20/03/2016

Mauro Gargano - Interview

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Le contrebassiste italien Mauro Gargano, installé à Paris depuis ‘98, est un sideman très demandé. On l’a souvent vu aux côtés Bruno Angelini, Francesco Bearzatti, Christophe Marguet, Giovanni Falzone ou Giovanni Mirabassi, par exemples. Il a aussi à son compte quelques beaux projets personnels : Mo’Avast (avec Francesco Bearzatti, Stéphane Mercier, Fabrice Moreau), Ants ou encore son duo avec Myriam Bouk Moun. Mais son dernier projet en date, plutôt ambitieux, a quelque chose d’assez particulier.

«Suite For Battling Siki» est un album «concept», qui raconte la vie, brève et incroyable, du boxeur sénégalais qui terrassa la vedette de l’époque Georges Carpentier sur ses terres et devint champion du monde !

L’album se déroule en plusieurs rounds, menant Siki de Saint-Louis à New York en passant par Marseille, Paris ou Dublin. Entre chaque combat, deux comédiens (Fréderic Pierrot et Adama Adepoju) interprètent un dialogue imaginaire entre le boxeur et son coach. Quant aux combats eux-mêmes, ils sont joués avec énergie et mordant par une terrible équipe de jazzmen : Jason Palmer (tp), Ricardo Izquierdo (ts), Manu Codjia (eg), Bojan Z (p, keys) et Jeff Ballard (dm).

Lors d’un récent passage de Mauro Gargano à Bruxelles, j’en ai profité pour lui poser quelques questions.

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Tu es contrebassiste, mais tu as pratiqué la boxe étant jeune.

La boxe, c’était la passion de mon grand-père. Moi je m’y suis intéressé vers mes quinze ans. Mon père était aussi un passionné. On regardait ensemble les matches de Larry Holmes à la télé, c’était la grande période des combats au Madison Square Garden ou à Las Vegas, puis il y a eu Mike Tyson, etc. Je suis rentré dans un club de boxe à cet âge-là, par curiosité. J’ai découvert un monde fascinant, je me suis inscrit et j’ai commencé les tournois amateurs. J’ai pratiqué jusqu’à l’âge de 22 ans, quand j’ai commencé à vraiment jouer de la contrebasse.

Tu as switché de la boxe à la contrebasse ?

Oui et non : je faisais les deux en même temps. Mais la contrebasse demandait beaucoup de travail…

Et la boxe, ce n’est peut-être pas bon pour les doigts…

Non, pas vraiment. Mais, en fait, à l’époque, je me suis fracturé le pouce en faisant de la boxe et je ne pouvais plus jouer de la contrebasse. J’étais malheureux. J’ai dû faire un choix. J’ai donc arrêté la boxe. Ensuite, je suis parti à Paris vers 25 ans, au conservatoire. Je continuai à suivre un peu la boxe à la télé, mais les retransmissions étaient devenues rares. Plus tard, en 2006, je suis retourné, par hasard, dans une salle de boxe. J’ai rencontré un entraineur qui m’a poussé à venir m’entraîner avec «ses jeunes». Il avait envie que je fasse mon «dernier tournoi». J’avais déjà trente cinq ans. Je me suis beaucoup entrainé, quatre fois par semaine, et j’étais très motivé. Et puis, j’ai reçu un coup de fil pour jouer des concerts avec des super musiciens. Cela tombait dans la période du tournoi. J’ai hésité. Mais la musique était mon travail et la boxe une passion. Et j’ai jeté les gants…

C’est là que tu as pris connaissance de l’histoire de Battling Siki ?

