11/11/2017

Kris Defoort Diving Poet Society - Jazz Station

Ai-je déjà été aussi ému par un concert ?

Oui, sans doute. Mais ce dernier concert de Kris Defoort à la Jazz Station m’a quand même bien remué. Pas nécessairement par l’énergie, la force ou le groove, (quoique)… mais par l’émotion, la délicatesse et l’adrénaline qu’il provoque.

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C’est un peu comme si une aiguille fine était venue toucher une terminaison nerveuse jusqu’alors inconnue. Douce sensation.

Kris Defoort présente donc son dernier projet Diving Poet Society avec son trio habituel (Nic Thys à la basse électrique et Lander Gyselinck aux drums) augmenté de deux invités de choix : Guillaume Orti au sax tenor et Veronika Harcsa au chant.
Le disque m’avait déjà fasciné dès la première écoute. La sensation s’est renouvelée et s’est confirmée en live.

Avec une poignée de notes abstraites, jetées on ne sait comment et qui retombent on ne sait où, le pianiste trace quelques lignes de pure mélancolie, tout en économie. «Le vent des Landes» flotte dans la salle puis se lève peu à peu. Du bout des baguettes, Lander insuffle alors un groove sec, la basse électrique galope, le piano répète un motif qui se balance de haut en bas. «Tokyo Dreams» se révèle doucement. C’est puissant mais tellement léger…

Et soudain, comme venu de nulle part, Guillaume Orti, du fond de la salle, lâche quelques notes. La musique prend une autre dimension. Le mystère s’épaissit, Kris et son groupe jouent avec l’espace, comme pour nous déconcerter… ou nous rendre plus attentif.

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Veronika Harcsa rejoint alors le reste de la troupe. On entre dans le vif du sujet avec 3 morceaux, presque une suite, («The Pine Tree And The Marching», «The Pine Tree and The Fire» «Liquid Mirors») extraits de l’album et basés sur les poèmes de Peter Verhelst.

La voix de Veronika Harcsa est un instrument d’une justesse incroyable. Les paroles sont découpées avec une précision étonnante, chaque mot se charge de sens. Parfois aussi, elle laisse traîner le souffle comme le ferait un shruti box indien. Elle maintient la note, basse, presque inaudible et pourtant bien présente. Pendant ce temps, les mesures se mélangent, les cycles rythmiques s’entrelacent. C’est passionnant.

«Diving Poets», qui donne le nom à l'album et qui est dédié à la mémoire de Pierre VanDormael avec qui Kris eut de très longues et profondes discussions, est un chant intime et presque hypnotique. Les peaux craquent, le sax crachote, le piano égraine quelques notes éparses. On est dans les nuages, dans le coton, dans un autre monde. Orti improvise avec finesse et épouse le chant d’Harcsa, à moins que ce ne soit l’inverse. La voix est sur la même, mais alors vraiment la même (!), fréquence que celle du sax ou du piano. Ça chante à l'unisson pour mieux se diluer par la suite. On est sous le choc. On en pleurerait presque. Et l’on remarque à ce moment la qualité d'écoute du public. Un vrai bonheur.

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Pour ne pas casser la fragilité de l’instant, tout se joue en un seul et long set.

«Deepblauwe Sehnsucht» et «New Sound Plaza» se confondent. On se croirait perdu dans les brumeuses divagations d’un Leoš Janáček. Veronika Harcsa aurait pu être chanteuse d’opéra… ou de rock. Car ça éclate soudainement. Sur un motif répétitif, Lander Gyselinck provoque un incendie, Guillaume Orti, en bon pyromane, attise le feu, Kris tisonne et Nic Thys souffle sur les braises. Ce dernier joue de sa basse électrique comme si elle était acoustique. Il y met de la chaleur, de la profondeur, du boisé. Le son est monstrueux de force contenue, de beauté et d'intensité. Le tourbillon ascendant semble aller vers l'infini. Le moment est incroyable, hypnotique et émouvant.

Emouvant comme cet hommage à Billie Holiday, presque fantomatique («Heavenly Billie»). La chanteuse prend son temps pour déclamer, pour respirer. Les pianiste, bassiste, saxophoniste et batteur jouent les peintres de la musique. Ils jouent avec les nuances, les traits fins, les pleins et les déliés… Fascinant.

Tonnerre d’applaudissements.

En rappel, car on en veut encore, le quintette nous livre un morceau brûlant et nerveux comme un «Music Is the Healing Force of the Universe» de Albert Ayler. Eclaté et pourtant terriblement concis. C’est comme une boule à neige que l'on secoue avec excitation et dont les flocons, prisonniers du globe, s’affolent et finissent par retomber, épuisés.

La plongée au cœur de cette étrange «Society » est décidément une expérience poétique incroyable que l’on se souhaite de revivre au plus vite... En sachant que ce sera sans doute différent mais que ce sera certainement tout aussi fort.

A très vite, donc….

(Merci à ©Roger Vantilt pour ses merveilleux clichés)

 

 

A+

 

 

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05/03/2017

LABtrio à la Jazz Station

Volzet !

Il n’y avait plus une place de libre à la Jazz Station ce samedi 25 mars pour le concert de LABtrio. Pour ses dix ans, le groupe a fait salle (archi) comble.

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Bien sûr, le trio n'a pas attendu dix ans pour remplir les salles ! Il faut dire qu’avec le jazz que proposent ces talentueux musiciens, c'est un peu normal. Ou alors, ce serait à désespérer de tout.

On le sentait venir, il y a dix ans déjà. 10 ans ! C'était hier, au Jazz Marathon, par exemple, lorsqu’ils avaient déjà éclaboussé la place Fernand Coq de leur talent. De l'eau est passée sous les ponts et après Fluxus et The Howls Are Not What They Seem, voici déjà le troisième album : Nature City.

