20/02/2017

Tournai Jazz Festival 2017

Privé des habituelles salles de la Maison de la Culture, à cause de travaux, le Tournai Jazz Festival se devait de trouver un nouvel endroit pour sa 6ème édition. Quand on sait que les salles de spectacles ne sont pas légion dans cette ville, ce n’était pas gagné.

Face à l’adversité, certains auraient jeté l’éponge, mais c’était sans compter sur l’énergie et l’enthousiasme débordant d’une équipe de bénévoles dévouée au jazz et à la bonne cause (rappelons que la plupart des bénéfices sont reversés, via le Fifty One Club, aux plus démunis).

C’est donc en plein centre de la ville, sur la Grand Place, que le festival s’est installé. Et pour cinq jours ! D’une part sous le beau chapiteau du Magic Mirrors et d’autre part à la Halle aux Draps. Le résultat : carton plein ! Le public tournaisien – et même celui venu de bien plus loin - a répondu présent, et le festival a affiché complet du mercredi au dimanche.

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Comme chaque année, les organisateurs avaient alternés concerts de groupes locaux, belges et internationaux. Ce sont les français de Polvèche Quintet qui ont d’abord partagé la scène avec les tournaisiens d’Uncle Waldo et de Glass Museum.

Le lendemain, c’est l’Âme des Poètes qui a émerveillé le Magic Mirrors avant de laisser la place, à la Halle aux Draps, à CharlElie Couture. C’était, pour ce dernier, le seul et unique concert en Europe. Concert bien légitime dans le cadre de ce festival , quand on connaît l’excellent album blues « Lafayette » que le célèbre chanteur français, expatrié à New York, vient de sortir. Et, en trio, ce soir, on peut dire qu’il a conquis tout le monde.

En fin de soirée, Récital Boxon, emmené par la chanteuse Maïa Chauvier, bousculait un peu le public avec ses chansons engagées à la poésie incisive, dans un mélange de jazz, de folk, de rock et de spoken words. Un groupe à suivre.

Vendredi, déjà le troisième jour !

Le Magic Mirrors est l'écrin idéal pour la musique scintillante, groovy et poétique de Lorenzo Di Maio. Le quintette du guitariste a sorti un premier album (Black Rainbow) très réussi qui a été salué par une presse belge et internationale unanimes. Ce soir encore, le groupe démontre tout son potentiel et ses qualités. Du groove d'abord avec « Lonesome Traveller », puis le nerveux « No Other Way » dans lequel Nicola Andrioli (p) et Jean-Paul Estiévenart (tp) surenchérissent de maestria. Les doigts du pianiste s'affolent sur le clavier pour provoquer le trompettiste qui n'attend que ça. Estiévenart invente, malaxe, tord, étire et hache les notes avec un appétit féroce. « Black Rainbow » ou « Détachement », tout en douceur et en esprit americana, laissent divaguer la guitare chaude et languissante de Di Maio, soutenue par la basse sensuelle de Cédric Raymond. On ressent chez ce denier le côté multi instrumentiste qui lui permet de sortir des plans auxquels on ne s’attend pas. Il joue vraiment avec le groupe. C'est un peu pareil pour Antoine Pierre aux drums, qui découpe, précède ou construit, presque abstraitement, les thèmes en gardant une pulsation précise. Avec le très milesien « Open D », boosté par un intenable Nicola Andrioli au Fender Rhodes, suivi du jubilatoire « Santo Spirito », Lorenzo Di Maio Quintet conclu un concert de grande efficacité.

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Le temps de traverser la Grand Place et nous voilà à la Halle aux Draps. Soulignons le travail remarquable sur l’acoustique faite par toute l’équipe de techniciens de la Maison de la Culture. Pas facile, en effet, de sonoriser la cour intérieure couverte, d’un édifice tout en pierres datant de la Renaissance. Mais l’endroit est sublime et se prête, ici aussi, merveilleusement bien à la musique toute en atmosphère d'Anouar Brahem. Le oudiste, accompagné par Björn Meyer à la basse, Klaus Gering à la clarinette basse, François Couturier au piano et par l’Orchestre de Chambre de Wallonie conduit par Frank Braley, entame un long morceau contemplatif dont il a le secret. Le tunisien reprend principalement le répertoire de son album « Souvenance », sorti chez ECM en 2015. La basse électrique, au son très mat, fait écho au oud, léger comme le vent. Tandis que les cordes déroulent un tapis ondulant et mouvant, la clarinette basse sonde les mystères de la mélancolie. Le piano quant à lui, dialogue sobrement avec l’orchestre et amène une pointe de fraîcheur. Nous sommes à la croisée de la musique arabe, du jazz et du classique. Quelques rares interludes improvisés des solistes permettent les transitions bienvenues entre les morceaux qui, malgré leur éblouissante écriture, semblent parfois s’étaler juste un peu trop. On voyage dans un grand paysage harmonique, jamais grandiloquent ni étouffant, on plane et on se recueille presque. Il faut remarquer et saluer aussi la qualité d'écoute d’un public subjugué, respectueux, attentif et très enthousiaste. Ce qui est toujours agréable.

La transition est parfaite entre la musique d’Anouar Brahem et celle de Quentin Dujardin et Ivan Paduart, qui présentaient « Catharsis » en quintette, dans un Magic Mirrors noir de monde. Ici aussi, il s’agit de tirer un trait d'union entre la musique méditerranéenne, défendue par le guitariste, et le jazz plus affirmé délivré avec vigueur par le pianiste. Au duo de base, s’ajoutent le magnifique trompettiste Bert Joris – qui vient de sortir une perle avec le BJO - le bassiste électrique Théo de Jong et le batteur Manu Katché. Ici, c’est le groove et le swing moderne qui prennent rapidement le dessus. « Délivrance » puis « Far Ahead » donnent le ton. Les échanges sont vifs mais nuancés. « Retrouvailles » est plus intimiste et la guitare de Dujardin est bien mise en avant. Le jeu est fin, équilibré et brillant. Tout comme Paduart, Dujardin ne cherche pas nécessairement les accords complexes, du moins en apparence, mais essaie toujours de faire passer l'émotion au travers d’un jeu subtil et vivant. Associés au son enrobant mais toujours limpide de Bert Joris, les morceaux délivrent toutes leurs saveurs, à la fois épicées et sucrées. Entre Manu Katché, au jeu sec et tendu et Ivan Paduart, plus aérien mais aussi parfois très percussif, l’entente est parfaite. La musique bouge, se transforme, se déplace. Le jazz se mélange aux rythmes hispanisants et dansants, voire funky, comme sur un « Human Being », par exemple, dans lequel Théo de Jong fait éclater tout son talent avant que Katché ne conclue la soirée d’un solo époustouflant.

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Samedi, ça ne fait que commencer !

Le pari était plutôt osé de programmer le premier concert de samedi à 15 h30. Mais, bonne surprise : même si le Magic Mirrors n'est pas rempli au début du concert, il se comblera très vite pour accueillir le Heptatomic de Eve Beuvens ! Voilà qui confirme une réelle curiosité et un engouement certain du public tournaisien pour le jazz. Au fil du temps, le projet de la pianiste a pris du corps. A l'esprit migusien qui en avait surpris plus d'un lors de sa création au Gaume Jazz en 2013, Heptatomic semble y avoir ajouter une pointe George Russel, de Lennie Tristano ou même peut-être de Gunter Shuller. Toutes ses influences, conscientes ou pas, nourrissent un jazz moderne, acéré et franchement jubilatoire. La musique est angulaire mais ne manque certainement pas de swing. Elle rebondit, elle fonce, elle attend, elle recule pour mieux sauter. Et c'est tout bonus pour les solistes. Sam Comerford (ts), Grégoire Tirtiaux (as) et Jean-Paul Estiévenart se relaient tour à tour pour emmener la musique toujours plus loin. Benjamin Sauzereau inocule l’ensemble de riffs diaphanes dans un jeu très personnel, quant à Manolo Cabras, faisant claquer les cordes de sa basse et Lionel Beuvens à la batterie, ils assurent une rythmique des plus efficaces. Mélangeant nouveaux et anciens thèmes, Eve Beuvens et sa troupe arrivent à capter l'attention du public et à rendre toute cette émotion, énergique ou fragile, avec assurance. Bien équilibré et bien pensé, entre complexité et sensibilité, le set se prolonge par un rappel auquel Eve elle-même ne s'attendait pas, prouvant ainsi la qualité du projet et l’intérêt du public pour celui-ci.

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Vers 17h30, la Halle aux Draps a fait le plein pour accueillir le duo du pianiste Jacky Terrasson et du buggliste Stéphane Belmondo. Ceux-ci présentent le très intimiste album « Mother » sorti l'année dernière. Entre ballades originales et standards, joués sobrement et avec une pointe d'humour, la musique berce l'auditoire avec bienveillance. Il faut un petit temps pour que le concert trouve sa voie, mais quand l'inspiration vient, on sent les deux musiciens totalement complices. Ils n'hésitent pas à parsemer les thèmes de citations. Ils déconstruisent et remontent à leur façon des airs que l’on connaît presque par cœur. Le duo mixe les moments de mélancolie et les moments de totale désinvolture. Le jeu de Terrasson est à la fois romantique et rythmiquement ferme. Belmondo n'hésite jamais à désamorcer la tension qui risquerait d’envahir un peu trop la musique. Du coup, après l’émouvant « You Don’t Know What Love Is » et surtout « La chanson d’Hélène », délivrés avec une sensibilité à fleur de peau, « Les valseuses », « Fun Key » ou encore « Pompignan » se dégustent avec un plaisir non feint.

Sur les coups de 19h 30, la salle est archi comble lorsque Kyle Eastwood monte sur scène. Le démarrage est explosif et ne donne aucun doute sur l'objectif de la musique que le contrebassiste défend. « Proceco Smile » et « Bullet Train » déboulent avec furie. C’est clair, Eastwood veut, comme il le dit lui-même, payer son tribu à la musique des années ‘50, celle des Blakey, Morgan et Silver. Loin d'en faire une simple copie, Eastwood et ses compagnons insufflent un son bien actuel et décomplexé. Quentin Collins à la trompette et Brandon Allen au sax se relaient pour faire monter l’intensité. Ça y va à l'énergie. Franck Agulhon fouette et frappe dans un pulse toute maîtrisée ses fûts, tandis qu’au piano, Andrew McCormack distille des phrases bop bien senties. Le leader impressionne aussi dans son jeu à l’archet, sur « Marrakech » notamment. On le préfèrera à la basse acoustique qu’à l’électrique, qui est pourtant son instrument de prédilection. En effet, la version de « Dolphin Dance » un peu trop respectueuse et « Letter From Iwo Jima » en duo basse électrique et piano, font légèrement baisser l’enthousiasme. Après ce passage un peu plus faible et d’autres moments presque trop pop, le groupe reprend des forces avec « Caipirinha » et un « Big Noise From Winnetka » enflammé. Quant au « Boogie Stop Shuffle » en rappel et entamé en solo, il sera concis, direct et intense comme on l’aime.

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A son tour, Manu Katché a fait salle comble et a soigné la mise en scène. Arrivée de star dans la pénombre tandis que le groupe entame l’intro d’ « Unstatic », du nom du très bon album sorti récemment. Comme sur le disque, Katché suit fidèlement l’ordre des morceaux. Il laisse juste l’espace qu’il faut aux saxophonistes, Raffaele Casarano et Torre Brunborg, pour improviser. Jim Watson se partage entre le piano et le Fender, distillant des notes plus soul. Quant à Jérôme Regard, il assure avec fermeté un tempo solide. Il faut quand même laisser à Manu Katché un style et un son particuliers, reconnaissables entre cent. Sa façon de faire sonner les cymbales, de redoubler les coups sur les caisses claires et les toms, tout en gardant un gros son bien marqué, est assez unique. « City », Blossom » ou « Daze Days » défilent. Le groupe reste assez proche des mélodies, très écrites, enregistrées sur l'album. Cela en rassure certains et laisse un petit goût de trop peu à ceux qui aiment les surprises. Mais en rappel, l’éternel « Cherokee » permet à tous de vraiment se lâcher. Et c’est bon ! Trois rappels se succèdent alors pour combler un public très enthousiaste.

Et comme si cela ne suffit pas, le festival a encore prévu un concert ! Il est près de minuit quand le Nu Jazz Project du trompettiste François Legrain monte sur la scène du Magic Mirrors qui ne désemplit pas. « Do You Know Where You’re Coming From ? », « Siegfried », « Keep Me In Mind » s’enchainent. Le public est toujours là et danse sur les rythmes jazz, drum ‘n bass et hip hop du collectif. Le mélange fonctionne assurément bien. Les cuivres sonnent ( Dominique Della-Nave au trombone, Maayan Smith au sax), le drumming de Sylvio Iascio est puissant, DJ Odilon crache les scratchs, soutenu par Brieuc Angenot à la basse. Quant à Dorian Dumont au piano électrique, il s’immisce entre les voix de Soul T et Angela Ricci qui assurent un flow parfait.

