06/09/2015

Belgian Jazz Meeting 2015

Troisième du nom, le Belgian Jazz Meeting s’est tenu à Bruges cette année.

Le Belgian Jazz Meeting ? C’est quoi ?

Organisé en collaboration avec Jazz Brugge, De Werf, Kunstenpunt, MUSEACT, Les Lundis D’Hortense, WBM, et JazzLab Series, ce meeting de trois jours a pour but de promouvoir le jazz belge hors de ses frontières.

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Le Belgian Jazz Meeting ? Qu’est ce qu’on y fait ?

On y écoute du jazz, bien sûr !

On y retrouve 14 groupes belges sélectionnés parmi plus de 160 candidatures.

On rencontre des journalistes, des programmateurs, des agents, d’Europe et du reste du monde.

On parle anglais, français, néerlandais, italien, allemand, finnois… parfois tout en même temps, dans une même conversation.

On noue des contacts.

On écoute du jazz !

On boit une bière. Ou deux. Ou plus.

On va se coucher trop tard. On se lève trop tôt.

On écoute du jazz !

On se balade sous la pluie.

On découvre des projets.

On discute, on s’interroge, on s’échange des avis.

Mais surtout… on écoute du jazz…

On écoute d’abord Lab Trio. La musique est acérée, les compos ciselées. L'ensemble est peut-être un peu trop cérébral. Le drumming de Lander Gyselinck, fin et précis répond parfaitement au jeu très inspiré de Bram Delooze. Quant à Anneleen Boehme (cb), elle maintient le cap avec juste ce qu’il faut de robustesse et d’ouverture.

On est soufflé par la prestation de Jean-François Folliez Playground. Le clarinettiste a réuni autour de lui une rythmique d’enfer (Janos Bruneel à la contrebasse, Xavier Rogé aux drums et Casimir Liberski au piano), et ça trace ! Pas un seul moment faible. Les compos sont pleines de surprises, avec des changements de directions qui surviennent sans crier gare et des solos qui racontent des histoires. Ceux de Casimir Liberski, par exemples, sont d’une fougue et d’une force surprenantes. Un groupe à suivre de très près !

On se laisse emporter par l’Heptatomic d’Eve Beuvens. Le lyrisme côtoie l’exaltation. Le bop se fait bousculer par le free. Les interventions de Benjamin Sauzerau (eg), Laurent Blondiau (tp) ou encore Sylvain Debaisieux (ts) sont toutes au service d’une musique très… vivante.

On se laisse bercer par le Kind Of Pink de Philippe Laloy (as, flûtes, voc). Les thèmes de Pink Floyd sont recolorés avec beaucoup de subtilité et d’intelligence pour en garder tout l’esprit et éviter la mauvaise copie.

On en prend plein le plexus avec MikMäâk. Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (as) réussissent sans cesse à renouveler la musique du combo, tout en lui gardant son identité. La musique semble se jouer par grappe : tantôt les cuivres, puis les anches, puis les cordes. Et tout est d’une cohérence et d’un groove étonnants. On retient, par exemple, le travail de Pascal Rousseau (tuba), Gregoire Tirtiaux (bs) – et son long solo tout en respiration circulaire est bluffant – Pierre Bernard (flûte) ou encore Claude Tchamitchian (cb).

On se repose comme on peut et, le lendemain, à onze heure du matin…

... on se concentre et on se laisse dériver par la musique très intimiste et très minimaliste de Joachim Badenhorst (cl, bcl) et Brice Soniano (cb). Le feulement, les respirations, les sons étouffés, les rythmes cachés et parfois déstructurés : voilà les ingrédients. Bien sûr, c’est un peu ardu… Mais quelle écoute. Quels échanges. Quelle qualité musicale !

On se fait plaisir avec le trio de Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (cb) et Tineke Postma (as, ss). Avec ces trois-là, la musique circule avec aisance. Les mélodies se développent avec autant de délicatesse que de fermeté. Le trio (sans batterie) arrive toujours à maintenir la tension, aussi bien dans les moments enlevés que dans les ballades. La classe.

On se balade dans le grand hall du Concertgebouw où se sont installés les différents acteurs du jazz belge (agents, maisons de disques, musiciens, associations) pour tenter d’accrocher les invités étrangers.

On vit l'installation "Loops" de Bart Maris.

On remet le prix Sabam au jazzman confirmé (l’incontestable Laurent Blondiau) et au jeune jazzman (Antoine Pierre est enfin récompensé, à juste titre, pour son travail avec Philip Catherine, LG Jazz Collective, TaxiWars et autres. On attend avec impatience son projet personnel, Urbex, qu’il présentera au Marni le 10 et à Liège (Cinéma Sauvenière) le 17. Et puis, on récompense aussi l’infatigable et incontournable Jean-Pierre Bissot (Jeunesses Musicales, Gaume Jazz et bien d’autres choses encore).

 

 

On applaudit Pierre De Surgères (p) et son trio. En se disant peut-être que le choix des morceaux rendait sa prestation un peu disparate.

On reprend un peu de LG Jazz Collective. Toujours impeccable. Concis, puissant et de mieux en mieux rôdé. Et puis, le groupe nous réserve toujours des petites surprises.

On prend une belle claque avec De Beren Gieren ! Le groupe de Fulco Ottervanger (p), Lieven Van Pée (cb) et Simon Segers (dm) vient de publier son dernier album chez Clean Feed. Cela donne une idée de l’esthétique musicale. Le trio est impressionnant, alliant complexité rythmique et harmonique avec une énergie débordante. De Beren Gieren mélange le jazz, le rock et les bidouillages électro. Et c'est très fort !

On subit le rock de Nordman. Le son est puissant, la musique est lourde. L’esprit est rock.

On se déhanche avec Black Flower. L’excellent groupe de Nathan Daems (ts, flûtes, kaval) mélange le jazz, la musique éthiopienne et l’afrobeat. C’est un tourbillon rythmique, ondulant et sensuel, avec une bonne dose de personnalité. Du haut niveau.

On se réveille difficilement dimanche matin.

On est subjugué par le talent insolent et la maturité des très jeunes Hendrik Lasure (p) et Casper Van De Velde (dm). Ces deux-là ont du culot, un sens du phrasé, du rythme et de l’échange. La musique est pleine de finesse, d’humour et de surprises. Schntzl (c’est le nom du groupe) est une révélation.

On s’émeut avec le projet « Secrets » de Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tb), Marine Horbaczewski (cello). Le trio a invité la chanteuse d’opéra Claron McFadden à chanter ou déclamer quelques secrets d’anonymes, parfois drôle, parfois très sombres, mais toujours très touchants. Poésie, musicalité, sensibilité. On est frappé en plein cœur.

On s’échange nos dernières impressions.

On se dit que cette édition était d’un tout bon niveau.

On espère que cela portera ses fruits.

Et on se dit que le jazz donne quand même un belle idée de ce devrait être ce pays.

 

 

 

Belgian Jazz 2015 by Belgianjazzmeeting on Mixcloud

 

 
 

 

A+

 

 

 

26/08/2015

Playlist 02 - rentrée 2015 - Selection

Une playlist (et quelques mots) pour une rentrée réussie.

Voici une petite sélection des albums écoutés ces derniers temps.

 

 

Shades Of Blue de Harmen Fraanje (p), Brice Soniano (cb) et Toma Gouband (dm). C’est une certaine plénitude qui émane de cet album. Et en même temps, on y ressent parfois le tourment, le questionnement. Le piano de Harmen Fraanje semble hésiter avant de lâcher les indices d’une piste mélodique à découvrir. La contrebasse et la batterie battent la chamade. Les moments sont suspendus. Superbe album.

God At The Casino de Manu Hermia (saxes), Valentin Ceccaldi (violoncelle), Sylvain Darrifourcq (dm). Brûlant comme un alcool fort ! Un violoncelle qui ne se laisse pas faire, un sax parfois fou, un soupçon d’électro et un drumming hors normes. Et de l’humour dans une musique tantôt furieuse et abstraite, tantôt extatique.

Drop Your Plans de Bambi Pang Pang. Avec Andrew Cyrille aux drums, on pouvait s’attendre à un free jazz explosif. Il n’en est rien. Impros et compos se mêlent dans une étonnante douceur. Tout est pesé, soupesé… Et tout respire. La musique et les silences circulent entre Seppe Gebruers (p), Laurens Smet (cb) et Viktor Perdieus (as). Magnifique de bout en bout.

