01/06/2017

Daana - Sounds

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J'avais vu le nom d’Anaëlle Potdevin circuler ici ou là, mais j'avais surtout entendu sa voix sur Waxx Up, le dernier album d'Eric Legnini. Da Romeo m'en avait une peu parlé aussi. Normal, notre célèbre bassiste joue avec la chanteuse (qui est aussi comédienne) depuis un petit bout de temps déjà. En duo chez Alice, par exemple, le cocktail bar de Rouge Tomate à l’Avenue Louise, mais aussi et surtout avec leur projet commun, qui prend le temps de se roder au Sounds depuis novembre, Daana.

Vous aurez compris l'acronyme.

En fait, le duo est quintette dans lequel on retrouve Adrien Verderame aux drums, Raf De Baker aux claviers et Lorenzo Di Maio à la guitare. Du beau monde, en somme.

Une visite au Sounds, ce jeudi 25 mai au soir, s’imposait.

Un standard pour ouvrir («The Man I Love»), un autre pour conclure («Just One Of Those Things») et entre les deux, des compositions originales pleines de punch, de sensualité ou de groove. C'est que ça bosse bien chez Daana ! Et pas seulement la musique, mais aussi la présentation - sans aucun temps mort - et la mise en scène avec cette petite lampe de chevet posée dans le fond de la salle qui ajoute une touche intimiste à l’ensemble.

Anaëlle a une façon bien à elle de découper les phrases et de les rythmer. On pourrait y trouver quelques références à Billie Holiday, Amy Winehouse ou encore Selah Sue, mais… Mais c’est encore différent.

Et puis, elle bouge, elle ondule, elle raconte autant avec ses mains qu’avec les mots. Sa gestuelle évoque parfois aussi celle des slameurs et des rappeurs. Entre R&B, funk, soul et jazz, parfois relevé à la sauce dub ou à la musique des Antilles, le répertoire est accrocheur, bien huilé, bien mis en place. Et on se laisse vite embarquer.

Les chansons sont écrites en étroite collaboration avec le bassiste et cela se ressent ! Elles se "construisent naturellement". Les mots, les inflexions, les respirations se fondent aux harmonies et aux mélodies plutôt sophistiquées.

Et puis, chez Daana, on n’a pas oublié de laisser de la place aux impros. Juste ce qu'il faut pour laisser gronder la basse du leader dans quelques solos rageurs, pour permettre aussi à Lorenzo Di Maio des fulgurances dont il a le secret, et à Raf De Baker de distiller avec virtuosité des sons vintages et parfois gospel. Le tout est soutenu par Adrien Verderame, batteur puissant, ferme et redoutable de groove.

Les deux sets, menés tambour battant, passent rapidement. Vraiment, on s’amuse et on se dit qu’il y a quelque chose qui se passe sur scène. C’est efficace. C'est jubilatoire.

Daana devrait certainement provoquer de belles vibrations dans les clubs et sur les scènes jazz… et même sans doute ailleurs aussi.

En tous cas, moi, je suis pour.

 

 

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23/03/2017

Graceffa & Di Maio en duo à Sart-Risbart

Faut quand même être un peu fou, ou avoir la foi, pour aller se perdre un dimanche matin à Sart-Risbart, petit hameau du côté d’Incourt, et se retrouver dans une église !

Mais quand c'est Jules Imberechts (dit aussi Jules du Travers) qui vous propose de venir écouter le duo Fabrizio Graceffa et Lorenzo Di Maio, l’heure matinale et la distance n'offrent que peu de résistance.

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La petite église, qui accueille pas mal de fidèles (de Jules et du jazz), est un bel écrin de résonance pour les mélodies que distillent les deux guitaristes.

Fabrizio et Lorenzo se connaissent depuis longtemps mais ne jouent en duo que de façon assez sporadique (c’est Jean-Marie Hacquier, alors programmateur au Caveau du Max, qui est un peu à l’origine de ce projet qui a vu le jour en 2012).

Plutôt que des compos originales, les deux musiciens reprennent ici à leur compte les standards pop et jazz qui ont accompagnés leurs parcours respectifs.

« And I Love Her » des Beatles, « Georgia On My Mind » de Ray Charles, « I’ll Be Seeing You », ou « Night And Day » s’enchainent délicieusement.

Entre chaque morceau, Graceffa prend le temps d’expliquer au public le choix de ces thèmes à l’esprit plutôt crooner. Car crooner, c’est le fil rouge, le dénominateur commun qui unit le duo et lui permet de proposer un set très cohérent. « Can't Help Falling In Love » de Presley, « Someday My Prince Will Come », « Chega De Saudade » de Jobim ou même « La javanaise » de Gainsbourg magnifiquement remodelé, y trouvent une place naturelle.

Chacun des deux guitaristes se partage le travail. L'un s’occupe de l'harmonie, l'autre de la mélodie. Logique. C’est souvent Graceffa qui expose le thème, qui tourne autour et s’en éloigne, avant de laisser à Di Maio le soin de prendre un peu plus de libertés et d’improviser franchement. Les croisements et entrelacements s'opèrent avec délicatesse. Et les rôles s'inversent... Tout se joue avec beaucoup de respect mais aussi avec beaucoup de fraîcheur et de sensibilité.

Le duo s'autorise à sortir des sentiers pour explorer l’improvisation toujours vive, légère et aérienne. Les standards semblent alors s'emplir d'air et revivre une énième jeunesse. La musique circule avec pureté, sans maniérisme, presque sans effort. Serait–ce à cause de ce léger swing, de ce groove sous-jacent, de ce balancement, que cette musique semble si vivante et organique ? C’est certainement l’un des secrets.

C'est du plaisir qui s'échange, du bonheur simple qui flotte. Alors, on se laisse encore emporter par « The Shape Of My Hart » de Sting, « Fly Me To The Moon » ou le merveilleux « What A Wonderful World » d'Armstrong

Tout cela remplit le cœur d'une bonne dose de bonne humeur pour la journée, voire même pour la semaine.

C’est simple, c’est lumineux, c’est évident. Et l’on se dit qu’on a bien fait de se lever ce matin.

Merci à ©Alexis Moyson pour les images.

 

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20/02/2017

Tournai Jazz Festival 2017

Privé des habituelles salles de la Maison de la Culture, à cause de travaux, le Tournai Jazz Festival se devait de trouver un nouvel endroit pour sa 6ème édition. Quand on sait que les salles de spectacles ne sont pas légion dans cette ville, ce n’était pas gagné.

Face à l’adversité, certains auraient jeté l’éponge, mais c’était sans compter sur l’énergie et l’enthousiasme débordant d’une équipe de bénévoles dévouée au jazz et à la bonne cause (rappelons que la plupart des bénéfices sont reversés, via le Fifty One Club, aux plus démunis).

C’est donc en plein centre de la ville, sur la Grand Place, que le festival s’est installé. Et pour cinq jours ! D’une part sous le beau chapiteau du Magic Mirrors et d’autre part à la Halle aux Draps. Le résultat : carton plein ! Le public tournaisien – et même celui venu de bien plus loin - a répondu présent, et le festival a affiché complet du mercredi au dimanche.

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Comme chaque année, les organisateurs avaient alternés concerts de groupes locaux, belges et internationaux. Ce sont les français de Polvèche Quintet qui ont d’abord partagé la scène avec les tournaisiens d’Uncle Waldo et de Glass Museum.

Le lendemain, c’est l’Âme des Poètes qui a émerveillé le Magic Mirrors avant de laisser la place, à la Halle aux Draps, à CharlElie Couture. C’était, pour ce dernier, le seul et unique concert en Europe. Concert bien légitime dans le cadre de ce festival , quand on connaît l’excellent album blues « Lafayette » que le célèbre chanteur français, expatrié à New York, vient de sortir. Et, en trio, ce soir, on peut dire qu’il a conquis tout le monde.

En fin de soirée, Récital Boxon, emmené par la chanteuse Maïa Chauvier, bousculait un peu le public avec ses chansons engagées à la poésie incisive, dans un mélange de jazz, de folk, de rock et de spoken words. Un groupe à suivre.

Vendredi, déjà le troisième jour !

Le Magic Mirrors est l'écrin idéal pour la musique scintillante, groovy et poétique de Lorenzo Di Maio. Le quintette du guitariste a sorti un premier album (Black Rainbow) très réussi qui a été salué par une presse belge et internationale unanimes. Ce soir encore, le groupe démontre tout son potentiel et ses qualités. Du groove d'abord avec « Lonesome Traveller », puis le nerveux « No Other Way » dans lequel Nicola Andrioli (p) et Jean-Paul Estiévenart (tp) surenchérissent de maestria. Les doigts du pianiste s'affolent sur le clavier pour provoquer le trompettiste qui n'attend que ça. Estiévenart invente, malaxe, tord, étire et hache les notes avec un appétit féroce. « Black Rainbow » ou « Détachement », tout en douceur et en esprit americana, laissent divaguer la guitare chaude et languissante de Di Maio, soutenue par la basse sensuelle de Cédric Raymond. On ressent chez ce denier le côté multi instrumentiste qui lui permet de sortir des plans auxquels on ne s’attend pas. Il joue vraiment avec le groupe. C'est un peu pareil pour Antoine Pierre aux drums, qui découpe, précède ou construit, presque abstraitement, les thèmes en gardant une pulsation précise. Avec le très milesien « Open D », boosté par un intenable Nicola Andrioli au Fender Rhodes, suivi du jubilatoire « Santo Spirito », Lorenzo Di Maio Quintet conclu un concert de grande efficacité.