 

Come Sunday.

Pour les insatiables et les lève-tôt, l’organisation avait prévu, dès 11h du matin, une série d’animations et de concerts gratuits ! A commencer d’abord par une évocation de Boris Vian, puis des concerts des élèves du conservatoire de Tournai. Vers 16h. c’est le big band JMO, sous la houlette du jeune pianiste Gilles Carlier, qui propose ses compositions originales et des standards peu joués, dans des arrangements qui ne craignent pas la sophistication. Plutôt osé pour un band d’amateurs. Mais le travail et l'audace paie. On remarquera ainsi quelques bons solistes tels que le saxophoniste Thomas Van Ingelgem sur un « Chronométrie » assez complexe, un trompettiste sur « Walkin' Tiptoe » de Bert Joris ou encore l’excellente chanteuse Sarah Butruille, sur « Avalon » de Natalie Cole, entre autres.

Et pour conclure ces cinq jours intenses, Fabrice Alleman met un point d’honneur à offrir un concert sublime et sans faille, malgré un léger problème technique et une courte panne qui prive le chapiteau de lumière, mais pas de musique, pendant quelques minutes. « Obviously » est sorti en 2013 déjà, et ne cesse de bonifier. Ce projet qui allie jazz sensuel et rythmes groovy n’oublie pas la tendresse dans les compositions magnifiées par le jeu aérien et à la fois déterminé de Nathalie Loriers. « Regard croisés » se développe tout en douceur et volupté. « Suite Of The Day » qui se décline en trois parties reste un must du répertoire d’Alleman. Le sax se déploie, crie puis s'amuse et laisse la place au Fender Rhodes, très soul et groovy, de Nathalie Loriers. Et le final, plus funk jazz et un peu canaille, embrase la salle. Lionel Beuvens et Reggie Washington assurent une rythmique parfaite. « Take It As It Is », en duo piano/soprano, et même sifflée, est une ballade sensible et romantique d’où s’échappent de belles notes bleues. Pour terminer, « Open Your Door », rageur et revendicatif, et « Crazy Races », tendu et galopant, vont titiller les limites du « out ». Ces nouveaux morceaux donnent encore plus de corps à un projet qui mêle humanisme et rage, bonheur et inquiétudes. Et qui devrait continuer à évoluer.

Une fois de plus, le Tournai Jazz festival a tenu toutes ses promesses. Il y en a eu pour tous les goûts ! C’était un cadeau pour ceux qui ne connaissaient pas le bon jazz, ou s’en faisait une fausse idée, et pour ceux qui ne jurent que par lui.

On se donne déjà rendez-vous en 2018 avec le même plaisir et la même gourmandise.

 A+

Photos : © JC Thibaut

 

21/07/2016

Laurent Doumont - Sounds

Un concert de Laurent Doumont est souvent l’assurance d’un moment plein de groove, de chaleur, de sensualité et d’humour. Avec le temps froid et pluvieux qui sévit sur la Belgique en ce mois de juin pourri, ça ne peut faire que du bien.

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Au Sounds, pour l’un des derniers concerts de la saison (vendredi 24 juin), le saxophoniste/chanteur entouré de Sal La Rocca (cb), Vincent Bruyninckx (p), Lorenzo Di Maio (eg), Lionel Beuvens (dm) et Olivier Bodson (tp), nous propose un retour sur son album «Papa Soul Talkin’» sorti en 2012 déjà. Autant dire que la machine est bien rodée et que la musique coule avec facilité.

Et c’est avec toute la décontraction et l’humour décalé qu’on lui connaît, que Laurent Doumont annonce et enchaîne les morceaux : les bouillonnants « Do Me Wrong », « Back On Brodway » ou « Song For Jojo », les irrésistibles « Gonna Be A Godfather », « Everything I Do Gonna Be Funky » ou encore le feutré et voluptueux «Sleeping Beauties »…

Visiblement, ça s’amuse sur scène et, forcément, dans la salle.

Servi par le drumming souple et onduleux de Lionel Beuvens et la contrebasse plus chantante que jamais de Sal La Rocca, Laurent Doumont alterne fulgurances au sax et voix de crooner au chant. Puis il reprend les riffs à l’unisson avec Olivier Bodson (brillant de clarté et d’élégance) ou avec Lorenzo Di Maio.

Mais il laisse aussi tout l’espace à ses comparses pour d’éclatants solos. Di Maio fait ainsi monter la sauce dans des impros mêlant blues, soul et funk. Le phrasé est agile et net. Bodson n’est pas en reste et sur « Big City » il fait briller de mille feux la soul mélancolique qui plane sur le morceau. Et que dire de l’intervention magnifique, parsemée de glissandos sensuels, de Sal La Rocca sur « Cocaïne Blues »…

Mais bien sûr, on ne peut pas passer à côté du jeu extraordinaire et d’une profondeur inouïe de Vincent Bruynickx au piano ! A la fois sobre et fougueux, il arrive toujours à insuffler des notes bleues et de légères digressions dans un jeu qui donne une perspective incroyable à l’ensemble. Même sur un amusant « Black Is Black », en rappel, il arrive encore à inventer, à colorer et à prendre de la hauteur.

Laurent Doumont a bien de la chance d’être entouré de la sorte. Et nous, on a bien de la chance qu’il perpétue, avec autant de personnalité, de talent et de décontraction, la tradition d’un soul jazz toujours aussi jubilatoire.

 

 

A+

 

 

 

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09/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 2

Il fait toujours aussi chaud ce samedi sur le site du Gaume Jazz Festival.

Sur la scène du parc, les P´tits Gaumais (les enfants qui ont participé au stage organisé par les Jeunesses Musicales) reprennent les chansons de Saule. C'est touchant, sympathique et rafraîchissant.

Mais c'est sous le grand chapiteau, sur le coup de 15h30, que se joue le premier concert. C'est le LG Jazz Collective. J'en ai parlé encore dernièrement ici, et tout le bien que j'en pense se confirme : le groupe prend de l'assurance au fil des concerts, prend des risques et se libère de plus en plus. Il entre directement dans le vif du sujet (« Move ») et enchaine les morceaux pour éviter les temps morts. Les sons claques et les solos fusent (Rob Banken (as), le nouveau venu dans le groupe, arrache les notes, Steven Delannoye flirte avec le "out" au ténor et avec les étoiles au soprano, et Jean-Paul Estiévenart est éclatant comme toujours. Le groovy « Carmignano » (de Legnini) trouve facilement sa place, tout comme le lyrique « Dolce Divertimento » (d'Alain Pierre) qui permet une belle prise de parole, très lumineuse, d’Igor Gehenot au piano.

Et, bien sûr, le leader (Guillaume Vierset) se sent pousser des ailes grâce au soutien de la rythmique Felix Zurstrassen (eb, cb) et Antoine Pierre (dm), intenable dans ses relances constantes (comme sur « New Feel », pour ne citer que cela). De la cohérence de cohésion de la complicité et beaucoup de travail... La recette est quand même simple, non?

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Dans la salle, le public à rendez-vous avec Orioxy, un quartette suisse au set-up original (harpe, voix, shruti box, ...) dont j’avais parlé du premier album ici. À Gaume, Orioxy présentait le fruit de son troisième album (« Lost Child », enregistré suite à la victoire du quartette au tremplin Jazz d’Avignon). Il fait étouffant dans la salle, mais « Song Of Love » nous emmène tout en légèreté dans l'étrange univers, aussi féerique qu'inquiétant, du groupe. Tout est dans le non-dit, dans l'évocation, dans l’intuition... même si l'explosion survient parfois, façon free rock, au moment où l'on ne s'y attend pas. Orioxy joue autant avec les mots (en hébreu, français ou anglais) qu'avec les rythmes (sur l'excellent « Princeless » par exemple) et les tempos graves succèdent aux groove retenus de l’excellent Roland Merlinc. Les expérimentations électros à la harpe (Julie Campiche) et à la contrebasse (Manu Hagmann), ainsi que le travail vocal étonnant de Yaël Miller, qui chante avec autant de conviction que de sensualité, terminent de parfaire l'identité forte et très personnelle de l’ensemble. Orioxy laisse une grande part au rêve et à l’imagination. A découvrir absolument. D'ailleurs, on espère les revoir bien vite, et plus d’une fois, en Belgique.

Retour sous le grand chapiteau. Kind Of Pink est le projet de Philippe Laloy, entouré de Arne Van Dongen (cb), Emmanuel Baily (g) et Stephan Pougin (perc). Il revisite Pink Floyd, en hommage à son père (avec qui il a découvert le groupe psyché rock, malgré le fait que cela n’était pas de sa génération non plus). Est-ce la raison pour laquelle Laloy prend juste assez de recul pour remanier ces « classics » en évitant les clichés ?

« Money », par exemple, contourne tous les pièges de l'évidence. « Breathe » et « Wish You Where Here » enveloppent la salle des volutes Flodyennes plus bleues que pink. « The Trial » et « Shine On You » sont chantés et se rapprochent, par contre, un peu plus des originaux. Les sons sont feutrés et les thèmes lancinants du mythique groupe anglais se perçoivent derrière des arrangements sobres et fins. Tour à tour, au sax ou à la flûte, Laloy surfe sur les harmonies et ne prend que les notes qui l'intéresse. Il façonne la mélodie, la dilate un peu et l'abandonne parfois pour laisser ses compagnons l’agrémenter à leur façon.

Il est souvent délicat de reprendre des thèmes pop en jazz (ou assimilé), et encore plus lorsqu'il ne s'agit que d'un seul groupe, aussi populaire soit-il (certains ont essayé avec les Beatles, par exemple, avec moins de bonheur), mais Kind Of Pink y arrive sans peine. Et Pink Floyd reste bien intemporel, c'est certain.

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Dans la cour, Sam Gerstmans (cb) propose un duo particulier. Suite à une participation à un programme de Cap 48 et du Créahm, le contrebassiste a rencontré le jeune artiste Julien Pirlot pour un court projet. L'aventure aurait pu s’arrêter là mais, on a beau être musicien, on n'en est pas moins humain. Et Sam est très humain. Alors, ensemble, et de manière régulière, ils ont continué leur collaboration. Quoi de mieux que le jazz et les musiques improvisées pour s'épanouir et se découvrir ? Entre poésie, ré-apprentissage du langage, des sons et de la musique, le duo touche en plein cœur et souligne les différences qui rapprochent. Le free jazz, le jazz mais aussi la chanson populaire rencontrent l'art brut. Et les histoires abstraites naissent, plus concrètes qu'on ne l'imagine. Un travail qui donne à réfléchir. Un vrai travail utile. Très utile.

La carte blanche aurait-elle le pouvoir de transcender les musiciens? C'est sans doute un peu le but et Lionel Beuvens n'a pas laissé échapper l'occasion de s'aventurer dans un jazz très ouvert. Le voici accompagné de Kalevi Louhivuori (tp), Jozef Dumoulin (p), Brice Soniano (cb), Guilhem Verger (as) et d'une chanteuse, et pas n'importe laquelle : Emilie Lesbros. La française, qui vit à NY, a, entre autres, travaillé avec Barre Philips et autres artistes contemporains. On imagine aisément la trajectoire que veut prendre le batteur… sans peut-être savoir ou cela va le mener...

Si, l’ensemble rappelle un peu le Liberation Music Orchestra, avec de longues évolutions mélodiques tailladées d'interventions libres, ou l'Art Ensemble of Chicago, on pense aussi parfois à Abbey Lincoln et Max Roach, en version contemporaine. On traverse de grands espaces sonores, parsemées de rythmes lancinants et entêtants. Jozef jette les notes, Lesbros déclame plus qu'elle ne chante... Mais parfois, son chant, d’une maîtrise totale, agit comme le sixième instrument du sextette. La trompette est claire et claquante, le sax parfois agressif. Les rythmes se cassent avant de se reconstruire. Parfois, certains thèmes débutent en mode « élégiaque » avant d'évoluer vers la transe ou même la rage. Un petit esprit soixante-huitard plane sur le Gaume. A suivre ?

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A l’extérieur, Jetsky (Jan Rzewski (ss), Emmanuel Louis (g) et Pascal Rousseau (tuba)), fait revivre l'esprit Nino Rota en le mélangeant aux folklores klezmer ou Roms. Il y a un côté désenchanté et à la fois plein d'espoirs ironiques dans cette musique. Aux thèmes souvent dansant s'ajoute parfois quelques éclats bruitistes (samples de voix et distos de guitare acoustique). C'est festif et différent. Et Jetsky ne se « démonte » pas lorsque la balance de Tortiller, dans le chapiteau tout proche, se fait un peu trop présente. Le trio en a vu d’autres et peut tout affronter, de toute façon, sa musique a quelque chose de fataliste, digne des meilleurs histoires de John Fante.

