27/05/2017

Citadelic ! C'est à Gand

Quand j’ai rencontré Rogé pour la première fois, on disait de lui que c’était un idéaliste.

C’était vrai. Mais c'était plus que ça. Rogé Verstraeten était un fou.

citedelic,festival,roge,roge verstraeten,el negocito,jazz sur l herbe,ruben machtelinckx,manolo cabras,fulco ottervanger,seppe geruers,moker,bart maris,paul van gysegem,patrick de groote,jorge rossy,mark turner,al foster,marc ducret,samuel blaser,joze dumoulin,chris joris,sal la rocca,jeroen van herzeele,lynn cassiers

Il l’est toujours.

Fou de jazz, fou de musiques, de liberté, d’art, de rencontres, fou d’humains. Car il faut être fou de tout ça pour faire vivre des lieux comme El Negocito pendant près d’une dizaine d’années où, dans un bric-à-brac chaleureux et convivial, on y jouait de la musique improvisée en dégustant d’excellents plats sud-américains. Fou pour remettre le couvert avec La Resistenza ! Et puis, en même temps, Rogé organisait aussi Jazz sur l'Herbe et avait développé son propre label : El Negocito Records.

Le label existe toujours - il est d'ailleurs une référence incontournable dans le milieu - et produit régulièrement de véritables perles de jazz contemporain, de musiques improvisées et aventureuses. On y retrouve, par exemples, BackBack, 3/4 Peace, De Beren Gieren, Bart Maris, Ruben Machtelinck, Moker, Manolo Cabras, Les Chroniques de l’Inutile, Llop, Fulco Ottervanger, Seppe Gebruers et tant d’autres…

Quant à Jazz sur l’Herbe, il est devenu Citadelic Festival.

Voici la dixième édition ! Et c’est gratuit !!! Oui gratuit ! De la folie.

Alors, pour rentrer dans ses frais, Rogé compte sur la dégustation d’excellents plats “maison”, des dégustations de vins ou de bières (hmmm la Hedonis !)… Mais toutes autres contributions sont les bienvenues. Renseignez-vous, demandez-lui.

Alors, c’est où ? A Gand, bien sûr, autour du kiosque du Citadelpark. Oui, là où se trouve aussi le S.M.A.K. !

Facile d’y accéder.

citedelic,festival,roge,roge verstraeten,el negocito,jazz sur l herbe,ruben machtelinckx,manolo cabras,fulco ottervanger,seppe geruers,moker,bart maris,paul van gysegem,patrick de groote,jorge rossy,mark turner,al foster,marc ducret,samuel blaser,joze dumoulin,chris joris,sal la rocca,jeroen van herzeele,lynn cassiers

Et c’est quand ? A partir du mercredi 31 mai jusqu’au lundi 5 juin ! Notez, notez !

Et qui verra-t-on ?

Plein de choses intéressantes comme, par exemples, Jorge Rossy Vibes Quintet featuring Mark Turner & Al Foster, le trio de Samuel Blaser avec Marc Ducret, pour commencer. Mais aussi Osama Abdulrasols, Rodrigo Fuentealba et la percussionniste japonaise Tsubasa Hori

Et puis encore le quartette de Sal La Rocca avec Lieven Venken, Jeroen Van Herzeele et Pascal Mohy, Lilly Joel (le duo de Lynn Cassiers et Jozef Dumoulin), le trio Patrick De Groote, Chris Joris et Paul Van Gysegem qui vient de sortir un fabuleux «Boundless», mais aussi Ruben Machtelinckx & Karl Van Deun, Steiger, Fred Leroux, GLiTS (Peter Vandenberghe et Bart Maris) dont l’excellent album vient de sortir également…

Ce ne sont que quelques noms parmi plus de vingt groupes programmés. Le mieux est d’aller voir le programme complet sur le site Citadelic.

Voilà dix ans que ça dure ! Si vous voulez que cela continue, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Allez, hop, tous à Gand ! Pour l’amour du jazz, pour les idéalistes, pour les fous, pour Rogé !

 

 

 

A+

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

11/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 3

La pluie a fait son apparition ce matin en Gaume. Mais cela n'a duré qu'un instant. Cet après midi, le ciel est chargé, l'air est lourd, le soleil est un peu masqué, mais la pluie ne vient pas perturber le festival.

Dans la salle, il fait étouffant. C'est là que jouent Eve Risser (p, voc) et Yuko Oshima (mn, voc). Donkey Monkey est un duo qui allie jazz, rock, pop, musique concrète et... plein d'autres surprises. Le déjà déjanté « Can't Get My Motor To Start » de Carla Bley, par exemple, ne s’assagit pas sous les coups du piano préparé, de la batterie et des chants. Les deux artistes se font face. Yuko Oshima frappe les fûts avec intensité, les yeux rivés au plafond, tandis qu'Eve Risser plonge régulièrement dans les cordes de son piano et en retire des crissements, des explosions sourdes ou des sons étouffés qu'elle utilise parfois en loop. La musique est répétitive (un peu) inattendue et percussive (beaucoup), même si certains morceaux (« Ni Fleur, Ni Brume ») sont d'une délicatesse insoupçonnée. Étrange musique, bourrée d’idées et de folie, mais non dénuée d'humour, ce qui allège le propos qui pourrait peut-être sembler trop « cérébral ». Parfait !

eve risser, yuko oshima, donkey monkey, gaume jazz festival, gaume jazz,

Une belle idée neuve, sortie tout droit de l'imagination fertile de Jean-Pierre Bissot, est de faire jouer deux groupes en même temps sur une même scène. Cela donne « concerts croisés » et permet à OakTree et Anu Junnonen Trio de proposer un relais musical étonnant.

Les points communs entre ces deux groupes sont le chant et l'amitié. Et c'est sans doute grâce à cela que les deux répertoires, pourtant assez différents, communient si bien ensemble. OakTree défend son jazz mi-folk, mi-poético-baroque, tout en acoustique, tandis qu'Anu suit un chemin plus pop (trip hop presque) et electro rock. D'un côté il y a Sarah Klenes au chant, le violoncelle de Annemie Osborne et l'accordéon de Thibault Dille qui rappellent les champs et la campagne. De l'autre, il y a la batterie d'Alain Deval, la basse électrique (et effets) de Gil Mortio et le chant et le clavier d'Anu Junnonen, qui évoquent la ville et le monde moderne. Chaque chanteuse a sa façon de raconter les histoires. Luminosité et finesse pour l’une, intériorité parfois sombre pour pour l'autre. Mais ici, pas de compétition, juste un beau moment de partage. Et une expérience totalement réussie.

On a accumulé un peu de retard quand Jeff Herr Corporation monte sur scène vers 18h45. L’album (Layer Cake) de ce trio luxembourgeois m'avait vraiment bluffé lors de sa sortie. On y trouve du punch, du groove, de l'énergie... Et sur scène, Jeff Herr Corporation n'a pas démenti, même si le concert était trop court pour laisser éclater tout le potentiel du groupe. C'est l'agencement rythmique qui donne une partie de sa saveur au trio. Il y a ce petit décalage, légèrement en avance ou en suspens, que l'on retrouve autant dans des morceaux « lents » (la reprise de « The Man Who Sold The World » de Bowie ) que plus enlevés (« Funky Monkey »), qui donne du relief et de la dynamique. Une fois lancée, l'impro fait le reste. Max Bender est souvent inspiré sans jamais céder à la démonstration (superbe intro sur « And So It Is ») et le soutien de Laurent Payfert (cb) – un son profond et sec à la fois – est un atout certain. Et le charismatique leader finit bien par se mettre en avant dans une impro final en solo sur (« Layer Cake »).