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Le temps de traverser la Grand Place et nous voilà à la Halle aux Draps. Soulignons le travail remarquable sur l’acoustique faite par toute l’équipe de techniciens de la Maison de la Culture. Pas facile, en effet, de sonoriser la cour intérieure couverte, d’un édifice tout en pierres datant de la Renaissance. Mais l’endroit est sublime et se prête, ici aussi, merveilleusement bien à la musique toute en atmosphère d'Anouar Brahem. Le oudiste, accompagné par Björn Meyer à la basse, Klaus Gering à la clarinette basse, François Couturier au piano et par l’Orchestre de Chambre de Wallonie conduit par Frank Braley, entame un long morceau contemplatif dont il a le secret. Le tunisien reprend principalement le répertoire de son album « Souvenance », sorti chez ECM en 2015. La basse électrique, au son très mat, fait écho au oud, léger comme le vent. Tandis que les cordes déroulent un tapis ondulant et mouvant, la clarinette basse sonde les mystères de la mélancolie. Le piano quant à lui, dialogue sobrement avec l’orchestre et amène une pointe de fraîcheur. Nous sommes à la croisée de la musique arabe, du jazz et du classique. Quelques rares interludes improvisés des solistes permettent les transitions bienvenues entre les morceaux qui, malgré leur éblouissante écriture, semblent parfois s’étaler juste un peu trop. On voyage dans un grand paysage harmonique, jamais grandiloquent ni étouffant, on plane et on se recueille presque. Il faut remarquer et saluer aussi la qualité d'écoute d’un public subjugué, respectueux, attentif et très enthousiaste. Ce qui est toujours agréable.

La transition est parfaite entre la musique d’Anouar Brahem et celle de Quentin Dujardin et Ivan Paduart, qui présentaient « Catharsis » en quintette, dans un Magic Mirrors noir de monde. Ici aussi, il s’agit de tirer un trait d'union entre la musique méditerranéenne, défendue par le guitariste, et le jazz plus affirmé délivré avec vigueur par le pianiste. Au duo de base, s’ajoutent le magnifique trompettiste Bert Joris – qui vient de sortir une perle avec le BJO - le bassiste électrique Théo de Jong et le batteur Manu Katché. Ici, c’est le groove et le swing moderne qui prennent rapidement le dessus. « Délivrance » puis « Far Ahead » donnent le ton. Les échanges sont vifs mais nuancés. « Retrouvailles » est plus intimiste et la guitare de Dujardin est bien mise en avant. Le jeu est fin, équilibré et brillant. Tout comme Paduart, Dujardin ne cherche pas nécessairement les accords complexes, du moins en apparence, mais essaie toujours de faire passer l'émotion au travers d’un jeu subtil et vivant. Associés au son enrobant mais toujours limpide de Bert Joris, les morceaux délivrent toutes leurs saveurs, à la fois épicées et sucrées. Entre Manu Katché, au jeu sec et tendu et Ivan Paduart, plus aérien mais aussi parfois très percussif, l’entente est parfaite. La musique bouge, se transforme, se déplace. Le jazz se mélange aux rythmes hispanisants et dansants, voire funky, comme sur un « Human Being », par exemple, dans lequel Théo de Jong fait éclater tout son talent avant que Katché ne conclue la soirée d’un solo époustouflant.

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Samedi, ça ne fait que commencer !

Le pari était plutôt osé de programmer le premier concert de samedi à 15 h30. Mais, bonne surprise : même si le Magic Mirrors n'est pas rempli au début du concert, il se comblera très vite pour accueillir le Heptatomic de Eve Beuvens ! Voilà qui confirme une réelle curiosité et un engouement certain du public tournaisien pour le jazz. Au fil du temps, le projet de la pianiste a pris du corps. A l'esprit migusien qui en avait surpris plus d'un lors de sa création au Gaume Jazz en 2013, Heptatomic semble y avoir ajouter une pointe George Russel, de Lennie Tristano ou même peut-être de Gunter Shuller. Toutes ses influences, conscientes ou pas, nourrissent un jazz moderne, acéré et franchement jubilatoire. La musique est angulaire mais ne manque certainement pas de swing. Elle rebondit, elle fonce, elle attend, elle recule pour mieux sauter. Et c'est tout bonus pour les solistes. Sam Comerford (ts), Grégoire Tirtiaux (as) et Jean-Paul Estiévenart se relaient tour à tour pour emmener la musique toujours plus loin. Benjamin Sauzereau inocule l’ensemble de riffs diaphanes dans un jeu très personnel, quant à Manolo Cabras, faisant claquer les cordes de sa basse et Lionel Beuvens à la batterie, ils assurent une rythmique des plus efficaces. Mélangeant nouveaux et anciens thèmes, Eve Beuvens et sa troupe arrivent à capter l'attention du public et à rendre toute cette émotion, énergique ou fragile, avec assurance. Bien équilibré et bien pensé, entre complexité et sensibilité, le set se prolonge par un rappel auquel Eve elle-même ne s'attendait pas, prouvant ainsi la qualité du projet et l’intérêt du public pour celui-ci.

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Vers 17h30, la Halle aux Draps a fait le plein pour accueillir le duo du pianiste Jacky Terrasson et du buggliste Stéphane Belmondo. Ceux-ci présentent le très intimiste album « Mother » sorti l'année dernière. Entre ballades originales et standards, joués sobrement et avec une pointe d'humour, la musique berce l'auditoire avec bienveillance. Il faut un petit temps pour que le concert trouve sa voie, mais quand l'inspiration vient, on sent les deux musiciens totalement complices. Ils n'hésitent pas à parsemer les thèmes de citations. Ils déconstruisent et remontent à leur façon des airs que l’on connaît presque par cœur. Le duo mixe les moments de mélancolie et les moments de totale désinvolture. Le jeu de Terrasson est à la fois romantique et rythmiquement ferme. Belmondo n'hésite jamais à désamorcer la tension qui risquerait d’envahir un peu trop la musique. Du coup, après l’émouvant « You Don’t Know What Love Is » et surtout « La chanson d’Hélène », délivrés avec une sensibilité à fleur de peau, « Les valseuses », « Fun Key » ou encore « Pompignan » se dégustent avec un plaisir non feint.

Sur les coups de 19h 30, la salle est archi comble lorsque Kyle Eastwood monte sur scène. Le démarrage est explosif et ne donne aucun doute sur l'objectif de la musique que le contrebassiste défend. « Proceco Smile » et « Bullet Train » déboulent avec furie. C’est clair, Eastwood veut, comme il le dit lui-même, payer son tribu à la musique des années ‘50, celle des Blakey, Morgan et Silver. Loin d'en faire une simple copie, Eastwood et ses compagnons insufflent un son bien actuel et décomplexé. Quentin Collins à la trompette et Brandon Allen au sax se relaient pour faire monter l’intensité. Ça y va à l'énergie. Franck Agulhon fouette et frappe dans un pulse toute maîtrisée ses fûts, tandis qu’au piano, Andrew McCormack distille des phrases bop bien senties. Le leader impressionne aussi dans son jeu à l’archet, sur « Marrakech » notamment. On le préfèrera à la basse acoustique qu’à l’électrique, qui est pourtant son instrument de prédilection. En effet, la version de « Dolphin Dance » un peu trop respectueuse et « Letter From Iwo Jima » en duo basse électrique et piano, font légèrement baisser l’enthousiasme. Après ce passage un peu plus faible et d’autres moments presque trop pop, le groupe reprend des forces avec « Caipirinha » et un « Big Noise From Winnetka » enflammé. Quant au « Boogie Stop Shuffle » en rappel et entamé en solo, il sera concis, direct et intense comme on l’aime.

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A son tour, Manu Katché a fait salle comble et a soigné la mise en scène. Arrivée de star dans la pénombre tandis que le groupe entame l’intro d’ « Unstatic », du nom du très bon album sorti récemment. Comme sur le disque, Katché suit fidèlement l’ordre des morceaux. Il laisse juste l’espace qu’il faut aux saxophonistes, Raffaele Casarano et Torre Brunborg, pour improviser. Jim Watson se partage entre le piano et le Fender, distillant des notes plus soul. Quant à Jérôme Regard, il assure avec fermeté un tempo solide. Il faut quand même laisser à Manu Katché un style et un son particuliers, reconnaissables entre cent. Sa façon de faire sonner les cymbales, de redoubler les coups sur les caisses claires et les toms, tout en gardant un gros son bien marqué, est assez unique. « City », Blossom » ou « Daze Days » défilent. Le groupe reste assez proche des mélodies, très écrites, enregistrées sur l'album. Cela en rassure certains et laisse un petit goût de trop peu à ceux qui aiment les surprises. Mais en rappel, l’éternel « Cherokee » permet à tous de vraiment se lâcher. Et c’est bon ! Trois rappels se succèdent alors pour combler un public très enthousiaste.

Et comme si cela ne suffit pas, le festival a encore prévu un concert ! Il est près de minuit quand le Nu Jazz Project du trompettiste François Legrain monte sur la scène du Magic Mirrors qui ne désemplit pas. « Do You Know Where You’re Coming From ? », « Siegfried », « Keep Me In Mind » s’enchainent. Le public est toujours là et danse sur les rythmes jazz, drum ‘n bass et hip hop du collectif. Le mélange fonctionne assurément bien. Les cuivres sonnent ( Dominique Della-Nave au trombone, Maayan Smith au sax), le drumming de Sylvio Iascio est puissant, DJ Odilon crache les scratchs, soutenu par Brieuc Angenot à la basse. Quant à Dorian Dumont au piano électrique, il s’immisce entre les voix de Soul T et Angela Ricci qui assurent un flow parfait.

 

Come Sunday.

Pour les insatiables et les lève-tôt, l’organisation avait prévu, dès 11h du matin, une série d’animations et de concerts gratuits ! A commencer d’abord par une évocation de Boris Vian, puis des concerts des élèves du conservatoire de Tournai. Vers 16h. c’est le big band JMO, sous la houlette du jeune pianiste Gilles Carlier, qui propose ses compositions originales et des standards peu joués, dans des arrangements qui ne craignent pas la sophistication. Plutôt osé pour un band d’amateurs. Mais le travail et l'audace paie. On remarquera ainsi quelques bons solistes tels que le saxophoniste Thomas Van Ingelgem sur un « Chronométrie » assez complexe, un trompettiste sur « Walkin' Tiptoe » de Bert Joris ou encore l’excellente chanteuse Sarah Butruille, sur « Avalon » de Natalie Cole, entre autres.

