04/10/2015

Saint-Jazz-Ten-Noode 30 ans ! Les concerts !

Saint-Jazz Ten-Noode fêtait ses trente ans le week-end dernier. Vous pouvez lire mon compte-rendu des deux premières soirées (jeudi à la Jazz Station et vendredi au Bota) sur Jazz Around.

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©Johan Van Eycken

 

La fête a continué samedi 26 septembre, toujours au Botanique

Sur les coups de dix-neuf heures, et sur les chapeaux de roues, BRZZVLL embrase la rotonde. Deux batteries assènent les rythmes puissants et dansants. Les saxes brillent et Anthony Joseph slame à la perfection. Le funky soul « Liquor Store » critique l'hypocrisie urbaine, les comportements sournois ou les préjugés. Textes acerbes, musique dansante. Le sax baryton (Vincent Brijs) et le ténor (Andrew Claes) se relaient dans la fièvre et Jan Willems, derrière ses claviers, accentue l’esprit soul. Si « Liverpool Highlands » est plus calme, le groove est toujours présent, lancinant et sombre. Geert Hellings, au banjo et Andrew Claes, cette-fois à l’EWI, renforcent cette ambiance inquiétante. Puis ça repart de plus belle dans le funk puissant qui trouve toujours son équilibre entre la fête et la gravité. BRZZVLL et Anthony Joseph perpétuent la tradition des Linton Kwesi Johnson, Gil Scott Heron et autres poètes du genre. Ça remue le corps et l’esprit et « Mind Is A Jungle » tombe bien à propos. Ce tube imparable fait danser et bouger le public, très nombreux et bien serré, de la Rotonde. Une heure intense de toute bonne musique. C'est bien parti pour la soirée groove promise par les organisateurs.

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©Johan Van Eycken

 

Du côté de l’Orangerie, on découvre Ourim Toumim, dont c’est le premier concert en Belgique, qui propose une musique très métissée (entre funk, R&B, soul jazz, gospel et musique du monde). L’excellente et charismatique chanteuse Emma Lamadji, soutenue par une rythmique à poigne (Jon Grandcamp aux drums, Clive Govinden à la basse électrique) ne ménage pas ses efforts. L’ambiance monte assez vite. Ici, les morceaux sont plus sensuels, un poil « nu jazz », comme on dit. Mais Ourim Toumim a la bonne idée d’explorer d’autres terrains. Les rythmes africains (« A Boy » ou « Them », par exemples) sont clairement mis en avant et Emma Lamadji, la voix crayeuse, n’hésite pas à mélanger l’anglais, le français ou (peut-être) le sango. Puis on flirte un peu avec l’électro et la drum ‘n bass, avec un très enflammé « Modjo » dans lequel les guitares de Amen Viana, Jim Grandcamp et Clive Govinden rivalisent de folie avec le piano électrique de Julien Agazar et la batterie furieuse de Jon Grandcamp. Ourim Toumim est à la frontière de différents styles et évite les clichés trop appuyés. Les compos, plutôt élaborées, ne perdent rien en efficacité tant le groupe est soudé et techniquement parfait. Une très belle découverte.

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©Johan Van Eycken

Retour dans la Rotonde où Nicolas Kummert a invité le guitariste ivoirien Lionel Loueke que tout le monde s’arrache (Terence Blanchard, Herbie Hancock, Wayne Shorter, Gretchen Parlato… excusez du peu). Le groove, puisque tel est le thème de la journée, développé par Nicolas Kummert est souvent basé sur des motifs répétitifs, en tempo lent, comme des prières calmes et profondes. « Diversity Over Purity » s’installe donc doucement et insidieusement. Le sax est légèrement plaintif, mélangé à quelques effets de voix dont le saxophoniste s’est fait une spécialité. Karl Jannuska, aux drums, et Nic Thys, à la contrebasse, assurent un tempo maitrisé, juste coloré comme il faut.