J’avais déjà vaguement entendu parler de son histoire, dans des salles de sport, lorsqu’on discutait entre nous des grands champions de boxe. Un jour, on m’a parlé de son combat controversé avec Georges Carpentier. Je me suis renseigné et j’ai trouvé l’histoire passionnante et révoltante. Elle m’est restée en tête. Plus tard, lorsque l’organisateur de Bari In Jazz m’a demandé si je voulais participer à un hommage à Miles Davis cette année là, j’y ai repensé. J’avais vu le programme que les autres musiciens proposaient, il y a avait déjà presque tout. Comme Miles aimait la boxe, on connaît l’album qu’il a fait à propos de Jack Johnson, je me suis dit que Battling Siki était une opportunité. J’ai proposé le projet et il a été accepté. On l’a joué, c’était vraiment bien et j’ai voulu continuer. J’ai cherché des producteurs, mais ça n’a rien donné. Il s’est passé un peu de temps et, finalement, j’ai décidé d’arrêter une date pour enregistrer la musique, car tout le monde était libre à ce moment-là. J’ai rencontré ensuite Jean-Jacques Pussiau, qui s’occupait de OutHere Records, et qui était d’accord de le produire. Il a eu la malchance de se faire virer et donc de ne plus pouvoir nous aider. Mais il m’a mis en contact avec d’autres producteurs. J’ai fait écouter les bandes à pas mal de monde, mais les gens n’étaient pas très chauds. On me reprochait de faire un concept album, on me disait que c’était une vieille idée des années ‘70… D’autres n’aimaient pas les voix. Ce n’était pas gagné.

L’enregistrement était déjà complet, comme ce que l’on entend sur l’album, avec l’histoire et les voix ?

Oui. Tout a fait. A l’époque de Bari, c’était déjà comme ça. Je voulais superposer à la musique un dialogue imaginaire entre Siki et son entraineur. J’ai imaginé cette suite comme un film. Je voulais un truc dans l’esprit de «Raging Bull», avec la vie du boxeur qui défile pendant son combat, pour jouer avec des flashback, avec des moments très durs et des mots forts.

Tu as écrit toi-même les paroles, en faisant passer les messages : le racisme et le courage de le combattre, de se relever…

Oui. On raconte que Siki avait passé un deal avec Carpentier, à l’époque, pour qu’il se couche et laisse gagner le champion français. Siki n’a jamais accepté, même quand son entraineur subissait des pressions. Et puis Siki a gagné et est devenu champion du monde. Mais il n’a jamais été accepté ni reconnu comme tel. On a dit que tout avait été arrangé… Le racisme était très fort à l’époque. J’ai voulu rendre ma vérité sur cela. Je voulais réparer cette injustice, parler de cette rancœur et de ce désespoir. C’est une histoire extra sportive.

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Lors du projet, tu avais déjà un casting précis en tête ?

A Bari j’avais joué avec Bojan Z, Manu Codjia, Ricardo Izquierdo et Rémi Vignolo. Les voix avaient été enregistrées et je les avais diffusées lors du concert. A l’époque je travaillais aussi avec Jason Palmer sur dans d’autres groupes. Je lui ai raconté l’histoire de Battling Siki et du projet que j’avais en tête. Il a adhéré tout de suite. J’avais aussi demandé à Nasheet Waits de tenir la batterie. Il avait accepté mais à la période de l’enregistrement, sa femme devait accoucher et c’était bien entendu un peu délicat pour lui. Comme je connaissais aussi Jeff Ballard, je lui ai demandé s’il voulait participer. Il était, lui aussi, très enthousiaste. Mais il a d’abord voulu en savoir plus. Je lui ai donné certains de mes enregistrements, puis on s’est vu, on a discuté toute une nuit à propos du projet et on est entré en studio. On a tout fait en trois take maximum. Sans presque de répétitions. C’était bon pratiquement tout de suite…

Vous avez enregistré en combien de temps ?