Nuevo Tango Ensamble mélange le tango argentin - bien entendu - avec le jazz, la bossa et même le chant coréen. En effet, le trio italien (vous commencez à deviner le mélange ?) a rencontré la chanteuse Sud-Coréenne Yeahwon Shin lors d'une tournée en Asie. Et c'est peut-être cela le Nuevo Tango : des rythmes argentins dans lesquels on sent les inflexions jazzy du pianiste Pasquale Stafano, (excellent de vivacité sur « Estate »), un jeu parfois bossa et ensoleillé de Pierluigi Balducci (eb), reliés – et quel lien ! - par le bandonéon virtuose et inventif de Giannu Iorio, et une chanteuse à la voix diaphane (sur un morceau qui emprunte un peu à « Love For Sale », façon Brésil, par exemple) qui flirte parfois avec le chant d'opéra. Les ballades, plus ou moins swinguantes ou légèrement mélancoliques, se succèdent avec juste ce qu'il faut de variations pour que l'on reste accroché. Un beau moment de délicatesse.

eve risser,yuko oshima,donkey monkey,gaume jazz festival,gaume jazz,anu junnonen,annemie osborne,thibault dille,alain deval,gil mortio,oak tree,jeff herr,maxime bender,laurent payfert

Au Gaume Jazz, on n'a pas peur de mélanger les genres. C'est sans doute cela qui fait une partie du succès : des découvertes, des choses plus connues, des créations pointues ou plus aventureuses côtoient des musiques plus accessibles.

À l'église, par exemple, Eric Vloeimans (tp), Jörg Brinkmann (violoncelle) et Tuur Florizoone (acc) proposent leur vision d’une musique très cinématographique. Le lieu invite à l'intimité et le trio sait s’en servir. La trompette est feutrée, l'archet glisse sur les cordes et l'accordéon tourne autour des deux premiers pour moduler les sons et jouer avec la réverbération. Élégance, raffinement et qualité d'écoute.

Dans un tout autre style, la scène du parc accueille TaxiWars avec Robin Verheyen (ts, ss) Antoine Pierre (dm), Nic Thys (cb) et le leader de dEus, Tom Barman (voc). Et ça, bien sûr, ça ramène du monde ! Entre jazz (tendance free) et rock (pour l'énergie, mais aussi la rigidité) TaxiWars propose un set très efficace mais qui manque juste un peu de surprises pour qui connaît le disque… ou pour qui aime le jazz... D'ailleurs, c’est sur un morceau comme « Roscoe », joué en trio, que le groupe est intéressant et plus « libéré ». Alors, bien sur TaxiWars c'est la ferveur de Robin au sax, le jeu claquant de Nic (une impro/intro en solo admirable sur « Pearlescent »), le drumming furieux d’Antoine Pierre et les effets sur la voix sensuelle de Tom Barman… Mais tout cela est bien plus rock que jazz (...haaaa ! L'éternel débat !) ... Heureusement, j'aime le bon rock.

eve risser,yuko oshima,donkey monkey,gaume jazz festival,gaume jazz,anu junnonen,annemie osborne,thibault dille,alain deval,gil mortio,oak tree,jeff herr,maxime bender,laurent payfert, eric vloeimans, jorg brinkmann, tuur florizoone, nuevo tango, yeahwon shin, pasquale stafano, pierluigi balducci, giannu iorio, taxiwars, tom barman, robin verheyen, nic thys, antoine pierre

Retour dans la petite salle pour découvrir celui qu’on dit être un phénomène à Barcelone : le jeune pianiste Marco Mezquida. Seul face au clavier, il propose directement une première et très longue impro sur un piano préparé, en s'aidant de petites clochettes et cymbales. Il opère en de longues vagues d’ostinati sur lesquels il construit, avec de plus en plus de force, des harmonies abstraites, entrecoupées de respirations mélodiques simples. On pense autant à John Cage qu’à Keith Jarrett. Mais aussi à Ravel, Debussy ou… à Duke. Il mélange la furie free aux thèmes courts et joyeux, comme dans un vieux film de Mack Sennett. Il alterne swing léger et valse. Il construit des thèmes pleins de blues et de notes bleues particulièrement bien choisies... Intelligent, drôle et inventif. Coup de cœur !

Il est près de minuit et la dernière carte blanche du festival 2015 échoit au tromboniste gaumais Adrien Lambinet. Celui-ci s'est entouré, outre du batteur Alain Deval qui l’accompagne dans son groupe Quark, de Lynn Cassiers (keys, voc) et Pak Yan Lau (p). Au programme, de la musique contemporaine, mélangée à l’electro rock, au groove et au jazz très ouvert. « Awake », le titre de son programme, est fait d'expérimentations : après avoir joué du carillon, la pianiste tire les fils reliés aux cordes de son instrument, Lynn trafique les bruits en tout genre avec son chant de sirène pour en faire des boucles. Deval répand des tempos aléatoires et Lambinet (à la manière d’un Gianlucca Petrella, parfois) lâche des mélodies qui se construisent par circonvolutions, de plus en plus larges et qui finissent par s'empiler les unes sur les autres. On flotte entre l’esprit mystérieux de musiques de films imaginaires, d'ambiant, de Kraut rock, de musique industrielle ou d’electro jazz. L'ensemble est intéressant mais, après tout ce que nous avons entendu durant trois jours, et à l’heure tardive du concert, il est un peu difficile d’en apprécier toutes les richesses.

Dans le parc, et à la fraicheur de la nuit, des irréductibles refont encore et toujours le monde... en jazz, bien entendu.

Gaume, une fois de plus, nous a bien fait voyager.

A+

 

 

 

11/01/2015

Satelliet Session - De Werf à Bruges

A De Werf, à Bruges, on a offert une résidence au jeune batteur Lander Gyselinck.

Celui-ci a proposé, 4 fois par ans, non seulement de présenter ses différents groupes ou travaux, mais d’inviter également des artistes qui font partie de la grande nébuleuse qu’est le jazz. Il a nommé ces rencontres «Satelliet». L’idée est de créer – ou plutôt de resserrer - les liens entre le jazz et toutes autres formes de musiques, et de s’interroger sur la façon dont le jazz pourrait sonner à l'avenir. Pas d’œillère donc, pas d'à priori, pas de sectarisme. Direction De Werf, ce vendredi soir pour la première et pour s’ouvrir un peu plus encore l’esprit.

Pour le coup, la configuration de la salle a été adaptée. Entre un esprit Stones à NY et les salles alternatives rock. Ce soir, c'est concert debout, et il y a du monde au rendez-vous.

de werf,lander gyselinck,lynn cassiers,andrew claes,dries laheye,joris caluwaerts,mixmonster menno

Le premier acte est assuré par Lynn Cassiers. Son court concert est une véritable performance artistique, vocale et sonique. La chanteuse - mais pas que - nous embarque rapidement dans son univers fantasmé, singulier, onirique et déroutant.

Avec sa seule voix, un korg, quelques instruments musicaux enfantins (tambourin, sifflet, hochet...) et de multiples filtres, transformateurs, harmonizer ou equalizer, elle triture les sons, les transforme, les coupe, les rythme. Dans nos têtes les références se bousculent, on pense parfois à Sidsel Endresen ou à Laurie Anderson. Parfois on lorgne du côté de Tangerine Dream. Mais Lynn produit tout cela toute seule, sur le moment même. Les histoires se construisent petit à petit. Elle improvise et joue autant avec les mots qu'avec les sons. De ce maelstrom, dosé avec raffinement et habileté, jaillissent des comptines désenchantées, souvent sombres, mais toujours hypnotiques et d'une rare beauté (comme «Rose» par exemple). Magique et envoutant.

