21/07/2016

Laurent Doumont - Sounds

Un concert de Laurent Doumont est souvent l’assurance d’un moment plein de groove, de chaleur, de sensualité et d’humour. Avec le temps froid et pluvieux qui sévit sur la Belgique en ce mois de juin pourri, ça ne peut faire que du bien.

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Au Sounds, pour l’un des derniers concerts de la saison (vendredi 24 juin), le saxophoniste/chanteur entouré de Sal La Rocca (cb), Vincent Bruyninckx (p), Lorenzo Di Maio (eg), Lionel Beuvens (dm) et Olivier Bodson (tp), nous propose un retour sur son album «Papa Soul Talkin’» sorti en 2012 déjà. Autant dire que la machine est bien rodée et que la musique coule avec facilité.

Et c’est avec toute la décontraction et l’humour décalé qu’on lui connaît, que Laurent Doumont annonce et enchaîne les morceaux : les bouillonnants « Do Me Wrong », « Back On Brodway » ou « Song For Jojo », les irrésistibles « Gonna Be A Godfather », « Everything I Do Gonna Be Funky » ou encore le feutré et voluptueux «Sleeping Beauties »…

Visiblement, ça s’amuse sur scène et, forcément, dans la salle.

Servi par le drumming souple et onduleux de Lionel Beuvens et la contrebasse plus chantante que jamais de Sal La Rocca, Laurent Doumont alterne fulgurances au sax et voix de crooner au chant. Puis il reprend les riffs à l’unisson avec Olivier Bodson (brillant de clarté et d’élégance) ou avec Lorenzo Di Maio.

Mais il laisse aussi tout l’espace à ses comparses pour d’éclatants solos. Di Maio fait ainsi monter la sauce dans des impros mêlant blues, soul et funk. Le phrasé est agile et net. Bodson n’est pas en reste et sur « Big City » il fait briller de mille feux la soul mélancolique qui plane sur le morceau. Et que dire de l’intervention magnifique, parsemée de glissandos sensuels, de Sal La Rocca sur « Cocaïne Blues »…

Mais bien sûr, on ne peut pas passer à côté du jeu extraordinaire et d’une profondeur inouïe de Vincent Bruynickx au piano ! A la fois sobre et fougueux, il arrive toujours à insuffler des notes bleues et de légères digressions dans un jeu qui donne une perspective incroyable à l’ensemble. Même sur un amusant « Black Is Black », en rappel, il arrive encore à inventer, à colorer et à prendre de la hauteur.

Laurent Doumont a bien de la chance d’être entouré de la sorte. Et nous, on a bien de la chance qu’il perpétue, avec autant de personnalité, de talent et de décontraction, la tradition d’un soul jazz toujours aussi jubilatoire.

 

 

A+

 

 

 

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29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

15/11/2012

Laurent Doumont - Sounds

Le Sounds affiche pratiquement complet ce samedi 3 novembre. Il est presque aussi rempli que lors d’un Jazz Marathon. Tout le monde est venu pour la sortie du deuxième album de Laurent Doumont  (le premier datait déjà de 2001) : Papa Soul Talkin’.

S’il y a du monde dans la salle, il y en a aussi sur scène, puisque l’équipe s’est réunie au grand complet.

Vincent Bruyninckx (p), Sal La Rocca (b), Lionel Beuvens (Ds), Raf Debacker (Org), Lorenzo Di Maio (g), Olivier Bodson (tp), Alain Palizeul (Tb) et bien sûr Laurent Doumont (ts, voc).

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«Back On Brodway» un peu soul, un peu boogaloo, puis «Love Or Leave», au groove bien balancé, nous mettent directement sur orbite.

On le comprend tout de suite ! L’ambition de Laurent Doumont n’est pas seulement de jouer de la soul-funk, mais de la revoir et de l’arranger à sa sauce. Il va puiser l’inspiration dans l’ADN de ces bons vieux Jack McDuff, Canonball Adderley, Gene Ammons ou encore Eddie Harris.

