28/09/2015

Jazz Station. Ten Years After.

Ils aiment à le répéter : « La Jazz Station n’est pas un club de jazz, c’est un lieu de jazz !! ».

Il faut dire que la Jazz Station était, au début, destinée à devenir un endroit de rencontres et d’archivage du jazz belge. Ce projet, initié par Jean Demannez, le très actif bourgmestre de Saint-Josse-Ten-Noode de l’époque, a quelque peu dévié de sa trajectoire – pour notre grand plaisir – et est devenu un lieu incontournable de concerts de jazz. En dix ans, il s’en est passé des choses ! Et ce n’est pas fini, puisqu’on nous annonce Magic Malik, Full Moon Orchestra, Marc Lelangue, Sofia Ribeiro, Tutu Puoane & Tineke Postma, Airelle Besson, Aka Moon, Roberto Negro, le Jazz Station Big Band, et beaucoup d’autres encore (Philip Catherine est déjà passé le 19 pour ouvrir la saison.)

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Mercredi 30 septembre, la Jazz Station fêtera officiellement ses dix ans.

L’occasion était trop belle pour demander à Yannick Carreyn (l’ancien) et Kostia Pace (le nouveau) de répondre à… 10 questions.

Où étiez-vous et que faisiez-vous, il y a 10 ans ?

Yannick : Il y a 10 ans, je suis rentré dans un superbe bâtiment, la Jazz Station en l’occurrence, et j’ai pu constater immédiatement que ce bel écrin n’était qu’une boîte vide, une belle boîte, mais vide. La Maison du Jazz ne possédait aucune archive, aucun document, aucune collection qui pouvait justifier la volonté des initiateurs d’en faire un outil muséal à l’instar de la Maison du Jazz de Liège. Rien, nada ! Cela aurait tout aussi bien pu être une Maison du Rock, ou de la dentelle. J’avais préparé avec Jean-Marie Hacquier et Nicolas Renard (le premier directeur) l’inauguration de la Jazz Station et ce durant 3 mois. La fête fut grandiose mais une fois passée, il ne restait que le bâtiment qu’il fallait exploiter avec un bar, une belle salle, du matériel d’amplification et d’éclairage et de nos envies ! Il y a 10 ans, Nicolas et moi avons donc commencé l’aventure Jazz Station !

Kostia : Moi, j’étais en France, à Besançon, j’avais quinze ans, et je commençais tout juste le lycée… Oui, oui, je suis encore un bébé.

 

Comment se passe une journée type à la jazz station ?

Yannick : Difficile de répondre à cette question, il n’y a pas de journée type ou bien alors chaque journée est une journée type différente de la précédente… mais bon ! En gros, chacun consulte ses emails, et y répond si besoin est. Ensuite, petites discussions informelles afin de cerner les urgences.

Kosta : On arrive à 11h, on se dit bonjour dans la bonne humeur (c’est le plus important). En général, nous avons une ou deux répétitions, donc il faut veiller à ce que le lieu soit accueillant.

Yannick : Nettoyer la salle, si le nettoyeur n’est pas venu (ce qui arrive), puis le nettoyage de la scène, rangement du matériel et la mise en place de la salle. Rediscussions informelles orientées programmation, ce qu’on a écouté, ce qu’on voudrait, ce que l’on ne veut pas. Réalisation du dépliant pour le mois suivant, mise à jour du site. Répondre au téléphone (non monsieur, il n’y a pas de réservation pour le concert !). Accueil des musiciens pour le concert du soir, servir du café, rerépondre au téléphone (oui, rdv mardi prochain), faire le soundcheck, reregarder les mails, rerépondre. Puis vérifier si tout est ok pour le concert.

Kostia : On épluche les boîtes mails et les réseaux sociaux. On fait de l’administration, du secrétariat, de la compta, beaucoup de communication (communiqués de presse, brochures, réseaux sociaux). On travaille au bureau en écoutant de la musique, donc une petite partie de la programmation se fait aussi au fur et à mesure, au jour le jour, selon les coups de cœurs de l’équipe. Ensuite on répare ce qui doit être réparé, on fait un peu d’électricité, un peu de régie. Les musiciens arrivent en général vers 17h. Yannick s’occupe du soundcheck, moi des lumières.

Yannick : On prépare la caméra et la table pour l’enregistrement son. Puis c’est l’accueil du public, le concert, le bar, ensuite c’est le rangement de la salle après le concert… Et j’en oublie !!! Bref, tout ce qu’il faut faire en background pour que tout le monde soit content et heureux d’avoir passé une bonne soirée. Et tout cela sans donner l’impression que tout un travail est effectué à longueur de journée. Simplement pour donner du plaisir !