Cécile McLorin Salvant maîtrise avec une élégance rare la tradition du jazz vocal. Digne héritière de Sarah Vaughan, son dernier album (For One To Love) est un véritable bijou.

Revenons dans le puissant. Alive, de Gratitude Trio (Jereon Van Herzeele (ts), Louis Favre (dm) et Alfred Vilayleck (eb) ). Avec eux, on démarre là où Coltrane s’était arrêté. De la fougue, de la maitrise, de l’adrénaline et des sentiments. Des impros inspirées, une écoute parfaite et des dialogues forts. Un must.

A mi-chemin entre Miles électrique et le soul funk, la trompettiste américaine Ingrid Jensen, épaulée par Jason Miles et une pléiade de musiciens (Gene Lake, Cyro Baptista, James Genus, Jerry Brooks et autres) évoquent l’esprit du Prince des Ténèbres. Si ce n’est pas terriblement surprenant, c’est, en tout cas, extrêmement juste. Un délice.

Et Heptatomic de Eve Beuvens, bien sûr. La pianiste avait fait sensation lors du Gaume Jazz en 2013 avec sa carte blanche qui s’est transformée en véritable groupe. Les références ne manquent pas : Basie, Ornette, Mingus, Tristano et sans doute la musique européenne aussi. Mais tout ça est explosé par Laurent Blondiau, Manolo Cabras, Grégoire Tirtiaux et les autres. Formidable réussite.

Et puis, ce qui ne se trouve pas sur le lecteur mais qui vaut la peine d’être entendu :

Babelouze de Michel Massot et sa bande. Pavane de l’âne fou. Une fanfare blues et funky (genre brass), teintée de rythmes africains et pleine de bonne humeur. Euphonium, trombone, sousaphone, percus en tous genres, mais aussi des voix d’ensemble, semblent déambuler dans une ville imaginaire pour y faire la fête. Et ça marche !

 

Ner6ens from Erik Bogaerts on Vimeo.

 

Lampke de LIop. Ambiance électro acoustique. Mélanges de bruits, de sons et de musique. Une sorte de voyage dans un univers fantasmé, amniotique, plutôt tendre et rêveur. Aux commandes, Jens Bouttery (dm), Benjamin Sauzereau (eg) et Erik Bogaerts (ts). Une expérience improvisée, pleine de surprises et de douceurs. C’est différent, c’est étonnant, c’est envoûtant.

 

 

Et pour finir : Fabian Fiorini en solo. Superbe album, parfois sombre, plutôt introspectif, mais d’une grande liberté d’expression. Entre jazz et musique contemporaine, le piano sonne et résonne avec une profondeur inouïe. Un travail très personnel et remarquable.

A+

 

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

10/05/2015

MikMâäk au Théâtre Marni

MikMâäk, c'est la grande formation de Mâäk, qui fait la part belle aux souffleurs. On y retrouve en effet pas moins de trois trompettistes (Laurent Blondiau, Jean-Paul Estiévenart, Timothé Quost – en remplacement de Bart Maris), autant de trombonistes et tubistes (Geoffroy De Masure, Michel Massot, Niels Van Heertum, Pascal Rousseau), de flûtistes et clarinettistes (Quentin Menfroy, Yann Lecollaire, Pierre Bernard) mais aussi des saxophonistes (Jereon Van Herzeele, Guillaume Orti, Grégoire Titiaux), le tout soutenu par Fabian Fiorini (p), Claude Tchamitchian (cb) et Joao Lobo (dm).

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Ce combo, créé en 2014 à l’occasion du Gaume Jazz Festival, s’était rôdé auparavant, chaque mois, au Recyclart. Par la suite, MikMâäk avait remis le couvert, presque tout aussi régulièrement, au Théâtre Marni, cette fois. Une sorte de résidence qui permetait à l’ensemble de travailler et de présenter des musiques chaque fois nouvelles ou en perpétuelles évolutions.

Ce jeudi, c’était le dernier concert avant l’enregistrement live prévu à De Werf en juin.

Après un premier titre tout en furie - dans lequel on remarque tout de suite le jeu impressionnant de Timothé Quost - «Litanie», écrit par Fiorini et introduit par le ténor grave et rocailleux de Jereon Van Herzeele, se développe de façon plus insidieuse, à la manière d'une énorme vague qui ne cesse de gonfler.

«Tilt» , lui, écrit par Yann Lecollaire, fonctionne par strates dans lesquelles chaque section (une fois les sax, puis les trompettes et ensuite les flûtes) trouve un terrain de liberté. La musique est à la fois très composée et à la fois hyper ouverte. Le travail sur le son et la volonté de «sonner différent» sont évidentes. On a rarement l’occasion, par exemple, de voir une sourdine - énorme - sur un tuba, qui donne au jeu de l’excellent Pascal Rousseau encore plus de caractère.

Si l’esprit d’ensemble reste très cohérent, les ambiances sont très changeantes. «Cubist March-suite» (de Fiorini) ressemble parfois à une valse désarticulée et désabusée qui met en valeur le jeu souple et inventif de Claude Tchamichian ou le trombone indomptable de Geoffroy De Masure. Calme et nocturne, «Souffle de lune» (de Michel Massot) irradie d’émotions contenues parsemées de quelques scintillements de flûtes mais aussi éclaboussées par le solo lumineux et incandescent  de Jean-Paul Estiévenart.

Et la suite est à l’avenant, aussi déroutante qu’excitante.

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Ce qui est remarquable chez MikMâäk, c'est le travail d'arrangements de chacun des morceaux. Il y a une maîtrise et une sensibilité énormes ainsi qu’une précision et une rigueur qui laissent pourtant plein de d'espaces aux improvisations libres. Les solos ne sont jamais là pour mettre simplement en valeur le talent des musiciens (Lobo et son intro en accélération absolument irrésistible ou Tchamitchian en intro du morceau d’Emler, pour ne citer que ceux-là), ils participent intelligemment à la construction des thèmes. Tout cela est très sophistiqué et complexe mais, finalement, très accessible tant c’est musical.

Alors, le groupe s'amuse. Sur un «Back And Force» d'Andy Emler (un ami de la famille si l'on peut dire), les musiciens feignent de se disputer sur la façon de jouer avant de s’engager dans un groove plein de rebondissements. Et ça tourbillonne autour du trombone de De Mazure, qui prend des accents très orientaux d’abord, avant se perdre dans un jazz volé à Chicago. La fête aurait pu continuer longtemps. MikMâäk finit par descendre dans la salle et se mélanger au public avant de disparaître dans le fond de la salle sous les cris et les applaudissements nourris.

Contemporaine, ethnique ou de chambre, MikMâäk fait vaciller les piliers classiques de la musique et du jazz. Et pourtant, comme par magie, tout cela tient, tout cela a du sens. MikMâäk explore et défriche sans jamais laissé de côté l'auditeur et, au contraire, l'entraîne sur des terrains étranges et insolites.

Et pour des voyages pareils, on est toujours partant.

 

MikMâäk @ Recyclart, Brussels part I from Mâäk on Vimeo.

 

 

A+

 

09/06/2014

Brussels Jazz Marathon 2014 (part2)

Le 25 mai, au Brussels Jazz Marathon, c’était le dimanche des Lundis.

En effet, depuis près de 18 ans, la scène de la Grand Place est réservée, le dimanche après-midi, aux concerts programmés par l’association des jazzmen (Les Lundis d’Hortense).

Dès 15 heures, sous un beau soleil, Greg Houben (tp) et Fabian Fiorini (p) présentent Bees and Bumblebees, leur dernier album (avec Cedric Raymond à la contrebasse et Hans Van Oosterhout aux drums) paru chez Igloo.

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La rencontre entre Greg et Fabian semble étonnante, elle est pourtant évidente. Voici deux univers qui se rejoignent dans la joie et le bonheur pour faire du jazz ensemble. C’est l’alliage brillant du bop traditionnel et du jazz plutôt avant-gardiste. C’est clair, c’est simple et cela se ressent sur le disque. Mais plus encore sur scène.

Greg dessine les mélodies, avec un plaisir gourmand, qui permet à Fabian de les démonter, de les découdre, de les mélanger et de les reconstruire comme il l’entend. Le pianiste sait attendre et construire ses solos pour les terminer de façon explosive. De son côté, Hans Van Oosterhout fouette les fûts et les cymbales avec un feeling incroyable. Il y a de la liberté dans son jeu et, en même temps, un sens du timing imparable.