Mais il ne se contente pas d’un simple hommage ou encore moins d’une quelconque imitation. Doumont respire et vit cette musique, et c’est pour ça qu’elle lui va si bien et qu’elle sonne si bien. Avec sa bande, il insuffle un esprit actuel, frais et puissant. Pas question ici de tout casser et de faire le malin. Laurent Doumont respecte trop cette musique que pour la dénaturer. La modernité est générée par l’énergie de l’instant ! Le swing reste le pivot central du groupe, et ça balance fermement du côté des hanches et du bassin. Les musiciens savent y faire. Chacun y apporte sa touche.

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Olivier Bodson balance quelques solos brillants. Le son est clair, limpide, lumineux. Sans pour autant jouer rapidement, ça file à cent à l’heure. Ça doit être ça «avoir le sens du groove».

Et quand viennent les ballades («Serenity Now» ou «Sleeping Beauty»), la sensualité se mêle aux déhanchements. Le ténor de Doumont se fait plus sensuel encore, on sent qu’il a écouté et vraiment aimé ces formidables saxophonistes de la grande époque. Et il n’a rien à leur envier. Et quand il chante - avec cette voix au grain particulier, éraillée juste comme il faut - cela fonctionne à merveille. Le charisme et la coolitude font le reste, pas besoin de forcer.

La touche «vintage» est assurée par Raf Debaker. Derrière son orgue, il ponctue intelligemment les échanges entre le sax, la trompette, le trombone ou… le piano de Vincent Bruyninckx. Il y a entre ces deux-là comme un fil invisible. La musique s’échange et tourbillonne avec une légèreté incroyable. Il n’y a pas à dire, tous possèdent le flow.

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Et comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur, Doumont y ajoute une touche de guitare. Et de ce côté là, Lorenzo Di Maio étonne de plus en plus. On le sent vraiment à l’aise dans ce contexte. Il est ici comme un poisson dans l’eau. Il possède cette fluidité dans le phrasé et ce blues qui lui brûle les doigts, mais il a surtout cette façon d’enchaîner les arpèges avec une souplesse qui souligne bien sa personnalité.

Le groupe peut aussi compter sur une solide rythmique, sur des vrais gardiens du time : Sal La Rocca et Lonel Beuvens, impeccables de bout en bout.

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Doumont fait donc le tour de la soul, à sa façon. Il passe le nez à la fenêtre de la New-Orleans, il se balade un peu sur les bords du Mississipi, remonte vers le Michigan, va saluer James Brown et d’autres étoiles de la Motown, puis revient et nous raconte sa propre histoire.

Quand Papa Soul’s talkin’, listen to him… and move. And enjoy !

A+

 

 

 

11/06/2011

Brussels Jazz Marathon 2011

 

Plutôt «light» mon Jazz Marathon, cette année.


Sorti tard du bureau vendredi, je suis allé directement sur la Grand Place. J’aurais pu aller écouter Manu Domergue et Etienne Richard au Sablon, ou revoir Borderline à la Place Ste Catherine, mais non… je suis allé voir Eric Legnini. Et Krystle Warren.

Le temps de m’enfiler une pita chez Plaka (ce sont quand même les meilleures) et me voilà devant la scène.

Legnini derrière le Fender, Frank Agulhon derrière la batterie et Thomas Bramerie derrière la «volante» qu’il teste avant de l’emmener en tournée en Asie.

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C’est «Black President», puis «Kitchen Maquis». Ça groove, même si le son de façade est moyen. Eric – et les autres – ont l’air sincèrement heureux d’être là. Entre eux, c’est indéniable, il y a une complicité étonnante. Et quand Krystle Warren arrive pour chanter «Joy», on la sent tout de suite à l’aise dans ce groupe. Sa voix est assez incroyable. Graineuse, grave et claire à la fois. Casquette vissée sur la tête, les mains dans les poches, Krystle a enfilé sa veste, elle trouve le temps un peu frisquet. On a connu des Jazz Marathon sous des cieux bien moins cléments. Les thèmes s’enchaînent, Krystle se réchauffe et empoigne sa guitare, puis se lâche dans des impros vocales profondes sur «The Old And Grey». Entre folk, pop et soul jazz, le trio embarque avec lui un public ravi.