Et pour conclure ces cinq jours intenses, Fabrice Alleman met un point d’honneur à offrir un concert sublime et sans faille, malgré un léger problème technique et une courte panne qui prive le chapiteau de lumière, mais pas de musique, pendant quelques minutes. « Obviously » est sorti en 2013 déjà, et ne cesse de bonifier. Ce projet qui allie jazz sensuel et rythmes groovy n’oublie pas la tendresse dans les compositions magnifiées par le jeu aérien et à la fois déterminé de Nathalie Loriers. « Regard croisés » se développe tout en douceur et volupté. « Suite Of The Day » qui se décline en trois parties reste un must du répertoire d’Alleman. Le sax se déploie, crie puis s'amuse et laisse la place au Fender Rhodes, très soul et groovy, de Nathalie Loriers. Et le final, plus funk jazz et un peu canaille, embrase la salle. Lionel Beuvens et Reggie Washington assurent une rythmique parfaite. « Take It As It Is », en duo piano/soprano, et même sifflée, est une ballade sensible et romantique d’où s’échappent de belles notes bleues. Pour terminer, « Open Your Door », rageur et revendicatif, et « Crazy Races », tendu et galopant, vont titiller les limites du « out ». Ces nouveaux morceaux donnent encore plus de corps à un projet qui mêle humanisme et rage, bonheur et inquiétudes. Et qui devrait continuer à évoluer.

Une fois de plus, le Tournai Jazz festival a tenu toutes ses promesses. Il y en a eu pour tous les goûts ! C’était un cadeau pour ceux qui ne connaissaient pas le bon jazz, ou s’en faisait une fausse idée, et pour ceux qui ne jurent que par lui.

On se donne déjà rendez-vous en 2018 avec le même plaisir et la même gourmandise.

 A+

Photos : © JC Thibaut

 

16/09/2016

Lorenzo Di Maio - Black Rainbow - Marni Jazz Festival 2016

Lorenzo Di Maio a le sens de la composition, on vient de s'en rendre compte avec la parution de son tout nouvel, et premier, album personnel Black Rainbow (chez Igloo). Mais il a aussi le sens de la scène.

On s’en est rendu compte lors du « release » concert de ce mercredi soir au Marni. On voit qu’il y a pensé, qu’il l’a mis en scène. Rien de bling bling ni de fake, rassurez-vous, mais une occupation simple et efficace de l’espace et une présence affable et sincère en contact direct avec le public.

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Après un premier morceau (« Détachement »), tout en atmosphère et en langueur, qui permet déjà d’entendre un sublime Nicola Andrioli au Fender Rhodes, le quintette enchaine aussitôt avec « No Other Way », plus incisif, claquant et nerveux, qui permet à Jean-Paul Estiévenart de marquer son territoire.

En deux morceaux, Lorenzo Di Maio a posé les bases de son univers équilibré entre tendresse et entrain, mélancolie et exaltation, sérénité et excitation. Mais cela ne se résume pas qu’à ça : la musique du guitariste n’est pas noire ou blanche, elle se décline en nuances de gris de toutes les couleurs. Et elle est partagée par un groupe d’excellents musiciens et amis qui trouvent tous la possibilité de s’exprimer librement… tout en suivant la ligne de conduite du leader.

Avec « September Song », on découvre encore une autre facette de Nicola Andrioli (allez écouter son jeu débridé avec Manolo Cabras, tendre avec Barbara Wiernik, ou pétillant avec Philip Catherine, et vous aurez un tout petit aperçu des talents de ce pianiste caméléon). Ici, il est virevoltant et inattendu et il attaque « sévère » en gardant toujours une extrême musicalité.

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Sur « Black Rainbow », qui donne le nom à l'album, c’est Cédric Raymond qui profite des grands espaces pour délivrer des solos de contrebasse pleins de tonicité.

Et puis il y a « Lonesome Traveler », construit sur base d’un ostinato qui s'efface au cours du morceau mais qui reste sous-jacent. C’est comme le rythme d’une locomotive qui ne s'arrête jamais et qui promène le groupe au travers de différents sentiments : la joie, l'émerveillement, le doute, l'excitation, la contemplation… Chaque musicien amène son histoire. Antoine Pierre, excellent de bout en bout, joue le chien fou dans un drumming « désarticulé », Cédric Raymond évoque le vent chaud et rassurant, Jean-Paul Estiévenart joue le curieux et l’optimiste, Nicola Andrioli se fait philosophe et sage, quant à Lorenzo Di Maio, il explore, s’émerveille, se réinvente.

On peut sans doute trouver des références à Bill Frisell, mais sur « Open D », par exemple, on trouve aussi des traces de blues et de jazz électrique, un peu comme si J.J. Cale avait rencontré la bande du Miles electric. « Santo Spirito », tissé de métriques complexes, fait d'accélérations et de virages à 180°, de solos fiévreux et d’un final explosif d’Antoine Pierre, rend hommage, lui, à l’oncle du guitariste : le batteur Santo Scinta. On conclura avec un « Back Home » langoureux et, en cadeau un inédit plein de fougue.

Il y a décidément beaucoup de maturité dans ce groupe et beaucoup de sensibilité aussi.

Black Rainbow mélange les influences blues, folk, rock et jazz dans une étonnante cohésion sonore. La musique est riche et variée, mais garde toujours une ligne de conduite bien définie. Même s’il ne se met pas plus en avant que les autres - pour toujours laisser toute la place à la musique - Di Maio possède bien la carrure d’un leader. On s’en doutait déjà un peu, mais on en a la confirmation. Et ce groupe a vraiment un bel avenir.

 

 

A+

Photos : merci ©Olivier Lestoquoit !

 

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21/07/2016

Laurent Doumont - Sounds

Un concert de Laurent Doumont est souvent l’assurance d’un moment plein de groove, de chaleur, de sensualité et d’humour. Avec le temps froid et pluvieux qui sévit sur la Belgique en ce mois de juin pourri, ça ne peut faire que du bien.

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Au Sounds, pour l’un des derniers concerts de la saison (vendredi 24 juin), le saxophoniste/chanteur entouré de Sal La Rocca (cb), Vincent Bruyninckx (p), Lorenzo Di Maio (eg), Lionel Beuvens (dm) et Olivier Bodson (tp), nous propose un retour sur son album «Papa Soul Talkin’» sorti en 2012 déjà. Autant dire que la machine est bien rodée et que la musique coule avec facilité.

Et c’est avec toute la décontraction et l’humour décalé qu’on lui connaît, que Laurent Doumont annonce et enchaîne les morceaux : les bouillonnants « Do Me Wrong », « Back On Brodway » ou « Song For Jojo », les irrésistibles « Gonna Be A Godfather », « Everything I Do Gonna Be Funky » ou encore le feutré et voluptueux «Sleeping Beauties »…

Visiblement, ça s’amuse sur scène et, forcément, dans la salle.

Servi par le drumming souple et onduleux de Lionel Beuvens et la contrebasse plus chantante que jamais de Sal La Rocca, Laurent Doumont alterne fulgurances au sax et voix de crooner au chant. Puis il reprend les riffs à l’unisson avec Olivier Bodson (brillant de clarté et d’élégance) ou avec Lorenzo Di Maio.

Mais il laisse aussi tout l’espace à ses comparses pour d’éclatants solos. Di Maio fait ainsi monter la sauce dans des impros mêlant blues, soul et funk. Le phrasé est agile et net. Bodson n’est pas en reste et sur « Big City » il fait briller de mille feux la soul mélancolique qui plane sur le morceau. Et que dire de l’intervention magnifique, parsemée de glissandos sensuels, de Sal La Rocca sur « Cocaïne Blues »…

Mais bien sûr, on ne peut pas passer à côté du jeu extraordinaire et d’une profondeur inouïe de Vincent Bruynickx au piano ! A la fois sobre et fougueux, il arrive toujours à insuffler des notes bleues et de légères digressions dans un jeu qui donne une perspective incroyable à l’ensemble. Même sur un amusant « Black Is Black », en rappel, il arrive encore à inventer, à colorer et à prendre de la hauteur.

Laurent Doumont a bien de la chance d’être entouré de la sorte. Et nous, on a bien de la chance qu’il perpétue, avec autant de personnalité, de talent et de décontraction, la tradition d’un soul jazz toujours aussi jubilatoire.

 

 

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15/01/2016

Antoine Pierre - Urbex - Interview.

A l’occasion de la sortie imminente de son premier album Urbex (chez Igloo), j’ai eu l’opportunité d’interviewer Antoine Pierre pour le magazine Larsen (abonnez-vous, c'est gratuit et on y parle de toutes les musiques). Pour le papier, il faut parfois couper. Sur le net, pas nécessairement. Voici la version «uncut».

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Urbex. Jazz et friche.

Antoine Pierre est l’un des jeunes drummers que beaucoup de jazzmen veulent avoir dans leur groupe. On l’a vu aux côtés de Jean-Paul Estiévenart, de Toine Thys, de Enrico Pieranunzi, de Philip Catherine et au sein de groupes tels que LG Jazz Collective ou TaxiWars. Cette fois-ci, ce surdoué de la batterie propose son propre projet : Urbex.

 

Urbex, cela veut dire quoi et d’où te vient cette fascination pour les villes et bâtiments abandonnés ?

Urbex est une contraction des mots Urban et Exploration. Il s'agit d'une discipline à la croisée du sport et de la photo qui consiste à visiter des lieux abandonnés pour en faire des photos « spectaculaires ». J'adore cet univers urbain abandonné qui suggère la vie passée et qui grouille de souvenirs. J'ai commencé à faire un peu d'Urbex, c’est-à-dire partir avec mon amie et avec un photographe pour visiter des lieux abandonnés. J'en ai fait en Belgique et à New York. C'est très mystique comme discipline, tu arrives dans un lieu parfois presque intacte depuis qu'il a été abandonné. La seule chose qui change, c’est que la nature s'y est réinstallée. De la végétation pousse, de champignons aussi... C'est vraiment étonnant.

