04/06/2017

Le Jazz - de Stéphane Mercier

Cela ne fait jamais de mal de se replonger dans l’histoire du jazz et de se rafraîchir la mémoire. C’est ce que propose le livre du saxophoniste Stéphane Mercier, intitulé sobrement et clairement : “Le Jazz”.

C’est clair, net et… simple.

C’est d’ailleurs le principe de cette nouvelle collection des éditions Ikor : “C’est si simple”.

stephane mercier,chronique,livre,livres,ikor editions,le jazz

Ce livre est surtout dédié à ceux qui ne connaissent que de loin ou pas du tout le jazz, ou s’en font une très mauvaise idée, mais il plaira aussi aux plus érudits qui prendront beaucoup de plaisir à se remémorer, ou à s’imaginer, la musique des Buddy Bolden, Sidney Bechet, Louis Armstrong, Scott Joplin, Bix Beiderbecke, Duke Ellington ou encore des Lester Young, Charlie Parker, Miles Davis, John Coltrane, Billie Holiday, Ella Fitzgerald et plein d’autres - parfois un peu oubliés - jusqu’à nos jours !

Ce court livre, une petite centaine de pages, arrive à survoler cent ans de jazz (si l’on considère qu’il est né avec le premier enregistrement du Original Dixieland Jazz Band) et à aller bien plus loin encore car Stéphane Mercier, en bon pédagogue, reste concis et utilise un langage très clair et fluide. Et puis, il n’oublie pas de contextualiser ce phénomène d’abord social et politique, et d’expliquer comment l’immigration, la ségrégation, la prohibition, la seconde guerre mondiale ou l’arrivée du rock a fait évoluer cette musique “éponge”.

De plus, en fin de livre, vous pourrez y trouver quelques anecdotes (pour briller en société), ainsi que quelques références discographiques, bibliographiques et même cinématographiques.

Voilà bien un livre à mettre entre toutes le mains, que vous aimiez ou pas le jazz.

Où le trouver ? Ici : Le Jazz - Ikor Editions, mais aussi sans doute dans votre librairie préférée.

A+

 

 

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

08/12/2013

Jazz et livres. Sol et Intermède.

Le jazz c’est de la musique. Mais ce sont aussi parfois des mots.

Dernièrement, parmi tous les bouquins que je lis (Qu’est ce qu’on joue, maintenant?, Une anthropologie du jazz et autres…), il y a deux romans.

Deux livres totalement opposés. Le seul point commun: le jazz.

sol,litterature,livres,owen martell,philippe yvon,marc villard

Le premier se déroule à Paris. C’est l’histoire de Sol, une jeune contrebassiste, assez douée semble-t-il, sortie de “nulle part”, à la recherche de l’assassin de son père qui était, lui aussi, musicien de jazz.

L’histoire est noire et plutôt brutale.

Tout l’intérêt réside surtout dans le fait que l’action se déroule dans un «Paris Jazz» contemporain que l’on connaît assez bien, et que l’on y fait référence à des musiciens français actuels (la préface est d’ailleurs de Stéphane Belmondo). Mais cette bonne idée de départ se désagrège vite au fil des pages. En effet, l’intrigue est assez mince, même s’il s’y passe beaucoup de choses - plus invraisemblables les unes que les autres - en très peu de temps. Et ce qui gène le plus, c’est le manque d’épaisseur et de profondeur psychologique du personnage principal. Du coup, on reste en surface. Le roman est court et Philippe Yvon, l’auteur, n’a pas de temps à perdre et accumule les clichés stylistiques.

sol,litterature,livres,owen martell,philippe yvon,marc villard

Ce qu’il nous manque donc, c’est la gourmandise des mots, des idées et des phrases bien tournées (un peu de ce plaisir que l'on éprouve en lisant Manchette, Boujut ou Villard dans son Bird, par exemple, dont l'action se déroule aussi dans le Paris d'aujourd'hui). Dommage.

sol,litterature,livres,owen martell,philippe yvon,marc villard

Si ça file vite chez Sol, le temps se suspend dans Intermède d’Owen Martell.

Ici, on replonge en 1961, à New York. Nous sommes chez les Evans et Bill, pianiste, est perdu, désorienté et très affecté par la disparition brutale de son contrebassiste et ami Scott LaFaro.

On passe alors en revue les états d’âme du pianiste au travers des réflexions et des témoignages imaginaires de certains membres de la famille : le père, le frère, la mère... On les suit dans leur tentative de veiller sur lui et de l’accompagner dans ces moments pénibles. De l’empêcher de «tomber», de s’abîmer.

Si le temps est suspendu, c’est parce que Bill ne joue plus. Et que fait un musicien que ne joue pas ? Il gamberge. Et l’on gamberge avec lui sur l’amitié, les sentiments, l’utilité de la vie...

L’écriture est lente, plutôt lyrique, mais assez simple. Owen Martell mélange la réalité et la fiction avec une belle subtilité même si, il faut l’avouer, on a parfois un peu de mal à être captivé ou – pire - à être touché. Impression en demi-teinte.

Enfin, tout cela redonne quand même très envie de réécouter l’éternel Bill Evans.



A+

 

 

 

 

 

28/08/2011

Jazz et Polar - Bob Garcia

 

« Jazz et Polar ».

Voilà encore un livre que j’avais acheté il y a quelque temps déjà. Je ne l’avais pas trouvé lors de son édition en 2007, mais, à la dernière Foire du Livre de Bruxelles, j’ai pu mettre la main dessus. Et j’ai même eu l’occasion de rencontrer et de bavarder avec son auteur: Bob Garcia.