Parfois la cadence s’accélère, de façon imperceptible et régulière. On sent l’influence de la musique africaine et des rythmes tribaux sous-jacents. Loueke lâche quelques motifs haletants, s’aidant d’effets électro, phaser et autres. Kummert superpose les couches harmoniques et mélodiques, puis entraîne le public à chanter. « I’ll Be Allright », « Rainbow People » sont clairement des messages d’espoir et d’humanité. Les bases sont jetées pour un projet « arc-en-ciel » qui ne demande certainement qu’à s’épanouir.

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©Johan Van Eycken

Pour que la fête soit complète et totalement réussie, quoi de mieux qu’un concert de Da Romeo et son Crazy Moondog Band ? Le bassiste est en grande forme et propose d’entrée un « You've Got The Choice To Be Fonky Now » diabolique !

Autour de lui, Alex Tassel, au bugle, colore de bleu les groove, tandis que Christophe Panzani, au ténor, vient donner les coups de canif. Julien Tassin attend son heure et balance des riffs de fond. Eric Legnini se fait plus soul que jamais au Fender Rhodes. Ses interventions, sur « No Turning Back », entre autres, sont d’une limpidité et d’une fluidité confondantes. Toujours, il élève la musique. Derrière ses fûts, Arnaud Renanville, infatigable, vif et précis, claque les tempos avec un redoutable timing. Le « boss » peut vraiment compter sur une équipe du tonnerre. Alors, si « Vincent » ou « L’incompreso » font la part belle aux mélodies douces et intimistes, c’est sur un « Cissy Strut » (des Meters) ultra vitaminé que Da Romeo se lâche totalement. Le solo de basse est incandescent. C’est une véritable démonstration de groove. La pression monte, le rythme s'accélère, le son devient de plus en plus puissant, Da Romeo met le paquet. Le public est bouillant. Alors, on reprend petite respiration avant de replonger dans un soul funk aux parfums chics, de terre, de vents et de feux. Le public aura raison de réclamer un « encore » et sera récompensé d’un « Take It Or Leave It » des plus appropriés.

L’anniversaire est très réussi et on attend la prochaine édition du Saint-Jazz-Ten-Noode avec impatience. Parce que trente ans, ce n’est qu’un début !

Merci à Johan Van Eycken pour les images.

A+

 

 

 

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

01/05/2011

Borderline au Sounds

Voilà encore une bande de jeunes avec qui il va falloir compter.

Ce n’est pas la première fois que je les vois sur scène, je ne les ai jamais vus ensemble, mais chacun dans des projets différents : Lorenzo Di Maio (eg) avec 4in1, entre autres ; Julien Tassin (eg) avec Manu Hermia ou Da Romeo ; Antoine Pierre (dm) avec Metropolitan quintet ou Adrien Volant ; et Marco Bardoscia (b) avec Raffaele Casarano, par exemple.

Les deux guitaristes s’étaient déjà produits plus d’une fois en duo, au Sounds, comme ce jeudi d'avril. Maintenant à quatre, ils forment un groupe au nom assez explicite : Borderline.

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Dès le départ, le son est très rock. Cela frôle même, de temps à autre, le hard-rock. Les riffs déferlent par vagues successives et continues, plus puissantes les unes que les autres.

Toujours mené tambour battant, le deuxième morceau («Half A Waltz»?) revient cependant dans un idiome plus jazz, même si Tassin enfonce le côté rock du groupe. Il évoque autant Jimmy Page que les glissandos d’Hendrix, faits de sons «aquatiques», avec feedback et reverb. Un rock qui transpire le blues et le jazz. À moins que ce ne soit l’inverse.

Lorenzo Di Maio est sans doute moins démonstratif mais pas moins efficace. Son jeu est d’une étonnante virtuosité. Il se glisse au travers des harmonies telle une anguille et donne de la souplesse à l’ensemble.