Un jour ! Même si j’avais bloqué deux jours de studio. Mais Bojan n’était libre que le premier jour. On a donc gardé tous les take du premier jour. Sauf «Round Six : New York», qui a été enregistré le second jour et sans Bojan, bien entendu. Ce deuxième jour, on l’a plutôt consacré à réécouter, à choisir et à ajouter parfois un peu de son sur l’un ou l’autre morceau. Jason Palmer a fait le solo sur «Jumping With Siki». C’est une impro totale. J’avais une vidéo de Mohammed Ali lors de son combat à Kinshasa en '74. A un certain moment, le boxeur «fait la corde», pendant quatre minutes. J’ai mis un métronome et il ne bouge pas de son tempo, c’est incroyable. J’ai proposé à Jason de jouer sur le tempo de Ali. Comme c’est humain et régulier à la fois, il y a quelque chose d’irréel et d’insondable là dedans. Ça danse vraiment.

Sur scène, il y aura les voix, des projections d’images ?

Ce serait génial d’avoir les acteurs sur scène, mais je me sens un peu mal de les faire venir pour quelques phrases. Surtout que ce sont d’excellents comédiens, Fréderic Pierrot, ce n’est pas n’importe qui («L.627», «Polisse», «Chocolat»…). Adama Adepoju est un conteur africain, avec qui j’avais travaillé sur le projet « Jazz et vin de palme » d’Emmanuel Dongala. Je voulais une voix africaine et j’ai pensé à lui immédiatement. Ils sont venus chez moi, par amitié et par pur plaisir enregistrer mes textes.

Des concerts sont prévus ?

Tout est lancé, il y a déjà eu des dates à Paris et le reste suivra je l’espère. C’est un projet qui me tient vraiment à cœur, c’est très vivant et le public reste accroché à l’histoire. C’est un truc que je veux vraiment partager.

 

 

 

A+

 

15/03/2014

Melangcoustik à l'Archiduc

 

Fin d’après-midi ensoleillée sur Bruxelles ce dimanche 8 mars. Pas mal de monde se balade dans la rue Antoine Dansaert et les terrasses sont bien remplies. Tout le monde profite d’un printemps un peu trop précoce.

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Moi, je vais profiter de la venue de Lieven Venken (dm), Jereon Van Herzeele (ts), Philippe Aerts (cb) et Manu Codjia (eg) à L’Archiduc.

Là, il fait frais et doux. L’atmosphère est détendue et relax, et c’est tout aussi agréable.

Après avoir vu le «côté face» de Lieven, dans une débauche d’énergie, au Bravo, je retrouve son «côté pile» avec Melangcoustik.

Cet après-midi, ce sont cette fois-ci des «standards», revus avec beaucoup de tendresse, qu’on jouera. Sans agressivité donc, mais non sans panache.

Il y a, dans ces reprises, cette pointe de modernité, de personnalité et d’énergie toute new-yorkaise. Il y a cette sorte de pont entre un esprit très actuel et une tradition totalement assimilée.

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Il faut dire que, parmi ces fines lames, Philippe Aerts ancre solidement la rythmique, avec fermeté et souplesse, et avec toujours beaucoup de musicalité et de swing.

Cela permet à Jereon Van Herzeele de se laisser aller à des impros bien charnues, parfois légèrement «out», sans trop de violence mais avec juste ce qu’il faut pour pimenter les thèmes.

De même, Manu Codjia s’emploie à délivrer un son à la fois soyeux et incisif. Ses phrases sont claires et vives, enrobées d’une très légère réverbération qui les rendent chaleureuses. Il y a un côté «americana» dans son jeu. C’est solaire et éclatant.

La guitare et le ténor sont aussi soutenus, voire excités, par le drumming de Venken. Il souligne ou marque franchement certains accents.

Alors, on passe en revue «Take The Coltrane», «Good Bait» et d’autres classiques encore… Et ça balance plutôt pas mal.

