité. Le couple reprend des compos personnelles (« Broken », « Little Paris », « Parity ») et quelques « standards » ( « Goodbye », « The Peacocks ») avec la même grâce et élégance. On laisse le temps à la mélodie de s'installer, on joue avec les respirations, le phrasé de Vermeulen est brillant, incisif sans être agressif. Ben Sluijs va chercher au fond de son sax les dernières notes comme on gratte le fond d'un plat pour en extraire les derniers sucs. Le duo ne tombe jamais dans le mielleux et garde toujours cette flamme, cette âme, cette vérité…

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Avec Marek Patrman (dm) et Manolo Cabras (cb), la musique est plus nerveuse, plus rugueuse parfois. Mais elle garde toute son intériorité ! Après un fiévreux et sinueux « Unlike You », « A Set Of Intervals », comme son nom l'indique, nous embarque dans un voyage exceptionnel sur les échelles de notes. Avec une sorte de pédagogie, Ben Sluijs expose le motif avant que le trio ne l'éclate, ne l'étire petit à petit et ne l'explose pour revenir au pont de départ. Magnifique ! Avec ces trois-là, le jazz prend quand même une sacrée dimension.

Toujours en trio, mais avec 3/4 Peace cette fois, c’est-à-dire Brice Soniano (cb) et Christian Mendoza (p), Ben Sluijs revient pour la troisième fois. Ici, c’est une certaine idée de douceur et de swing qui est mise en avant. De façon hyper délicate, en mouvements lents et rassurants, chaque instrument vient prendre sa place en douceur. Et la magie opère. « Hope », l’insouciant, « Arad », le mystique, « Still », l’élégiaque… Le frisson est garanti. Grand moment de délicatesse.

Pour le quatrième et dernier rendez-vous, il y a toujours autant de monde au Club Stage. Le saxophoniste propose une toute nouvelle formation : au piano Bram De Looze, à la contrebasse Leenart Heyndels et à la batterie Dré Pallemaerts ! « Call From The Outside » fonce et fricote un peu avec le Free Bop. On y entendrait presque les influences d’Eric Dolphy. C’est un peu rubato, avec de faux démarrages, des rebondissements, mais toujours proposé avec la souplesse d'un swing. L’intro de Leenart Heyndels est à la fois introspective et forte sur « Song For Yussef », sorte de marche lente sous une lune orientale. Cela permet à la flûte de Ben de planer bien haut. Puis, il y a aussi « Miles Behind » et sa mélodie qui renaît à chaque fois d'on ne sait où, et une version de « Mali » plus sinueuse que jamais. Standing ovation. Rappel mérité. Un sans faute !

De quoi rentrer à Bruxelles, des étoiles dans la tête.

 

 

 

A+

Merci à ©Bruno Bollaert (WahWah) pour les images.

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29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

13/12/2011

Robin Verheyen Quartet - Sounds

Le concert initialement prévu en duo avec Bill Carrothers ayant été annulé, c’est avec un quartette inédit que Robin Verheyen se présentait ce samedi 4 décembre au Sounds. En effet, notre  New-Yorkais d’adoption était entouré de Marek Patrman (dm), Manolo Cabras (cb) et Fabian Fiorini (p). On a déjà vu pire comme quartette de… «substitution». Avec de tels musiciens, on ne pouvait s’attendre qu’à un concert de haute volée. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on n’a pas été déçu.

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Le groupe attaque (et ici, le mot prend tout son sens) avec un «On The House» de folie. Fabian Fiorini, plus survolté que jamais, martèle son piano. Marek et Manolo se déchaînent et Robin pousse son sax toujours plus loin, plus haut, plus fort. Pour un peu, on le verrait rougeoyer.

Mais Verheyen garde tout contrôle sur son instrument. Il suit une ligne de conduite claire et maîtrisée. Il joue à l’instinct. Les phrases défilent, les idées jaillissent les unes après les autres. C’est l’incendie sur scène.

Ce soir, ce quartette est un vrai baril de poudre. Et ça envoie à tout va !

Il faut les entendre démonter «Bemsha Swing», amorcé au soprano et achevé au ténor. Il faut presque se pincer pour le croire, lorsqu’on entend «Chase No Straight» (écrit par Fiorini), basé sur le célèbre thème de Monk, revu et remonté totalement à l’envers. Etonnant, enivrant, terriblement excitant.

Et dans les moments plus retenus, le feu continue de couver, la tension ne baisse pas. Rien n’est jamais tiède. Tout est joué avec conviction et détermination. Toutes les notes semblent vitales.

Au soprano, Robin révèle aussi une sacrée personnalité. Il commence à le tenir vraiment bien, ce «son». Il le fait vivre entre ses doigts, le fait voyager, le modèle, le tord, le sculpte. C’est encore plus frappant sur cette ballade triste, «Bois-Le-Comte», par exemple.

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Et Fabian Fiorini ! Fabian Fiorini !!! Il est percussif au-delà de l’entendement. Lorsqu’il faut aller au charbon, il n’est jamais le dernier. J’avais déjà ressenti cette impression à Bruges, lorsqu’il donnait la réplique à Jeroen Van Herzeele. Il est prêt à faire péter le piano s’il le faut. Il a d’ailleurs enlevé la tablette avant de l’instrument pour mettre à nu les marteaux et les voir frapper les cordes avec force. Il joue à la manière de ces pianistes contemporains qui plaquent les accords avec puissance, vitesse et précision. Ses attaques sont décidées, franches, sans hésitation aucune. Et il y ajoute ce balancement swing avec un sens incroyable du placement. On dirait un capitaine aux commandes d’un bateau prêt à affronter toutes les tempêtes.

Mais Fiorini peut aussi se faire délicat et mystérieux – sans affaiblir son tempérament – comme sur un thème introspectif («Living Again» ou «Leaving Again» ?) ou sur le sensible et mélancolique «Mister Nobody» (en hommage à Pierre Van Dormael).

Et puis, il ne faudrait surtout pas oublier la paire Cabras - Patrman, qui se connaît tellement bien et qui prend, on le sent, un plaisir décuplé à jouer dans cette formation explosive. Ils vont au bout de leurs idées et de leurs folies. Ils vont au-delà des rythmes pour réinventer dans l’instant des tempos d’enfer.

Oui, c’est un bon, un très bon concert de jazz, bourré d’énergie, d’humour et de rage.

Et finalement, quand Robin reprend «Esteem» de Steve Lacy, dans une version déchirante et touchante, on se dit que, oui, vraiment, Verheyen fait partie des grands. Il construit quelque chose qui va rester dans le jazz. Je suis prêt à prendre les paris… (ok, vous avez raison, je ne prends pas beaucoup de risques).

A+

20/11/2011

Augusto Pirodda Trio au Sounds

Il y a beaucoup de monde au Sounds ce vendredi 5 novembre pour la sortie officielle de «No Comment», le dernier disque d’Augusto Pirodda dont j’avais parlé ici.

Je pensais, à première vue, que le public savait ce qu’il était venu écouter car, lors des premiers morceaux, il est très attentif, discipliné et presque silencieux (ce qui n’est pas toujours le cas au Sounds, il faut l’admettre). Il faut dire aussi que la musique d’Augusto Pirodda doit vraiment s’écouter pour être appréciée. Malheureusement, au bout de trois morceaux, le brouhaha monte un peu et Marek Patrman sera obligé de ramener l’attention par quelques coups de cymbales cinglants. Au deuxième set, d’ailleurs, une partie du public abandonnera… Oui, la musique d’Augusto Pirodda est exigeante. Oui, elle ne peut sans doute pas plaire à tout le monde. Mais si elle est difficile pour certains, elle n’en est pas moins intéressante, bien au contraire.

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Pirodda a «le chic» pour faire sonner le piano de façon très personnelle. Les notes profondes et graves, qu’il distille en une pulsation particulière, soutiennent une main droite habile et… parfois tachiste.

