19/03/2018

Mopo à l'Archiduc

Samedi 17, j’arrive vers la fin du premier set dans un Archiduc bourré à ras bord pour découvrir l’énergique trio finlandais Mopo.

Mopo, ce sont deux garçons et une fille, Eero Tikkanen à la contrebasse, Eeti Nieminen aux drums et Linda Fredriksson à l’alto et au sax baryton.

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Première impression à chaud : «ça envoie sévère !»

L’énergie est palpable, presque brute. La musique de Mopo est une sorte de post-bop très contemporain mélangé à un esprit «punk rock», un peu sale et rocailleux, parfois quand même un peu funky.

C’est plutôt abrasif, à la limite du free dans le son plus que dans la forme car les compositions possèdent toutes une ligne mélodique assez claire, souvent marquée par des riffs répétitifs. Et sur cette base, chacun trouve de la place pour improviser.

On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec Mats Gustafsson et consorts, surtout lorsque, au baryton, Linda Fredricksson fait swinguer avec rage ce gros instrument tout en jouant des intervalles très prononcés.

Le trio n’a pas peur de se donner. Ce n’est pas pour rien qu’il a réussi à faire une performance à Helsinki l’année dernière, en jouant pendant 24 heures, non-stop, dans 24 endroits différents. Autant dire que, dans l’ambiance un peu plus bruyante et plus survolté que d’habitude à l’Archiduc, Mopo se sent comme un poisson dans l’eau.

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Alors, le groupe balance «Tökkö» avec puissance et rage, puis calme un peu les ardeurs avec «Panama» qui entretient des ambiances mystérieuses et crépusculaires et enchaîne ensuite un «Sinut Mustan Ainimaan» presque mélancolique mais plein de force, sur lequel Eero Tikkanen fait vibrer un archet grave et sépulcral. Puis il repart sur un autre morceau, plus anguleux.

Ça pulse, ça gronde, ça ondule avec fermeté, ça joue les nuances très marquées. Ça s’amuse avec les relances et les breaks sur des tempos souvent élevés. Tour à tour, les musiciens essaient, dans la ferveur ambiante, d'annoncer et d'expliquer les titres des morceaux. Pas simple, tellement le public est enthousiaste... Il réclame, sans surprise un «encore» cent fois mérité ! Le trio reprend alors un morceau plus ancien, «Meikän Kissa», qui manie humour, désinvolture, folklore et esprit rock. On jubile.

Mopo en est déjà à son troisième album (Mopocalypse) et était en tournée en Belgique au Handelsbeurs à Gent, à Bruxelles et au Leuven Jazz Festival, et quelque chose me dit qu’on devrait encore les revoir chez nous bientôt.

Tant mieux ! Je vous conseille vivement d’y être cette fois-là.

 



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05/03/2018

Chris Speed Trio à l’Archiduc

En tournée en Europe, Walter (entendez par là Teun Verbruggen) a eu la bonne idée de faire s’arrêter Chris Speed et son trio à l’Archiduc !

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Et ce samedi 24 février, sur les coups de 17 heures, le bar mythique de la rue Dansaert est noir de monde ! Cela rappelle un peu l’ambiance du 55 à New York… en plus intime et cosy, bien entendu. Pas simple de se trouver une petite place. Mais une fois qu'on y est, qu’est ce qu’on y est bien…

Dave King (dm), Chris Tordini (cb) et le saxophoniste new-yorkais croisent déjà le fer.

Bien qu’il vient de sortir un nouvel album (Platinum On Tap), le trio joue d’abord quelques titres du précédent, «Really OK», «Argento», avec une belle fougue.

Le saxophoniste enchaîne les longues phrases sombres et graves qui trouvent un chemin entre le feu roulant de la batterie et le battement haletant de la contrebasse.

Aux côtés de sa rythmique, le jeu de Speed paraît très doux, presque feutré, presque à la Lester Young. Il faut dire que le groupe travaille intentionnellement sur une base assez classique de bop ou de post bop. C’est un savant mélange de tradition et de modernité. Le jeu nerveux, puissant, parfois en polyrythmie de Dave King (c’est le batteur de The Bad Plus, rappelons-le) y est sans doute pour quelque chose. Mais n’oublions pas non plus que Chris Speed insuffle une approche assez contemporaine au sein de l’excellent Claudia Quintet (avec John Hollenbeck). Ceci pourrait expliquer aussi cela.