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Et puis il y a cette ballade, «Softly As In A Morning Sunrise», avec cette intro de Van Herzeele qui dessine tout de suite l’intention. Et puis il y a ce solo de Codjia, tout en étirement et en langueur, minéral et fin. Le guitariste distille les notes comme on saupoudre de la poussière d’étoiles sur un souvenir endormi. Et puis il y a Philippe Aerts qui plonge dans un solo d’une extrême tendresse. Et puis il y a le drumming feutré de Venken. Le moment est presque magique.

Alors le quartette reprend de plus belle, plus nerveux, dans un esprit bop plus marqué. Et comme dans un éclat de rire libérateur, «Moment’s Notice» s’éparpille.

Puis, «I Hear A Rhapsody» s’envole, «You Don’t Know What Love Is», se déploie et «Body And Soul» se fait très sensuel. Les échanges entre guitare et sax sont juste parfaits et s’entortillent autour de la rythmique. Le plaisir est simple… et vrai.

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Et comme on n’a pas envie de se quitter si vite, même si le concert a pris ses aises, on se joue encore «Segment», pour finir en beauté.

S’il n’y a plus de soleil dehors, il y en a toujours à l’intérieur de l’Archiduc.

A+

 

 

 

16/01/2010

Médéric Collignon au Sunset - Paris

Vendredi 8 au soir, je prends un direct Bruxelles Midi-Rue des Lombards. Terminus: Le Sunset, Paris.

Le club est plein comme un œuf. Depuis quelques jours, Médéric Collignon «invite». Après Yvan Robillard, Emile Parisien (voir le compte-rendu de mon ami Ptilou sur son blog) et avant Claude Barthélémy, c’était au tour, ce soir, de Pascal Benech (tb) et Manu Codjia (g) de partager la scène avec Jus de Bocse.

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Médéric Collignon est une bête de scène. Sec comme une trique, le verbe facile, la déconnade comme moteur et… de l’énergie à revendre.

Sa musique est inspirée du Miles des années ’70, époque «Bitches Brew», «Big Fun», «In A Silent Way»… Mais elle reste avant tout du Médéric Collignon. C’est que le gaillard n’a pas pour habitude de se laisser intimider par LE maître (pour rappel, son «Porgy And Bess» lui avait valu une critique acerbe et injustifiée dans Télérama). Et moi, du Collignon comme ça, j’en redemande.

Ça démarre vite, en force et ce sera bouillonnant jusqu’à la fin! Trois sets intenses, trois sets de folie. Notre trublion de service boute le feu à tout ce qui l’entoure.

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La puissance de Philippe Gleizes, aux drums, n’est pas sans rappeler celle d’un Christian Vander. C’est tellurique et nuancé à la fois. Avec lui, les rythmes redoublent, tracent puis bifurquent brusquement. La basse obsédante de Frédéric Chiffoleau s’engouffre dans des pulsions jazz-rock brûlantes. Aux claviers (remplaçant Frank Woeste ce soir), Mathieu Jérôme évoque l’esprit de Joe Zawinul, distille les nappes ondulantes, entre apaisement et furie. Manu Codjia est plus électrique que jamais. Les sons giclent, frisent la stridence, se découpent sur des tempos effrénés, épousent des horizons dessinés au couteau. Le trombone basse de Pascal Benech amène une chaleur brute et poisseuse dans cette fusion survoltée.

Et il y a donc Collignon qui ne se ménage pas. Jonglant entre la trompette, le pocket cornet et la voix. Il est partout. Il relance perpétuellement le groupe par des impros courtes, l’encourage par le geste, le pousse à aller toujours plus loin. Il tire de son pocket cornet des sons hallucinants, contrôlés, vifs. Au chant, il pousse sa voix à la limite de la brisure. Il scatte, il slamme et l’on se surprend du mimétisme avec le son de la guitare. Un vrai casse-cou des cordes vocales. Eblouissant. Unique.

Après près de trois heures d’impros furieuses sur «Bitches Brew», «Mademoiselle Mabry», «Kashmir» (de Led Zep) et autres thèmes Milesiens je reprends mes esprits au bar avec Manu Codjia. L’occasion aussi d’échanger quelques mots avec Médéric Collignon.