Le pianiste laisse planer le doute et crée une atmosphère élégiaque avant de s’investir soudainement et totalement dans un jeu frénétique et redoutable… La musique se délie et s’échappe sur «Il Suo Preferito» puis elle se ressert avec «Seak Fruit». Elle est toujours changeante et surprenante.

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Manolo Cabras, toujours aussi imprévisible, est continuellement à la recherche d’idées. Il refuse l’évidence. Il intervient avec précision, répond, s’immisce entre le piano et la batterie. Il invente des accords, tresse des harmonies rares… Marek Patrman peut être excessivement délicat et subtil, comme il peut être mordant et très agressif. Son solo sur «Ola» est fantastique de créativité, bourré d’idées et d’histoires à rebondissements. Il joue sur des rythmes fluctuants, navigue entre les phrases énigmatiques de Pirodda et les fulgurances pyrotechniques de Cabras.

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De toutes ces constructions minutieuses et ciselées - étonnantes et parfois déstabilisantes - naît un swing libérateur. Mais un swing intérieur et singulier, car rien n’est jamais explicite dans la musique du trio, et c’est à nous de remplir les points de suspensions. C’est ça aussi qui la rend passionnante.

Il est intéressant d’entendre la différence entre le disque (avec Gary Peacock et Paul Motian) et le live. Il me semble qu’avec le line-up de ce soir, la musique se révèle un peu plus incisive, même si «So ?» se termine dans un dépouillement absolu et irréel.

Décidemment, le trio de Pirodda arrivera toujours à nous surprendre. Tant mieux, on ne demande que ça.

A+

 

29/10/2011

Augusto Pirodda Trio - No Comment

Jouer avec Paul Motian et Gary Peacock, pour un jazzman, c’est plutôt alléchant. Mais pour un pianiste, cela prend une saveur est encore plus particulière. Diable, passer après Bill Evans, Paul Bley, Keith Jarrett, Martial Solal ou encore Geri Allen n’est pas une mince affaire…

Quand Augusto Pirodda contacte ces deux monstres sacrés, il ne se doute pas que le fluide allait passer aussi bien. Le 4 avril 2009, il traverse l’Atlantique et se retrouve au célèbre studio System Two pour une longue journée d’enregistrement qui deviendra l’album «No Comment», sorti chez Jazzwerkstatt.

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Et ça commence comme ça («It Begins Like This»), un premier morceau pour se jauger, se sentir, se connaître. Voir et écouter où va l’autre. Improvisations, conversations calmes et échanges de premières idées… Il n’y a pas de doute, la journée sera bonne.

Il y aura donc deux morceaux écrits – ou plutôt improvisés – dans l’instant de la rencontre avec Motian et Peacock («It Begins Like This» et «I Don’t Know»), deux autres «offerts» par son complice Manolo Cabras - dont un qui donne le nom à l’album - le reste étant de la plume du pianiste.

L’ensemble est d’une homogénéité parfaite car le trio a vite trouvé sa voie et préfère creuser le même sillon plutôt que de se disperser dans différentes tentatives.

Paul Motian louvoie entre les ambiances, ne se dévoile pas totalement et laisse planer le mystère des compositions. Il joue, comme il sait si bien le faire, en clair-obscur, et met ainsi en valeur le jeu de Pirodda. Un jeu très intuitif, très sensible, introspectif parfois. Le pianiste semble profiter pleinement de l’instant. La musique se joue alors aussi dans les silences. Et puis, il y a la basse discrète et omniprésente de Gary Peacock. Il fait durer les notes qu’il place avec précision. Il joue comme en écho aux échanges de Motian et Pirodda. Ou alors, il fait balancer sa contrebasse («So?») avec une régularité flottante insaisissable.

«Seak Fruit», mais aussi «So?» ou «I Suo Preferito», sont dès lors assez dépouillés, presque élégiaques, emplis des moments de plénitudes, de silences et de notes éparses. Une grande part est laissée à l’improvisation qui apporte toutes les nuances et des couleurs chaque fois renouvelées.

«Brrribop» est quelque peu différent. L’exercice est plutôt rythmé et nerveux, légèrement désarticulé. Pirodda fait preuve de virtuosité. Il joue par éclats et par jets. Peacock et Motian, en vieux loups des mers improvisées, répondent, ne se laissent jamais surprendre et, au contraire, enrichissent le propos. Les solos se construisent comme par magie, inventifs et complices.

«Ola», qui clôt l’album possède ce léger parfum bluesy, qui rappelle un peu (est-ce intentionnel?) «The End Of A Love Affair»… Pourtant, nous, on aimerait tant que cette histoire reprenne et continue.

PS : Augusto Pirodda sera en concert avec son trio au Sounds vendredi 4 novembre. Non, pas avec Gary Peacock et Paul Motian, mais avec Manolo Cabras (cb) et Marek Patrman (dm). À ne pas manquer.



A+


05/12/2010

Les vagues de Monsieur Pirodda.

 

Augusto Pirodda est un musicien que j’aime beaucoup. J’aime son approche assez percussive du piano. Celle qui laisse planer des silences pleins de fureur juste après qu’il a frappé les cordes et les structures de son instrument. J’aime la violence qui gronde après un moment de douceur… ou vice-versa. J’aime la façon dont il contraste ses compositions, entre jazz et musique contemporaine. J’aime les ondulations vagues de son romantisme totalement dénué de complaisance et de mièvrerie.

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Ce soir, le 3 novembre à la Jazz Station, le premier morceau («Between») est l’exemple parfait de ce qui vient d’être dit. Pirodda évoque le sac et le ressac incessants, il insuffle cette idée flottante et incertaine qui laisse le sax de Ben Sluijs et la contrebasse de Manolo Cabras s’entortiller, et qui laisse le temps à la batterie de Marek Patrman de plonger, de se cacher et finalement de resurgir. Puis, comme un brise-lames, Augusto vient rompre l’élan pour redistribuer les cartes, proposer une autre réflexion et reconstruire une idée nouvelle.

Ce qui est excitant avec ce groupe, c’est que tout le monde y trouve sa liberté. Vous savez, cette démocratie qui existe dans le jazz, cette chose fragile qui permet aux musiciens d’aller où ils veulent et de dire ce qu’ils pensent tout en respectant les autres. Un jazz qui peut quitter la maison, aller jouer dans le jardin du voisin, revenir sous une autre forme, avec une autre façon de penser. Sans rien imposer, juste en laissant deviner ce qui s’est dit à côté. Rien de neuf, me direz-vous? Peut-être, mais quand ces principes sont appliqués avec une telle honnêteté, la musique se réinvente et nous surprend toujours. Elle peut-être exigeante mais n’en est certainement pas inaccessible. Il suffit de se laisser prendre.

Quand il le faut, l’excitation aidant, Pirodda, se lève, se balance de gauche à droite pour appuyer un accord, pour accentuer une note. Il bouge presque autant que l’intenable Manolo Cabras. Sur «If You Wear A Bell» (compo originale inspirée de qui vous devinez), il fait sonner le piano à la Cecil Taylor, puis «se repose» sur la contrebasse en ne jouant que des lignes nerveuses de la main droite. Tout comme le contrebassiste, Marek Patrman, à la batterie, remplit les creux, trouve toujours un minuscule interstice pour s’immiscer, afin de combler ou accentuer les intervalles. À l’alto, Ben Sluijs semble planer au-dessus. Il tourbillonne, attend le bon moment et puis plonge dans l’harmonie, chamboule la donne, ouvre les espaces, jette des idées, puis remonte et s’envole encore plus haut...

A quatre, la musique est toujours instable, inventive, en perpétuel mouvement et toujours en construction.

La délicatesse sombre de «Psalm N.S.» (de Patrman) fait place aux éclaboussures sonores de «Brrribop!!!». Marek se fait plus nerveux, plus tonitruant, plus tranchant, plus claquant, mais parvient toujours à garder un équilibre fragile entre swing et free.

Puis, le groupe improvise sur trois petites notes obsédantes d’ «Ola», comme pour une oraison funèbre, avant de terminer par la fiévreuse ballade «Per Claudia». Des allers-retours, des échanges, des questions, des réponses… des vagues. Ce soir, le quartette de Pirodda nous a donné sa version du jazz… qui n’est certainement pas une des moins intéressantes de toutes.