Bram De Looze au piano, Anneleen Boehme à la contrebasse et Lander Gyselinck aux drums s’entendent à merveille pour encore faire avancer l’art du trio. L'art de tendre la musique au maximum, de l'amener toujours plus loin, jusqu’à la limite de la cassure. Rythmiquement c'est assez passionnant et jubilatoire. Dans les méandres de ces constructions plutôt élaborées, un groove sourd monte inexorablement. Tout en évidence. Presque avec désinvolture.

« Elevator », par exemple, ne cesse d’évoluer, d’accélérer imperceptiblement, puis il dévie abruptement. L’entente entre les trois musiciens est bluffante. Ils sont vraiment connectés et peuvent se permettre toutes les acrobaties. Parfois, la contrebasse joue à l'unisson avec le piano, le temps d'exposer le thème, puis les phrases mélodiques se découpent, comme cassées par le jeu tachiste de Lander Gyselinck. C’est fin, nerveux, dégraissé jusqu’à l’os.

LABtrio fusionne l’intellect et le bestial.

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Même si « Ihor » semble plus abstrait, la musique n’en est pas moins limpide. Et que dire alors de ces thèmes de Bach dans lesquels l'improvisation prend tout son sens… On sait que musique baroque, à l'époque, était propice aux improvisations et notre trio nous le rappelle ici de façon brillante. Si la musique évolue dans une sphère proche de celles des Vijay Iyer, Craig Taborn voire même de Kris Davis, l'univers de LABtrio est vraiment personnel. À la fois avant-gardiste et terriblement accessible. Ces trois-là ont un son, une respiration, un timbre bien à eux. « Mental Floss » claque et électrise, « Low Fat » ne manque pas d'humour ni de détachement. Quant à la version de « Twin Peaks », elle est d’une sobriété et d’une intensité hypnotisantes.

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LABtrio malaxe la musique, la sculpte, la fait vivre puis l’arrête, la suspend pour mieux la catapulter. Les musiciens se suivent se relaient, s’accrochent, se propulsent. LABtrio ne se cache derrière aucun artifice et développe un langage bien à lui. Autant de spontanéité et d’inventivité distillées dans des compositions plutôt complexes et tissées de façon aussi précises, forcent l’admiration. Du très haut niveau.

Et ils n’ont que dix ans !

 

A+

Merci à ©Roger Vantilt pour les images

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22/09/2015

Marni Jazz Festival 2015 - Part Two

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©Didier Wagner

On attendait beaucoup des trois soirées « offertes » à Michel Hatzi lors du Marni Jazz Festival. Et on n’a pas été déçu. Au contraire. On a plutôt été ému lors de la présentation de son premier disque en tant que leader (La Basse d’Orphée), bousculé lors de la prestation avec Sinister Sister Plays Zappa et époustouflé lors de son duo avec Stéphane Galland.

Un artiste unique.

Le compte-rendu complet est à lire sur Jazzaround.

 

 

A+

 

06/09/2015

Belgian Jazz Meeting 2015

Troisième du nom, le Belgian Jazz Meeting s’est tenu à Bruges cette année.

Le Belgian Jazz Meeting ? C’est quoi ?

Organisé en collaboration avec Jazz Brugge, De Werf, Kunstenpunt, MUSEACT, Les Lundis D’Hortense, WBM, et JazzLab Series, ce meeting de trois jours a pour but de promouvoir le jazz belge hors de ses frontières.

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Le Belgian Jazz Meeting ? Qu’est ce qu’on y fait ?

On y écoute du jazz, bien sûr !

On y retrouve 14 groupes belges sélectionnés parmi plus de 160 candidatures.

On rencontre des journalistes, des programmateurs, des agents, d’Europe et du reste du monde.

On parle anglais, français, néerlandais, italien, allemand, finnois… parfois tout en même temps, dans une même conversation.

On noue des contacts.

On écoute du jazz !

On boit une bière. Ou deux. Ou plus.

On va se coucher trop tard. On se lève trop tôt.

On écoute du jazz !

On se balade sous la pluie.

On découvre des projets.

On discute, on s’interroge, on s’échange des avis.

Mais surtout… on écoute du jazz…

On écoute d’abord Lab Trio. La musique est acérée, les compos ciselées. L'ensemble est peut-être un peu trop cérébral. Le drumming de Lander Gyselinck, fin et précis répond parfaitement au jeu très inspiré de Bram Delooze. Quant à Anneleen Boehme (cb), elle maintient le cap avec juste ce qu’il faut de robustesse et d’ouverture.

On est soufflé par la prestation de Jean-François Folliez Playground. Le clarinettiste a réuni autour de lui une rythmique d’enfer (Janos Bruneel à la contrebasse, Xavier Rogé aux drums et Casimir Liberski au piano), et ça trace ! Pas un seul moment faible. Les compos sont pleines de surprises, avec des changements de directions qui surviennent sans crier gare et des solos qui racontent des histoires. Ceux de Casimir Liberski, par exemples, sont d’une fougue et d’une force surprenantes. Un groupe à suivre de très près !

On se laisse emporter par l’Heptatomic d’Eve Beuvens. Le lyrisme côtoie l’exaltation. Le bop se fait bousculer par le free. Les interventions de Benjamin Sauzerau (eg), Laurent Blondiau (tp) ou encore Sylvain Debaisieux (ts) sont toutes au service d’une musique très… vivante.

On se laisse bercer par le Kind Of Pink de Philippe Laloy (as, flûtes, voc). Les thèmes de Pink Floyd sont recolorés avec beaucoup de subtilité et d’intelligence pour en garder tout l’esprit et éviter la mauvaise copie.