Kostia : Je prends aussi des photos quand j’en ai le temps. Je prépare les caisses, les fiches SABAM, j’installe la billetterie. Je fais souvent les entrées, Yannick le son, et on a une ou deux barmaids selon les concerts. Une fois que la billetterie est close, je passe au bar. A la fin du concert, on boit un verre avec les musiciens ou le public restant, on range la salle, on ferme le bar. On finit vers minuit, une heure du matin. Après… on dort.

 

Quels sont les critères pour pouvoir jouer à la Jazz Station et quel style de jazz défendez-vous?

Yannick : Nous avons toujours voulu des concerts de haute tenue, des concerts imprégnés de professionnalisme. Mais, les critères sont multiples ! Nous visons plutôt la scène du jazz actuel, le jazz moderne (je sais cela ne veut pas dire grand-chose). Cette scène est multiple et peut aller jusqu’au jazz d’avant-garde et le terme « swing » n’est pas notre principal soucis. En cela, Kostia et moi sommes plutôt complémentaires, il « privilégie » d’abord ce qu’il aime, ce qu’il le touche. Je privilégie d’abord la qualité du projet. Il a une écoute globale et moi j’ai plutôt une écoute sélective. J’entends chaque musicien indépendamment. Et je discerne s’ils sont bons ou pas… techniquement… si ça joue ! C’est d’ailleurs un peu dommage. J’aimerais bien parfois avoir d’abord une écoute globale… mais bon. C’est évidemment très simpliste et le réalité est plus floue. Mais je généralise. Cela dit, c’est en cela que nous sommes complémentaires et que nous pouvons alors confronter nos impressions. Et nous arrivons toujours à nous entendre !

Kostia : C’est difficile de donner un critère précis de sélection, étant donné que l’on cherche souvent à faire découvrir ce que l’on a eu comme coups de cœur. Mais il y a avant tout un critère de « qualité ». Notre lieu est un haut lieu du jazz, réputé pour sa programmation rigoureuse, et les groupes que l’on invite proposent à chaque fois l’excellence. Certains spectateurs habitués viennent même sans savoir ce qui se joue le soir même !

Yannick : Un des critères est aussi la nouveauté, ce que le projet apporte de neuf dans le paysage musical. Cela ne m’intéresse pas de programmer cinq fois dans l’année le même projet, même s’il est excellent. Nous nous mettons aussi à la place du public, et nous nous demandons si le projet ne va pas les ennuyer.

Kostia : Si l’on doit faire un aperçu général de notre programmation, disons que nous sommes ancrés dans un jazz d’avant-garde. Mais c’est aussi que le jazz belge actuel est un jazz d’avant-garde, jeune et dynamique. C’est ce que l’on veut montrer. Chaque saison, on essaie de poser cette question : Qu’est-ce que le Jazz aujourd’hui, en Belgique et ailleurs ? Enfin, nous sommes très complémentaires avec Yannick. Je m’interroge toujours : est-ce que je voudrais payer 10 euros pour voir ce groupe ? Est-ce que je tiendrais deux heures ? Ce groupe me fait-il voyager ? J’ai davantage un point de vue de spectateur que de technicien. Pour moi, un groupe doit me raconter une histoire. Si ce n’est pas le cas, si je ne comprends pas la musique que j’écoute, je suis souvent réticent. Je défends un jazz généreux, et surtout ouvert.

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Comment avez-vous concocté les concerts « spécial 10 ans » ? Pourquoi ce programme et ces musiciens ?

Yannick : Je pense que l’on peut envisager 3 axes de réflexion qui nous ont guidés pour la programmation. D’abord, c’est la fête donc il allait qu’on s’amuse. C’est le cas de la soirée du 30 octobre qui rassemblera, je l’espère, beaucoup de musiciens qui ont fait la Jazz Station, dans une belle jam-session avec un drink et une exposition. Comme des potes qui se retrouvent ensemble… au même moment pour une fois !

Kostia : Nous avions envie de surprendre les gens. De leur dire : nous sommes un lieu vivant, géré par des êtres vivants. Et que donc, nous pouvons changer, évoluer, surprendre. Montrer que nous avons dix ans, certes, mais que dix ans c’est l’âge de l’enfance, des découvertes, de la liberté. Nous voulions aussi montrer que dans dix ans, le jazz sera encore là.