Je descends Rue des Riches Claires, vers le Floreo, pour écouter Alegria. Ben Prischi (p) et Nico Chkifi (dr) terminent le premier set. J’arrive juste au mauvais moment. Le temps de partager une bière avec les musiciens, de discuter un peu avec eux et je remonte vers le Lombard pour écouter Gratitude Trio, c’est-à-dire Louis Favre (dm), Jereon Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb).

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J’avais pris une belle claque avec ce groupe, l’année dernière au même endroit. J’ai donc tendu l’autre joue avec délectation cette année. Et je ne l’ai pas regretté. Encore plus soudés, encore plus forts et encore plus complices, ces trois mecs y vont à fond! C’est un bouillonnement inouï qui se dégage de ce trio. L’écoute est parfaite entre eux et les challenges qu’ils se lancent sont fantastiques. Il y a une énergie folle qui galvanise les musiciens et le public. On y sent les influences d’Albert Ayler ou de Coltrane. De Peter Brötzmann aussi sans doute. C’est explosif, incandescent. Les musiciens explorent la musique, malaxent les sons, bousculent les idées toutes faites. Jereon dompte l’Ewi puis revient au tenor, Louis fait exploser ses fûts et Alfred déglingue sa basse. C’est de la pyrotechnie excessivement bien réglée !

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Retour sur la Grand Place. Du blues, de la soul et du funk : Marc Lelangue (eg) et sa belle bande d’Heavy Muffuletas font chavirer la foule. Ça balance sec : Laurent Doumont (ts), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Alain Palizeul (tb) forment une sacrée section de cuivres! Et quand Mariana Tootsie prend la scène, ça déménage aussi. Quelle voix ! Quelle puissance, quelle aisance, quelle présence. Pas de chiqué, pas de triche, Mariana remet quelques pendules à l’heure. Du bonheur.

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Je serai bien allé écouter Fabian Fiorini à Flagey, mais je craignais de ne pas pouvoir entrer, une fois le concert commencé. Alors, j’hésite : la jam à la Jazz Station avec Pascal Mohy, Sal La Rocca et Lieven Vencken ou terminer au Sounds? Allez, juste un détour du côté de la rue de la tulipe. Le trio de Legnini termine son deuxième set. Il y a du monde jusque sur le trottoir. La nuit avance. On bavarde, on rigole, on écoute, on applaudit. Le trio et la chanteuse ne lâchent rien. Ils en donnent au public. Fin du troisième set. Le public se disperse peu à peu. Je bavarde avec Eric, Frank et d’autres musiciens qui se sont donnés un ultime rendez-vous au club.

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Il est plus de 2h30, Eric, Frank et Thomas remontent une dernière fois sur scène. Ils jouent pour moi… Oui, enfin, pour quelques autres irréductibles aussi… Jazz after hours, c’est magique et ça ne s’explique pas.

 

Samedi 16 heures, Place Fernand Cocq.

Jury des jeunes talents. J’adore ça. Pourtant, il faut désigner un gagnant. Un seul. Pas si drôle.

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Il y a  d’abord le quartet de Guillaume Vierset (g). Pas simple d’ouvrir un concours. Le début est un peu timide, puis ça se réchauffe. Le groupe installe des climats, joue l’intimité, puis se s’ouvre un peu. Le vibraphone (Jérôme Klein) apporte une couleur assez intéressante au groupe, une sorte de luminosité légèrement décalée. C’est super bien exécuté, ça groove souvent, mais ça reste peut-être encore un tout petit peu trop sage à mon goût.