Frank Tortiller donc. Le vibraphoniste français a décidé de remettre Janis Joplin à l'honneur, et avec son nonnette c'est le blues (parfois très rock et furieux) qui rejaillit. Au chant, Jacques Mahieu, de sa voix légèrement éraillée et grave, reprend avec plus ou moins de bonheur les plus grands thèmes de la chanteuse américaine (« Kozmic Blues », « Move over », « Half Moon », « Piece Of My Heart ») mais aussi un thème de Leonard Cohen : « Chelsea Hotel ». Les riffs de guitare accentuent le côté rock agressif tandis que les cuivres (mentions spéciales à Alex Hérichon et Jean-Louis Pommier) rappellent un peu le jazz chicagoan ou quelques couleurs soul funk. Les arrangements évitent intelligemment l'imitation et le côté prévisible (beau moment sur « Mercedes Benz »), mais le niveau sonore, parfois trop puissant, a tendance à étouffer ces subtilités.

Bel hommage qui donne envie de se replonger dans les rares albums de cette chanteuse plus sensible qu’instable, comme on la trop souvent présentée.

A+

 

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

24/01/2015

Jazzmatik au Sounds

 Paolo Fresu et Galliano à Flagey, Nic Thys en trio au Bravo ou encore La Nouvelle Star à la télé (non, là je déconne), la concurrence était rude pour le Jazzmatik d’Adrien Volant au Sounds C'est pourtant ce concret que n'ai décidé d'aller écouter ce jeudi soir. J'avais envie d'un jazz décontracté et sobre. Sur papier (Paolo Loveri, Lionel Beuvens, Daniel Stokart et Giuseppe Millaci), ça devrait le faire…

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Sur le coup de 22h30, le quintette attaque «Invitation», pour s'échauffer. Puis il enchaine avec une bossa pour s'ensoleiller. Et la flûte de Stokart se fait aussitôt lumineuse et ondulante.

Ça frissonne.

La ballade douce et chaleureuse, («For Carla») écrite par Paolo, permet à Adrien Volant de bien se mettre en avant. Le son est limpide et souple à la fois, droit et sans fioriture. Paolo, quant à lui, égraine avec beaucoup d'élégance et de retenue la mélodie. Le jeu de de Giuseppe Millaci à la contrebasse est, lui, un peu trop retenu, presque timide. Même dans ses solos il reste un peu en retrait. On aimerait un peu plus de puissance et d'audace, car son phrasé est plutôt intéressant. Du coup, c'est surtout l'excellent drumming de Lionel Beuvens qui donne assez de nerf à l'ensemble pour maintenir - ou provoquer - un peu le groove.

D'ailleurs, ça s'emballe un peu plus avec «Béatrice» de Sam Rivers - débuté pourtant de manière un peu approximative - ou avec «Song For Bilbao» de Pat Metheny, joué avec une belle intensité.

On sent Stokart – à l’alto cette fois - très libre et vraiment à son affaire lorsqu'il peut improviser (sur un morceau de Seamus Blake, par exemple, ou sur «Recorda me» de Joe Henderson). Sans jamais tomber dans l'excès (ce n'est pas le genre du groupe, de toute façon) il propose un jeu simple, ferme et nuancé.

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Au second set le groupe accueille une jeune chanteuse (Eleonora Albani) pour quelques morceaux («When Sunny Gets The Blues» ou «Bye Bye Blackbird» - sur lequel Paolo Loveri se laisse aller à quelques citations virtuoses). Albani semble chanter sans difficulté et avec beaucoup de décontraction. Justesse, clarté, scat facile et sourire dans la voix semblent s'inspirer d'Anita O'Day. Avec candeur, elle renforce, à sa façon, la cohésion du groupe. Beaux moments…

Après un début de concert quelque peu hésitant et flottant, celui-ci se termine avec bien plus d'assurance et de surprises. Et «Some Other Blues» de John Coltrane en est d'ailleurs une conclusion des plus convaincantes.

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Je voulais un jazz cool et sobre... Mon vœu a été exhaussé.

(A l'occasion, réécoutez 3 for 1 (chez Mogno) de Paolo Loveri, ce sont 70 minutes de bonheur raffinés)

A+

 

11/03/2014

Nicolas Kummert Voices - Au Rideau Rouge

 

Il y a du monde dans la chaleureuse et toute petite salle du Rideau Rouge à Lasne ce mercredi soir (5 mars) pour découvrir le deuxième «volume» de Voices de Nicolas Kummert.

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Rappelez-vous : One, premier album sorti en 2011, était, à mon sens, l’une des plus belles réussites de l’année où l'on entendait le saxophoniste-poète chanter et déclamer (et se débattre aussi avec les ayants droit de Jacques Prévert qu’il voulait pourtant célébrer) sur des musiques raffinées et groovy à la fois.

Cette fois-ci, le nouvel album est construit autour de la personnalité de Trayvon Martin (assassiné sans raison en 2012 en Floride) mais plus largement aussi autour du droit à la différence. L’illustration de Madeleine Tirtiaux, sur la pochette de l’album, fait explicitement référence à Trayvon - mais aussi au mouvement «capuche» qui s’est développé aux Etats-Unis juste après le tragique événement - et évoque aussi «Le Cri» de Munch ou l’homme schizoïde de King Crimson. L’album aurait pu s’appeler Révolte ou Rébellion, mais il s’appelle Liberté (sorti chez Prova Records). Cela correspond bien plus à l’esprit de Nicolas Kummert.

Pour débuter le concert, le leader plante le décor avec un discours digne et engagé, entre slam et déclamation. S’enchaîne alors «Stand Up Today», sorte de lente complainte mâtinée de blues. Kummert égraine les paroles, accompagné par ses musiciens qui font les chœurs. Puis, un superbe solo de basse électrique de Nicolas Thys vient renforcer plus encore cette ambiance pleine de retenue et méditation.

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Si Nicolas Thys (eb) ainsi qu’Hervé Samb (eg) sont toujours présents dans ce deuxième opus, Jozef Dumoulin et Lionel Beuvens ont cédé leur place à Alexi Tuomarila (p) et à Jens Maurits Bouttery (dm).

Ce dernier possède décidément un jeu très personnel, presque tachiste et surtout foisonnant d’idées. Il se tortille sur son tabouret pour doser avec minutie les sons qu’il colore magnifiquement. C’est à la fois léger et hyper contrasté. Il offre tout le temps un groove tendu à l’ensemble (son drive sur «Une Affaire de Famille», en fin de concert, est plutôt éblouissant).

De son côté, Hevé Samb est, lui aussi, lumineux dans ses interventions. Tous ses accords sont swinguants, légèrement enrobés de blues et de musiques africaines. C’est particulièrement frappant sur «Isaac», un morceau irrésistible qui flirte avec l’afrobeat.

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C’est aussi sur ce morceau, au second set, qu’Alexi Tuomarilla, jusqu’alors assez discret, dévoile tout son talent. Le pianiste exécute avec une facilité déconcertante - et sur un rythme endiablé - des enchaînements d’accords fabuleux. Et la musique s’enflamme. Et ça danse et ça bouge. Le dialogue ente Jens Bouttery et Alexi Tuomarila est jubilatoire.

Mais le pianiste finlandais sait aussi se faire très romantique et très sensible, comme sur «Willow Song», par exemple.

Nicolas Kummert manie avec beaucoup de d’intelligence et d’ à-propos les moments forts et les instants plus introspectifs, donnant de la puissance aux histoires. Et puis, il n’hésite pas non plus à reprendre – à la talkbox, qui déforme totalement sa voix – «Strange Fruit» qui résonne alors de façon plus inquiétante encore.

Avec ce deuxième opus, Nicolas Kummert définit plus encore son univers, à la fois sombre et plein d’espoir.

Bref, une fois de plus, une très belle réussite.

 

 

 

A+

 

 

04/03/2014

Raf D Backer - Sounds

 

On a sorti le gros matériel au Sounds ce vendredi 21 février au soir. On a doublé les baffles et les retours et on a demandé à Michel Andina d’assurer le mixage.

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C’est que Raphaël Debacker (dites Raf D Backer), pour fêter la sortie de son tout nouvel et premier album Rising Joy (chez Prova Records), veut du gros son ! Du son profond, qui a de la résonance, de la matière et du gras, comme à l’époque des Les McCann, Ramsey Lewis ou Jack McDuff. Il faut dire que Raf D Backer, qu’on a vu aux côtés de Da Romeo, de Laurent Doumont et dernièrement de Kellylee Evans, a baigné dans la soul, le funk et le boogaloo.

Quoi de plus normal qu’il se lance donc, en leader, dans le grand bain.

Avec Cédric Raymond à la contrebasse (et parfois la basse électrique) et Fabrice Moreau aux drums (qui remplace ce soir Lionel Beuvens), Raf nous replonge dans cette musique sensuelle (presque sexuelle) en reprenant, pour commencer, quelques grands standards du genre (comme «Full House» de Wes Montgomery, par exemple, qu’il remanie à sa sauce). Puis, il nous propose ses compositions personnelles pleines de punch («Joe The Farmer» ou «Losing The Faith»). Et nos trois jazzmen s’entendent rapidement pour faire circuler le groove.

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Sur une reprise de Wayne Shorter, «Beauty And The Beast», on est balancé comme sur un bateau qui tangue, qui perd de la vitesse, qui risque de chavirer, puis qui reprend pied et à nouveau de la vitesse. Sans jamais verser dans l’excès, Raf mène bien sa barque.

La soirée est à la fête.

Au deuxième set, le trio invite le guitariste Lorenzo Di Maio à partager la scène pour quelques morceaux. Celui-ci apporte un petit coup de fouet blues rock à l’ensemble. Di Maio lacère les morceaux de riffs tranchants et brillants, toujours très mélodiques.

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Alors tout s’emballe, la rythmique s’enflamme et Raf D Backer sort un jeu flamboyant à l’orgue Hammond. Fabrice Moreau claque le tempo, et Cédric Raymond, quant à lui, montre, une fois de plus, qu’il est l’homme de la situation. Son jeu est franc et direct, et pourtant bourré de nuances.

D Backer peut alors laisser parler tout son talent de grooveur. Sa main gauche dessine des lignes de basses virevoltantes, tandis que la droite prend des inflexions bluesy.

Si l’on entend encore peut-être l’influence d’Eric Legnini (époque Miss Soul) dans le jeu de D Backer, on sent surtout chez lui un profond attachement aux racines de cette musique. Avec Rising Joy, Raf D Backer signe un très bon premier album… et l’on se réjouit déjà de le revoir sur scène (au Beurs en avril et plus tard pour une tournée Jazz Tour des Lundis d’Hortense) pour suivre son évolution.

 

 

 

A+

 

 

10/12/2013

Lionel Beuvens Quartet - Jazz9 à Mazy

Je n’avais eu l’occasion de voir le nouveau quartette de Lionel Beuvens que lors du dernier Belgian Jazz Meeting à Liège. A peine une demi-heure et trois morceaux, c’était un peu court. Mais cela m’avait mis l’eau à la bouche. D’autant plus que Trinité, l’album paru chez Igloo, avait déjà pas mal tourné sur la platine et m’avait agréablement chatouillé les oreilles (et je n’en n’ai même pas parlé… quelle honte!).

Grâce au Jazz Tour, le groupe était à Jazz9 ce samedi 7 décembre. Pas d’hésitation, direction Mazy.

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Je m’attendais à un concert d’une belle tenue, mais pas d’une telle intensité et d’une telle inventivité.

Avec «A», qui ouvre le bal, le groove monte rapidement. C’est comme la corde d’un arc que l’on tend. Toujours plus fort, toujours plus loin. C’est comme une fièvre qui monte sans que l’on ne s’en rende vraiment compte.

Au piano, Alexi Tuomarila attise la cadence. Avec frénésie, agilité et précision, ses doigts courent sur le clavier. Il nous emmène au sommet d’une montagne russe et puis nous lâche dans une descente sinueuse et vertigineuse. Le wagonnet est fou et sans frein.

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Brice Soniano malaxe avec force les cordes de sa contrebasse, tout en nervosité ronde et enveloppante. Les cordes claquent avec profondeur et puissance. C’est à la fois haletant et rassurant. Il joue avec les silences et les espaces. Il oxygène et fait respirer la musique, il donne du souffle aux rythmes.

Ouf, nous voilà dans un creux. Tout se calme… faussement. La trompette de Kalevi Louhivuori, mi-brumeuse, mi-claquante, prend le relais. Le son est feutré, étiré et nuancé. Rien ne vient de façon abrupte et encore moins attendue.