Yannick : C’est le même état d’esprit qui nous anime d’ailleurs pour la « Groove Party » du vendredi. Une belle soirée dansante ! Ensuite, il y a notre volonté de montré que le jazz n’est pas figé dans un genre qui est ce que certains pense comme étant… LE Jazz. Le jazz est multiple et, actuellement, il est transversal. Il s’accapare les « autres genres » et évolue sans cesse avec la musique électronique, le folk, le blues, le rock, la pop, les musiques urbaines et même la musique classique ou d’avant-garde. C’est ce que nous allons montrer tout au long de cette 10ème année.

Kostia : Nous avons voulu exploser les frontières de notre programmation, en proposant dix concerts pendant dix mois, qui font flirter le Jazz avec d’autres univers. Que ce soit de Roberto Negro à Sofia Ribeiro, en passant par Magic Malik, Tutu Puoane, ou encore Marc Lelangue.  Autour de ces dix concerts, nous avons aussi voulu programmer des musiciens emblématiques du jazz Belge : Philip Catherine en ouverture, et nous aurons aussi Aka Moon en 2016.

 

Quels ont été les dix concerts qui ont le mieux marché (en terme d'affluence) ? Pour quelles raisons, à votre avis ?

En termes d’affluence, nous avons eu une saison vraiment excellente l’an passé. Les quatre concerts qui ont le mieux marché sont sans surprise ceux du River Jazz Festival (Tricycle, Philippe Aerts, Peter Hertmans et Manu Hermia), le festival que nous avons créé en 2015 avec le Marni et le Senghor. Ensuite, il ya aussi nos concerts de gala, vers Noël, avec David Linx en quartet ou Tutu Puoane en sextet, l’an dernier. Enfin, les cinq semaines pour les 20 ans d’Aka Moon en 2012 ont été aussi remplies chaque soir. Il y a aussi quelques concerts ponctuels qui marchent très bien, ce qui est souvent  dû au répertoire des musiciens : Michel Mainil et son projet autour de Miles Davis, par exemple.

 

Quel événement vous a-t-il le plus marqué ?

Yannick : Perso, c’est une exposition fabuleuse qui s’est déroulée en novembre 2009 et qui rassemblait un forgeron/sculpteur – Daniel Dutillieux (c’est lui qui a réalisé tous les travaux métallique de la Jazz Station) qui présentait ses sculptures musicales dans la jazz station. Il y avait même une vraie fontaine en fer forgé et « in the same time » Christian Soete avec ses représentations artistiques de vibrations musicales. Fabuleux ! Je pourrais citer aussi l’exposition de Jean Claude Salemi qui, en outre d’être un dessinateur exceptionnel, nous offert en février 2015 un concert soldout en guise de vernissage avec lui-même à la guitare… Un concert à la Django Reinhardt - avec que des compos originales - enregistré par « votre serviteur » et immortalisé par la réalisation d’un CD.

Kostia : L’exposition de Jean-Claude Salemi l’an dernier était incroyable ! L’espace de la Jazz Station était rempli des ses œuvres, croquis, pliages, affiches, et petits objets. C’était une très belle exposition, très vivante et foisonnante. Et elle a amené de très nombreux visiteurs !

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Quel a été le plus beau souvenir jazz depuis que vous êtes à la jazz station? (Pas uniquement musical. Cela peut-être des rapports humains, une rencontre, une anecdote)

Yannick : De prime abord, il y a tellement de chose à répondre à cette question, mais ce qui m’a marqué et me marque encore chaque jour, chaque semaine c’est le rapport que nous avons créé avec les musiciens. C’est le musicien qui me remercie de l’accueil, des conditions du concert et le fait qu’il soit heureux d’être là. C’est le public qui quitte la Jazz Station avec un grand sourire en me remerciant. C’est la qualité d’écoute de ce même public. C’est la petite équipe de bénévoles qui va dans le même sens, sans autre intérêt que celui de la Jazz Station. C’est la rencontre entre un vieux bouc, râleur, qui n’aime soi-disant pas les chanteuses et qui a toujours 20 ans dans sa tête, et un jeune garçon enthousiaste, réfléchi, avec qui j’ai l’impression de former un réel binôme. Et une anecdote si tu veux, la première qui me vient à l’esprit… il y a en a tant ! C’est le directeur d’un Hôtel près de la Jazz Station qui arrive chez nous avec les musiciens qui y étaient hébergés et qui jouaient le soir même. Il ne voulait pas qu’ils se perdent. Alors il les a conduit lui-même. Les musiciens canadiens étaient abasourdis. Ils ne comprenaient pas !