La musique s’est-elle construite autour de ce « concept » (le chaos, l’abandon, la réhabilitation, …) ? A savoir, construire du « neuf » sur des choses oubliées ?

Exactement. Mes morceaux sont construits principalement à partir d'un état dans lequel je me trouve quand j'arrive dans un lieu abandonné : c'est comme si j'arrivais à comprendre tout ce qui s'y était passé et que je vois tout ce qui pourrait s'y passer. Comme si tu pouvais voir une sorte de décalcomanie de tout ce qui a vécu dans cet endroit, comme une présence fantomatique si tu veux. La nature reprend le dessus et se sert de ce que l'homme a construit pour renaître et prouver qu'elle est toujours là et que rien ne peut la vaincre. C'est un concept qui m'est très cher, ce concept « d'énergies ». Ça peut paraître mystique mais c'est devenu de plus en plus concret pour moi et j'ai voulu le rendre tel quel dans ma musique.

Est-ce difficile de « renouveler » le jazz ?

Je crois que c'est difficile mais je crois surtout que c'est un choix. Je crois tout simplement qu'il faut suivre son intuition et que ce n'est pas obligatoire de renouveler. J'ai l'impression parfois que certains musiciens s'efforcent à faire quelque chose de contraire à leur idéal sous prétexte de faire quelque chose de nouveau. Mais en vain... J'ai l'impression que ces musiciens perdent l'essence du truc à vouloir chercher midi à 14 h. Je crois vraiment qu'il faut faire ce qu'on sent d'abord et si on sent qu'on va dans une nouvelle direction, alors là il faut pousser le truc jusqu'au bout, repousser les frontières. Mais seulement si on le sent ! Il ne faut pas le faire juste pour le faire quoi... C'est tout aussi honorable de conserver la tradition que d'essayer de renouveler le jazz. Je suis toujours aussi attiré par ce qui s'est passé avant pour essayer de comprendre au maximum. Mais je suis autant attiré par l'inconnu et tous les territoires à encore découvrir. C'est d'ailleurs ce que j'aime avec Urbex. C'est très excitant d'avoir l'opportunité d'explorer avec ces musiciens.

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As-tu fait le « casting » du groupe après avoir écrit ou imaginé la musique, ou as-tu écrit en fonction des musiciens ?

J'ai longtemps eu des squelettes de compositions en tête mais j'ai fait le casting avant de concrétiser les morceaux. J'ai choisi certains musiciens à l'époque de mon examen de fin d'études au conservatoire de Bruxelles. Parce que j'avais envie de jouer avec eux, sans vraiment penser à la musique en soi. J'avais un son en tête et je savais que j'avais envie d'un grand groupe avec des souffleurs, une basse électrique et des percussions en plus de la batterie. J'ai choisi aussi les musiciens en fonction des rencontres musicales, soit en jouant dans leurs propres groupes ou en jammant avec eux. Lorsqu'on a commencé à jouer l'année dernière, le groupe avait déjà trouvé un chemin dans le son. C'est ça qui a défini le reste du répertoire. J'ai écrit toute la nouvelle musique en fonction du son que la groupe avait réussi à trouver. J'en suis d'ailleurs plus que satisfait et je ne m'attendais pas à ce que le son prenne une telle ampleur.

Est-ce que tu as donné un « rôle » à chaque instrument, une couleur qui correspond à une image ou à l'imaginaire d’Urbex ? L’urbain/la nature, l’homme/la machine, la modernité/la tradition ?

C'est marrant que tu poses la question car ce n'est pas quelque chose que j'ai conscientisé lors de l'écriture des morceaux mais bien lors de leur réalisation. Pendant la résidence qu'on a eue en septembre, je me suis rendu compte que les instruments trouvaient leur rôle et qu'ils se définissaient en fonction des morceaux. J'aime la géométrie de ce groupe, dans la variation qu'il permet et les reliefs que cela provoque. En d'autres mots j'aime, par exemple, que la basse fasse partie de la rythmique dans une partie et soit la mélodie dans une autre. Ou bien que la batterie tient la mélodie et que les souffleurs accompagnent. Au final, je commençais à parler de rôles moins concret musicalement. Et, oui, il m'arrive d'expliquer une composition en la décrivant comme un tableau, avec tous ces éléments que tu as cité.

Comment a-tu écrit tes morceaux ? Sur un rythme, un «système», une mélodie ? Quel a été le morceau déclencheur d’Urbex ?

Je pars en général d'ambiances et d'atmosphères, majoritairement inspirées par l'univers dans lequel je baigne. J'ai toujours un petit carnet avec moi dans lequel je note toutes mes idées. Au milieu d'une discussion ou d'une balade, je peux m'arrêter comme un geek, sortir mon carnet et noter 3 notes dedans... Une fois que j'ai l'idée du son et de l'atmosphère que je veux dépeindre, j'utilise le matériel de ce petit carnet, qu'il soit rythmique, harmonique, mélodique ou conceptuel... Je connecte les idées entre elles et puis je travaille sur la forme. Si j'ai du mal à connecter les idées et que je m'acharne un peu trop, c'est que ce n'est pas le bon moment alors j'attends que le prochain déclic arrive pour continuer à travailler. Je me retrouve en général avec 5 ou 6 compositions que j'écris simultanément en l'espace de plusieurs mois. La plus longue jusqu'ici m'a pris 10 mois et quelques voyages pour l'écrire... Je ne sais pas si il y a eu réellement un morceau déclencheur. Dans la forme, c'est peut-être le morceau « Urbex » qui dépeint bien le procédé que j'ai utilisé pour écrire le répertoire d'Urbex : une suite en plusieurs parties, avec des ambiances différentes, des reliefs différents mais interconnectés.

Le fait d’avoir passé un an à New York a-t-il changé ta façon d’appréhender le jazz. Cela a-t-il influencé ta façon d’écrire pour Urbex ?

Oui. New York a été une expérience incroyable pour moi. C'était d'abord très intéressant de se connecter autant avec la tradition. Pendant un an, je suis sorti presque tous les soirs dans les clubs de jazz pour assister à des concerts plus incroyables les uns que les autres. Ce qui m'a frappé c'est ce jeu incisif que la plupart des batteurs ont. Il y a quelque chose de tranchant qui ne laisse rien au hasard et qui te fait sentir que c'est «here and now». New York est un espèce de grand laboratoire dans lequel les musiciens font des expériences qui ne se produiront peut-être qu'une seule fois. Les concerts des groupes new-yorkais auxquels on a droit en Europe sont, pour la plupart, des groupes existants qui ont enregistré et tourné. A New York, tu peux voir des formation insolites ou inhabituelles qui jouent des compositions inédites juste pour un soir. Parfois ça fonctionne, parfois pas mais, au moins, ça se fait. Je crois aussi que j'ai eu la chance de faire des rencontres qui m'ont poussées musicalement dans une voie que je n'aurais pas prise autrement. Voir cette émulation entre musiciens et vivre cette énergie forte m'ont poussé à m'ouvrir plus et à faire plus d'expériences. Je pense que cela se traduit bien dans Urbex.

Quelles sont tes principales - et surtout dernières - influences musicales ?

Pat Metheny restera toujours mon influence principale. Pour moi, c'est un musicien complet. Je n'aime pas tout ce qu'il a fait mais dans chacune de ses compositions, la qualité y est et sa plume ressort. J'ai aussi eu l'occasion de faire une session avec Chris Potter à New York et j'ai donc voulu découvrir plus sa discographie. J'adore son écriture et la manière dont il arrange pour les grands ensembles. J'ai aussi beaucoup écouté Vijay Iyer, j'aime sa manière d'aborder la musique et la composition et je trouve que son trio est un magnifique exemple de travail de liberté en groupe. Même si la musique est archi complexe, on sent qu'ils arrivent à s'éclater et à trouver leur liberté dedans. Je suis retourné sur la discographie d'un de mes plus grands héros, Miles Davis. Après avoir écouté son premier et son deuxième quintet pendant des années je suis retourné sur la période électrique que j'adore. J'aime la progression de la musique dans ces disques et aussi l'énergie qu'il y a, ce truc « sans chichi ». De plus, le son de Miles est juste incroyable...

Vous avez beaucoup joué avant d’enregistrer ? Le disque s’est enregistré dans les conditions d’un live ? Y a-t-il eu beaucoup de « prod » ensuite ?

Quand je suis rentré de New York, on a joué l’ancien répertoire au Bravo et au Brosella. On n’avait pas encore eu le temps de travailler sur la nouvelle musique. Le son était là et il ne demandait qu'à grandir encore. Durant le mois d'août, j'ai organisé des répétitions partielles avec les musiciens pour parcourir les nouveaux morceaux et nous habituer aux formes, aux systèmes rythmiques et harmoniques et approfondir quelques intentions. Ensuite, on s'est tous réunis pour 3 jours de résidence à la Jazz Station. Là on a vraiment pu travailler les morceaux en profondeur et tester plusieurs possibilités de structures, etc. On a joué ce répertoire pour la première fois au Marni, c'était donc notre première situation live. On est rentré en studio le lendemain et on a passé 3 jours et deux nuits à enregistrer dans un studio dans les Ardennes, complètement isolé du monde, juste concentré sur cette musique. C'était une expérience incroyable pour moi ! Actuellement*, nous sommes en plein mixage pour faire ressortir la musique comme elle doit l’être, en respectant les conditions live dans lesquelles elle a été enregistrée.

 

 

*(Note : L'interview s'est faite fin septembre 2015)

Photo : Mael G. Lagadec

A+

18/09/2015

Saint-Jazz-Ten-Noode 30 ans ! L'interview

Saint-Jazz-Ten-Noode fête ses 30 ans cette année !

Voilà qui mériterait bien un bon gros gâteau d’anniversaire !! … Ha non, Dimitri Demannez n’aime pas ça. Il préfère un bon gros plateau de bonnes musiques. Alors, avec Fanny De Marco, ils nous ont concocté une affiche plutôt appétissante.