 

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C’est au tour de Lift de monter sur scène. Ici, on repère vite de belles personnalités, comme Dorian Dumont aux claviers ou Thomas Mayade au bugle. Et puis il y a, bien sûr, la voix d’Emily Allison. Lift propose une musique assez sophistiquée où l’on devine aisément les influences de David Linx, mais aussi de chanteurs plus pop. Le groupe n’hésite pas à prendre des risques sur des compositions parfois complexes. Les échanges entre voix et bugle se jouent souvent sur le fil du rasoir («Dark Flow»). L’équilibre est parfois précaire et l’exercice difficile.

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Avec Franka’s Pool Party de Marjan Van Rompay (as), on entre dans un autre registre. Ici, on ressent déjà une belle maturité et une vision assez claire. Le répertoire, résolument actuel, a mûri sur le terreau d’Ornette Coleman. Le drumming nerveux et hyper découpé de Jens Bouttery et les envolées de Sep François au vibraphone se mélangent à merveille aux attaques incisives de la saxophoniste. Hugo Antunes ajoute du liant à l’ensemble. Le set est nerveux, précis, clair et sans bavure.

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Le choix n’est pas facile du tout. Le débat au sein du jury est assez animé. C’est indécis. Faut-il primer la justesse, la modernité, la prise de risque, la cohésion, l’originalité, la qualité des compos, la qualité des interprétations? Il faut juger avec le cœur, avec la tête… Peser le pour, le contre. Difficile.

Finalement, c’est Lift qui l’emporte et qui aura la chance d’aller jouer, entre autres, au Jamboree à Barcelone, le 26 juillet. Quant à Jens Bouttery, il emportera le prix du meilleur soliste.

On entendra encore ces trois groupes au Sounds le 24 juin. Venez vous faire une opinion, ça vaudra la peine.

Après cela, je serais bien allé au Théâtre Mercelis écouter Lab Trio puis Kris Defoort. Ou Isabelle Antena au London Calling ou Vincent Thekal à la Fleur en Papier Doré, Laurent Doumont à la Grand Place, Philip Catherine au Sounds, Nono Garcia à la  Jazz Station… mais je suis un peu crevé et dimanche sera un longue journée de boulot… sans jazz… ou presque.

J’avais dit «light», non?


A+

10/04/2010

Da Romeo Crazy Moondog Band Feat. Paco Sery au Sounds

Contrairement au concert de Makoto, le Sounds est, ce samedi 25 mars, bourré comme un œuf. Et c’était pareil la veille.

Pourquoi? Da Romeo et son Crazy Moondog Band font la fête. Les fans et les inconditionnels du king de la basse électrique sont au rendez-vous. Plus fort encore: pour que cette soirée soit vraiment inoubliable, Daniel a invité l’incroyable batteur Paco Sery. Paco et Da Romeo se connaissent bien et ont souvent joué ensemble. Ça va dépoter sec.

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C’est sûr, il ne fallait pas manquer ça. Et autant dire que ceux qui y étaient en ont eu pour leur argent! Non seulement le groupe «de base» est déjà une sacrée expérience à vivre, mais dynamité par Paco Sery, cela devient une véritable bombe. Et pas à retardement.

Funky funky funky… Le son est monstrueux. Ça claque, ça transpire, c’est chamarré, c’est brûlant.


 

Le boss manie la basse comme personne. Paco fait ce qu’il veut à la batterie. À deux, complices comme jamais, ils pilotent le groupe. Ils s’amusent comme deux gamins.

Tantôt soul, tantôt afro, le groove est partout. C’est incandescent.

Olivier Bodson (tp) file à cent à l’heure, Hervé Letor (ts) s’immisce dans tous les bons coups, Vincent Bruyninckx fait courir les doigts sur son Fender… Et puis, Julien Tassin (eg) s’explose littéralement dans un solo de folie. Ils sont tous intenables.

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En fin de set, Da Romeo invite Laurent Doumont (ts) et Alain Palizeul (tb) à se joindre à eux, histoire que la fête soit vraiment complète.

On attend toujours et encore Da Romeo sur CD (Il est où, celui avec Mike Stern ? Et l’enregistrement live – avec video – au Sounds, où reste-il?) . C’est énervant ! … Et puis on se dit que c’est sur scène qu’il faut vivre ça. N’empêche, emporter un peu de cette dynamite chez soi, ne me déplairait pas.

