21/05/2017

Bart Defoort Quintet - D Jazz à Dinant

Le temps de quitter Bruxelles (après le concert d’Esinam Dogbatse à la Jazz Station), de prendre l’E411, de traverser la belle campagne dinantaise sous le soleil couchant, d’admirer les grosses fermes perdues au milieu de champs de colza, et me voilà arrivé juste à temps pour le concert de Bart Defoort Quintet au D Jazz, au Castel de Pont-à-Lesse. Un véritable petit coin de paradis.

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J'avais raté les concerts de sortie de l’excellent album du saxophoniste, Inner Waves (W.E.R.F. Records), ainsi que le récent concert au Marni quelques jours auparavant. La qualité de ce band méritait bien un déplacement à Dinant (sans compter que l'accueil y est toujours très chaleureux).

Le quintette s’installe sur la vaste scène et entame le très accrocheur «Bright Side». Cela permet directement de démontrer tout le talent de grooveur du leader mais aussi de tout le groupe. Tandis que Toni Vitacolonna martèle sèchement les fûts, soutenu par la contrebasse alerte et ferme de Christophe Devisscher, Hans Van Oost enchaine de magnifiques solos avant de laisser Ewout Pierreux dérouler un jeu de plus en plus grondant. Chacun y va pour tirer le groupe vers le haut. Ça promet !

Le lumineux «The Yearning Song», introduit superbement par Christophe Devisscher, puis «No More Church», sur lequel Ewout Pierreux se fait plus bluesy que jamais, rappellent la qualité des compositions de Bart Defoort. Mélodiste avant tout, il n’en n’oublie jamais la pulsation, le groove, le swing. Il allie le straight à un jazz très actuel et très contemporain. Ceux qui en douteraient devraient tendre l’oreille. Ici, tout est question d’équilibre, de densité, de finesse.

Et puis il y a aussi le son de Bart : pur et déterminé. Il ne va jamais dans l'excès et pourtant son jeu est puissant. Il est toujours sur le fil. C'est un savant dosage entre énergie bien placée et retenues pleines de tensions. Une sorte de force tranquille, à l’image de ces orateurs qui arrivent à faire passer des messages sans hurler, sans vindicte excessive, et qui n'en ont que plus de poids.

«Late Night Drive» file sur un tempo haletant et permet une fois de plus à Ewout Pierreux, décidément intenable, de prendre les commandes dans un solo exaltant.

«Inner Waves», qui est un peu la signature du groupe (outre le fait d'être le titre éponyme de l'album), regorge de cet optimisme, de cette sorte de recherche intérieure entre bien-être et excitation soudaine. Les échanges entre Bart Defoort et Hans Van Oost, dans un jeu souvent tendu, sont nerveux et semblent être une évidence…

Ce quintette groove en permanence et n'a pas peur de se frotter aux mélodies (mine de rien, ce n'est pas évident à faire sans prêter le flanc aux clichés), de s’inspirer des fondamentaux du jazz et de ne pas avoir peur de la beauté.

Il y a encore «Light Red To Dark Blue» ou «To Late To Tell You» construits et joués, eux aussi, d'une façon irréprochable.

Et puis on se quitte en douceur avec, en rappel, «Still» écrit cette fois par Hans Van Oost. L'instant est calme, comme pour nous laisser savourer encore plus le très bon moment que l’on vient de passer.

On retrouvera le quintette à la rentrée (à Renaix, à Jazz in ‘t Park ou à Mouscron) et plus tard à l’occasion d’un Jazz Tour des Lundis d’Hortense. Notez déjà cela dans votre agenda.

 

 

A+

 

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22/03/2016

Rhoda Scott Quartet - Jazz l'F Dinant

La bonne nouvelle était tombée un peu par surprise, il y a quelques temps : Jazz l'f reprenait du service ! On n’y croyait plus.

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Le premier concert (depuis longtemps, bien trop longtemps) aurait lieu ce vendredi 18 mars. «Premier» car, oui, il y en aura d’autres : un tous les mois ! On annonce déjà la venue prochaine de Gonzalo Rubalcaba en solo (deux soirs de suite) et, plus tard, celle du trio de Jonathan Kreisberg avec David Kikoski !