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Oui, l’esprit est rock, mais les mesures sont souvent composées. Parfois même complexes. Et elles ne manquent jamais de groove ni de… swing. Car ça swing! Un swing contemporain, sans œillères ni frontières. Vous avez dit Borderline? Allons, ça va bien plus loin que ça et le groupe parvient à fusionner les genres. Ce n’est pas nouveau me direz-vous, certes, mais la manière d’y arriver et le résultat obtenu méritent que l’on s’y intéresse.

«Aka Mood» oscille entre le phrasé d’un Georges Harrison ou d’un Bill Frisell, et des accélérations subites nous entraînent vers le grunge d’un Nirvana.

«Tunes Up» à tout pour lui. Une ligne de basse obsédante, des guitares qui jouent tantôt à l’unisson ou qui, au contraire, se montent le bourrichon. C’est nerveux, puissant, presque psychédélique. Le groupe est soudé et se lance des défis tout en prenant un plaisir perceptible. L’esprit jazz est bien là, bien dans son époque. Marco Bardoscia alterne basse électrique et contrebasse avec le même bonheur. La poigne est puissante, le son est  boisé et charnu.

Antoine Pierre est également à l’aise (mais où ne l’est-il pas?) dans ce contexte. Il n’est pas du genre à «attendre» ou à «simplement» donner le change. Antoine ponctue fermement, redouble un rythme, décale un tempo, entraîne toujours le groupe vers l’avant. Énergique, souple et mobile à la fois, son jeu est impressionnant.

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À l’entame du deuxième set, Julien Tassin et Lorenzo Di Maio démontrent, en duo, toute leur sensibilité et leur complémentarité. Les échanges sont complices et le mélange des couleurs est des plus réussis. Après «Stange Meeting» de Frisell, on passe à «Asphalt» qui évoque un morceau de Scofield dont on aurait débridé le moteur et gonflé les cylindres pour en faire un truc énorme aux roues surdimensionnées. Le groupe va à fond dans un jazz blues puissant tout en proposant un maximum de nuances.

Borderline puise dans les racines du jazz pour en faire fleurir de nouveaux fruits survitaminés. Et ça fait du bien. À suivre avec attention…

A+

04/11/2010

Da Romeo - Les coulisses de la liberté

La vie de musicien n’est pas de tout repos. Fin mai, le Festival des Libertés avait proposé à Da Romeo une carte blanche pour le 23 octobre. C’est un délai à la fois long et très court. Un beau cadeau autant qu’un énorme défi. Un concert comme celui-là, ça se prépare. Et l’on s’en rend encore mieux compte lorsque l’on se retrouve plongé au cœur de l’événement. Rendez-vous au Théâtre National samedi 23, le jour du concert, sur les coups de onze heures du matin.

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Les techniciens et roadies sont déjà à pied d’œuvre. On déploie le matériel sur la scène, ça déborde, ça s’étend, ça s’étale et ça s’empile même sur le parterre. Il y a les spots, des flight cases, des câbles en tous genres, des instruments, des tables… c’est un véritable chantier. C’est comme un grand jeu de mécano, un grand puzzle. Chaque technicien sait où il doit placer chaque pièce. Daniel Romeo, orchestre la manœuvre. Il est partout à la fois. Efficace, souriant, apparemment détendu. Pourtant, à l’intérieur, ça doit être un beau stress. Le caractère est bien trempé, il sait où il va, il sait ce qu’il veut et ce qu’il fait, et rien ne transparait. Da Romeo s’occupe de tout, mais aussi de tout le monde. Il a le sens de l’hospitalité. Il sourit. Il est heureux et il m’accueille chaleureusement.

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Eric Legnini est déjà là aussi. Il revient d’Afrique, avant de repartir pour Madagascar et la Martinique pour roder son nouveau projet: Afrojazzbeat (avec - autour de son trio habituel formé par Franck Agulhon et Thomas Bramerie - Krystel Warren (voc), Kyala Nzavotunga (eg), Julien Alour (tp), Boris Pokora (ts) et Jerome Edwards (tb) ). Enregistrement prévu fin novembre. La voix un peu fatiguée. Les dernières répétitions, la veille, ont été intenses. On connait Da Romeo, il ne lâche rien. Il a raison, il ne faut pas se louper car le projet est plutôt ambitieux. 21 musiciens venus d’un peu partout… 21 amis.