On en prend plein le plexus avec MikMäâk. Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (as) réussissent sans cesse à renouveler la musique du combo, tout en lui gardant son identité. La musique semble se jouer par grappe : tantôt les cuivres, puis les anches, puis les cordes. Et tout est d’une cohérence et d’un groove étonnants. On retient, par exemple, le travail de Pascal Rousseau (tuba), Gregoire Tirtiaux (bs) – et son long solo tout en respiration circulaire est bluffant – Pierre Bernard (flûte) ou encore Claude Tchamitchian (cb).

On se repose comme on peut et, le lendemain, à onze heure du matin…

... on se concentre et on se laisse dériver par la musique très intimiste et très minimaliste de Joachim Badenhorst (cl, bcl) et Brice Soniano (cb). Le feulement, les respirations, les sons étouffés, les rythmes cachés et parfois déstructurés : voilà les ingrédients. Bien sûr, c’est un peu ardu… Mais quelle écoute. Quels échanges. Quelle qualité musicale !

On se fait plaisir avec le trio de Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (cb) et Tineke Postma (as, ss). Avec ces trois-là, la musique circule avec aisance. Les mélodies se développent avec autant de délicatesse que de fermeté. Le trio (sans batterie) arrive toujours à maintenir la tension, aussi bien dans les moments enlevés que dans les ballades. La classe.

On se balade dans le grand hall du Concertgebouw où se sont installés les différents acteurs du jazz belge (agents, maisons de disques, musiciens, associations) pour tenter d’accrocher les invités étrangers.

On vit l'installation "Loops" de Bart Maris.

On remet le prix Sabam au jazzman confirmé (l’incontestable Laurent Blondiau) et au jeune jazzman (Antoine Pierre est enfin récompensé, à juste titre, pour son travail avec Philip Catherine, LG Jazz Collective, TaxiWars et autres. On attend avec impatience son projet personnel, Urbex, qu’il présentera au Marni le 10 et à Liège (Cinéma Sauvenière) le 17. Et puis, on récompense aussi l’infatigable et incontournable Jean-Pierre Bissot (Jeunesses Musicales, Gaume Jazz et bien d’autres choses encore).

 

 

On applaudit Pierre De Surgères (p) et son trio. En se disant peut-être que le choix des morceaux rendait sa prestation un peu disparate.

On reprend un peu de LG Jazz Collective. Toujours impeccable. Concis, puissant et de mieux en mieux rôdé. Et puis, le groupe nous réserve toujours des petites surprises.

On prend une belle claque avec De Beren Gieren ! Le groupe de Fulco Ottervanger (p), Lieven Van Pée (cb) et Simon Segers (dm) vient de publier son dernier album chez Clean Feed. Cela donne une idée de l’esthétique musicale. Le trio est impressionnant, alliant complexité rythmique et harmonique avec une énergie débordante. De Beren Gieren mélange le jazz, le rock et les bidouillages électro. Et c'est très fort !

On subit le rock de Nordman. Le son est puissant, la musique est lourde. L’esprit est rock.

On se déhanche avec Black Flower. L’excellent groupe de Nathan Daems (ts, flûtes, kaval) mélange le jazz, la musique éthiopienne et l’afrobeat. C’est un tourbillon rythmique, ondulant et sensuel, avec une bonne dose de personnalité. Du haut niveau.

On se réveille difficilement dimanche matin.

On est subjugué par le talent insolent et la maturité des très jeunes Hendrik Lasure (p) et Casper Van De Velde (dm). Ces deux-là ont du culot, un sens du phrasé, du rythme et de l’échange. La musique est pleine de finesse, d’humour et de surprises. Schntzl (c’est le nom du groupe) est une révélation.

On s’émeut avec le projet « Secrets » de Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tb), Marine Horbaczewski (cello). Le trio a invité la chanteuse d’opéra Claron McFadden à chanter ou déclamer quelques secrets d’anonymes, parfois drôle, parfois très sombres, mais toujours très touchants. Poésie, musicalité, sensibilité. On est frappé en plein cœur.

On s’échange nos dernières impressions.

On se dit que cette édition était d’un tout bon niveau.

On espère que cela portera ses fruits.

Et on se dit que le jazz donne quand même un belle idée de ce devrait être ce pays.

 

 

 

Belgian Jazz 2015 by Belgianjazzmeeting on Mixcloud

 

 
 

 

A+

 

 

 

06/02/2015

Sinister Sister Performs Zappa - Au Bravo

Sinister Sister, ce sont Pieter Claus (vib), Michel Hatzigeorgiou (eb), Maayan Smith (ts)
Jan Ghesquière (eg) et Lander Gyselinck (dm).

Ils ont décidé, voici un an ou deux, de rendre visite à ce bon vieux Frank Zappa. Et on peut les comprendre. Quel plus grand plaisir, pour un musicien, de jouer cette musique qui n'a jamais choisi entre le jazz, le rock et les expérimentations contemporaines les plus dingues.

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Alors bien sûr, pour jouer Zappa, il faut les avoir bien accrochées, un sacré bagage technique et musical mais aussi et surtout, il faut comprendre l'esprit de ce fou (pas aussi iconoclaste qu'on veuille bien le dire) de Baltimore. Et, en ce qui concerne l'esprit (car ici, ni la technique, ni le culot, ne sont à mettre en doute), nos 5 complices ont tout compris.

Pieter Claus, initiateur du projet, a re-arrangé certains morceaux, les a parfois mélangé entre eux, sans pour autant en simplifier l’écriture, ni trahir le style. «Black Page», «Alien Orifice» ou encore «Peaches En Regalia» : bonjour le délire.