Mais ce vendredi soir, ce sont les amis indéfectibles du club qui ouvraient le bal : Rhoda Scott accompagnée de Félix Simtaine, Steve Houben et Maxime Blesin. Et c'est tout heureux que j'ai pris la route pour aller fêter le grand retour du jazz dans la ville de Monsieur Sax.

Et pour cette première, la salle était comble. Comme quoi, le jazz avait bien manqué à Dinant, et tout le monde semblait heureux de cette résurrection.

Il y a donc un air de fête (et un peu d'émotion aussi) quand l'organiste aux pieds nus entame un «I Found A New Baby» swinguant en diable ! Chacun y va de son solo et la musique tourne.

«There Will Never Be Another You», débuté avec insouciance, s’égare cependant un peu dans un jeu un peu «messy». Ce qui n’est pas pour déplaire. Par contre, «Wave» ne trouvera jamais un terrain d’entente. La bossa, superbement introduite par Maxime Blesin, se liquéfie dans un jeu pour le moins très fluctuant. Steve Houben, à la flûte, trace un chemin que ni Felix Simtaine ni Rhoda Scott ne semblent suivre. Tout le monde se cherche, personne ne se trouve. Etrange moment.

Heureusement, «Lover Man» fera un peu oublier cette incompréhension passagère. Le mariage du sax avec les notes cristallines de l'orgue fonctionne à merveille. Et Maxime Blesin, avec élégance et souplesse, survole l’ensemble. Ouf.

Le second set est beaucoup plus soul et gospel. Et cela marche nettement mieux. Steve Houben intervient dans des solos puissants qui sont aussitôt repris par Rhoda Scott ou Maxime Blesin. Les échanges sont francs et sûrs. C'est chaud et ça groove. Duke Ellington s’invite et se taille une bonne place. Duke ! Quand même… quelle écriture !

Et dans le genre «bien écrit», il faut souligner aussi le morceau de Steve Houben : «Enfance», une véritable petite perle. C’est tendre, sensible et joyeux à la fois.

Alors, après un dernier morceau plus soul, on s’offre encore un Duke, pour finir ce concert en beauté.

A+

11/10/2012

Al Foster quartet - Jazz à l'F - Dinant

Dans le cadre du Skoda Jazz Festival, c’est un géant qui était au Jazz l’F à Dinant ce samedi 6 octobre : Al Foster, le batteur de Miles Davis entre - plus ou moins - 72 et 90, (Big Fun, Dark Magus, We Want Miles, Star People, etc.).

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Pas de promotion d’album (son dernier date de 2009) mais une «simple» tournée européenne. Une tournée pour «jouer du jazz pour le plaisir», comme il me le dira. Et c’est vrai que c’est ce qui semble motiver ce musicien qui ne se prend absolument pas pour une star. Souriant, affable, prêt à discuter avec n’importe qui... l’homme est resté simple.

Ce soir, il est accompagné par une belle brochette de jeunes (par rapport à lui) et talentueux musiciens. À la contrebasse, il y a le fidèle Doug Weiss (qu’on a vu aussi aux côtés de Kevin Hayes ou Chris Potter), au piano, Adam Birnbaum (Eddie Gomez, Wallace Roney) et au sax et soprano, l’excellent Wayne Escoffery (Tom Harrel, Mingus Big Band). Bref, du beau monde.

Le quartette nous plonge d'emblée dans le grand bain du post bop, même s’il reprend des thèmes mythiques du jazz modal comme «So What» ou «Jean-Pierre» de Miles.

Assis très bas et caché derrière ses cymbales, accrochées très haut, quasi à la verticale, Al Foster n’a rien perdu de son groove légendaire. Son sens du swing transpire et l’interaction avec ses musiciens est flagrante.

De plus, le batteur n’est pas du genre à focaliser toute la lumière sur lui, chacun des membres du groupe à droit à ses solos. Sur pratiquement chaque morceau, chacun y trouve son espace.