Les solos s’enchaînent sans forcer. Et «s’enchaîner» est vraiment le mot. Ils se fondent les uns aux autres. Sur des tempos fluctuants où la puissance se confond avec l’énergie. La démonstration est superbe.

En tant que batteur, le leader sait faire exister le groove, sans nécessairement l’imposer ou le faire trop remarquer. Et en tant que compositeur, il sait aussi faire remonter à la surface tout le lyrisme et la poésie des harmonies et des mélodies. Voilà certainement les forces de Lionel Beuvens.

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Il faut admettre aussi qu’il a trouvé, dans le chef d'Alexi Tuomarila (son ami de longue date) un partenaire idéal et un complice parfait pour libérer sa musique.

Le toucher du pianiste finlandais est en tout point remarquable. Il enchaîne avec une clarté déconcertante les successions d’accords arpégés. Il injecte de la luminosité à chaque note. On le sent plein d’idées qui ne demandent qu’à être partagées.

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Quant au trompettiste, il ne prend jamais la route prévue, celle qui pourrait rassurer. Son jeu est plein d’inventivité. Même dans les codas, il trouve encore le moyen de surprendre. Le son est pur, pareil à un ciel d’hiver débarrassé de toute pollution.

On pense parfois à une version moderne des Fats Navarro ou Thad Jones, ou à tous ces souffleurs de hard bop qui jouaient leur vie sur un chorus.

S’il y a de la transe dans certains morceaux («Mucho Loco», bien loin de la version enregistrée) il y a aussi de la douceur et de la lenteur qui évoquent des plaines désertes, nues et froides (sur «Fragile» notamment). Louhivuori utilise des effets électro pour déposer par nappes successives ses chants aériens et fantomatiques (ici, c’est à Arve Henriksen que l’on pense).

Les deux sets passent vite. Sans que l’on ne s’en rende compte. On ne s’ennuie pas un seul instant.

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Dans la foulée d’une tournée pareille (c’était la quinzième date consécutive ce soir, il y avait eu les JazzLab Series avant) on aimerait que le groupe entre à nouveau en studio, immédiatement, pour graver ce moment, pour poser un jalon et mesurer le bond artistique accompli depuis l’enregistrement de Trinité.

Il serait dommage de laisser retomber le soufflé. On sent dans ce groupe une spirale ascendante intense et créatrice.

Deux rappels – et pas de faux rappels – viendront à peine à bout d’un public enthousiaste mais surtout conquis. Du jazz comme celui-là, tout le monde en redemande.

Ça tombe bien, le groupe sera encore en concert à St Georges sur Meuse, à la Jazz Station, au Monk, à Eupen et St Hubert. Ne ratez pas ça !



A+

 

 

 

13/09/2013

Belgian Jazz Meeting 2013

 

Après Bruges, il y a deux ans, c’est à Liège que se déroulait le deuxième Belgian Jazz Meeting. Le principe est inchangé. Douze groupes - ou solistes - sélectionnés par des journalistes et des programmateurs belges sont invités à se présenter devant des journalistes et des programmateurs du monde entier.

Un set d’une demi-heure pour convaincre - pas facile, mais c’est le jeu - des speed-meetings (face-to-face entre artistes et invités), des rencontres informelles après ou entre les mini–concerts, voilà le programme. De quoi se faire remarquer et de tenter de décrocher quelques chroniques et articles par ici, des concerts par là ou tournées hors de nos frontières.

A la Caserne Fonck, où francophones et néerlandophones (*) ont uni leurs efforts (vous ne pouvez pas savoir comme ça fait du bien !), l’accueil est des plus sympathiques, bien sûr, et l’organisation parfaite.

N’ayant pas l’occasion de m’y rendre le vendredi soir (le meeting se déroule sur trois jours), j’apprends le lendemain que certains groupes se sont joliment fait remarquer. Le trio de Jean-Paul Estiévenart en particulier (dont le très bon album Wanted - neo hard bop, vif et nerveux - sort sous peu chez De Werf) a marqué des points, Mélanie De Biasio n’a laissé personne indifférent - soit on adore, soit on déteste - et Mâäk, en version tout acoustique, déjanté et festif, a clôturé en beauté.

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Samedi soir, c’est Lionel Beuvens (dm) qui présente son album (Trinité chez Igloo) devant une salle bien remplie. Lentement, en toute intimité, le groupe installe un climat plutôt «nordique» distillé par le jeu très épuré du trompettiste finlandais Kalevi Louhivuori. Tout se réchauffe et s’anime dès le second morceau qui laisse entendre de magnifiques improvisations du pianiste Alexi Tuomarila au toucher aérien, lumineux et nerveux. Les compositions de Lionel Beuvens ont quelque chose d’enivrant. «Seven», qui clôt ce court set, par exemple, est construit sur une spirale ascendante et terriblement excitante…

Joachim Badenhorst se présente en solo, armé de ses seuls soprano, ténor et clarinette basse. Adepte du jazz avant-gardiste et de l’improvisation libre, Badenhorst n’y va pas par quatre chemins. Clair, précis et direct, il démontre que le difficile exercice en solo – sur une musique pas facile, qui plus est – peut-être très accrocheuse. Badenhorst travaille la texture, le son et la matière. Il roule les harmonies comme on roule les «r». Il va chercher les sons les plus graves, étire quelques notes pointues… En quatre morceaux, il présente l’essentiel de son discours, réfléchi, travaillé, préparé. Et l’on se dit qu’il a encore beaucoup de choses passionnantes à raconter (la preuve avec son prochain disque en septette).

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Avant la première pause de la soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui monte sur scène.

Fraîcheur, ingéniosité harmonique et rythmique, un pied dans la tradition, un autre dans le présent (peut-être même en avance sur son temps), le trio emballe le set de façon unique et jubilatoire. La complicité est réelle entre Nic Thys (eb), Lander Gyselinck (dm) et le pianiste. Je ne redirai pas tout le bien que je pense de ce trio, allez relire le compte-rendu du dernier Leffe Jazz Nights. La qualité des compos («Le lendemain du lendemain» ou «Diepblauwe Sehnsucht») n’a d’égale que la fluidité du propos (la version de «Walking On The Moon» est toujours un régal). Un vrai grand trio qui joue, invente et réinvente. On en redemande… mais le timing, c’est le timing.

Après une courte pause, on retrouve sur scène 3/4 Peace de Ben Sluijs (as,fl), Brice Soniano (cb) et Christian Mendoza (p). Douceur et délicatesse. Le trio, resserré autour du piano, joue tout acoustique. L’ambiance est feutrée et fragile. La musique, d’une grande subtilité, voyage entre les trois hommes. Chacune de leurs interventions est dosée avec finesse et intelligence. Tout est dans l’évocation, dans la subtilité. Parfois la tentation d’un free jazz suggéré et maîtrisé affleure, histoire d’ouvrir d’autres perspectives et de mettre encore plus l’eau à la bouche. La belle intro de Ben Sluijs à la flûte, les interventions très musicales de Brice Soniano à la contrebasse et les envolées de Christian Mendoza au piano sont en tout point exemplaires. Un véritable délice.

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Pour terminer le tour d’horizon de la journée, Nathan Daems (ts), Marco Bardoscia (cb) et à nouveau Lander Gyselinck (dm) proposent, avec Ragini Trio, un jazz basé essentiellement sur des traditionnels indiens qu’ils modèlent à leur manière. Quand on sait que les références des musiciens passent de Paolo Fresu à Ernst Reijseger ou de John Zorn à la musique des Balkans, on imagine très bien avec quelle ouverture d’esprit ils vont revisiter ces thèmes parfois ancestraux. La Shruti Box lancée, la musique ondule et évolue rapidement sur des rythmes et des groove lancinants. Bardoscia reprend pour lui, à la contrebasse, le principe des onomatopées et des ragas. Lander assure une polyrythmie efficace et Nathan fait chanter son saxophone sur des intonations épicées. Une façon originale d’intégrer le jazz à la musique indienne. A moins que ce ne soit l’inverse…

Après une courte nuit, tout le monde est de retour à la Caserne Fonck le dimanche matin sur les coups de onze heures.

Derrière le piano, Igor Gehenot commence en douceur, dans un esprit très ECM, en distillant avec parcimonie les notes rares. Puis la musique se fait plus précise et plus vive. Sam Gerstmans (cb) et Teun Verbruggen (dm) donnent l’impulsion sur un «Lena» assez enlevé. On décèle chez Gehenot le romantisme parfois torturé d’un Brad Mehldau mêlé à des accents légèrement plus funky ou soul. On sent que le trio prend de la consistance et façonne petit à petit sa personnalité. Et puis, on aime ce mélange de douceur (dans le phraser d’Igor) et d’acidité (dans le jeu sec de Teun).

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On retrouve de nouveau Teun Verbruggen avec le dernier groupe qui ferme le ban : Too Noisy Fish. J’avais eu l’occasion de les voir en début d’année à Flagey lors d’un surprenant concert. Et force est de constater que le groupe a encore évolué. Le voici encore plus sûr de lui et de son humour décalé. Les trois dissidents du Flat Earth Society (Peter Vandenberghe au piano et Kristof Roseeuw à la contrebasse) s’amusent à mélanger les genres. On sent l’influence de Zappa, de Monk ou de Charlie Parker, mais aussi d’un rock très contemporain ou d’un folklore populaire assumé. On saute d’un tempo à l’autre sans crier gare. Le timing est d’une précision diabolique et les idées fusent. Peter Vandenberghe plaque les accords, puis enchaîne de brèves mélodie avant de suspendre le temps et de jouer avec les silences. Le drumming éclaté de Teun se confond aux glissando de la contrebasse de Kristof. En une demi-heure, Too Noisy Fish nous a offert un concentré de jazz intelligent, joyeux et innovant... A suivre...

Voilà un joli panorama, fidèle – mais restreint bien entendu – du jazz belge : cette scène éclectique aux milles influences qui en fait toute sa singularité.

Il ne reste plus qu’à espérer que les programmateurs étrangers seront bien inspirés de l’exporter un peu partout en Europe.

On fera le bilan dans deux ans, lors du prochain Belgian Jazz Meeting qui se tiendra à nouveau à Bruges.

A+


* Museact (Gaume Jazz Festival, Jazz 04/Les Chiroux, Jazz Station, Maison du Jazz/Jazz à Liège, Les Lundis d'Hortense, Collectif du Lion, Sowarex/Igloo, Ecoutez-Voir), Brosella, Jazz Brugge, Wallonie-Bruxelles Musiques et Flanders Music Centre. La Federation Wallonie-Bruxelles et De Vlaamse Gemeenschap, les villes de Liège et de Bruges.

 

 

 

13/07/2013

Fabrice Alleman Obviously et Big Noise - Festival au Carré à Mons

 

Soirée jazz au Festival au Carré à Mons.

Ce mardi soir, le soleil chauffe encore l’esplanade du Théâtre du Manège. L’air est doux, le public est nombreux et réuni autour de la scène pour écouter Big Noise.

Big Noise ! Rien de tel pour mettre tout le monde de bonne humeur. Big Noise - j’en ai déjà parlé ici – ce sont quatre gaillards qui revisitent le blues, le marching jazz et le jazz New Orleans avec une énergie débordante. L’esprit est bien présent, pas de doute là-dessus. Le respect aussi. Mais il y a juste ce qu’il faut de d’irrévérence, de plaisir, de bonheur et de sincérité pour en faire une musique qui n’a pas peur de se frotter à la modernité.

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On est toujours impressionné par la faculté qu’a Raphaël D’Agostino à passer de la trompette au chant avec autant ferveur que de justesse. On est étonné aussi par le jeu toujours vigoureux de Laurent Vigneron (dm) ou par la technique et l’explosivité de Johan Dupont (p). (Johan Dupont qui vient de publier chez Igloo, avec Music For A While, un album surprenant et totalement différent de Big Noise puisqu’il s’agit d’un savant mélange d’impros et de relecture sur musique baroque du XVIème siècle – Dowland, Purcell, etc. - A découvrir). Et puis, il y a Max Malkomes à la contrebasse, solide, puissant et très mélodique. Bref, une fois de plus, on n’est pas déçu. Et le public non plus, qui en demande encore un peu plus. Mais il est temps de se diriger vers la salle de répétition du Manège pour écouter Fabrice Alleman.

La dernière fois que j’ai vu Fabrice sur scène, c’était à la Jazz Station, bien avant l’enregistrement de ce superbe album qu’est “Obviously”, une petite perle de sensibilité et de groove mêlés.

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Ce soir, c’est sold-out (un concert supplémentaire sera même proposé le lendemain, pour contenter tout le monde). Pour l’occasion, le saxophoniste a eu la bonne idée d’inviter David Linx. Plus qu’un simple guest, le chanteur s’est investi dans le projet en écrivant des paroles originales sur certains thèmes, poussant même Alleman à revoir quelques-uns de ses arrangements.

