21/02/2017

Orchestra Nazionale Della Luna - au Marni

Orchestra Nazionale Della Luna est né d’une rencontre entre le saxophoniste Manu Hermia et le pianiste finlandais Kari Ikonen, un peu par hasard, quelque part en Suisse. A eux, se sont ajoutés le batteur Teun Verbruggen et le contrebassiste français Sébastien Boisseau. Un mélange explosif et de haut vol qui ne vient, malgré ce que le nom peut évoquer, ni de la lune, ni d’Italie. Quoique.

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Ce soir dans un Théâtre Marni bien rempli (qui devait pourtant faire face à Mehldau à Bozar et à Pierani et Wollny à Flagey !), tout a commencé par une sorte d’indicatif comme on en entendait dans les cirques d’antan. Nerveux, fellinien, bourré d’énergie et de changements soudains de tempo et de métriques ! C’est sûr, nous voilà embarqués sur une autre planète !

Nos quatre musiciens se donnent pour objectif d’ouvrir au maximum la musique, d’en repousser les limites, de s’écouter, de dialoguer, d’explorer et de prendre les compos de l’album comme un simple point de départ.

« Karibou » et son rythme chaloupé, introduit à la flûte, invite à l'improvisation. Kari Ikonen insuffle d’étranges mélodies psyché au Moog tout en s’accompagnant au Fender Rhodes.

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Puis, c’est « Luna 17 B », inspiré des missions spatiales russes des années ‘70.

On flotte d’abord entre mystère et atmosphères spectrales avant que la musique ne s’éparpille par petits morceaux. Ici ou là, on récupère une mélodie lointaine et perdue. Par bribes, elle se forme, s’agglomère, prend du volume. La contrebasse de Boisseau semble donner une direction mais la batterie de Verbruggen brouille les pistes, le soprano d’Hermia part en éclaireur avant que Ikonen impose la pulsation qui remet tout le monde sur le chemin. L'histoire, racontée en pointillée, est fascinante.

« Begemot » s'appuie sur des percus instiguées par Boisseau et Verbruggen qui propulsent Ikonen dans un jeu quasi bop moderne. Le groove se précise, la respiration s'accélère, le moog siffle, le sax monte en puissance. Boisseau fait rebondir les sons sur sa contrebasse, joue pizzicato, frappe la caisse, pince ou fouette les cordes en parfait accord avec le jeu incisif, dépouillé et inventif de Verbruggen.

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Ce quartette retourne à l'essence même du jazz, c'est à dire en partant de (presque) rien pour bâtir un dialogue, un rythme et s'en amuser. Chaque morceau est propice aux impros, aux échanges d’idées. On deviendrait fou à l’écoute d’ « Anastasia Anastasia Sian » qui part dans tous les sens. On sent du John Coltrane, mais aussi des influences de jazzmen bien plus actuels, Shabaka Hutchings ou Rudresh Mahanthappa en tête.

« Nostalgie d’un absolu » est plus onirique et calme… avant la dernière tempête... « Truth », enfle jusqu'à l'explosion et s’offre en bouquet un final hallucinant !

Voilà un quartette bien dans son jazz, bien dans sa tête, bien dans son époque… Mais, finalement, ne viendrait-il pas d’une autre planète quand même ?

 

 

A+

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les photos

26/08/2015

Playlist 02 - rentrée 2015 - Selection

Une playlist (et quelques mots) pour une rentrée réussie.

Voici une petite sélection des albums écoutés ces derniers temps.

 

 

Shades Of Blue de Harmen Fraanje (p), Brice Soniano (cb) et Toma Gouband (dm). C’est une certaine plénitude qui émane de cet album. Et en même temps, on y ressent parfois le tourment, le questionnement. Le piano de Harmen Fraanje semble hésiter avant de lâcher les indices d’une piste mélodique à découvrir. La contrebasse et la batterie battent la chamade. Les moments sont suspendus. Superbe album.

God At The Casino de Manu Hermia (saxes), Valentin Ceccaldi (violoncelle), Sylvain Darrifourcq (dm). Brûlant comme un alcool fort ! Un violoncelle qui ne se laisse pas faire, un sax parfois fou, un soupçon d’électro et un drumming hors normes. Et de l’humour dans une musique tantôt furieuse et abstraite, tantôt extatique.

Drop Your Plans de Bambi Pang Pang. Avec Andrew Cyrille aux drums, on pouvait s’attendre à un free jazz explosif. Il n’en est rien. Impros et compos se mêlent dans une étonnante douceur. Tout est pesé, soupesé… Et tout respire. La musique et les silences circulent entre Seppe Gebruers (p), Laurens Smet (cb) et Viktor Perdieus (as). Magnifique de bout en bout.

Cécile McLorin Salvant maîtrise avec une élégance rare la tradition du jazz vocal. Digne héritière de Sarah Vaughan, son dernier album (For One To Love) est un véritable bijou.

Revenons dans le puissant. Alive, de Gratitude Trio (Jereon Van Herzeele (ts), Louis Favre (dm) et Alfred Vilayleck (eb) ). Avec eux, on démarre là où Coltrane s’était arrêté. De la fougue, de la maitrise, de l’adrénaline et des sentiments. Des impros inspirées, une écoute parfaite et des dialogues forts. Un must.

A mi-chemin entre Miles électrique et le soul funk, la trompettiste américaine Ingrid Jensen, épaulée par Jason Miles et une pléiade de musiciens (Gene Lake, Cyro Baptista, James Genus, Jerry Brooks et autres) évoquent l’esprit du Prince des Ténèbres. Si ce n’est pas terriblement surprenant, c’est, en tout cas, extrêmement juste. Un délice.

Et Heptatomic de Eve Beuvens, bien sûr. La pianiste avait fait sensation lors du Gaume Jazz en 2013 avec sa carte blanche qui s’est transformée en véritable groupe. Les références ne manquent pas : Basie, Ornette, Mingus, Tristano et sans doute la musique européenne aussi. Mais tout ça est explosé par Laurent Blondiau, Manolo Cabras, Grégoire Tirtiaux et les autres. Formidable réussite.

Et puis, ce qui ne se trouve pas sur le lecteur mais qui vaut la peine d’être entendu :

Babelouze de Michel Massot et sa bande. Pavane de l’âne fou. Une fanfare blues et funky (genre brass), teintée de rythmes africains et pleine de bonne humeur. Euphonium, trombone, sousaphone, percus en tous genres, mais aussi des voix d’ensemble, semblent déambuler dans une ville imaginaire pour y faire la fête. Et ça marche !

 

Ner6ens from Erik Bogaerts on Vimeo.

 

Lampke de LIop. Ambiance électro acoustique. Mélanges de bruits, de sons et de musique. Une sorte de voyage dans un univers fantasmé, amniotique, plutôt tendre et rêveur. Aux commandes, Jens Bouttery (dm), Benjamin Sauzereau (eg) et Erik Bogaerts (ts). Une expérience improvisée, pleine de surprises et de douceurs. C’est différent, c’est étonnant, c’est envoûtant.

 

 

Et pour finir : Fabian Fiorini en solo. Superbe album, parfois sombre, plutôt introspectif, mais d’une grande liberté d’expression. Entre jazz et musique contemporaine, le piano sonne et résonne avec une profondeur inouïe. Un travail très personnel et remarquable.

A+

 

25/01/2015

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq à la Jazz Station

Samedi 24 janvier, grand final du premier River Jazz Festival organisé par le Marni, la Jazz Station et le Senghor. Et quel final !

Manu Hermia avait reçu une carte blanche qui relevait plutôt du challenge puisqu'il donnait rendez-vous au public à 18h à la Jazz Station, avec Sylvain Darrifourcq et Valentin Ceccaldi, puis à 20h au Senghor avec son projet Belgituroc et, pour finir, à 22h au Théâtre Marni, avec Manolo Cabras et Joao Lobo! Bref, un marathon à lui tout seul.

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Le River Jazz peut s'enorgueillir d'un succès plus que réjouissant : chacun des concerts étant pratiquement tous sold out ! Une façon comme une autre de prouver à certains que la culture intéresse les gens et qu'elle est indispensable à l'épanouissement de tous.
Il est certain aussi que, vu l'engouement du public et des jazzmen, la formule (originale et pointue) sera renouvelée. Tant mieux car, malgré les nombreuses dates proposées, je n'ai pu assister qu'à un seul concert (quelle honte!), celui de Hermia, Ceccaldi et Darrifourcq à la Jazz Station.

J'avais déjà vu le trio en concert au Studio Grez, et j’en avais parlé ici. Un disque devrait sortir sous peu (chez Babel Label), et on l’attend avec impatience car la musique en vaut vraiment la peine.

Comme le dit Manu en introduction, la musique proposée par les trois compères tient bien sûr du jazz - au sens large dans la mesure où les frontières ont été habilement effacées – mais aussi de la poésie, qui oscille entre Verlaine et Bukowski.

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L’humour n’est pas étranger non plus au projet. Sous son titre amusant, «On a brûlé la tarte» est une lente progression intense et puissante qui nous pousse à nous interroger sur le monde, la vitesse, les relations, les gens.
Ceccaldi fait grogner gravement son violoncelle (l’école Joëlle Léandre n'est pas loin), Darrifourcq fait claquer ses fûts avec une fougue grandissante, dans une gestuelle rythmique précise et souvent asymétrique, tandis qu' Hermia arrache les notes à son ténor. Il passe de la souplesse à la rage avec un sens inné du discours.