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Celui qui, ce soir, fera la grosse impression est sans nul doute Wayne Escoffery. Dans la lignée d’un Sonny Rollins, peut-être, il enchaîne les phrases et fait monter l’intensité à chaque chorus. Tout en les nuançant régulièrement. Il module le son en alternant le suraigu et les graves les plus profonds. Il n’esquive pas les difficultés, il prend tous les risques et se laisse emporter par une fougue qu’il maîtrise cependant parfaitement. Il ne s’empêche pas de disséquer les accords - quitte à jouer bruyamment avec les clés de son sax - pour les rendre plus incisifs. Ou, au contraire, il maintient - à la façon d’un Roland Kirk - les longues notes en souffle continu pour les emmener à leur paroxysme. Ce qui ne l’empêche pas d’enchaîner la suite avec beaucoup de sensibilité et de sobriété.

La connivence entre Al Foster et Adam Birnbaum est, elle aussi, assez convaincante.

Sur les groove souvent soutenus et toujours nuancés du batteur, le jeu du pianiste est limpide, ses attaques sont franches et ses impros solides… sans pour autant être terriblement originales. Birnbaum essaye plutôt des «servir» les thèmes avec élégance.

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Quant à Doug Weiss, lorsqu’il s’empare d’un solo, il ne le lâche pas facilement. En un jeu vif et sec, il s’exprime avec beaucoup de virtuosité sur des lignes mélodiques chantantes et fermes à la fois. Le jeu est resserré, concis, tendu.

Le groupe enchaîne standards et compositions personnelles, comme un bluesy «Peter ‘s Mood» ou un «Brandyn» assez soul, avec beaucoup d’entrain et de conviction. Ça swingue constamment, l’ambiance est vraiment très jazz et tout le monde prend du plaisir. En fin professionnel, Al Foster sait attendre, relancer la machine, sauter un temps ou, au contraire, le dédoubler pour ajouter encore plus de relief et de profondeur aux morceaux.

Il donne ainsi, avec tout le groupe, de nouvelles couleurs - plutôt bien dans notre époque - à ce jazz dit «traditionnel». Il y a comme un regard jeune, presque neuf. Il y a cette façon de bousculer les principes sans pour autant en mépriser les valeurs.

Oui, joué comme ça, ce jazz est éternel.

A+

 

 

28/11/2011

Marcin Wasilewski Trio - Jazz à l'F

 

En tournée en Europe, entre l’Allemagne, les Pays-Bas et Londres, le trio de Marcin Wasilewski a fait un détour par Dinant pour un unique concert belge. Autant dire que le club Jazz l’F était plutôt bien rempli.

Les pensionnaires de l’écurie ECM se connaissent depuis très longtemps et ont eu le temps de développer leur vision du trio jazz. (Vous pouvez lire ici l’interview que j’avais faite de Marcin, il y a quelque temps déjà, pour en savoir un peu plus).

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On pourrait dire, pour faire court, qu’il s’agit d’un mélange très subtil de musique contemplative ou lyrique saupoudrée de poésie mélancolique et de fulgurances rythmiques fiévreuses. Mais ce serait trop court, en effet. Autant la musique de Wasilewski pourrait aussi paraître légèrement distante sur disque (mais alors il est temps d’écouter le dernier «Faithful» pour se convaincre du contraire), autant elle est chaude, dynamique et communicative en live.

Pourtant, ici aussi, on est toujours un peu surpris par l’attitude un peu stricte et raide du leader. Peu de sourire, peu d’interaction avec le public (Wasilewski annonce simplement les titres joués en fin de set et c’est tout…). Mais, on le sent tellement investi dans sa musique qu’on ne peut lui en vouloir. Et il n’hésite pas à se lever, à bouger, à se tordre sur son tabouret pour extraire l’extrême substance cachée dans ses compositions. Alors, d’un point de vue musical, on atteint quand même vite des sommets.

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Dès les premières notes, c’est la fluidité qui transparaît, qui transpire même.

