11/03/2018

LG Jazz Colective - Strange Deal à la Jazz Station

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Samedi 10 mars, à la Jazz Station, Guillaume Vierset présentait son second disque avec LG Jazz Collective : Strange Deal (sorti chez Igloo). Comme il aime à le dire, ce «pari étrange» tire son nom du fait d’oser proposer et de faire tourner une aussi grande formation par les temps qui courent (un septette, ce n’est pas rien). Mais, quand la qualité est au rendez-vous - et qu’elle tend en plus à s’améliorer - il y a toujours un public et des organisateurs prêts à soutenir de telles audaces. Pour preuve, l’ancienne station de la gare de Saint-Josse avait fait le plein.

Par rapport au précédent album, deux changements ont été opérés : Igor Gehenot et Laurent Barbier ont respectivement cédé leur place au pianiste Alex Koo et à l’altiste Rob Banken.

«Opening», le bien nommé et «Strange Deal» ouvrent le bal et, au travers d’un jeu tout en souplesse et rondeur, qui ne manque cependant pas d’aspérité, on remarque que Guillaume Vierset privilégie souvent la mélodie. Il essaie toujours de lui donner un sens. Il évite aussi, tant que faire se peut, le classique principe du jazz : exposé, thème, impro. Il injecte ici et là un esprit parfois un peu plus pop ou blues folk.

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Cela ne l’empêche pas de laisser pas mal d’espace à ses compagnons de route. Pourquoi s’en priverait-il d’ailleurs, avec l’aréopage qui l’entoure ? La rythmique (Felix Zurstrassen à la contrebasse et Antoine Pierre aux drums) est solide, aussi précise que volubile et prête à se contorsionner autour des tempos flottants, des breaks et autres changements de rythmes.

Au piano, Alex Koo, peut-être moins romantique qu’Igor, apporte une pointe d’incisivité supplémentaire, même dans les moments plus mélancoliques. Son jeu découpé, fait de courtes accélérations, de brèves attentes et d’intervalles élégants donnent beaucoup de relief à l’ensemble. Puis il y a les saxophonistes, qui jouent tantôt à l’unisson et suscitent ainsi une certaine plénitude, ou de façon individuelle affirmant leur caractère. Ondulant, légèrement suave et sucré pour Steven Delannoye, plus amer et âpre pour Rob Banken (sur «Goldo» par exemple).

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Et puis, évidemment, il y a Jean-Paul Estiévenart pour lequel Guillaume a écrit «JP’s Mood», un morceau sur-mesure, une véritable rampe de lancement pour le trompettiste. Car lorsqu’il s’envole, rien ne l’arrête. Il est capable d’emmener la musique très loin, n’hésitant pas à la tordre, à la bousculer, à l’exploser presque. Il pousse assez loin l’exercice sans pour autant verser dans la démonstration. Il désamorce avec humour (un peu comme aurait pu le faire un Louis Armstrong) en intégrant des citations et des notes venues de nulle part, l’air de dire : «Je pourrais vous perdre et m’enfuir, mais on est là pour faire le voyage ensemble, s’amuser et se surprendre. Tout cela n’est que de la musique !». Grandiose.

«Home», «A» et les excellents solos de Felix et Antoine, «Maëlle»… les titres s’enchaînent avec une belle régularité.

Guillaume Vierset a décidé de faire son concert en un seul set (histoire, ici aussi, de se démarquer du rituel «jazz» ?) et de nous emmener dans un voyage musical tendre et sinueux, parsemé de quelques jolies surprises. Parfois fragile, comme ce duo guitare et piano sur «Sad Walk» ou parfois plus énergique, comme sur ce «Standing On The Shoulders Of Giants» final ou sur le non moins tonitruant «Move» en rappel.

Un good deal.

Merci à ©Roger Vantilt pour les images.

 

 

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09/06/2015

Blue Flamingo - Juin 2015

Entre festival et «pop up» club de jazz, le Blue Flamingo en est déjà à sa cinquième année !

Oui ! Cinq ans qu’il propose de façon régulière (4 fois l’an, le temps d’un week-end) des doubles concerts, les vendredi et samedi, dans la très belle, spacieuse et chaleureuse salle du Château du Karreveld à Molenbeek. La dernière fois que j'y avais mis les pieds, c'était il y a trop longtemps (lors de la première édition, en fait). Depuis, la formule n'a pas changée mais l'organisation et l'aménagement des lieux se sont bien améliorés : acoustique, lumière et même une petite - mais délicieuse - restauration tendance bio, sont vraiment au top. À force de travail, d'abnégation et, sans aucun doute, d’une foie inébranlable dans le jazz, Vincent Ghilbert et Christelle (MuseBoosting) ont réussi un pari un peu fou. Je vous invite vivement à vous rendre aux prochaines éditions car, vous verrez, vous y serez gâtés.

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Ce vendredi soir c'est Raf D Backer Trio (avec Cédric Raymond à la contrebasse et Thomas Grimmonprez à la batterie) qui fait l’ouverture. Si la formule est un peu resserrée, elle n’en est pas moins explosive et groovy. Le premier morceau («Jo The Farmer») – un peu à la Legnini - est vite suivi d'un autre qui évoque, lui, Jimmy Smith ou Les McCann. Il faut dire qu’au piano ou à l’orgue électrique, Raf donne tout ce qu'il a : énergie, ferveur et sensibilité. Et comme tout bon leader qui sait bien s'entourer, il n'hésite pas non plus à laisser de la place à ses acolytes. Cédric Raymond peut ainsi s'évader dans l'un ou l'autre solo aussi virtuose que sensuel. De même, Thomas Grimmonprez peut découper l'espace de claquements sourds ou limpides sans jamais atténuer la tension. Et ça balance et ça ondule lascivement au son d’un gospel lumineux : «Oh The Joy». Le claviériste s’inspire aussi parfois de Bo Diddley et, tout en invitant le public à frapper dans les mains, rappelle l'essence du jazz, de la soul et bien sûr du blues. A ce rythme-là, le pas vers le funk est vite franchi. Mais on revient quand même aux fondamentaux. Et «Full House» précède un hommage à B.B. King avant que «Rising Joy», aux accents très churchy, ne termine un set rondement mené.