Puis, le moelleux de la trompette de Houben se fond aux claquements languissants des cordes de la contrebasse de Cédric Raymond, toujours attentif et créatif. Alors, on ne peut s’empêcher de se dandiner sur l’irrésistible «Habanera», de battre du pied sur «Yes, I Didn’t» et de sourire et de claquer des doigts au son de «Middle Class Blues», qui rappelle un peu les Messengers du grand Art Blakey. Le quartette Houben – Fiorini nous offre, en cette chaude après-midi, un cocktail très rafraîchissant de jazz intelligent et de plaisir franc. Autant en profiter sans modération.

Après un rapide changement de mise en place, c’est un autre groupe du label Igloo qui monte sur scène : L’Âme des Poètes.

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Après avoir visité et revisité quelques grands répertoires de la chanson française (Brel, Brassens, Trenet mais aussi, Adamo, Paul Louka et même le Grand Jojo), le trio s’attaque cette fois à un nouveau concept : répondre, en chansons, aux questions de la célèbre et unique interview qui avait réuni, en 69, Brel, Brassens et Ferré.

Normalement, le spectacle est supporté par une mise en scène (que l’on imagine à la fois drôle et touchante), que le groupe n’aura pas l’occasion de montrer aujourd’hui pour des raisons – logiques - de logistique. Qu’à cela ne tienne, Pierre Vaiana (ss), Fabien Degryse (g) et surtout Jean-Louis Rassinfosse (cb) sont capables de faire le spectacle sans cela.

Si Jean-Louis truffe de jeux de mots et improvise ses textes de présentation, il en fait de même avec sa contrebasse, et ses citations, parfois improbables, sont légion. Rien ne semble sérieux et pourtant, il faut reconnaître une précision diabolique dans l’interaction et le jeu de ces trois musiciens exceptionnels. Les interventions de Degryse à la guitare (adapte du finger picking) sont éblouissantes d’inventivité et de justesse (sur «J’ai rendez-vous avec vous», notamment, ou encore sur «La valse à mille temps», pour ne citer que ceux-là). De son côté, Pierre Vaiana n’est pas en reste. Après avoir dessiné le léger contour des mélodies, il s’envole, dans un jeu tourbillonnant et ensoleillé.

Mais il sait aussi sonder la profondeur de thèmes plus sombres avec délicatesse et légèreté («La Quête» ou «Avec le temps», par exemples). Une fois de plus, L’Âme Des Poètes démontre que la chanson française (comme toutes les musiques) peut, elle aussi, swinguer…

Peu avant 19 heures, c’est le quartette de Jean-Paul Estiévenart qui investit la scène. En fait, il s’agit du trio du trompettiste (Antoine Pierre aux drums et Sam Gerstmans à la contrebasse) augmenté du saxophoniste Espagnol Perico Sambeat (Tete Montuliou, Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel, etc.). Et celui-ci imprègne tellement le groupe de sa présence qu’il est bien plus qu’un invité. Le disque (Wanted, sorti l’année dernière chez De Werf) est une belle claque, bourré de jazz très actuel et sans complexe. Un jazz qui n’a rien à envier à celui que l’on entend dans les clubs et bars branchés de New York.

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La musique d’Estiévenart s’inspire sans aucun doute de cette énergie-là, mais le trompettiste est capable d’aller au-delà et de révéler toute sa personnalité dans des compositions charnues, vives et sans faille. Le set, cet après-midi, est, lui aussi, extrêmement bien construit, preuve d’une maturité évidente.  On y décèle d’abord la force tranquille d’un groove tendu, retenu, qui ne demande qu’à éclater. Le trompettiste slalome entre le drumming acéré d’Antoine Pierre et le jeu dense de Sam Gerstmans («Am I Crasy », «The Man»). Puis les solos se construisent et se métamorphosent au fil des échanges entre le trompettiste et le saxophoniste. «Bird» s’enflamme, «Witches Waltz» tangue, vacille et renaît plus puissant, plus inébranlable. Finalement, la grosse heure passe rapidement, on ne s’est pas ennuyé un seul instant. Et l’on se dit qu’on aimerait revoir encore et encore ce trio/quartette en club… En Belgique... ou ailleurs en Europe, car il en a vraiment tout le potentiel.

Pour l’instant, la programmation est un sans faute et ce n’est pas Eve Beuvens qui va gâcher la fête. La pianiste présente ce soir les fruits de la carte blanche qu’elle avait obtenue l’été dernier au Gaume Jazz festival, et qui avait impressionné pas mal de monde, dont moi : Heptatomic.

Bien décidée à sortir un peu plus encore du cadre dans lequel on la confine trop volontiers, Eve a réuni autour d’elle une belle brochette de jazzmen aux idées bien larges : Laurent Blondiau (tp), Grégoire Tirtiaux (as, bs), Gregor Siedl (ts), Benjamin Sauzereau (g), Manolo Cabras (b) et João Lobo (dr).

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Et d’entrée de jeu, ça sonne et ça fuse. Heptatomic joue la déstructuration, explore les sons et les rythmes, et flirte presque parfois avec le free. C’est pourtant une liberté bien canalisée que propose Eve dans ses compositions. C’est une démocratie mélodique et harmonique libre, superbement maîtrisée. On pense parfois à l’Art Ensemble de Chicago ou à l’esprit d’un certain Mingus. Cela fait le bonheur de Laurent Blondiau qui n’hésite pas à pousser Tirtiaux et Siedl vers des chemins escarpés et rarement empruntés. Ça bouge, ça voyage, ça rebondit… Et quand Manolo Cabras a bien malaxé en tout sens sa contrebasse, on passe à des moments plus sobres qui permettent non seulement à la pianiste de s’exprimer mais aussi à Sauzereau d’éclater son jeu par touches ou à Lobo d’explorer de nouveaux sons. On se ballade alors dans des univers étranges et inquiétants où se mélangent de fragiles espoirs et de lumineuses certitudes. Un disque est en préparation, je pense, mais c’est sur scène que l’Heptatomic d’Eve Beuvens donne sans doute tout son jus… Alors, messieurs les programmateurs, ne soyez pas frileux, cette musique peut incendier bien des salles.

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Il est 22 heures, j’aurais pu rentrer tranquillement, mais je ne peux pas m’empêcher d’aller écouter Axel Gilain au Bravo. Ici, l’ambiance est plus recueillie malgré le monde qui a envahi le sous-sol du club. L’atmosphère est feutrée mais le jazz est enflammé. Il y a autant de la retenue que d’intensité. Tout en sensualité, la musique ne cesse de se transformer.

Bram De Looze, au piano, fait dévier le blues dans un sens, tandis que Nicolas Kummert trouve d’autres ouvertures. Tout évolue avec sérénité et élégance. C’est comme du vent qui déplace doucement des murs fragiles, c’est comme la chaleur du soleil qui déforme des objets flasques. Lieven Venken (dm) balaie et ponctue les rythmes, accélère ou suspend le tempo. Axel Gilain fait chanter sa contrebasse… avec réserve et beaucoup de sentiment.

Alors, Fatou Traoré et Yvan Bertrem ne peuvent s’empêcher de venir danser au devant de la scène. Leurs corps se déforment et se transforment sous l’impulsion de la musique. Le moment est magique, étrange, unique. Beau.

Axel Gilain vient de publier un album, Talking To The Mlouk (en vinyle ou téléchargeable ici) qui permet de prolonger ce moment rêvé… et qui s’écoute en boucle…

Pouvait-on imaginer plus belle façon de terminer cet excellent marathon 2014 ?

 

 

A+

 

 

 

 

 

26/05/2013

Mâäk Electro - Au Bonnefooi


Laurent Blondiau n’est pas du genre à glander. Il mène bon nombre de projets de front avec Mâäk : Kodjo, Hungarian Project, le Quintet, Ghalia Benali… Ou encore, par exemple, Mâäk Electro (né il y a près de deux ans) que j’entendais pour la première fois ce mercredi soir au Bonnefooi.

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Autour du trompettiste, on retrouve Guillaume Orti (as, keys), Nico Roig (eg), Giovanni Di Domenico (p), João Lobo (dm) et, habituellement, deux danseuses (absentes ce soir vu l’exiguïté du lieu).

Si, au départ, la musique est écrite, elle est aussi, bien sûr, très largement improvisée.