Le toucher de Marcin est singulier. Entre la fermeté délicate d’une main gauche et la luminosité de la droite, les mélodies s’épanouissent avec bonheur. Jamais elles ne côtoient la facilité ni le cliché. L’intelligence de l’exécution ne peut que mettre en valeur la richesse des compositions. Chaque ligne mélodique semble s’inspirer d’une idée instiguée par le batteur ou le contrebassiste… eux-mêmes influencés par les propositions du pianiste. Une idée en amène toujours une autre et les improvisations s’enchaînent astucieusement. «Night Train To You» est interprété avec un entrain et une vélocité jubilatoires. Le toucher de Wasilewski est d’une rude douceur ou d’une douce brutalité, c’est selon. Et puis, Marcin joue beaucoup avec le pédalier du piano, donnant ainsi beaucoup de relief et de profondeur au son. Etonnant.

Quant aux interventions du batteur, Michal Miskiewicz, - magnifiques sur «Song For Swirek» ou sur «Ballad Of The Sad Young Men» pour ne citer que ces deux exemples – elles sont d’une rare élégance. Son jeu est fin, aussi bien avec les balais qu’avec les mailloches. Il n’est pas sans rappeler parfois un certain Jack DeJohnette dans la façon de laisser rebondir les baguettes sur ses tambours et cymbales. Avec Slawomir Kurkiewicz à la contrebasse, ils offrent un écrin rythmique de premier ordre au pianiste. C’est là qu’on sent la force du collectif. Et la ballade sombre devient swinguante et le thème plus enlevé redouble de vigueur. Et le public en redemande.

C’était l’ambiance des grands soirs à Jazz l’F. Un très grand et très chaleureux concert qui se termina par un «Happy Birthday», chanté par un public ravi, en l’honneur du pianiste qui fêtait ce jour même ses trente-six ans.

Marcin Wasilewski et son trio seront de retour en Belgique (au Roma) en mars 2012, réservez déjà vos places.

Et hop, un extrait de concert (à Varsovie) pour se faire une idée.


 

A+ 

26/02/2011

Grégoire Maret à l'F à Dinant

 

Samedi 5 février, L’F, le club de jazz de Dinant est bondé pour accueillir Grégoire Maret, star montante de l’harmonica, adoubé par Toot Thielemans lui-même. D’ailleurs, ce soir, Toots est venu aussi… en spectateur, et s’est installé au premier rang. Ce n’est qu’échange de politesse car Grégoire à l’habitude d’aller écouter Toots lors de ses passages au Blue Note à New York. Il faut dire que le jeune harmoniciste suisse s’est installé dans la Grosse Pomme voici plus de quinze ans. C’est là, après avoir terminé ses études à la New School University, qu’il a commencé à collaborer avec quelques grands noms du jazz, tels que Pat Metheny, Marcus Miller, Herbie Hancock, Cassandra Wilson et d’autres encore.

À Dinant, il est venu accompagné de Reggie Washington (eb, b), Federico Gonzalez Pena (p) et Clarence Penn (dm).

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La musique de Maret est généralement feutrée, mélodique et lyrique, mais ne manque pas de nervosité par instants. Les deux premiers morceaux sont très doux et caressants. Clarence Penn joue délicatement et utilise principalement les balais. Il s’aide de temps à autre de légers effets sur son electro drum pad et de quelques rythmes préenregistrés. Tout est soyeux, et extrêmement bien mis en place. Il y aura, plus tard quelques solos beaucoup plus vifs où tout le groupe s’amuse sur des métriques plus sophistiquées. Des moments qui, du coup, mettent en valeur la délicatesse des thèmes plus doux.

Grégoire Maret est très charmeur, souvent romantique. Il met peu d’effet dans le son de son harmonica, mais dégage déjà une belle personnalité. De la douceur et du lyrisme, certes ce sont les bases de son style, mais il possède aussi une belle capacité à enflammer certains morceaux. Quelques-uns de ses solos flirtent avec les aigus qu’il maîtrise avec beaucoup d’agilité pour en souligner toutes les nuances.