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Le disque «Shangri Tunkashi-La» sortira fin février chez Plus Loin Music. Tout à fait dans l’esprit du concert de ce soir. Un hommage au Miles Electric (jusque dans le design de la pochette qui rappelle celui de «Agharta»)… façon Collignon, bien sûr. Hautement recommandé, bien entendu !

 

A+

 

26/07/2009

Brosella 2009


Brosella 2009

33ème édition de ce rafraîchissant festival folk (le samedi) et jazz (le dimanche).

Cette année, il fait beau et le public est nombreux (notez que lorsqu’il ne fait pas beau, le public est pratiquement tout aussi nombreux).
Il faut dire que l’endroit est merveilleux, l’ambiance familiale est toujours aussi décontractée et l’affiche toujours aussi alléchante.

Ce dimanche, je ne pouvais malheureusement pas y être dès le début et j’ai donc raté les trois premiers concerts (Eve Beuvens, dont je vous recommande chaudement le premier album «Noordzee» sorti récemment chez Igloo, le Jazz Orchestra of The Concertgebouw ainsi que Tutu Puoane qui vient également de sortir un album chez Saphrane, «Quiet Now», que je n’ai pas encore entendu).


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J’arrive donc pendant le concert d’Anouar Brahem Trio.
Pari assez osé que de proposer cette musique d’une douceur et d’une délicatesse rares au beau milieu de l’après-midi et en plein air.
Mais le public sait pourquoi il est venu. Il est connaisseur et respectueux.
Il règne sur le site un silence apaisant et une mélancolie retenue.

Anouar Brahem et le clarinettiste turc Barbaros Erköse égrènent les mélodies ondulantes et soyeuses sous la frappe sensible du percussionniste libanais Khaled Yassine.
Le trio revisite quelques-uns des plus beaux morceaux de «Astrakan Café» ou «Contes de l’incroyable amour».
 
L’air est doux et parfumé de poésies musicales.


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Plus haut, sur la petite scène, le quartette de Free Desmyter augmenté de l’Irakien Bassem Hawar au djoza (sorte de petit luth oriental qui se joue verticalement à l’archet) et du Néerlandais Dick Van Der Harst à la chalémie (sorte de flûte maghrébine).

Ce projet, spécialement monté pour le Brosella, propose donc une belle fusion entre jazz et musique orientale.

La clarinette de John Ruocco s’infiltre avec aisance dans ce jeu de modes.
Free joue avec les silences, laisse parler les autres, intervient pour indiquer la couleur.
Manolo Cabras et Marek Patrman toujours attentifs brodent des coutures solides, mais quasi invisibles, entre ces différents mondes musicaux.


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On improvise sur de nouveaux morceaux, on revisite «Indulgence» ou l’on s’inspire de «Bemsha Swing» pour créer un «Judge The Judge» jubilatoire.

Quelle belle réussite.


Retour sur la grande scène pour le toujours jeune et explosif Henri Texier.


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Démarrage sur les chapeaux de roues, à la manière d’une fantasia dans le désert.
Texier se lève, saute, danse et relance inlassablement la musique avec une énergie époustouflante.
Le trompettiste belge Carlo Nardozza, qui devient un habitué du groupe depuis sa première rencontre avec le contrebassiste français lors du Genk Motives Festival 2006, possède une puissance, une clarté dans l’exposé et une brillance dans le son qui n’a rien à envier aux meilleurs neo hard-boppers américains.
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À la guitare, Manu Codjia (dont le fascinant et intriguant deuxième album, dans un tout autre style, vient de sortir chez Bee Jazz) est un formidable tueur!
Il triture sa guitare et en sort des sons incroyables, comme autant de déflagrations.

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Christophe Marguet est infatigable derrière sa batterie, volubile, nerveux, fin et précis, tandis que Sébastien Texier enfile les arabesques musicales en un jeu félin, rebondissant et sensuel.