Mâäk débute d’ailleurs en totale roue libre. Puis, à l’intuition, tout se met en place. Petit à petit. Le groupe joue avec les distorsions de sons, puis malaxe les effets larsen et la stridence, s’amuse avec des ondulations Doppler. On est loin de l’électro-jazz comme beaucoup l’imaginent. On est plus proche du Free Jazz ou plutôt du Free-Noisy-Jazz-Rock (si tant est que cette dénomination existe).

Sax et trompette s’additionnent, se complètent, s’estompent, s’éloignent.

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De son côté, João Lobo martèle un tempo lourd et obsédant. Roig fait crier sa basse, y mêle des effets, la fait bourdonner. Orti, lui aussi, triture la musique. Il fait cracher son sax ou l’étouffe avec la jambe, il s’accompagne au chant, fait tinter les grelots ou la cowbel. Mais il pianote surtout le clavier de son vieux Korg MS 20 et en sort des sons invraisemblables. Di Domenico, lui, derrière son Fender, distribue les notes, lance quelques mélodies, soutient le groove. Il explore les sons venus de l'imaginaire.

Parfois, on se met à imaginer que ce que l’on entend aurait pu être joué par le groupe électrique de Miles si ce dernier avait encore été de ce monde. En effet, on pense parfois aux explorations du maître, période «Agharta», quand la trompette de Blondiau résonne - bourrée de réverb’ - et se fond dans l’atmosphère, presque hostile, des cadences instables. Parfois, tout se construit sur un vamp swinguant qui enfle, gonfle et grossit à l’extrême. La musique en devient presque assourdissante… Les rythmes s’enchaînent, se mélangent, deviennent fous. Puis ils se répètent, se répètent et se répètent encore, jusqu’à se vider de leur substance. L’influence de l’Afrique est palpable et la transe affleure.

Après toute cette débauche de décibels et d’excitation, le groupe déroule le lancinant rythme de «Comme à la radio», comme pour chanter une berceuse qui enveloppera les rêves à venir.

Avec se projet, très ouvert, Mâäk casse une fois de plus les codes et donne de la chaleur à l’électro. On en redemande.

 

A+

 

09/06/2012

Strange Fruit - Fabrizio Cassol au Théâtre National

La veille - le jeudi 31 mai - Fabrizio Cassol et tous ses amis musiciens et chanteurs avaient fait salle comble au KVS.

Ce vendredi 1er juin, la bande - toujours au grand complet – s’est déplacée d’une centaine de mètres, a traversé le Boulevard Jacqmain, et est allée remplir le Théâtre National.

Strange Fruit - c’est le nom du spectacle - est une longue histoire que le saxophoniste d’Aka Moon a trimballé avec lui depuis plus de cinq ans pour la façonner minutieusement, de manière presque secrète.

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Inspiré par la célèbre chanson d’Abel Meeropol, Fabrizio Cassol a créé un étonnant conte musical qui mélange les genres et fait fi des frontières. Le jazz, l’opéra, le classique, le folk, les chants africains… tout y est, tout y passe. Et l'on y entend toutes les influences du musicien, toutes ses émotions et tout son engagement.

On pourrait craindre que cela n’aille dans tous les sens, mais ce serait sans compter sur la clairvoyance et l’intelligence du compositeur qui s'est astreint à garder un discours déterminé et une ligne de conduite éclairée.

Et cette ligne fédératrice, c’est l’humanité. Celle qui permet d’harmoniser toutes les différences.

D’ailleurs, avant d’entamer le concert, Fabrizio laisse la place à deux représentants du Collectif des Maliens de Belgique pour qu’ils exposent et nous sensibilisent à la situation désastreuse du Mali. Les mots sont simples, brutaux, terriblement imagés et d’une force inouïe. Une courte minute de silence s’en suit. Lourde. Pesante.

Alors, comme pour chasser les mauvais esprits et redonner de l’espoir, la voix de Baba Sissoko résonne du fond des coulisses. Il entre sur scène accompagné de trois autres joueurs de Tama qui laissent éclater un chant rassembleur.

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Entre-temps, Stéphane Galland s’installe derrière sa batterie et entre aussitôt dans la danse. Michel Hatzigeorgiou fait de même à la basse électrique. Et puis il y a aussi Hervé Samb à la guitare électrique. Et derrière, il y a Bart Defoort (ts), Laurent Blondiau (tp), Michel Massot (tb) et Magic Malik (flûte). De l’autre côté, Eric Legnini s’est entouré de claviers (piano, Fender, moog).

Mais il y a aussi la Choraline - le chœur des jeunes filles de La Monnaie aux voix sublimes, diaphanes et célestes - qui occupe le fond de la scène. Sous la direction de Benoît Giaux, ces adolescentes d’une quinzaine d’années vont sublimer la soirée de par leur aisance et leurs qualités vocales.

Entrent ensuite en scène Oumou Sangaré, magnifique dans son boubou rose, Marie Daulne, plus sensuelle que jamais dans une robe de voiles noirs et Cristina Zavalloni, divine et troublante comme la reine dans Blanche Neige.

Tour à tour elles chanteront «Soukoura», «Sehet Jesus», «I Can’t Sleep Tonight». C’est un mélange de voix plus subtiles les unes que les autres. L’émotion transpire, les portes de l’improvisation s’ouvrent.

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Marie Daulne, en duo avec Eric Legnini, donne sa vision de «Strange Fruit», à la fois solennelle et cruelle, dans laquelle elle injecte quelques paroles en français avant d’aller disséquer les mots en anglais. Le frisson perdure lorsque, de sa voix de mezzo-soprano, Cristina Zavalloni reprend le thème, accompagnée par la Choraline.

Puis, Kris Dane, guitare acoustique en bandoulière, vient implorer les grâces d’un poignant «If Jesus…», avant de laisser Oumou Sangaré nous chanter et nous parler de ses «Enfants de la rue». La voix de la diva malienne est sublime et unique (haa... cette patine légèrement graineuse). Elle fait passer toute la générosité d’une vie au travers de son chant.

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Etonnamment, Fabrizio Cassol intervient assez peu dans son spectacle. Mais, il est pourtant bien présent. Il met en valeur l’histoire, la musique et les musiciens, et dirige l’ensemble de main de maître.

Fabrizio invite David Linx à venir enflammer plus encore le Théâtre. Sur «Some Days», le chanteur se lâche complètement et entraîne avec lui Hervé Samb dans des solos incandescents, puis répond aux improvisations toujours surprenantes de Magic Malik avant de dialoguer jusqu’à la folie avec Cristina Zavalloni. Alors, tout le monde revient sur scène et Baba Sissoko fait exploser le final avec un «Farka» tonitruant et délirant.

C’est ça le voyage de Fabrizio. C’est partir de l’Afrique, passer de l’autre côté de l’Atlantique, revenir en Europe et repartir. Ailleurs. Encore. Toujours.

Le public est debout, danse et chante. Fabrizio ne peut se soumettre à un rappel des plus festifs.

Avec un tel line-up (ils sont près de 60) on n’aura pas souvent l’occasion de voir Strange Fruit sur scène (mais, qui sait, les rêves finissent parfois par se réaliser) alors, heureusement, il y a le disque. Il est paru chez Blue Note et il restera sans aucun doute un point de repère inaltérable dans la carrière de Fabrizio Cassol. C’est un album qui défiera le temps car il est unique (un peu comme cet autre monument auquel ont participé la plupart de musiciens ce soir : «A Lover’s Question», de Linx, Baldwin et Van Dormael).

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Bref, cet album risque d’être intemporel. Intemporelle comme l’est aussi la chanson «Strange Fruit», pour laquelle David Margolick a consacré un ouvrage indispensable (paru chez Allia) que je vous recommande tout autant.

 

A+

 

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

31/08/2011

Pause - Andy Emler

On est heureux quand certains musiciens prennent une pause.

Parce qu'on les a trop entendus, parce qu’ils se répètent ou parce qu'ils sont à court d’inspiration.

Mais pour Andy Emler, la pause n’a rien à voir avec ce qui précède.

Le leader du célèbre MegaOctet est en résidence depuis 2009 à l’Abbaye de Royaumont. C’est là qu’il a découvert le grand orgue de l’abbaye, qu’il s’y est installé et qu’il y a improvisé tour à tour avec Claude Tchamitchian (cb), Eric Echampard (dm), Laurent Dehors (cl), Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (ts).

Et voilà donc Pause. Un album étonnant, sorti chez Naïve début mai.

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Pause, ce sont cinq morceaux qui vous prennent doucement, qui vous élèvent, qui vous débarrassent du superflu et qui vous entraînent dans une sorte de méditation peu orthodoxe.