Augusto Pirodda a enregistré l’année dernière un album avec Gary Peacock et Paul Motian (rien que ça!) qu’il sortira sous peu sur le label allemand Jazz Werkstatt. On en reparlera sans aucun doute. Ici, bien sûr, mais ailleurs aussi, certainement.

 

A+

 

26/07/2009

Brosella 2009


Brosella 2009

33ème édition de ce rafraîchissant festival folk (le samedi) et jazz (le dimanche).

Cette année, il fait beau et le public est nombreux (notez que lorsqu’il ne fait pas beau, le public est pratiquement tout aussi nombreux).
Il faut dire que l’endroit est merveilleux, l’ambiance familiale est toujours aussi décontractée et l’affiche toujours aussi alléchante.

Ce dimanche, je ne pouvais malheureusement pas y être dès le début et j’ai donc raté les trois premiers concerts (Eve Beuvens, dont je vous recommande chaudement le premier album «Noordzee» sorti récemment chez Igloo, le Jazz Orchestra of The Concertgebouw ainsi que Tutu Puoane qui vient également de sortir un album chez Saphrane, «Quiet Now», que je n’ai pas encore entendu).


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J’arrive donc pendant le concert d’Anouar Brahem Trio.
Pari assez osé que de proposer cette musique d’une douceur et d’une délicatesse rares au beau milieu de l’après-midi et en plein air.
Mais le public sait pourquoi il est venu. Il est connaisseur et respectueux.
Il règne sur le site un silence apaisant et une mélancolie retenue.

Anouar Brahem et le clarinettiste turc Barbaros Erköse égrènent les mélodies ondulantes et soyeuses sous la frappe sensible du percussionniste libanais Khaled Yassine.
Le trio revisite quelques-uns des plus beaux morceaux de «Astrakan Café» ou «Contes de l’incroyable amour».
 
L’air est doux et parfumé de poésies musicales.


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Plus haut, sur la petite scène, le quartette de Free Desmyter augmenté de l’Irakien Bassem Hawar au djoza (sorte de petit luth oriental qui se joue verticalement à l’archet) et du Néerlandais Dick Van Der Harst à la chalémie (sorte de flûte maghrébine).

Ce projet, spécialement monté pour le Brosella, propose donc une belle fusion entre jazz et musique orientale.

La clarinette de John Ruocco s’infiltre avec aisance dans ce jeu de modes.
Free joue avec les silences, laisse parler les autres, intervient pour indiquer la couleur.
Manolo Cabras et Marek Patrman toujours attentifs brodent des coutures solides, mais quasi invisibles, entre ces différents mondes musicaux.


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On improvise sur de nouveaux morceaux, on revisite «Indulgence» ou l’on s’inspire de «Bemsha Swing» pour créer un «Judge The Judge» jubilatoire.

Quelle belle réussite.


Retour sur la grande scène pour le toujours jeune et explosif Henri Texier.


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Démarrage sur les chapeaux de roues, à la manière d’une fantasia dans le désert.
Texier se lève, saute, danse et relance inlassablement la musique avec une énergie époustouflante.
Le trompettiste belge Carlo Nardozza, qui devient un habitué du groupe depuis sa première rencontre avec le contrebassiste français lors du Genk Motives Festival 2006, possède une puissance, une clarté dans l’exposé et une brillance dans le son qui n’a rien à envier aux meilleurs neo hard-boppers américains.
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À la guitare, Manu Codjia (dont le fascinant et intriguant deuxième album, dans un tout autre style, vient de sortir chez Bee Jazz) est un formidable tueur!
Il triture sa guitare et en sort des sons incroyables, comme autant de déflagrations.

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Christophe Marguet est infatigable derrière sa batterie, volubile, nerveux, fin et précis, tandis que Sébastien Texier enfile les arabesques musicales en un jeu félin, rebondissant et sensuel.

«Mosaïk Man», «Old Delhi», «Sommeil Cailloux», «Y'a des vautours au Cambodge»…
Tout est tendu et chauffé à blanc.
Et même dans les ballades, on perçoit toujours ce groove brûlant.


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Voilà qui fait un bien fou.


Juste le temps de discuter un peu avec Manu Codjia et malheureusement je dois filer… Je n’aurai pas donc l’occasion d’assister aux deux derniers concerts (Raphaël Fays et le sextette de David Linx avec Maria Joao…)

Rendez-vous sans faute l’année prochaine.

A+

20/04/2009

Erik Vermeulen Trio - "Live Chroma" De Werf

Vendredi 10 avril, week-end de Pâques.
Direction De Werf à Bruges.
Du monde sur l’autoroute de la mer? Pas vraiment, finalement.
Et c’est pas plus mal.
Du monde à De Werf? Pas mal, finalement.
Même si il y aurait pu en avoir plus.
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Le trio d’Erik Vermeulen, ce n’est pas si souvent qu’on peut l’entendre.
Bien sûr, il y a eu la belle tournée des JazzLab Series, qui a précisément servi à l’enregistrement «live» du nouvel album que le pianiste présentait ce soir.
En effet, certains morceaux ont été enregistrés à Grimbergen, d’autres au Meent ou au Beurs… et quelques solos chez Erik même.

Et comme c’est la présentation de «Live Chroma», Erik a décidé de respecter la set-list et de jouer la plupart des morceaux du disque.

«Three Colors and More», puis «Morphos» pour débuter.
Intimistes et légèrement romantiques, ces deux morceaux me font penser que si Bill Evans avait été encore vivant, il aurait peut-être pu jouer comme cela… avec cette touche contemporaine en plus. Celle qui rend le jeu de Vermeulen unique.
Ce qui laisse un peu dubitatif Erik, quand je lui en parle… mais je persiste.
Sur d’autres morceaux, on entend d’autres influences (Monk ou Tristano, par exemple). Mais le pianiste possède un jeu tellement personnel qu’il serait vain de lui trouver des similitudes avec ses illustres prédécesseurs.

Et puis, que dire de la rythmique?
L’interaction entre Manolo Cabras (cd) et Marek Patrman (dm) est en tout point idéale. Avec eux, Vermeulen est comme un poisson dans l’eau.
L’entente, l’écoute et la compréhension sont parfaites.

Cela permet au trio d’explorer continuellement les espaces ouverts.
Sur «Broken», qui porte bien son nom, le groupe joue les cassures rythmiques accentuant parfois un peu les dissonances. Sur «Three For A Ballad» (qui n’est pas sur l’album), la batterie marque le contrepoint plutôt que de se contenter de jouer un rôle plus conventionnel.
En reprenant «Proposal N°1» (de l’album précédent «Inner City») Manolo Cabras impose un groove qui prend soin d’éviter tout le temps l’ordinaire.
Nous voilà toujours en alerte.
C’est de la musique en trois dimensions qui se crée perpétuellement devant nous.
Une musique intelligente et toujours accessible.
Car si elle parle à l’esprit, elle touche aussi le cœur.
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Alors, il y a aussi cette belle ballade triste «The Old Century», ou ce «2/8» en forme de bop aux virages en épingles, qui nous emmènent obligatoirement hors des sentiers battus.
Du Vermeulen, quoi.

Pour conclure, le trio nous offre «Everything I Love» (de Cole Porter) et en rappel «Re:Person I Knew» de… Bill Evans.
Quand je vous disais que Bill n’était pas loin…

Dois-je vous dire aussi que «Live Chroma» est un must ?

A+

21/07/2008

Brosella 2008

Dimanche dernier, le 13, avant d’aller écouter le concert de clôture de la première partie du festival Gent Jazz, je ne pouvais résister à l’attraction de la toute belle affiche du Brosella.

Direction: l’agréable théâtre de verdure, à deux pas de l’Atomium.