Aux avant-postes, il y a Maayan Smith au ténor, jeu souple et voix souvent à la limite de la cassure, qui maintient contre vents et marrées, une tension mélodique intense (et il n’a rien à envier à Brecker ou Napoleon Murphy Brock). Puis, le groupe peut compter également sur la basse ondulante d'Hatzi. Une véritable anguille qui remue constamment les tempos, les pousse au bord du déséquilibre tout en gardant toujours le contrôle. Il rappelle ses artistes chinois qui font tourner des assiettes au bout d’un long et fin bâton, sans que jamais elles ne tombent. Les rares solos qu’il prend, attisés par le drumming démentiel (précis, fougueux, toujours inventif) de Lander Gyselinck, sont fantastiques.

Puis il y a «Filthy Habits» ou encre «I Promise Not To Come In Your Mouth».
Et c’est Jan Ghesquière qui en profite pour lâcher une série de chorus bien trempés. Il tord les sons, les étire, puis il les taillade de quelques riffs incisifs. C’est fluide et fort.
Et bien entendu, Pieter Claus, derrière son vibraphone, amène cette touche de folie (une de plus), parfois douce, parfois schizophrène, un peu hors du temps, un peu hors des modes. Le jeu est aérien et flottant, mais quand il plonge, tête la première dans la transe, il fond comme l'épervier sur une proie. Les autres musiciens s'écartent le temps d'une courte respiration avant de l'engloutir à nouveau dans le magma bouillonnant.

Ce qui est formidable avec la musique de Zappa – et dans la façon dont elle est jouée ce soir - c'est la juxtaposition, presque contre nature, de la puissance parfois quasi hard rock des thèmes et de la douceur des pseudo ballades perverses aux richesses harmoniques insoupçonnées. La surprise est toujours là où on ne l'attend pas. Même si l'on connaît (ou croit connaître) la musique du grand moustachu.

On n’arrêtera jamais de redécouvrir Zappa. Même 20 ans après.
Alors voilà une bonne nouvelle : Zappa est bien vivant.

 

 

A+

 

 

11/01/2015

Satelliet Session - De Werf à Bruges

A De Werf, à Bruges, on a offert une résidence au jeune batteur Lander Gyselinck.

Celui-ci a proposé, 4 fois par ans, non seulement de présenter ses différents groupes ou travaux, mais d’inviter également des artistes qui font partie de la grande nébuleuse qu’est le jazz. Il a nommé ces rencontres «Satelliet». L’idée est de créer – ou plutôt de resserrer - les liens entre le jazz et toutes autres formes de musiques, et de s’interroger sur la façon dont le jazz pourrait sonner à l'avenir. Pas d’œillère donc, pas d'à priori, pas de sectarisme. Direction De Werf, ce vendredi soir pour la première et pour s’ouvrir un peu plus encore l’esprit.

Pour le coup, la configuration de la salle a été adaptée. Entre un esprit Stones à NY et les salles alternatives rock. Ce soir, c'est concert debout, et il y a du monde au rendez-vous.

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Le premier acte est assuré par Lynn Cassiers. Son court concert est une véritable performance artistique, vocale et sonique. La chanteuse - mais pas que - nous embarque rapidement dans son univers fantasmé, singulier, onirique et déroutant.

Avec sa seule voix, un korg, quelques instruments musicaux enfantins (tambourin, sifflet, hochet...) et de multiples filtres, transformateurs, harmonizer ou equalizer, elle triture les sons, les transforme, les coupe, les rythme. Dans nos têtes les références se bousculent, on pense parfois à Sidsel Endresen ou à Laurie Anderson. Parfois on lorgne du côté de Tangerine Dream. Mais Lynn produit tout cela toute seule, sur le moment même. Les histoires se construisent petit à petit. Elle improvise et joue autant avec les mots qu'avec les sons. De ce maelstrom, dosé avec raffinement et habileté, jaillissent des comptines désenchantées, souvent sombres, mais toujours hypnotiques et d'une rare beauté (comme «Rose» par exemple). Magique et envoutant.

Je vous recommande bien entendu ce merveilleux disque sorti en 2013 chez Rat Records «The Bird the Fish and the Ball» (dont j'avais parlé ici ) mais, si vous avez l'occasion d'assister à un concert (concert ?) de Lynn, n'hésitez pas une seule seconde.

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Après une courte pause, Stuff monte sur scène. Le groupe de Lander Gyselinck propose une musique qui, elle aussi, tourne autour de l'astre jazz. Mais ici, on attaque le côté rock, dance ou funk avec beaucoup de puissance et d’énergie. L'esprit est très électro-acoustique, voire très électrique même (ce n’est pas pour rien que Stuff s’est déjà retrouvé sur des scènes rock, comme celle de Dour, par exemple).

Lander imprime des tempi lourds et flottants à la fois. On sent une grande maîtrise et une véritable liberté dans son jeu et on se dit que tout peut basculer d'un moment à l'autre.

D'un côté il y a Andrew Claes, à l'EWI principalement, et Mixmonster Menno aux platines. De l'autre, il y a Dries Laheye à la basse électrique et Joris Caluwaerts aux claviers électriques. Et chacun profite du moindre espace pour s'échapper et improviser (Andrew Claes, intenable, fait le relais avec les interventions furieuses de Caluwaerts). Mais l'envie de faire bouger et de danser sur des tempi hallucinés sont bien là («D.O.G.G.» ou «Free Mo»). Et on se balance et on se déhanche dans la salle. Et on secoue la tête comme dans une transe psychédélique. Parfois, ça vire hard rock («Stoffig» ?) avant de replonger dans l'électro funk, comme sur ce «Planet Rock» (mix d’Afrika Bambaataa et de Kraftwerk) revisité et dynamité comme jamais.

Stuff fait feu de tout bois et n'a vraiment pas peur de mélanger les genres. Sa musique reflète bien une facette de son époque : inventive, fluctuante, décomplexée, chaotique et… incertaine. Il fait le pari que tout peut arriver et que tout est possible. Il suffit, pour cela, de ne pas être frileux, d'être ouvert et… d’avoir du talent.