Bob Garcia écrit des romans policiers, il est musicien de jazz, chroniqueur pour TSF Jazz et aussi Tintinologue (ce qui lui a valu quelques démêlées avec Moulinsart… normal, quand on connaît la rigidité navrante de cette institution).

chronique, bob garcia, livre, livres,

« Jazz et Polar » est assez fascinant dans le sens où l’auteur ne s’empêtre pas dans de longues analyses intellectuelles, mais préfèrent étayer son discours de larges extraits.

Autant dire que cet essai se lit quasiment comme un roman noir. C’est palpitant de bout en bout.

Bob Garcia développe son sujet avec méthode.

D’abord, un plan large sur le jazz et son décor. Et puis, petit à petit, il s’intéresse plus précisément aux lieux fétiches, à l’intrigue, aux acteurs et à leur psychologie…

Et l’on survole ainsi les chefs-d’œuvre de Chester Himes, David Goodis, Dashiell Hammett, mais aussi de Nat Hentoff, Ripley, Villard, Manchette, Izzo, Et l’on découvre aussi des auteurs beaucoup moins connus, mais tous aussi passionnants.

Avec ces innombrables extraits, Bob Garcia nous met l’eau à la bouche.

La musique du diable, Le patron de la boîte de jazz, After hours, Le mythe de la chanteuse, l’imprésario véreux, La pute et le mac, Jazz et humour… voilà quelques un des thèmes traités par l’auteur. C’est court, vif, précis et vraiment intéressant.

Et puis, la musique est omniprésente, bien sûr. On l’entendrait presque.

Buddy Bolden, Duke, Bird, Trane, Prez, Maynard Fergusson, Errol Garner, Dexter Gordon… Les références sont infinies.

Et comme si cela ne suffisait pas, la dernière partie du livre recense des centaines de titres, accompagnés presque chaque fois de quelques lignes explicatives. Un boulot d’orfèvre.

Bref, voilà le genre de bouquins que l’on dévore d’un seul coup et vers lequel on risque de revenir souvent pour en grignoter encore et encore quelques pages.

 

A+

16:49 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chronique, bob garcia, livre, livres |  Facebook |

21/08/2011

Wu Ming 1 - New Thing

 

Wu Ming est le nom d’un collectif de cinq auteurs italiens. Il signifie “anonyme” en chinois. Wu Ming est en quelque sorte le groupe émanant d’un précédent collectif nommé Luther Blissett Project (du nom de l’un des premiers footballeurs noirs à avoir jouer au Milan AC et à avoir subi plus d’injures racistes que d’encouragements).

Le Luther Blissett Project s’amusait à faire des canulars médiatiques, à propager de fausses informations, bref, à déstabiliser et à dénoncer certains “mensonges” médiatiques.

Wu Ming 1 est donc le pseudonyme de Roberto Bui. Et “New Thing” est le titre du livre paru en 2007 chez Métailié. Je l’avais acheté lors de la dernière Foire du Livre de Bruxelles, et je n’avais pas encore eu le temps de le lire.

C’est que ce roman (Essai ? Bio ? Ovni ?) ne se lit pas à la légère. Il vaut mieux être attentif et concentré, car sa construction narrative est assez déroutante au premier abord.

livre, livres, wu ming, new thing, metailie, roberto bui

L’écriture est plutôt singulière. Et bien en phase avec le sujet, à vrai dire.

Les styles s’entrechoquent de chapitre en chapitre et il faut un petit temps d’adaptation pour en acquérir le rythme. Témoignages, articles de journaux, poésies, passages romancés, dépositions, tout se mêle à la façon d’un reportage télévisuel où archives, fiction et réalité se télescopent.

L’action de “New Thing” se situe au milieu des années soixante - en 67, pour être précis - en pleine explosion du free jazz et au plus fort de la contestation noire. Ce sont les derniers mois de Coltrane, aussi. Son ombre plane.

New Thing mélange la réalité politique, historique et musicale. On y invente des groupes, des lieux, des rencontres. On garde l’esprit free jazz. L’esprit de son combat, de son discours, de ses revendications.

Il y est donc question de musique, mais aussi de politique et d’enquête policière.

On y croise Ornette Coleman, Bill Dixon, l’Art Ensemble Of Chicago, Archie Shepp, Pharoah Sanders, Sun Ra… On évoque Malcolm X, Bobby Seale, Martin Luther King… Il y a le FBI, le Black Panther, le ghetto. Il y est question des droits (et des non droits, surtout) des noirs. De lutte. D’assassinats mystérieux. Toujours des noirs. Toujours de jeunes joueurs de jazz. De free Jazz.

“New Thing” est bourré de références, d’inventions, d’analyses et de points de vues.

C’est un portrait sans complaisance des différentes organisations, des hommes et du climat incertain de l’époque (de l’époque??).

C’est une enquête, quarante ans après les faits - mi-réels, mi-inventés - pour dénouer le nœud du mystère… et les langues.

C’est pas tout rose et c’est palpitant.

 

A+

12:40 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, livres, wu ming, new thing, metailie, roberto bui |  Facebook |

10/08/2009

Autour de Bud.

Je viens de terminer un formidable livre d’amour.
Entre deux hommes.
L’un est pianiste, l’autre graphiste et amateur de jazz.

Oui, il s’agit bien de «La Danse des Infidèles», le livre dans lequel Francis Paudras raconte comment il a aidé Bud Powell à sortir de l’indescriptible déchéance dans laquelle il s’était enfoncé peu à peu.


bud

C’est aussi le livre qui inspira, en partie, «Autour De Minuit» de Bertrand Tavernier (ce dernier ayant mélangé la vie de Bud et celle du Prez).
Hé oui, je ne l’avais jamais lu et je l’ai trouvé récemment en occasion.
Et quelle occasion !

C’est formidablement écrit. C’est d’une sincérité rare. C’est bourré d’anecdotes dans lesquelles on croise pratiquement tous les acteurs du jazz du début des années soixante, aussi bien à Paris qu’à New York.
C’est bourré d’anecdotes qui sont racontées avec une fluidité étonnante.