Certains morceaux sont plus «mystérieux», repliés sur eux-mêmes, plus profonds. Le batteur mélange sa frappe à d'étranges bidouillages electro. C’est subtil et fin. Le moindre petit cliquetis, le feulement d’une brosse à vaisselle (!) sur les peaux ou le craquement de l’instrument sont amplifiés, retravaillés, rythmés. On voyage en apesanteur, dans un espace étrange et halluciné.

«Les flics de la police» (ici aussi, l’humour n'est pas sans réflexion) est basé sur un tempo hypnotique, haletant, post-industriel, imposé par Darrifourcq (qui signe aussi la compo). Ça claque sec. Très sec, même. Et c’est imparable.

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«Hô-Chi-Minh» (de Hermia) se penche avec beaucoup d’affliction, de tristesse et de recueillement sur les horreurs de la guerre du Vietnam. Le violoncelle est lourd de larmes et de désespoirs. La musique évoque un peu l’esprit de Messiaen. Puis la révolte monte, de façon irrépressible, et se termine en un véritable cri de rage. Ceccaldi est aussi précis que fougueux et sa musicalité est toujours étonnante. Le crin de son archet en prend un coup ! Quant au travail de Darrifourcq, encore lui, il n'est pas sans rappeler la musique concrète d'un Schaeffer : il s’aide de sonnettes, de réveils, de cintre, de couvercles de casseroles et d’effets électro pour créer un univers singulier. Et le bruit devient peu à peu mélodie, surtout quand Ceccaldi s'immisce imperceptiblement dans ce capharnaüm sonore hyper maitrisé.

Oui, la musique du trio va bien au-delà du jazz. Elle est tantôt ultra contemporaine, tantôt abstraite, tantôt brutale, tantôt apaisante. Parfois rock, parfois punk. Elle ne se fixe aucune limite. Elle nous surprend tout le temps, elle est imprévisible et nous emmène dans un sacré voyage qui ne laisse vraiment pas indifférent.

Quand on pense qu’après tout ça, Manu Hermia doit remballer son matériel, courir jusqu’au Senghor et jouer tout à fait autre chose, puis, de là, foncer au Marni pour remettre le couvert avec son autre trio, on se dit qu’il faut être fou… mais surtout bien dans sa tête. Et pour ça, pas de problème, on peut lui faire confiance à Manu.

Chapeau, man !

 

 

 

A+

 

 

 

09/09/2013

Festivals d'été (Part 2) Jazz Middelheim

 

Continuons les comptes-rendus des festivals jazz de l’été (dans un ordre pas vraiment chronologique).

Sur Citizen Jazz, vous pouvez revivre les grands moments – et il y en a eu plein – du festival Jazz Middelheim.

On y a vu des belges en pleine forme, comme Manu Hermia trio, Mélanie De Biasio, Stéphane Galland et son LOBI et un fantastique Robin Verheyen entouré de Gary Peacock, Joey Baron et Marc Copland ! Et bien sûr… Toots !

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Mais il y avait également l’omniprésence de Tigran Hamasyan – musicien en résidence – qui s’est présenté d’abord avec Arve Henriksen et Jan Bang, puis avec Trilok Gurtu et finalement avec son groupe habituel pour la sortie de son dernier et excitant album Shadow Theater.

Et puis, il y eu John Scofield, Terri Lyne Carrington, Randy Weston, un fantastique Anthony Braxton et un éblouissant Charles Lloyd (avec Reuben Rogers, Eric Harland, Jason Moran).

Oui, on a été gâté.

A suivre, le Gent Jazz Festival et le Gaume Jazz… toujours sur Citizen Jazz.


A+

 

18/06/2013

Rails & Axel Gilain Quartet - Studio Grez


Axel Gilain, Joao Lobo ou Yannick Dupont, entre autres, m’avaient déjà parlé de cet endroit aussi accueillant qu’étonnant qu’est le Studio Grez, un grand espace caché à l’arrière d’un immeuble - genre vieille factory - aménagé dans un esprit loft.

Ce lundi 11 juin, j’y mettais les pieds pour la première fois. Et sans doute pas la dernière.

Ce soir, c’est double concert.

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D’abord, il y a Rails. Un trio fraichement formé par Sylvain Darrifourcq (dm), Manu Hermia (ts, ss, fl) et Valentin Ceccaldi (violoncelle), pour répondre à une carte blanche au prochain festival Orléans Jazz. C’est là-bas, l’année dernière, que l’idée est née. Valentin Ceccaldi jouait avec Marcel & Solange juste avant (ou après?) le trio Rajazz de Manu Hermia. Rencontre, discussions, atomes crochus et proposition du programmateur de monter un trio pour l’année suivante.

Rails, c’est une musique à la fois très écrite (car complexe et sophistiquée) et à la fois très ouverte aux improvisations. Mais, au-delà des harmonies et des mélodies, il s’agit aussi de jouer sur les textures, les atmosphères, les rythmes et les respirations.

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Sylvain Darrifourcq (que l’on a déjà entendu aux côtés d’Emile Parisien) invente des tempos très particuliers. A l’aide de mini-capteurs, qu’il place sur différentes parties de sa batterie (un peu comme le fait un Guillaume Perret sur son sax), il trafique le son, invente des vibrations ou crée des résonnances qu’il module, répète ou gèle. L’effet électro, particulier et original, est étonnant. L’association avec le violoncelle, au son boisé, parfois mystérieux, mélodique ou abstrait, fonctionne à merveille. Les ambiances se font et se défont. Parfois, le temps se suspend. Parfois le choc éclate. La musique circule et s’emmêle autour du soprano ou du ténor de Manu Hermia qui dépose délicatement les phrases. Ou qui les répète à l’infini, comme dans une transe. Les motifs enflent et se font de plus en plus intenses.

Cet univers particulier, personnel et fascinant, laisse présager une collaboration qui devrait durer au-delà du rendez-vous au festival d’Orléans. Du moins, il faut l’espérer. Il serait dommage de ne pas continuer une expérience qui semble avoir du potentiel…

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On aménage ensuite rapidement la scène pour faire place au deuxième concert. Axel Gilain (cb), l’une des chevilles ouvrières du collectif du Studio Grez, a rassemblé autour de lui les membres de son quartette : Lieven Venken (dm), Nicolas Kummert (ts) et Clément Noury (g) qui remplaçait ce soir l’habituel pianiste Bram De Looze.

La musique d’Axel est peut-être plus groovy, plus «linéaire» aussi, mais ne manque pas d’originalité ni de puissance. Elle est souvent construite autour d’un riff ou d’une pulsation qui emprunte au blues et aussi parfois à la musique africaine. Très à l’aise dans ce contexte, Nicolas Kummert s’exprime dans des chorus charnus et chaleureux. Ça bouge et ça danse. Clément Noury navigue entre rock West Coast, parfois même Country Rock, et distribue les riffs tendus, façon Scofield, ou des sons plus étirés, façon Bill Frisell. Le jeu est souple, mordant mais sans agressivité. La sensualité se fait toujours sentir.

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Il faut dire aussi que la musique d’Axel Gilain respire l’humanité et la fraternité. Elle est bien à l’image du personnage. Elle lui ressemble. Le dialogue, l’échange et l’attention à l’égard de l’autre en sont les caractéristiques principales. Sa contrebasse résonne et sonne comme si elle était le prolongement de sa voix. Affirmée et détachée à la fois.

Pour parfaire le tout, le son mat et un peu étouffé de la batterie de Lieven Venken, marque le tempo, avec sobriété et efficacité. Toujours au service du groupe. L’ensemble est un jazz de caractère, actuel, accessible et intelligent. Et rassembleur.

Voilà qui donne envie de réentendre ce groupe rapidement.

A bon entendeur…

A+

 

 

 

31/05/2013

Brussels Jazz Marathon 2013


J’adore faire partie d’un jury, c’est excitant. Pas toujours évident, mais excitant.

Un jury choisit. C’est excitant. Mais choisir, c’est renoncer. C’est pas évident.

Et ce ne sont pas les autres membres du jury du concours des Jeunes Talents du Brussels Jazz Marathon (le journaliste Jempi Samyn, le saxophoniste Manu Hermia, le guitariste Henri Greindl, l’organisatrice Jacobien Tamsma et la pianiste - et présidente – Nathalie Loriers) qui me diront le contraire.

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Il a d’abord fallu faire une sélection parmi plus de vingt candidatures et choisir trois groupes (une première épreuve pas simple). Finalement, ce sont Syma, Stanislas Barrault Trio et Pablo Reyes Trio qui se sont retrouvés sur le podium de la Place Fernand Cocq ce samedi 25 mai. Trois groupes et trois styles totalement différents. Voilà qui ne facilite pas plus les choses.

Syma est un très jeune quintette qui ose ses propres compositions, dans un style jazz fusion (tendance prog rock). Pas simple de faire sonner un tel band. On sent d’ailleurs quelques flottements ici ou là. Mais on remarque aussi quelques belles personnalités (Louis Evrard aux drums ou Quentin Stokart à la guitare, pour ne citer qu’eux).

Plus aguerri, le trio de Stanislas Barrault (dm) - avec Casimir Liberski (p) et PJ Corstjens (eb) - revisite quelques standards, qu’il exécute parfaitement, avec rigueur et pas mal de personnalité.

Quant à Pablo Reyes – qui, malgré son jeune âge, à déjà pas mal roulé sa bosse au Mexique, d’où il est originaire, et aux Pays-Bas, où il étudie – il décline la musique façon latin-jazz ou bossa. Et ici aussi, le niveau est excellent.