Je vous recommande bien entendu ce merveilleux disque sorti en 2013 chez Rat Records «The Bird the Fish and the Ball» (dont j'avais parlé ici ) mais, si vous avez l'occasion d'assister à un concert (concert ?) de Lynn, n'hésitez pas une seule seconde.

de werf,lander gyselinck,lynn cassiers,andrew claes,dries laheye,joris caluwaerts,mixmonster menno

Après une courte pause, Stuff monte sur scène. Le groupe de Lander Gyselinck propose une musique qui, elle aussi, tourne autour de l'astre jazz. Mais ici, on attaque le côté rock, dance ou funk avec beaucoup de puissance et d’énergie. L'esprit est très électro-acoustique, voire très électrique même (ce n’est pas pour rien que Stuff s’est déjà retrouvé sur des scènes rock, comme celle de Dour, par exemple).

Lander imprime des tempi lourds et flottants à la fois. On sent une grande maîtrise et une véritable liberté dans son jeu et on se dit que tout peut basculer d'un moment à l'autre.

D'un côté il y a Andrew Claes, à l'EWI principalement, et Mixmonster Menno aux platines. De l'autre, il y a Dries Laheye à la basse électrique et Joris Caluwaerts aux claviers électriques. Et chacun profite du moindre espace pour s'échapper et improviser (Andrew Claes, intenable, fait le relais avec les interventions furieuses de Caluwaerts). Mais l'envie de faire bouger et de danser sur des tempi hallucinés sont bien là («D.O.G.G.» ou «Free Mo»). Et on se balance et on se déhanche dans la salle. Et on secoue la tête comme dans une transe psychédélique. Parfois, ça vire hard rock («Stoffig» ?) avant de replonger dans l'électro funk, comme sur ce «Planet Rock» (mix d’Afrika Bambaataa et de Kraftwerk) revisité et dynamité comme jamais.

Stuff fait feu de tout bois et n'a vraiment pas peur de mélanger les genres. Sa musique reflète bien une facette de son époque : inventive, fluctuante, décomplexée, chaotique et… incertaine. Il fait le pari que tout peut arriver et que tout est possible. Il suffit, pour cela, de ne pas être frileux, d'être ouvert et… d’avoir du talent.

A+

 

27/02/2014

Trio Lio au Sounds

Tout à commencé quelque part dans le sud de la France.

C’est là-bas que Pierre Perchaud a invité Lynn Cassiers à jouer avec lui. C’est là-bas qu’elle a rencontré Leon Parker qui avait l’habitude de, lui aussi, dialoguer avec Pierre Perchaud sur scène...

C’est donc là que Trio Lio est né. Pourquoi Trio Lio ? Parce que ces trois musiciens sont nés sous le signe du lion. Ça crée des liens.

sounds,trio lio,lynn cassiers,pierre perchaud,leon parker

Cassiers, Perchaud, Parker, le mélange des genres à de quoi étonner. En tout cas, pour moi, l’association de ces trois artistes me paraissait presque improbable. Comme quoi, je garde encore des réflexes idiots. Heureusement que les musiciens sont là pour nous ouvrir les yeux et les oreilles.

Et mercredi 19 février, au Sounds, on a eu droit à une belle découverte.

Trio Lio reprend quelques standards de jazz («Evidence», «Just You, Just Me»), de pop («River Man» de Nick Drake) ou quelques compositions personnelles («Cruz» de Leon Parker, entre autres) avec beaucoup de grâce.

Et contrairement à toute attente, ils forment un trio très homogène… plein de relief et de différences.

A la fois feutré, retenu, profond et terriblement explosif, Leon Parker a vraiment le sens du groove. Il est plutôt du genre à enlever des notes qu’à en rajouter. Et ses frappes non-jouées sont autant de rythmes ressentis.

On sent chez lui le percussionniste plutôt que le batteur. Il se contente de peu pour offrir une riche et large palette de rythmes. Il va même jusqu’à enlever l’une des deux cymbales (celle qui tenait difficilement et qui le gênait plus qu’autre chose) de sa batterie. Les tonalités sont hyper maîtrisées, très colorées et elles laissent respirer la musique. Son solo, où il se tape uniquement sur la poitrine et lâche des onomatopées - sorte de beatbox - est simplement parfait.

Tout cela se combine excessivement bien avec le chant si particulier de Lynn Cassiers.

Une véritable sirène. Elle chante «au-dessus de tout». On dirait une petite fille qui peut tout se permettre. Si on sent vraiment chez elle une véritable connaissance du jazz, elle chante «en dehors de tous les canons» de cette musique. Et c’est fabuleux. Sa version de «Body And Soul», à la fois pleine de candeur et de sensualité, est bouleversante. Elle donne vraiment de l’épaisseur et du sens à ce texte si souvent chanté. Et puis, il faut l’entendre aussi scatter sur «Alone Together». Étonnant d'aisance et de justesse.

sounds,trio lio,lynn cassiers,pierre perchaud,leon parker

Mais bien sûr, Lynn ne serait pas Lynn sans sa petite table couverte de modulateurs, de delay ou de pitcher, avec lesquels elle trafique les sons et transforme sa voix. Elle impose ainsi, sans avoir l’air d’y toucher, un univers fantasmagorique unique.

Quant à Pierre Perchaud, qui passe de la guitare électrique à la guitare acoustique, il délivre un jazz plus ancré à la tradition. Son jeu, plein de swing subtil, est parsemé d’inflexions bluesy. Dans ce trio, il fait une sorte de synthèse entre le meanstream et le funk. Il utilise avec infiniment d’ingéniosité quelques loops et quelques effets pour perpétuer avec élégance le groove sans altérer le son délicat de la guitare. Sa technique est parfaite et toujours au service de la musicalité.

Trio Lio et un cocktail délicieusement surprenant de jazz actuel, d’électro et de funk nonchalant, inventif, original et tellement personnel.

Finalement… on n’en attendait pas moins de ces trois fortes personnalités.

Et l’on espère les revoir au plus vite. Sûr qu’ils nous surprendront encore.

A+

 

 

 

05/10/2013

The Bird The Fish and The Ball - Lynn Cassiers

lynn cassiers,rat records,chronique

Tout commence par quelques petits réglages, par quelques sons abstraits et disparates, par de légers et sourds couinements. Nous venons d’atterrir – ou d’alunir – sur une planète étrange et inconnue. A nous de jouer à l’explorateur et de découvrir l’univers de Lynn Cassiers. The  Bird The Fish And The Ball (chez Rat Records) est le premier album solo de la chanteuse, électro multi-instrumentiste et il se découvre à chaque écoute un peu plus.

Seule avec ses machines, Lynn Cassiers invente des sons, des formes musicales et des mélodies jamais entendues. Elle fait sonner les objets les plus divers avec une sensibilité poétique innée.  Elle rythme avec bienveillance les émotions.

Si la musique est créée, trafiquée et malaxée électroniquement, elle révèle cependant une chaleur et une profondeur indéniable. C’est que Lynn Cassiers nous raconte des histoires comme on raconte des contes à un enfant. La voix est pure et diaphane. Proche et irréelle à la fois. Elle chante les mots en anglais et aussi parfois en néerlandais avec la même tendresse et la même fragilité. Elle nous embarque dans un monde blanc, cotonneux, dans une sorte de cocoon amniotique.