A+

 

13/09/2013

Belgian Jazz Meeting 2013

 

Après Bruges, il y a deux ans, c’est à Liège que se déroulait le deuxième Belgian Jazz Meeting. Le principe est inchangé. Douze groupes - ou solistes - sélectionnés par des journalistes et des programmateurs belges sont invités à se présenter devant des journalistes et des programmateurs du monde entier.

Un set d’une demi-heure pour convaincre - pas facile, mais c’est le jeu - des speed-meetings (face-to-face entre artistes et invités), des rencontres informelles après ou entre les mini–concerts, voilà le programme. De quoi se faire remarquer et de tenter de décrocher quelques chroniques et articles par ici, des concerts par là ou tournées hors de nos frontières.

A la Caserne Fonck, où francophones et néerlandophones (*) ont uni leurs efforts (vous ne pouvez pas savoir comme ça fait du bien !), l’accueil est des plus sympathiques, bien sûr, et l’organisation parfaite.

N’ayant pas l’occasion de m’y rendre le vendredi soir (le meeting se déroule sur trois jours), j’apprends le lendemain que certains groupes se sont joliment fait remarquer. Le trio de Jean-Paul Estiévenart en particulier (dont le très bon album Wanted - neo hard bop, vif et nerveux - sort sous peu chez De Werf) a marqué des points, Mélanie De Biasio n’a laissé personne indifférent - soit on adore, soit on déteste - et Mâäk, en version tout acoustique, déjanté et festif, a clôturé en beauté.

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Samedi soir, c’est Lionel Beuvens (dm) qui présente son album (Trinité chez Igloo) devant une salle bien remplie. Lentement, en toute intimité, le groupe installe un climat plutôt «nordique» distillé par le jeu très épuré du trompettiste finlandais Kalevi Louhivuori. Tout se réchauffe et s’anime dès le second morceau qui laisse entendre de magnifiques improvisations du pianiste Alexi Tuomarila au toucher aérien, lumineux et nerveux. Les compositions de Lionel Beuvens ont quelque chose d’enivrant. «Seven», qui clôt ce court set, par exemple, est construit sur une spirale ascendante et terriblement excitante…

Joachim Badenhorst se présente en solo, armé de ses seuls soprano, ténor et clarinette basse. Adepte du jazz avant-gardiste et de l’improvisation libre, Badenhorst n’y va pas par quatre chemins. Clair, précis et direct, il démontre que le difficile exercice en solo – sur une musique pas facile, qui plus est – peut-être très accrocheuse. Badenhorst travaille la texture, le son et la matière. Il roule les harmonies comme on roule les «r». Il va chercher les sons les plus graves, étire quelques notes pointues… En quatre morceaux, il présente l’essentiel de son discours, réfléchi, travaillé, préparé. Et l’on se dit qu’il a encore beaucoup de choses passionnantes à raconter (la preuve avec son prochain disque en septette).

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Avant la première pause de la soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui monte sur scène.

Fraîcheur, ingéniosité harmonique et rythmique, un pied dans la tradition, un autre dans le présent (peut-être même en avance sur son temps), le trio emballe le set de façon unique et jubilatoire. La complicité est réelle entre Nic Thys (eb), Lander Gyselinck (dm) et le pianiste. Je ne redirai pas tout le bien que je pense de ce trio, allez relire le compte-rendu du dernier Leffe Jazz Nights. La qualité des compos («Le lendemain du lendemain» ou «Diepblauwe Sehnsucht») n’a d’égale que la fluidité du propos (la version de «Walking On The Moon» est toujours un régal). Un vrai grand trio qui joue, invente et réinvente. On en redemande… mais le timing, c’est le timing.

Après une courte pause, on retrouve sur scène 3/4 Peace de Ben Sluijs (as,fl), Brice Soniano (cb) et Christian Mendoza (p). Douceur et délicatesse. Le trio, resserré autour du piano, joue tout acoustique. L’ambiance est feutrée et fragile. La musique, d’une grande subtilité, voyage entre les trois hommes. Chacune de leurs interventions est dosée avec finesse et intelligence. Tout est dans l’évocation, dans la subtilité. Parfois la tentation d’un free jazz suggéré et maîtrisé affleure, histoire d’ouvrir d’autres perspectives et de mettre encore plus l’eau à la bouche. La belle intro de Ben Sluijs à la flûte, les interventions très musicales de Brice Soniano à la contrebasse et les envolées de Christian Mendoza au piano sont en tout point exemplaires. Un véritable délice.

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Pour terminer le tour d’horizon de la journée, Nathan Daems (ts), Marco Bardoscia (cb) et à nouveau Lander Gyselinck (dm) proposent, avec Ragini Trio, un jazz basé essentiellement sur des traditionnels indiens qu’ils modèlent à leur manière. Quand on sait que les références des musiciens passent de Paolo Fresu à Ernst Reijseger ou de John Zorn à la musique des Balkans, on imagine très bien avec quelle ouverture d’esprit ils vont revisiter ces thèmes parfois ancestraux. La Shruti Box lancée, la musique ondule et évolue rapidement sur des rythmes et des groove lancinants. Bardoscia reprend pour lui, à la contrebasse, le principe des onomatopées et des ragas. Lander assure une polyrythmie efficace et Nathan fait chanter son saxophone sur des intonations épicées. Une façon originale d’intégrer le jazz à la musique indienne. A moins que ce ne soit l’inverse…

Après une courte nuit, tout le monde est de retour à la Caserne Fonck le dimanche matin sur les coups de onze heures.