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Le temps d’une courte mise en place, et le LG Jazz Collective monte sur scène.

Le truc du groupe, à la base, c'est de reprendre des thèmes de musiciens belges et de les arranger à sa sauce. Ainsi, «Jazz At The Olympics», de Nathalie Loriers, est retissé à la mode LG, avec verve (le solo de Laurent Barbier (as) est dense) et fougue (Igor Gehenot (p) est en pleine forme). Et «Carmignano», d’Eric Legnini, ou «A», de Lionel Beuvens, ne manquent vraiment pas d’idées. Si Guillaume Vierset laisse beaucoup de place à ses amis pour s'exprimer (comme sur «Move» où il laisse totalement libre Jean-Paul Estiévenart), il n'hésite pas à montrer de quoi il est capable (sur le même «Move», notamment). On remarque aussi l’excellent soutien de Fabio Zamagni qui remplace Antoine Pierre de brillant manière. «Grace Moment» permet aux souffleurs de se faire un peu plus lyriques (comme Steven Delannoye, par exemple, embarqué par Igor Gehenot). Mais, sous ses aspects simples, ce thème laisse apparaitre de tortueuses harmonies. Felix Zurstrassen (eb) – qui prend de plus en plus de risques - défriche alors quelques chemins secrets pour les offrir au pianiste puis au guitariste. La musique semble nous envelopper, comme pour nous étouffer lentement, sereinement, exquisément. Oui, le LG Collective a des choses à défendre et, au fur et à mesure des concerts, prend de l'assurance et se libère. Mais on aimerait qu’il se lâche encore un peu plus et que cela soit encore un poil moins «cadré». Cela pourrait être encore bien plus puissant … pour notre plus grand bonheur.

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Le lendemain, samedi, 3/4 Peace (Ben Sluijs, Christian Mendoza et Brice Soniano) isole le Château du Karreveld dans une bulle magique. On ne le répétera jamais assez, mais Ben Sluijs est une des très grande voix du sax alto. Toujours en recherche d'absolu et de sensibilité. Année après année, il développe un style unique. Tout en douceur, quiétude, retenue, sensibilité, et créativité. Avec «Glow», la musique est à fleur de peau. Puis, avec «Miles Behind», elle semble sortir lentement de la brume, doucement, sur un tempo qui s'accélère subtilement et se dessine sous les doigts de Christian Mendoza (quel toucher, mes amis, quel toucher !). Le pianiste égraine les notes avec parcimonie, répond en contrepoints à la contrebasse, puis prend des libertés dans un swing ultra délicat et d'une limpidité absolue. Brice Soniano (qui vient de publier un magnifique album en trio – Shades Of Blue – dont les concerts sont prévus en septembre... 2016 !!! Soyez patients…) accroche les mélodies avec une finesse incroyable et un sens unique du timing et du silence. Quant à Ben Sluijs, il survole et plane au dessus de cette musique d'une finesse et d'une transparence (dans le sens de luminosité, de brillance, de clarté et de légèreté) inouïe. Ce trio est unique ! Alors, il y a «Still», magnifique de retenue, puis «Constructive Criticism», morceau plus abstrait, découpé avec une intelligence rare, qui joue les tensions, les éclatements et qui trouve une résolution inattendue. 3/4 Peace parvient aussi à faire briller cette faible lueur d'espoir cachée au fond de la musique sombre et tourmentée qu’est «Éternité de l'enfant Jésus» de Messiaen. Puis il évoque Satie avec «Cycling» et enfin se donne de l’air avec un plus enlevé «Hope».

Grand moment. Très grand moment de musique !

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L’ambiance est nettement plus swinguante ensuite, avec le quartette du saxophoniste Stéphane Mercier, soutenu par une rythmique solide (Matthias De Waele (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), mais aussi et surtout par l'excellent Casimir Liberski (p). Ce jeune «chien fou» est toujours prêt à casser les règles, à élargir le spectre musical. Sur «Ma Elle», par exemple, ou sur «Jazz Studio», ses interventions sont furieuses et éblouissantes, presque au bord de la rupture. Il faut un solide Hendrik Vanattenhoven pour canaliser sa fougue. Et c’est magnifique d’assister à ce combat entre le feu et l’eau. Stéphane Mercier peut alors doser, comme il le veut, sa musique. Elle est solaire, énergique et pleine d'optimisme (à son image, en quelque sorte) avec «Team Spirit », puis dansante avec «Juanchito» et fianlement lyrique avec le très beau «Samsara». Avant d’accueillir, en guest, Jean-François Prins (eg) - que l’on ne voit peut-être pas assez en Belgique - pour un ou deux standards, Mercier nous offre encore «La Bohème» dans un esprit qui rappelle un peu Barney Willen, tout en langueur et détachement. Et c’est bon.

Voilà une bien belle façon d’achever cette merveilleuse édition du Blue Flamingo.

 

 

A+