Le ton est généralement mélancolique ou nostalgique, parfois enfantin, avec son lot de douleurs, de rêves perdus, mais aussi d’espoirs et de promesses simples.
Le travail sur la voix, en un dosage subtil, permet à Lynn Cassiers de jouer différents personnages et d’enrichir le propos, de donner du corps et de l’épaisseur aux récits.
On pense parfois à Sidsel Endresen ou à Stina Nordenstam cherchant comme elle à faire
résonner l’air ou à faire vibrer le souffle des objets.

Sa voix perle comme les gouttes d’une fine pluie rafraichissante («Pling Pling»), se dépose comme un voile de désenchantement («Cookies For Jack») ou tremble comme une prière («Rose»).

Tel un chant de sirène qui nous désoriente («Night Out Of A Weirdo’s Mind») Lynn Cassiers nous attire au plus profond de l’âme. Elle retourne nos sens, nous fait réfléchir, joue avec notre esprit. Et l'on se surprend à respirer plus lentement, puis à dodeliner légèrement de la tête et finalement à battre ostensiblement du pied. Et les couleurs changent, les pulsations varient, tout est mouvant, tout est  rassurant et incertain à la fois

The Bird The Fish And The Ball est un disque passionnant de bout en bout, d’une originalité incroyable et d’une maîtrise admirable.

C’est un voyage envoûtant et unique qu’il ne faudrait surtout pas rater. Embarquez, n’ayez crainte, vous êtes entre de bonnes mains… la fée Lynn Cassiers veille.




A+

 

 

21:14 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lynn cassiers, rat records, chronique |  Facebook |

27/01/2013

Citadelic Winter - Gand

Rogé, patron du El Negocito et indéfectible défendeur des musiques improvisées et innovantes, a mis sur pieds, voici quelques années, Citadelic.

Rogé, l’initiateur de Jazz sur l’herbe, d’un label, d’un second club de jazz (La Resistenza) et d’autres initiatives encore, n’a jamais eu peur de rien.

el negocito,citadelic,manolo cabras,lynn cassiers,oriol roca,matteo carrus,riccardo luppi,jereon van herzeele,nathan daems,ben sluijs,alexander von schlippenbach,paul lovens,evan parker

Pour ce mini festival, à la programmation pointue, Rogé a investi le Gravenstein à Gand, haut lieu, s’il en est, des premiers festivals free jazz à la fin des années 60.

Le 11 décembre 2012, Citadelic Winter accueillait ¾ Peace, Nathan Daems, Basic Borg et le trio d’Alexander von Schlippenbach. Malgré le froid et des conditions climatiques peu avenantes, le public était bien présent.

J’arrive à la fin du concert de Nathan Daems. Pas vraiment le temps de me faire une opinion. Le saxophoniste propose un jazz boosté au rock. C’est plutôt puissant (voire bruyant) et, pour le peu que j’en ai entendu - même si cela semblait un peu brouillon - c’est assez excitant et plutôt prometteur. Je n’aurai pas l’occasion de voir non plus  ¾ Peace de Ben Sluijs (as), avec Christian Mendoza (p) et Brice Soniano (cb), programmé un peu trop tôt pour moi. Dommage.

Dans la très belle et grande salle du donjon (XIème siècle), on a installé des chaises et des tables. Dans un coin, on propose des mets de cuisine Chilienne d’excellente qualité, ainsi que des bières et des vins qui ne le sont pas moins. Un peu plus loin, Instant Jazz a installé son petit stand et propose une sélection de CD’s triés sur le volet.

20 heures, voici Basic Borg, le groupe de Manolo Cabras (cb), qui présente son premier album: I Wouldn’t Be Sure.

el negocito,citadelic,manolo cabras,lynn cassiers,oriol roca,matteo carrus,riccardo luppi,jereon van herzeele,nathan daems,ben sluijs,alexander von schlippenbach,paul lovens,evan parker

Un imprévu empêche Riccardo Luppi d’être présent ce soir, et c’est Jereon Van Herzeele qui le remplace au ténor. Mais le reste du groupe est au grand complet : Matteo Carrus au piano, Oriol Roca aux drums et Lynn Cassiers au chant et bidouillages électroniques.

Ambiances mystérieuses, mélodies généreuses et poésie furieuse, voilà le programme.

On entre dans cet univers particulier à pas feutrés. En douceur. Le sax de Jereon et la voix  de Lynn se trouvent vite un terrain d’entente, parfois de façon étonnante à l’unisson, parfois en contrepoint ou en décalage total.

La voix de Lynn pourrait être comparée à celle d’une sirène. Une sirène au pays des merveilles. De sa voix mutine, elle raconte des histoires d’enfants adultes ou d’adultes encore enfants, c’est selon. Elle chante les notes du piano, de la contrebasse ou du saxophone, les accompagne un instant puis les libère et s’évade elle-même.

Après quelques circonvolutions oniriques et déstabilisantes, Van Herzele fait tout éclater en un free jazz furieux. Cabras arrache les cordes de sa contrebasse comme s’il allait chercher les sons au fond de son instrument. Oriol Roca fait claquer les tambours, sèchement, fermement. Matteo Carrus frappe le clavier du piano de manière erratique… et revient finalement vers des enchaînements d’accords magiques. L’orage est passé. La douceur reprend sa place. Les mélodies refont surface, toujours enrobées de ce léger parfum d’enfance.

Lynn filtre sa voix pour la fondre le plus possible aux instruments. Les échanges entre sax et piano sont d’une extrême délicatesse. La chanteuse opte alors pour le chant dans un mini mégaphone… un peu contrainte, il faut le dire, par un souci technique qui l’empêche d’utiliser tout son matériel électro. Qu’à cela ne tienne, le moment est peut-être plus étonnant encore. Une sensualité brute s’en dégage et tous les sentiments sont exacerbés. Mais le set est, malheureusement pour des raisons techniques, écourté…

Si l’on se rabat sur l’écoute de l’album, on retrouve bien cet univers à la fois tendre et mélodieux («No Comment», «Dolce»), fragile et incertain («A Ciascuno Il Suo», «It Should Be There») presque swinguant («Game Over») ou plutôt éclaté («Scalar’e Bottulusu»). Inutile de dire que je vous le conseille chaudement. Et l’on pourra revoir le groupe au Jazzzolder à Malines le 8 février et au Sounds à Bruxelles le 9.

el negocito,citadelic,manolo cabras,lynn cassiers,oriol roca,matteo carrus,riccardo luppi,jereon van herzeele,nathan daems,ben sluijs,alexander von schlippenbach,paul lovens,evan parker

Après une rapide mise en place, c’est le Trio d’Alexander von Schlippenbach (p) – avec Evan Parker (ts) et Paul Lovens (dm) - qui s’installe dans la grande salle voutée.

Le démarrage est instantané. Evan Parker fait naître d’un bourdonnement sourd, une sorte de marche obstinée et prisonnière d’une pièce close. Ses éclats harmoniques semblent se fracasser sur les parois d’un mur invisible. Ou bien elles sont cassées par un piano vengeur. L’histoire qui naît alors est comme sous-titrée par le batteur, qui suit les phrases, les précède ou les attend. Deux petites caisses claires, deux cymbales sans prétention, une grosse caisse et quelques casseroles, cela suffit à Paul Lovens pour marquer sa présence de façon unique.