«Mosaïk Man», «Old Delhi», «Sommeil Cailloux», «Y'a des vautours au Cambodge»…
Tout est tendu et chauffé à blanc.
Et même dans les ballades, on perçoit toujours ce groove brûlant.


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Voilà qui fait un bien fou.


Juste le temps de discuter un peu avec Manu Codjia et malheureusement je dois filer… Je n’aurai pas donc l’occasion d’assister aux deux derniers concerts (Raphaël Fays et le sextette de David Linx avec Maria Joao…)

Rendez-vous sans faute l’année prochaine.

A+

26/02/2009

Lower B sur Citizen Jazz

Nouvelle chronique sur Citizen Jazz.
Cette fois-ci, il s’agit de «Between The Night And Day Light» de LowerB.
lowerB

LowerB c’est le saxophoniste Bertrand Lauer entouré des excellents Luc Isenmann (dm) et Mauro Gargano (b) ; entendus, entre autres aux côtés de Giovanni Falzone, Robin Verheyen et Bruno Angelini.
Et sur quelques plages, on y retrouve également Manu Codjia (g).
Du beau monde, non ?

Un bien bel album: personnel, intense et contrasté.
Et plein de subtilités.

Vous devriez y jeter une oreille.
Il est en vente sur le site du musicien.

A+

06/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 4 -

Samedi dernier, toujours à Dinant, avait lieu la remise des Django d’Or.
Pas bête, l’idée d’Ilan Oz d’intégrer cette cérémonie à un festival (l’année prochaine, ce sera au Blue Note Records Festival).

C’est le trio de Philip Catherine qui était invité à soutenir le protocole. C’était l’occasion de revoir avec plaisir, Mimi Verderame à la batterie, mais aussi Philippe Aerts à la contrebasse. Ce dernier me confirmera qu’il fera la tournée européenne de Richard Galliano, mais qu’il devra renoncer, la mort dans l’âme, la tournée mexicaine…

3 morceaux («Letter From My Mother», «They Say It’s Wonderful» (d’Erving Berlin) et «The Postman»), avant d’accueillir le gagnant du Django 2007, catégorie «jeune talent»: Pascal Mohy.
Il «disputait» le titre avec Robin Verheyen. Autant dire qu’il ne devait pas être facile de les départager…

Pascal Mohy jouera 2 morceaux avec le trio de Philip Catherine: une très jolie compo personnelle («Jojo») et «Broken Wings» de Richie Beirach.

La «Muse» de la Sabam fut décernée à Marc Van Den Hoof, figure incontournable du jazz à la radio flamande.

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Et puis, le Django D’or fut remis à Pierre Van Dormael. Surpris et heureux.
Les autres «nominés» étaient Sal La Rocca et Ivan Paduart.

Van Dormael jouera également avec le trio: «Nuage», «All The Things You Are» et «Eternel désir».

J’échange quelques mots avec Pascal Mohy, Pierre Van Dormael et puis  Philip Catherine qui prépare actuellement un album solo… avec deux guitares.
Humm, hummm… A suivre…


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Vers 18h, dans la grande salle, Elisabeth Kontomanou entre sur scène dans une superbe robe blanche de mariée. («Ce soir, je me marie avec vous…» dit-elle, avant de poursuivre dans un large sourire «…et demain ce sera avec d’autres».)

La voix est captivante.
Ce grain, cette profondeur, cette clarté… C’est hypnotisant.