Vous entendez l’orgue comme rarement vous l’avez entendu. Emler désacralise l’instrument, le fait sonner sur des modes contemporains, groovy ou modal. Il façonne des ostinato obsessionnels, parfois haletants, parfois traînants. Il développe des thèmes oniriques. Laisse vagabonder ses doigts sur le clavier, puis revient épuiser un motif. Il suggère des ambiances, évoque des silences, crée des univers.

Le couinement ou les mélodies agiles de Laurent Blondiau («Pulsations nocturnes») nous propulsent dans une atmosphère singulière.

Les flâneries, tantôt apaisées, tantôt déchirantes, de Laurent Dehors, à la clarinette basse, nous font tanguer entre tourmente et abandon («Dehors dans les nuages»).

Sur «Ti pièce en or», les variations de Guillaume Orti - aussi sensuelles qu’inquiétantes - auxquelles il mêle le chant, semblent parfois devoir se débattre de l’emprise d’un animal tentaculaire.

Ces trois longues improvisations en duos - remarquables d’imagination, d’échanges et d’écoute - sont «encadrées» par deux autres impros, en trio basse/batterie cette fois.

«Crasy orgue café» installe le mystère en un thème récurant, tandis que «Triorgue» n’hésite pas à faire s’entrechoquer musique contemporaine et groove brûlant. Écoutez l’archet de Tcahmitchan frôler les cordes de sa contrebasse, écoutez comment Echampard colore l’espace. Écoutez comment Emler arrive à fusionner tout ça. Magnifique et captivant.

Il y a de beaux orgues aussi en Belgique. À quand une petite tournée ?

 

A+

08/08/2011

Mâäk au Recyclart

 

J’avais vu Mâäk (on ne dit plus Mâäk’s Spirit) au Cercle des Voyageurs fin avril. C’était avec Gábor Gadó (eg), Claude Tchamitchan (b), Tamás Sándor Geröly (dm) et - le noyau dur - Guillaume Orti (as), Michel Massot (tub, tb), Jeroen Van Herzeele (ts) et Laurent Blondiau (tp), bien sûr.

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C’est dans cette formule que le collectif enregistrera son prochain album.

Ce soir-là, je n’avais pas pris de notes, mais le souvenir de la musique résonne encore dans ma tête. Ce qui m’avait frappé, c’était la ligne un peu moins débridée que ce que nous avait offert Mâäk ces derniers temps. Rassurez-vous, Mâäk n’a pas cadenassé ses libertés musicales. L’ouverture, les improvisations et les idées les plus folles sont toujours bien présentes. Les interventions de Massot sont toujours étonnantes. Celles d’Orti et Van Herzeele toujours aussi incandescentes. Quant à Tchamitchan, il donne du corps à l’ensemble et Sándor Geröly colorie autant qu’il dynamite. Il suffit de voir comment Yvan Bertrem danse sur de pareils rythmes… C’est puissant et nerveux.

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Tout cela donc sera à revoir et à réentendre très bientôt.

En attendant, ce vendredi 6 août, Mâäk était au Recyclart. Dans une configuration bien différente. Aux côtés de Blondiau et Orti, on retrouvait Joao Lobo (dm), Giovanni Di Domenico (Fender) et Nico Roig (guitare barytone).

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Le concert a lieu en plein air, sur le trottoir, devant l’entrée. Il fait plutôt doux - c’est assez rare, cet été, pour être signalé. Au loin, la Grande Roue et le XXL de la Foire du Midi laissent des trainées lumineuses sur le ciel sombre. Sur la petite place, en face, un collectif d’artistes continue son happening. Ce matin, ils ont récupéré plein d’encombrants - vielles portes, mobilier et détritus - pour reconstruire une pseudo maison… «Build Your Own Dream» est inscrit sur les papiers qu’ils distribuent.

Sur le toit de la salle, quelques trains continuent à passer.

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Mâäk attaque, bille en tête.

On y ressent toute l’énergie et l’influence du Miles Electric. Groove, transe, spiritualité, intensité. Mâäk alterne des moments de tension avec des instants de plénitude.

Le Fender, délivrant un son magique et irréel, met des étoiles dans la musique. Roig frappe sa guitare avec des baguettes, puis délie des harmonies avec dextérité. Les pulsations de Lobo s’adaptent aux changements de rythmes. Le batteur reste attentif aux moindres changements de climats. Blondiau et Orti échangent des dialogues vifs aux souffles chauds, puis rauques, puis sensuels. De ce maillage complexe s’extrait un groove intuitif. La musique a un pouvoir hypnotique sur le public.

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Devant le groupe, trois danseurs - Yvan Bertem, Yiphun Chiem et Dan "Furry" - exécutent des figures erratiques. Avec une souplesse inouïe, ils découpent l’air et l’espace. Leurs corps roulent et s’enroulent, se déplient, se recroquevillent. Leurs membres se nouent, se mêlent, se délient. Les danseurs se combattent, s’unissent, se frôlent, s’aiment. Puis ils rampent, rebondissent, ondoient et deviennent hyper sensuels au son de «Comme à la radio» qui clôt un concert magique.

Le public est conquis, il en redemande et Mâäk nous en redonne.

Un supplément d’énergie fait d’une musique qui enfle et se mue en transe explosive.

Toujours différents, toujours déroutant, l’esprit Mâäk est unique et toujours stimulant.

A+

26/06/2010

Fast Forward Festival... Rewind

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11 juin, il est près de 21h., Rockingchair vient de terminer son concert. Je l’ai raté. Je croise Fabrizio Cassol excité et ravi de ce qui vient de se produire sur scène. Il y a du monde. 'Son' Festival commence bien. Je rejoins le foyer du splendide bâtiment qu’est le KVS, et croise furtivement Airelle Besson. J’en profite pour me procurer l’album de Rockingchair. Musique aux multiples influences, nerveuse et ondulante, intelligente sans pour autant être intellectualisante, avec un travail remarquable sur le son… je vous le recommande.

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Pour célébrer le 25éme anniversaire de l’enregistrement du mythique «A Lover’s Question», il y a, sur la scène du «Bol», une brochette de musiciens incroyables.

C’est Angelique Wilkie, grande prêtresse à la voix profonde et au flow hypnotique, qui déclame d’abord les poèmes de James Baldwin. Le frisson s’installe. Hervé Samb enchaîne. Son improvisation est subjuguante. David Linx et Sabine Kabongo répondent comme en écho. Chacun dans sa tessiture. Entre contraste et équilibre des styles. Tout se tisse et s’entrelace. La force, la rage, l’amour, l’humanité. L’émotion monte encore d’un cran quand arrive le Brussels Vocal Project qui se réapproprie «The Art Of Love» écrit par le regretté Pierre Van Dormael. Le moment est sublime.

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Comme entraîné dans un mouvement de plus en plus frénétique, Stéphane Galland et Sergio Krakowski au pandeiro (sorte de tambourin brésilien) attisent un dialogue fiévreux. Eric Legnini s’immisce et illumine le propos. Dinozord, danseur caoutchouc, entre dans le jeu. Il rebondit, serpente et enchaîne les figures souples, saccadées ou erratiques. Il épouse la musique. Bette Crijns (eg), Hervé Samb (eg) et Michel Hatzi (eb) fertilisent le terrain, Michel Massot (tuba), Fabrizio Cassol (as), Robin Verheyen (ss, ts) et Laurent Blondiau (tp) peignent l’espace. Tout fusionne. Le spectacle est total.

Alors, la voix de Baldwin résonne. Solitaire. Irréelle…

«Precious Lord, take my hand
Lead me on,
Let me stand
I'm tired, I am weak, I am worn…»

Seul Michel Massot l’accompagne… jusqu’au paradis.

Irrésistible. On en a les larmes aux yeux. Le public est debout, réclame deux rappels et nourrit l’espoir de revoir peut-être un jour ce moment de magie suprême.

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À mon grand regret, je n’aurais pas l’occasion d’assister aux concerts de Sabar Ring, ni de Magic Malik, pas plus que je ne pourrais voir Pitié, les jours suivants…

Mais j’arrive à me libérer pour aller écouter Kartet et le trio de Kris Defoort le 16 juin.