La musique est toujours en mouvement. Tout est disséqué, affiné, éclaté, explosé parfois. Et pourtant, tout se tient. Un fil ténu, mais solide, semble relier nos trois musiciens. Tout peut arriver, la confiance est là. Et chacun provoque la surprise, ou cherche l’accident. Chacun enrichit le dialogue parfois abstrait ou surréaliste. Parfois enflammé, parfois très réfléchi.

el negocito,citadelic,manolo cabras,lynn cassiers,oriol roca,matteo carrus,riccardo luppi,jereon van herzeele,nathan daems,ben sluijs,alexander von schlippenbach,paul lovens,evan parker

Puis, Alexander von Schlippenbach se love dans de longues divagations poétiques. Sa main droite se libère tandis que la gauche, extrêmement ferme et précise, prépare un terrain mouvant. Accidenté ou lisse.

Des morceaux très denses laissent la place à d’autres, plus dépouillés, presque décharnés. Puis ça grouille à nouveau, comme des vers dans un fruit trop blet. Tous les morceaux s’enchaînent sans discontinuité. Les improvisations instantanées et les compos personnelles se mêlent à quelques thèmes de Monk («For In One», par exemple). Toutes les émotions défilent. L’équilibre entre le confort et l’inconnu est maîtrisé avec une intelligence rare. Le trio revisite et donne sa propre vision d’un jazz créatif et bien vivant. Un jazz passionnant de bout en bout.

Arès le concert, dans une bonne ambiance, simple et conviviale, on se boit un dernier verre, on discute entre amateurs avertis et on croise quelques musiciens (dont Louis Sclavis, par exemple – qui sera en résidence au Vooruit, le lendemain, avec De Beren Gieren).

Pour qui aime être surpris et est prêt à écouter un jazz qui sort des sentiers battus - trop vite caricaturé comme une musique difficilement accessible - un passage du côté de Citadelic est indispensable. Ça tombe bien, après le «Winter», l’édition Citadelic «Basement» débute en février.

Merci Rogé.

 

 

 

 

 

15/05/2012

Lidlboj à l'Archiduc

Assister à un concert de Lidlboj est assurément une expérience musicale hors du commun. L’auditeur est prié d’oublier ses idées préconçues à la porte du club afin de laisser son esprit le plus ouvert possible à la musique qu’il va entendre.

C’est comme ça.

La bande à Jozef Dumoulin n’hésite pas à vous emmener dans un univers très personnel et pour le moins inhabituel.

A l’Archiduc, ce dimanche 29 avril, pas mal de musiciens s’étaient donnés rendez-vous. Musique pour musiciens ? Non, musique pour ceux qui prennent encore le temps d’écouter la musique.

jozef dumoulin,lidlboj,archiduc,lynn cassiers,bo van der werf,dries lahaye,eric thielemans

Le premier morceau, «Little By Little», nous emmène avec douceur et délicatesse dans cet univers troublant. Couche après couche, les sons s’empilent et envahissent peu à peu l’espace. La musique flotte et se charge d’émotions, comme un nuage se charge d’eau. Et le nuage gonfle et bouge au gré du vent. Lourd et léger.

Lynn Cassiers, Jozef Dumoulin et Bo Van Der Werf injectent, tour à tour, des vibrations, des souffles, des sons étouffés, des bribes d’harmonie. La musique prend forme, se définit doucement, sort de la brume et se laisse découvrir, pudiquement.

Alors, Eric Thielemans secoue le tempo, bouscule les rythmes et instaure une pulsion sourde. La basse électrique de Dries Laheye, parfois en contrepoint, parfois à l’unisson, parfois en roue libre, rebondit et ricoche en réponse aux coups de Thielemans. Le groove est omniprésent. Et la mélodie s’impose, comme par magie, sans forcer, sur des métriques insoupçonnées. Tout est si fragile, mais tout se tient si fortement. Tout est évident et pourtant tout est caché.

Et soudain, c’est le tonnerre. Et c’est la tempête… La musique devient bruit. Le gros nuage, gavé, se déverse avec violence. C’est l’orage.Thielemans fait claquer ses baguettes de façon erratique puis impose un beat puissant et obsédant. Finalement, tout redevient calme… Étrangement calme.

jozef dumoulin,lidlboj,archiduc,lynn cassiers,bo van der werf,dries lahaye,eric thielemans

Alors, Lynn Cassiers, seule avec son mégaphone de poche, laisse échapper les premières phrases de «I Loves You, Porgy». La version est dépouillée. Lo-Fi. Irréelle. Emouvante. Sa voix est d’une pureté incroyable, à peine voilée par le crachoti du mégaphone. Les claviers de Jozef Dumoulin résonnent alors comme ceux d’un orgue lointain. Perdu. Vaporeux.

Le gros nuage se déplace, se déforme, se dilate, se contracte, devient gris, devient noir.

Chacun des musiciens est relié par un fil imaginaire qui leur permet d’improviser tout en douceur, tout en poésie. La musique, aussi abstraite qu’elle puisse paraître, est d’une logique imparable, extrêmement équilibrée. Elle se base certainement autant sur l’intuition que sur une écriture stricte. Et l’auditeur entre sans s’en rendre compte dans le processus de création.

Le ciel gronde à nouveau. Tout éclate soudainement. Différemment. Lidlboj se déchaîne et mélange le noisy rock avec l’électro… L’esprit de Steve Reich et de Arvo Pärt se mélangent à celui d’un Vander Graaf Generator. Puis ça bascule dans une folie disco funky comme seuls certains groupes norvégiens déjantés arrivent à le faire.

jozef dumoulin,lidlboj,archiduc,lynn cassiers,bo van der werf,dries lahaye,eric thielemans

Tout se mélange tout le temps, mais toute cette musique a un sens et un fil conducteur. Et Jozef Dumoulin ne nous lâche jamais, bien trop habile à jouer avec nos sentiments.

Et si l’on se perd, on se retrouve toujours. Lidlboy organise sa musique en cycles dans lesquels s’inscrivent d’autres circonvolutions. Les formes se superposent, se distendent, s’éloignent, se recoupent. C’est  un tourbillon incessant.

Le concert s’achève avec douceur, laissant une légère bruine flotter dans l’air et dans laquelle on y verrait presqu’un arc-en-ciel se dessiner…

Lidlboy ne nous fait pas perdre nos repères. Il fait bien mieux : il en invente de nouveaux.

A+

14/06/2011

Riccardo Luppi's Mure Mure au f-Sharp

Dimanche 29 mai, je bosse une grosse partie de la journée et je fais l’impasse sur les concerts organisés par les Lundis d’Hortense sur la Grand Place à l’occasion du Jazz Marathon.

Hé oui…

Vers 20h, je finis  quand même par me rendre du côté de Matongé, rue de Dublin.

C’est là que le f-Sharp a élu domicile après s’être fait mettre à la porte du Théâtre Molière où il résidait depuis quelques mois déjà. Le f-Sharp, c’est une bande de copains bénévoles, fondus de jazz et d’autres musiques qui remuent les tripes et les neurones. Après avoir souvent été déclaré mort, f-Sharp résiste comme un virus persistant - et c’est tant mieux - et continue d’organiser des concerts chaque dimanche soir, à la Salle Dublin.

riccardo luppi, manolo cabras, ben sluijs, f-sharp, lynn cassiers, joao lobo, el negocito

Ce soir, c’était Riccardo Luppi’s Mure Mure.