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Reggie Washington, aussi à l’aise à la contrebasse qu’à la basse électrique s’intègre avec bonheur dans l’ensemble. Il soutient mais n’hésite pas, de temps en temps, à prendre des chemins de traverses. Légèrement funky, toujours subtil, ça balance et ça swingue gentiment.

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Celui qui impressionne le plus est sans doute le pianiste uruguayen Federico Gonzalez Pena. Son toucher est chaud et virtuose. On ressent chez lui cette touche afro-cubaine, à la fois douloureuse et mélancolique et à la fois explosivement optimiste. Il injecte, dans ses phrases et ses rythmes chaloupés, des accélérations subites, pétillantes et ensoleillées. Passant du piano au Fender, ses attaques sont franches et nerveuses, son jeu est acéré. Parfois aussi il instaure des plages plus atmosphériques rappelant des ambiances à la Brian Eno.

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Et puisque Toots est dans la salle, on aura droit à un duo.

Toots reste assis au milieu du public, Grégoire est face à lui. D’abord ils se cherchent. Gregoire donne quelques indications. Toots cherche un peu sa route. Grégoire le met sur la voie… et une fois le déclic trouvé, la magie opère. Il y a soudain un supplément d’âme dans la musique. On joue avec le cœur et l’émotion est palpable.

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Ce soir, c’était un beau concert de club, cosy et chaleureux, parfois peut-être un peu trop sobre, un peu trop sage, le groupe faisant la part belle aux ballades et aux trendres mélodies. Mais on entendra sans doute encore parler de Grégoire Maret et aussi certainement de Federico Gonzalez Pena qui me laissa vraiment une très belle et forte impression.

 

Prochainement, le 5 mars, Jazz l’F accueillera cette fois-ci Enrico Piranunzi (et si vous n’êtes pas à Dinant ce soir-là, vous pourrez vous rattraper en allant écouter le pianiste italien au Sounds quelques jours plus tard, le 10 et 11 mars…)

 

 

A+

 

 

 

22/07/2009

Pascal Mohy Trio à l'F

 

Après la conférence de presse présentant les Dinant Jazz Nights 2009 (vous voyez, je ne suis pas à l’avance dans mes comptes rendus) avait lieu à l’F un concert du trio de Pascal Mohy.


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Déjà écouté son merveilleux «Automne 08» sorti chez Igloo il y a peu? Non? Hé bien vous devriez le faire.

Ce soir, c’est Lieven Venken qui «remplace» Joost Van Schaik aux drums.
À la contrebasse, par contre, c’est bien Sal La Rocca, le pirate au grand coeur.

Après un «All Of You» délicat, Pascal Mohy «lâche» un jubilatoire «12 Huîtres Boogie» (ne me demandez pas la signification de ce titre, je ne la connais pas et je ne sais même pas si Pascal peut lui-même fournir une explication…) aux accents italiens d’un motif court et répétitif qui rappelle un peu Nino Rota (la musique de «Il ne faut pas parier sa tête avec le diable» de Fellini, par exemple).
Quelle aisance dans le toucher.


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Le jeu de Lieven Venken est feutré avec juste cette petite touche abrasive qui donne un peu de sel, un peu de poivre au thème.
Le sourire en coin, il frotte les balais sur la peau de sa caisse claire et respire le tempo.

On dit toujours - et moi le premier - qu’il y a un côté mélancolique et nonchalant chez Mohy, mais il faut aussi y lire chez lui le second degré, la légèreté et la prise de recul face à sa musique qui l’empêche de tomber dans la démonstration ou le maniérisme.

Il suffit pour cela d’écouter «Jojo» ou «If I Were A Bell» pour s’en convaincre. Clin d’œil amusé, sourire complice avec Sal et Lieven… un goût pour la fête simple.


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Avant «‘Round Midnight» et un «Just In Time» que n’aurait pas renié un Ahmad Jamal, le trio nous offre cette perle: «6.4.2», un morceau langoureux et sensuel qui imite le ressac fatigué d’une mer chaude.