Et il aurait aimé en inviter encore plus.

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L’objectif est de mélanger les genres, les influences et les styles, qu’il faut pouvoir gérer,  équilibrer et manipuler avec intelligence pour prouver que toutes les musiques, tous les hommes et toutes les idées peuvent s’entendre. C’est pour cela aussi que Da Romeo a sa place dans ce festival.

 

Dré Pallemaerts arrive à son tour, puis c’est David Donatien, puis Arnaud Renaville et puis encore Paco Sery, blagueur et détendu. C’est qu’il y en a des percus sur le plateau! C’est la réfection que fera d’ailleurs, tout sourire, Yael Naïm lors de son arrivée. Et ce n’est pas fini, Stéphane Edouard installe lui aussi ses différents tambours, tablas, pandeiro et congas au fond de la scène. Juste à côté, Africancuts Amazulu branche ses platines. Les souffleurs sont arrivés aussi. Christophe Panzani teste ses pédales d’effets, Alex Tassel observe, prend ses marques puis s’installe au piano sous le regard amusé d’Eric Legnini et de Bert Gielen qui a déjà installé ses claviers à l’autre bout de la scène. Julien Tassin branche sa guitare sous l’œil intéressé de Nic Thys

Hé oui, il y a vraiment du beau monde.

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Dans le grand spaghetti de fils, chacun s’y retrouve. Incroyable, moi, avec deux fils pour brancher un ordi, je suis déjà perdu. Le grand écheveau de câbles se démêle petit à petit. Des sons résonnent et éclatent d’un peu partout. On accorde les instruments, on tire les peaux, on tend les cordes.


Presque 14 h. Pause déjeuner.


Au retour, la salle est plongée dans l’obscurité. Dirty Monitor effectue les réglages du light show. On projette des images sur les grands panneaux translucides. Des trains défilent, des corps dansent, des architectures se construisent… Les musiciens reviennent un à un pour le sound-check qui commence par les percussions. Pendant ce temps, les trois violonistes et le violoncelliste du High Street String Quartet se sont installés. Nicolas Draps, Nicolas Marciano, Laurent Tardat et François-Jean Yzambart se concentrent pour s’entendre jouer. Michel Herr, qui a assuré les arrangements, s’installe sur un haut tabouret. Rosario Giuliani est arrivé aussi, il rejoint les autres souffleurs, et teste différents micros. Il n’y a pas une minute à perdre. Tout se règle méticuleusement et l’heure tourne vite.

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Nicolas Fiszman, fidèle ami de Daniel est venu aussi pour le conseiller et l’épauler. Entre eux, la complicité et la confiance sont évidentes. Dans un coin, guitare à la main, Yael Naïm répète ses chansons, puis vient s’installer à côté d’Eric Legnini, au piano. Hicham Bilali, avec son guimberi, s’installe à son tour devant le micro. Son chant impose naturellement le silence dans la salle. On a déjà envie d’applaudir. Mais il faut libérer les lieux. Tout est presque au point, mais Daniel Romeo voudrait encore tester quelques sons, quelques mises en places, quelques mises en scène. Non, il ne lâche rien, il ira jusqu’au bout.

Il est presque huit heures… 

Dans l’entrée du Théâtre, il y a de plus en plus de monde. Le public est venu assister aux différents débats, venu voir une pièce de théâtre, venu voir un film, il est venu montrer son intérêt à la défense des droits et des libertés des hommes et des femmes dans le monde. Il est venu pour partager les cultures et les idées, pour démontrer que la fraternité et la solidarité sont une force.

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On se presse devant les portes de la grande salle. Il est 21h.30, le grand rideau noir s’ouvre, le son et la lumière nous sautent au visage. Un son énorme, un son puissant. "Be Fonky Now"! Da Romeo rayonne au centre de cet incroyable band.