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Quelques gouttes de pluie tombent.
Deux fois rien.
Sur la scène, l’orchestre de Maria Schneider s’est installé.
Superbe Big Band dans lequel on retrouve quelques stars du jazz américain actuel.
Voyez plutôt : Clarence Penn, Ben Monder, Donny McCaslin, Rich Perry, Steve Wilson, etc…
Sans oublier les «habituels» de l’orchestre : Ingrid Jensen, Charles Pillow, Frank Kimbrough, pour ne citer qu’eux.
Tout ça pour nous. Et gratuitement! Merci Henri…

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Les compositions, magnifiquement tissées par Schneider, font mouche dès les premières mesures.
D’ailleurs, le soleil revient aussitôt.
Est-ce «Hang Gliding», ce premier thème?
Toujours est-il que la rythmique est soyeuse et swinguante, extrêmement bien mise en place.

Avec «Rich’s Piece», le ton est plus mélancolique et Rich Perry peut développer le thème d’un bout à l’autre.
Sax légèrement plaintif, quelque peu désabusé… magnifique.

Puis, avant de le diriger, Maria prend un plaisir sincère à expliquer le voyage musical qu’inspire le long et fabuleux «Cerulian Skies», tandis que chaque musicien imite le chant des oiseaux.
Donny McCaslin, dans son solo, monte en puissance pour atteindre un paroxysme et une plénitude où vient le rejoindre l’accordéoniste Toninho Ferragutti, dans un jeu dépouillé, retenu, presque mystique…
Tonnerre d’applaudissement d’une foule extrêmement nombreuse.

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À l’opposée de la grande scène, et dégagée cette année-ci du petit bois où elle partageait habituellement le bar et les sandwisheries (ce qui était sympathique mais pas toujours optimal pour écouter la musique), la seconde scène accueillait Mathilde Renault.

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Pour l’occasion, la jeune pianiste avait invité le saxophoniste suédois Jonas Knutsson.
Le quartette (Stijn Cools aux drums et Janos Bruneel à la contrebasse) revisite les compositions de Mathilde: «Merengue», «In a Swedish Mood», etc…
On y retrouve toujours ce mélange original de jazz et de musiques inspirées de tous les parfums du monde (Brésil, Balkans, Orient…).
Les rythmes sont chatoyants, les thèmes évolutifs et parsemés de changements de directions. Mathilde chante dans son langage imaginaire.
Tout ça dans la subtilité et la légèreté.
«Smiles» (de Knutsson) s’insère avec facilité et sans heurt dans ce répertoire plus qu’agréable.

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Transition idéale pour aller écouter Rabih Abou Khalil.
Toujours aussi drôle et ironique dans la présentation de ses musiciens et de ses morceaux, il nous offre la plupart du répertoire de son dernier album «Em Português».

Le fidèle Michel Godard au tuba, Jarrod Gagwin aux percussions, Luciano Biondini à l’accordéon et Gavino Murgia au sax font balancer l’ensemble entre le festif et l’introspectif.

Retour vers la petite scène pour un changement de style assez radical: Ben Sluijs Quintet.
Ce n’est pas parce que c’est un festival que le quintette fait des concessions.
Le groupe fonce tête baissée dans les principaux thèmes des deux derniers albums : «Somewhere In Between» et «Harmonic Integration».

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Ici, on flirte avec l’atonal, la dissonance. On joue pour un public averti.
Sluijs et Van Herzeele bâtissent autour de «The Unplayable», «Squawk», «Close» ou encore «Where Is The Joy?» des improvisations ardues et inspirées.
Erik Vermeulen intervient ponctuellement et arrive toujours à imposer des phrases d’une qualité extrême, oscillant entre le contemporain et le lyrisme.
Quant à la rythmique Cabras et Patrman, elle est toujours aussi solide et bouillonnante.

Dans un coin du parc, Olivier Kikteff et ses amis des Doigts de l’Homme continuent de jammer doucement. Le soleil ne quitte plus le site et l’ambiance est, comme toujours, détendue, familiale et sympathique.
Il y a, bien sûr, toujours quelques égoïstes qui s’emparent d’une chaise, ne la lâche plus et se baladent avec elle pendant tout le festival.
À croire que d’avoir posé leur cul dessus leur donne droit à la propriété exclusive…

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Passons.

La foule est compacte et attentive devant la grande scène pour écouter Paul Bley en solo.
Même si il met de l’eau dans son répertoire (évitant les improvisations intransigeantes), le pianiste ne la joue pas petits bras.

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Plein d’inventivité et sans temps morts, il rebondit sur les standards dont il n’utilise que les premières notes pour se construire des mélodies toutes personnelles.
Il revoit «Somewhere Over The Rainbow» ou «I Loves You Porgy» et joue avec les tensions, joue les temps suspendus, joue rubato…

Il injecte quelques motifs répétitifs qu’il associe à une valse lente, à un blues ou même parfois presque à un léger rag.

Bien sûr, on aurait voulu un Bley un peu moins conciliant. Pour cela il faudra sans doute attendre de le revoir au Ro
ma à Anvers en mai 2009, si mes infos sont exactes.

Paul Bley aurait bien continué encore. Et le public l’aurait suivi… mais le timing d’un festival se doit d’être respecté.
Et il quitte la scène sous une standing ovation.

Quant à moi, il est temps que je rejoigne Gand pour écouter Wayne Shorter.
Mais ça, c’est une autre histoire.

A+

05/07/2008

Augusto Pirodda Quartet - Sounds

Dans le numéro du mois de juin de Jazz Magazine (avec Zappa en couverture), Thierry Quénum regrettait le fait que l’on avait tardé à remarquer Giovanni Falzone en France.
Je partage son point de vue.

Il ne faudrait pas que l’on commette la même bévue avec Augusto Pirodda en Belgique.

Pirodda, je vous en avais déjà parlé ici.

Cette fois-ci, il était en concert en quartette (Ben Sluijs, Manolo Cabras et Marek Patrman) au Sounds le 20 juin. (Oui, je sais, c’était il y a plus de quinze jours maintenant, mais je n’ai pas eu le temps de trouver… le temps d’en parler.).

piroda DUO
Je suis arrivé au deuxième set (et sans mon appareil photo. Alors, je vous ai mis l’image de l’un de ses albums en duo avec un autre pianiste, Michal Vanoucek, enregistré en 2002 au festival de jazz de Nuoro ).

«Opa Tune», écrit par Marek est un morceau magnifique, basé sur un rythme qui hésite entre la valse et la milonga. Le dépouillement est quasi total, le groupe joue avec les silences, l’attente. Une ambiance assez ECM.

Les notes graves, en contrepoint très marqué, de Pirodda, finissent par rencontrer celles de l’alto de Ben Sluijs. Puis, elles se croisent, s’espacent, se recroisent à nouveau tandis que Marek ponctue sèchement les rencontres.

Petit à petit, tout s’emballe et le jeu devient bouillonnant.

L’originalité de Pirodda doit peut-être se trouver quelque part dans cette façon de mélanger une musique très physique avec des moments de romantisme aux accents toujours modernes. Son touché et son timing sont étonnants.
C’est ce qui fait sa force.

Sur «Waltz Cruise» ou «Seak Fruits», de manière singulière, il distribue les notes tranchantes que viennent adoucir les harmonies très inspirées du saxophoniste.

Une voix, résolument personnelle et originale que celle d’Augusto.
Difficile de lui trouver une quelconque filiation. Paul Bley, peut-être ? Antonello Salis ? Un peu de Cecil Taylor ?

C’est plein de tendresse et de délicatesse parfois. De mélancolie aussi…
Une pointe d’Hancock ? De Satie ?

Allez  savoir…

À tenir à l’oreille.

A+

04/06/2008

The Unplayables - Jazz Station

Comme dans un petit avion qui décolle, on quitte doucement la terre.