Dans la chronologie des évènements s’insèrent régulièrement des flash-back qui aident à comprendre comment Bub en est arrivé là.
Comprendre. Voilà la clé de l’amitié.
Et c’est très intéressant de lire dans cette 'presque biographie', les raisons de la descente aux enfers de l’un des fondateurs du bebop.

C’est trop facile de juger !
De juger sans comprendre, juger sans voir, juger sans entendre.

Les déboires, le harcèlement continu, les absences, les galères et les problèmes d’alcool sont racontés avec sensibilité et pudeur… et pourtant sans complaisance.
Il y a tellement d’amour dans ce livre.

Au-delà de cette relation forte, terriblement humaine et intime, Paudras décrit aussi avec talent, mais parfois aussi, il faut le dire, avec une pointe de d’aveuglement, la musique de Bud Powell.
La plus belle d’entre toutes, selon lui.
On ne peut pas lui donner tort.
Alors, on réécoute Tatum, Monk, Parker et Bud… que l’on croit connaître.
Et on les redécouvre, encore et toujours.


A+


21:27 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : livres, bud powell, francis paudras |  Facebook |

28/06/2009

Sensation Moonwalk

Oui, je sais, au lieu d’évoquer Michael, je ferais mieux d’alimenter mon blog avec mes comptes-rendus de concerts, disques, rencontres etc…

Mais pour ça, il faut du temps.
Et pour l’instant, c’est ce qui me manque.
J’ai l’impression d’avancer à reculons. Comme le moonwalk.

Le jazz Marathon
, par exemple, il faudra que j’y revienne.
Je l’ai fait « light » car j’étais un peu crevé et je devais me concentrer un minimum pour le concours des jeunes talents (qui l’étaient vraiment, jeunes et talentueux). J’y reviendrai, promis.

Je reviendrai aussi sur le concert de Pascal Mohy qui a eu lieu à l’F, juste après la conférence de presse du prochain Dinant Jazz Nights (une sacrée affiche !).

Depuis, je n’ai plus eu l’occasion d’aller écouter un seul concert.
C’est grave, non ?

En plus, j’ai pris un peu de retard avec mes chroniques de disques pour Citizen Jazz. Ainsi qu’avec mes interviews.

Et puis avec mes amis bloggers (le Z band, voir les liens en bas à droite) on avait convenu d’un sujet commun, comme nous le faisons régulièrement, pour le 21 juin.
Les voix.
Vous lirez mon article bientôt. Je n’ai pas pu respecter les délais… Oui, je sais, c’est pas bien…
livres

Et puis, avant cette période assez chargée, j’avais lu quelques excellents bouquins dont il faudrait que je vous parle un peu.

Il y a eu «Bill Evans» par Enrico Pieranunzi, «Frères de son» de Gilles Mouëllec et Koffi Kwahulé, «Eric Dolphy» par Guillaume Belhomme, un roman noir de Marc Villard «Bird», une excellente BD de Gani Jakupi «Le Roi Invisible».
Oui, tout ça parle de jazz.

Et puis je n’ai pas eu le temps de terminer, ou alors j’ai survolé, «La longue nuit de Chet Baker» de James Gavin, «San Quentin Jazz Band» de Pierre Briançon, «Le roman du jazz» de Philippe Gumplowicz

J’ai lu quelques-uns des 80 témoignages du très beau livre sur John Coltrane sorti chez Actes Sud, ainsi que certains textes sur le jazz, recueillis dans «Le goût du jazz»…

Quand je pense que «Strange Fruit» de David Margolick et «Miles Davis» de Quincy Troupe m’attendent alors que je viens de trouver en occasion (merci Disc-O-Sold) «La danse des infidèles» de Francis Paudras, il faudra vraiment que je m’aménage du temps.

Ho bien sûr j’ai écouté d’excellents disques… et pas que de jazz.
On y reviendra.

En attendant, et à la mémoire de Michael, je vous invite à regarder cette excellente version de Billie Jean par les Swing Dealers.

 

Billie Jean

 

 

A+

17:01 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : livres, lectures, michael jackson, swing dealers |  Facebook |

20/08/2008

Back Home (2)

Toujours sous le soleil du Sud-Ouest (j’ai gardé le ciel couvert et un bel orage pour la deuxième semaine), entre farniente, piscine et pastis, j’ai partagé le tabouret de Martial Solal.

soltab

«Ma vie sur un tabouret» est un court livre autobiographique d’un fabuleux pianiste.

C’est écrit avec simplicité et beaucoup d’humour.
Avec ironie et amertume aussi, parfois.

On se rend compte ainsi, et l’on s’étonne par la même occasion pour un jazzman de cette trempe, de la difficulté d’arriver à la consécration.
On dirait que la «carrière» du pianiste s’est toujours faite un peu en marge de «ce qui marche».

Solal raconte, dans ce livre édité par Acte Sud, son parcours au départ d’Alger, ses rencontres, ses coups de chance, ses coups dans l’eau, ses galères et ses satisfactions.

Il parle aussi de sa façon de réfléchir, de travailler, d’aborder, de comprendre, d’écouter, d’improviser et d’apprivoiser cette musique. De créer son jazz.

Il parle de ses trios, de ses «big bands», de ses musiques de films (Haaa… «À bout de souffle» !), de ses accointances avec la musique contemporaine.
Tout cela avec clairvoyance et honnêteté.
C’est que l’homme est précis et intransigeant.
Il l’est avec lui et avec les autres.
Et il n’hésite pas à égratigner, avec raison, certains critiques de jazz avec un sens aiguisé de la formule: «Il ne suffit pas d’avoir une petite cousine qui habite à côté d’un restaurant vietnamien pour comprendre la poésie chinoise.» ou un certain public: «L’engouement du public correspond trop souvent à une sensibilité d’époque, à une mode, à un comportement physique ou vestimentaire… Le temps permettra de mieux juger? Alors, patience, un jour vous saurez tout.».
Ou encore «Je trouve cela assez banal aujourd’hui en constatant avec quelle facilité certains «artistes» font vibrer les foules. Nous créons nos propres émotions à partir de notre culture (ou inculture).»