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Merci à Jempi pour la video!


A+

 

24/02/2009

Marc Lelangue au Sounds

Rattrapons le temps perdu (troisième épisode)

Des journées interminables, qui commencent tôt, se terminent souvent tard et m’empêchent d’aller écouter tous les concerts qui m’intéressent, c’est un peu mon lot quotidien ces derniers temps.

Vendredi treize (jour de chance?), ma semaine ne se termine pas trop tard et j’arrive juste à la fin du premier set, au Sounds, pour écouter Marc Lelangue.
Voilà qui va me faire du bien !
Un concert qui va chasser la fatigue et me redonner la pêche, c’est sûr !
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Et voilà. Bingo !
Le blues-funky-R&B de Marc Lelangue agit sur mon métabolisme.

Autour de Marc, ce soir, il y a du beau monde: les Heavy Muffulettas !
Un truc qui tient au corps, si vous voyez ce que je veux dire (le Muffuletta est un pain fourré de salami, mortadelle, fromage qu’on trouve en New Orleans).

Des soufflants époustouflants: Olivier Bodson (tp), Laurent Doumont (ts), Alain Palizeul (tb). Une rythmique rageuse: Patrick Dorcéan (dm) et Augustin Foly (elb). Un Pianiste en grande forme: Philippe Reul, et deux chanteuses puissantes et sensibles avec de l’humour à revendre: Mariana Tootsie et Camille de Bruyne.

Marc Lelangue est un vrai bluesman. Il ne joue aucun rôle, il est sur scène comme à la ville. Le blues transpire par tous ses pores.
J’aime bien chez lui son côté désabusé, presque fataliste, cynique parfois.
Sa générosité aussi, sa simplicité.

Entre les morceaux («Such A Night» - fabuleux thème de Dr.John – «Who Shot The La La», «Ooh Poo Pah Doo», «Let’s The Good Time Roll», «I Don’t Need No Doctor», «Georgia»…), Marc Lelangue prend un malin plaisir à souligner avec tendresse nos petits défauts, nos petites fêlures, nos faiblesses.

Puis il entonne de sa voix grave, éraillée et profonde tous ces tubes avec une énergie formidable. On tape du pied, on a le sourire aux lèvres... alors le cœur s’allège.

On alterne le blues et le folk, la country et la soul.
Les cuivres donnent de la voix et les chanteuses aussi.
On ne fait pas dans la demi-mesure…
Et la musique est bien servie, bien tassée.

On ne m’avait pas menti, le Muffuletta façon Lelangue, c’est du costaud.

A+

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

16/06/2007

Da Romeo Band - Sounds -

Ambiance des grands soirs ce lundi au Sounds.
Il faut dire que c’était la première partie de l’enregistrement du prochain DVD de Daniel Romeo.

Eh oui, ça fait des années qu’on attend la sortie de son album.
Il est enregistré, mixé et tout et tout…
Mais s’il est mal distribué… à quoi bon ?

Pourtant, il y a Toots Thielemans, Rosario Giuliani, Mike Stern et d’autres…
Allez comprendre.

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Alors, Daniel s’est dit que si cet album devait sortir, ce serait accompagné d’un DVD… Quitte à tout auto produire.

Lundi soir dans le club, il y avait du monde, quatre caméras et des spots supplémentaires. Et dans la rue:un gros camion.

Un poil tendu au début, le groupe s’est vite laissé aller au funk explosif dont il a le secret.

Les Sounds a donc vibré aux sons de la basse du maître mais aussi des cuivres insolents: Alain Palizeul au trombone parfois très chicagoan, Laurent Doumont au sax tantôt funk, tantôt soul et Olivier Bodson à la trompette énergique et puissante d’un bout à l’autre du concert.

C’est peut-être Giovani Rizutto qui, dès le deuxième morceau, mettra vraiment le feu aux poudres.
En effet, le guitariste part dans un solo extravagant. Il pousse loin, loin, très loin son impro. Il fait littéralement siffler sa guitare.
Cela invite le batteur Yves Baibay à poursuivre le mouvement… Et comment !!