Allez départager tout cela.

Alors, après quelques débats, c’est la prise de risques et la marge de progression qui est récompensée. Syma remporte donc le premier prix (et le prix du public), tandis que Casimir Liberski celui du meilleurs soliste (son «Giant Step» a mis tout le monde d’accord).

Le lendemain après-midi, dimanche, Syma ouvra donc, comme le veut la tradition, la dernière journée de concerts sur la Grand-Place.

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C’est là que je suis allé écouter le Jazz Station Big Band, que j’avais vu à ses débuts, en 2007.

Après avoir sorti un premier album chez Igloo en 2011, le JSBB s’attaque cette fois au répertoire de Thelonious Monk. Chacun des morceaux est arrangé par l’un des membres du Big Band. Formule intelligente qui permet de faire vibrer le band de différentes manières et de mettre en avant les différentes personnalités des musiciens.

François Decamps (g) fait swinguer «Straight No Chaser» et «Evidence», et invite Jean-Paul Estiévnart (tp) et Daniel Stokart (as) à prendre des solos éclatants. «Criss Cross», superbement arrangé par Stéphane Mercier (as), permet à ce dernier d’échanger furieusement avec Daniel Stokart - cette fois-ci au soprano - et à Vincent Brijs de venir contraster les nuances au sax baryton. C’est aussi l’occasion pour le leader Michel Paré (tp) de croiser le fer avec la guitare de François Decamps. Grand moment.

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L’excellent pianiste Vincent Bruyninckx profite de «In Walked Bud», qu’il a arrangé, pour démontrer tout son talent et sa fougue. Son introduction, en solo, est éblouissante. Ça swingue en diable. David Devrieze (tb) et Vincent Brijs (bs) prennent chacun des chorus charnus.

Tomas Mayade (tp, remplacé ce soir par Olivier Bodson) drape «Jackie-ing» d’un arrangement de velours. L’intervention de Steven Delannoye (ts) est suave, tandis que Herman Pardon (dm) et Piet Verbiest (cb) soutiennent un tempo brulant.

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Puis il y a encore un «Hackensack» étonnant - nerveux et découpé - arrangé par Estiévennart, un «Bye Ya» très latin et un «Introspection» à la Herbie Mann qui enchantent le public.

La réputation des Big Band belges n’est plus à faire (le BJO l’a assez démontré ses dernières années) mais le JSBB apporte une pointe de fraicheur supplémentaire. Il est juste assez respectueux de Monk et juste assez décalé pour réussir l’hommage à l’un des plus grands et des plus étonnants pianistes que le jazz ait connu.

Chapeau. Et merci.

A+

 

 

08/12/2012

Manu Hermia Trio - Chapelle de Verre

Jouer avec l’acoustique et la réverbération de cet endroit incroyable et surprenant qu’est la Chapelle de Verre à Ronquière ! Voilà ce qui attend le trio de Manu Hermia ce vendredi 16 novembre.

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La Chapelle de Verre est un ancien lieu de culte construit en 1929 par Arthur Brancart - directeur des verreries Fauquez qui produisait la marbrite (du verre opacifié imitant le marbre et qui a orné de nombreuses maisons Art Déco dans le monde entier). Au temps de sa splendeur, les verreries employaient près de 1000 ouvriers venus de tous pays, c’est pourquoi l’usine avait construit un véritable village autour d’elle. Mais dans les années 70, vint le déclin. La Chapelle fut abandonnée, puis désacralisée et enfin reprise et restaurée au milieu des années ‘90 par Michaël Bonnet. Celui-ci en a fait un musée, un bar crêperie et une salle de spectacle… fascinante.

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Un saxophone, une contrebasse et surtout une batterie dans la nef d’une chapelle, la partie n’est pas gagnée d’avance. Et pourtant…

Avec le souffle de l’alto, le frémissement des cordes et le feulement des peaux, «A Story Of A Caress» se dessine doucement et le trio apprivoise facilement le lieu. Les musiciens s’écoutent, s’observent et ont l’air de redécouvrir leurs sons. Malins, ils ne jouent pas contre, mais avec la sonorité de l’architecture. Et la magie opère, il y a comme un quatrième membre au trio.

Alors Joao Lobo (dm) prend de l’assurance et fait rebondir plus sèchement ses baguettes sur ses tambours. Il étale – comme il aime le faire - ses sachets plastic, ses clochettes et ses mini-cymbales pour réinventer son univers. Il joue avec la paume des mains, passe un archet sur la cymbale ride. L’instant est divin

Et le trio s’emballe sur «Illegal Mess» et pousse encore un peu plus loin l’exaltation avec le très coltranien «The Color Under The Skin». Manolo Cabras frappe sa contrebasse dans tous les sens pour répondre aux assauts de Joao Lobo. Et le morceau s’emballe en une transe profonde et sans fin. Manu Hermia fait pleurer le thème au soprano jusqu’à le faire crier. La communion entre les musiciens est totale (quoi de plus normal dans une chapelle, me direz-vous ?). La musique de Manu Hermia oscille sans cesse entre poésie et douleur, entre douceur et rage. Son implication personnelle dans la recherche de cet équilibre de vie - la terre, les humains, la sagesse - est bien présente dans toutes ses compos. Les messages sont clairs et son jazz les amplifie.

Entre balade sensuelle et déchirement plus chaotique, tout fait sens.

Avec «Song For Yasmina», on revient alors à plus de douceur. La musique envahit vraiment tout l’espace et se faufile dans les moindres recoins. A la manière d’un Mark Dresser, Manolo Cabras fait crisser l’archet sur ses cordes, puis fait rebondir ses poings sur le corps de sa contrebasse jusqu’à presque la fissurer ! Manu Hermia passe du bansuri au soprano, puis à l’alto. Les sonorités indiennes se mêlent au jazz. Et on va presque jusqu’au free jazz débordant d’énergie avec «Austerity ? What About Rage ?».

En rappel, devant un public conquis, le trio revient jouer un morceau plus introspectif, qui fait la part belle au bansuri. Tout se termine en douceur.

Après une belle tournée (près de 18 concerts d’affilée répartis entre les JazzLab Series et le Jazz Tour) le trio semble plus soudé que jamais et prêt à enregistrer un nouvel album. Il est à parier qu’il sera sans concession et plus énergique encore que le précédent – que je vous recommande toujours – Long Tales And Short Stories.

Quant à La Chapelle De Verre, j’y retournerai sans aucun doute très vite pour avoir le plaisir de redécouvrir la musique... et profiter de ce merveilleux accueil.

A+

 

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

de werf, belgian jazz meeting, rackham, toine thys, benjamin clement,

Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

23/12/2010

Long Tales and Short Stories à la Jazz Station

 

J’avais raté la «sortie officielle » du nouvel album de Manu Hermia et de son nouveau trio, au Sounds, fin octobre (ainsi qu’à El Negocito à Gand et à l’Arcobaleno à Mons). Heureusement j’ai pu me libérer pour, enfin, aller les écouter à la Jazz Station ce samedi 18 décembre. Il faut dire que depuis que j’avais écouté l’album («Long Tales and Short Stories», sorti chez Igloo) j’étais très impatient, et même excité, de voir le groupe en live. C’est que, c’est le genre de disques qui vous prend, vous remue, vous intrigue, vous titille, vous donne envie d’y revenir… d’en voir et d’en entendre plus.

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Dans une salle plutôt bien remplie, malgré les conditions hivernales qui sévissent sur Bruxelles, nos trois musiciens commencent avec «The Storie Of A Caress». Respiration profonde du ténor, douce, chaude, presque rassurante ; drumming sensuel, joué à mains nues ou à l’aide de sachets en plastique ; balancier hypnotique de la contrebasse. Le trio prend possession de l’espace…

 

Puis, sur une ligne de basse obsédante, «Illegal Mess» contraste avec le morceau précédent et s’amuse sans cesse avec les changements de rythmes. Tantôt ça galope, tantôt ça observe. Puis ça s’interroge, ça s’interrompt, ça redémarre. A l’alto, Manu jette des phrases courtes et incisives, le son est pincé. Joao Lobo est plus cinglants sur ses tambours et l’ensemble s’enflamme à la moindre ouverture. Tout est prétexte à l’improvisation.

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Ce qui est jubilatoire avec ce trio, c’est l’aisance avec laquelle il maîtrise les sons et les harmonies. Tout s’enchevêtre avec une étonnante souplesse.

C’est réjouissant aussi de sentir une telle cohésion dans les différentes approches musicales, qu’elles soient brutales ou mélodiques, intenses ou apaisées, voire très épurées. Qu’elles soient jouées au soprano, au ténor, à l’alto ou au bansuri, on y descelle toujours une fine ligne conductrice. Ce fragile sens de la mélodie, qui se cache parfois, ou qui se devine à peine, permet toutes les libertés sans ne jamais rien perdre de son identité.

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Moment suspendu ensuite. Légers tintements de clochettes, c’est «The Geisha From Kyoto», un très court morceau cousu de délicatesse par le son du bansuri. «The Color Under The Skin» prend le temps, lui, de se développer. Cette fois au soprano, Manu entame une longue montée en puissance, telle une prière, une incantation, une transe. On flotte entre l’esprit de Coltrane et d’Ayler. La ferveur s’empare des trois jazzmen qui renouvèlent l’expérience, en utilisant plus ou moins les mêmes principes, sur «Rajazz #5».