Les deux saxophonistes, Ben Sluijs et Jereon Van Herzeele, jouent une mélodie douce.
Manolo Cabras, à la contrebasse, marque une pulsation régulière.
Marek Patrman éclabousse le thème de délicats coups de cymbales.
Erik Vermeulen saupoudre l’ensemble de quelques notes cristallines.
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Et puis, ça monte en intensité. Comme si tout se déglinguait.
On se demande si ce morceau va tenir?
Un chaos maîtrisé s’installe… les notes s’éparpillent… puis, retombent comme une fine poussière qui tourbillonne… et trouvent finalement un chemin.
C’était «Close» et «Perfect» extraits de la suite «A Set Of Intervals» sur le précédent album du Ben Sluijs Quartet «Somewhere In Between».

Ça commence fort.
Alors, Manolo et Ben introduisent, dans un esprit très lunaire, ce qui doit être, je pense «Whistling»… Mais Jereon vient jouer les trublions et impose petit à petit une insidieuse mélodie qui se transforme bien vite en improvisation incandescente.

C’est le mariage de l’eau et du feu.
C’est une douceur brute.
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Mais «The Unplayables» (c’est le nom de ce quintet), est capable aussi de lyrisme. Normal, si on connait un peu Ben Sluijs et Erik Vermeulen.
«Scalewise» est très romantique, très printanier.
Bien sûr, on est loin de la banalité.
Les saxes, à l’unisson, lancent le pianiste vers un solo finement ciselé, tendre et subjuguant.
Là où certains jouent beaucoup de notes, Vermeulen les distille avec parcimonie.
Il les laisse respirer, joue avec le silence et son écho…
De même, ses lignes mélodiques, sur «The Unplayables» (merveilleux Ben Sluijs à la flûte), sont des oasis, des petits coins de ciels bleus, des moments de fraîcheur.

Frisson est garanti.

«Major Step», termine le premier set en explosion free, swing et post-bop nerveux.
«Harmonic Integration» ouvre le second sous la forme d’une valse nonchalante, suivi par «Where Is The Joy», qui joue beaucoup plus la carte du free jazz.
Des structures courtes, très ouvertes, des interventions incisives de la rythmique (Marek nous gratifiera plus tard un solo diabolique) et un Van Herzeele toujours prêt à s’échapper…
Le cœur bat vite.
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Alors, le final se joue tout en douceur.
Une flûte aux accents un peu orientaux ou indiens nous ramène dans une ambiance nocturne et introspective…

C’était le 21 mai à la Jazz Station.

A+

03/03/2008

Cordes sensibles - Manolo Cabras

Après avoir célébré quelques grandes dames du jazz, notre gang de blogueurs (Jazz Chroniques et Coups de Cœur, Ptilou’s Blog, Jazz Frisson, Maître Chronique et Jazz à Paris ) remet le couvert pour vous proposer cinq portraits envers et contrebasses.


Manolo Cabras03

MANOLO CABRAS

Les contrebassistes courent de gig en gig.
C’est très important un bon contrebassiste.
Ils sont très demandés les contrebassistes.
Les bons.
Certains tentent de répondre à toutes les invitations, quelques-uns choisissent leurs partenaires… d’autres les cherchent.

Pas simple, la vie avec la grand-mère.

En Belgique, ils sont nombreux, les excellents  contrebassistes: Jean-Louis Rassinfosse, Sal La Rocca, Philippe Aerts, Piet Verbist, Nic Thys, Bart De Nolf, Roger Vanhaverbeke… pour ne citer qu’eux.
La liste est trop longue et je m’arrête ici car je risque d’en oublier… et je ne voudrais pas qu’on me tire la gueule la prochaine fois que je vais en club. (Déjà croisé le regard noir d’un Sam Gerstmans courroucé?)

Depuis 5 ou 6 ans, il y a un contrebassiste qui a pris une place particulière dans le jazz belge: le sarde Manolo Cabras.
Souvent associé au batteur tchèque Marek Patrman, avec qui il forme une rythmique singulière, il est devenu un sideman très recherché.

On peut se demander pourquoi un Italien décide de quitter ce merveilleux pays ensoleillé pour rejoindre la grisaille du notre?
«Il n’y avait pas beaucoup de gigs qui me plaisaient là-bas. Il y avait peu d’intérêt pour le genre de jazz que j’aime, et donc peu de jobs excitants», avoue-t-il.

C’est que Manolo aime Paul Bley, Gary Peacock et Paul Motian ainsi qu’un certain esprit du jazz européen. Un jazz sans doute un peu moins «facile».

Alors, il décide de monter dans le Nord.
Il ne s’arrête pas tout de suite en Belgique, car son objectif c’est d’abord la capitale Hollandaise: Den Haag.
Il sait que, là-bas, il pourra évoluer et jouer la musique qui le fait vibrer profondément.

Sur place, il joue avec Jesse Van Ruller, Eric Vloiemans ou Wolfert Brederode…, mais il rencontre aussi et surtout de jeunes musiciens, venus d’un peu partout en Europe, qui partagent la même vision du jazz que lui: Joao Lobo, Giovanni Di Domenico, Alexandra Grimal, Lynn Cassiers, Gulli Gudmundsson et d’autres encore.

C’est là aussi qu’il rencontre Marek Patrman qui l’entraînera à Anvers pour jouer avec Ben Sluijs et Erik Vermeulen.
L’étincelle jaillit, ici aussi.
Les musiciens se comprennent aussitôt.

Mais quelle est donc cette alchimie qui fait que «ça fonctionne» ?
Trouver les mots pour l’exprimer n’est pas facile.

Marek a bien du mal, lui aussi, à trouver les mots :
«Time and sound», lâche-t-il spontanément avant de réfléchir plus longuement.
Il continue:
«Je ne sais pas, je n’y ai jamais vraiment pensé. C’est un jeu différent des autres. Mais ça vient tellement naturellement entre nous. Je reçois la musique de la même manière que lui. Et quand on la reçoit de la même façon, c’est assez simple de la rendre de la même manière.»

Pas besoin de mots, en quelques sortes.
Voilà une belle illustration du le langage universel et complexe du jazz.

Manolo Cabras01

Une des premières fois que j’ai entendu Manolo, c’était avec le nouveau quartet de Ben Sluijs.
Le saxophoniste alto avait décidé d’orienter sa musique vers un style plus ouvert, lorgnant du côté d’Ornette Coleman ou de… Paul Bley.
Cabras était le contrebassiste tout désigné pour l’aider à mener à bien son projet.

Quand je demande à Ben s’il a une explication à la réussite de cette rencontre, et ce qu’il pense de son contrebassiste il répond:
«Parce qu'il veut me suivre vers les étoiles.
Parce que ça marche tellement bien avec Marek.
Parce qu'il fait des trucs rythmiques qui sonnent décalés, mais qu’il sait (la plupart du temps ! – rires -…)  où il est.
Parce qu'il est parfois difficile mais qu’il se donne toujours à 100% musicalement.
»

Le témoignage est assez éloquent et, on le voit, plein de sensibilité.

De son caractère, de son tempérament et bien sûr de son talent, Manolo Cabras marque indéniablement les groupes dans lesquels il joue: Free Desmyter, Erik Vermeulen, Unlimited et autres…

Mais il est bien plus qu’un sideman. Il a d’autres projets plus personnels qu’il aimerait aussi développer, tel que «Borg Collective», constitué de neuf musiciens rencontré à Den Haag (voir plus haut), avec qui il crée une musique très improvisée et use de sampling, re-recording, effets électros etc...

Il est également co-leader avec Lynn Cassiers (chanteuse atypique à la voix irréelle et somptueuse) d’un groupe qui lui tient particulièrement à cœur.
Un jazz qui combine également les effets électros et l’improvisation non seulement musicale, mais aussi textuelle.
Manolo Cabras_02

Manolo redescend parfois un peu vers le Sud, car il est également présent sur la scène française avec le quartette d’Alexandra Grimal. (Nos amis Parisiens ont eu la chance de les entendre souvent au défunt club «La Fontaine» - qui renaît actuellement sous le nom de «Les Disquaires».)