Kostia : Je crois que ce n’est pas un souvenir précis que j’ai eu, mais le souvenir que j’aurai plus tard de ce lieu qui me marque profondément. Ce sont les sourires des spectateurs qui nous remercient de leur avoir fait découvrir un groupe, le fait de manger aux côtés des plus grands noms du jazz belge, de discuter avec eux de tout et de rien, de blaguer, et puis de les retrouver transcendés sur scène. Les rapports humains sont extrêmement forts ici. C’est ce qui fait le cœur de ce lieu, son âme. Ma première rencontre avec Philip Catherine est, je crois, celle qui représente le mieux cet esprit.

 

Quels sont les jazzmen que vous aimeriez accueillir (sans tenir compte du budget... Mais en restant raisonnable quand même)... ?

Yannick : Je ne vais pas être raisonnable pour mon 1er choix… J’aimerais bien avoir Cecil Mc Lorin Salvant… non pas parce qu’elle est très mode en ce moment. Je pense que je la connaissais déjà avant beaucoup d’autres mais parce que j’aime les chanteuses, enfin celles-là. Celles qui ont du « Sarah Vaughan » dans l’âme tout en étant ancrées dans le présent. Il y a aussi Eric Légnini… mais cela va se faire ! Et puis, Esperanza Spalding en solo, Snarky Puppy ou son claviériste Cory Henry. Et puis… Mais, qu’est ce qui est raisonnable !?

Kostia : Et bien… Cécile McLorin Salvant, Esperanza Spalding, Ibrahim Maalouf, pour les plus récents. J’adorerai pouvoir inviter des musiciens comme Richard Bona, Dave Holland, Michael League et Cory Henry (voire tout  Snarky Puppy, en fait), entre autres. Mais nous y travaillons ! Et nous avons aussi quelques autres idées que nous gardons au chaud pour la fin de la saison…

 

Si vous pouviez changer une chose – pour améliorer encore la Jazz Station – quelle serait-elle ?

Yannick : Dans l’immédiat, les moyens de la Jazz Station sont très limités, l’amélioration des choses est donc plutôt difficile. Néanmoins, j’aimerais qu’on puisse aménager une salle (la salle verte en l’occurrence) en une salle lounge/de relaxation où les gens pourraient se poser simplement en écoutant du jazz de leur choix et bouquiner des revues ou des livres sur le jazz (un salon d’écoute quoi !). J’aimerais aussi que l’on puisse proposer aux internautes les concerts de la Jazz Station en streaming ! J’aimerais que les gens puissent acheter à La Jazz Station tout ce qui se fait en Jazz en Belgique (la production discographique en somme !) ou même la louer, en partenariat avec la médiathèque par exemple (pardon, « Point rencontre »). Et puis, il y a aussi l’espace qui commence à vieillir…

Kostia : Il serait génial de pouvoir augmenter un peu le cachet des musiciens, car c’est très dur pour nous de ne pas pouvoir leur offrir plus qu’actuellement. Nous aimerions aussi arranger un peu la Jazz Station, la redécorer, lui offrir une salle d’écoute, un système de captation pour les concerts. La rendre encore plus vivante, somme toute. Mais nous manquons vraiment de moyens, donc pour l’instant ces idées sont sur pause !

 

 

Où serez-vous et à quoi ressemblera la Jazz Station dans 10 ans ?

Yannick : J’espère simplement être encore de l’aventure ! Et que l’esprit que j’ai pu insuffler dans cet espace sera gardé (pour une fois, je laisse ma modestie de côté!) J’espère que la Jazz Station sera encore et toujours ce centre VIVANT du Jazz et que les autorités auront enfin compris que la Jazz Station n’est PAS un CLUB DE JAZZ mais un espace de création, un espace de vie, bref, un espace culturel important

Kostia : Dans 10 ans, j’espère être encore là ! La Jazz Station aura 20 ans, elle sera jeune adulte et continuera à être un lieu accueillant, dynamique, et à l’écoute des besoins des musiciens. Ou alors ce sera peut-être devenu le temple du punk rock. Qui sait ! Mais l’esprit ne changera pas.

 

Happy birthday, Jazz Station !

 

A+

 

 

 

 

 

11/06/2011

Brussels Jazz Marathon 2011

 

Plutôt «light» mon Jazz Marathon, cette année.


Sorti tard du bureau vendredi, je suis allé directement sur la Grand Place. J’aurais pu aller écouter Manu Domergue et Etienne Richard au Sablon, ou revoir Borderline à la Place Ste Catherine, mais non… je suis allé voir Eric Legnini. Et Krystle Warren.

Le temps de m’enfiler une pita chez Plaka (ce sont quand même les meilleures) et me voilà devant la scène.

Legnini derrière le Fender, Frank Agulhon derrière la batterie et Thomas Bramerie derrière la «volante» qu’il teste avant de l’emmener en tournée en Asie.