Je me souviens qu’au début où je m’intéressais au jazz, Solal me «faisait peur».
Je trouvais sa musique complexe (ce qui reste assez vrai tant elle est singulière) et froide (c’est ce qu’on en disait et que moi, pauvre pomme, je croyais…).

Mais avec le temps et après l’avoir pas mal écouté, j’ai ravisé mon opinion et j’en suis bien heureux.
Comme quoi, et comme il le dit lui-même, je devais être sourd…


A+

22:28 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livres, martial solal |  Facebook |

17/08/2008

Back Home (1)

C’est comme un rituel.
Chaque année, je descends dans le sud de la France. Souvent en Dordogne, dans le Lot, l’Aveyron ou le Tarn.
J’adore ces régions pour le calme, les vielles pierres, le soleil, la gastronomie, le vin, les paysages et les habitants accueillants et sympathiques.
Loin des vacanciers hystériques.

Comme un rituel, il y a le petit morceau de musique qu’on écoute chaque matin, comme un indicatif, en allant chercher du pain: il y a eu «So What» de Miles, «Sweet Mercy» de Truffaz, «Doctor K» de Boltro (mais c’est écrit par Eric Legnini. Je le signale, sinon mon ami Jean-Paul Estiévenart va me faire la remarque :-)  ) ou encore « L’Ombre et la Lumière » de Coralie Clément.
Cette année, c’était «Strasbourg/St.Denis» de Roy Hargrove. Petit bijou qui figure sur son dernier disque en demi-teinte: «Earfood».

 

 

 

Comme un rituel, donc, il y a le bon et le vrai pain (vous savez comme j’y suis attaché! Cette fois-ci, je vous recommande, si vous êtes dans la région, «Le Pétrin Quercynois» chez Roger Rames à Fontanes.) et il y a les quotidiens.

Haaa, prendre le temps de savoir ce qui se passe dans «Le Monde» ou dans «Libé».
Des choses pas toujours très amusantes malheureusement
Alors je guette les articles (rares) de Marmande et j’attends les commentaires sur Jazz A Marciac.

monde


Cette année, dans Libé, c’est Dominique Queillé qui prend la plume.
On s’éloigne des potins et des règlements de comptes de Loupien, c’est pas plus mal.
Malheureusement, des articles, il y en aura peu.
J’apprends quand même que le concert de Zorn fut détonnant et que celui de Belmondo et Nascimento fut annulé (décidemment !).
Plus tard, je lirai, dans le Monde cette fois et sous la plume de Sylvain Siclier, un touchant compte-rendu du concert de Mc Coy Tyner.

Finalement, peu de choses à se mettre sous la dent.

Heureusement, j’avais pris de la lecture.

«Jazzs».
«Jazzs» est écrit par deux philosophes amateurs de jazz.
N’ayez pas peu.
Moi aussi, au départ, j’y allais avec méfiance. Souvent, ce genre de livres où l’on s’emberlificote les méninges dans des digressions intellectuelles me tombent des mains.
Ça me rappelle un soir au Music Village, alors que je lisais Jazz Magazine (qui n’a rien d’intellectuel ou philosophique) en attendant le deuxième set, Stéphane Belmondo et Franck Amsalem me disaient : «Lis pas trop tout ça… C’est bien, mais ce qui est important c’est écouter, écouter, écouter….»
C’est vrai.
Mais là, ça va, j’écoute, j’écoute et j’écoute pas mal. J’ai donc droit à mon bouquin !

jazzs_que

« Jazzs », donc, est un excellent livre où les deux auteurs, Pierre Sauvanet et Colas Duflo, jouent une partie de ping-pong. Ou plutôt une sorte de «chase» pour rester dans le langage jazz.
Chacun à son tour philosophe à propos du jazz, de son histoire, de son langage, de son style, de son avenir ou encore du plaisir que chacun en retire, avant de passer la parole à l’autre en lui posant une question.
Une sorte de «cadavre exquis» en quelques sortes.
C’est une intelligente et très agréable évocation (une défense ??) du jazz.
C’est écrit avec beaucoup d’enthousiasme, c’est ludique et profond à la fois.
Et le plaisir y transpire toujours.

 « Écouter du jazz ce serait (c’est peut-être ça le plus grand plaisir, celui de la complexité inconsciente) :  être tendu / détendu entre plusieurs niveaux d’écoute, […] entre le thème et la grille, entre la grille et le chorus, entre le chorus et le thème ; entre ce qui est écrit et ce qui ne l’est pas ; entre ce qui est voulu dans ce qui n’est pas écrit et qui le l’est pas […] »

Dans «Jazzs» on y rencontre autant Coltrane que Miles, Coleman (Ornette et Steve), Charlie Parker, Louis Sclavis (avec un beau chapitre qui donne très envie de se replonger dans «Chine»), Dizzy ou Braxton (un peu bousculé: « […] quand j’étais jeune et beaucoup plus incompétent, j’admirais Braxton […] Aujourd’hui, je ne l’écoute plus vraiment, mas quand c’est le cas, je suis frappé par le fait que c’est un médiocre saxophoniste […] ») soutenus par la rythmique particulière de Kant, Deleuze, Hegel ou Platon.