Entre les musiciens, c’est «paroles» et «ponctuations». C’est «consonnes» et «voyelles». C’est un dialogue à trois, un langage singulier aux accents particuliers. Même dans la gestuelle, on ressent entre les trois protagonistes une certaine similitude, presque même du mimétisme. Il faut voir comment Manu ondule et se cambre, comment Manolo Cabras lâche sa contrebasse pour mieux la reprendre, comment il la déséquilibre pour mieux l’accompagner. Il faut voir comment Joao frappe les cymbales, déposées au sol, avec des gestes souples et secs, libres et précis, rageurs et amoureux.

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Et puis, voilà comment, avec «Crasy Motherfucker» bâti sur un rythme binaire, on noue et on dénoue le tempo. Comment on s’en détache, comment on saute d’une ligne à l’autre, comment on l’éclabousse de couleurs et de cris. Comment on le rend intéressant et surprenant.

Quant aux ballades («Song For Yasmina» par exemple), on y ressent vraiment une intensité toute détendue et le relâchement confiant. Rien n’est inutile ou gratuit.

Et pour finir, sur le principe du raga indien, le trio nous embobine dans une autre respiration qui se termine en un souffle… comme celui qui a ouvert le concert. Le cycle est complet, il se referme.


Merde, comme à la fin du disque, voilà que les mêmes symptômes se produisent à la fin du concert : ça vous prend, vous remue, vous intrigue, vous titille, vous donne envie d’y revenir… d’en voir et d’en entendre plus encore.

 

A+

 

 

17/12/2010

OPen Source - Hot Club De Gand

 

Dernièrement,  Joe Higham a eu la bonne idée de mettre en ligne le concert qu’il a donné au Hot Club De Gand le 7 novembre dernier.

Bien sûr, l’idéal est d’aller écouter un concert in situ. Rien de mieux, en effet, que de voir les musiciens en chair et en os, de sentir l’ambiance, la chaleur et les odeurs pour vivre encore mieux la musique. Ceci dit, comme je n’ai pas eu l’occasion d’aller écouter ce concert live, je n’allais pas refuser le cadeau de Joe. Vous pouvez, vous aussi, downloader les deux sets en vous rendant sur son site Cardboard Music. (Juste pour info, Domenico Solazzo et son collectif PaNoPTiCoN, procède de la même manière. Poussant même le processus à mettre en ligne tous les concerts du groupe. Je vous conseille d’ailleurs d’allez y jeter une oreille attentive, ça vaut la peine.)

Bref, après l’avoir écouté plusieurs fois au casque, la nuit venue, intrigué et embarqué par la musique du quartette OPen Source de Joe Higham (ts,cl), (avec Augusto Pirodda (p), Hugo Antunez (cb) et Antonio Pisano (dm)), j’ai laissé un premier commentaire sur le blog. Cela s’est rapidement mué en mini interview improvisée.

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J'ai été surpris de t’entendre jouer comme ça. C'est vraiment bien. Comment définirais-tu ce genre de «jazz»? «Musique improvisée »? « Free jazz »? «Jazz contemporain»? (Oui, j'aime «étiquettes» :-)))

Oui, je l'appelle tout simplement musique improvisée.

Comment improvisez-vous? Sur une gamme? Sur un mode? Quel est votre «truc»? Comment trouvez-vous votre chemin?

Je pense qu’il suffit de mélanger tout ce tu connais à propos du rythme, des gammes, des sons, etc., et ensuite, de garder les oreilles (très) grandes ouvertes sur ce que font les autres. C'est assez difficile, en effet, et très fatiguant aussi, car il faut rester très concentré. Curieusement il est plus difficile de jouer ce style de musique que de la musique plus «balisée» - avec des progressions d’accords, etc. - au moins, là tu as des repères, c’est moins exigeant et cela nécessite moins d'imagination. Les deux sont amusants, mais je dois dire de se lever et monter sur scène sans idées préconçues, c’est grisant.
Un autre problème est… de trouver un engagement pour faire ce type de musique. Mais c'est une autre histoire.

Précisément, si il n'y a pas d'idée « précise » pour commencer, comment pouvez-vous démarrer? Qui «lance» l'idée en premier? N’êtes-vous pas tenté de replonger sur des thèmes familiers? Êtes-vous tous dans le même état d'esprit? L'ambiance, le public, l'emplacement, le temps influencent la musique?

Eh bien, je suppose que je devrais écrire un petit post sur mon blog avec quelques remarques sur nos improvisations, et comment nous nous y prenons. C’est à la fois très facile et difficile. C’est un peu comme regarder un magicien. Cela paraît plus simple que cela ne l’est (mais ça fait partie de la magie).
La musique commence simplement. L’un de nous (ou tous en même temps) joue et… «voilà», le groupe se met en route. C’est un peu comme pour le dessin ou la peinture, il faut parfois avoir juste le courage de mettre le crayon sur le papier et de faire le premier trait.
En ce qui concerne l’état d’esprit, je suppose que nous avons tous le même objectif en tête : la création d'un certain type de musique. Comme tu peux le constater il y a beaucoup de différents styles de musiques «free». L'atmosphère de la salle a certainement une influence, de même que les personnes qui sont présentes, ce qui est plus ou moins la même chose.


Lorsque vous répétez avant un concert, vous «préparez» des «plans» pour les jouer sur scène ou, au contraire, pour les éviter?

Concernant les répétitions, nous jouons et nous discutons quelques idées, parfois avant et parfois après. Nous envisageons parfois d'ajouter certains thèmes, avec ce groupe, mais pas nécessairement pour démarrer la musique. Et nous n’esquivons absolument rien. Ce serait contre-productif. Je pense que nous nous éclaterions moins sur «Now's the Time», mais qui sait!

Depuis combien de temps jouez-vous ensemble, avec Augusto, Antonio et Hugo?

Nous jouons ensemble depuis environ 8 ou 9 mois.
 

Pour cette «nouvelle» expérience (si elle est nouvelle ?), as-tu écouté d’autres saxophonistes (avant ou après)?

Je me suis vraiment replongé dans ce que j’avais toujours écouté. Les choses que j'ai écoutées plus récemment ont été Mujician et Atomic. Puis, de nouveau, il y a eu l'influence d'Augusto et les conversations que nous avons eu ensemble en traversant la Belgique. Augusto a été très important dans le développement de ce groupe. Je lui avais parlé de ce désir et il m'a proposé d’essayer. Je dois dire que je ne connaissais d'autres personnes, ici, qui étaient vraiment «dans» ce courant musical aussi, ou tout au moins désireux de jouer (Erik Vermeulen, Jereon Van Herzeele pour ne citer qu’eux. Mais il y en a d’autres. Suffisamment pour organiser un petit festival intéressant). Augusto a enregistré avec Paul Motian et est très influencé par la musique de Paul Bley également. Nous avons aussi parlé de Kikuchi, un joueur de piano incroyable qui a travaillé avec Paul Motian (on peut trouver ses vidéos sur You Tube). En fait, si Augusto n'avait pas été aussi enthousiaste, je n’aurais jamais essayé ce truc (j’en aurais simplement rêvé).
En dehors de cela, je suis aussi un grand fan de Jimmy Giuffre, qui est presque le «parrain» de ce type de musique - la liberté mélodique - bien qu’il y ait beaucoup de groupes qui suivent les mêmes principes (les deux groupes que j’ai mentionné plus haut par exemples). De plus, cette musique est assez populaire en Angleterre, je pourrais citer des dizaines de noms.

Peut-être que je me trompe mais, pour ce genre de musique (du moins pour ce concert) tu joues souvent les notes basses (profondes ou sombres, devrais-je dire). Est-ce un point de vue délibéré, une option ou tout simplement le sentiment du moment?

En ce qui concerne les notes graves, non, je pense que j’essaie juste de jouer dans différentes régions du saxophone et de donner une coloration différente à la musique. Parfois, en jouant dans le registre du milieu, cela donne une impression de jouer des «solos». Jouer les notes basses ou très élevées n’est pas si évident, le saxophone est difficile à utiliser comme instrument de percussion.

As-tu le sentiment de jouer de manière différente que dans d’autres contextes?   

Tu veux dire: dans d'autres contextes musicaux? Si oui, en effet, une fois que tu commences à jouer plus ouvertement, cela t’influence à jouer dans un autre esprit.



___________________________________

 

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Dans le même ordre d’idées, je ne peux que vous conseiller d’écouter également le dernier album de Manu Hermia (avec Manolo Cabras et Joao Lobo) «Long Tales And Short Stories» paru chez Igloo. Mais on en reparlera bientôt. Promis.

 

A+

 

 

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+

 

26/12/2009

Slang "Karmasutra" au Théâtre Marni

Évidemment, ça fait un choc.

Le 12 novembre, en allant voir, au Théâtre Marni, le concert de Slang pour la sortie de leur dernier album «Karmasutra», j’écoutais «In de Loge» sur Klara . On y retransmettait un concert du Huelgas Ensemble, enregistré à Lier et qui interprétait les «Psaumes de David». Il s’agit de chants datant du IXème siècle. Rien que des chants. Rien que des voix. Presque irréel et absolument magnifique.

Et j’ai bien eu le temps d’apprécier ce moment car, trouver une place pour se garer dans le quartier n’est pas toujours simple. (Manu Hermia me conseillera sans doute de venir à vélo la prochaine fois… pourquoi pas?)

Le choc, donc.

Le choc musical.