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La spirale folle est enclenchée et le leader s’embarque à son tour dans une longue impro, énergique et puissante, accentuée par des effets sobres mais efficaces à la pédale wha-wha.

De la bombe.

Toujours hyper groovy, Michel Bisceglia au Fender Rhodes ajoute cette touche soul, parfois churchy, qui s’accorde si bien avec la trompette de Bodson.

On souffle un peu avec une ballade et puis on termine le premier set en force…

A la reprise, le groupe semble encore plus déterminé et libéré.
Pourtant, c’est un démarrage en douceur, avec une ballade qui nous permet d’apprécier la subtilité de jeu de Laurent Doumont au soprano.

Le groupe oublie alors totalement les caméras et se lance, sous l’impulsion de Romeo dans un funk bouillonnant.
Nicolas Fiszman se met un peu plus en avant.
Le son devient plus tellurique encore, la précision cède un peu le pas à l’énergie pure et dure.
C’est une éruption totale.

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Dans cette moiteur, cette effervescence, cette ambiance survoltée, Da Romeo Band alterne le blues, la ballade et le funk le plus «sale» qui soit, pour notre plus grand bonheur.

Et ce n’était que le premier soir!

Ça promet pour le DVD.


A+

30/05/2007

Le jazz Marathon et un vainqueur (Part2)

Sur la place Fernand Cocq, les premiers spectateurs arrivent par petites grappes pour écouter les trois jeunes groupes qui concourent cette année au «XL-Jazz New Talents».

Au-delà d’un léger mal de crâne qui se dissipe et qui me rappelle que la soirée de la veille fut riche, j’ai dans la tête l’idée qu’un des favoris pourrait être le trio de Ben Prischi.

Mais en jazz, comme en football, rien n’est jamais joué d’avance.

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C’est le quartet du guitariste Laurent Melnyk qui a la lourde tâche de débuter.
L’option choisie est un jazz modal laissant pas mal de place à chacun des musiciens pour improviser sur de longs solos.
Trop longs parfois.
Bien que le leader, David Devrieze (tb) ou Felix Zurstrassen (eb) développent un jeu de haute qualité, il y manque parfois un poil de folie, de surprise.
Du coup, j’ai l’impression que les différents morceaux ont tendances un peu à se ressembler.
Pourtant, l’ensemble est cohérent et possède un beau potentiel. Julien Loutelier à la batterie, par exemple, m’a pas mal plu dans un jeu délicat.
Mais évidemment, quand on est dans un jury, on juge. Alors qu’on aimerait que tout le monde soit ex-aequo.
Finalement, c’est pas plus confortable que d’être sur scène.

Sur scène, justement, monte Ben Prischi entouré de Felix Zurstrassen, à nouveau, et de Guillaume Palomba (dm).
Connaissant et appréciant ce trio, je m’attendais à un set brillant.
Je suis un peu resté sur ma faim.
Il y avait comme une légère distance entre les musiciens et le public. Le set fut assez « classique », moins « fougueux » que ce que propose le trio habituellement.
Vers la fin pourtant, on les sentait un peu plus libérés. Prischi déstructurant quelques thèmes et montrant un talent pianistique indéniable que j’adore.
Palomba développe, lui, un jeu tout en nuances.
Piano et batterie se suivent, se relancent, et une belle alchimie naît toujours entre eux.

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Ce fut ensuite au tour de Collapse , que je pensais un peu déforcé par l’absence du Jean-Paul Estiévenart, de nous offrir une belle surprise.
Ici, on sent plus de maturité dans le projet. Une énergie communicative aussi.
Le groupe ne s’enferme jamais dans une seule voie.
Au contraire, ils jouent sur les ruptures rythmiques et osent les mélanges. On y retrouve des influences de musiques slaves, de Mingus (leur manière de jouer «Fables Of Faubius» est une belle réussite), de Ornette Coleman ou d’Henry Texier peut-être…

C’est donc Cédric Favresse (as), l’excellent Tom Callens (ts), Lieven Van Pee (b) et Alain Delval (dm) que l’on retrouvera le dimanche en ouverture des concerts des Lundis d’Hortense sur la Grand Place.