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C’est «Black President», puis «Kitchen Maquis». Ça groove, même si le son de façade est moyen. Eric – et les autres – ont l’air sincèrement heureux d’être là. Entre eux, c’est indéniable, il y a une complicité étonnante. Et quand Krystle Warren arrive pour chanter «Joy», on la sent tout de suite à l’aise dans ce groupe. Sa voix est assez incroyable. Graineuse, grave et claire à la fois. Casquette vissée sur la tête, les mains dans les poches, Krystle a enfilé sa veste, elle trouve le temps un peu frisquet. On a connu des Jazz Marathon sous des cieux bien moins cléments. Les thèmes s’enchaînent, Krystle se réchauffe et empoigne sa guitare, puis se lâche dans des impros vocales profondes sur «The Old And Grey». Entre folk, pop et soul jazz, le trio embarque avec lui un public ravi.

Je descends Rue des Riches Claires, vers le Floreo, pour écouter Alegria. Ben Prischi (p) et Nico Chkifi (dr) terminent le premier set. J’arrive juste au mauvais moment. Le temps de partager une bière avec les musiciens, de discuter un peu avec eux et je remonte vers le Lombard pour écouter Gratitude Trio, c’est-à-dire Louis Favre (dm), Jereon Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb).

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J’avais pris une belle claque avec ce groupe, l’année dernière au même endroit. J’ai donc tendu l’autre joue avec délectation cette année. Et je ne l’ai pas regretté. Encore plus soudés, encore plus forts et encore plus complices, ces trois mecs y vont à fond! C’est un bouillonnement inouï qui se dégage de ce trio. L’écoute est parfaite entre eux et les challenges qu’ils se lancent sont fantastiques. Il y a une énergie folle qui galvanise les musiciens et le public. On y sent les influences d’Albert Ayler ou de Coltrane. De Peter Brötzmann aussi sans doute. C’est explosif, incandescent. Les musiciens explorent la musique, malaxent les sons, bousculent les idées toutes faites. Jereon dompte l’Ewi puis revient au tenor, Louis fait exploser ses fûts et Alfred déglingue sa basse. C’est de la pyrotechnie excessivement bien réglée !

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Retour sur la Grand Place. Du blues, de la soul et du funk : Marc Lelangue (eg) et sa belle bande d’Heavy Muffuletas font chavirer la foule. Ça balance sec : Laurent Doumont (ts), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Alain Palizeul (tb) forment une sacrée section de cuivres! Et quand Mariana Tootsie prend la scène, ça déménage aussi. Quelle voix ! Quelle puissance, quelle aisance, quelle présence. Pas de chiqué, pas de triche, Mariana remet quelques pendules à l’heure. Du bonheur.

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Je serai bien allé écouter Fabian Fiorini à Flagey, mais je craignais de ne pas pouvoir entrer, une fois le concert commencé. Alors, j’hésite : la jam à la Jazz Station avec Pascal Mohy, Sal La Rocca et Lieven Vencken ou terminer au Sounds? Allez, juste un détour du côté de la rue de la tulipe. Le trio de Legnini termine son deuxième set. Il y a du monde jusque sur le trottoir. La nuit avance. On bavarde, on rigole, on écoute, on applaudit. Le trio et la chanteuse ne lâchent rien. Ils en donnent au public. Fin du troisième set. Le public se disperse peu à peu. Je bavarde avec Eric, Frank et d’autres musiciens qui se sont donnés un ultime rendez-vous au club.

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Il est plus de 2h30, Eric, Frank et Thomas remontent une dernière fois sur scène. Ils jouent pour moi… Oui, enfin, pour quelques autres irréductibles aussi… Jazz after hours, c’est magique et ça ne s’explique pas.

 

Samedi 16 heures, Place Fernand Cocq.

Jury des jeunes talents. J’adore ça. Pourtant, il faut désigner un gagnant. Un seul. Pas si drôle.

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Il y a  d’abord le quartet de Guillaume Vierset (g). Pas simple d’ouvrir un concours. Le début est un peu timide, puis ça se réchauffe. Le groupe installe des climats, joue l’intimité, puis se s’ouvre un peu. Le vibraphone (Jérôme Klein) apporte une couleur assez intéressante au groupe, une sorte de luminosité légèrement décalée. C’est super bien exécuté, ça groove souvent, mais ça reste peut-être encore un tout petit peu trop sage à mon goût.