J’avais reçu ce disque, étrange et fascinant, édité par El Negocito Records, mais je n’avais jamais eu l’occasion d’en parler. Il a été enregistré live, lors du festival Ah-Um à Milan en 2008. Totalement improvisé. Un ovni. Un must.

Le groupe, c’est Manolo Cabras à le contrebasse, Lynn Cassiers aux chants et aux effets, Joao Lobo aux drums et Riccardo Luppi au sax ténor et à la flûte. Ils s’appellent Mure Mure car c’est dans ce petit bistro, derrière Flagey, qu’ils ont joué un de leurs premiers concerts.

Il est 20h45. En avant pour l’aventure.

Climat éthéré, ambiance sombre et douce. Le premier morceau est une lente progression plaintive. Telle le chant d’une sirène, Lynn nous ensorcelle.

Puis tout devient nerveux. Comme une mouche prisonnière d’un verre, le sax tente de s’échapper. Les rythmes deviennent erratiques, Manolo tire sur les cordes de sa contrebasse, Joao casse aussitôt les tempos qu’il initie…

On plonge ensuite dans un rêve d’enfant. Ambiance amniotique, sourde, feutrée. Le rêve est légèrement agité. L’archet de Manolo grince tendrement, Riccardo dépose un souffle chaud et rassurant. Joao s’aide de sachets plastiques pour frotter les peaux des tambours. Lynn ressort ses kazoo, clochettes, petites cymbales, hochets. Elle chante une histoire sans image.

riccardo luppi, manolo cabras, ben sluijs, f-sharp, lynn cassiers, joao lobo, el negocito

On flotte entre rêve et réalité, entre angoisse et apaisement, entre nervosité et langueur. Le quartette nous emmène dans un monde musical étonnant, il tente de nous câliner, de nous bercer, de nous blesser aussi, et de nous perdre… pour mieux nous rattraper au dernier moment. L’expérience est déroutante, mais tellement excitante.

Il y a une telle connivence entre les musiciens, qu’ils peuvent improviser des histoires comme ils veulent. C’est un cadavre exquis. Exquis.

riccardo luppi, manolo cabras, ben sluijs, f-sharp, lynn cassiers, joao lobo, el negocito

C’est à ce moment que le groupe invite sur scène Ben Sluijs (as). Très vite, les échanges musclés s’échafaudent entre lui et Luppi. Avec la rythmique en appuis, on s’imagine vite une pyramide humaine se former dans notre esprit. C’est vif, intelligent et surprenant. Les mélodies s’esquissent. À nous d’imaginer ce qu’elles pourraient devenir car les musiciens suivent déjà une autre piste. Ça ri, ça s’amuse, ça échange. C’est de l’impro totale et jamais le public n’est laissé pour compte. La preuve, il demandera un rappel.

Et le disque, me direz-vous ? Hé bien le disque, c’est exactement pareil. Mais totalement différent.

riccardo luppi, manolo cabras, ben sluijs, f-sharp, lynn cassiers, joao lobo, el negocito

A+

09/03/2010

Lidlboj à la Jazz Station

24 février.

Il y avait pas mal de monde venu écouter l’enfant terrible du Fender. Il y avait pas mal d’amis musiciens aussi. C’est que Lidlboj intrigue et ne laisse pas indifférent.

joze002
L’album en a d’ailleurs surpris plus d’un, sans doute. Sauf ceux qui connaissent et suivent Jozef Dumoulin depuis pas mal de temps… et encore. Il faut dire qu'avec Eric Thielemans aux drums, Bo Van Der Werf au baryton et EWI et Lynn Cassiers au chant, on ne pouvait pas s’attendre à un jazz ronronnant.

L’album, je connaissais, le groupe sur scène, je l’avais vu en 2006 à Genk (mais - et l’histoire est maintenant connue, ha,ha,ha -  j’avais raté leur récent concert à Anvers).

À la Jazz Station, le quartette dépoussière d’entrée de jeu. Dans un magma de sons, de bruits, de stridences et de rythmes décousus, Lidleboj fait le ménage dans nos têtes, comme pour nous dire d’oublier au vestiaire nos à priori, nos connaissances ou nos habitudes. Place à… autre chose.

Une fois le ménage fait, un groove obsédant s’installe, lentement, sûrement. Un groove incertain, souterrain. Puis, la voix cristalline et angélique de Lynn nous emmène vers une nouvelle planète. Une voix pure, enfantine, innocente presque. Petit à petit, tout se met en place. Jozef extrait des sons inimaginables de ses claviers. On est dans le hors-piste de l’électro. Les phrases sont courtes, imaginatives, évolutives. Eric Thielemans embraye, invente des sons, des rythmes tantôt secs, tantôt sourds. Parfois brillants, parfois mats. Les métriques flottent et s’infiltrent au gré des changements d’ambiances initiés par Jozef. Bo Van Der Werf, comme en embuscade, trafique le son de son baryton. Celui-ci ressemble parfois plus à la trompette de Miles, période «électrique», qu’au sax. Puis il laisse tomber l’instrument au profit de l’EWI.

joze001

Un univers particulier se crée. Entre fantasmagorie, rêverie ou cauchemar. Les nappes brumeuses et éthérées s’enchaînent à la dissonance, puis aux sons aquatiques.

On flotte par instants, on s’irrite presque à d’autres. Parfois on décroche. Mais Jozef et son Lidleboj, comme le capitaine Nemo aux commandes du Nautilus, nous ramène, nous harponne, nous remets sur le chemin. Prêt à nous noyer à nouveau. À nous d’apprendre à nager.

Lidleboj est une expérience fantastique… et ce n’est pas mes amis Gilles, Marie-Françoise et Juliette (venus de Souillac) qui me diront le contraire.

Amis français, rendez-vous au Sunset le 20 mars.

 

A+

 

05/05/2009

Basic Borg au Sounds

 

Rappelez-vous (si vous lisez de temps en temps ce que j’écris), Manolo Cabras m’avait parlé lors d’une interview pour Citizen Jazz l’existence d’un groupe né à Den Haag: Borg Collective.
borg02

Jeudi 23 avril, une partie de cette bande d’amis s’était donné rendez-vous au Sounds.
C’est devenu le Basic Borg.

Jazz, musique improvisée, électro, musique contemporaine… c’est tout ça Basic Borg.
Capitaine de vaisseau: Manolo Cabras à la contrebasse.
Les autres membres de l’équipage: Lynn Cassiers (voc), Matteo Carrus (p), Oriol Roca (dm) et Riccardo Luppi (st) en special guest.

Décollage tout en douceur avec un morceau très atmosphérique.
On installe le décor.
Insidieusement, la musique se mue en une sorte d’opéra contemporain.
Lynn Cassiers, à la voix fantomatique (qu’elle trafique en temps réel), amène petit à petit le groupe vers un rythme swinguant. Mais, pas question de le laisser s’installer. Matteo Carrus, de quelques notes éparses, vient briser l’élan.
Alors le jazz dérive lentement vers une musique plus torturée.
Vous connaissez Craig Taborn, Benoit Delbecq, Tim Bern et toute la bande? Alors vous pouvez vous faire une légère idée de l’ambiance dans laquelle on se trouve.
borg01

Hypnotiques par instants, décalés par moments, virulents ou retenus, les sons s’imbriquent les uns aux autres.
La musique electro, distillée par Lynn ou Matteo se fait très minérale.

Un autre morceau très lent, aux ponctuations très espacées et à la respiration quasi léthargique, nous envoie encore ailleurs.
Lynn Cassiers découpe les phrases.
Après le mot, le silence. Après le silence, une phrase.
La basse et le piano soulignent chaque attaque, comme par surprise.
La batterie respire et le saxophone pleure doucement.