Derrière le piano, Igor Gehenot commence en douceur, dans un esprit très ECM, en distillant avec parcimonie les notes rares. Puis la musique se fait plus précise et plus vive. Sam Gerstmans (cb) et Teun Verbruggen (dm) donnent l’impulsion sur un «Lena» assez enlevé. On décèle chez Gehenot le romantisme parfois torturé d’un Brad Mehldau mêlé à des accents légèrement plus funky ou soul. On sent que le trio prend de la consistance et façonne petit à petit sa personnalité. Et puis, on aime ce mélange de douceur (dans le phraser d’Igor) et d’acidité (dans le jeu sec de Teun).

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On retrouve de nouveau Teun Verbruggen avec le dernier groupe qui ferme le ban : Too Noisy Fish. J’avais eu l’occasion de les voir en début d’année à Flagey lors d’un surprenant concert. Et force est de constater que le groupe a encore évolué. Le voici encore plus sûr de lui et de son humour décalé. Les trois dissidents du Flat Earth Society (Peter Vandenberghe au piano et Kristof Roseeuw à la contrebasse) s’amusent à mélanger les genres. On sent l’influence de Zappa, de Monk ou de Charlie Parker, mais aussi d’un rock très contemporain ou d’un folklore populaire assumé. On saute d’un tempo à l’autre sans crier gare. Le timing est d’une précision diabolique et les idées fusent. Peter Vandenberghe plaque les accords, puis enchaîne de brèves mélodie avant de suspendre le temps et de jouer avec les silences. Le drumming éclaté de Teun se confond aux glissando de la contrebasse de Kristof. En une demi-heure, Too Noisy Fish nous a offert un concentré de jazz intelligent, joyeux et innovant... A suivre...

Voilà un joli panorama, fidèle – mais restreint bien entendu – du jazz belge : cette scène éclectique aux milles influences qui en fait toute sa singularité.

Il ne reste plus qu’à espérer que les programmateurs étrangers seront bien inspirés de l’exporter un peu partout en Europe.

On fera le bilan dans deux ans, lors du prochain Belgian Jazz Meeting qui se tiendra à nouveau à Bruges.

A+


* Museact (Gaume Jazz Festival, Jazz 04/Les Chiroux, Jazz Station, Maison du Jazz/Jazz à Liège, Les Lundis d'Hortense, Collectif du Lion, Sowarex/Igloo, Ecoutez-Voir), Brosella, Jazz Brugge, Wallonie-Bruxelles Musiques et Flanders Music Centre. La Federation Wallonie-Bruxelles et De Vlaamse Gemeenschap, les villes de Liège et de Bruges.

 

 

 

14/08/2011

LAB Trio - Tremplin Jazz Avignon

 

LAB Trio, vainqueur du Tremplin Jazz à Avignon 2011 !

Non seulement, il remporte le prix du jury (ce qui lui permettra d’enregistrer à La Buissonne et de revenir l’année prochaine en concert), mais il remporte également le prix du public.

Lisez le compte-rendu de Franck Bergerot.

 

 

Le Tremplin réussi plutôt bien aux groupes belges : il y a deux ans, c’était Christian Mendoza qui avait raflé la mise (ce qui lui a permis d’enregistrer l’excellent «Arbr-en-ciel», publié chez De Werf.). Avant lui, il y avait eu Pascal Schumacher Quartet, Saxkartel, Carlo Nardozza, Robin Verheyen… Pas mal, non ?

LAB Trio, je les avais découverts- et plébiscités - lors du concours des jeunes talents du Jazz Marathon à Bruxelles en 2009. Comme quoi, il est toujours intéressant de venir tendre l’oreille du côté de la Place Fernand Cocq ce jour-là…

Je propose d’envoyer l’année prochaine Collapse ou Bansuri Collectif ou Franka’s Pool Party… je suis prêt à parier qu’ils ne reviendraient pas bredouille.

A+

24/06/2011

Kris Defoort Trio à la Jazz Station

Après avoir longtemps trempé, ces dernières années, dans la composition de musiques contemporaines et d’opéras (dont le fameux «The Woman Who Walked Into Doors», par exemple), Kris Defoort a reformé un trio jazz à la fin de l’année années 2009 pour notre plus grand plaisir.

Je l’avais vu lors du Fast Forward Festival au KVS en juin 2010, mais je l’avais raté plus récemment, lors du dernier Jazz Marathon. Heureusement, je me suis rattrapé samedi 11 juin à la Jazz Station… pour un set seulement, car j’avais d’autres «obligations».

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Mais même pour un seul set, un trio pareil, ça ne se loupe pas car il est fascinant de voir comment il fusionne la musique contemporaine et le swing de façon aussi efficace que personnelle. Tout est légèreté et délicatesse. Et tout est d’une intelligence rare. On peut le dire: Kris Defoort a digéré ces deux genres comme personne.

Chaque morceau est un monde en lui-même. «Butterfly Chronicle» se débat dans l’espace et se moque des changements de rythmes et de respirations. «Meaning Of The Blues» est une étrange ballade dans laquelle le pianiste joue à cache-cache avec Lander Gyselinck. Le jeune batteur que j’avais remarqué la première fois avec Lab Trio, il y a quelques années, est sans conteste un futur grand. Non seulement son drive est d’une clarté et d’une modernité sans faille, mais il maîtrise avec brio les percussions à mains nues, les frottements, les feulements ou les crissements. Son jeu est foisonnant et bondissant et ses réponses au pianiste sont toujours pertinentes.

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Nic Thys, quant à lui, explore un jeu plein de nuances à la basse électrique. Il alterne les longues notes avec des ponctuations nettes et franches. De relief, du relief et encore du relief. Mais rien n’est souligné, rien n’est tracé grossièrement et les échanges s’enchevêtrent avec une souplesse saisissante.