 

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C’est au tour de Lift de monter sur scène. Ici, on repère vite de belles personnalités, comme Dorian Dumont aux claviers ou Thomas Mayade au bugle. Et puis il y a, bien sûr, la voix d’Emily Allison. Lift propose une musique assez sophistiquée où l’on devine aisément les influences de David Linx, mais aussi de chanteurs plus pop. Le groupe n’hésite pas à prendre des risques sur des compositions parfois complexes. Les échanges entre voix et bugle se jouent souvent sur le fil du rasoir («Dark Flow»). L’équilibre est parfois précaire et l’exercice difficile.

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Avec Franka’s Pool Party de Marjan Van Rompay (as), on entre dans un autre registre. Ici, on ressent déjà une belle maturité et une vision assez claire. Le répertoire, résolument actuel, a mûri sur le terreau d’Ornette Coleman. Le drumming nerveux et hyper découpé de Jens Bouttery et les envolées de Sep François au vibraphone se mélangent à merveille aux attaques incisives de la saxophoniste. Hugo Antunes ajoute du liant à l’ensemble. Le set est nerveux, précis, clair et sans bavure.

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Le choix n’est pas facile du tout. Le débat au sein du jury est assez animé. C’est indécis. Faut-il primer la justesse, la modernité, la prise de risque, la cohésion, l’originalité, la qualité des compos, la qualité des interprétations? Il faut juger avec le cœur, avec la tête… Peser le pour, le contre. Difficile.

Finalement, c’est Lift qui l’emporte et qui aura la chance d’aller jouer, entre autres, au Jamboree à Barcelone, le 26 juillet. Quant à Jens Bouttery, il emportera le prix du meilleur soliste.

On entendra encore ces trois groupes au Sounds le 24 juin. Venez vous faire une opinion, ça vaudra la peine.

Après cela, je serais bien allé au Théâtre Mercelis écouter Lab Trio puis Kris Defoort. Ou Isabelle Antena au London Calling ou Vincent Thekal à la Fleur en Papier Doré, Laurent Doumont à la Grand Place, Philip Catherine au Sounds, Nono Garcia à la  Jazz Station… mais je suis un peu crevé et dimanche sera un longue journée de boulot… sans jazz… ou presque.

J’avais dit «light», non?


A+

16/10/2010

Marc Lelangue - Sounds - Skoda Jazz Festival

 

Assister à un concert de Marc Lelangue est toujours un bonheur. Avec deux soirées de suite (le 1er et le 2 octobre dans le cadre du Skoda Jazz Festival), c’est lui et sa bande qui avaient l’honneur d’ouvrir la saison du Sounds.

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Marc Lelangue, c’est du blues, du naturel, du vrai. Et si son blues est vrai, c’est parce qu’il chante ce qui lui ressemble. Comme il me le dira entre deux sets: « Je ne vais pas chanter des trucs sur la ségrégation car je ne suis pas noir, ni sur le fait que ma femme m’a quitté car je ne suis pas dans le cas… ».

Alors, il construit son répertoire sur des blues qu’il aurait voulu écrire et les choisit surtout en fonction des paroles.

Ça parle de femmes, de gens, de voitures, de rencontres, d’amour, d’alcool… Bref, ça parle de la vie avec dérision, comme le fait Marc tout le temps, même hors de la scène. Et pour que l’on comprenne bien son intention, il n’hésite jamais à resituer le morceau dans son contexte en le commentant avec autant d’humour que d’ironie.

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Ce soir, il a réuni autour de lui Bert Gielen aux keyboards, Michel Moliterno aux drums, Daniel Romeo à la basse et l’excellente harmoniciste Geneviève Dartevelle qui, pour moi, était une sacrée découverte. Elle enflamme de ses solos «Why Are People Like That?» (Muddy Waters) ou «She Caught The Katy» (Taj Mahal) avec une audace incroyable. Le son est brûlant comme une plaque de tôle abandonnée au soleil du sud des Etats-Unis. Mélangé à la voix abîmée de Marc Lelangue, le cocktail est des plus relevés.

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Un peu Cajun parfois, un peu Bluegrass par instants, le groupe se laisse aussi aller à quelques dérives plus funky. Da Romeo (qui nous prépare un concert du tonnerre pour le Festival des Libertés au Théâtre National) ne peut s’empêcher, en fin de concert, de se lâcher totalement sur un solo monstrueux dont il a le secret. Dans le Sounds bien rempli, certains trouvent même un peu de place pour danser. C’est que cette musique a le don de vous faire remuer les fesses. Alors, Marc Lelangue enchaîne avec «She’s Into Something» (Albert Collins), «I’ll Play The Blues For You» (Albert King) ou encore «Send My Body To Bourbon Street» (de son ami Jean-Pierre Froidebise). Ce soir, on n’a oublié personne. Et encore moins le plaisir.

