01/01/2017

Chris Joris & Family in Mechelen

C’est tout de blanc vêtu que le maître de cérémonie monte sur scène, entouré de ses enfants (Yassin, Saskia et Naïma) et de ses amis, (Free Desmyter, Bart Borremans, Christof Millet, Lara Roseel et Sjarel Van den Bergh) qui font quasiment partie de la famille aussi.

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Chris Joris est fier et heureux – et c’est bien légitime – de présenter au public du CC Mechelen, ce samedi 17 décembre, son tout dernier bébé : Home And Old Stories (De Werf). Un album généreux et éclectique, rempli de musiques influencées par un parcours personnel riche mais aussi par celui de ses enfants. On touche au blues, à la musique africaine, au folk, à la pop et au jazz bien sûr. Aussi diversifié qu’il soit, ce projet garde une belle ligne de conduite, un fil rouge fragile, subtil et plein d’âme, qui le rend plus qu’attachant.

On connaît Chris leader, percussionniste parmi les percussionnistes, sideman des plus grands, chroniqueur, artiste peintre, philosophe aussi sans doute, figure emblématique du jazz belge et, sans conteste, l’une des fiertés de Malines. Le concert, organisé par Jazzzolder, a donc fait salle comble !

Accompagné à l’harmonica par Sjarel Van den Bergh, Chris entame une impro au likembe. L’Afrique et blues se mélangent pour rappeler ce que sont les vraies racines de la vraie musique. Et puis c’est parti, avec une certaine désinvolture, une dose de légèreté, un peu d’insouciance et un vrai sens du partage pour deux beaux sets de musique vivante.

« My Way », chanson incantatoire nous tire vers le haut, « Brocante » vacille entre milonga, bop et musique afro cubaine. Bart Borremans tire des pleurs et des rires de son sax et la marche éthylique nous amène vers un thème joyeux, permettant à Free Desmyter de lâcher des impros grondantes et volubiles. Chris passe des congas à la batterie puis au berimbau… Le programme semble changer suivant l'humeur du leader dans un joyeux et tendre bordel. C'est un vrai concert en famille auquel nous sommes invités.

Chris laisse beaucoup de libertés à chacun de ses musiciens. Il leur fait confiance. C’est réciproque et cela ressent dans la musique. Alors, il y a « Both Sides Know », superbe et touchant morceau de Joni Mitchell, magnifié par Naïma Joris, chanteuse exceptionnelle et magnétique. Avec détachement et simplicité, sans aucune gestuelle exagérée, maîtrisant admirablement une voix chaude et légèrement brisée, elle met au premier plan les vraies émotions. Frissons garantis. Et les bonheurs s’enchaînent, avec un Monk revisité et déglingué, avec « Far Away » - chanté avec délicatesse par Yassin Joris – qui montre qu’il n’est pas seulement qu’un excellent et inventif guitariste. Un peu avant la pause, il y aura encore un thème, nouveau et vénéneux, dans lequel on perçoit une touche de Pharoah Sanders dans le jeu enflammé de Borremans. Ensuite « Eventide » qui met en avant la basse profonde de Lara Roseel, puis l’envoûtant « Grinnin’ In Your Face », puis des joutes entre percussionnistes, des moments plus rock, d’autres plus roots… Et toujours plein de plaisir à partager.

Comme il faut se laisser le temps de se laisser prendre par le disque, afin de profiter de toutes ses richesses, il faut se laisser porter par un concert de Chris Joris. Lui faire confiance. C’est simple, ça vous rentre dans la peau et ça fait un bien fou.

A+

 

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15/02/2009

Hommage à Pierre van Dormael au Théâtre Marni

Rattrapons le temps perdu ! (Premier épisode)

Mercredi 28 janvier avait lieu le deuxième hommage des jazzmen à Pierre Van Doermal.
Cette fois-ci, cela se passait au Théâtre Marni.
Comme au Sounds précédemment, l’endroit était archi plein et une grosse partie du public n’avait plus trouvé que les marches des gradins pour s’asseoir.
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Premier groupe sur scène: Octurn, qui nous rappelle sa collaboration avec Pierre en 2006 avec «North Country Suite». Travail basé sur la musique de Bob Dylan (plus précisément «Girl From The North Country» de l’album «Nashville Skyline»)

La musique parfois complexe de Pierre est d’une intensité rare.
Si elle semble parfois s’envoler dans toutes les directions c’est sans doute pour mieux s’enchevêtrer. Les lignes mélodiques et harmoniques se développent, se nouent, se libèrent.