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Slang se fait plus rock que jamais! Bien sûr, le groupe n’abandonne pas ses influences sud américaines, indiennes, coltraniennes ou africaines. Un mélange détonant auquel Slang nous a habitué depuis quelques années déjà. Mais avec «Karmasutra», nos trois compères forcent le trait. Michel Seba se retrouve derrière la batterie pour assurer un son plus gros encore. Il faut dire que la guitare de François Garny n’hésite pas à se faire explosive, et que Manu Hermia fait hurler son sax (comme sa voix) sur des morceaux incandescents avec un plaisir jubilatoire. Il s’agit alors, non seulement d’assurer, mais aussi de donner le change! Alors, Seba frappe avec une fougue et une énergie incroyables. Tout cela s’entend déjà sur le disque, mais est encore décuplé en live, surtout si l’on ajoute à cela un light show mordant soutenu par les projections décapantes de Lucas Racasse.

La salle est comble et l’ambiance est chaude et  électrique.

La première partie ne fait pas dans le détail et Slang enchaîne «Chevalier», «Raga Raga» et «Complètement à l’Est» dans une fièvre grandissante. On retrouve quand même dans toutes ces compositions «brut de décoffrage» un goût pour les constructions recherchées. Ainsi «Les cinq doigts de la main» s’articule sur une métrique particulière qui lui donne une force singulière. «Karmasutra» se déploie à partir d’un chant plaintif. Avec «75 Kb’s» , la guitare de François Garny n’est pas sans rappeler celle de Jimmy Page. Le guitariste est aussi chanteur et joue de sa voix rauque et grave pour envoyer des textes souvent engagés ou militants («Diga Me» possède cette petite odeur boucanée de Mano Negra). Manu Hermia, lui, s’essaie au spoken word furieux sur des paroles crues («I’m A Dog»).

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Mais Slang n’a pas mis de côté ses anciens morceaux. Michel Seba délaisse alors sa batterie pour venir à l’avant de la scène jouer du Derbouka. On ressort le bendir. Et revoici «Sugar» ou «Bazaar» pour notre plus grand plaisir. Le sax d’Hermia se fait aussi envoûtant qu’une Zurna et la flûte plus tourbillonnante que le vent indomptable du désert. La guitare flirte avec des ondulations arabisantes. Et tout ça est toujours emballé dans un groove effréné, physique et brûlant qui n’appartient qu’à Slang.

Insaisissable, mélangeant les genres comme personne, combinant rage et énergie, le trio brouille encore un peu plus les pistes et s’amuse à dérouter son public avec ce quatr ième album. Allez vous faire votre propre opinion lors de leurs prochains concerts… et accrochez-vous.

 

A+     

 

09/10/2009

Un Igloo à Toulouse

 

Du 8 au 26 octobre, du côté de Toulouse aura lieu le Festival sur son 31.

Vous allez me dire que si je commence à parler de festivals qui se passent bien au-delà de nos petites frontières, je risque de ne plus du tout m’en sortir. Certes.

Seulement voilà, là-bas, le samedi 24 octobre aura lieu une journée spéciale consacrée au label Igloo. (Oui, il y en a eu en Belgique aussi).

J’avais rencontré Christine Jottard, directrice d’Igloo, à l’occasion des 30 ans du label, il y a quelque temps déjà (rappelez-vous la fête au Théâtre Marni). L’interview n’a jamais été diffusée. Voici une belle occasion de me racheter.

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Comment a démarré l’aventure Igloo?

Daniel Sotiaux a d’abord créé un label dédié à la musique expérimentale, à la poésie sonore et à la musique électronique, avec des artistes tels que John Van Rymenant, Jacques Bekaert, etc… Parallèlement à cela, à la même époque, des musiciens de jazz qui s’étaient regroupés au sein de l’association «Les Lundis d’Hortense» ont créé leur label: LDH. Nous avons décidé, après avoir publié chacun quelques albums de regrouper nos forces.

L’optique était de promouvoir les musiciens belges, de pouvoir les enregistrer plus facilement mais surtout d’être plus performant dans la distribution?

Oui, soutenir les jeunes musiciens belges a toujours été une constante chez nous, dès le début. Nous mettons à disposition des jazzmen une structure plus solide. On leur facilite l’enregistrement, mais aussi la production, le suivi, le travail administratif et graphique… Et bien sûr, la distribution au-delà de la Belgique. Cela s’est fait assez rapidement avec la France qui est un marché important pour nous. Le Japon s’est vite développé aussi.

Quel a été le premier disque enregistré sous le label Igloo?

Le tout premier était un disque de poésie musicale, pas vraiment «jazz». Celui que l’on considère comme étant le premier album «jazz» chez Igloo est l’album de Philip Catherine, Jean-Louis Rassinfosse et Chet Baker. C’est d’ailleurs le premier que nous avons sorti lorsque nous sommes passé du vinyle au CD. Ils ont d’ailleurs co-existé sous les deux formes pendant longtemps. Il faut dire que le CD était beaucoup plus cher à fabriquer à l’époque. Le CD fut le premier changement dans la production. On se demandait tous si nous allions pouvoir suivre. Finalement, c’est la matière du support qui a changé, pas notre façon d’écouter ni d’acheter la musique. Ce qui est assez différent, actuellement, avec l’arrivée d’Internet et la musique « dématérialisée ».

Vous subissez ce changement?

On sent une différence, bien sûr. Les générations actuelles sont habituées à recevoir de la musique gratuitement ou à n’acheter qu’un titre plutôt que tout un album. En ce qui concerne le jazz, nous sommes pourtant relativement protégés. Ceux qui écoutent du jazz ont une démarche plus proche de ceux qui écoutent du classique, par exemple. Ils sont encore attachés à l’objet, à la pochette et surtout à l’ensemble de «l’œuvre». Mais il est clair que cela évolue. Le plus inquiétant, c’est qu’il existe de moins en moins de disquaires et de distributeurs. C’est là où le choix se restreint. Il reste les grandes chaînes, mais tout est informatisé, centralisé, analysé… C’est malheureusement plus impersonnel.

C’est pourquoi on achète de plus en plus via Internet. Peut-on acheter les albums sur le site Igloo?

Oui, on peut les commander. Et depuis deux ans, nous sommes en train de remettre tout le catalogue en téléchargement.

Des disques «épuisés» seront donc de nouveau disponibles?

Oui, bientôt. Mais il y a un gros travail de remasterisation à faire. C’est du temps et de l’argent.

Quelles ont été les plus grosses ventes d’Igloo?

Le jazz est quelque chose d’assez intemporel. L’album de Chet, Jean-Louis et Philip continu à se vendre régulièrement, tout comme les albums de Nathalie Loriers. La musque du monde fonctionne bien. C’est difficile à dire. En fait, Igloo est divisé en trois parties. À Igloo Jazz, nous avons ajouté Igloo+, afin de produire des projets plus spécifiques comme celui de Stéphane Collin qui mélange la musique contemporaine, le classique et  le jazz. En 2005, nous avons créé Igloo Mondo suite au projet «Djigui» de Pierre Van Dormael qui avait rencontré des musiciens Maliens.

Comment sélectionnez-vous les artistes que vous allez produire?

Nous recevons beaucoup de démos et nous assistons à bon nombre de concerts. Ensuite, nous nous réunissons, quatre à cinq fois par an, avec des diffuseurs ou des organisateurs. Cela nous permet de confronter nos idées… et de les conforter. Ensuite, nous travaillons essentiellement la production. Nous organisons les enregistrements. Nous travaillons avec de jeunes groupes qui n’ont pas toujours l’habitude du studio. Nous les conseillons, les rassurons.

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L’ambition d’Igloo est toujours de découvrir et de « pousser » des jeunes jazzmen?

Oui, il y a toujours cette envie d’être attentif à ce qui se passe sur la jeune scène belge, tout en restant attentif aux générations précédentes, bien sûr. Nous essayons de préserver le côté «patrimoine». Nous avons ressorti l’album de Sadi par exemple. Nous avons fait la même chose avec Jacques Pelzer. Et il y a des groupes avec lesquels nous travaillons de longue date, comme L’Âme des Poètes, par exemple.

Certains «jeunes», une fois qu’ils ont «un nom», changent de maison de disques, ce n’est pas frustrant, parfois?

Frustrant? Non. Il faut être conscient de ce que l’on peut faire et être conscient de ses limites aussi. Nous donnons ce que nous pouvons. Les jazzmen qui ont le potentiel de développer une grande carrière peuvent prendre leur avenir en main. Nous n’avons jamais eu la politique de retenir les artistes avec des contrats. Ce n’est donc pas frustrant, au contraire. Si l’artiste arrive à ce résultat, c’est que nous avons rempli notre rôle.

Après la production et la diffusion du CD, y a-t-il un suivi de l’artiste? L’organisation de concerts, de gigs ou autres…?

Au début, nous nous en occupions peu. Mais c’est un axe sur lequel nous travaillons actuellement. Il faut dire qu’il y a un manque d’agents pour les jazzmen. Les rares qui sont sur le marché sont submergés de demandes et ne peuvent pas tout assumer. C’est un énorme boulot et il est très difficile d’en vivre. Quant aux groupes qui se gèrent eux-mêmes, ils n’ont pas toujours le temps de faire toutes les démarches non plus. Les jazzmen sont impliqués dans bon nombre de groupes différents, et adapter les calendriers de chacun est souvent difficile. Alors, nous les aidons de plus en plus au niveau de la promo, de la recherche de concerts. Nous essayons aussi de mieux gérer les sorties d’albums en organisant simultanément des concerts, comme nous l’avons fait à Paris pour Mélanie De Biasio.