 

A+

24/02/2009

Marc Lelangue au Sounds

Rattrapons le temps perdu (troisième épisode)

Des journées interminables, qui commencent tôt, se terminent souvent tard et m’empêchent d’aller écouter tous les concerts qui m’intéressent, c’est un peu mon lot quotidien ces derniers temps.

Vendredi treize (jour de chance?), ma semaine ne se termine pas trop tard et j’arrive juste à la fin du premier set, au Sounds, pour écouter Marc Lelangue.
Voilà qui va me faire du bien !
Un concert qui va chasser la fatigue et me redonner la pêche, c’est sûr !
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Et voilà. Bingo !
Le blues-funky-R&B de Marc Lelangue agit sur mon métabolisme.

Autour de Marc, ce soir, il y a du beau monde: les Heavy Muffulettas !
Un truc qui tient au corps, si vous voyez ce que je veux dire (le Muffuletta est un pain fourré de salami, mortadelle, fromage qu’on trouve en New Orleans).

Des soufflants époustouflants: Olivier Bodson (tp), Laurent Doumont (ts), Alain Palizeul (tb). Une rythmique rageuse: Patrick Dorcéan (dm) et Augustin Foly (elb). Un Pianiste en grande forme: Philippe Reul, et deux chanteuses puissantes et sensibles avec de l’humour à revendre: Mariana Tootsie et Camille de Bruyne.

Marc Lelangue est un vrai bluesman. Il ne joue aucun rôle, il est sur scène comme à la ville. Le blues transpire par tous ses pores.
J’aime bien chez lui son côté désabusé, presque fataliste, cynique parfois.
Sa générosité aussi, sa simplicité.

Entre les morceaux («Such A Night» - fabuleux thème de Dr.John – «Who Shot The La La», «Ooh Poo Pah Doo», «Let’s The Good Time Roll», «I Don’t Need No Doctor», «Georgia»…), Marc Lelangue prend un malin plaisir à souligner avec tendresse nos petits défauts, nos petites fêlures, nos faiblesses.

Puis il entonne de sa voix grave, éraillée et profonde tous ces tubes avec une énergie formidable. On tape du pied, on a le sourire aux lèvres... alors le cœur s’allège.

On alterne le blues et le folk, la country et la soul.
Les cuivres donnent de la voix et les chanteuses aussi.
On ne fait pas dans la demi-mesure…
Et la musique est bien servie, bien tassée.

On ne m’avait pas menti, le Muffuletta façon Lelangue, c’est du costaud.

A+

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

30/05/2007

Le jazz Marathon et un vainqueur (Part2)

Sur la place Fernand Cocq, les premiers spectateurs arrivent par petites grappes pour écouter les trois jeunes groupes qui concourent cette année au «XL-Jazz New Talents».

Au-delà d’un léger mal de crâne qui se dissipe et qui me rappelle que la soirée de la veille fut riche, j’ai dans la tête l’idée qu’un des favoris pourrait être le trio de Ben Prischi.

Mais en jazz, comme en football, rien n’est jamais joué d’avance.

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C’est le quartet du guitariste Laurent Melnyk qui a la lourde tâche de débuter.
L’option choisie est un jazz modal laissant pas mal de place à chacun des musiciens pour improviser sur de longs solos.
Trop longs parfois.
Bien que le leader, David Devrieze (tb) ou Felix Zurstrassen (eb) développent un jeu de haute qualité, il y manque parfois un poil de folie, de surprise.
Du coup, j’ai l’impression que les différents morceaux ont tendances un peu à se ressembler.
Pourtant, l’ensemble est cohérent et possède un beau potentiel. Julien Loutelier à la batterie, par exemple, m’a pas mal plu dans un jeu délicat.
Mais évidemment, quand on est dans un jury, on juge. Alors qu’on aimerait que tout le monde soit ex-aequo.
Finalement, c’est pas plus confortable que d’être sur scène.

Sur scène, justement, monte Ben Prischi entouré de Felix Zurstrassen, à nouveau, et de Guillaume Palomba (dm).
Connaissant et appréciant ce trio, je m’attendais à un set brillant.
Je suis un peu resté sur ma faim.
Il y avait comme une légère distance entre les musiciens et le public. Le set fut assez « classique », moins « fougueux » que ce que propose le trio habituellement.
Vers la fin pourtant, on les sentait un peu plus libérés. Prischi déstructurant quelques thèmes et montrant un talent pianistique indéniable que j’adore.
Palomba développe, lui, un jeu tout en nuances.
Piano et batterie se suivent, se relancent, et une belle alchimie naît toujours entre eux.