Mais avant que Linx ne les rejoigne sur scène, c’est le saxophoniste qui chante – et très bien – sur “Morning” et “Afternoon”, tout en échangeant avec Lionel Beuvens (dm) et en groovant avec Reggie Washington (cb, eb) ou Nathalie Loriers, qui se partage entre piano et Fender Rohdes. Il laisse ensuite s’envoler Lorenzo Di Maio, formidable de swing - mâtiné de riffs rock - sur un “Three Or Four” du tonnerre.

David Linx arrive alors pour “Regards croisés”, rebaptisé “Come Up The Stairs”. Dès les premières mesures, Linx impose sa griffe. Le chant est parfait, reconnaissable entre mille. Avec Fabrice Alleman, la connivence est immédiate.

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Si le chanteur et le saxophoniste (qui utile aussi bien la clarinette basse, le soprano et le sax ténor) sont à l’avant-plan, ils n’hésitent jamais à laisser de beaux espaces à la basse ronde, profonde et sensuelle de Reggie Washington, ou à Nathalie Lorriers, éblouissante lors de son impro sur “Hope For The World”. Ses enchaînements d’accords sont d’une fraîcheur et d’une brillance incroyables. Et sur “Jay Jay”, elle se lâche encore. D'ailleurs, sur ce dernier morceau, chacun se lance des défis. Et ça enfle, et ça bouge, et ça tangue de tous côtés.

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Et puis le dialogue s’emballe de plus belle entre Linx et Alleman sur “Don’t Say It’s Impossible”. Le sax soprano et le scat si particulier et unique du chanteur ne font qu’un. Rien ne les arrête. Alleman avait raison, rien n’est impossible.

Ce projet, “Obviously”, réussit le mélange parfait enter lyrisme et groove avec tellement de simplicité et de spontanéité que, oui, tout cela semble évident.

Pour le plaisir... le clip "Hope For The World".


Hope for the World - Fabrice Alleman from Bernardo Camisão on Vimeo.


A+

 

15/11/2012

Laurent Doumont - Sounds

Le Sounds affiche pratiquement complet ce samedi 3 novembre. Il est presque aussi rempli que lors d’un Jazz Marathon. Tout le monde est venu pour la sortie du deuxième album de Laurent Doumont  (le premier datait déjà de 2001) : Papa Soul Talkin’.

S’il y a du monde dans la salle, il y en a aussi sur scène, puisque l’équipe s’est réunie au grand complet.

Vincent Bruyninckx (p), Sal La Rocca (b), Lionel Beuvens (Ds), Raf Debacker (Org), Lorenzo Di Maio (g), Olivier Bodson (tp), Alain Palizeul (Tb) et bien sûr Laurent Doumont (ts, voc).

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«Back On Brodway» un peu soul, un peu boogaloo, puis «Love Or Leave», au groove bien balancé, nous mettent directement sur orbite.

On le comprend tout de suite ! L’ambition de Laurent Doumont n’est pas seulement de jouer de la soul-funk, mais de la revoir et de l’arranger à sa sauce. Il va puiser l’inspiration dans l’ADN de ces bons vieux Jack McDuff, Canonball Adderley, Gene Ammons ou encore Eddie Harris.

Mais il ne se contente pas d’un simple hommage ou encore moins d’une quelconque imitation. Doumont respire et vit cette musique, et c’est pour ça qu’elle lui va si bien et qu’elle sonne si bien. Avec sa bande, il insuffle un esprit actuel, frais et puissant. Pas question ici de tout casser et de faire le malin. Laurent Doumont respecte trop cette musique que pour la dénaturer. La modernité est générée par l’énergie de l’instant ! Le swing reste le pivot central du groupe, et ça balance fermement du côté des hanches et du bassin. Les musiciens savent y faire. Chacun y apporte sa touche.

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Olivier Bodson balance quelques solos brillants. Le son est clair, limpide, lumineux. Sans pour autant jouer rapidement, ça file à cent à l’heure. Ça doit être ça «avoir le sens du groove».

Et quand viennent les ballades («Serenity Now» ou «Sleeping Beauty»), la sensualité se mêle aux déhanchements. Le ténor de Doumont se fait plus sensuel encore, on sent qu’il a écouté et vraiment aimé ces formidables saxophonistes de la grande époque. Et il n’a rien à leur envier. Et quand il chante - avec cette voix au grain particulier, éraillée juste comme il faut - cela fonctionne à merveille. Le charisme et la coolitude font le reste, pas besoin de forcer.

La touche «vintage» est assurée par Raf Debaker. Derrière son orgue, il ponctue intelligemment les échanges entre le sax, la trompette, le trombone ou… le piano de Vincent Bruyninckx. Il y a entre ces deux-là comme un fil invisible. La musique s’échange et tourbillonne avec une légèreté incroyable. Il n’y a pas à dire, tous possèdent le flow.

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Et comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur, Doumont y ajoute une touche de guitare. Et de ce côté là, Lorenzo Di Maio étonne de plus en plus. On le sent vraiment à l’aise dans ce contexte. Il est ici comme un poisson dans l’eau. Il possède cette fluidité dans le phrasé et ce blues qui lui brûle les doigts, mais il a surtout cette façon d’enchaîner les arpèges avec une souplesse qui souligne bien sa personnalité.

Le groupe peut aussi compter sur une solide rythmique, sur des vrais gardiens du time : Sal La Rocca et Lonel Beuvens, impeccables de bout en bout.

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Doumont fait donc le tour de la soul, à sa façon. Il passe le nez à la fenêtre de la New-Orleans, il se balade un peu sur les bords du Mississipi, remonte vers le Michigan, va saluer James Brown et d’autres étoiles de la Motown, puis revient et nous raconte sa propre histoire.

Quand Papa Soul’s talkin’, listen to him… and move. And enjoy !

A+

 

 

 

06/12/2011

Igor Gehenot Trio au Sounds (1)


Igor Gehenot est un tout jeune pianiste qu’on a intérêt à tenir à l’œil. Je l’ai déjà vu quelque fois à l’œuvre avec le Metropolitan Quartet ou lors de jams endiablées et, dernièrement encore, lors du dernier Festival Jazz à Liège avec son propre trio.

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Depuis début octobre, Igor Gehenot est en résidence, un mardi sur deux, au Sounds – une expérience qui se prolongera encore au mois de janvier.

C’est l’occasion pour lui d’essayer de nouvelles choses, par exemple : changer de batteur. Avec le très talentueux Antoine Pierre, son ami de longue date, les automatismes devenaient peut-être un peu trop évidents. Il faut dire aussi que le jeune batteur était aussi sollicité par quelques grands noms du jazz belge (Philip Catherine ou Steve Houben, par exemples) auxquels il est difficile de décliner l’invitation (ce qui serait idiot d’ailleurs).

Alors, c’est Teun Verbruggen qui, installé derrière les fûts, a ouvert de nouveaux horisons à notre jeune pianiste. C’est donc avec lui et le fidèle Sam Gerstman à la contrebasse que Gehenot enregistrera bientôt son premier album à paraître chez Igloo.

Le 29 novembre, c’était pourtant Lionel Beuvens qui tenait les baguettes et Felix Zurstrassen la contrebasse. Alors, même si “comparaison n’est pas raison”, et que le 13 décembre je compte bien aller revoir le trio “officiel” (avec Gerstmans et Verbruggen, donc), je parlerai plus tard - et en un seul “papier” - de ces deux concerts en…“parallèle”…

On se donne rendez-vous d’abord au Sounds le 13 et un peu plus tard ici?

A+

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

04/06/2011

Fabrice Alleman New Quartet à la Jazz Station

Le nouveau quartette de Fabrice Alleman joue sur la spontanéité. Spontanéité dans les compositions mais aussi dans la façon de les exposer. C’est un peu comme si le saxophoniste ne voulait pas trop réfléchir la musique mais plutôt la sentir. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a appelé son groupe «Obviously». La plupart des morceaux ont été composés très intuitivement et proposés rapidement au groupe dans lequel on retrouve Reggie Washington à la basse électrique et à la contrebasse, Nathalie Loriers  au Fender Rhodes et Lionel Beuvens à la batterie.

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Avec une telle équipe, on peut imaginer que la musique ne sera pas figée non plus. En plus, on devine les intentions de Fabrice Alleman lorsqu’il convoque Reggie Washington mais plus encore lorsqu’il demande à Nathalie Loriers de s’installer derrière le Fender Rhodes plutôt que le piano. Il a envie d’entendre des mélodies c’est sûr, mais il a aussi envie que ça groove. Vérification à la Jazz Station, ce mercredi 18 mai.

Après avoir démarré avec un morceau de Tony Williams, histoire de se chauffer, le groupe entame une suite en trois parties: «Morning», «The Afternoon» et - logiquement - «The Evening». Le début est chanté, un peu à la manière de Bobby McFerrin, avant d’évoluer petit à petit vers le blues et se terminer en un soul-funk qui n’est pas sans rappeler les frères Adderley.

L’intention devient réalité.

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Avec ce groupe, Alleman lance aussi des ponts entre tradition et modernité. Et les échanges, parfois musclés et un tantinet désarticulés, entre lui et Lionel Beuvens, sont là pour le prouver. Les break du batteur, sont tendus et secs, mais gardent une extrême musicalité. Quant à Reggie Washington, il navigue entre souplesse et fermeté. Il n’hésitera pas, en fin de concert, à se lancer dans quelques slap qui pigmenteront un peu plus le funk implicite.

Au Fender, Nathalie Loriers, ne délaisse pas, comme prévu, son lyrisme caractéristique, mais le transforme en de nerveuses envolées groovy.

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Le ténor est parfois âpre et rauque, mais on y décèle toujours une pointe de douceur et de tendresse. Et inversement, dans les ballades, Fabrice parvient toujours à glisser une petite pointe de mordant. Le quartette alterne ballades («Like A Little Hope», «Don’t Say It’s Impossible», déjà entendu avec Jean-Philippe Collard-Neven) et thèmes plus incisifs («J.J.», «Trio For All») avec un beau tempérament.

La musique circule, les musiciens sont complices et le public de la Jazz Station savoure.

Et il lui faudra bien, en rappel, un thème brûlant (dont le nom m’échappe) de Joe Henderson pour le rassasier définitivement.

Le quartette compte encore tourner un peu et continuer à rôder la «machine», avant d’envisager l’enregistrement d’un album qui devrait, à coup sûr, bien sonner.


A+

 

21/03/2011

Printemps, jazz et poésie. Nicolas Kummert Voices

 

Quatorzième rendez-vous du «Z Band» (chaque trimestre, une poignée d’irréductibles bloggeurs – voir la liste en bas d’article – écrivent sur un sujet commun et le mettent en ligne en quasi-simultanéité). Thème du jour: printemps, jazz et poésie.

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Nicolas Kummert Voices

Avec un tel nom - plutôt que «groupe» ou «quintet», par exemples - le projet de Nicolas Kummert en dit déjà long ses intentions. Il faut dire que le saxophoniste chante dans son instrument depuis quelque temps déjà, à la manière d’un Rahsaan Roland Kirk ou d’un Magic Malik.

Mais, cette fois-ci, l’objectif semble nettement plus défini.

Le projet «Voices» a vu le jour au Gaume Festival 2009, lorsque Jean-Pierre Bissot a offert une carte blanche à Nicolas Kummert. Tout heureux, celui-ci a rassemblé autour de lui quelques superbes musiciens. Hervé Samb (g), Nicolas Thys (b), Jozef Dumoulin (p) et Patrick Goraguer (dm) (remplacé, depuis, par Lionel Beuvens). Deux ans plus tard, «One», le disque, est sorti chez Prova Records et une belle tournée s’en est suivie.

Kummert aime mélanger les genres. On l’a vu dans des groupes de musiques ethniques, des groupes de rock ou aux côtés de DJ. Il aime les rythmes de la musique africaine, il aime le reggae, la pop, la chanson et le jazz bien sûr. Et il aime les voix.

Alors, sur le morceau qui ouvre l’album, dans un balancement ample et doux, tout le monde chante ou fredonne. «Petit Simon Millionnaire» nous emmène en douceur au pays de la poésie…

Car, il y a de la poésie. Beaucoup de poésie.

Nicolas Kummert adore Jacques Prévert. Et on l’imagine bien, se baladant avec son saxophone sous le bras, un livre de Prévert dans les mains et des «Paroles» dans la tête.

Mettre en musique les paroles de Prévert, voilà son rêve.

Seulement, les ayants droit ne l’entendent pas tout à fait de cette oreille. Qu’à cela ne tienne, Kummert rendra hommage à Prévert à sa façon, sans oublier de régler quelques comptes au passage. Empêché de reprendre les mots du «Grand Jacques», il en évoque l’esprit, remettant quelques pendules à l’heure avec «Affaires de Famille» (clin d’œil à «Familiale») et «Compagnons Des Mauvais Jours».