On regarde ce qu'il y a au menu des trois jours (24, 25 et 26 septembre) avec Dimitri et Fanny ?

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Saint Jazz-Ten-Noode, c’était comment, il y a trente ans ?

Le festival a débuté sur une idée de mon père, Jean Demannez. Il a mis ça sur pied avec quelques amis, dont Pol Lenders, le célèbre patron du Pol’s Jazz Club. Celui-ci avait déjà essayé de faire un festival sur la Place Fernand Cocq, en face de son fameux Bierodrome, mais ça n’a pas trop bien marché. Comme il cherchait un autre lieu, mon père lui a proposé la place St-Josse.

Sous chapiteau ?

Au départ c’était un tout petit podium, en plein air. Mais, dès la deuxième année, ils ont pris une drache formidable et ils ont décidé de faire les éditions suivantes sous tente. Ce qui n’était pas toujours évident pour l’acoustique, mais le public était évidemment enchanté. Il y avait un côté très populaire, c’était la grande fiesta et c’était gratuit.

Mais cela a évolué au fil des années. Il y a eu différents lieux, il y a même eu une édition sur la Place Rogier.

Oui, c’était pour les vingt ans. C’était un plus gros podium qui était impossible à monter sur la place à St-Josse. On avait vu plus large cette année-là, pour marquer le coup. On avait invité Michel Jonasz, par exemple, mais aussi Thomas Dutronc, qui débutait à l’époque. Puis, on est revenu sur la place St-Josse. Mais cela a, en effet, un peu bougé. Quand la Jazz Station s’est créée, on a pris l’habitude d’organiser un concert là-bas. Par la suite, on a décidé de terminer le festival par des concerts à l’Orangerie du Botanique. Il y a trois ans, après les élections, cela est devenu un peu plus compliqué de collaborer avec la commune. Nous avions deux choix : soit arrêter, soit changer la formule. On a proposé au Botanique de collaborer ensemble. Ils étaient ravis d’accueillir du jazz, car cela diversifiait un peu leur offre plutôt centrée sur le rock, la pop ou la chanson française. Et puis là, au moins, on est libre.

Vous avez vu des évolutions, côté public ? Le festival draine-il de plus en plus de monde ?

C’est difficile à dire car au début c’était sous chapiteau et ouvert à tout le monde. Difficile de comptabiliser cela. Mais il y a toujours eu beaucoup de monde. Même depuis que la formule est devenue payante. Mais il faut dire que c’est franchement démocratique : entre 6 et 10 euros pour des têtes d’affiches comme celles que nous présentons, c’est cadeau.

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©Jean-Louis Neveu

 

Parlons de la programmation justement. Y a t-il un fil rouge ? Y avait-il une envie d’inviter les groupes qui ont marqués les éditions précédentes par exemple ? Faire un hommage, retrouver un peu de nostalgie ?

Au départ, nous étions parti dans cette optique. Mais il y avait des artistes que j’avais envie de programmer et qui n’étaient jamais venus, comme Dédé Ceccarelli, que je voulais inviter depuis longtemps, par exemple. Alors, on a un peu mélangé les artistes, en tentant de faire une chouette programmation qui tienne la route. Et on a cherché un thème par soirée. Le premier soir, le jeudi 24 à la Jazz Station, on a rassemblé des guitaristes. Il y a d’abord Lorenzo Di Maio, qui présente son tout nouveau projet personnel avec Jean-Paul Estiévenart, Nicola Andrioli, Cédric Raymond et Antoine Pierre. On est très heureux d’avoir l’exclusivité de cette première. Ensuite, il y a Hervé Samb qui présente son projet avec Reggie Washington, Olivier Temine et Sonny Troupé. Ce n’est pas rien ! Le vendredi 25, au Bota, on propose une soirée plus “jazz”, entre guillemets et le samedi 26, toujours au Bota, une soirée plus “groove”. Et cela se termine au Bravo pour une jam finale !

On passe en revue le menu de vendredi ?

Oui. Fabrice Alleman, qui n’était jamais venu au festival, lui non plus, et que l’on espérait depuis longtemps, viendra avec son quintette présenter Obviously, superbe album sorti en 2013 déjà, chez Igloo. Ensuite, il y aura Toine Thys en trio avec Antoine Pierre et Arno Krijger.

Et puis, ce jour-là il y a André Ceccarelli !

Que je voulais le programmer depuis longtemps. De plus, au studio-école de batterie dans lequel je travaille, l’un des profs ne cessait de me répéter que je devais absolument l’inviter. C’est d’ailleurs lui qui m’a donné les coordonnées d’André. J’ai donc appelé le batteur français en pensant devoir passer par des manager et, en fait, André est un type tellement simple, accessible et enthousiaste, que tout s’est arrangé très vite et très simplement. Il viendra avec Baptiste Trotignon et Thomas Barmerie ! Il n’a pas souvent l’occasion de venir jouer à Bruxelles. En plus, il a décidé de jouer un peu moins souvent en général, c’est pourquoi je suis vraiment très content et très fier qu’il vienne chez nous !

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©kwestion.be

 

Le samedi est donc plus accès groove et jazz fusion.

Il y a d’abord Brzzvl qui était venu il y a trois ou quatre ans et qui avait cartonné. Et cette fois-ci, ils reviennent avec Anthony Joseph. Ça va être terrible pour démarrer la soirée.

Oui, je les avais vu dernièrement à l’Epaulé Jeté, sans Anthony Joseph, et c’était vraiment costaud. De plus, l’album « Engines » est vraiment excellent. Revenons à la programmation de samedi, il y a Ourim Tourim, que je ne connais absolument pas.

Ça c’est le groupe que les gens vont découvrir ! Ce sera une belle surprise, je pense. Ils sont six et pratiquent un afro-jazz un peu soul. Je connaissais le bassiste Clive Govingen, qui a participé à certaines jams ici à Bruxelles et qui était déjà venu au Saint Jazz avec Jerry Leonid et Boris Tchango. Ourim Toumim est un tout nouveau groupe et nous sommes très emballé de le présenter cette année chez nous.

Puis Nicolas Kummert vient en quartette.

Il vient avec un projet inédit. C’est lui qui nous à proposé cette formule et on n’a pas longtemps hésité quand il nous a dit que c’était avec Nic Thys, Karl Jannuska et Lionel Loueke ! C’est quand même un guitariste très en vue à New York, et dans le monde entier d’ailleurs. Il joue régulièrement avec Herbie Hancock, Terence Blanchard, Gretchen Parlato, Avishai Cohen, Jef Ballard ou Robert Glasper... Ça va être fabuleux, j’en suis sûr !

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©nc

 

Et pour finir : Da Romeo. Et là on ne sait pas à quelle heure ça va se terminer !

On a un timing à respecter, même si ça risque de déborder, car il y a la jam finale au Bravo… et là, ça risque de se terminer très tard. Ou très tôt le matin, c’est selon. Donc, Da Romeo sera là avec Eric Legnini, Julien Tassin, Alex Tassel, Christophe Panzani et Arnaud Renaville. Ça va cogner. Et puis, pendant toute la durée du festival, le vendredi et samedi au Bota, il y aura la bourse aux disques qui sera accessible tout le temps, contrairement aux autres années où l’horaire était limité.

 

 

Voilà une superbe affiche de concerts évènements, qui mélange nouveaux projets et talents plus que confirmés.

C’est mieux qu’un gâteau, non ?

 

A+

13/07/2013

Fabrice Alleman Obviously et Big Noise - Festival au Carré à Mons

 

Soirée jazz au Festival au Carré à Mons.

Ce mardi soir, le soleil chauffe encore l’esplanade du Théâtre du Manège. L’air est doux, le public est nombreux et réuni autour de la scène pour écouter Big Noise.

Big Noise ! Rien de tel pour mettre tout le monde de bonne humeur. Big Noise - j’en ai déjà parlé ici – ce sont quatre gaillards qui revisitent le blues, le marching jazz et le jazz New Orleans avec une énergie débordante. L’esprit est bien présent, pas de doute là-dessus. Le respect aussi. Mais il y a juste ce qu’il faut de d’irrévérence, de plaisir, de bonheur et de sincérité pour en faire une musique qui n’a pas peur de se frotter à la modernité.

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On est toujours impressionné par la faculté qu’a Raphaël D’Agostino à passer de la trompette au chant avec autant ferveur que de justesse. On est étonné aussi par le jeu toujours vigoureux de Laurent Vigneron (dm) ou par la technique et l’explosivité de Johan Dupont (p). (Johan Dupont qui vient de publier chez Igloo, avec Music For A While, un album surprenant et totalement différent de Big Noise puisqu’il s’agit d’un savant mélange d’impros et de relecture sur musique baroque du XVIème siècle – Dowland, Purcell, etc. - A découvrir). Et puis, il y a Max Malkomes à la contrebasse, solide, puissant et très mélodique. Bref, une fois de plus, on n’est pas déçu. Et le public non plus, qui en demande encore un peu plus. Mais il est temps de se diriger vers la salle de répétition du Manège pour écouter Fabrice Alleman.

La dernière fois que j’ai vu Fabrice sur scène, c’était à la Jazz Station, bien avant l’enregistrement de ce superbe album qu’est “Obviously”, une petite perle de sensibilité et de groove mêlés.

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Ce soir, c’est sold-out (un concert supplémentaire sera même proposé le lendemain, pour contenter tout le monde). Pour l’occasion, le saxophoniste a eu la bonne idée d’inviter David Linx. Plus qu’un simple guest, le chanteur s’est investi dans le projet en écrivant des paroles originales sur certains thèmes, poussant même Alleman à revoir quelques-uns de ses arrangements.

Mais avant que Linx ne les rejoigne sur scène, c’est le saxophoniste qui chante – et très bien – sur “Morning” et “Afternoon”, tout en échangeant avec Lionel Beuvens (dm) et en groovant avec Reggie Washington (cb, eb) ou Nathalie Loriers, qui se partage entre piano et Fender Rohdes. Il laisse ensuite s’envoler Lorenzo Di Maio, formidable de swing - mâtiné de riffs rock - sur un “Three Or Four” du tonnerre.