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Ce fut ensuite au tour de Collapse , que je pensais un peu déforcé par l’absence du Jean-Paul Estiévenart, de nous offrir une belle surprise.
Ici, on sent plus de maturité dans le projet. Une énergie communicative aussi.
Le groupe ne s’enferme jamais dans une seule voie.
Au contraire, ils jouent sur les ruptures rythmiques et osent les mélanges. On y retrouve des influences de musiques slaves, de Mingus (leur manière de jouer «Fables Of Faubius» est une belle réussite), de Ornette Coleman ou d’Henry Texier peut-être…

C’est donc Cédric Favresse (as), l’excellent Tom Callens (ts), Lieven Van Pee (b) et Alain Delval (dm) que l’on retrouvera le dimanche en ouverture des concerts des Lundis d’Hortense sur la Grand Place.

Mais nous aurons encore l’occasion d’entendre ses trois groupes le 26 juin au Sounds.
Notez déjà cette date et venez nombreux, ça vaut vraiment la peine.

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Direction «centre».
Dans un nouveau bar branché où l’on fume le narguilé, étendu sur des coussins, le Pure Bar accueille Bo Van Der Werf et Nelson Veras.
Choix judicieux.
La musique du duo est à la fois mystique et atmosphérique basée sur une métrique mouvante que maîtrisent à la perfection les deux musiciens.
Bo déroule de longues phrases, parfois abstraites, au sax baryton, sur lesquelles Nelson parsème des accords improbables d’une légèreté magique.
Ambiance, ambiance…

Avant d’aller écouter Marc Lelangue sur la Grand Place, je fais un détour au Café Orts, au coin de la rue Dansaert, pour voir Louis Favre Trio.
L’image est assez surréaliste : le groupe joue presque sur le trottoir, devant la terrasse ouverte.
Il s’agit principalement de standards jazz (pour ce que j’en ai entendu) avec un petit côté soul des années ’60.
Le Fender Rhodes doit y être pour quelque chose.
Sympathique.

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Sur la Grand Place, l’excellent blues de Marc Lelangue résonne.
Avec la voix grave et puissante, le guitariste reprend les meilleures chansons de Ray Charles.
C’est chaud, c’est bon.
Il est entouré d’une fameuse équipe qui n’a pas son pareil pour faire bouger les foules : Daniel Roméo, Patrick Dorcéan, Alain Palizeul, Laurent Doumont etc…
En plus de cela, il y a deux merveilleuses choristes: Nina Babet et Chantal Kashala.
Endroit idéal pour fêter au champagne (ben oui,… on sait vivre!) l’anniversaire d’une amie.
Et ce n’est pas «Hit The Road Jack» qui me fera partir.

Je tente une incursion au PP Café pour entendre Fred Delplancq. Impossible d’entrer, c’est bondé.
Et finalement, je me rends compte que Fred jouait la veille au PP : ce soir, c’est Freefunk

Au Falstaff, ce n’est pas non plus Paolo Radoni qui joue.
Mais ici, ce n’est pas une erreur de ma part : il y a eu, semble-t-il, un changement de programme de dernière minute.
Finalement, ce n’est pas si grave, car l’accueil est plutôt étrange. En effet, on repousse les gens qui sont «dans le passage» ou qui sont assis par terre.
Ici, c’est assis à table ou basta.
Alors basta.

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Au Sounds, bourré comme un œufs, tout le monde peut entrer par contre (s’il y arrive).
Coup de chapeau aux serveuses qui se fraient un passage pour servir les clients avec le sourire.
Voilà l’esprit de fête du jazz.

La fête, c’est aussi Daniel Romeo qui la mène avec son funk endiablé.
Ce soir, il a invité Rosario Giuliani et Eric Legnini.
Quelle énergie, quelle folie.
Ça joue à fond !
Roméo est toujours partant pour relancer la machine et les souffleurs ne sont pas les derniers à emboîter le pas.
Olivier Bodson déchire à la trompette et Laurent Doumont (entre boogaloo et soul) rivalise avec Giuliani.
Erwin Vann montera sur scène le temps d’un set pour participer à ce feu d’artifice.
Il faut dire que la rythmique est solide (c’est rien de le dire) : Adrien Verderame en batteur infatigable et Nicolas Fiszman en guitariste fou sont toujours sur le coup.
Et que dire des aller-retour entre Legnini et Michel Bisceglia aux Rhodes…
Un pur bonheur.

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Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Près de quatre heure, il n’a pas plu.
Tant mieux : entre deux sets, on était tous dehors.

Demain, on continue.

A+