Dans «Jazzs», on relève un tas de réflexions et de pensées qui conviennent autant à l’écriture sur le jazz qu’au jazz lui-même.
« Mais le fait de partir sans savoir où l’on va ne veut pas dire qu’on ne sait pas ce que l’on fait, du moins dans une certaine mesure. »

Bref, un livre qui vous donne envie d’écouter le jazz actuel comme celui des débuts ou celui qui est à venir…
« […] en écoutant une telle musique, on s dit qu’il est impossible de prédire l’avenir du jazz, puisque ce qui la caractérise dans ses meilleurs moments, c’est sa liberté (ce qui ne veut pas dire que les meilleurs moments du jazz sont du free jazz: Armstrong est tout aussi libre que Ornette Coleman dans leurs meilleurs moments, et ils ne le sont ni l’un ni l’autre dans leurs plus mauvais). »

Pour en savoir plus, allez lire les chroniques de mes amis Bob Hatteau et Sophie Chambon sur Citizen Jazz.

A+



17/02/2008

L'âme de Billie Holiday - Marc-Edouard Nabe

« J’ai été conçu à New York ! Mon père éjacula dans les buildings. C’est à New York qu’il me gicla un beau soir de printemps avant d’aller souffler comme un bœuf des mélodies à s’ouvrir le ventre au Metropole, ou s’aventurer à Harlem voir Monk. »

Page 183.

nab

Ce sont les premières lignes que j’ai lues, chez Filigranes, lorsque je suis allé acheter «L’âme de Billie Holiday».

Celui qui « gicle », c’est Marcel Zanini.
Vous souvenez-vous de ce clarinettiste qui fut plus connu pour ses chapeaux excentriques, sa moustache, ses lunettes rondes et son «Tu veux ou tu veux pas?», que pour ses interventions dans différents combos de jazz ?
(Et pourtant, en cherchant un peu, on peut retrouver des choses plus qu’intéressantes à son égard: ici, par exemple.)

Et le fruit de cette explosion tellurique nocturne c’est Marc-Edouard Nabe.
Le très controversé Marc-Edouard Nabe.
Philosophe, écrivain, musicien, artiste, fouteur de merde… et amoureux de Billie Holiday.

Son livre n’est pas une biographie classique (on ne pouvait pas s’attendre à moins de la part de l’auteur).
Mais c’est un livre résolument jazz.
Il est surprenant. Parfois tendre, souvent cru.
Il mélange les styles et les genres.
Il joue l’improvisation.
L’auteur use, et abuse parfois, de formules chocs. Mais il défend tellement bien la détresse, les douleurs et le chant de Billie Holiday!
Il fait revivre par chapitres courts et incisifs la vie et l’œuvre de cette diva du jazz.

« Si Satchmo chante de faux mots que je comprends, pourquoi ne prononcerais-je pas des notes que l’on prendrait pour des mots? »

L’a-t-elle dit ainsi? Oui? Non? Peut-être?

En tout cas, c’est une phrase merveilleuse qui résume tellement bien l’esprit et l'ambiguité du personnage.

« Trop noire chez Artie Shaw, trop blanche chez Count Basie. Noire-Neige et les 16 blancs ! Blanche-Ebène et les 16 nains noirs. »

Ou plus loin :

« Les couacs de Miles Davis, les anches qui sifflent de Charlie Parker, les rots d’Eric Dolphy, les notes à côtés de Monk : elle les reprend à son compte par sortes de hoquets. »

Avouez que Nabe a le sens de la formule et du verbe.
D’une ligne à l’autre, il est capable d’irriter, de déranger ou d’attendrir.

Personnellement, j’adore ce genre d’écriture: celle qui vous bouscule, qui vous gratte, qui vous met mal à l’aise, qui vous fait réfléchir et… qui vous marque longtemps.

C'est cette même écriture que j’aime retrouver dans le jazz.

Ce livre ressemble tellement aux chansons et à la vie de Billie Holiday, que l’ignorer serait sans doute, à mon avis, une petite erreur d’appréciation.

Allez-y, faites-vous mal, ça fait du bien.

A+

00:59 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : livres, marc-edouard nabe, billie holiday |  Facebook |

23/01/2008

La preuve par neuf d'Alain Pailler

Voilà quelques semaines déjà que j’ai terminé la lecture de « La preuve par neuf » d’Alain Pailler.

Il s’agit plus d’un point de vue sur trois trios « incontournables » du jazz, qu’une étude approfondie et rigoureuse DU trio en général. Et c’est ce qui fait le charme et l’intérêt du livre.
preu9

L’auteur raconte avec verve sa passion pour trois de ses trios préférés. Ce qui ne l’empêche pas, cependant, d’avoir un avis très pertinent.


Il commence avec celui de Teddy Wilson.
Et encore, ici, il focalise son analyse sur la complicité entre Wilson et son batteur fétiche : Jo Jones.

« Bien qu’usant de formes éprouvées et d’un langage dira-t-on plutôt sage, Teddy et Jo n conversent pas moins l’un avec l’autre que Herbie Nichols et Art Blakey (ou Max Roach). Il existe une telle compréhension entre les deux musiciens que leur façon d’avancer main dans la main pourrait passer presque inaperçue. »

Plus loin, il met en valeur les qualités indéniables des rares trios de Duke Ellington.
Il est vrai que l’on pense plus en termes de big bands, lorsqu’on évoque ce pianiste, que de trio. (En tout cas moi).
Pourtant, c’est vrai,  il y a le célèbre  «Money Jungle» (avec Mingus et Roach), sur lequel s’étend aussi Pailler, mais il y a aussi « Piano In The Foreground » (avec Sam Woodyard aux drums et Aaron Bell à la contrebasse).
Pour être franc, je ne l’avais jamais entendu. J'ai donc découvert cet album grâce au bouquin.
Et je dois dire que je partage totalement l’enthousiasme de l’auteur.