Mais nous aurons encore l’occasion d’entendre ses trois groupes le 26 juin au Sounds.
Notez déjà cette date et venez nombreux, ça vaut vraiment la peine.

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Direction «centre».
Dans un nouveau bar branché où l’on fume le narguilé, étendu sur des coussins, le Pure Bar accueille Bo Van Der Werf et Nelson Veras.
Choix judicieux.
La musique du duo est à la fois mystique et atmosphérique basée sur une métrique mouvante que maîtrisent à la perfection les deux musiciens.
Bo déroule de longues phrases, parfois abstraites, au sax baryton, sur lesquelles Nelson parsème des accords improbables d’une légèreté magique.
Ambiance, ambiance…

Avant d’aller écouter Marc Lelangue sur la Grand Place, je fais un détour au Café Orts, au coin de la rue Dansaert, pour voir Louis Favre Trio.
L’image est assez surréaliste : le groupe joue presque sur le trottoir, devant la terrasse ouverte.
Il s’agit principalement de standards jazz (pour ce que j’en ai entendu) avec un petit côté soul des années ’60.
Le Fender Rhodes doit y être pour quelque chose.
Sympathique.

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Sur la Grand Place, l’excellent blues de Marc Lelangue résonne.
Avec la voix grave et puissante, le guitariste reprend les meilleures chansons de Ray Charles.
C’est chaud, c’est bon.
Il est entouré d’une fameuse équipe qui n’a pas son pareil pour faire bouger les foules : Daniel Roméo, Patrick Dorcéan, Alain Palizeul, Laurent Doumont etc…
En plus de cela, il y a deux merveilleuses choristes: Nina Babet et Chantal Kashala.
Endroit idéal pour fêter au champagne (ben oui,… on sait vivre!) l’anniversaire d’une amie.
Et ce n’est pas «Hit The Road Jack» qui me fera partir.

Je tente une incursion au PP Café pour entendre Fred Delplancq. Impossible d’entrer, c’est bondé.
Et finalement, je me rends compte que Fred jouait la veille au PP : ce soir, c’est Freefunk

Au Falstaff, ce n’est pas non plus Paolo Radoni qui joue.
Mais ici, ce n’est pas une erreur de ma part : il y a eu, semble-t-il, un changement de programme de dernière minute.
Finalement, ce n’est pas si grave, car l’accueil est plutôt étrange. En effet, on repousse les gens qui sont «dans le passage» ou qui sont assis par terre.
Ici, c’est assis à table ou basta.
Alors basta.

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Au Sounds, bourré comme un œufs, tout le monde peut entrer par contre (s’il y arrive).
Coup de chapeau aux serveuses qui se fraient un passage pour servir les clients avec le sourire.
Voilà l’esprit de fête du jazz.

La fête, c’est aussi Daniel Romeo qui la mène avec son funk endiablé.
Ce soir, il a invité Rosario Giuliani et Eric Legnini.
Quelle énergie, quelle folie.
Ça joue à fond !
Roméo est toujours partant pour relancer la machine et les souffleurs ne sont pas les derniers à emboîter le pas.
Olivier Bodson déchire à la trompette et Laurent Doumont (entre boogaloo et soul) rivalise avec Giuliani.
Erwin Vann montera sur scène le temps d’un set pour participer à ce feu d’artifice.
Il faut dire que la rythmique est solide (c’est rien de le dire) : Adrien Verderame en batteur infatigable et Nicolas Fiszman en guitariste fou sont toujours sur le coup.
Et que dire des aller-retour entre Legnini et Michel Bisceglia aux Rhodes…
Un pur bonheur.

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Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Près de quatre heure, il n’a pas plu.
Tant mieux : entre deux sets, on était tous dehors.

Demain, on continue.

A+