Igloo est une ASBL subventionnée par la Communauté Française de Belgique. Impose-t-elle des choses?

Nous avons un cahier des charges avec un nombre d’albums à produire pour une période de cinq ans. Chaque année nous rentrons un rapport qui pourrait nous amener à «justifier» nos choix. Mais jusqu’à présent, nous n’avons jamais eu à le faire. Artistiquement, ils n’interviennent absolument pas et nous font totalement confiance.

En 30 ans, le jazz a évolué. Des «styles» ont été abandonnés au profit d’autres? Y a-t-il un «style» Igloo?

Un style «maison», je ne sais pas. Je dirais peut-être que nous sommes devenu un peu plus sage…

Sage? Pourtant, un album comme celui de Cécile Broché et Etienne Bouyer n’est pas simple ni sage.

Oh oui, bien sûr ! Mais, je parle en général. Si je prends des groupes du début, comme Trio Bravo ou Julverne, c’était osé. C’est normal, ou dommage, mais lorsqu’on rentre dans des circuits de distribution dits «commerciaux», on nous demande d’essayer de définir les genres. Ceux qui ne sont pas clairement définis sont difficiles à «travailler».

Oui, mais c’est ce qui fait aussi l’originalité du jazz. Souvent, les gens se posent la question: «Est-ce du jazz?» Cette musique est tellement «large»…

Tout à fait. Mais on remarque ce phénomène en radio également. Tout ce qui est «entre-deux» a du mal à trouver sa place. C’était plus «ouvert» avant. Il y a eu une période dorée qui s’est un peu perdue depuis que les radios nationales se sont restructurées, thématisées et que les autres radios sont exclusivement «commerciales». Tout ce qui est «jazz» se retrouve dans un créneau de plus en plus étroit.

Est-ce que ce cloisonnement s’est fait aussi entre la Flandre et la Wallonie?  Igloo a peut-être une image assez francophone?

Nous n’avons jamais fait d’exclusive. En jazz belge, les groupes sont souvent mélangés entre flamands et francophones. En plus, pendant longtemps, il n’y avait pas d’équivalent à Igloo en Flandre. De Werf a ouvert une brèche dans les années ’90 et depuis, d’autres labels s’y sont engouffrés.  Nous avons toujours gardé de bons contacts avec la presse, les radios, la distribution. Le projet «Al Funduq» de Pierre Vaiana a été sélectionné par Klara. Non, vraiment, il n’y a pas de problème de ce côté-là, Dieu nous en garde…


Le 24 octobre, le quartette de Manu Hermia, le trio de Steve Houben et le duo Pascal Mohy et Mélanie de Biasio joueront à Toulouse.

 

Pour tous les autres rendez-vous jazz (en Belgique) voyez l’agenda Jazz In Belgium

 

A+

 

25/04/2009

Manu Hermia Quartet à la Jazz Station

Allez hop, un petit passage éclair (comme je l’ai promis à mes deux filles qui m’accompagnent) à la Jazz Station samedi 11 avril en fin de journée.

Comme d’habitude, il y a pas mal de monde.

Sur scène, c’est Manu Hermia est son quartette Rajazz.
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Pas de nouvelles compos au répertoire pour l’instant (Manu travaille sur différents projets qui vaudront la peine d’être entendus. On en reparlera l’un de ces quatre).
Pas de nouvelles compos, donc, mais toujours un plaisir immense à écouter «Contemplation» de McCoy Tyner ou «Internal Sigh», avec cette fabuleuse progression rythmique.

Pas de nouvelles compos, mais une terrible relecture de «I’m Just Me» introduit au Bansuri par Manu et propulsé par un Erik Vermeulen survolté et contenu à la fois.
Avec aussi un Lieven Venken subtilement énergique aux drums. Ça claque juste et ça caresse quand il faut.

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Manu poursuit au soprano avec exaltation tandis que Sam Gerstmans (qu’on avait plus vu depuis un bout de temps) fait résonner la contrebasse.
Quel son !
C’est encore plus flagrant sur «Awakening»: rondeur, profondeur, attaques franches et puissance…

C’était un passage éclair.
Un seul set.
Je l’avais promis à mes filles.
Pour une fois que j’ai l’occasion de passer un peu de temps avec elles, il faut savoir aussi en profiter.

A+

15/02/2009

Hommage à Pierre van Dormael au Théâtre Marni

Rattrapons le temps perdu ! (Premier épisode)

Mercredi 28 janvier avait lieu le deuxième hommage des jazzmen à Pierre Van Doermal.
Cette fois-ci, cela se passait au Théâtre Marni.
Comme au Sounds précédemment, l’endroit était archi plein et une grosse partie du public n’avait plus trouvé que les marches des gradins pour s’asseoir.
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Premier groupe sur scène: Octurn, qui nous rappelle sa collaboration avec Pierre en 2006 avec «North Country Suite». Travail basé sur la musique de Bob Dylan (plus précisément «Girl From The North Country» de l’album «Nashville Skyline»)

La musique parfois complexe de Pierre est d’une intensité rare.
Si elle semble parfois s’envoler dans toutes les directions c’est sans doute pour mieux s’enchevêtrer. Les lignes mélodiques et harmoniques se développent, se nouent, se libèrent.

Et jouée par Octurn, la musique garde toujours cette pulsion et cette tension sans faille.

Ce soir, Guillaume Orti est, une fois de plus, éblouissant dans ses interventions.
Tout comme Bo Van Der Werf, distribuant un jeu fluide et fiévreux.
Chander Sardjoe passe allègrement de la polyrythmie à un jeu délicat aux balais ou à celui, très nerveux, de la jungle.
Laurent Blondiau, Jozef Dumoulin, Fabian Fiorini, Nic Thys et Jean-Luc Lehr alimentent tout au long de la prestation un flux rythmique riche et puissant.

Nicolas Fiszman et Kevin Mulligan viennent ensuite interpréter «Love Me Always» dans un esprit blues-folk.
La voix de Mulligan est toujours aussi profonde et chaude.
Fiszman s’accompagne d’une belle et étrange guitare au son grave (il s’agit d’une guitare baryton - entre la guitare et la basse - (accordée en «si») comme me l’apprendra bien plus tard Nicolas lui-même).
Moment sensible, un peu trop court, d’une extrême poésie.
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La poésie est à nouveau au rendez-vous avec Hervé Samb, Lara Roseel (b) et David Broeders (dm) qui avaient accompagné Pierre lors de ses derniers concerts (notamment au Gent Jazz l’été dernier).
Mélange subtil de douceur et d’âpreté.
De gaîté et d’affliction. De soleil et de fraîcheur.
Le jeu de Samb est lumineux, précis et sans esbroufe.
Et celui de Broeders à la batterie est délicat et plein de finesse.

Même si Pierre n’est plus là, il serait bien que cet ex-quartette continue à répandre sa musique ou, pourquoi pas, à continuer à creuser dans cette veine.

Après le break, Vivaces entame le deuxième set.
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Anne Wolf et Kris Defoort au piano, Nicolas Kummert, Bo Van Der Werf et Manu Hermia aux saxophones, Stéphane Galland et Michel Seba aux percus, Hervé Samb à la guitare et… Nicolas Lherbette (edit. Merci Christine) à la basse électrique.
«Rue 6», «Estelle sous les étoiles» et «Otti 1er» résonnent de belle façon.
Toujours bouillonnante et pleine d’énergie, toujours prête à changer de couleurs et de rythmes la musique nous balade sur le fil de nos émotions.
On ne s’ennuie pas une seule minute.

Avant d’accueillir Aka Moon, Philippe Decock interprète
en solo au piano la musique du prochain film de Jaco Van Dormael, «Mr Nobody», écrite par Pierre.
Un esprit classique, entre Debussy et Satie, entre Ludovico Enaudi et Michael Nyman.

Et puis, c’est Aka Moon, ou plutôt… Nasa Na ?
En effet, au trio s’est ajoutée Bette Crijns (Atatchin), jouant dans un style proche de celui de Pierre (elle fut son élève aussi). Impressionnant.
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Aka Moon est en forme. Tempos flottants, entente parfaite, débauche d’énergie contrôlée… On est subjugué.

On est subjugué aussi par le jeu de Stéphane Galland.
Il alterne le jeu sec et droit à celui du rubato et de la polyrythmie.
Il invente sans cesse.
Michel Hatzi et Fabrizio Cassol en profitent.
David Linx les rejoint pour un morceau mi-scatté, mi-chanté.
Ça vole haut.

Et pour le final, David Linx a invité une belle brochette de jeunes chanteurs (avec qui il travaille au conservatoire) pour un «The Art Of Love» a cappella extrêmement émouvant.
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Nul doute que la musique de Pierre Van Dormael continuera longtemps encore à influencer le jazz actuel.

Et d’ailleurs, rappelons que les recettes des entrées de ce concert ont été intégralement consacrées au financement de l’impression professionnelle de son livre «Four Principles to Understand Music».

Merci encore, Pierre.

A+

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

28/10/2008

Rajazz. Le retour.

Dans le cadre du Skoda Jazz Festival (et toujours au Sounds), Manu Hermia était de retour pour un concert «Rajazz» unique.

Unique, car une seule date figure jusqu’à présent à son agenda (et c’est bien dommage), mais unique aussi car le quartette présentait en avant-première le clip «Rajazz», réalisé par Lucas Racasse avec «Les Moyens Du Bords».

Il existe des clips pour le rock, la pop, le rap… et rarement pour le jazz.
Alors, pourquoi pas ?