 

 

Defoort fouille le thème de «Laughing Away» puis, minutieusement, le démonte pièce par pièce. Et de chaque petit morceau il en fait un diamant. Qu’il polit, retaille, affine. Il vient ensuite replacer ce caillou, plus brillant que jamais, au sein d'une mélodie qui renaît. Defoort nous offre ainsi une vision incroyablement personnelle du jazz. Une musique très sophistiquée, mais jamais inaccessible. Une musique simplement belle, intelligente et différente. Il suffit d’écouter la façon dont il laisse respirer l’harmonie, dont il associe les couleurs, dont il fait fleurir les mélodies. Ce n’est que du bonheur. Le trio peut alors mélanger tous les genres. On y entend du blues, du post-bop, de la jungle («Le lendemain du lendemain») et même quelques rumeurs de funk. La musique est limpide, rien n’est jamais linéaire ni monotone. Mais rien n’est jamais chaotique non plus, ou encore moins désincarné. Ce jazz a du corps, de la puissance, du caractère.

La finesse du traitement est éblouissante et l’émotion n’en est qu’amplifiée. Mais Defoort ne charge jamais la mule. Il a l’élégance de ne rien nous expliquer mais de tout nous faire comprendre.

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Pour terminer ce premier set, le trio s’offre un rappel. Juste pour Kris, qui ne se sentait pas satisfait. Et les musiciens refont le morceau dans une approche très Monkienne. En véritables trapézistes, les trois complices s’échangent les phrases, se lancent des idées, se mystifient et se rattrapent in extremis… C’est brillantissime.

Je ne peux donc pas voir le deuxième set, dont on me dira, le lendemain, qu’il fut encore plus incroyable, allant encore plus loin, plus vite et plus profondément dans l’exploration des rythmes et des arabesques jazzistiques.

Si ça, ce n’est pas pour m’obliger à ne pas rater le prochain concert du trio…

Kris, Lander et Nic devraient enregistrer fin septembre un album à sortir chez De Werf… Ce sera le centième du label. Et devinez qui avait enregistré le premier en 1993?

Beau cadeau pour Kris, que le monde ne devrait pas oublier aux côtés des Vijay, Tigran, Jason et autres pianistes qui font le jazz actuel...


A+

26/06/2010

Fast Forward Festival... Rewind

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11 juin, il est près de 21h., Rockingchair vient de terminer son concert. Je l’ai raté. Je croise Fabrizio Cassol excité et ravi de ce qui vient de se produire sur scène. Il y a du monde. 'Son' Festival commence bien. Je rejoins le foyer du splendide bâtiment qu’est le KVS, et croise furtivement Airelle Besson. J’en profite pour me procurer l’album de Rockingchair. Musique aux multiples influences, nerveuse et ondulante, intelligente sans pour autant être intellectualisante, avec un travail remarquable sur le son… je vous le recommande.

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Pour célébrer le 25éme anniversaire de l’enregistrement du mythique «A Lover’s Question», il y a, sur la scène du «Bol», une brochette de musiciens incroyables.

C’est Angelique Wilkie, grande prêtresse à la voix profonde et au flow hypnotique, qui déclame d’abord les poèmes de James Baldwin. Le frisson s’installe. Hervé Samb enchaîne. Son improvisation est subjuguante. David Linx et Sabine Kabongo répondent comme en écho. Chacun dans sa tessiture. Entre contraste et équilibre des styles. Tout se tisse et s’entrelace. La force, la rage, l’amour, l’humanité. L’émotion monte encore d’un cran quand arrive le Brussels Vocal Project qui se réapproprie «The Art Of Love» écrit par le regretté Pierre Van Dormael. Le moment est sublime.

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Comme entraîné dans un mouvement de plus en plus frénétique, Stéphane Galland et Sergio Krakowski au pandeiro (sorte de tambourin brésilien) attisent un dialogue fiévreux. Eric Legnini s’immisce et illumine le propos. Dinozord, danseur caoutchouc, entre dans le jeu. Il rebondit, serpente et enchaîne les figures souples, saccadées ou erratiques. Il épouse la musique. Bette Crijns (eg), Hervé Samb (eg) et Michel Hatzi (eb) fertilisent le terrain, Michel Massot (tuba), Fabrizio Cassol (as), Robin Verheyen (ss, ts) et Laurent Blondiau (tp) peignent l’espace. Tout fusionne. Le spectacle est total.

Alors, la voix de Baldwin résonne. Solitaire. Irréelle…

«Precious Lord, take my hand
Lead me on,
Let me stand
I'm tired, I am weak, I am worn…»

Seul Michel Massot l’accompagne… jusqu’au paradis.

Irrésistible. On en a les larmes aux yeux. Le public est debout, réclame deux rappels et nourrit l’espoir de revoir peut-être un jour ce moment de magie suprême.

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À mon grand regret, je n’aurais pas l’occasion d’assister aux concerts de Sabar Ring, ni de Magic Malik, pas plus que je ne pourrais voir Pitié, les jours suivants…

Mais j’arrive à me libérer pour aller écouter Kartet et le trio de Kris Defoort le 16 juin.

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Guillaume Orti (as), Benoit Delbecq (p), Hubert Dupont (cb) et Chander Sardjoe (dm) s’aiguisent les canines sur «Misterioso» de Monk, puis attaque «Y». L’ambiance est très nue et sèche et le jeu d’Orti très découpé. Le son du piano préparé de Delbecq semble chercher celui du sax. La contrebasse s’associe à la batterie. C’est tendu, tout en polyrythmie. Orti ricoche, rebondit et sautille. Il chante et feule dans son instrument. Il invente des champs et des contre-champs. Le jazz flirte avec une musique cérébrale, contemporaine, puis s’amourache de rythmes africains. Kartet joue souvent avec nos nerfs, titille notre sensibilité, invoque presque l’ennui pour le transformer en un déchaînement excitant. Complexe et diaboliquement précise, la musique de Kartet n’est certes pas évidente mais ô combien intrigante.