David Linx arrive alors pour “Regards croisés”, rebaptisé “Come Up The Stairs”. Dès les premières mesures, Linx impose sa griffe. Le chant est parfait, reconnaissable entre mille. Avec Fabrice Alleman, la connivence est immédiate.

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Si le chanteur et le saxophoniste (qui utile aussi bien la clarinette basse, le soprano et le sax ténor) sont à l’avant-plan, ils n’hésitent jamais à laisser de beaux espaces à la basse ronde, profonde et sensuelle de Reggie Washington, ou à Nathalie Lorriers, éblouissante lors de son impro sur “Hope For The World”. Ses enchaînements d’accords sont d’une fraîcheur et d’une brillance incroyables. Et sur “Jay Jay”, elle se lâche encore. D'ailleurs, sur ce dernier morceau, chacun se lance des défis. Et ça enfle, et ça bouge, et ça tangue de tous côtés.

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Et puis le dialogue s’emballe de plus belle entre Linx et Alleman sur “Don’t Say It’s Impossible”. Le sax soprano et le scat si particulier et unique du chanteur ne font qu’un. Rien ne les arrête. Alleman avait raison, rien n’est impossible.

Ce projet, “Obviously”, réussit le mélange parfait enter lyrisme et groove avec tellement de simplicité et de spontanéité que, oui, tout cela semble évident.

Pour le plaisir... le clip "Hope For The World".


Hope for the World - Fabrice Alleman from Bernardo Camisão on Vimeo.


A+

 

15/11/2012

Laurent Doumont - Sounds

Le Sounds affiche pratiquement complet ce samedi 3 novembre. Il est presque aussi rempli que lors d’un Jazz Marathon. Tout le monde est venu pour la sortie du deuxième album de Laurent Doumont  (le premier datait déjà de 2001) : Papa Soul Talkin’.

S’il y a du monde dans la salle, il y en a aussi sur scène, puisque l’équipe s’est réunie au grand complet.

Vincent Bruyninckx (p), Sal La Rocca (b), Lionel Beuvens (Ds), Raf Debacker (Org), Lorenzo Di Maio (g), Olivier Bodson (tp), Alain Palizeul (Tb) et bien sûr Laurent Doumont (ts, voc).

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«Back On Brodway» un peu soul, un peu boogaloo, puis «Love Or Leave», au groove bien balancé, nous mettent directement sur orbite.

On le comprend tout de suite ! L’ambition de Laurent Doumont n’est pas seulement de jouer de la soul-funk, mais de la revoir et de l’arranger à sa sauce. Il va puiser l’inspiration dans l’ADN de ces bons vieux Jack McDuff, Canonball Adderley, Gene Ammons ou encore Eddie Harris.

Mais il ne se contente pas d’un simple hommage ou encore moins d’une quelconque imitation. Doumont respire et vit cette musique, et c’est pour ça qu’elle lui va si bien et qu’elle sonne si bien. Avec sa bande, il insuffle un esprit actuel, frais et puissant. Pas question ici de tout casser et de faire le malin. Laurent Doumont respecte trop cette musique que pour la dénaturer. La modernité est générée par l’énergie de l’instant ! Le swing reste le pivot central du groupe, et ça balance fermement du côté des hanches et du bassin. Les musiciens savent y faire. Chacun y apporte sa touche.

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Olivier Bodson balance quelques solos brillants. Le son est clair, limpide, lumineux. Sans pour autant jouer rapidement, ça file à cent à l’heure. Ça doit être ça «avoir le sens du groove».

Et quand viennent les ballades («Serenity Now» ou «Sleeping Beauty»), la sensualité se mêle aux déhanchements. Le ténor de Doumont se fait plus sensuel encore, on sent qu’il a écouté et vraiment aimé ces formidables saxophonistes de la grande époque. Et il n’a rien à leur envier. Et quand il chante - avec cette voix au grain particulier, éraillée juste comme il faut - cela fonctionne à merveille. Le charisme et la coolitude font le reste, pas besoin de forcer.

La touche «vintage» est assurée par Raf Debaker. Derrière son orgue, il ponctue intelligemment les échanges entre le sax, la trompette, le trombone ou… le piano de Vincent Bruyninckx. Il y a entre ces deux-là comme un fil invisible. La musique s’échange et tourbillonne avec une légèreté incroyable. Il n’y a pas à dire, tous possèdent le flow.

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Et comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur, Doumont y ajoute une touche de guitare. Et de ce côté là, Lorenzo Di Maio étonne de plus en plus. On le sent vraiment à l’aise dans ce contexte. Il est ici comme un poisson dans l’eau. Il possède cette fluidité dans le phrasé et ce blues qui lui brûle les doigts, mais il a surtout cette façon d’enchaîner les arpèges avec une souplesse qui souligne bien sa personnalité.

Le groupe peut aussi compter sur une solide rythmique, sur des vrais gardiens du time : Sal La Rocca et Lonel Beuvens, impeccables de bout en bout.

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Doumont fait donc le tour de la soul, à sa façon. Il passe le nez à la fenêtre de la New-Orleans, il se balade un peu sur les bords du Mississipi, remonte vers le Michigan, va saluer James Brown et d’autres étoiles de la Motown, puis revient et nous raconte sa propre histoire.

Quand Papa Soul’s talkin’, listen to him… and move. And enjoy !

A+

 

 

 

21/05/2012

Sal La Rocca - It Could Be The End - Interview

 

Début de l’année, Sal La Rocca, l’un des contrebassistes belges les plus demandés sur la scène jazz, sortait son deuxième album personnel chez Igloo. Après «Latinea» en 2003, voici «It Could Be The End», titre énigmatique qui, plutôt qu’une fin, pourrait être le début d’une belle aventure. L’album est lumineux et extrêmement bien balancé. Un véritable disque de jazz actuel, qui mêle le passé et le présent et dans lequel Sal, entouré de Hans Van Oosterhout (dm), Lorenzo Di Maio (eg), Pascal Mohy (p) et Jacques Schwarz-Bart (ts), donne le meilleur de lui-même. Il y a du swing, du groove, de la force et de la tendresse. Allez écouter le sensuel "Bluemondo", l'envoutant "Lazy Lion" et les solides "Osuna" et "It Could Be The End"... Autant dire qu’on a hâte de voir tout ce beau monde sur scène.

En attendant, je me suis retrouvé un dimanche après-midi face à ce musicien "entier", aux idées bien affirmées.

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Ton dernier disque s’appelle “It Could Be The End”. C’est sans doute la question que tout le monde te pose mais, n’est ce pas un titre un peu pessimiste?

(Rires) Oui, il y a même des gens que cela dérange. Mais, voilà, j’avais composé ce morceau et il fallait bien lui trouver un titre. Parfois on trouve le titre avant, parfois après. Et là, j'étais dans ma chambre, j’ai levé les yeux, j’ai regardé autour de moi et je me suis posé la question que tout le monde se pose presque chaque jour : ”Est-ce que tout cela va durer?”. Et c’est vrai que ce morceau a quelque chose d’un peu chaotique et d’incertain, surtout sur la fin. Mais le titre est plutôt optimiste pour moi, il va plutôt dans le sens du “renouveau”. Même si l’album est sorti en 2012, il n’y a pas de rapport avec la fin du monde qui est prévue pour 2012… Ça, je n’y suis pour rien (rires).

Quand a-t-il été enregistré ?

L’année dernière, au mois d’août. Mais cela a pris un temps fou avant sa sortie car je voulais – et cela, personne ne le sait – intégrer une reprise d’un titre d’ABBA chanté par Dani Klein de Vaya Con Dios. On l’a même enregistré. C’était vraiment bien. Mais quand j’ai demandé la permission de l’utiliser, on me la refusée. On a pourtant essayé et demandé à plusieurs reprises, mais il y a toujours eu un refus. Il faut s’appeler Justin Bieber pour pouvoir faire ça, sans doute.

Comment as-tu formé le groupe, et pourquoi avoir choisi ces musiciens-là ? Quels étaient tes critères?

Hé bien, je me plains souvent, ça, tout le monde le sait (rires). Je pense que beaucoup de musiciens sont des professeurs avant d’être des musiciens. Mais ce n’est pas de leur faute, certains sont obligés de faire ça, c’est le «système» qui veut ça. Moi, je voulais des musiciens qui avaient surtout, et avant tout, un véritable esprit jazz. Alors, j’ai appelé mon vieux pote Hans Van Oosterhout, que je connais depuis plus de vingt ans. Et puis j'ai pensé à Pascal Mohy, que j’ai appris à connaître et qui a une oreille et un esprit monstrueux. Ensuite, il y a eu Lorenzo Di Maio, pour ce même état d’esprit. Et enfin Jacques Schwarz-Bart... pas la peine de dire pourquoi.

L’envie d’intégrer un sax, celui de Jacques Schwarz-Bart en particulier, était claire et précise dès le début de l’écriture ?

J’avais enregistré avec Jacques sur l’album d’Olivier Hutman en 2005. On s’est lié d’amitié et on a joué ensemble plusieurs fois par la suite, sur ses projets ou sur les miens. J’ai donc pensé à lui, car il a un super esprit et une façon de jouer à la fois très roots et très moderne. Mais je n’avais pas écrit mes morceaux en pensant à lui spécialement. Il se fait que mes compos étaient écrites depuis un petit bout de temps déjà et j’ai fait coller les musiciens à la musique ce que j’ai écrite.

Tu avais également l’idée d’introduire une guitare aussi ? Celle de Lorenzo en particulier ?

J’avais de toute façon l’idée d’une guitare. Apparemment, je ne sais pas me passer d’une guitare. Il y en avait déjà deux sur mon album précédent, celles de Peter Hertmans et Jacques Pirotton. Je crois que cela me tient à cœur. Mais je ne voulais pas reprendre les mêmes, puisque lorsqu’on a décidé de changer, il faut vraiment changer. J’ai pensé à Lorenzo parce qu’il a un petit truc différent. Je ne dis pas qu’il a quelque chose en plus, mais quelque chose de différent. Et puis, en plus, il est à moitié sicilien comme moi (rires).