On était à Dinant… ou bien plus loin, peut-être…

A+

22:56 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pascal mohy, sal la rocca, lieven venken, l f |  Facebook |

22/03/2009

Du neuf à Leffe.

Ça y est.
Après bientôt 12 ans de festival, Dinant s’offre enfin un club.
Hé oui, il n’y avait pas de club de jazz dans la cité qui a vu naître le papa du saxophone.
Bien sûr, certains se rappellent la grande époque du Charles Quint (qui a fermé ses portes au début des années 90), mais depuis, c’était le calme plat du côté du rocher Bayard.

Il fallait bien un fondu à qui rien ne fait peur pour décider d’ouvrir un club à l’époque où la plupart d’entre eux tirent la langue… quoique ce soit l’histoire éternelle des clubs de jazz.
Tout le monde connaît la blague: «Comment devenir millionnaire? … Être milliardaire et ouvrir un club de jazz!»

Jean-Claude Laloux n’est pas milliardaire, mais il est un amoureux éperdu du jazz et c’est sans conteste l’une des principales qualités requises pour faire fonctionner un club.

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L’F est donc né.

L’F, parce que le club se situe à deux pas de l’Abbaye de Leffe, dans l’ancienne classe de gym de l’école inoccupée depuis près de cinq ans et qui fut rachetée par les Pères de l’Abbaye. Et ceux-ci l’ont mis gracieusement à la disposition du jazz…

Ce 7 mars, pour le concert d’ouverture, Jean-Claude et ses bénévoles avaient mis les petits plats dans les grands pour proposer une belle et grande jam.

Dans la salle, plus de 200 personnes.
Et sur la scène, on a vu défiler Rhoda Scott, David Linx, Steve Houben, Roby Lakatos, Sal La Rocca, Hans Van Oosterhout, Greg Houben, Maxime Blesin, Kalman Olah (qui fut un peu à l’origine de la création des Dinant Jazz Nights) et même le Père Augustin (pour un «C.Jam Blues» mémorable).
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La fête a donc commencé avec Kalman Olah en solo sur «East Of The Sun», rejoint ensuite par Sal La Rocca, Hans Van Osterhout et Steve Houben.
Jazz tout en douceur et décontraction.
Les clins d’œils s’échangent et Maxime Blesin monte sur scène pour un délicat et sensuel «River Of Dreams». Le jeu de Maxime est souple, profond et légèrement swinguant.
Idéal pour glisser vers un «Shifting Down» plus «nocturne» que jamais.
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Quand Rhoda Scott arrive sur scène, c’est avec la ferme intension de bouter le feu à chacun des tunes.
Elle entame «Like Someone In Love» en y mettant toute son âme.
Bien vite la tension monte. On navigue alors entre soul et gospel.
Ça transpire ferme.
Houben déroule des phrases incandescentes et Rhoda enflamme le reste.

David Linx ne fait pas baisser le niveau. Au contraire, électrisé par l’ambiance, il nous sert un troublant et fabuleux «I’ve Got The World On A String» (de Frank Sinatra) à la façon Etta James… Merveilleux !
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On calme quelque peu les esprits avec l’une ou l’autre ballade («My Romance») avant que Roby Lakatos ne vienne à son tour raviver les ardeurs.
Le violoniste hongrois démontre tous ses talents d’improvisateur virtuose.
Le hard bop se mêle aux accents tziganes.
Les échanges entre Greg Houben (remonté par son récent séjour à New York), Rhoda Scott et Maxime Blesin sont éclatants.
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Puissant et d’une justesse étonnante, Hans Van Osterhout a assuré ces rythmes d’enfer durant toute la soirée, sans jamais faiblir… Tout comme Sal La Rocca. Chapeau.

Tout le monde est ravi, la «première» est totalement réussie.

Rendez-vous est pris !
Le mois prochain (le 3 avril), l’F accueillera Eric Legnini et Lionel Belmondo, puis le trio de Greg Houben, puis… puis…

Longue vie à l’F.

A+