Il trempe une plume amère pour écrire puis déclamer et chanter, avec beaucoup de classe et de dignité, sa tristesse face à ce refus. C’est que, Nicolas Kummert compose bien, joue bien, chante bien et en plus - le bougre – il écrit bien.


Ceci n’est pas un texte de Prévert

Tel que j’aurais aimé vous le conter.

Sans s’intéresser à mon univers,

Sans même se donner la peine d’écouter,

La petite fille argentifère,

Les ayants droit m’en ont empêché.

Foutez la paix à mon grand père

Personne ne vous a rien demandé.

Repose en paix, grand-père Prévert,

Tes héritiers veillent au grain.

Tes poèmes restent dans leur verrière

Et tes paroles dans ton couffin.

Seules tes idées sortent de terre

Car une idée, ça ne vaut rien.

Car c’est bien d’une histoire de grains

Qu’il s’agit, vous vous en doutez.

Des petits grains tout ronds,

Hérités, pas gagnés.

Collectés, grappillés.

Pas mérités par ces dindons.

Surtout pas cultivés.

Collectés, grappillés.

Moi, dégoûté par cette trahison,

J’en ai massacré mon poulailler.

Compagnon des mauvais jours,

Je te souhaite une bonne nuit

Car aujourd’hui, c’est la basse-cour

Qui rançonne ton usufruit.

Comprend-moi bien vieux Jacques,

Ta casquette et ta pipe en bois,

Qu’ils en héritent, tes oisillons.

Mais tes poèmes, ils sont à moi

Ainsi qu’aux autres compagnons…

(© Nicolas Kummert – Compagnons des mauvais jours)


Rassurez-vous, tout cela se fait en douceur et en subtilité toute musicale. Après ces paroles fredonnées ou chantonnées, comme débarrassé d’un poids, le groupe fait place à la fête, laisse éclater le groove et chacun y va de son solo. Et je vous jure qu’on dodeline de la tête et qu’on bat du pied. Prévert aurait aimé.



 

Mais «Voices» n’est pas centré uniquement sur le célèbre poète français.

Outre quelques compositions originales (dont le très beau «Mourir Vivant»), on y retrouve aussi  un «Monk’s Dream» étonnant: en version reggae! Le sax sonne, ondule, cri parfois et c’est irrésistible.

Puis, Hervé Samb fait sonner sa guitare à la manière d’un n’goni sur «Folon» de Salif Keita, tandis que Nicolas Thys et Lionel Beuvens assurent comme de fous une rythmique endiablée.

De «Close To You» (cette douce sucrerie pop que Burt Bacharach a écrit pour les Carpenters), Kummert en fait un bouquet de fleurs. C’est plein de finesse et de tendresse primesautière. D’abord une intro à la boîte à musique, puis un chant délicat… et la magie opère. Les échappées brillantes et fraîches de Jozef Dumoulin, qu’on a tellement l’habitude d’entendre au Fender Rhodes, rappellent ici qu’il est aussi un très grand pianiste.

«Voices» a tourné pas mal en Belgique, autant en Wallonie, à Bruxelles, qu’en Flandre, (histoire de tordre le cou à nos absurdes problèmes communautaires) avec Alexi Tuomarila au piano. Pur plaisir qui, je l’espère, se renouvellera et débordera même hors de nos frontières, parce que  «Voices» s’écoute et se réécoute avec bonheur. Comme une poésie de printemps.

 

A+

 

Les autres poètes du Z Band :

Ptilou’s Blog

Belette et Jazz

Jazz Frisson

Jazz O Centre

Flux Jazz

Dorham's posterous

MysterioJazz

 

18/09/2010

Mons en Jazz Festival

Petit passage à Mons vendredi 1er septembre pour assister à l’une des deux soirées de Mons en Jazz. Organisé par Aziz Derdouri, le festival a vu le jour en 2000 (en même temps que l’ouverture de son célèbre et regretté K.Fée qui a accueilli un nombre incalculable de jazzmen belges et étrangers). Après avoir épuisé diverses formules (dans les cafés de la ville, sous chapiteau, etc.), c’est désormais dans la petite salle Abel Dubois (où se trouvait jadis la RTBF) qu’Aziz organise l’événement. Si Mons en Jazz cherche encore un peu sa vitesse de croisière au niveau de l’affluence, sa programmation ne dévie pas de l’objectif initial. Elle se veut pointue sans pour autant être élitiste. Est-ce pour cette raison que le public se fait encore un peu trop timide? Il y a pourtant de quoi attiser la curiosité de tous. Ce week-end, il y avait une place pour le jazz de demain (Adrien Volant), une pour le jazz actuel (Voices de Nicolas Kummert, Hermia-Tassin quartet, Qu4tre, Jean-Louis Rassinfosse trio), une belle place pour le grand Hamid Drake et une autre pour saluer le renouveau du jazz british, (on connaissait Polar Bear, Neil Cowley ou encore Robert Mitchell, voici Get The Blessing, anciens musiciens de Portishead). Avouez que l’affiche était alléchante.

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C’est donc le tout jeune quartette d’Adrien Volant (tp) qui ouvre le bal. Voilà de la fraîcheur, de la passion et du talent comme on en redemande. Entouré des non moins prometteurs Guillaume Vierset (eg), Felix Zurstrassen (eb) et Antoine Pierre (dm), le jeune trompettiste semble avoir de l’ambition et déjà une belle idée du jazz qu’il compte explorer. Entre les reprises de John Scofield («I’ll Catch You») et de Freddie Hubbard («Dear John») il glisse quelques compositions originales («Lunatic», «Don’t Eat This Meat») dont l’orientation est assez claire: un dynamique mélange de post bop et de jazz moderne inspiré de la jeune scène new-yorkaise. Et l’envie de remettre l’énergie, le swing et le groove en avant est évidente. Si je vous dis que le phrasé d’Adrien Volant s’inspire autant de Roy Hargrove que de Ralph Alessi, vous imaginez encore mieux l’ambiance? Malgré leur jeune âge, le groupe est déjà bien soudé et l’on sent chez eux un véritable plaisir à jouer ensemble. Un quartette à suivre de très près.

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Deuxième groupe à monter sur scène, Voices de Nicolas Kummert.

J’avoue que, sur papier, le projet me laissait un peu dans l’expectative, mais sur scène, il ne me fallut pas longtemps pour être conquis. Du jazz, du blues, du reggae, du Monk, du Salif Keita, tout se mélange immédiatement avec justesse, intelligence, modernité, équilibre et créativité. On connaissait déjà l’approche bien particulière de Nicolas au sax (un mélange de souffle et de chant) qu’il accentue ici en  poussant l’idée encore plus loin, puisque, cette fois, il chante «vraiment». Ou plutôt, il déclame d’une voix chantante des poèmes de Prévert… ou pas. Hé oui, l’idée première était de reprendre des textes du poète et de les habiller de musique. Mais, apparemment, les ayants droits ont les idées bien plus étroites que l’auteur des «Feuilles mortes». Heureusement, au-delà de cette bisbille, l’hommage persiste et le résultat n’en est que plus beau.

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Entouré d’une solide brochette de jazzmen, Nicolas nous ballade dans un univers bigarré. C’est tantôt chaud, tantôt dépouillé, tantôt incisif, mais c’est toujours excitant. Nic Thys, à la contrebasse, rebondit sur les mots et donne de l’épaisseur au groove dans un jeu d’une étonnante souplesse. De l’autre côté de la scène, Hervé Samb éblouit par la palette incroyablement riche d’émotions qu’il arrive à faire jaillir de sa guitare. Il invente des sons d’une incroyable limpidité. Au blues, il mélange des rythmes africains, des phrases complexes ou des riffs tranchants tout en soutenant un groove lumineux. Alexi Tuomarilla alterne les notes cristallines et les harmonies lyriques dans un jeu brillant et efficace, tandis que Lionel Beuvens colore, de façon parfois subtile ou parfois intense, un ensemble d’une cohérence parfaite. Nicolas Kummert «Voices» est en tournée avec le JazzLab Series en ce moment, et vient de sortir son album chez Prova. Ne ratez rien de tout ça!

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Après un très court moment, la scène est prête pour accueillir l’événement de la soirée: Hamid Drake (dm, perc) et Pascquale Mirra (vib). Entre ces deux amis circule une énergie souterraine intense. En débutant le concert par «Guinea» de Don Cherry, le duo nous plonge rapidement dans une musique hypnotique et subjuguante. Elle est à la fois onirique et organique. Les deux musiciens jouent d’ailleurs pieds nus, sans doute pour mieux sentir les fluides et les vibrations qui traversent la terre… Entre rythmes et pulsions, entre corps et esprit, la communion est parfaite. Évoquant parfois l’esprit d’un Bobby Hutcherson chez Dolphy, Mirra va chercher au plus profond de lui des improvisations mélodiques d’une grande sensibilité. Drake et Mirra dialoguent avec une grâce incroyable. Ils étouffent les sons pour mieux les laisser éclater, resserrent les rythmes pour mieux les délier, dessinent des paysages abstrait pour mieux parler à notre imagination. Les frappes de Drake sont remplies d’histoires, de poésie, de douceur ou de fièvre.

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C’est encore plus flagrant lorsqu’il se met au Bendir. Les deux musiciens sont alors au service de la musique et même, osons le dire, de l’humanité. Leur complicité est aussi forte que leur amitié, et cela se ressent dans leur musique. Moment magique et concert absolument magnifique.

On aurait bien voulu en entendre plus, mais, festival oblige, il faut laisser la place au dernier groupe de la soirée: Qu4tre.

 

Qu4atre, c’est Jacques Pili (eb), Marco Locurcio (eg), Nicolas Kummert (ts) et Lionel Beuvens (dm) - qui remplaçait ce soir l’habituel Teun Verbruggen.

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Ici, les influences rock et pop sont indéniables. On joue d’abord les boucles sombres et évolutives qui rappellent parfois le groupe Morphine et puis on trace sur des morceaux plus «carrés» et efficaces. Parfois aussi, on s’aventure dans le plus sophistiqué (avec «Balthazar», par exemple). Locurcio se fend de riffs qui peuvent rappeler ceux de John Fusciante mais s’évade aussi parfois sur le territoire d’un  Clapton ou d’un Ry Cooder. Jacques Pili, fait gronder une basse solide et agile, Lionel Beuvens maintient la pression et Nicolas Kummert se faufile à travers tout. Qu4tre est efficace et nerveux, il n’y manque plus - peut-être - que la notion de show scénique, histoire d’aller jusqu’au bout de l’idée.

 

Rendez-vous l’année prochaine à Mons ?

 

 

A+

 

06/01/2010

Eve Beuvens Noordzee - Sur Citizen Jazz

Après le frère… voici la sœur.

Dans la famille Beuvens on est tous musiciens car, si je ne me trompe pas, le papa a, lui aussi, tâter d’un instrument de musique (le sax ?).

Eve est pianiste. Avec son frère Lionel à la batterie, Yannick Peeters à la contrebasse et Joachim Badenhorst (qui est plus souvent aux States que chez nous) au sax et à la clarinette basse, elle a sorti un très bel album (chez Igloo) que j’ai eu la chance de chroniquer.

C’est ici, sur Citizen Jazz.

 

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Très très bonne écoute…

 

A+

 

04/01/2010

Lionel Beuvens Trio au Sounds

Y a pas à dire, un trio bien soudé et complice, ça fait toujours du bien par où ça passe !

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Ce samedi soir au Sounds, le batteur Lionel Beuvens a réuni autour de lui deux amis fidèles : Sal la Rocca (avec qui il joue dans le trio de Sabin Todorov) et Alexi Tuomarila (qui l’accompagne dans le projet Grass Monkeys).

Premier concert de 2010 sous le signe indéniable du jazz.

Après un morceau chaloupé qui ne fait que monter en groove (le magnifique «Fragile» écrit par Lionel Beuvens lui-même), le trio s’attaque à Ornette Coleman avec «Chronology».

Le jeu virevoltant d’Alexi Tuomarila, qui a mis le groupe de Tomasz Stanko entre parenthèses le temps des fêtes, est d’une justesse impressionnante.

Le pianiste finlandais, éternelle gueule d’ange, habituels Fred Perry aux pieds et bracelets fétiches aux poignets, déroule un jeu virtuose sans ne jamais rien laisser paraître sur le visage.

Sur les ballades, il laisse de côté le lyrisme ou le romantisme bon ton pour plutôt accentuer les arêtes. Son jeu n’en est que plus expressif, presque expressionniste. Et comme pour confirmer cette impression, le trio redessine «Moon And Sand» dans un trait assez nerveux, même si l’on y devine ici et là quelques intonations empruntées à Bill Evans. «What This Thing Called Love?» subit le même traitement avec des musiciens qui jouent au chat et à la souris.