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Quand vous avez commencé à jouer tous ensemble, la musique a-t-elle encore évolué dans une certaine direction ou tu avais une vision bien précise de ce que tu voulais ?

J’avais plus ou moins un schéma précis. Mais, disons que je ne suis pas un leader au sens stricte du terme. C’est un peu comme si je m’engageais dans mon groupe, plutôt. Le leader, c’est la musique. Et puis, je suis très ouvert  pendant un enregistrement. Alors, en effet, des choses ont changé au cours de l’enregistrement, mais il ne s’agissait pas de choses fondamentales. L’ossature était assez solide.

Tu laisses, en effet beaucoup de libertés aux musiciens et tu fais même jouer du Fender à Pascal Mohy…

Absolument. C’est vrai qu’il est très piano”, mais il a un Rhodes chez lui, il en joue de plus en plus et puis, parfois, quand il n’y a pas de piano dans un club, il faut trouver des solutions. Mais cela apporte surtout une autre couleur et enrichit certains morceaux. Et quand j’ai demandé à Pascal de jouer cet instrument, il a accepté très vite. C’est vrai que je ne suis pas un contrebassiste qui se “met en avant”.  J’aime cette place de sideman, c’est vrai. C’est déjà tout un monde en soi. Donc, si je fais un disque, j’aurais tendance à garder le même rôle. Ce ne sera pas un disque de contrebassiste avec des soli interminables. De plus, je ne me considère pas comme un virtuose. J’essaie plutôt de partager mes expériences dans ce disque. Et si je dis que je ne suis pas leader, il s’agit quand même de ma musique. Elle est représentative de ce que je suis. Je suis le propriétaire des morceaux, si on peut dire, mais les portes sont toujours ouvertes aux bonnes idées.

Tu composes depuis longtemps?

Non, cela est venu assez tard. Après avoir acquis une certaine expérience.

Le fait d’avoir été sideman de Toots, de Jacques Pelzer, de Nathalie Loriers pendant longtemps, d’Anne Ducros, de Vaya Con Dios - la liste est très longue - a-t-il fait évoluer ta façon de jouer ou de concevoir la musique?

Tout à fait. J’ai accompagné pas mal de musiciens belges, au départ, comme Nathalie Loriers ou Diedrik Wissels et puis plein d’étrangers aussi. Il y a donc l’expérience qui s’acquiert au fil des ans, on finit par comprendre les choses. Mais il y a quelque chose d’innée aussi, je l’avoue. Lorsque j’ai composé les morceaux de mon premier album, en 2003, c’étaient des premiers jets et pourtant, Eric Vermeulen me disait que cela tenait debout, que c’était cohérent, qu’il y avait tout ce qu’il fallait. Il n’y avait pas de quoi crier au génie, certes, mais il y avait la structure pour raconter une histoire du début à la fin.

Tu as appris tout ça sur le tas. Tu es un parfait autodidacte.

Plus autodidacte que moi, ce serait difficile.

Cela permet d’apprendre d’une certaine façon ? Actuellement, on apprend beaucoup dans les conservatoires, les académies… Toi, c’était plus la méthode traditionnelle, dirons-nous. Tu sens, chez les jeunes, une manière différente de jouer ou d’appréhender le jazz par ceux qui ont fait le conservatoire et les autres ?

Oui, il y a une grosse différence. Mais certains arrivent à posséder les deux styles. C’est à dire qu’ils connaissent les bases et ont, en même temps, une personnalité très forte. Car le gros risque, à mon avis, c’est d’avoir un même professeur pendant cinq ans et de sortir de là en étant le clone de ce professeur. C’est ce qui arrive dans soixante pour cent des cas. Quand j’entends des jeunes qui sont sortis du conservatoire, je peux dire rapidement avec qui ils ont eu cours. Cela peut être problématique car une des qualités premières d’un musicien est de le reconnaître dès les premières notes.

A moins d’être un prodige, cela se définit avec les années, qu’il y ait conservatoire ou pas, non ?

Oui c’est sûr. Mais il faut aussi savoir ce que l’on veut dans la vie. Espérer que cela te tombe tout cuit du ciel ou chercher toi-même ta personnalité. En ce qui me concerne, je n’ai pas cherché pour chercher mais, en jouant concerts sur concerts, j’ai appris. Et toujours de manières différentes. Pendant un moment, j’étais beaucoup chez Jacques Pelzer à Liège, parce que j’habitais à quelques centaines de mètres de là, et j’ai vu défiler un maximum de jazzmen avec qui j’ai eu la chance de jouer. Et pas des moindres. Ça c’est une chance.

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Dans ces moments-là, est-ce que ces jazzmen te demandaient de jouer d’une certaine manière ?

Je débutais à l’époque, je n’étais nulle part. Je n’avais aucun background. Je jouais comme je le ressentais, avec mon propre et mince bagage. Avec beaucoup d’instinct, surtout. J’écoutais les conseils de Steve Grossman, Dave Liebman, John Thomas, qui passaient souvent là-bas, de Steve Houben aussi, qui m’a mis définitivement le pied à l’étrier. Je dois beaucoup à tous ces gens. Et puis, Jacques Pelzer me disait souvent des petites phrases qui n’avaient pas l’air d’être importantes et pourtant… Par exemple : “Play simple and strong”. Ça à l’air con, mais il faut garder ça en tête. Quand on est un peu busy, on pense à ça, on se calme et on y va. Ce sont des conseils en or.

Tu appliques ça aussi dans tes compositions ? Tu essaies de garder un fil conducteur plutôt que de te laisser tenter à faire compliqué pour faire compliqué ?

Le premier disque était peut-être un peu dans cette veine là. C’était peut-être un challenge pour moi, pour me prouver que je pouvais faire « sophistiqué » aussi. Quand tu écoutes certains jazzmen belges, il faut se lever tôt pour comprendre quelque chose. A l’époque, j’étais un peu dans ce mouvement-là, dans cet esprit-là. Mais en même temps, il y avait du lyrisme. C’est mon côté méditerranéen… un peu blanchi… car je suis né ici (rires). Mais il y avait des choses intéressantes que j’ai gardé pour la suite. Et dix ans après, pour ce nouvel album, j’en ai tiré les leçons. “It Could Be The End” est aussi simple que complexe, mais toujours accessible. Je trouve, bien sûr, qu’il est beaucoup plus réussi. Là, j’ai l’impression d’avoir fait quelque chose qui pourrait marquer.

A quoi fais-tu le plus attention? Aux harmonies, aux mélodies…?

Pour moi, c’est surtout la mélodie qui prime. Ce qui me tenait à cœur, le challenge que je m’étais fixé, c’était de relier l’émotion et le cérébral. Car il y a inévitablement des trucs  parfois un peu complexes dans ma musique. Mais je voulais des mélodies que l’ont puisse presque siffloter.

Tu composes de quelle manière ? A la table, avec ta contrebasse, au piano?

A la guitare. J’étais guitariste de rock, de hard rock même, avant de me mettre à la contrebasse et au jazz. C’est donc plus naturel pour moi de chercher des accords et des mélodies à la guitare.

Tu n'as jamais été tenté de passer à la basse électrique?

Si parfois. De temps en temps, je m’y adonne puisque avec Vaya Con Dios, je joue aussi de la basse électrique. Mais, si je devais reprendre la guitare, ce serait avec plein de distos, pour faire ce que je faisais avant, avec une pointe de modernité en plus. Pourquoi pas?

On pourrait te demander de prendre la basse électrique ou alors on t’a définitivement “classé” dans un type de jazz ?

Tout à fait, je suis étiqueté. Mais, de toute façon, des bassistes électriques, il y a en a un paquet, et ils jouent tous très bien, donc je ne vois pas l’intérêt, pour l’instant, d’aller y mettre mon grain de sel. Et puis, il ne faut pas oublier que je suis encore et toujours très amoureux de la contrebasse. Je n’en ai pas fini, c’est un instrument qui m‘étonne encore.

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Y a t-il des contrebassistes que tu écoutes et qui sont des influences majeures pour toi ? Y a-t-il un certain type de jazz que tu écoutes plus volontiers qu’un autre ?

Je suis assez épris de Scott LaFaro, bien sûr, avec le trio de Bill Evans. C’est pour moi le must. On parle souvent de “l’art du trio”, mais celui-là est inégalable. Et Scott LaFaro est incroyable. On le sent instinctif, on le sent à la recherche tout le temps. Il jouait avec le cœur et les tripes. Et celui qui, pour moi, actuellement possède toutes ces qualités, c’est John Patitucci.

Le trio c’est la quintessence du jazz et est assez idéal pour un contrebassiste. Est-ce plus difficile de s’exprimer en quintette ?

C’est une question d’esprit. On peut jouer en quintette ou en quartette avec un esprit de trio. Un bon exemple, c’est le quartette de Jan Garbarek, Keith Jarrett, Palle Danielsson et Jon Christensen. Ça jouait avec l’esprit du trio. Tout le monde était en interactivité, ce n’était pas l’accompagnement d’un soliste. Palle Danielsson n’arrête pas de faire des contrepoints, puis il reprend la mélodie en même temps que Jarrett ou Garbarek. C’est la preuve par quatre qu’on peut jouer en groupe avec l’esprit du trio.

C’est cela que tu as essayé de garder dans ton quintette ?

C’est la raison pour laquelle il faut laisser pas mal de liberté et ne pas imposer une couleur trop définie. Encore une fois, les portes sont ouvertes et puis, il faut de la complicité et de la confiance. C’est comme dans la vie. Il faut avoir confiance à 100% dans les personnes que l’on choisit. Si on est à 90%, c’est qu’il y a un problème. Il faut être à 100%. C’est parfois ce qui manque à la scène jazz en Belgique. On a parfois peur que l’un ou l’autre ne joue pas comme on le veut. On le canalise trop.

N’est ce pas dû au fait que les groupes n’ont pas l’occasion de jouer beaucoup et régulièrement ensemble ?