Sur «I Gotta Right To Sing The Blues», elle dialogue magnifiquement avec la contrebasse de Thomas Bramerie ainsi qu’avec la batterie de Donald Kontomanou.
Puis, sur «Waiting For The Sun», c’est Manu Codjia qui électrise le thème.
Codjia est décidemment un guitariste exceptionnel. Dans son jeu, ce soir, on y retrouve du blues, de la soul ou encore du R&B. Chacune de ses interventions est d’une justesse et d’une créativité formidables.
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Dans la voix de Kontomanou, il y a l’histoire de sa vie. Et entre les morceaux extraits de son dernier album «Back To My Groove» (le plus personnel jusqu’à présent car elle en a écrit toutes les paroles…et beaucoup sont autobiographiques), elle doit presque reprendre ses esprits.
Elle vit tellement ses chansons qu’on la sent parfois K.O. debout.

Et son chant!
Elle joue avec les cassures de sa voix comme avec les cassures de sa vie.

«Where I'm Coming From» (en recherche d’identité et de son père qu’elle n’a jamais connu), «The Abuse» (une course effrénée à la «Blue Rondo A La Turk» à propos des femmes violentées), «Summer» (au rythme obsédant) et «Back To My Groove» (entre blues et gospel), sont tous des morceaux d’une profondeur et sincérité évidente.

Après le concert, je bavarde avec Manu Codjia. A propos de son premier disque en leader («Songlines» avec Daniel Humair et François Moutin) et de ses projets avec son trio, qui ne sera pas celui de l’album.

Puis, je discute avec Elisabeth Kontomanou.
Elle est belle et resplendissante.
On sent dans ses propos, dans son regard, dans son sourire un bonheur certain. Aucune haine ou rancune par rapport aux difficiles épreuves de sa vie. Tout est tourné en positif.
Elle me raconte ses débuts, son parcours, son dernier album.
Belle leçon de vie et de caractère.

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Vers 21 heures, Gonzalo Rubalcaba est seul au piano devant une salle pratiquement comble.

Le toucher est souple et tendu à la fois.
Le pianiste fait le vide autour de lui. Il accapare l’attention du public comme rarement.
La technique est éblouissante, mais reste toujours au service d’une mélodie limpide.
Rien n’est simple, rien n’est complexe, tout est évident.
Chaque accord a une signification. Et l’on entre dans son récit sans peine.

On le sent influencé par Tatum, par le rag, le stride et la musique cubaine bien sûr. Et tout ça est exposé avec sensibilité, tendresse, force ou humour. Les phrases courtes sont soutenues par une main gauche qui fait déferler les notes par vagues…
Absolument brillant !

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Pour finir cette longue journée: «Follow The Songlines».
Contrairement au concert de Flagey, pas d’orchestre symphonique ici. C’est pourtant un projet conçu pour cela, et d’ailleurs, l’enregistrement du futur CD se fera de cette manière… au Portugal, sans doute.

Sans cordes, le groupe a quand même très fière allure !
Et comment !
Rythme, fluidité du propos, échanges lumineux entre les pianistes (Mario Laginha aux Rhodes et Diederik Wissels au piano ou inversement), complicité entre les chanteurs (David Linx et Maria Joao), soutien impeccable de Christophe Wallemme à la contrebasse et de Stéphane Huchard à la batterie.

Après un départ tonitruant, on a droit à un superbe moment de sensibilité avec «Parrots and Lions».
Minutes d’une extrême volupté et de légèreté.
On est en apesanteur. On flotte très haut.
On est simplement retenu à la terre par les fines notes du piano.
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Le voyage continue et les vocalistes s’amusent, s’accompagnent, s’encouragent l’un l’autre…
Et comme ils sont tous deux très expressifs, le spectacle n’en est que plus étonnant.

Après le concert, je passe encore un bon moment au bar à discuter avec les musiciens, les photographes (Jos Knaepen, mais aussi Guy Le Querrec) ainsi que les organisateurs de ce très agréable et vraiment très sympathique festival…

En rentrant sur Bruxelles, sur une autoroute déserte, j’écoute «OverOceans» de Mathilde Renault que j’ai rencontré quelques heures auparavant.
Troublant et délicieux voyage…

Une journée de bonheur, quoi...

A+