Alexandra est, elle aussi, tombée sous le charme musical et humain de Manolo:
«Manolo Cabras est un des musiciens qui me touchent le plus. Il est entier dans la musique et joue avec une intensité peu commune.
Le son de la contrebasse est brut et profond, il fait chanter l'instrument sur de nombreux registres différents. Il est soliste, mélodiste, rythmicien, en contrepoint permanent. Il est d'une grande générosité, toujours à l'écoute des autres, il ouvre de nouvelles voies instinctivement. Il vit la musique dans l'instant, tout en pouvant se projeter à la fois dans de longues formes improvisées. C'est un improvisateur et un compositeur extraordinaires.
J'aime particulièrement chez lui sa recherche du vrai, le son tel qu'il est, dans sa forme la plus brute, dans l'impulsion qui le crée.
Que dire de plus? Difficile de mettre des mots sur un tel musicien si complet. Il est aussi à découvrir en tant qu'ingénieur du son!
Il faut surtout l'écouter jouer, il est libre et plein de projets, tous plus variés et étonnants les uns que les autres.
»

On le voit, Cabras ne laisse personne indifférent.
Même pas vous, j’en suis sûr.

Ecoutez-le sur quelques rares CD's, comme «Something To Share» de Free Desmyter ou «In Between» de Ben Sluijs…
Mais surtout, venez le voir sur scène lorsqu’il se balance frénétiquement avec son instrument, complètement investi par sa musique…

Allez, je vous fais une place et je vous attends.

A+


Merci à Jos Knaepen pour les photos, à Marek, Ben et Alexandra pour leurs réponses.

13/01/2008

Fiorini-Rzewski Duo et Erik Vermeulen Trio au Beurs.

J’avais raté le concert de Fabian Fiorini et Jan Rzewski lors du dernier festival Jazz à Liège.
J’étais arrivé en toute fin de concert, pourtant programmé très tard.
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Grâce aux Jazzlab Series, j’ai pu enfin écouter le duo, jeudi dernier, au Beursschouwburg.
J’aime bien cette salle du rez-de-chaussée aux allures de «Factory».
Et puis, c’était l’occasion de revoir aussi Erik Vermeulen en trio, puisque Jazzlab, qui ne fait pas les choses à moitié, a eu l’intelligence de coupler deux concerts par soirée.
Deux pianistes, deux approches différentes… pour un même bonheur.

Fiorini et Rzewski attaquent avec «Farfalle» qui semble puiser son inspiration autant chez Art Tatum, Fats Waller ou Monk pour le pianiste, que chez Steve Lacy pour le soprano (enfin, c’est mon impression).
Ce qui est fascinant dans ce duo, c’est cette idée de grand écart entre les racines du jazz et sa contemporanéité. Il y a des allers-retours  dans le temps, tant dans les compositions que dans l’interprétation. On retrouve d’ailleurs ce même esprit dans «Quadrimensionnele Blues».
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D’autre part, il y a aussi le mélange jazz avec la musique classique ou contemporaine.
Fiorini est à la fois lyrique (voire presque romantique) sur des thèmes comme «Tall Crystal» et à la fois percussif, jusqu’à jouer les déstructurations, comme sur «Music For Food» (morceau que le duo jouait pour la première fois en public).
Ce thème, un peu ardu, aux rythmes et tempos fluctuants est plein de nuances, de changements de directions abruptes, de moments de tensions mais aussi de contemplation.
Rzewski passe alors à l’alto, pourtant, je le préfère au soprano, comme sur «Tarentelle de l’amour». Joué sur le ton de l’humour, ce morceau est une sorte de tango espagnol (ça existe?), sensuel et puissant à la fois, avec une mise à mort par un soprano rauque qui vibre comme des banderilles plantées au plus profond de la chair.

Avec ce Jazzlab Tour, le duo va sans doute encore
resserrer les liens et affiner les tensions.
Ça vaudra la peine de l’entendre encore en fin de tournée.

Après une courte pause où j’ai le temps de discuter un peu avec Fabian, Mathilde Renault, Nath ou Ben Sluijs (dont l’album «The Unplayables» sort début juillet), c’est au tour d’Erik Vermeulen de monter sur scène.
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Le trio commence avec « Untitled 1 », une ballade à l’atmosphère légère, aérienne, sobre et dépouillée. Tout est en non-dit, en respirations et en silences.
Le touché d’Erik est délicat, tout comme le jeu de Marek Patrman avec ses balais.
Le batteur va jusqu’à tordre un des fils pour aller griffer la caisse claire et obtenir un son particulier.

Avec «Broken Something» ou «Tricolori», on joue plus sur une construction «évolutive». Une idée en amène une autre.
Les solos de Manolo Cabras, à la contrebasse, sont magnifiques d’intensité et de musicalité.
La connivence certaine entre les membres du groupe rend la musique excessivement vivante et (é)mouvante.
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Il y a toujours chez Vermeulen cette dualité entre la luminosité du propos et la tourmente. Il y a ces tourbillons de notes aussitôt suivis de silences et d’inquiétudes. Un équilibre fragile et sensible. Et c’est encore plus flagrant dans «Untitled 2» et «Untitled 3».
J’essaie parfois de comparer son jeu à ceux d’autres pianistes, mais je n’y arrive pas vraiment, la musique d’Erik est bien trop personnelle.
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«Station Like» (composé à partir d’une improvisation enregistrée lors du concert à la Jazz Station) explore à fond l’improvisation sur un thème très ouvert. Marek et Manolo sont explosifs. Ils frappent, giflent, frottent ou griffent leurs instruments de toutes parts, tandis que le pianiste fait gronder les cordes.

That’s jazz !

Tous les concerts du trio sont enregistrés durant la tournée, dans le but de sortir un CD chez De Werf dans le courant de l’année.
Alors, même si c’est en «live» que cette musique se vit (allez-y, il n’est pas trop tard, il y a encore des dates ce mois-ci), réservez déjà votre exemplaire chez votre disquaire… C’est moi qui vous le conseille.

A+

23/10/2007

Free Desmyter Quartet - Hopper Antwerpen

J’étais très curieux d’entendre Free Desmyter en concert avec son nouveau projet.
(Oui, avant on écrivait "Fré"... maintenant c'est "Free", car il n'y a pas d'accent en flamand. Bref, ça se prononce toujours "Fré" et ça s'écrit "Free"...)

Mercredi dernier, je suis donc allé au Hopper à Anvers pour l’écouter.
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J’adore quand un groupe décide de lancer toute sa musique au milieu de la scène et que chaque musicien vient y prendre ce qui l’intéresse.
C’est l’effet que je ressens en écoutant le premier thème du quartet.
Enfin, thème… C’est plutôt de l’impro me semble-il.
Une musique très ouverte et généreuse qui me rappelle un peu celle d’Andrew Hill.
Pourtant, en discutant avec Free, il m’avouera ne pas connaître la musique du musicien américain. Et même plus, il écoute très peu de jazz, mais plutôt du classique.
Serait-ce cela le secret de sa musique ?

Le deuxième morceau (dont je n’ai pas retenu le nom) est joué sur un rythme effréné.
C’est touffu et intense.
John Ruocco n’a pas son pareil pour incendier le thème. Suivant toujours une ligne assez claire, il le nourrit de milles idées.
Quant à Marek Patrman, à la batterie, il est explosif.
Tout à fait à l’opposé du jeu qu’il développe sur le morceau suivant: «In Memory», une ballade triste.
Là, Marek utilise des baguettes ultra fines. Le son est fragile, aérien.
Il me dira plus tard, en sirotant son thé, que ce sont … des pailles!
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Les arrangements sur ce morceau sont étonnants. On part sur ce que l’on croit connaître avant que le quartet nous perde. Chacun semble prendre une direction pour donner un point de vue personnel à l’histoire.
Manolo Cabras propose un discours sensible et profond à la contrebasse et John Ruocco développe des lignes déchirantes à la clarinette, sans longueur.
Free, quant à lui, laisse beaucoup d’espaces et de respirations.
Il distribue les notes par vagues, ne se laisse jamais gagner par un romantisme facile.
Il y a de la dignité et de l’intelligence dans son jeu.
Tout le monde s’écoute, le langage musical semble s’inspirer des travaux de Messiaen
Beau moment.