Bien sûr. C’est un gros problème. Il y a beaucoup de demande et pas assez d’offre. Beaucoup se sont sacrifiés pour cela. Même si ce n’était pas simple avant, actuellement c’est encore plus difficile. Avant je réglais un gig en une heure, maintenant c’est trois semaines. C’est quarante e-mails, dix sms et cinq coups de fil… Bref, tu as déjà liquidé ton cachet avant de jouer ! C’est vrai qu’il y a beaucoup de monde mais il y a aussi certaines institutions qui “occupent” un peu assez bien l’espace. En tout cas, ils couvrent une grande zone. C’est un bien et c’est un mal à la fois. Grâce aux Jazz Tours ou aux Jazz Lab Series, les tenanciers ne paient que la moitié du cachet… C’est bien mais… si tu rates ce train-là, quand tu arrives avec ton groupe et que tu annonces un prix “normal”, c’est la galère. C’est un peu épuisant. Moi, je suis indépendant, c’est donc moi qui calcule mon prix. Et, trouver moi-même un engagement et annoncer le prix, qui est honnête par rapport à ce que l’on sait faire, c’est devenu très difficile, voire impossible.

 

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Pour les disques c’est difficile aussi, je suppose ? La distribution, la diffusion, tout cela n’est pas simple.

C’est tout aussi compliqué car le marché est dix fois, quinze fois plus large qu’avant. Et les gens achètent moins de disques qu’avant. On a un nouveau rapport avec le disque. Avant, on attendait la sortie d’un disque, on allait et retournait chez le disquaire pour savoir s’il était dans les bacs. Maintenant, on pianote et on trouve tout sur le web. C’est bien aussi, mais on écoute autrement. Ça passe plus vite. Moi, je veux qu’on écoute ma musique, qu’on s’y arrête…

Le disque ne sert-il pas plus de présentation ?

Oui, car pour trouver des concerts, il faut du concret ! C’est paradoxal. Mais le cd est là pour marquer le coup aussi. C’est un jalon indispensable.

C’est pour cela que les concerts sont importants aussi, pour voir et entendre quelque chose d’unique, entendre comment la musique évolue ?

Oui c’est important. Même si l’on joue ce qu’il y a sur le disque, on le jouera toujours différemment, car un jour n’est pas l’autre. C’est pourquoi il faut jouer et tourner. Et c’est cela qui est difficile. Mais un groupe qui ne joue pas, c’est un groupe qui n’existe pas. On en est tous un peu là, malheureusement. On fait des disques, mais on ne joue pas.

En tant que sidemen, tu as joué et tu joues encore beaucoup hors de Belgique. Tu as des possibilités pour aller joueur avec ton propre quintette hors de nos frontières, en France par exemple ?

J’aimerais bien, évidemment. Mais comme chaque musicien du groupe fait aussi son “truc”, c’est parfois casse-tête. Le guitariste a son groupe, la saxophoniste a le sien, le pianiste aussi… c’est donc complexe pour booker tout le monde en même temps. En plus, en ce qui me concerne, il y a le fait que Jacques Schwarz-Bart a fait son quartette et qu’il a sorti son album entretemps. Egalement avec Han Van Oosterhout. Et comme il tourne en France, si je veux démarcher là-bas, j’arrive avec presque le même line-up... c'est mort. Pour l'instant.

Les concerts, c’est pour quand alors ?

Et bien, j’attends une réponse des Jazz Lab Series pour la fin d’année ou début d’année prochaine. Et avant cela j’espère bien trouver quelques dates pour “garder la main”. Pour le moment, j’essaie de faire parler de ce disque pour pouvoir ensuite grouper les concerts. De toute façon, je ne pense pas que ce disque soit un “feu follet”. Il a été pensé pour cela aussi, pour qu’il dure. Il est assez consistant, je pense.

Bref, «It Could Be The End», n’est qu’un début alors ?

Totalement ! (Rires)

 

A+

(Merci à Jos Knaepen pour les photos !)


01/05/2011

Borderline au Sounds

Voilà encore une bande de jeunes avec qui il va falloir compter.

Ce n’est pas la première fois que je les vois sur scène, je ne les ai jamais vus ensemble, mais chacun dans des projets différents : Lorenzo Di Maio (eg) avec 4in1, entre autres ; Julien Tassin (eg) avec Manu Hermia ou Da Romeo ; Antoine Pierre (dm) avec Metropolitan quintet ou Adrien Volant ; et Marco Bardoscia (b) avec Raffaele Casarano, par exemple.

Les deux guitaristes s’étaient déjà produits plus d’une fois en duo, au Sounds, comme ce jeudi d'avril. Maintenant à quatre, ils forment un groupe au nom assez explicite : Borderline.

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Dès le départ, le son est très rock. Cela frôle même, de temps à autre, le hard-rock. Les riffs déferlent par vagues successives et continues, plus puissantes les unes que les autres.

Toujours mené tambour battant, le deuxième morceau («Half A Waltz»?) revient cependant dans un idiome plus jazz, même si Tassin enfonce le côté rock du groupe. Il évoque autant Jimmy Page que les glissandos d’Hendrix, faits de sons «aquatiques», avec feedback et reverb. Un rock qui transpire le blues et le jazz. À moins que ce ne soit l’inverse.

Lorenzo Di Maio est sans doute moins démonstratif mais pas moins efficace. Son jeu est d’une étonnante virtuosité. Il se glisse au travers des harmonies telle une anguille et donne de la souplesse à l’ensemble.

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Oui, l’esprit est rock, mais les mesures sont souvent composées. Parfois même complexes. Et elles ne manquent jamais de groove ni de… swing. Car ça swing! Un swing contemporain, sans œillères ni frontières. Vous avez dit Borderline? Allons, ça va bien plus loin que ça et le groupe parvient à fusionner les genres. Ce n’est pas nouveau me direz-vous, certes, mais la manière d’y arriver et le résultat obtenu méritent que l’on s’y intéresse.

«Aka Mood» oscille entre le phrasé d’un Georges Harrison ou d’un Bill Frisell, et des accélérations subites nous entraînent vers le grunge d’un Nirvana.

«Tunes Up» à tout pour lui. Une ligne de basse obsédante, des guitares qui jouent tantôt à l’unisson ou qui, au contraire, se montent le bourrichon. C’est nerveux, puissant, presque psychédélique. Le groupe est soudé et se lance des défis tout en prenant un plaisir perceptible. L’esprit jazz est bien là, bien dans son époque. Marco Bardoscia alterne basse électrique et contrebasse avec le même bonheur. La poigne est puissante, le son est  boisé et charnu.

Antoine Pierre est également à l’aise (mais où ne l’est-il pas?) dans ce contexte. Il n’est pas du genre à «attendre» ou à «simplement» donner le change. Antoine ponctue fermement, redouble un rythme, décale un tempo, entraîne toujours le groupe vers l’avant. Énergique, souple et mobile à la fois, son jeu est impressionnant.

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À l’entame du deuxième set, Julien Tassin et Lorenzo Di Maio démontrent, en duo, toute leur sensibilité et leur complémentarité. Les échanges sont complices et le mélange des couleurs est des plus réussis. Après «Stange Meeting» de Frisell, on passe à «Asphalt» qui évoque un morceau de Scofield dont on aurait débridé le moteur et gonflé les cylindres pour en faire un truc énorme aux roues surdimensionnées. Le groupe va à fond dans un jazz blues puissant tout en proposant un maximum de nuances.

Borderline puise dans les racines du jazz pour en faire fleurir de nouveaux fruits survitaminés. Et ça fait du bien. À suivre avec attention…

A+

01/11/2008

4in1 - Sortie CD au Sounds

 

Ça y est, le premier album de Jean-Paul Estiévenart (en tant que leader) est sorti.
Chez Talisman Music
.


4in1

Il le présentait vendredi dernier (le 24 octobre) dans un Sounds bien garni.

4in1 c’est bien sûr Estiévenart à la trompette (ou au bugle), mais ce sont aussi les excellents Sam Gerstmans à la contrebasse et Toon Van Dionant à la batterie, sans oublier le jeune et talentueux Lorenzo Di Maio à la guitare.

Dans les morceaux assez groovy, on serait tenté d’y retrouver peut-être l’influence d’un Dave Douglas, et dans les moments plus cool, on pourrait y entendre un peu de Wynton Marsalis
Mais au-delà de ça, on y entend surtout et déjà un son bien personnel.
006

4in1 développe un jazz respectant la tradition tout en s’imbibant d’un esprit New-Yorkais très actuel (on pense à Kurt Rosenwinkel ou Chris Potter…)
Les mélodies sont denses et tendues.
Mais le groupe n’oublie pas non plus la tendresse ni la poésie.

Tout est joué avec beaucoup de plaisir et de décontraction, ce qui rend cette musique accessible et simple.
Par rapport au concert auquel j’avais assisté, il y a quelques années déjà, on peut dire que 4in1 évolue super bien.
Et le disque en est la confirmation.
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Le jeu de Di Maio a pris en assurance et en créativité. On le sent jouer d’instinct. Capable d’assumer ses propres envolées.
 
Entre Sam Gerstmans et Toon Van Dionant, l’équilibre se fait naturellement. Le jeu souvent débridé du batteur est canalisé avec intelligence par le contrebassiste. Cela rajoute de la profondeur et du relief à l’ensemble. Quand l’un s’échappe un peu trop loin, il sait toujours retrouver son chemin.

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Jean-Paul Estiévenart, quant à lui, mène bien sa barque, tout en finesse et connivence.
Sous des dehors extravertis et pleins d’humour se cache un trompettiste d’une grande sensibilité. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter «Ines» (en hommage à sa fille) ou «Benlliure 22» (dont je n’ai par contre aucune idée de la signification).

Dans la salle, le public et les amis (Fred Delplancq, Steven Delannoye ou encore François Decamps) semblent aussi contents que les musiciens.
Que voulez-vous, il n’y a pas de secret: la bonne musique, ça se partage.



A+