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Au second set, dans lequel il joue la plupart des morceaux du dernier album («Crossface Cradle», «Red Hook Nights» et autres), le trio impose une belle écoute de la part du public. Dans certaines ballades, le silence est presque total et l’on peut apprécier au mieux le jeu de Chris Tordini à la contrebasse. Entre balancement régulier et fantaisies mélodiques, il semble piloter à vue, s’adaptant tantôt au jeu incisif de King ou à celui, plus velouté, de Speed. Parfois, pourtant, ce dernier donne plus de raucité à son instrument, il se contorsionne et se plie pour atteindre des notes plus stridentes, tout en gardant ce côté un peu… aphone. Des thèmes plus ouverts permettent aussi aux trois musiciens d’échanger, de prendre quelques solos ou d’improviser collectivement. Et ils ne s’en privent pas. C’est parfois plus rugueux et tourbillonnants, mais toujours souple et swinguant…

Le trio de Chris Speed nous offre un jazz plutôt traditionnel auquel il ajoute, ici ou là, des arrangements plus éclatés. C’est une belle vision et une belle façon de mettre au goût du jour des recettes qui ont déjà fait leurs preuves. Et le résultat est plus que réussi.

Walter peut encore inviter ce trio, à l'Archiduc ou ailleurs, on répondra sans doute présent.

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images.

 

 

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12/04/2009

Pascal Niggenkemper Trio à L'Archiduc

Samedi 28 mars, c’était un peu de New York à Bruxelles.
On se serrait à l’Archiduc pour voir et écouter le trio du contrebassiste Pascal Niggenkemper avec Robin Verheyen (ts & ss) et Tyshawn Sorey (dm).
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Ok, il y a un Américain, un Allemand et un Belge, mais c’est à New York que ces trois-là se sont rencontrés.
Et ils nous ont ramené une belle dose d’énergie de la Grosse Pomme.

Dès les premières notes, le ton est donné: le curseur «puissance» est positionné sur «maximum».
Il faut dire qu’il y avait du monde et du bruit… beaucoup trop de bruit.

Alors, plutôt que de nous la jouer «modéré», nos trois musiciens décident d’y aller à fond. Ce qui eut pour conséquence d’augmenter encore un peu plus le brouhaha ambiant.
Mauvais choix… Ce fut le seul.

Et donc, comme un volcan qui entre subitement en éruption, le trio fait éclater les sons!
La frappe de Tyshawn Sorey est sèche et ultra-puissante.
Le batteur est véloce et son tempo très soutenu.
Il tape avec tellement de véhémence que sa batterie se démantèle presque. À plusieurs reprises, il doit ramener à lui la grosse-caisse qui tente de se défile sous ses coups.

Niggenkemper cravache sa contrebasse.
Il tire les cordes avec une ferveur incroyable et soutient un rythme haletant.

Et puis, il y a Robin Verheyen, à chaque concert toujours un peu plus surprenant. Il fait brûler son ténor, se balance dans tous les sens, accompagne sa musique dans une danse erratique.

On est proche de la New Thing et «Rush Hours In The Bathroom» porte bien son nom.

Les autres thèmes, souvent joués avec force, sont pourtant très nuancés, complexes et bourrés de variations.
«Brother» ou «La maison d’été», par exemples, sont très ouverts, très évolutifs.
Les compositions de Niggenkemper laissent beaucoup de place aux improvisations et Verheyen, déchaîné, plonge dedans avec jubilation.
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Tyshawn est capable d’un jeu éblouissant de musicalité et d’écoute.
Car ce soir, même si la frappe est sèche et puissante, elle est surtout d’une justesse époustouflante. Il distribue précisément les sons : entre deux notes, deux intervalles, deux accords.
C’est brillant.
Et puis, il impose un tempo et un groove qui empêchent Robin et Pascal de baisser d’intensité.

Sûr que si le public avait été moins bruyant, le trio aurait proposé plus de morceaux où les silences jouent un rôle important (comme sur le superbe «Tree Free» par exemple).
Car après tout, il ne faudrait surtout pas occulter la musicalité ni le sens des harmonies de toutes ces compositions.

Pour s’en convaincre, et en attendant un prochain passage en Belgique dans des conditions moins extrêmes, il suffit d’écouter l’album «Pasàpas»… surprenant et de très haute tenue.

À tenir à l’œil et à l’oreille !

A+