Il va chercher Alex Tassel et l’amène devant pour son solo. Panzani plonge à son tour dans un solo rauque et Legnini s’impose dans un break aux accents un peu soul. On bascule ensuite dans une ambiance plus Milesienne, époque "Bitches Brew". Julien Tassin, époustouflant d’énergie et de virtuosité, fait monter la sauce. Son mélange de rock furieux et de blues incandescent fait de lui un guitariste des plus incroyables du moment. Incursion rapide dans le registre rap avec Amazulu aux platines et au micro. Et ça groove à nouveau avec cette fois Rosario Giuliani au son d’un sax pincé. Puis, tout en souplesse, on change de rythmique. Dré Pallemaerts et Nic Thys exposent des couleurs plus jazz avant de reprendre le chemin d’un funk hip-hop à la Herbaliser, soutenu par tout les friends…

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Pendant ce temps, Michel Herr s’installe au pupitre. Le quatuor à cordes entame le Prélude à Vincent. Havre de douceur et de délicatesse. Préambule magnifique pour la ballade que Da Romeo interprète assis. La basse est ondulante et sensuelle. Le bugle de Tassel se fait suave et Legnini, au Rhodes parsème le thème d’étoiles. Avec les cordes en appuis, le band se relance dans un morceau très jungle qui se mélange au trio Thys, Pallemaerts, Legnini. Panzani s’intercale, dans l’esprit d’un Michael Brecker, chaud et tonique à la fois.

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Et ça bouillonne de plus belle. Da Romeo dynamite l’ensemble d’un solo monstrueux, Giuliani s’en mêle et les percus éclatent avec force. C’est un véritable tremblement de terre. Comme un félin, Paco Sery saute sur scène, sanza entre les mains. Il va dialoguer avec Panzani au soprano, puis échange ses phrases avec le quatuor avant d’aller s’installer derrière ses fûts et, en bondissant comme une panthère, instiguer des rythmes afrobeat avec une énergie folle. Stéphane Edouard en rajoute une couche. Dans le public, ça remue, ça danse. Alors, Hisham calme les ardeurs. Seul avec son guimberi, il chante et la salle retient son souffle avant de lui faire un triomphe. Et pour finir en beauté, Yaël Naïm fait son entrée. Après une chanson aux couleurs plutôt folk, elle nous offre son petit dernier "Go To The River", morceau joyeux et sautillant que vous entendrez, à n’en pas douter, sur toutes les bonnes radios. On a le sourire jusqu’aux oreilles. Pour prolonger le plaisir, Da Romeo revient en rappel avec tout le band, plus puissant et déterminé que jamais. Le public en a pris plein les yeux et les oreilles.

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Da Romeo a réussi son pari et la liberté est entre de bonnes mains.

Merci à lui.

 

A+

 

05/06/2010

Brussels Jazz Marathon 2010

Vendredi 28 mai, je marche vers la Grand Place de Bruxelles. Le ciel est clément, il y a même quelques rayons de soleil.

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Sur la grande scène, Mariana Tootsie a donné le départ du quinzième Jazz Marathon. Elle est accompagnée par ses «Chéris d’Amour». Personnellement, et même si cela est sympathique, je ne suis pas convaincu par ce nom de baptême (j’aurais même tendance à m’en méfier). Mais c’est Mariana Tootsie (très grande voix!) et Matthieu Vann (p, keyb) et Jérôme Van Den Bril (eg) et Cédric Raymond (cb) et Bilou Doneux (dm). Et très vite, toutes mes appréhensions se dissipent. Mariana possède décidément une sacrée voix (désolé si je me répète) et son groupe sonne vraiment bien! Ça groove, c’est soul, c’est funky, c’est sec et puissant, c’est un peu frustre, un peu brut… mais qu’est ce que c’est bon! Le temps d’un titre, le groupe invite Renata Kamara, histoire de flirter un peu avec le rap.

Ça démarre fort, ça démarre bien!