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L’interplay fait merveille et chacun se permet des solos aussi brillants que concis. Sal la Rocca plonge à pieds joints dans des improvisations robustes! Le jeu de Lionel Beuvens va bien au-delà d’un simple soutien rythmique. Il arrive à découper les phrases, à donner du relief à chaque rebond, à dynamiser chaque frappe. Il saute parfois un temps pour mieux accentuer le suivant. Le tout dans un timing parfait.

Ce trio est une sorte de mille-feuille. Sur «Jessica» par exemple, chaque musicien façonne une couche à sa couleur, son rythme, son harmonie. On y descellerait peut-être une pointe de trio de Brad Mehldau époque «House On The Hill» ? À tout moment, ça groove et ça swingue. Et tout est dosé subtilement pour garder une tension optimale.

Pendant deux morceaux («Béatrice» de Sam Rivers et « Mister PC » de Coltrane) le trio se fait quartette avec l’intervention décidée de l’excellent Erik Bogaerts (Bender Banjax) au ténor.

Il y a du monde au Sounds et tout le monde à l’air de s’amuser. On se demande alors pourquoi le trio n’est pas remonté sur scène pour un bis que le public réclamait pourtant avec insistance. Quand c’est bien on en veut toujours plus.

On attend donc de les revoir au plus vite.

A+

 

20/12/2008

aRTET - au Sounds

Le boulot, la crise, le rush perpétuel…

Avec tout ça, je ne suis plus «à jour» avec mes comptes-rendus de concerts (du moins ceux que j’ai vu, car j’ai raté Yaron Herman et Avishaï Cohen à Flagey, le concours «International Young Singers» au Music Village - juste eu l’occasion de passer en fin de soirée et de discuter avec David Linx et Diederik Wissels - Saxkartel à la Jazz Station,  ou encore l’
European Saxophone Ensemble au Kaaitheater).

Retour en arrière.
Fin novembre (déjà!) avec aRTET.
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ARTET joue tout acoustique.
C’est peut-être banal, mais ça m’a frappé lors de leur concert au Sounds.

Je ne sais pas pourquoi, mais je m’attendais à voir François Delporte devant une série de pédales étalées à ses pieds et Tom Callens amplifiant le son de son saxophone…
Hé bien non.
Formule résolument «jazz».

Sans effets  de distos, de pédales wha wha ou de cry baby, Delporte ne s’empêche pas de tirer des sons «biscornus» de sa Fender. Ainsi, sa guitare se fait presque sitar lorsqu’il nous entraîne, par exemple, aux portes de l’Orient avec «Madrid-Instambul»…

Puis, on flâne en cours de route sur des balades jouées cette fois-ci à la guitare sèche («Rain»).
La plupart des morceaux se donnent d’ailleurs le temps de se développer: aRTET soigne la ligne mélodique.
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Parfois, Tom Callens se fait plus incisif, tout comme le batteur Lionel Beuvens (décidément à l’aise dans beaucoup de registres), même si les structures restent assez claires.
Et Ben Ramos soutient parfaitement l’ensemble au son d’un jeu de basse très moelleux.

Avec «Watt’s Up» (morceau-titre de l’album paru chez De Werf) on sent un petit clin d’œil à Wes. C’est nerveux et pêchu en diable. Tout comme «The Rope», qui lui, fait référence à Hitchcock et se permet, du coup, quelques surprises rythmiques.
«Smoke» est plus «swing», «You Said?», assez langoureux et «Santa’s Funeral» joue la mélancolie parsemée de petites phrases simples et plus optimistes.
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On sent vraiment aRTET à la recherche d’un son de groupe et d’une envie de délivrer un jazz actuel influencé par mille et une musiques. Difficile de les situer dans un courant bien précis.
On y entend aussi bien du rock que des ambiances un peu «ECM» ou encore des rythmes venus des Balkans… Tout ça, enveloppé dans un jazz plutôt traditionnel.
C’est tout l’art d’aRTET.

À suivre.

A+

14/12/2008

Igloo, trente ans, rien que du bonheur.

On avait mis les petits plats dans les grands pour fêter les 30 ans d’Igloo.
Le Théâtre Marni avait fait le plein et l’on y croisait du joli monde.

En attendant l’article à paraître sur Citizen Jazz bientôt, je vous fais part de mes coups de cœur de la soirée…
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J’ai bien aimé le sourire de Greg Houben quand il m’a vu au bord de la scène.
Et puis, j’ai bien aimé son nouveau trio, sa manière d’intégrer la pop dans le jazz.
«For No One» des Beatles, par exemple, est une belle réussite.
Tant mieux, parce que les Beatles, pour moi, c’est sacré !

J’ai bien aimé le sourire et l’accueil de Christine Jottard, attentive à ce que tout le monde soit content.
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J’ai bien aimé les sourires et la complicité entre Etienne Bouyer et Cécile Broché.
L’album «Soundscapes» est passionnant de bout en bout et leur mini-concert de ce soir était subjuguant. Cette musique que l’on pourrait croire «difficile» est en fait très accessible  tellement elle est intelligemment composée, arrangée et jouée.
Le résultat est éblouissant.
Et bien sûr, j’ai bien aimé aussi la conversation avec Cécile en fin de soirée.
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J’ai bien aimé le concert solo de Mathilde Renault.
Son univers un peu baba…
Son envie de chanter malgré sa voix cassée.
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Je n’ai pas aimé, mais j’ai adoré, les quelques morceaux qu’Eve Beuvens nous a présenté ce soir.
Je pense qu’elle a vraiment trouvé un son et une voix particulière avec son trio.
Et ce n’est pas facile de se distinguer avec une telle formule.
Les compositions sont inspirées, subtiles et d’une telle fraîcheur !
La connivence entre Eve, Lionel et Yannick se ressent tellement dans cette musique que celle-ci en ressort plus forte encore.
Magnifique.
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J’ai bien aimé l’attitude cool de Joost van Schaik, préparant sa batterie pendant que Jules meublait.
Et bien sûr, j’ai bien aimé le trio de Pascal Mohy.
Musique de velours aux reflets brillants. La classe.
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Et puis, j’ai beaucoup aimé le trio de Thomas Champagne.
Ça cogne, ça trace, c’est terriblement actuel.
Et l’album tient toutes ses promesses.

Et puis, j’ai aimé revoir Jos Knaepen ! Et Christine et Jean-Pierre et Laurent et Philip et André et Babila et Uxia et Georges et Morgane et Nicolas et Fabrice et Mélanie et Jacobien et… et… et…
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Quel bel anniversaire.

A+

13/11/2008

Ivan Paduart Trio - Music Village

Et pourquoi ne pas aller revoir le trio d’Ivan Paduart?
Ça tombe bien, je sors de l’Archiduc où j’ai été convié au Showcase de Fatima Spar - dont je reparlerai bientôt - et le Music Village est à deux pas.
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J’y serai bien allé la veille également, pour écouter le groupe Folk-Tassignon qui m’avait laissé d’excellents souvenirs l’année dernière.
Malheureusement, quelques impondérables m’ont empêché de m’y rendre.

Avec Ivan Paduart, c’est ambiance jazz club assurée.

On est bien, on est décontracté, c’est une musique qui se fait plaisir, qui ne se prend pas la tête et qui est parfaite pour l’endroit.
Sous les doigts du pianiste, les mélodies s’enchaînent avec volupté.
Un morceau de Kenny Baron succède à une compos originale, «Blue Landscape», jouée dans un style très Evansien, puis «Falling Grace» et l’inévitable et néanmoins superbe morceau fétiche du pianiste: «Igor».

Lionel Beuvens a remplacé l’habituel Joost van Schaik et Philippe Aerts tient la contrebasse.
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Ça faisait longtemps que je n’avais plus entendu Philippe en concert.
La dernière fois, c’était avec Nathalie Loriers lors du Jazz Marathon, je pense.
Ce qui me frappe ce soir, c’est la clarté incroyable de son jeu.
Toutes les notes sont extrêmement bien posées, précisément découpées, clairement exposées.
C’est éblouissant.
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Entre les deux sets, j’en profite pour en discuter avec lui.
J’apprends qu’il s’agit d’une nouvelle contrebasse. Qu’il l’a découverte en Italie, il y a peu, lors d’une interminable tournée mondiale avec Richard Galliano.
J’ai droit alors à un très intéressant point de vue sur les qualités d’une contrebasse, cet instrument «indomptable», voire «instable» diront certains.
On parle de longueur de cordes vibrantes, de distance entre les cordes et le manche, de la forme, du chevalet, du bois et de toute la magie indicible de l’instrument.
Son œil brille lorsqu’il évoque le plaisir de jouer sur une telle contrebasse.
Je le comprends car celle-là lui va superbement bien.

Le deuxième set reprend.
Paduart, toujours aussi romantique ou lyrique, se fait un peu plus incisif. Il y a quelques intonations à la Kenny Werner sur le très vibrant «My Foolish Heart».
Le trio s’échappe avec «Madeira» en forme de calypso, puis revient avec un thème qui porte la griffe reconnaissable de Paduart: «If We Could».
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Ce soir, le groupe nous rejouent l’Art du Trio, celui de l’écoute et du dialogue.

Mais Ivan jouera dans un tout autre contexte le 12 décembre au Cirque Royal, puisqu’il sera entouré de Fay Claassen, de Bob Malach et du prestigieux Metropole Orchestra.

J’espère y être…

A+

19/09/2008

Pierre Anckaert et Saint jazz Ten Noode

Lors du concert d’Esperenza Spalding, je rencontre mes amis Georges Tonia Briquet (Jazzmozaïek, Brussel Deze Week, enz…) et Patrick Bivort (Jazz Hot, RTBF, Dinant Jazz Nights, etc…).
Avec eux, je discute un peu avec Esperanza (l’interview, ce sera pour sa prochaine visite en Belgique) et avec Ricardo Vogt.

Alors que je voulais rentrer tôt, nous nous sommes retrouvés, (vous voyez ma force de caractère!?), une vingtaine de mètres au-delà de l’Ancienne Belgique: au Live Music Café.
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Là, Pierre Anckaert, accompagné de Lionel Beuvens (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb), initiait une jam.
Le Live Music Café est un endroit assez bruyant qui propose des concerts chaque jour: du jazz, du blues, du rock, de la pop, de l’afro, de la world…

Même si Pierre Anckaert possède une frappe sèche et affirmée, il n’est pas facile d’écouter le trio (ni de jouer sur un piano pas vraiment accordé?) alors qu’une télé (écran plat, LCD, 32 pouces) diffuse un match de foot !!!!!!!!!!!
Y a un truc qui cloche les gars…

Heureusement, on pourra revoir Pierre Anckaert lors du festival Saint Jazz-Ten-Noode ce samedi… dans des conditions bien meilleures.
Et ça vaut la peine.

A+

30/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 2)

Et le deuxième jour à Dinant Jazz Nights, c’était comment ?

Hé bien, c’était bien !
Après avoir un peu flâné dans la ville et ses environs, après avoir eu le temps le temps d’écrire quelques lignes pour Citizen Jazz et après avoir eu l’occasion de lire le très long et très intéressant article de Brad Mehldau à propos de la créativité musicale dans Jazzman (je vous en recommande la lecture), je suis retourné sur le site du Festival.

Je faisais, en plus, partie du jury pour le concours des jeunes talents jazz, en compagnie de Jean-Pierre Goffin (Vers l’Avenir / Showcase) et de Jean-Marie Hacquier (Jazz Hot). Mais je vous en parlerai plus tard, dans un billet spécial.
Ça vaut bien ça.

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En attendant, se produisait sur scène le groupe de Greg Houben et Julie Mossay.
Leur projet, que j’avais découvert en 2006 lors du festival Jazz à Liège, est bâti en partie sur des œuvres de Fauré et de Debussy.
À cela, ils ont mélangé des chansons brésiliennes (Buarque, Jobim…) ainsi que du jazz.

Le résultat m’avait déjà emballé la première fois et je suis encore resté sous le charme de cette belle idée, intelligemment mise en musique.

Greg et Julie, entourés de Pascal Mohy (p), Stephan Pougin et Lionel Beuvens (dm), Quentin Liégeois (g), Mathieu Vandenabeele (Rodhes) et Sal La Rocca (cb), avaient aussi invité Steve Houben (fl) sur un ou deux thèmes.

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Le résultat est magnifique, lyrique (voix merveilleuse de Mossay), sensuel (le chant et la trompette de Greg Houben), groovy (les percus), poétique (le piano et la guitare) et bien dans son temps (les effets électro justes de Mathieu).
Une fusion originale qui exclut avec brio les clichés.