Et puis Riccardo Lippi entraîne tout le monde vers une sorte de free bop.
Son sax crie et vocifère à la façon d’un Archie Shepp. Un son gras, ample, rauque et rempli de blues.
L’ambiance devient électrique, explosive.
Sorte de magma en fusion.
Basic Borg mélange les effets électro avec retenue.
Pas d’effets faciles ni convenus.
La froideur des machines est contrebalancée par le son chaud de la contrebasse et du sax. Une chaleur qui n’a cependant rien de trop confortable.
Diable, vers quelle planète nous dirigeons-nous?

Toute la musique de Basic Borg se joue dans un spectre étrange: entre ouverture et retenue. Entre l’organique et le cérébral.
Intense, exigent… éprouvant parfois.
borg03

Musique pour musiciens? Oui et non.
Musique d’atmosphère, parfois brutale, dans laquelle il faut se laisser enliser.
Jazz contemporain qui ne se donne aucune limite.

On a traversé quelques étranges galaxies.
L’aventure se termine bien, tout le monde est sain et sauf.
Mission accomplie, Captain Cabras…

Mais il est temps de souffler un peu…

A+

09/03/2009

Octurn "7 Eyes" - au KVS

C’est incroyable comme on me reconnaît dans la rue!
Surtout les filles!
Vendredi dernier, sur le chemin qui me mène au KVS, d’exotiques demoiselles, légèrement vêtues malgré le froid, la chevelure folle ou strictement attachée, la jupe courte et le talon haut, la poitrine opulente et le maquillage quelque peu soutenu me lancent des «Salut!», «Bonjour.», «Ça va?»… et même des… «Tu viens?»…
J’avais oublié que ce quartier était aussi accueillant !
Mais non. Désolé, je ne «viens» pas, je dois aller écouter Octurn.


001

Le nouveau projet d’Octurn s’appelle «7 Eyes».
À part la méditation et la sagesse bien sûr, il n’est pas question ici d’influence d’une quelconque musique indienne (quoique) dans le travail Bo Van Der Werf et de Jozef Dumoulin, auteurs des thèmes proposés.
Intrigué, je demande à Bo, après le concert, la signification de ce nom.
«À l’époque où l’on travaillait sur cette nouvelle musique, je lisais un bouquin sur une divinité Bouddhiste: Tara Blanche. Sa particularité est qu’elle possède sept yeux, qu’elle est attentive à la paix, la longévité… et qu’on la «prie» à n’importe quel moment de la vie quotidienne.»

Suite logique de «21 Emanations» en quelques sortes.

Et pourtant, cet Octurn-ci est encore différent.

Dans le KVS Box, c’est l’empire des sons.
Lynn Cassiers jette les premiers mots qu’elle sample, rediffuse et retravaille «in real time» en complicité avec Gilbert Nouno qui y ajoute rythmes, bruits et autres sons parasites.
La musique se dessine peu à peu. Par cassures, par couches, par voiles successifs.
On joue les avant-plans, les arrière-plans, la stéréophonie.
Les sons envahissent tous les recoins de la salle.
On est plongé dans un univers fantasmagorique et onirique.
Jean-Luc Lehr (elb) amorce un tempo légèrement aléatoire sur lequel Chander Sardjoe (dm) inscrit un groove obsédant.
Nelson Veras (g) phrase par bribes. Bo Van Der Werf (s) développe des lignes mélodiques sinueuses et capricieuses…
Jozef Dumoulin (Fender) et Fabian Fiorini (p) jouent à cache-cache sur des métriques sophistiquées, parfois en superpositions rythmiques décalées, parfois à l’unisson.


002

Le chant étrange et rafraîchissant de Lynn (on pense parfois à Susanna Wallumrod) ouvre de nouveaux espaces à Octurn.
Son univers particulier s’intègre parfaitement à celui du collectif.
Elle y insère même, le temps d’une ballade, quelques airs très inspirés des standards vocaux de jazz.
Mais bien sûr, tout cela est travaillé à la sauce Octurn, plus électro-acoustique que jamais.
Le groove - car il y a indéniablement du groove dans ce projet - se mêle aux rythmes impairs et complexes et rend l’ensemble totalement cohérent et… accessible.
La musique est parfois vaporeuse, presque sensuelle, touchante aussi avec le chant enregistré d’un enfant qui reprend «Une Chanson Douce».


003

Ce qui est étonnant aussi de la part d’Octurn, ce sont ces alternances de morceaux courts et (très) longs. Là où ils nous avaient habitué à nous tremper longuement dans des thèmes évolutifs, ils nous offrent des petites plages de respiration.

«7 Eyes» est décidément très convaincant… pour qui veut bien se laisser surprendre par l’univers d’Octurn.
Et personnellement, j’y vais les yeux fermés.

Dehors, quelques «groupies» m’attendent encore…
«Non, mesdemoiselles, désolé je n’ai pas le temps… je file au Sounds écouter Pierre de Surgères.»

A+

21/03/2008

Lynn Cassiers au Murmure Café

Après le concert du BJO, avec David Linx et Maria Joao, je décide d’aller écouter Lynn Cassiers au Murmure Café.

C’est juste derrière Flagey.

Contrairement à ce que pourrait faire penser son nom, Le Murmure est plutôt un endroit bruyant.
Après le feu Comptoir des Etoiles, ou le Montmartre, c’est le café à la mode - hype ou underground, je ne sais pas comment il faut le définir - où se mélange la jeune génération et les vieux briscards du jazz belge (on parle aussi souvent du Roskam… mais je ne m’y suis pas encore rendu).

C’est bondé (mais ce n’est pas très grand non plus) et je me trouve une place entre Bart Defoort et Erik Vermeulen. Je vois aussi quelques têtes connues: Jordi Grognard (toujours dans les bons coups), Marek Patrman, Manolo Cabras, Bo Van Der Werf etc…

On est vraiment au plus près des musiciens.
Ce n’est pas plus mal, car avec le bruit ambiant, il faut tendre l’oreille pour entrer dans la musique.
l001

Pas de scène, pas d’éclairage particulier, tout est brut de décoffrage.
Un peu comme la musique de Lynn.

La chanteuse est entourée de Augusto Pirodda au piano, Antonio Pisano à la batterie et Nico Roig à la guitare.

Assise derrière sa petite table, Lynn Cassiers travaille et trafique sa voix au travers de petites machines. Elle improvise, elle interagit sur les phrases incisives du pianiste ou du guitariste.
Le chant est parfois un peu plaintif, un peu lancinant, très ouvert et très libre…
Difficile de coller une étiquette.
Et ce n’est pas plus mal.

Je me demande comment les musiciens arrivent à se concentrer (et parfois à s’entendre) dans ce brouhaha incessant. La musique est tellement expérimentale, organique, atmosphérique. Elle se joue tellement sur l’écoute de l’autre.

Les rythmes (ou les pulsations plutôt) semblent aléatoires.
Tout se transmet suivant le feeling, l’humeur, les sentiments.
Un sentiment étrange, entre malaise et plénitude.

Il y a comme un flux irrégulier.
C’est sans doute cela qui me fascine.
C’est comme lorsque le sang ne circule pas régulièrement dans les veines et entraîne le cœur à battre de façon inhabituelle.
Du coup, on reste en alerte, attentif.
C’est un peu étrange, inattendu et tellement singulier.