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Toujours sur la Grand Place, je découvre ensuite le trio d’Harold Lopez Nussa, dont on m’avait dit beaucoup de bien. Le pianiste vient tout droit de Cuba. Son jeu est vif, brillant, explosif. Sous la couleur d’un jazz très actuel, nourri à la pop, on sent poindre, bien sûr, les rythmes afro-cubains. Le mélange est très équilibré. Entre Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera (cb) et l’excellent batteur Ruy Adrian Lopez Nussa, l’entente est parfaite. Le trio évite le piège du cuban-jazz trop typé pour en délivrer leur vision assez personnelle et bien tranchée. Un trio à suivre de près.

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Je fais un crochet par la Place Sainte-Catherine pour saluer Manu Hermia (as), François Garny (eg) et Michel Seba (perc) occupés à se préparer pour le concert de Slang. Connaissant la bande, je décide d’aller découvrir, au Lombard, le nouveau projet de Rui Salgado (cb), Cédric Favresse (as), Ben Pischi (p) et Nico Chkifi (dm): Citta Collectif.

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Le groupe s’est formé assez récemment et on le sent encore en recherche. Il en ressort cependant déjà de belles idées. Suivant les morceaux, on peut y déceler, ici, les influences d’un Abdullah Ibrahim, là,  «l’urgence» d’un Charlie Parker et, plus loin encore, l’inspiration de ragas indiens. La musique circule, joue le mystère, fait cohabiter les silences et la frénésie. Voilà encore un groupe qui promet.

Changement de crèmerie. Sur le chemin vers la Place St Géry, Raztaboul, met le feu ska-jazz-funk sur le podium du Bonnefooi.

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J’arrive au Café Central. Au fond de la salle, PaNoPTiCon improvise, délire, part en vrille. À un ami qui me demandait ce qu’il fallait aller voir au Jazz Marathon, j’avais cité PaNoPTiCon en lui précisant: «jazz indéfinissable». Domenico Solazzo, le batteur, leader et instigateur du projet invite pratiquement chaque fois des musiciens différents. C’est ainsi que se retrouvaient autour de lui ce soir, Antoine Guenet (keyb), Michel Delville (g), Olivier Catala (eb) et Jan Rzewski (ss). La règle du jeu? Pas de répétition mais de l’impro libre et totale. L’expérience est assez fascinante, déconcertante voire éprouvante, car ici, tout est permis. Le groupe explore les stridences, va au bout des sons et des idées. Certains spectateurs abandonnent, d’autres entrent dans le jeu. Je fais visiblement partie de la deuxième catégorie. Certes, la musique n’est pas facile, mais il y a ce côté expérimental et cette recherche de l’accident qui me captive. Michel Delville injecte des sons très seventies, évoquant le prog-rock et Jan Rzewski fait couiner son soprano. PaNoPTiCon explore les recoins de la musique underground, du jazz-rock, de la musique sérielle, du drone… et du jazz, tout simplement. Il fait s’entrechoquer les mondes. Expérience musicale et spirituelle assez forte.

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Avant de rentrer, je vais écouter Piero Delle Monache (ts) et Laurent Melnyk (g)  accompagnés d’Armando Luongo (dm) et de Daniele Esposito (cb). «Ecouter», est un bien grand mot. Le quartette joue sur une scène grande comme un mouchoir de poche, dans un endroit improbable où le public n’en a absolument rien à cirer. Le Celtica est bourré à craquer de gens bruyants, déjà bien imbibés, qui se sont juste réunis pour beugler et boire encore. On se demande bien où est l’intérêt pour les musiciens de se retrouver à jouer dans des conditions aussi indécentes? On appréciera le groupe une autre fois, dans de meilleures circonstances, je l’espère. En attendant, je vous conseille le très bon premier album de Delle Monache: «Welcome» (j’en reparlerai).

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Samedi, Place Fernand Cocq, où les parasols servent de parapluies, me voilà avec Jempi Samyn, Jacobien Tamsma, Fabien Degryse, Henri Greindl et Nicolas Kummert dans le jury du concours Jeunes Talents.