Autre grand moment très attendu: Rhoda Scott et Eric Legnini en duo.

Même Guy Le Querrec ne voulait pas rater ce moment.

2003

Piano et orgue Hammond.
Jazz, soul et gospel.
L’interaction est idéale dès le début.
Rhoda déroule d’abord le tapis sous les notes enivrantes de Legnini («Trastevere», «It Could Happend To You») avant que le pianiste ne renvoie l’ascenseur sur «I Love The Lord»...

2004

Ça swingue, ça chauffe et tout le monde s’amuse.
Même Toots Thielemans montera sur scène pour accompagner nos deux claviéristes pour un brillant «Sunny Side Of The Street».

2005

Pour clôturer la soirée, et en remplacement de Milton Nascimento qui avait donc déclaré forfait la veille du festival, Tania Maria et son quartette feront danser gentiment le chapiteau.

2008

Mélange de classiques («One Note Samba» ou «Agua de Beber») et de compositions originales, l’ensemble est servi avec élégance par Marc Bertaux (eb), Tony Rabeson (dm) et toujours l’excellent Mestre Carneiro (perc).

Toots, toujours dans le coin et toujours bon pied bon œil, fera à nouveau un passage sur scène pour notre plus grand plaisir.

2007

Moins délirante que la dernière fois où je l’ai vu (Jazz Middelheim), la pianiste brésilienne nous a quand même offert un excellent concert, frais et joyeux.

2006

Allez, une bonne Leffe au fut, quelques discussions et fous rires avec musiciens et amis et… au lit (la journée commence tôt dimanche: 15h à l’Abbaye pour un duo absolument magique – oh oui ! - entre Rhoda Scott (sur les grandes orgues) et Steve Houben au sax).

A+

27/04/2008

Sabin Todorov Trio - De Werf

On connaît bien Sabin Todorov comme excellent accompagnateur de chanteurs et chanteuses (il a longtemps sévi dans les Singers Nights au Sounds et lors du International Young Jazz Singers du Music Village).
Ils le disent tous: Sabin les soutient et les porte grâce à une qualité d’écoute exemplaire.

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L’homme est sensible, fin, raffiné… presque timide.
Mais ce n’est pas parce qu’on est timide, qu’on n’a rien à dire.
Et Sabin a quelque chose à dire et à raconter.
C’est évident.
Alors, discrètement, au fil des années, il a choisi son trio et choisi ses thèmes. Il a rodé la formule l’année dernière lors des Jazz Tour des Lundis d’Hortense.
Et le voilà aujourd’hui avec un premier album et une tournée des JazzLab Series.

Direction De Werf, à Bruges pour découvrir son univers.

Le trio attaque avec un traditionnel Bulgare («Krivo»), très sautillant, entraînant et dansant, avant d’enchaîner avec «Red Carpet», une ballade lyrique aux notes scintillantes.

Le jazz de Sabin Todorov est fortement influencé par ses origines slaves.
On lui en voudrait, d’ailleurs, de ne pas en injecter dans sa musique.
C’est cela qui lui donne toute sa personnalité.

Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser aussi à Bojan Z, parfois. Sur «The Field», par exemple. Ce morceau incisif souligne la cohésion du groupe, révèle le jeu sec et tranchant de Lionel Beuvens à la batterie, et met bien en valeur la basse ondulante, grave et sensuelle de Sal La Rocca.
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Le trio se connaît bien et on le sent prêt à prendre des libertés, à se surprendre et à nous surprendre.
À ce titre, «Carambol» ou « Mirage » sont exceptionnels.
Ce dernier morceau, introduit magnifiquement par Sal, évoque la solitude, l’abandon et la froideur d’une nuit dans le désert.
Puis, comme un vent qui se lève, le piano et la batterie viennent rejoindre la contrebasse.
L’ouragan s’approche mais n’éclate pas et seul le piano reprend à son compte les fines notes orientales et nostalgiques du thème.
Puis tout s’agite à nouveau et le trio repart dans un jazz énergique et musclé.
Les improvisations sont riches en rebondissements, et se terminent cette fois par un solo de batterie. Un solo fabuleux qui reste dans l’esprit du morceau: groovy, nerveux et chaloupé.
Retour au thème et final explosif.
Brillant.
Magnifique.
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Le deuxième set débute en piano solo.
Dans ces moments plus intimes, toujours mâtinés d’un esprit balkanique, Todorov révèle un touché sensible qui flirte avec Bill Evans ou Lennie Tristano.

On retrouve un peu cette influence, lors du rappel, sur «Eclipse», un morceau extrêmement dépouillé, très contemporain et assez débridé dans sa construction.
Tout cela est joué sans maniérisme, sans cliché mais avec une vraie personnalité.

Un trio à suivre, assurément.

Le disque de Sabin Todorov («Inside Story») vient de sortir chez Igloo.
Le groupe sera en concert au prochain festival Jazz à Liège dont l’affiche est, cette année encore, plus qu’alléchante.

Il faudra y être.

A+

18/10/2007

Hertmans (Jazz Station) Bart Defoort & Emanule Cisi (Sounds)

Comme me le disait dernièrement une excellente amie chanteuse: «Jacques, tu es très en retard dans la mise à jour de ton blog !»

Hé oui, c’est vrai, c’est derniers temps, mes journées et mes soirées furent très (trop) remplies…
Heureusement que le Sounds reste ouvert très tard (ce qui permet d’aller boire un verre en sortant du bureau... vers 23h). Ça ne repose pas vraiment son homme, mais ça fait tellement de bien que ça redonne une bonne pêche!

Je reviendrai donc plus tard sur quelques sujets qui me tiennent à cœur (disques, livres, artistes, etc.), mais avant cela, un petit mot sur les concerts de samedi dernier.

D’abord, Peter Hertmans Quartet à la Jazz Station.
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Je suis arrivé pour le deuxième set. (Hé oui… boulot).

Une habitude avec ce groupe...

Après un premier thème assez «groovy» («Pure Soul»), Peter installe le climat tout en retenue de «Cadence 1».
Les phrases du guitariste se font longues et étirées.
On est dans une atmosphère très ECM.
A la batterie, Lionel Beuvens joue avec beaucoup de légèreté et de souplesse. La combinaison avec Théo De Jong (à la guitare basse acoustique « électrifiée ») fonctionne à merveille.
Plus tard, sur un autre thème aux accents un peu plus folk, c’est avec le soprano de Daniel Stokart que la magie opère.

Bien que naviguant entre post-bop et fusion, le quartet élargit parfois le spectre vers une musique plus latine ou un groove qui flirte avec le funk.
L’ensemble a quelque chose de touchant, d’humain. On sent une belle complicité entre les musiciens. Pas de chi-chi, pas de longueurs: ça joue.

Lionel Beuvens  ayant un autre gig, on n’aura pas droit à un rappel.
Dommage, avec le furieux «Doctor Dré», le groupe nous avait mis l’eau à la bouche.

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Direction «Le Sounds» pour écouter Bart Defoort (Jazzhood) et Emanuele Cisi.

J’avais déjà entendu le saxophoniste italien il y a quelques années lors d’un concert au Music Village (avec Michel Benita et… Aldo Romano (??)).
J’étais curieux d’entendre le résultat que pouvait donner les deux ténors rassemblés.

Hé bien, on peut dire que ça fonctionne.
Et plutôt bien !
Il est même d’ailleurs question qu’un enregistrement studio suive.

A quelques exceptions près («Easy Living», un morceau de Kurt Weil ou «The Chase» de Ron Van Rossum), la plupart des morceaux sont des originaux écrits par Emanuele ou Bart.
Et tous les arrangements sont du musicien belge.
C’est fantastique car, à aucun moment, les souffleurs ne se marchent sur les pieds.
Au contraire, ils se complètent magnifiquement.
Il faut les entendre jouer à l’unisson sur «Taïs».

On est dans un tout autre style que lors du concert que Bart avait donné avec Jereon Van Herzeele lors du Jazz Marathon cet été. Ici, on est plus dans un bop moderne. Moins éclaté, mais tout aussi brillant et dynamique.
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Cisi est souvent très énergique, voire parfois explosif. Et ses dialogues avec l’excellent Sebastiaan De Krom (oui, oui, le batteur de Jamie Cullum) furent d’une intensité remarquable.

Le batteur, au drive très sûr et précis, nous offrit une belle démonstration lors d’un de ses solos. Il joue, comme il aime à le faire, avec toutes les parties de la batterie (caisse, supports etc.), il étouffe les sons avec un pied sur les tambours, et nous fait un roulement qui part du tonitruant pour aller vers un touché des plus délicats.

Autant dire qu’avec un tel batteur, Sal La Rocca était aux anges.
Et on le voit jubiler sur «Alma» joué à 100 à l’heure.

Il ne faudrait pas oublier dans ce groupe le pianiste.
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Ron Van Rossum m’a sans doute le plus impressionné ce soir.
Je l’avais entendu quelques fois lors de jams, mais rarement en concert.

J’adore ce genre de pianiste.
Ron a un sens de l’écoute incroyable, une attaque franche, un débit tantôt rapide, tantôt parcimonieux. En l’écoutant, j’avais le sentiment d’entendre l’influence d’un Bud Powel.
Toujours prêt à changer de direction, à lancer des idées. Son touché et son phrasé sont merveilleux. Dans ses solos, il continue à jouer avec la batterie, il laisse des respirations, se relance sur d’autres pistes, cherche, trouve…
Il n’en met pas partout… et pourtant, la musique est là.
C’est grisant.

Je ne demande qu’à réentendre tout ça.
Sur disque, mais aussi sur scène.

Quel plaisir le jazz !
Je discute avec les musiciens au bar jusqu’à une heure très avancée de la nuit.

Je vais avoir une de ces pêches demain matin, moi !

A+

16/09/2007

Eve Beuvens - Théâtre Marni

Il y a des années que je me promets d’aller écouter le trio de la pianiste Eve Beuvens.
Mais chaque fois que l’occasion se présentait, j’avais un empêchement.

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Cette fois-ci, je n’ai pas raté cette opportunité.
Il faut dire, à ma décharge (si, si…), que ce groupe ne tourne pas énormément non plus…
Heureusement, dans le cadre des «rencontres jazz» au Théâtre Marni, Jules Imberechts a eu la bonne idée de programmer le «nouveau» trio d’Eve (son frère, Lionel Beuvens a pris la place de Jérôme Colleyn).
Du côté de la contrebasse, pas de changement, il y a toujours Yannick Peeters.

Connaissant Eve, pour l’avoir vu jouer dans différentes formations ou lors de jams, je m’attendais à entendre un trio évoluant dans un esprit Evansien.
Bien sûr on entend, ici et là, quelques influences du pianiste américain, mais, plus d’une fois, le trio s’en éloigne et va plutôt flirter du côté d’un Eric Watson ou d’un John Taylor.
Pour preuve, et pour souligner l’apport de ce dernier dans la démarche musicale d’Eve, le groupe reprend, en fin de concert, un morceau du pianiste.

«Compo 2», écrit par Eve, est d’ailleurs un peu pensé dans cet esprit.
Un peu lunaire, assez intimiste, gardant toujours une délicatesse vacillante, une stabilité quelque peu trouble.

Sur d’autres morceaux, les musiciens n’hésitent pas à ouvrir encore un peu plus le jeu, à improviser de manière assez libre. A oser s’aventurer dans l’inconfort, à créer de surprises. Comme sur le passionnant «Bij Mij» écrit par Yannick Peeters, qui joue les silences et les structures «flottantes».

Les moments intenses - comme pour «North Sea» où Eve joue avec la matière du piano (elle fait craquer le bois, fait crisser les cordes, grincer la pédale, créant ainsi un univers minéral, frissonnant et mélancolique) – se succèdent aux instants plus romantiques et lyriques.
On retrouve alors parfois un touché à la Brad Mehldau ou un groove à la Esbjorn Svensson de la bonne époque (du temps de «From Gagarine’s Points Of View» ou «Good Morning Susie Soho», par exemple).
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Quelques standards sont intelligemment revus et arrangés, comme «Everything I Love» de Cole Porter ou «Alone Togheter». On perd par contre un peu le fil sur «All The Things You Are»…

Avant le très «soul» et joyeux «Little Scorpions», il y eut, à mon avis, un des plus beaux morceaux de la soirée : «Fragile» (écrit par Lionel).
On sentait là tout le potentiel du trio. La musique passait entre les musiciens tel un fluide. Chacun ajoutant sa touche. Un dialogue merveilleux s’installait entre eux.
Excellent.

On sent que ce trio est en train de se découvrir petit à petit un langage personnel.
Et ça, c’est plutôt intéressant.
Alors, tenez-le à l’œil et à l’oreille.
Moi, en tout cas, c’est ce que je vais faire. En espérant ne plus être contrarié dans mon agenda…

A+