En deuxième partie de soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui prend place sur scène.

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Électrocution? Hydrocution?  Le coup est parti tout seul, sans prévenir. Nous voilà plongé à vif dans l’univers polymorphe du pianiste belge.

Le jeune Lander Gyselinck, aux drums, est d’une efficacité redoutable. Il possède un jeu autant félin que massif. C’est roboratif, vivifiant et délicat à la fois. Kris Defoort distille des harmonies profondes qu’il pare de fins motifs. De ses digressions jaillissent souvent des thèmes lumineux. Et quand il se lance dans des mélodies qu’il laisse ouvertes, c’est Nic Thys qui vient nourrir le thème ou conclure l’affaire. Le jeu du trio est extrêmement soudé, éblouissant de maturité et d’idées. L’ambiance est parfois spectrale avant que le groupe ne désamorce l’ensemble par un trait d’humour. Il y a du Monk, il y a de la pop music, il y a des influences contemporaines… il y a du jazz à tous les étages. Ouaté, atmosphérique ou rêveuse, la musique, pleine de tendresse, est en perpétuel mouvement. Elle prend aux tripes et joue avec nos sentiments. Grande écriture et osmose parfaite entre les musiciens, voilà un groupe à suivre, à revoir et à soutenir absolument !

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Une chose est sûre, avec des musiciens tels que ceux-là, on demande déjà une seconde édition à ce Fast Forward Festival.

 



A+

17/07/2009

Les jeunes talents du Brussels Jazz Marathon

Ce qui est bien avec le Brussels Jazz Marathon, outre le fait que tous les concerts soient gratuits et qu’il y en ait plein, c’est que l’on peut aussi découvrir de jeunes groupes.
Surtout lors du concours des jeunes talents.

Je faisais partie du jury en compagnie de Fabien Degryse, Nathalie Loriers, Jan De Hass et Jempi.
Nous nous étions réunis quelques semaines auparavant avec Jacobien Tamsma (principale cheville ouvrière de ce Jazz Marathon) pour sélectionner les trois finalistes parmi plus de 25 groupes.
Croyez-le ou non, pour la moitié des candidats, le choix ne fut pas facile du tout.


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Samedi 30 mai, sur le podium de la Place Fernand Cocq, c’est Triple Eight qui ouvrit le concours.
Ce jeune trio sonne très ’60, dans un esprit qui oscille entre soul et boogaloo.
On sent un peu les influences de Dr. Lonnie Smith ou de Jimmy Smith par exemples…
Un peu normal quand on voit comment est constitué le groupe: Nick Puylaert à l’orgue Hammond, Tim Finoulst à la guitare électrique et Jelle Van Giel aux drums.
Ces jeunes gars ont assurément du talent.
Ça swingue parfaitement.
Quand le guitariste se lâche un peu, on peut sentir chez lui une belle fluidité dans le jeu.
On pourrait en dire autant de l’excellent et très accrocheur batteur.
Certes, le groupe doit sans doute encore un peu affirmer sa personnalité, mais… ça promet !


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Question personnalité, il faut bien admettre que le Baron Fauteuil en possède une solide.
Le trio est composé de Lara Rosseel (cb), David Broeders (dm) – vus précédemment aux côtés d’Hevé Samb et du regretté Pierre Van Dormael– et de Joppe Bestevaar (sax baryton).
Ici, l’ambiance est un peu plus cérébrale, plus feutrée.
Tout se joue dans la subtilité de compositions complexes qui ne manquent pas de swing pour autant.
L’interaction entre le batteur, d’une élégance extrême, et la contrebasse, sensuelle, est un délice.
Bestevaar, n’hésite pas à venir jouer le trouble-fête - avec un bel à propos - en proposant des accords chauds et des rythmes plus chaloupés.

Très beau groupe à revoir avec plaisir.

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Mais sans conteste, le vainqueur de ce concours de très haut niveau fut LABtrio.

Ce dernier groupe est clairement le plus jeune de tous les participants… mais il possède déjà une aisance et une maturité étonnantes !
On pouvait pourtant être un peu sceptique face à la formule très classique du triangle piano, basse, batterie… Mais ces trois jeunes jazzmen nous ont apporté une sacrée dose de fraîcheur.
Anneleen Boehme (cb), Bram de Looze (p) et Lander Gyselinck (dm), voilà assurément des noms à retenir.

Difficile d’expliquer ce qui fait de leur musique quelque chose d’un peu plus «magique» que celle des autres.
Une mise en place parfaite? Un équilibre habile? Une souplesse dans l’exécution?
Le touché de Bram De Looze (à peine 18 ans) au piano sur «Lennie’s Pennies» de Tristano est éblouissant de luminosité.
Il déroule tout cela avec facilité et sans complexe.
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Tandis que Lander innerve un jeu sobre et tendu à la fois, Anneleen démontre une grande musicalité à la contrebasse.

L’écoute et l’échange sont sans doute aussi l’une des clés de ce très beau trio.
La musique évoque parfois Herbie, parfois Bill ou Brad… mais avec cette petite pointe d’originalité qui la rend personnelle.

LABtrio a remporté le prix du jury ainsi que le prix du public.
Grâce à cela, ils ont pu aller jouer au Jamboree à Barcelone et, d’après les échos qui me sont parvenus, ils se sont fait joliment remarquer là-bas aussi.

Normal, le bon jazz, on le reconnaît partout.

La suite du Jazz Marathon, c’est pour plus tard, laissez-moi le temps de retrouver le tempo…

A+