Au deuxième set, le quartet entame une sorte de Calypso… avec grand écart entre bop et moments très libres.
Ruocco termine souvent ses interventions de manière abrupte comme pour provoquer le pianiste. Et les interventions de Free sont souvent courtes, souvent en contrepoints du saxophoniste.
Entre les deux, Manolo et Marek trouvent chaque fois une voie pour ricocher, pour raviver et pimenter le propos. Autant pour le resserrer que pour l’écarteler.
Sur «Thrill» (il me semble), le quarte fait monter la tension d’un cran, en gardant toujours une ligne mélodique forte.
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Le concert se termine avec «Doo The Bop».
Je crois reconnaître un morceau de Parker…mais non.
Monk ? Lacy ? Non plus…
Bien vite, le quartet s’envole. Free Desmyter propulse Manolo vers un solo monstrueux et Ruocco fait taire tout le monde…
Et chacun se retrouve dans un final tendu.
La tension! Toujours garder la tension!

C’est bien ce qu’il fait, Free Desmyter, je vous le conseille.
En plus, son album vient de sortir chez De Werf.

Une dernière «bolleke» avec les musiciens et quelques amis avant de rentrer sur Bruxelles en écoutant le dernier album – magnifique - de Robert Wyatt: «Comic Opera».

A+

28/05/2007

Le Jazz Marathon et une leçon. (Part1)

Bon, si vous le permettez, mon marathon, je vais vous le raconter en plusieurs étapes.
Il faut savoir ménager l’organisme après une telle orgie…

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Vendredi 27, Grand Place, le monde afflue pour assister au premier concert du Jazz Marathon 2007.
Le soleil (qu’on avait pourtant prévu aux abonnés absents) est de la partie. Pour combien de temps ? Suspens…

Sur scène, le trio de Fabien Degryse, avec Bart De Nolf à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie.

La musique est chaude et sensuelle. Couleur un peu bossa mâtinée de blues, le trio propose la plupart des morceaux qui se trouvent sur le récent album : «The Heart of the Acoustic Guitar».
On remarque toujours la belle fluidité de jeu de Fabien, les interventions profondes de Bart De Nolf et le drumming précis de Castellucci.
Fabien enchaîne «Dream And Goals», l’excellent «Da Ann Blues» ou encore la suite «Away From Your Love – It’s A Long Jorney – Back Home» avec une belle élégance.
Un beau moment de bonheur simple qui place le week-end sur une bonne voie.

Direction Place Ste Catherine.
Autre son de guitare : c’est celui de Greg Lamy.
J’arrive pour les deux derniers morceaux, dommage. Il me semblait pourtant que le groupe aurait eu encore le temps de jouer avant de laisser la place à Soul and Soul Band.
J’aime bien la nouvelle mouture du quartet de Greg : ce mélange bop au parfum de musiques antillaises (pas dans la «construction», mais dans le son que Greg donne à sa guitare : un effet «steel drums» des plus judicieux).
Il est entouré par de solides musiciens français : Gauthier Laurent (b), Jean-Marc Robin (dm) et surtout David Prez (s) qui vient de sortir son premier album chez «Fresh Sound New Talent» avec Romain Pilon, Yoni Zelnik et Karl Jannuska.
Je vous le conseille déjà.

Je discute un peu avec les quatres gaillards en écoutant le groupe Soul And Soul Band dans lequel Lorenzo Di Maio (g) a remplacé Marco Locurcio pour l’occasion.
Comme son nom l’indique : c’est de la soul. Tendance parfois funk ou R&B de très belle facture. Santo Scinta impose une pulsion énergique et parfaite tandis que les interventions de Didier Deruyter à l’orgue Hammond rehaussent encore un peu plus le côté dansant et chaloupé de l’ensemble.

Mais je ne m’attarde pas plus et je vais Place d’Espagne écouter Raffaele Casarano.

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Ça groove bien.
Le piano d’Ettore Carucci est fougueux, la contrebasse de Marco Maria Bardoscia est lourde et Alessandro Napoli imprime un rythme bien senti.
Je préfère d’ailleurs le groupe lorsqu’il prend cette option plus musclée que lorsqu’il déroule un jazz plus traditionnel, fait de balades un peu légères et parfois trop romantiques à mon goût.
J’aime bien le jeu du pianiste quand il se fait incisif avec quelques inflexions monkiennes : Raffaele n’en est que plus explosif.
Pas le temps de discuter avec les musiciens comme promis car je fonce à la Jazz Station pour écouter «Love For Trane».

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Ce projet, initié par Yannick et Nico de la Jazz Station, n’a rien à voir avec celui qui sera proposé à Gand au Blue Note Festival, comme je l’avais écrit. (Vous me laissez écrire n’importe quoi ! Heureusement qu’Erik Vermeulen m’a remis dans le droit chemin ! …pour une fois… :-) )
N’empêche, il serait dommage que ce projet n’aille pas plus loin que les deux concerts donnés lors de ce Jazz Marathon.

Pour rendre hommage à Coltrane sans tomber dans les platitudes, Bart Defoort a eu la bonne idée d’inviter Jereon Van Herzeele.
L’eau et le feu, en quelque sorte.
Deux facettes du saxophoniste.
Ajoutez à cela Nic Thys à la contrebasse, qui m’a vraiment «scotché» ce soir, Marek Patrman à la batterie et Erik Vermeulen, au piano et vous pouvez vous imaginer le niveau qu’on est en droit d’attendre de cette bande-là.
Hé bien, on n’a pas été déçu !
L’esprit Coltrane était bel et bien présent. Avec, en plus, toutes les influences du jazz d’ «après Coltrane».
Allons-y pour des relectures éblouissantes, étonnantes, bouillonnantes et fiévreuses de quelques-uns des «tubes» du Grand John.
Ce fut incroyable de swing, de groove, de force et de profondeur.
Nic Thys fut impérial, jouant autant sur les longueurs de notes qu’avec une force brute. Et Marek fut plus jazz que jamais, n’oubliant jamais les éclats surprenants dont il est capable.

Les deux saxophonistes se complètent merveilleusement. Il y a une dynamique qui s’installe et un chemin qui s’ouvre au fur et à mesure que le concert avance. On va toujours plus haut, toujours plus loin.
On ressent un véritable esprit de groupe.
Ce n’est pas pour rien qu’ils jouent resserrés au milieu de la scène. Tout acoustique.
Tout acoustique… mais qu’est ce que ça sonne !
Ce n’est plus un hommage, ça va bien au-delà.
Quelle Leçon…

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Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Je termine ma soirée à discuter avec le groupe jusqu’aux petites heures. Le Sounds et Daniel Romeo, ce sera pour demain.

Dehors il pleut.
On s’en fiche, il fera sec demain !

A+

20/04/2007

Erik Vermeulen Trio - Jazz Station

J’ai toujours été fasciné par le jeu d’Erik Vermeulen.
Par le personnage aussi.

Je me rappelle la première fois que je l’ai vu jouer : c’était avec le quartet de Ben Sluijs.
À l’époque de «Candy Century».
Au feu Travers.
D’abord, j’ai pris une belle claque en entendant le groupe, mais en plus, j’étais hypnotisé par le pianiste. Sa façon de jouer, de se tenir, de bouger, de geindre…

Quel jeu ! Quelle personnalité. Quel sens du rythme. Quel sens des silences.
Un maître.

01

Samedi dernier, à la Jazz Station, Vermeulen était enfin de retour avec son trio.
Son «nouveau» trio.
Cette fois-ci il était entouré de Marek Patrman et Manolo Cabras (oui, encore eux).

Que va-t-il nous jouer notre Erik ?
Le sait-il lui-même ?
Imprévisible, comme seuls les artistes peuvent l’être, le pianiste décide alors de donner beaucoup de place à l’improvisation à partir d’un « simple » thème de sa composition.
Il aime ça, l’improvisation. C’est sa liberté à lui. Et quand il nous invite à la partager, il ne faut surtout pas refuser ce bonheur.
Il y aura donc deux long morceaux par set.
Des morceaux de premier choix.