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Guillaume Orti (as), Benoit Delbecq (p), Hubert Dupont (cb) et Chander Sardjoe (dm) s’aiguisent les canines sur «Misterioso» de Monk, puis attaque «Y». L’ambiance est très nue et sèche et le jeu d’Orti très découpé. Le son du piano préparé de Delbecq semble chercher celui du sax. La contrebasse s’associe à la batterie. C’est tendu, tout en polyrythmie. Orti ricoche, rebondit et sautille. Il chante et feule dans son instrument. Il invente des champs et des contre-champs. Le jazz flirte avec une musique cérébrale, contemporaine, puis s’amourache de rythmes africains. Kartet joue souvent avec nos nerfs, titille notre sensibilité, invoque presque l’ennui pour le transformer en un déchaînement excitant. Complexe et diaboliquement précise, la musique de Kartet n’est certes pas évidente mais ô combien intrigante.

En deuxième partie de soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui prend place sur scène.

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Électrocution? Hydrocution?  Le coup est parti tout seul, sans prévenir. Nous voilà plongé à vif dans l’univers polymorphe du pianiste belge.

Le jeune Lander Gyselinck, aux drums, est d’une efficacité redoutable. Il possède un jeu autant félin que massif. C’est roboratif, vivifiant et délicat à la fois. Kris Defoort distille des harmonies profondes qu’il pare de fins motifs. De ses digressions jaillissent souvent des thèmes lumineux. Et quand il se lance dans des mélodies qu’il laisse ouvertes, c’est Nic Thys qui vient nourrir le thème ou conclure l’affaire. Le jeu du trio est extrêmement soudé, éblouissant de maturité et d’idées. L’ambiance est parfois spectrale avant que le groupe ne désamorce l’ensemble par un trait d’humour. Il y a du Monk, il y a de la pop music, il y a des influences contemporaines… il y a du jazz à tous les étages. Ouaté, atmosphérique ou rêveuse, la musique, pleine de tendresse, est en perpétuel mouvement. Elle prend aux tripes et joue avec nos sentiments. Grande écriture et osmose parfaite entre les musiciens, voilà un groupe à suivre, à revoir et à soutenir absolument !

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Une chose est sûre, avec des musiciens tels que ceux-là, on demande déjà une seconde édition à ce Fast Forward Festival.

 



A+

15/02/2009

Hommage à Pierre van Dormael au Théâtre Marni

Rattrapons le temps perdu ! (Premier épisode)

Mercredi 28 janvier avait lieu le deuxième hommage des jazzmen à Pierre Van Doermal.
Cette fois-ci, cela se passait au Théâtre Marni.
Comme au Sounds précédemment, l’endroit était archi plein et une grosse partie du public n’avait plus trouvé que les marches des gradins pour s’asseoir.
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Premier groupe sur scène: Octurn, qui nous rappelle sa collaboration avec Pierre en 2006 avec «North Country Suite». Travail basé sur la musique de Bob Dylan (plus précisément «Girl From The North Country» de l’album «Nashville Skyline»)

La musique parfois complexe de Pierre est d’une intensité rare.
Si elle semble parfois s’envoler dans toutes les directions c’est sans doute pour mieux s’enchevêtrer. Les lignes mélodiques et harmoniques se développent, se nouent, se libèrent.

Et jouée par Octurn, la musique garde toujours cette pulsion et cette tension sans faille.

Ce soir, Guillaume Orti est, une fois de plus, éblouissant dans ses interventions.
Tout comme Bo Van Der Werf, distribuant un jeu fluide et fiévreux.
Chander Sardjoe passe allègrement de la polyrythmie à un jeu délicat aux balais ou à celui, très nerveux, de la jungle.
Laurent Blondiau, Jozef Dumoulin, Fabian Fiorini, Nic Thys et Jean-Luc Lehr alimentent tout au long de la prestation un flux rythmique riche et puissant.

Nicolas Fiszman et Kevin Mulligan viennent ensuite interpréter «Love Me Always» dans un esprit blues-folk.
La voix de Mulligan est toujours aussi profonde et chaude.
Fiszman s’accompagne d’une belle et étrange guitare au son grave (il s’agit d’une guitare baryton - entre la guitare et la basse - (accordée en «si») comme me l’apprendra bien plus tard Nicolas lui-même).
Moment sensible, un peu trop court, d’une extrême poésie.
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La poésie est à nouveau au rendez-vous avec Hervé Samb, Lara Roseel (b) et David Broeders (dm) qui avaient accompagné Pierre lors de ses derniers concerts (notamment au Gent Jazz l’été dernier).
Mélange subtil de douceur et d’âpreté.
De gaîté et d’affliction. De soleil et de fraîcheur.
Le jeu de Samb est lumineux, précis et sans esbroufe.
Et celui de Broeders à la batterie est délicat et plein de finesse.

Même si Pierre n’est plus là, il serait bien que cet ex-quartette continue à répandre sa musique ou, pourquoi pas, à continuer à creuser dans cette veine.

Après le break, Vivaces entame le deuxième set.
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Anne Wolf et Kris Defoort au piano, Nicolas Kummert, Bo Van Der Werf et Manu Hermia aux saxophones, Stéphane Galland et Michel Seba aux percus, Hervé Samb à la guitare et… Nicolas Lherbette (edit. Merci Christine) à la basse électrique.
«Rue 6», «Estelle sous les étoiles» et «Otti 1er» résonnent de belle façon.
Toujours bouillonnante et pleine d’énergie, toujours prête à changer de couleurs et de rythmes la musique nous balade sur le fil de nos émotions.
On ne s’ennuie pas une seule minute.

Avant d’accueillir Aka Moon, Philippe Decock interprète
en solo au piano la musique du prochain film de Jaco Van Dormael, «Mr Nobody», écrite par Pierre.
Un esprit classique, entre Debussy et Satie, entre Ludovico Enaudi et Michael Nyman.

Et puis, c’est Aka Moon, ou plutôt… Nasa Na ?
En effet, au trio s’est ajoutée Bette Crijns (Atatchin), jouant dans un style proche de celui de Pierre (elle fut son élève aussi). Impressionnant.
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Aka Moon est en forme. Tempos flottants, entente parfaite, débauche d’énergie contrôlée… On est subjugué.

On est subjugué aussi par le jeu de Stéphane Galland.
Il alterne le jeu sec et droit à celui du rubato et de la polyrythmie.
Il invente sans cesse.
Michel Hatzi et Fabrizio Cassol en profitent.
David Linx les rejoint pour un morceau mi-scatté, mi-chanté.
Ça vole haut.

Et pour le final, David Linx a invité une belle brochette de jeunes chanteurs (avec qui il travaille au conservatoire) pour un «The Art Of Love» a cappella extrêmement émouvant.
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Nul doute que la musique de Pierre Van Dormael continuera longtemps encore à influencer le jazz actuel.

Et d’ailleurs, rappelons que les recettes des entrées de ce concert ont été intégralement consacrées au financement de l’impression professionnelle de son livre «Four Principles to Understand Music».

Merci encore, Pierre.

A+

25/02/2008

Octurn (Jazz Station) et Gilles Repond (Sounds)

Quand on a la chance d’avoir Octurn en résidence régulièrement dans sa ville, il serait assez stupide de ne pas assister à l’un de leurs concerts.
Surtout que, malgré une très forte personnalité, aucun ne se ressemble.
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À la Jazz Station, Octurn prépare son projet avec Ictus, basé surtout, d’après ce que me dit Bo van Der Werf sur le gamelan.

Est-ce pour cette raison qu’Octurn groove autant ce soir? Danse autant? Swingue presque?

Bien sûr, on y retrouve toujours les évolutions polyrythmiques complexes, les rythmes décalés, les moments suspendus, les ambiances à l’équilibre précaire…
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Chander Sarjoe est toujours aussi surprenant rythmiquement (pour ce projet avec Ictus, ce sera pourtant un autre excellentissime batteur qui participera à l’aventure: Xavier Rogé).
Aux claviers, le duo FioriniDumoulin se complète à merveille.
Nelson Veras apporte toujours sa touche si particulière, comme s’il jouait dans une autre dimension.
Et Malik, et Bo, et Jean-Luc Lehr, et Laurent Blondiau sont toujours aussi surprenants.
(Guillaume Orti n’était pas de la partie ce soir.)

Mais ce soir, j’arrête d’essayer d’analyser la musique.
Je me laisse porter par elle.
002

Y aura-t-il un disque avec l’ensemble Ictus?
Peut-être. Peut-être pas.
Raison de plus pour aller écouter Octurn à La Maison de la Musique à Nanterre (le 28 mars) ou au Kaaitheater à Bruxelles (le 16 avril).