Duke y est d’une modernité bluffante.
Tant dans les arrangements que dans le jeu. (Il faut entendre «Summertime», «Springtime in Africa» ou le jubilatoire «It’s Hard To Be Forgotten»).
Et «Cong-Go» est un véritable diamant brut! Il préfigure déjà ce que sera «Fleurette Africaine» en ’64 sur «Money Jungle».
Pourtant, nous ne sommes qu’en ’57 !
Duke joue les silences et les tensions. Le son est presque métallique. Ses attaques sont franches, parfois puissantes, mais parfois aussi d’une légèreté incroyable.
Et comme si cela ne suffisait pas, dans les bonus tracks, on a droit à quelques «Piano Improvisations». La 1 et la 2 sont  à tomber par terre.

Mais revenons au livre, car Pailler s’attaque à Ahmad Jamal.
Il analyse et raconte fort justement le trio «fondateur» de l’esprit jamalien  (avec Ray Crawford à la guitare et Israel Crosby à la contrebasse) qui donna naissance à l’historique trio Ahmad Jamal, Israel Crosby et Vernell Fournier
Il en parle avec sincérité, poésie et amour.
Du coup, j’ai réécouté ces disques avec une oreille neuve.

Et je ne vous dirais pas, une fois de plus, tout le bien que je pense d’Ahmad.

Et pour finir, même si le compte est bon (3 fois trois trios égalent neuf), Pailler réussit à faire une pirouette pour parler de l’inévitable Bill Evans Trio.

Son alibi est une phrase tirée du roman « Un soir au club » de Christian Gailly (bouquin que je vous recommande chaudement aussi), et dont le personnage principal (Simon Nardis… vous voyez la référence?) affirme :
« Dans le jazz il n’y a pas de beauté. Du swing, certes, de l’émotion, de la joie et de la danse du corps, voire la rage, tristesse ou gaîté mais pas de beauté, je regrette. »

Il faut dire que notre héros est quelque peu déprimé.

Pailler tente alors de contrer cette sentence en appelant ce bon vieux Bill à la rescousse.

Bon, je vous laisse méditer sur cette phrase, et si vous voulez savoir comment l’auteur s’en sort, lisez le livre.

Moi, je vais rassembler mes disques de Bill Evans avant de plonger dans le bouquin qu’ Enrico Pieranunzi lui a consacré: « Portrait de l’artiste au piano ».

A+

31/07/2007

Jazzques is back in town

Je ne me souvenais plus avoir laissé autant de bordel chez moi avant de partir en vacances…

Ce fut un plus grand choc que la pluie qui m’accueillit ou les factures qui m’attendaient dans la boîte aux lettres.

L’autre désenchantement fut aussi de devoir me rabattre sur une boulangerie qui fait un pain exécrable (je ne comprends pas comment cela est permis à la vente libre, ni pourquoi il y a autant de monde chez eux), car «La Normande», qui fait les meilleures baguettes, ficelles, croissants et autres petits pains au chocolat de Bruxelles, était encore… en «congés annuels»…

Ça, plus la reprise du boulot… c’est presque aussi fort qu’un lavage de cerveau.

Les vacances?
Ha oui…
Dans le Sud.

Je ne savais pas que j’allais atterrir à quelques kilomètres de Marciac.
J’y suis allé, bien sûr.
Bon, le festival commençait le jour où je quittais la région… Mauvais timing.
C’est con.
Je serais bien allé souffler les bougies de leur trentième anniversaire.

01

A la place, après avoir mangé une excellente tartine de rillettes et de boudin noir «maison» à la charcuterie Castay (je vous la recommande, c’est divin) accompagné d’un verre de Côte de Duras, j’ai emmené mes filles faire la visite du «Territoires du Jazz».
Sympathique exposition qui retrace (sans trop entrer dans les détails) l’histoire du jazz.
Musique, documents filmés, photos, affiches… le tout dans une décoration en phase avec l’époque racontée… C’est pas mal du tout.
Ça permet de se rafraîchir la mémoire.

C’est comme le petit bouquin de Philippe Hucher paru chez Librio: « Le Jazz».
On survole le jazz, ça se lit vite, c’est pas cher, on n’apprend rien de neuf (une bonne partie est reprise d’un précédent livre paru chez Flammarion en ’96,… alors, la mention «inédit» en couverture, ça fait sourire !)…
Bref, avec un pastis c’est sympa.

01

Par contre, un bouquin que je vous recommande, c’est « L’odyssée du Jazz» de Noël Balen.
Là, c’est du costaud.
C’est 700 pages de références, d’avis, de commentaires, d’histoire et d’histoires …
Ça se lit par morceaux.
On passe d’un chapitre à l’autre, on revient en arrière, on lit quelques lignes sur tel musicien, on replonge dans une autre époque… Une odyssée, en effet.
Avec ça et le «Dictionnaire du Jazz» (dans la collection Bouquins) vous voilà incollable!!! (Bon heuu… Pour ma part, laissez-moi encore un peu de temps quand même, car je suis loin d’avoir tout assimilé.)

Et puis, au petit-déjeuner, je lisais avec délectation quelques pages d’ « Ecrits sur le jazz» de Boris Vian.
Quelle plume! Quelle verve! Quelle insolence!
C’est jubilatoire.

La prochaine fois je vous parlerai de ce que j’ai écouté… et puis, on reviendra aux bouquins, car j’en ai encore quelques-uns en réserve, hé hé hé…

A+

21:33 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : livres |  Facebook |

09/06/2007

Balades en Jazz

Un jour j’écrirai comme Alain Gerber.

…oui, enfin bon... on peut rêver.

PICT0005

En attendant que j’y arrive, je vous conseille vivement ce petit livre paru récemment chez Folio.
Il s’agit de «nouvelles», ou plutôt d’un recueil d’histoires, vraies ou rêvées, parues (ou non?) dans le magazine Senso.