Et jouée par Octurn, la musique garde toujours cette pulsion et cette tension sans faille.

Ce soir, Guillaume Orti est, une fois de plus, éblouissant dans ses interventions.
Tout comme Bo Van Der Werf, distribuant un jeu fluide et fiévreux.
Chander Sardjoe passe allègrement de la polyrythmie à un jeu délicat aux balais ou à celui, très nerveux, de la jungle.
Laurent Blondiau, Jozef Dumoulin, Fabian Fiorini, Nic Thys et Jean-Luc Lehr alimentent tout au long de la prestation un flux rythmique riche et puissant.

Nicolas Fiszman et Kevin Mulligan viennent ensuite interpréter «Love Me Always» dans un esprit blues-folk.
La voix de Mulligan est toujours aussi profonde et chaude.
Fiszman s’accompagne d’une belle et étrange guitare au son grave (il s’agit d’une guitare baryton - entre la guitare et la basse - (accordée en «si») comme me l’apprendra bien plus tard Nicolas lui-même).
Moment sensible, un peu trop court, d’une extrême poésie.
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La poésie est à nouveau au rendez-vous avec Hervé Samb, Lara Roseel (b) et David Broeders (dm) qui avaient accompagné Pierre lors de ses derniers concerts (notamment au Gent Jazz l’été dernier).
Mélange subtil de douceur et d’âpreté.
De gaîté et d’affliction. De soleil et de fraîcheur.
Le jeu de Samb est lumineux, précis et sans esbroufe.
Et celui de Broeders à la batterie est délicat et plein de finesse.

Même si Pierre n’est plus là, il serait bien que cet ex-quartette continue à répandre sa musique ou, pourquoi pas, à continuer à creuser dans cette veine.

Après le break, Vivaces entame le deuxième set.
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Anne Wolf et Kris Defoort au piano, Nicolas Kummert, Bo Van Der Werf et Manu Hermia aux saxophones, Stéphane Galland et Michel Seba aux percus, Hervé Samb à la guitare et… Nicolas Lherbette (edit. Merci Christine) à la basse électrique.
«Rue 6», «Estelle sous les étoiles» et «Otti 1er» résonnent de belle façon.
Toujours bouillonnante et pleine d’énergie, toujours prête à changer de couleurs et de rythmes la musique nous balade sur le fil de nos émotions.
On ne s’ennuie pas une seule minute.

Avant d’accueillir Aka Moon, Philippe Decock interprète
en solo au piano la musique du prochain film de Jaco Van Dormael, «Mr Nobody», écrite par Pierre.
Un esprit classique, entre Debussy et Satie, entre Ludovico Enaudi et Michael Nyman.

Et puis, c’est Aka Moon, ou plutôt… Nasa Na ?
En effet, au trio s’est ajoutée Bette Crijns (Atatchin), jouant dans un style proche de celui de Pierre (elle fut son élève aussi). Impressionnant.
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Aka Moon est en forme. Tempos flottants, entente parfaite, débauche d’énergie contrôlée… On est subjugué.

On est subjugué aussi par le jeu de Stéphane Galland.
Il alterne le jeu sec et droit à celui du rubato et de la polyrythmie.
Il invente sans cesse.
Michel Hatzi et Fabrizio Cassol en profitent.
David Linx les rejoint pour un morceau mi-scatté, mi-chanté.
Ça vole haut.

Et pour le final, David Linx a invité une belle brochette de jeunes chanteurs (avec qui il travaille au conservatoire) pour un «The Art Of Love» a cappella extrêmement émouvant.
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Nul doute que la musique de Pierre Van Dormael continuera longtemps encore à influencer le jazz actuel.

Et d’ailleurs, rappelons que les recettes des entrées de ce concert ont été intégralement consacrées au financement de l’impression professionnelle de son livre «Four Principles to Understand Music».

Merci encore, Pierre.

A+