20 caméras habilement disposées partout dans un studio.
20 caméras qui tournent simultanément.
20 caméras pour un seul plan continu.

20 caméras pour filmer l’instant, filmer la tension, filmer le relâchement, filmer le jazz…

Côté concert, on retrouve à nouveau sur scène Sam Gerstmans (cb), solide et efficace.
Lieven Venken (dm), bonnet vissé sur la tête, sourire désarmant sur les lèvres et jeu plein de finesse.
Erik Vermeulen au piano. Toujours aussi brillant.
Et Manu Hermia, bien sûr, à l’alto, au soprano ou au Bansuri.


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Manu Hermia a tout assimilé de la fulgurance d’un Coltrane, de la richesse du jazz et de la sagesse de la musique indienne. Il nous livre le produit de cette alchimie avec grâce et justesse. On ne peut qu’admirer l’intelligence de cette musique qui joue sur les contrastes et les nuances, et qui allie le groove et l’introspection.

Après une mise en bouche avec le classique «Contemplation» de McCoy Tyner, comme pour fixer le point de départ de sa réflexion, Manu Hermia et son groupe enchaînent les compositions très personnelles («It’s Just Me», «Indian Suite», «Rajazz» etc…) et démontrent ainsi combien la musique de Coltrane, si on l’a comprise, est une base solide à une créativité sans borne.

Les dernières tournées du quartette ont permis de resserrer encore le propos, de le repenser, de e redessiner, de le dégraisser encore un peu plus de tout bavardage inutile.
Alors, le fil se déroule, l’histoire se développe et la musique nous enveloppe.

Rajazz suit son bonhomme de chemin.
Un chemin de vie et d’énergies positives.
Un chemin à suivre les yeux fermés.

A+

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
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Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
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Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

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Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
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Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
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«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
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Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
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Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
008

Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
010

Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
011

VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

012

Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
013

Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+

03/10/2007

Un tour du côté de chez Citizen

Avant de continuer mes comptes-rendus du Festival Dinant Jazz Nights: un petit intermède.

Quelques articles écrits pour Citizen Jazz.

D’abord un retour sur le Blue Note Records Festival de Gand.
Et ensuite, trois nouvelles chroniques de CD’s.

Premièrement celle de Tricycle.
Délicieux album.
02


Puis, l'album de Greg Lamy.

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Et enfin, celui du saxophoniste italien Raffaele Casarano.

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Et si vous désirez avoir l’avis de Sophie Chambon (qui n’a pas hésité à estampiller l’album d’un «Elu») à propos de Rajazz, que j’avais également chroniquer pour Citizen Jazz, il suffit de cliquer ici.

Bonnes lectures.

A+

08/08/2007

127 bis

Moins drôle.

Régulièrement , on s’émeut et on enrage à propos de ces trois chiffres suivis d’un «bis».

Un «bis» !  Comme si ça ne suffisait pas…

Le 127 c’est le «nom» du centre fermé de Melsbroek. Le 127 Bis c’est celui de Steenokkerzeel.

 
Pour ceux qui ne sont pas au courant, voilà ce qu’en dit l’Observatoire Citoyen:

Le centre 127bis se trouve à Steenokkerzeel à proximité des pistes de l’aéroport de Zaventem.

Ce centre a une capacité de 112 places. Depuis l’été 2005, le centre est entièrement  réservé pour des femmes seules, couples ou familles avec enfants.

Dans ce centre, on trouve des demandeurs d’asile en procédure ou déboutés, des sans-papiers et des “cas Dublin” (des demandeurs d’asile dont la Belgique estime qu’un autre pays membre de l’UE est responsable de l’examen  de leur demande).

Il y a trois ailes pour les familles. Ces dernières semaines, il y avait en permanence de 50 à 60 enfants dans ce centre fermé. Des enfants de tous âges et toutes nationalités.

Le centre n’est pas adapté à l’accueil des enfants:

- Les enfants dorment dans la même chambre que leurs parents.

- Une petite «salle de jeu» est accessible. Dans cette salle, 10 enfants au plus peuvent jouer en même temps. Presque aucune activité n’est organisée. Il y a 2 ou 3 animatrices pour s’occuper des enfants dans les derniers temps mais vu le nombre des enfants présents, il n’est pas possible d’organiser beaucoup d’activités.

- Les enfants ne peuvent aller à l’extérieur que 2 heures par jour et sous la surveillance d’un gardien.

- Dans la salle commune, la télévision est allumée en permanence.

- L’espace de jeu est entouré de hauts grillages et de barbelés.

- Il n’y a pas d’enseignement.

- Les enfants sont souvent témoins d’incidents entre les adultes.

-  Les enfants sont témoins de l’angoisse des adultes par rapport à leur renvoi forcé dans leur pays d’origine et de la violence qui entoure parfois les expulsions.

- Il n’y a presque aucun jouet.

(Source :  Observatoir Citoyen )

 

Dernièrement, c’est le cas d’ Angelica qui a défrayé la chronique.

127bis


Manu Hermia, que l’on connaît comme saxophoniste mais aussi pour ses engagements politiques, n’est bien sûr pas resté insensible à ce drame sordide et pourtant devenu si banal.

Avec son groupe Slang (Michel Seba et François Garny), il vient de publier un morceau où il chante sa rage et sa honte…

"Angelica, j’ai mal à mon pays" est downlodable gratuitement, ici pour qu’il soit diffusé partout et au plus grand nombre.

Alors, n’hésitez pas…

Si ça peut aider à changer un peu les choses…

Merci Manu.

A+ 

23:07 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : manu hermia, politique |  Facebook |

06/06/2007

Citizen Jazz - Les chroniques

visions_miles

Du belge sur Citizen Jazz.

D’abord une chronique de Bob Hateau à propos du livre d’Yves Budin «Visions of Miles» et ensuite deux chroniques personnelles d’albums.

La première pour « Moon Talk» de Zoshia et la seconde pour « Rajazz» de Manuel Hermia

Voilà, il ne vous reste plus qu’à lire et écouter.

A+

12:57 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : manu hermia, citizen jazz, yves budin, zoshia |  Facebook |

31/05/2007

Le Jazz Marathon et une jam. (Part3 et fin)

Oh la belle affiche !
À celle de départ, se sont ajoutés les vainqueurs du «XL-Jazz New Talents»: Collapse.
Je ne vais pas revenir sur leur concert, qui fut très bon, et qui me conforte dans le choix qu’avait pris le jury.
Ce qui me frappe aussi, avec ce groupe, c’est l’aisance, le contact avec le public et la facilité d’enchaîner les morceaux.
On n’attend pas des plombes que le groupe se décide à jouer tel ou tel morceau.
C’est (presque) rôdé.
C’est ce qui manque parfois, si je peux me permettre, à certains (jeunes) groupes de jazz.
Après tout, la scène, même si c’est du jazz, c’est aussi du show.

01

Le contact facile, c’est une des qualités de Pirly Zurtrassen. Il adore raconter la genèse et les anecdotes de ses compositions.

Après «H», que je n’ai jamais eu l’occasion de voir sur scène et «Musique à Neuf», Pirly présente «Musicazur» et le répertoire de son dernier disque: «…Prend l’air».

On navigue toujours (on vole plutôt) dans le même esprit, c’est-à-dire entre jazz, folklore imaginaire, musique tzigane ou celtique avec joie et délicatesse.
Au piano, Pirly est presque effacé, laissant à Kurt Budé ou Daniel Stokart la liberté d’interpréter ses thèmes virevoltants.
Les deux souffleurs sont entourés par Tuur Florizoone et Alexandre Cavalière. L’idée de mélanger accordéon et violon ne semble pas évidente au départ et pourtant, le résultat est tip-top.
Pirly abandonnera même son piano, le temps d’un morceau, pour accompagner ses amis à l’accordéon.
Il faut souligner aussi l’excellent jeu de percussions de Fred Malempré tout au long du set, ainsi que Piet Verbiest à la basse très … musicale.

Voilà déjà deux beaux moments sous le soleil…

Et la suite ne sera pas décevante.

02

Je les avais raté lors du Festival Jazz à Liège, et je fus heureux de les voir sur la Grand Place ce dimanche : Ruocco – Rassinfosse – Simtaine.
Du costaud.
Fort de leurs retrouvailles qui ont donné naissance à un album, «Ghost Of A Chance», sorti récemment, nos trois icônes du jazz belge (mais oui, Ruocco est belge, allons allons…) nous ont offert une belle relecture de quelques standards.
«What I’ll Do», «Sweet Lorraine» ou encore «I’m Getting Sentimental Over You» sont interprétés avec un bel aplomb et présentés avec beaucoup d’humour.
Jean-Louis Rassinfosse est fidèle à lui-même: basse hyper mélodique et nerveuse. Felix Simtaine frappe sèchement ou sensuellement ses fûts avec précision. Et John Ruocco est à la fois lyrique et concis: attaques sèches et développements tout en subtilités.
Aaaah, le beau trio jazz que voilà…

03

Changement de style à nouveau, avec l’excellent projet «Rajazz» de Manu Hermia .
La fusion entre les ragas indiens et le jazz modal n’empêche pas la pluie de s’inviter au concert.
Cependant, le public reste.
Il faut dire que la musique de ce groupe a quelque chose d’envoûtant de par son développement tout en intériorité et ses dénouements explosifs.
«Indian Suite» ou «Rajazz» sont deux thèmes magnifiquement écrits où peuvent s’exprimer avec beaucoup de liberté Lieven Venken (dm) qui alterne fougue et retenue, Erik Vermeulen dont vous savez déjà tout le bien que j’en pense et Sam Gerstmans, de plus en plus à l’aise dans cette formule, et qui assure un max à l’archet, preuve – s’il fallait encore le démontrer – qu’il fait partie des grands bassistes belges.