Changement de direction et de style.
Me voici au Sounds pour écouter Gilles Repond.

Par rapport au groupe que j’avais entendu l’année dernière, c’est Toon Van Dionant qui a pris la place de Max Silvapulle derrière les fûts.
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Le groupe du tromboniste suisse propose un jazz groovy aux tendances parfois un peu funky.
Mais les morceaux sont souvent d’une complexité un peu perfide.
«Barbecue In Lapland», par exemple, est un morceau glissant (ok, le jeu de mot est facile, mais je suis sûr que ce titre n’a pas été choisi au hasard). Ici, les rythmes changent perpétuellement. Ça accélère, ça ralenti, ça change de direction.

Le plus «sage» dans l’histoire, c’est peut-être encore Gilles lui-même. C’est lui, souvent qui vient calmer un peu le jeu.
Il faut dire que lorsque Pascal Mohy est lâché, ça fait mal!
Quel pianiste brillant et fascinant.
Son jeu est précis, rebondissant, époustouflant. (Sur «Meeting Point» ou «Vilnius» c’est du tonnerre qui sort de l’instrument.)
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Alors, Sam Gerstmans en profite, lui aussi pour en rajouter une couche.
Au-delà d’un timing parfait et très sûr, il redouble de puissance dans ses solos.
Ce qui n’est pas pour déplaire à Toon Van Dionant, explosif au deuxième set.

Bien sûr il y a des moments plus tempérés, plus blues, comme le très beau «The Back Of The Death Hand» ou la ballade «Since You». C’est parfois un légèrement plus funky avec une reprise de Steve Wonder, ou plus traditionnel avec «Do You Know What It Means To Miss New Orleans» immortalisé à jamais par Billie Holiday et ce bon vieux Louis Armstrong

Alors, pour finir la fête, le quartette invite Jean-Paul Estivénart et Fred Delplancq à venir partager un «In A Sentimental Mood» et un tonitruant «Milestone».

Et je vous épargne la suite au bar.

A+

12/02/2008

Mâäk's Spirit "Stroke" - au Beursschouwburg

Jeudi dernier, ma fille entre à l’hôpital pour une opération lourde et délicate.
Angoisse.

Je me remémore sa première opération, il y a 9 ans.
Ça avait duré longtemps. Trop longtemps. Il y a avait eu des complications. Elle était entrée en salle d’op' à 7h. du mat’ et en était sortie définitivement vers 1h. du matin… le lendemain…
Elle avait ensuite passé près de trois semaines en soins intensifs. Puis en revalidation.
Pendant tout ce temps-là, j’avais l’impression de vivre à côté de ma vie.
Hors du temps.

A chaque trajet vers l’hôpital, comme un rituel,  j’écoutais «Paper Bag» de Fiona Apple.
Je m’en souviendrai toujours.
Quand je réécoute cette chanson encore aujourd’hui, c’est idiot, j’ai la gorge nouée et les larmes emplissent mes yeux irrésistiblement.
maaak

Ce jeudi soir, pour chasser ces angoisses, je me suis rendu au Beurs pour écouter Mâäk’s Spirit qui présentait son nouvel album «Stroke» avec Samanta7 et Kgafela oa Magogodi en invités.
L’album est nouveau mais a été enregistré en 2004 en Afrique du Sud.

J’avais entendu un extrait à l’époque sur la compilation «Jazztublieft» éditée par Muziekcentrum.
Je désespérais d’entendre l’entièreté du travail.
Mais, tout vient à point à qui sait attendre.
Et franchement, je ne suis pas déçu.
Oserai-je le mot?

Oui. Alors allons-y: «c’est génial» !

On entre dans cet album comme on entre dans un autre monde (comme d’habitude avec Mâäk’s Spirirt: souvenez-vous de « 5 » ou de « Al Majmaâ » ou du « Nom Du Vent »…)
Des univers chaque fois différents qui ne laissent jamais indifférents.

En ce qui concerne «Stroke», l’ambiance vacille entre jazz, trip-hop, spoken word… et musique indéfinissable.

Et c’est formidable d’un bout à l’autre.

Non seulement la musique est différente mais le packaging l’est tout autant.
Le cd est en effet glissé dans une pochette souple fermée par un zip.
L’objet et la musique ne font qu’un.

Hors norme!

A se procurer sans hésiter! Car la musique vaut l’emballage. Et inversement.

Mâäk’s Spirit, ne faisant jamais les choses comme les autres, a aussi fait une série de concerts «happening» dans différents lieux, plus incongrus les uns que les autres, à des heures totalement loufoques (8h. du matin, minuit, midi…).
Ils se sont ainsi retrouvés dans un salon lavoir, une boucherie, un aéroport, un hôpital, une friterie, une école, etc
Bref, 48 lieux différents. …(Je suis arrivé trop tard à la friterie à Flagey et j’ai raté la friterie de St Gilles)
Ils ont filmé toutes ces performances dans le but de sortir 48 DVD ! (Un avant-goût? Cliquez ici).

Un concert aura lieu à cette occasion, toujours au Beurs, le samedi 1er mars à 18h.
A ne pas manquer!
Ne pas manquer comme j’ai manqué le concert de ce jeudi, puisque je suis arrivé bien trop tard… et je ne peux donc rien vous en dire sauf que ça devait (sans aucun doute) être très bien.

Quant à ma fille, après une longue opération, qui s’est bien déroulée cette fois-ci, elle a quitté l’hôpital ce mardi soir, soulagée et souriante. Comme moi.
Plus qu’à suivre les longs mois de rétablissement, réadaptations, kiné…

Et «Stroke», qui porte bien son nom,  accompagnera sans doute encore très longtemps ce souvenir de peur... et de bonheur.

A+

27/12/2007

Octurn - Résidence à la Jazz Station

Octurn est régulièrement en résidence à la Jazz Station.
Cela permet au groupe de répéter et de travailler des morceaux que l’on sait ne pas toujours être simples  chez eux.
En plus, Bo Van Der Werf a plutôt l’esprit fertile et les nouvelles compos ou les nouveaux projets ne manquent pas (après Van Dormael, Magic Malik et la musique de Bo lui-même, Octurn prépare un travail avec Ictus).
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Ce qui étonne en entrant à la Jazz Station ce soir-là, c’est la configuration du groupe sur scène.
Enfin, non, justement, pas sur scène. Il est disposé en cercle dans la salle même.
Du coup, on a l’impression de faire partie du collectif. D’être pratiquement dedans…

Le premier morceau est assez nerveux et puissant. Groovy aussi.
Ce sont ici les saxes et trompettes qui sont mis en avant sur un drumming très «carré» de Chander Sardjoe. C’est presque binaire… et bien sûr ça ne l’est pas du tout. Et tout le monde dodeline de la tête.

Le morceau suivant débute de façon beaucoup plus intimiste.
La basse de Jean-Luc Lehr égrène lentement un motif lancinant.
Fabian Fiorini (p) ou Nelson Veras (g) prennent tour à tour des impros scintillantes.
Puis, c’est à Jozef Dumoulin d’introduire quelques phrases immatérielles dont il a le secret.
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Rien n’est jamais monotone chez Octurn et le changement de tempo intervient régulièrement pour lancer le groupe vers de nouvelles directions. La musique ressemble à des couches qui s’empilent, puis se dérobent. Parfois, le piano suit le sax avant de bifurquer sur les lignes de guitare ou de trompette.
Dans un seul morceau, il y a mille saveurs différentes et impossibles à définir.

Les rythmes et les tempos redoublent.
Sardjoe est étourdissant de vitesse. Cela contraste avec le jeu de Veras ou Dumoulin qui tempèrent. Fiorini, lui, joue par tâches, il jette les sons comme Pollock jette sa peinture. Guillaume Orti (as) et Laurent Blondiau (tp) ponctuent en écho ou à l’unisson cette musique exaltante.

La musique de Bo est une recette minutieusement bien préparée qui permet les improvisations les plus improbables.
D’ailleurs, il déplie une partition si longue qu'elle tient à peine sur le pupitre.
Comme me dit à l’oreille Stéphane Galland, en clin d’œil: «Ça ne rigole plus!»…
Quel plaisir !

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C’est de la haute voltige.
Et pourtant tout à l’air tellement simple et accessible. Même pour moi qui ai parfois eu du mal avec la musique d’Octurn: celle-ci est assurément limpide.
Les arrangements sont exécutés au cordeau. La construction est parfaite et l’interaction entre les musiciens est remarquable.