Le premier groupe à se lancer est le Metropolitan Quintet. Voilà déjà plusieurs fois que je les entends, et chaque fois le niveau monte. Le groupe propose une musique clairement influencée par le jazz-rock seventies auquel il ajoute une touche parfois funky, parfois plus contemporaine. C’est très habilement joué et l’on remarque bien vite de belles personnalités, comme Antoine Pierre (dm et leader), qui recevra d’ailleurs le prix du meilleur soliste, mais aussi le saxophoniste Clément Dechambre

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Changement radical de style, ensuite, avec le duo Saxodeon de Julien Delbrouck (ss, baryton, cl.basse) et Thibault Dille (acc.). La mélancolie et le lyrisme mélangés à une touche de new tango ou parfois de bossa, offrent une belle originalité. Le pari est osé, mais manque peut-être encore d’un peu de souplesse, la moindre hésitation se paie cash. Finalement, c’est Raw Kandinsky qui mettra tout le monde d’accord.

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Ce jeune quartette - Johan De Pue (g), Quirijn Vos (tp), Tijn Jans (dm) et Martin Masakowski (cb) – est très affûté, très soudé et énergique. Sorte de neo-bop, un poil rock, un poil funk, qui va à l’essentiel. Pas de bavardage inutile, mais de l’efficacité servie par d’excellents musiciens (à l’image de l’impressionnant contrebassiste). On reverra tous ces groupes au Sounds le 25 juin, venez nombreux, ça vaut le coup d’oreille.

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Allez, hop, je descends dans le centre écouter Jeroen Van Herzeele et Louis Favre. Avant ça, je fais une halte sur la Grand Place pour écouter la fin du concert de Julien Tassin (g) et Manu Hermia (as) que j’avais déjà vu en club (et dont je n’ai pas eu le temps de vous parler... désolé). Musique énergique, spontanée et directe qui s’inspire du funk, de la soul, du rock, de John Scofield ou de Jimi Hendrix. Jacques Pili est à la basse électrique et Bilou Donneux à la batterie. Efficace et groovy en diable! Je vous le recommande!

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Le Lombard s’est vite rempli et le public restera scotché. Pourtant, il n’y aucune concession dans la musique de Louis Favre (dm), Jeroen Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb). C’est Coltranien en plein! Un long premier morceau évolutif nous emmène haut, très haut. Ça psalmodie, ça rougeoie et c’est incandescent. Le deuxième morceau est emmené à un train d’enfer par Favre. Il y a du Hamid Drake dans son jeu. Van Herzeele fait crier son sax, le fait pleurer, le fait chanter. Les phrases s’inventent et se cristallisent dans l’instant. Fantastique moment!

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Curieux, je remonte vers le Sablon pour écouter Casimir Liberski. Le retour de l’enfant prodige fraîchement diplômé du célèbre Berklee College of Music. Avec Reggie Washington à la basse électrique et Jeff Fajardo aux drums, le trio nous sert un jazz très (trop) propre, presque aseptisé. On s’ennuie à écouter de longues boucles funky, un peu molles, entendues chez Hancock, par exemple, dans les années 80 (pas la période que je préfère). Bref, ça sent le salon cosy. Liberski prépare un album avec Tyshawn Sorey (dm) et Thomas Morgan (cb), ça devrait, je l’espère, sonner autrement.

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Au Chat Pitre, Mathieu De Wit (p), Frans Van Isacker (as), Damien Campion (cb), Jonathan Taylor (dm) dépoussièrent de vieux standards («The Way You Look Tonight», «Blue Monk», etc.). Sans pour autant les dénaturer, le groupe parvient à leur donner une fraîcheur plutôt originale.

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Et je termine ma longue journée au Sounds pour écouter Philip Catherine (g) en compagnie des fantastiques Benoît Sourisse (orgue Hammond) et André Charlier (dm). «Smile», «Congo Square» et autres thèmes passent à la moulinette d’un groove nerveux et explosif. L’entente est parfaite, le timing irréprochable et le plaisir communicatif. Le bonheur est parfait.