Le concert se termine sous une pluie qui redouble d'intensité.

On craint un peu pour la suite de la soirée.

04

Mais les pirates du jazz que sont Rackham font reculer le crachin et les gros nuages.

Le tonnerre est sur la scène !

Ce soir, Toine Thys et ses flibustiers nous la jouent plus rock encore que d’habitude.
L’énergie et le punch ramènent devant le podium le public qui s’était abrité sous les arcades de la maison communale.
Laurent Blondiau et Toine monteront en puissance tout au long du concert.
Il faut dire que derrière, ça «envoie».
Benjamin Clément met le feu avec des solos de guitares puissants, François Verrue (eb) et Teun Verbruggen, qui cassera plus d’une baguette ce soir, assènent un beat d’une virilité phénoménale.
«Spine», «Juanita K.», «Viking 2» ou «Schmoll» emportent tout sur leur passage…

Rappel obligatoire… même si l’horaire est dépassé.

08

Je décide d’aller prendre un simple dernier verre au Kûdeta où est organisé une jam.
Juste un verre, promis…

Je n’en sortirai que vers 4h.

Il faut dire qu’on retrouve dans ce sympathique et étroit établissement, plein à craquer, Michael Blass, Ben Ramos, Christophe Astolfi, Etienne Richard, François Garny, Cedric Raymond, Bilou Donneux que rejoindront ensuite Robin Verheyen, Manu Hermia, Lieven Venken, Toine Thys, Renaud Crols, Teun Verbruggen etc…

06

On y verra aussi la bande à Mélanie De Biasio: Pascal Mohy, Pascal Paulus, Axel Gilain, mais aussi Sergio, Rosy, Jacobien, Mariana Tootsie, Manolo Cabras, Marek Patrman, un talentueux et sympathique trompettiste américain que je ne connaissais pas: Rolf Langsjoen, arrivé récemment à Bruxelles, ou encore l’incroyable guitariste espagnol Andreu Martinez qui avait joué la veille (et que je n’ai pas vu…) avec son groupe sur la place d’Espagne (et à l’écoute de son disque, je le regrette).

Bref, j’oublie certainement plein de monde.
Ça joue, ça transpire, ça rigole, ça discute… quel beau final.

07

Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Hummm… je me répète il me semble.
Je vais me reposer un peu.

05


A+

09/05/2007

Jazz à Liège 2007

Le coup d’envoi des festivals d’été (ben oui, c’est presque l’été) est donné comme d’habitude à Liège.
17ème saison.

Alors voilà, je vous livre mes premières impressions. (Un article plus conséquent suivra sur Citizen Jazz)

00

Dans le Palais des Congrès, on a fait un petit effort du côté du bar, qui, avant ressemblait plus à un bar d’étudiants qu’autre chose, pour le rendre plus cosy, plus sympa, plus accueillant.
La signalisation est plus claire aussi.
Quant au programme, il oblige toujours à faire des choix. Ou bien, à aller picorer à gauche et à droite pour tout voir ou… ne rien voir.
Ce n’est pas toujours drôle pour les spectateurs et encore moins pour les musiciens qui doivent subir des «transhumances» entre deux morceaux…

J’ai donc fait mes choix en faisant aussi l’impasse sur certains concerts, malheureusement.


Vendredi, je roule vers Liège en écoutant le dernier album de Louis Sclavis : «L’imparfait des langues». Brillant. (Faudrait que je fasse écouter ça à Ben Sluijs car il y a quelques passages qui pourraient le faire sourire…)

Sur place, je discute un peu avec Yves Budin, puis je vais écouter le Big Band de Liège qui fait la fête à Sadi. Ce soir, Sadi c’est Guy Cabay.
Le vibraphoniste est parfait… le Big Band, un peu court par moments.

J’échange quelques mots avec Jos Knaepen, fidèle au poste, puis avec Pascal Noël, venu présenter le dernier album de Phil Abraham.

Dans la Salle des 1000, je vais donc écouter «Jazz Me Do».
En tant que fan des Beatles, je me dois d’entendre ça, même si je n’avais pas trop aimé le premier opus.
Hélas, je n’accroche pas plus cette fois-ci (désolé Pascal, désolé Phil).
Pourtant, Jacques Piroton et Fabrice Alleman sont vraiment excellents.
Mais ce projet,non vraiment, c’est pas pour moi…


Je me dirige vers la grande Salle des Fêtes pour écouter Electro Deluxe dont on dit beaucoup de bien dans l’hexagone.
C’est sympa. C’est électro (bien sûr), c’est groovy, c’est funk et parfois un peu rap avec l’apport de HKB Finn (déjà entendu chez Ntoumos).
On pense parfois à Soulive… mais la recette est un peu trop connue. Rien de bien neuf, en fait.
Bien moins excitant qu’un Ntoumos ou un Darwin Case des années précédentes.

Et, du coup, j’ai raté Ruocco-Rassinfosse-Simtaine…grrr… Je m’en veux.

02

Dans la petite salle du milieu, là par contre, ça décoiffe: Wrong Object!
Un groupe brûlant et puissant qui revisite à sa manière Zappa, Soft Machine et toute la tendance jazz-rock progressif.
Compos personnelles ou reprises, le groupe se donne à fond.
Michel Delville est époustouflant et Fred Delplancq (que je ne connaissais pas dans ce registre) est explosif.
Coup de cœur!

01

Dans la grande Salle, David Sanchez, malgré un sacré pedigree, restera trop sage à mon goût.
Il n’y a rien à dire: tout est impeccable. C’est super bien joué, c’est pro, c’est propre.
Sanchez déroule ses impros et le guitariste Lage Lund est virtuose, en effet, …mais… il ne se passe décidemment pas grand-chose.

Vers minuit, Octurn déballe sa musique.
Et là, c’est toujours aussi fascinant.
On y voit l’avenir…
C’est le deuxième très bon moment de la soirée.

03

Je descends au Bar des Congressistes, où je rencontre Jules Imberechts, pour écouter la fin du concert de Peas Project. Drôle, funky en diable et survitaminé… Voilà des mecs qui savent faire la fête.

Vers 2 heures, je rentre sur Bruxelles en écoutant cette fois «Rykestrasse 68» de la subtile et délicate Hanne Hukkelberg... Zen.

Deuxième jour, je remonte à nouveau vers Liège avec, dans le lecteur, «Favorite Worst Nightmare» des Arctic Monkeys entamé plus tôt dans la journée et les «Sonates de Scarlatti» par la pianiste Patricia Pagny… le grand écart, quoi.

04

Je rencontre mes amis Piet et Mwanji et je me dirige vers la petite salle pour écouter Charlier-Sourisse.
C’est toujours aussi bon!
Malheureusement, je n’entendrai pas tout car je voulais absolument voir l’immense Dave Douglas et son «Keystone Project» que j’avais pourtant déjà vu aussi à l’AB l’année dernière.

05

Ici, pas de déception.
L’énergie, la qualité de jeu, les compos, les impros… tout est excitant. C’est inventif, c’est neuf, c’est… vraiment bien.

06Timing parfait pour aller re-écouter «Rajazz» de Manu Hermia.
Très fort Manu. A la flûte, au soprano ou à l’alto, il y met une âme peu commune.
Quel beau projet. Sensible et rageur à la fois.
Vraiment de très haut niveau…
Et je ne vais pas vous redire à nouveau tout le bien que je pense des musiciens qui l'accompagnent.

Je vais ensuite écouter quelques notes, dans une salle archi comble, de E.S.T.
Je les ai vus de nombreuses fois et j’ai l’impression qu’ils tournent en rond.
Toujours les mêmes plans, toujours la même recette.

07

Dans la Salle des Fêtes, j’assiste au concert de Brewed By Noon de ce batteur fou qu’est Sean Noonan, avec Marc Ribot, Jamaladeen Tacuma, Mat Manieri etc...
Du beau monde, non ?
Mélange énergique (le mot est faible) de jazz, de musique Africaine et de rock.
On pense parfois à la fougue d’un John Zorn, mais ici, au lieu de musique juive, c’est la musique celtique que cet Irlandais-Américain revisite et fait éclater en mille morceaux.
Excitant… et épuisant.
Il aura bien marqué les esprits. Et ce n’est pas Yves Budin, qui m’a envoyé une illustration inédite (il ne devient pas «chic» mon blog avec des illustrations originales… humm ??!), qui me dira le contraire.
Merci Yves.

010

Fatigué, je n’ai pas le courage d’écouter attentivement Fabian Fiorini et Jan Rzewski et je le regrette, car cela me semblait d’un niveau exceptionnel…

Et voilà, je me retrouve enfin au bar…
Ouf…
Je discute un peu avec Jean Mallamaci, Pascal Mohy, Robert Jeanne, Nicola Lancerotti, Jean-Paul Estiévenart, Lorenzo Di Maio, Laurent Delchambre, François Descamps, Daniel Stokart et plein d’autres…

Et je termine ma soirée avec Bojan Z, Manu Hermia, Lieven Venken et Louis Winsberg

Quatre heures, je rentre.
J’écoute «The Zoo Is Far» de Christian Wallumrod. Ambiance baroque et fantomatique sur une autoroute déserte.


A+