Avant un rappel que le public réclame avec véhémence, Fabian introduit, dans un jeu mi-baroque, mi-classique, un morceau époustouflant d’énergie.

Je l’ai déjà écrit, mais Octurn est sans doute un des groupes les plus créatifs du jazz européen actuel.


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Le groupe vient de sortir un double album enregistré avec Magic Malik («XPs [live]»). L’ambiance est différente de celle du concert de ce soir… mais tout aussi brillante et passionnante.
Comme quoi, la musique d’Octurn, ne se joue jamais de la même façon.

A+

19/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 02 -

Comment va jouer Mâäk’s Spirit aujourd’hui ?

Que vont-ils nous proposer cette fois-ci ?

On peut s’attendre à tout avec eux. Surtout que pour ce concert au Middelheim, ils ont invité Misha Mengelberg ! On peut comprendre que ça fasse peur à certains.
Et que ça aiguise la curiosité des autres.

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La configuration de la  scène surprend déjà.

En avant-plan et au centre : la batterie d’Erik Thielemans. Dos au piano.
Face à lui, Jeroen Van Herzeele (ts), Laurent Blondiau (tp) et Jean-Yves Evrard (g).
A la contrebasse, Sébastien Boisseau.

Improvisée du début à la fin, sans répétition aucune, voilà l’OVNI lancé.
Attachez vos ceintures.

Vin blanc à la main, bob sur la tête, Misha Mengelberg jette quelques notes.
On se cherche, on se jauge…
Petit à petit, chaque musicien se découvre. Le feu couve, la pression monte, l’ouragan éclate. C’est le chaos. Le chaos maîtrisé.

On frotte les percussions, on frappe les cordes. Tout est sens dessus dessous.
Les souffleurs surfent sur le haut des vagues d’une mer houleuse, déchaînée, indomptable…
Mais, Mäâk’s Spirit sait aussi installer un climat quand seuls les balais (quand ce n’est pas des sachets en plastique) de Thielemans soufflent face aux notes dispersées du pianiste et du guitariste.
Et c’est à nouveau la fusion… jusqu’à la fission.

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Encore plus inspiré, le groupe s’envole vers des impros d’une liberté délirante quand Misha se lève, éructe des sons gutturaux. Mäâk’s se disloque… chaque musicien change de place et se ballade sur scène. Jusque dans les coulisses.
On rentre, on sort, on siffle, on voyage…

Terminus. Tout le monde descend.

Moment rêvé ? Cauchemardé ?
Moment intense, excitant et incroyable en tout cas.

Le jazz n’est pas mort et le free jazz (en est-ce ?) n’a pas encore fini de nous étonner.

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Avec le BJO, c’est une autre histoire.

Lee Konitz s’est fait invité par l’excellentissime Big Band dont la renommée a largement dépassé nos frontières depuis belle lurette.

Ce soir, sous la baguette de Ohad Talmor, qui a fait tous les arrangements, on commence par le très swinguant «Sound Lee».

Essayant ensuite un jeu un peu déstructuré sur «June 5», entre cool et calypso, on ne voit pas vraiment où veut aller l’ensemble. Et Lee n’a pas l’air de suivre.
Pourtant, les interventions à la guitare de Peter Hertmans (excellent), ou le solo grave et presque sombre de Nathalie Loriers au piano laissent entrevoir quelques espoirs…
Mais non, les arrangement restent, par la suite, assez traditionnels et on dirait que Lee Konitz et Ohad Talmor ne profite pas du potentiel du Big Band.
Décidemment, on n’est pas en présence de Maria Schneider, Bert Joris ou de Kenny Werner qui avaient su donner la pleine puissance au BJO.

Konitz, au phrasé rond et suave, répond cependant avec bonheur au chant profond du sax baryton de Bo Van Der Werf, mais peu d’étincelles jaillissent de cette rencontre.
Pourtant, on sent Konitz heureux d’être là…
Alors, laissons rouler «Sweet Rythms», «Ornetty» ou «Remember You» et ne boudons pas notre plaisir, le BJO nous réserve encore bien d’autres (meilleures) surprises.

A+

05/05/2007

Octurn à la Jazz Station


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Octurn enchaîne projets sur projets ces derniers temps.
Après l’excellent «21 Emanations» avec Dré Pallemaerts et déjà, Magic Malik, le groupe a sorti «North Country Suite» sur des compositions de Pierre Van Dormael.
Et les voilà déjà maintenant à voguer vers d’autres aventures.

Cette foi-ci, Malik a pris un peu plus de place encore et le groupe a accueilli aussi Nelson Veras

Pour «roder» l’ensemble, Octurn s’est offert une résidence à la Jazz Station pour quelques jours.

Je suis allé écouter un des concerts ce mercredi dernier.

01

J’avoue ne pas avoir toujours suivi, ni compris la musique d’Octurn à une époque. Si tant est que «comprendre» la musique veuille bien dire quelque chose…
Donc, je rectifie: je n’ai pas toujours ressenti la musique d’Octurn à une époque.
Trop complexe, froide ou distante.

Mais voilà que depuis quelques mois (années), je trouve la démarche du groupe des plus intéressantes actuellement.
Est-ce le fait que le groupe sonne vraiment comme une entité?
Qu’Octurn semble savoir où il a envie d’aller?
Est-ce l’arrive de Malik qui lui donne du «liant» ?

Toujours est-il que je ne reste pas insensible a cette musique, complexe certes, mais tellement captivante.

La musique d’Octurn me paraît plus ramassée, plus concise. On y retrouve toujours cette fluidité, ces espaces et ces évolutions lentes qui, cependant, ne se diluent plus comme lors du concert au Bozar en mars 2006.
Et j’avais, par la suite, déjà beaucoup aimé le prestation suivante au Sounds en juin de la même année.

Le concert de ce soir devait me conforter dans cet esprit.

02

Le premier morceau est, comme à l’habitude, très évolutif. Le groove complexe s’installe peu à peu. Veras dépose quelques lignes harmoniques… «organiques».
La basse profonde de Jean-Luc Lehr se conjugue parfaitement au drumming impeccable de Xavier Rogé (qui «remplace» pour cette tournée Chander Sardjoe).

Ensuite, sur les pas d’une valse désabusée, les souffleurs rendent la mélodie incertaine.
Gilbert Nouno, capte, filtre, trafique les sons des instruments et les redistribue avec ingéniosité.
La musique est toute en relief et profondeur. Elle navigue sur plusieurs niveaux rythmiques et harmoniques. On sent comme des vagues, comme des ondulations qui s’entrecroisent.

Jozef Dumoulin au Fender Rhodes lance des phrases aux effets parfois stridents.
Ses improvisations sont toujours étonnantes. A la fois «free» et parfois «soul» ou «churchy».

Malik chante dans sa flûte.
Un chant fantomatique, lunaire.

L’ensemble est mouvant, riche, parfois groovy et, comme sur le dernier morceau du premier set, presque funky.
Il y a toujours ce mélange d’improvisations collectives complexes et de lignes rythmiques claires qui rendent le projet unique.
Octurn joue sur les tensions et les apaisements.
On ne peut y rester insensible.

03

Sur un autre morceau (la plupart, ce soir, sont de Bo Van Der Werf ou de Malik), une sorte de «lullaby» étrange, Fabian Fiorioni à l’instar de Veras précédemment, égrène les notes de façon très scintillantes. À la fois brutales et nerveuses, mais aussi pleines d’amplitudes. Entre classique et contemporain.

Malik intervient à nouveau au chant, mais c’est surtout Guillaume Orti qui improvisera de manière très physique. On le sent véritablement investi par la ferveur.

Bien qu’il intervienne de manière ponctuelle et avec beaucoup de sensibilité (comme lors de son solo en début de concert), j’ai l’impression que Laurent Blondiau, à la trompette «muted», vient plus souvent en soutien qu’en véritable soliste dans cet ensemble.
C’est un peu la même impression que j’ai vis-à-vis de Bo Van Der Werf, bien que lui aussi, viendra prendre sa place pour quelques solos d’une extrême beauté.

J’ai le sentiment que le groupe est vraiment en train de trouver son son. Ce que me confirmeront Xavier Rogé, Jean-Luc Lehr, Gilbert Nouno ou Nelson Veras après le concert.

Un beau projet, de très haut niveau, qui ouvre encore d’autres voies au jazz.
A suivre, bien sûr.

A+