Les musiciens jettent les bases du premier thème comme les pièces d’un puzzle qu’il faut assembler. Les doigts et les mains de Manolo courent sur sa contrebasse et impriment un rythme haletant, Marek éclabousse l’espace de ces cymbales… et le trio nous emmène petit à petit vers une mélodie contemporaine lyrique, voire même parfois romantique.
Il y a de la profondeur, de la retenue, de la mélancolie, de la tristesse, mais surtout de la musique comme trop rarement on en entend.

Sur la mélodie, Erik joue avec une dextérité et un touché incomparable.
Bien sûr on pourrait citer John Taylor ou Keith Jarrett par moments.
Mais ce ne sont là, sans doute, que quelques tentatives vaines de ma part pour définir le jeu unique d’Erik.

Marek joue sur la peau de ses tambours par simple pression des doigts, il griffe subtilement les cymbales, les effleure avec les balais, les fait scintiller en les frappant sur la tranche, joue avec une petite cymbale placée sur le tom. Il crée un univers éblouissant fait de rythmes mouvants et riches.
Sans jamais oublier un swing sous-tendu.
Il y a une écoute et une entente formidables entre les trois musiciens.
Le jazz est vraiment présent.

Contrairement au concert de la veille avec Jereon Van Herzeele, la musique est moins «free», même si elle reste très ouverte et très improvisée. Elle est moins agressive aussi, sans doute. On lorgne d’ailleurs plus vers la musique contemporaine genre Margaret Leng Tan… avec des fulgurances en plus.
Erik distribue les notes avec un sens parfait du timing. Il alterne les moments intenses ou les déboulés nerveux avec des mélodies très … lunaires.
Les influences «classiques» (Bartok ? Mozart ?) se font aussi ressentir par moments.
Un véritable bouillonnement d’idées. Exposées avec brillance.

02

Si la musique d’Erik Vermeulen peut sembler parfois «difficile» pour certain, c’est sans doute parce que nous n’avons pas l’occasion de l’entendre assez souvent. Car finalement, elle est très pure, très humaine.
C’est un langage auquel il faut s’habituer un peu.
Un langage qui, pour peu qu’on lui laisse le temps de s’immiscer en nous, amène des émotions fortes.

Par exemple sur «No Comment» écrit par Manolo, le trio joue, sur un tempo lent, un thème élégiaque parsemé d’inflexions incertaines.
La basse hypnotique entraîne le groupe vers une improvisation très inspirée, jusqu’au défoulement total. On joue sur les moments suspendus, des «bruits» de musique décharnée, des colorations éclatantes.
Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris.
Mais en tout cas, j’ai tout ressenti.

En rappel, le trio se réapproprie «Up Too Late» de Steve Swallow avec une maestria et une personnalité enivrantes. Ça improvise, ça dérape, ça joue, ça s’amuse.
C’est… bluffant.

Ce trio de toute grande classe mérite cent fois (que dis-je: mille fois !!) les scènes des clubs européens.
Et aussi, beaucoup plus de passages sur nos scènes belges.
Ça, c’est mon petit conseil aux patrons de clubs… ;-)

A+

16/04/2007

Jereon Van Herzeele Trio -Jazz Station et Yvonne Walter - Sounds

Dans la chaleur moite de ce vendredi, Jeroen Van Herzeele et son trio ont finalement attiré pas mal de monde à la Jazz Station.
Bien sûr, ce n’était pas la grosse foule, mais le club était quand même bien rempli.
Ça fait toujours plaisir de voir que, malgré les vacances et la température élevée, les gens ne restent pas tous affalés aux terrasses des cafés.

Il faut dire qu’on n’avait plus entendu le trio de Jeroen depuis pas mal de temps.
Il est assez occupé avec l’excellentissime quartet de Ben Sluijs ou avec Mäâk’s Spirit, entre autres.

Pour lui donner la réplique, Jeroen a enrôlé des musiciens qu’il connaît bien puisqu’il s’agit de Marek Patrman (dm) et Manolo Cabras (cb).
Des fous de guerre.
Deux musiciens qui se comprennent et s’entendent les yeux fermés. Deux musiciens explosifs et insaisissables.

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La dernière fois que j’avais vu Jereon en trio, c’était lors du Flemish Jazz Meeting qui s’était tenu à De Werf à Bruges.
Il avait joué, cette fois-là, avec Eric Thielemans (un autre batteur délirant) et Erik Vermeulen (LE pianiste… mais on en parlera plus tard…), mais le résultat fut, à mes oreilles, assez mitigé…
Jeroen devait sans doute mûrir un peu ses idées.

Ce vendredi, elles étaient à point.

On sent le trio très soudé dès le départ.
Les musiciens sentent la musique, sentent le thème et sentent l’impro.
Dans le premier morceau, on pense un peu au groupe de Cecil Taylor (le piano en moins).
On retrouve, en effet, dans le touché imprévisible et d’une grande musicalité de Marek, un peu d’Andrew Cyrille allié aux phrases courtes et répétitives de Jereon et d’un jeu flamboyant de Manolo.

La ligne directrice est tracée : ce sera très ouvert.

Un second thème fera un clin d'oeil, lui, à Albert Ayler avec un leitmotiv qui rappelle «A Man Is Like A Tree» avant de partir en impro... totale.
Totale, mais ô combien maîtrisée et équilibrée.
Ce qui frappe d’ailleurs dans ce trio c’est la place que les musiciens laissent aux autres! Ils n’interviennent que pour «raconter» quelque chose.
On le remarque dans ce dialogue entre le sax et la contrebasse ou ce tête-à-tête tendu entre la contrebasse et la batterie. On dirait qu’ils se suivent pas à pas avant de s’échapper dans des délires free.

Plus tard, sur un faux rythme bop qui nous entraîne dans une longue glissade vertigineuse, l’esprit de John Coltrane plane. «Giant Step» hante le thème que Marek chasse à grands coups de cymbales lors d’un solo puissant… Tellurique.

Mais le trio n’a pas encore épuisé toutes ses ressources. Au contraire, on les sent encore plus investi au fur et à mesure que le concert avance.

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Manolo introduit alors à l’archet une mélodie lente, sombre, crépusculaire.
Les lamentations du ténor deviennent déchirantes, telle une supplication.
L’intensité augmente.
Marek accentue la pression et évoque le chaos… Pourtant, chacune de ses frappes est distribuée au moment essentiel…et petit à petit, la mélodie lancinante (à la manière d’une «Danse Polovtsienne» de Borodine ) s’immisce…

Subjuguant…

Le trio terminera par un thème assez minimaliste avant un puissant «One Up, One Down» et un rappel mille fois mérité.

Difficile, finalement de raconter la musique de ce trio.
On est parfois perdu, on ne «comprend» pas tout et pourtant on est pris dans un tourbillon d’émotions.
On pourrait la qualifier de «free», et pourtant elle semble répondre à une certaine écriture, une certaine rigueur, une ligne directrice claire.
Et malgré les références qui parsèment leur jeu, une véritable personnalité transpire de ce trio.
Et pour transpirer, on peut dire qu’ils ont transpiré…


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Pour me remettre de mes émotions, je suis allé écouter la fin du concert d’Yvonne Walter au Sounds.
Changement radical de style.

Ici, on est dans le «classique» et la sobriété.

Il faut reconnaître à la chanteuse un très joli timbre et un swing certain.

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C’est simple et efficace.
La chanteuse n’en fait jamais trop.
Elle est entourée par une très bonne rythmique, sûre et efficace… quoique le batteur à la longue et belle barbe blanche (Steve Clover) ne me semblait pas toujours en place.

Paolo Radoni, par contre, joue avec subtilité et humour sur «Black Coffee» et s’offre quelques beaux solis sur une de ses propres compositions: «Let Me Hear A Simple (single ?) Song» que j’avais déjà entendu chantée par Chrystel Wautier

Agréable fin de soirée… toute en douceur

A+