Le quartet est dans son monde.
Mais en fermant les yeux, on y entre facilement.

Bien envie de réentendre ça dans de meilleures conditions.

Après le concert, je discute avec toute cette petite bande dans cette ambiance chahutée et très sympathique.

Il est plus de deux heures du mat’, et le Murmure ne désemplit pas.

A+

03/03/2008

Cordes sensibles - Manolo Cabras

Après avoir célébré quelques grandes dames du jazz, notre gang de blogueurs (Jazz Chroniques et Coups de Cœur, Ptilou’s Blog, Jazz Frisson, Maître Chronique et Jazz à Paris ) remet le couvert pour vous proposer cinq portraits envers et contrebasses.


Manolo Cabras03

MANOLO CABRAS

Les contrebassistes courent de gig en gig.
C’est très important un bon contrebassiste.
Ils sont très demandés les contrebassistes.
Les bons.
Certains tentent de répondre à toutes les invitations, quelques-uns choisissent leurs partenaires… d’autres les cherchent.

Pas simple, la vie avec la grand-mère.

En Belgique, ils sont nombreux, les excellents  contrebassistes: Jean-Louis Rassinfosse, Sal La Rocca, Philippe Aerts, Piet Verbist, Nic Thys, Bart De Nolf, Roger Vanhaverbeke… pour ne citer qu’eux.
La liste est trop longue et je m’arrête ici car je risque d’en oublier… et je ne voudrais pas qu’on me tire la gueule la prochaine fois que je vais en club. (Déjà croisé le regard noir d’un Sam Gerstmans courroucé?)

Depuis 5 ou 6 ans, il y a un contrebassiste qui a pris une place particulière dans le jazz belge: le sarde Manolo Cabras.
Souvent associé au batteur tchèque Marek Patrman, avec qui il forme une rythmique singulière, il est devenu un sideman très recherché.

On peut se demander pourquoi un Italien décide de quitter ce merveilleux pays ensoleillé pour rejoindre la grisaille du notre?
«Il n’y avait pas beaucoup de gigs qui me plaisaient là-bas. Il y avait peu d’intérêt pour le genre de jazz que j’aime, et donc peu de jobs excitants», avoue-t-il.

C’est que Manolo aime Paul Bley, Gary Peacock et Paul Motian ainsi qu’un certain esprit du jazz européen. Un jazz sans doute un peu moins «facile».

Alors, il décide de monter dans le Nord.
Il ne s’arrête pas tout de suite en Belgique, car son objectif c’est d’abord la capitale Hollandaise: Den Haag.
Il sait que, là-bas, il pourra évoluer et jouer la musique qui le fait vibrer profondément.

Sur place, il joue avec Jesse Van Ruller, Eric Vloiemans ou Wolfert Brederode…, mais il rencontre aussi et surtout de jeunes musiciens, venus d’un peu partout en Europe, qui partagent la même vision du jazz que lui: Joao Lobo, Giovanni Di Domenico, Alexandra Grimal, Lynn Cassiers, Gulli Gudmundsson et d’autres encore.

C’est là aussi qu’il rencontre Marek Patrman qui l’entraînera à Anvers pour jouer avec Ben Sluijs et Erik Vermeulen.
L’étincelle jaillit, ici aussi.
Les musiciens se comprennent aussitôt.

Mais quelle est donc cette alchimie qui fait que «ça fonctionne» ?
Trouver les mots pour l’exprimer n’est pas facile.

Marek a bien du mal, lui aussi, à trouver les mots :
«Time and sound», lâche-t-il spontanément avant de réfléchir plus longuement.
Il continue:
«Je ne sais pas, je n’y ai jamais vraiment pensé. C’est un jeu différent des autres. Mais ça vient tellement naturellement entre nous. Je reçois la musique de la même manière que lui. Et quand on la reçoit de la même façon, c’est assez simple de la rendre de la même manière.»

Pas besoin de mots, en quelques sortes.
Voilà une belle illustration du le langage universel et complexe du jazz.

Manolo Cabras01

Une des premières fois que j’ai entendu Manolo, c’était avec le nouveau quartet de Ben Sluijs.
Le saxophoniste alto avait décidé d’orienter sa musique vers un style plus ouvert, lorgnant du côté d’Ornette Coleman ou de… Paul Bley.
Cabras était le contrebassiste tout désigné pour l’aider à mener à bien son projet.

Quand je demande à Ben s’il a une explication à la réussite de cette rencontre, et ce qu’il pense de son contrebassiste il répond:
«Parce qu'il veut me suivre vers les étoiles.
Parce que ça marche tellement bien avec Marek.
Parce qu'il fait des trucs rythmiques qui sonnent décalés, mais qu’il sait (la plupart du temps ! – rires -…)  où il est.
Parce qu'il est parfois difficile mais qu’il se donne toujours à 100% musicalement.
»

Le témoignage est assez éloquent et, on le voit, plein de sensibilité.

De son caractère, de son tempérament et bien sûr de son talent, Manolo Cabras marque indéniablement les groupes dans lesquels il joue: Free Desmyter, Erik Vermeulen, Unlimited et autres…

Mais il est bien plus qu’un sideman. Il a d’autres projets plus personnels qu’il aimerait aussi développer, tel que «Borg Collective», constitué de neuf musiciens rencontré à Den Haag (voir plus haut), avec qui il crée une musique très improvisée et use de sampling, re-recording, effets électros etc...

Il est également co-leader avec Lynn Cassiers (chanteuse atypique à la voix irréelle et somptueuse) d’un groupe qui lui tient particulièrement à cœur.
Un jazz qui combine également les effets électros et l’improvisation non seulement musicale, mais aussi textuelle.
Manolo Cabras_02

Manolo redescend parfois un peu vers le Sud, car il est également présent sur la scène française avec le quartette d’Alexandra Grimal. (Nos amis Parisiens ont eu la chance de les entendre souvent au défunt club «La Fontaine» - qui renaît actuellement sous le nom de «Les Disquaires».)

Alexandra est, elle aussi, tombée sous le charme musical et humain de Manolo:
«Manolo Cabras est un des musiciens qui me touchent le plus. Il est entier dans la musique et joue avec une intensité peu commune.
Le son de la contrebasse est brut et profond, il fait chanter l'instrument sur de nombreux registres différents. Il est soliste, mélodiste, rythmicien, en contrepoint permanent. Il est d'une grande générosité, toujours à l'écoute des autres, il ouvre de nouvelles voies instinctivement. Il vit la musique dans l'instant, tout en pouvant se projeter à la fois dans de longues formes improvisées. C'est un improvisateur et un compositeur extraordinaires.
J'aime particulièrement chez lui sa recherche du vrai, le son tel qu'il est, dans sa forme la plus brute, dans l'impulsion qui le crée.
Que dire de plus? Difficile de mettre des mots sur un tel musicien si complet. Il est aussi à découvrir en tant qu'ingénieur du son!
Il faut surtout l'écouter jouer, il est libre et plein de projets, tous plus variés et étonnants les uns que les autres.
»

On le voit, Cabras ne laisse personne indifférent.
Même pas vous, j’en suis sûr.

Ecoutez-le sur quelques rares CD's, comme «Something To Share» de Free Desmyter ou «In Between» de Ben Sluijs…
Mais surtout, venez le voir sur scène lorsqu’il se balance frénétiquement avec son instrument, complètement investi par sa musique…

Allez, je vous fais une place et je vous attends.

A+


Merci à Jos Knaepen pour les photos, à Marek, Ben et Alexandra pour leurs réponses.