Avec une plume inimitable, Gerber raconte passionnément le jazz.
Sa passion pour le jazz.
Sa passion pour les jazzmen.

Sa passion tout court.

Il raconte comment il a succombé au jazz, comment celui-ci est entré en lui, comment il a découvert de «The Man I Love» de Miles et Monk, comment le jazz est devenu son oxygène.
Il évoque Stan Getz, Jack Teagarden, Charlie Parker, Chet Baker
Il raconte le jazz au cinéma, le jazz dans les clubs, le jazz dans la rue, le jazz dans la vie…

Il parle des nuits et des odeurs.
Des jours et des aigreurs.

PICT0003

On déguste les mots si bien harmonisés, si bien choisis.
On relit les phrases pour le plaisir et leur musicalité…

Ce court livre s’écoute avec les yeux.

A+

02:07 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : alain gerber, livre, livres |  Facebook |

10/03/2007

Pages de jazz

foire01

Finalement, elle n’était pas si mal cette affiche pour La Foire Du Livre
3% de fréquentation de plus que les années précédentes.
Bon, ok, le mérite ne me revient pas totalement.
Gardons la tête froide. :-)
J’aurais quand même dû insister encore un peu plus auprès de mes amis de la Foire pour qu’ils gardent ma première proposition où le «logo» était beaucoup plus lisible.
On aurait atteint le 6%.
Si, si, Anna, crois-moi…

Bon, samedi, je suis allé me rendre compte sur place de la tournure que prenait cet événement.
C’était amusant de voir sa «créa» déclinée un peu partout sur le site de Tour et Taxi…

foire02

Je suis donc allé rendre visite à mon ami Yves Budin qui présentait son premier livre: «Visions Of Miles».
Voilà une bien belle œuvre pour qui aime Miles, le jazz et le dessin à l’encre de Chine.
La reproduction des œuvres d’Yves est particulièrement bien réussie. On y voit la profondeur et les différentes intensités de noirs. On y perçoit même parfois une certaine patine, un certain «lustre» qui fait la caractéristique de l’encre de Chine.
Il faut féliciter cet éditeur indépendant qui prend chaque projet comme une entité à part entière. Pas de standardisation ici: le papier, le format et l’impression sont chaque fois étudiés en fonction du sujet.
Du coup, les dessins sont mis en valeur, gagnent en profondeur et en puissance.
Yves Budin a aussi écrit les textes. Il raconte, comme autant d’anecdotes, certains passages de la vie de Miles.
Il adopte la façon de parler du trompettiste. Il utilise des phrases courtes, elliptiques. Tantôt poétiques, tantôt vulgaires et crues.
Peu de mots, mais des mots justes, comme pour paraphraser Miles : « Pourquoi jouer tant de notes alors qu'il suffit de jouer les meilleures ? »


Je mes suis ensuite rendu au stand Luc Pire pour faire signer mon exemplaire des «9 vies de Marc Moulin» par Thierry Coljon (Marc étant souffrant, il ne pu venir ce week-end, mais sera sans doute en forme pour son double concert à Flagey en fin de mois).
Je vais lire cela attentivement – 9 vies, c’est pas rien - et on en reparlera sans doute.
En attendant, je me suis réécouté quelques plages de l’époque Placebo et Sam Suffy
Ça sonnait!
Puis un peu de Telex ainsi que son dernier album «I Am You».
Un véritable caméléon, ce Marc.
Tiens… ça a 9 vies un caméléon ?


Tant qu’à me balader dans les livres, je me suis offert le recueil de Pannonica De Koeningswarter.
Nica a demandé à chaque musicien qu’elle a hébergé, rencontré ou aidé, de formuler trois vœux et en a collectionné les réponses.
Le résultat est aujourd’hui édité chez Buchet Chastel.
La plupart des vœux sont accompagnés d’une photo prise par la Baronne elle-même. Un Pola, un tirage noir et blanc ou couleur (ce beau rendu kodachrome un peu verdache qui ajoute à la nostalgie).
Les vœux sont parfois touchants, parfois banals, parfois étonnants. C’est en tous cas un beau témoignage.

foire 03

Après cette visite, je suis allé retrouver mon amie Natacha (vous savez: Le Piano) pour aller manger un bout au Comptoir des Etoiles et puis écouter Le petit Cirque d’Yves Peeters,Joachim Badenhorst, Juhani Silvola et Théo Girard.
Une formation intéressante qui développe un jazz actuel, parfois introverti, voire introspectif. Ils jouent les silences et les temps étirés, déchirés par quelques cris plaintifs ou brumeux de la clarinette basse de Joachim ou d’une guitare rappelant parfois Sigur Ros.
Mais le groupe peut être beaucoup plus énergique et puissant aussi, à la façon d’un Alas No Axis, par exemple.

J’aimerais bien les revoir et les écouter plus attentivement afin d’apprécier vraiment leur musique.
«A suivre» donc, comme on dit dans les livres.

A+

30/01/2007

Muñoz. Encre de jazz.

J’ai toujours été attiré par le dessin de bd en noir et blanc.
Le dessin très contrasté.
Des noirs vraiment noirs et des blancs lumineux.
Tardi, Auclair, Milton Caniff, Rosinski, Kresse, Alex Raymond ou Micheluzzi

Mais en plus, j’aime les dessins anguleux.
Ceux de Comes, Pratt, Lax

Et bien sûr… les dessins de José Muñoz.
Haaa…, les enquêtes glauques d’Alack Sinner! Quel régal.

Alors, imaginez mon émoi, quand en ’91, Muñoz et Sampayo (son scénariste) ont sorti un album sur Billie Holiday

billie_plate01

Ce week-end, Muñoz a reçu le grand prix de la ville d’Angoulême.
Quoi de plus normal, finalement?