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Dimanche après-midi, sur la Grand Place, le programme est concocté par les Lundis d’Hortense. Sabin Todorov présente son dernier projet avec le Bulgarka Junior Quartet et chasse les nuages. Les chants traditionnels bulgares mélangés au jazz révèlent ici toute leur magie. L’équilibre est subtil entre les voix, l’alto de Steve Houben et le trio de Todorov. C’est souvent dansant, coloré et ça tient vraiment bien la route.

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Je reste, par contre, toujours un peu mitigé par rapport au projet de Barbara Wiernik. C’est tendre et sensible, tous les musiciens sont excellents (Blondiau sur «Drops Can Fly», pour ne prendre qu’un exemple)… mais je n’arrive pas à «entrer dedans».

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Avec Nathalie Loriers, le soleil est définitivement de retour. Sous la direction de Bert Joris (tp), le Spiegel String Quartet (Igor Semenoff (v), Stefan Willems (v), Aurélie Entringer (v) et Jan Sciffer (cello)) fait un sans faute. Nathalie fait swinguer «Neige» et «Intuitions & Illusions» et nous donne le frisson sur «Mémoire d’Ô». Belle réussite que cette association de cordes et avec un quartette jazz

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Comme chaque année, la fête se termine trop tôt (22h15: extinction des feux!!!?? On croit rêver!!), alors je passe par le RoskamBen Sluijs (as) s’y produit en trio, avec Manolo Cabras (cb) et Eric Thielemans (dm). Musique très ouverte, parfois inconfortable, parfois cérébrale mais toujours excitante. Rien à faire j’adore ça…

Rideau.

A+

 

10/04/2010

Da Romeo Crazy Moondog Band Feat. Paco Sery au Sounds

Contrairement au concert de Makoto, le Sounds est, ce samedi 25 mars, bourré comme un œuf. Et c’était pareil la veille.

Pourquoi? Da Romeo et son Crazy Moondog Band font la fête. Les fans et les inconditionnels du king de la basse électrique sont au rendez-vous. Plus fort encore: pour que cette soirée soit vraiment inoubliable, Daniel a invité l’incroyable batteur Paco Sery. Paco et Da Romeo se connaissent bien et ont souvent joué ensemble. Ça va dépoter sec.

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C’est sûr, il ne fallait pas manquer ça. Et autant dire que ceux qui y étaient en ont eu pour leur argent! Non seulement le groupe «de base» est déjà une sacrée expérience à vivre, mais dynamité par Paco Sery, cela devient une véritable bombe. Et pas à retardement.

Funky funky funky… Le son est monstrueux. Ça claque, ça transpire, c’est chamarré, c’est brûlant.


 

Le boss manie la basse comme personne. Paco fait ce qu’il veut à la batterie. À deux, complices comme jamais, ils pilotent le groupe. Ils s’amusent comme deux gamins.

Tantôt soul, tantôt afro, le groove est partout. C’est incandescent.

Olivier Bodson (tp) file à cent à l’heure, Hervé Letor (ts) s’immisce dans tous les bons coups, Vincent Bruyninckx fait courir les doigts sur son Fender… Et puis, Julien Tassin (eg) s’explose littéralement dans un solo de folie. Ils sont tous intenables.

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En fin de set, Da Romeo invite Laurent Doumont (ts) et Alain Palizeul (tb) à se joindre à eux, histoire que la fête soit vraiment complète.

On attend toujours et encore Da Romeo sur CD (Il est où, celui avec Mike Stern ? Et l’enregistrement live – avec video – au Sounds, où reste-il?) . C’est énervant ! … Et puis on se dit que c’est sur scène qu’il faut vivre ça. N’empêche, emporter un peu de cette dynamite chez soi, ne me déplairait pas.

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Merci à Jempi pour la video!


A+