C’est donc l’occasion de se replonger dans ses albums, que je vous recommande chaudement.
Et comme une bonne nouvelle vient rarement seule: Muñoz est l’invité de Beeld & Beeld à Louvain du 10 février au 15 avril.
Une exposition à visiter en écoutant Monk, Mingus, Archie Shepp ou ... Billie.

Puis, je vous rappelle qu’en Belgique, nous avons aussi nos maîtres du Noir& Blanc& Jazz : Louis Joos et Yves Budin (dont j’avais déjà parlé ici et qui sortira officiellement son album consacré à Miles Davis lors de la Foire du Livre de Bruxelles).

Bonnes bulles…

A+

00:00 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : budin, joos, billie holiday, munoz, livres |  Facebook |

26/12/2006

Lecture sous le sapin

presseNOEL
En attendant la dinde (ok, c’est une image, il n’y avait pas de dinde pour le réveillon de Noël), j’ai terminé la bio de Toots Thielemans écrite par Marc Danval et parue chez Racine.
C’était plutôt plaisant.
150 pages (si on enlève les pages de garde et les photos), c’est pas bien lourd pour un type comme Toots.
En plus, Marc Danval aime bien raconter les «à côtés», les ambiances ou les anecdotes à propos des musiciens qui entourèrent notre harmoniciste national (et international).
Bref, on n’entre pas trop dans le détail.
On survole.
Mais c’est raconté avec une certaine jovialité, un côté «bon enfant»… un peu «zinneke» qui atténue un peu la «déception» d’en savoir un plus.
En savoir un peu plus sur sa rencontre avec Bill Evans ou Charlie Parker (plutôt que de «retranscrire» une lettre de Toots à Parker – même si elle est touchante - en y reproduisant les fautes d’orthographe…).
Entendre un peu plus Toots raconter lui-même son travail avec Quincy Jones, Gilberto Gil, Pastorius ou Hancock…, savoir comment ça se passait, comment ils s’entendaient, comment ils jouaient…
Ceci dit, c’est agréable et on découvre (ou on se remémore) un paquet de musiciens oubliés.
Et là, il faut reconnaître ce savoir-faire à Marc Danval: il suffit d’écouter son émission hebdomadaire: La Troisième Oreille (audible en podcast aussi), le samedi entre 13h30 et 15h.




Puis, le lendemain, en digérant la bûche (oui, oui, il y avait de la bûche), j’ai lu dans le supplément week-end du journal Le Monde une interview que Miles Davis avait accordée en ’91 à Francis Marmande.
Sacré Miles.
Il faut le suivre, le gaillard !
Ses réponses sont autant d’interrogations, d’improvisations, de digressions.
Il reste énigmatique, esquisse quelques phrases, lance quelques mots comme il lançait ses notes… et… et on comprend ce qu’il veut dire.
Il égratigne au passage Wynton Marsalis, les Blancs et quelques fainéants de son dernier «orchestre» (celui de Gil Evans)…
Du Miles, quoi.
En plus de cette interview, on a droit à quelques courts articles sur Miles et Coltrane, Miles et la naissance du «Cool», le Miles «Electrique» etc…
8 pages bien remplies.


Bon, avant le nouvel an, j’attaque Kerouac (bio parue récemment chez Folio) ou j’attends que les bulles de Champagne se dissipent ?

... à suivre.


A+

21/11/2005

Relaxin' at Anderlecht... :-)

Ce week-end j'ai soufflé un peu.
Pas dans une trompette ni un sax.
Juste soufflé un peu.

Pas de concert pour moi.
Pas facile, mais j'ai résisté.
Je me suis donc installé confortablement. Ouvert une bouteille de cet excellentissime Bergerac qu'est le "Château Tour des Gendres - La Gloire de Mon Père 2000" - je vous le conseille fortement.
Puis, j'ai placé dans le lecteur CD la Retrospective '40-'53 de Charlie Parker. Et j'ai continué la lecture de Charlie Parker de Jean-Pierre Jackson paru chez "Actes Sud".

Bien sûr, dans ce livre on n'apprend pas vraiment grand chose de neuf sur Bird. Mais ici, on évite de rentrer dans trop de détails afin de garder une trame narrative agréable à lire.
On évite aussi de juger l'homme. De juger ses excès.
Par contre, il est fait appel à pas mal de témoignages ( de musiciens ou de producteurs qui l'ont côtoyé ) distillés au cours du récit de manière subtile et fort à propos.

Puis, un petit nettoyage des oreilles et de la mémoire, ça ne fait jamais de tort...

Alors, on se remet dans l'oreille "Koko", "Salt Peanuts", "Parker's mood"... et tout en lisant le bouquin on comprend ce que l'on appelle souvent à tort et travers: "l'urgence".
Ici, cela prend tout son sens...
Faut dire qu'avec la vie que menait Bird, l'urgence, c'était tout le temps.

Et puis, il emmenait ses compagnons dans des "chases" improbables. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter "Leap Frog" - entre autres - où Dizzy et Parker mettent chaque fois la barre un peu plus haut. Et dans ce "concours", Buddy Rich à la batterie n'hésite pas à en remettre une couche... Haaaa, les sales gamins!...
Quelle leçon de jazz...

Allez, on se remet un "Bloomdido", un "Ah-Leu-Cha", une "Donna Lee"...???
Que du bonheur.

Bird est mort il y a 50 ans, d'où la publication dans la série "Classica" de Actes Sud - juqu'à présent dédiée aux musiciens classiques comme Chopin, Monteverdi, Mozart, Mahler etc...
... et Parker y trouve sa place sans problème.

Si je vous dis en plus que "Bird" de Eastwood est re-réédité en DVD... on peut imaginer que ça va "bopper" ferme à Noël...

A+