05/09/2017

Belgian Jazz Meeting 2017

Tous les deux ans, le Belgian Jazz Meeting permet aux organisateurs, programmateurs et journalistes internationaux de faire connaissance avec une belle sélection d’artistes belges. Douze, en l’occurrence. Ces derniers ont trente minutes pour convaincre. Une belle opportunité à saisir, même si l’exercice n’est pas simple.

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L’édition 2017 se déroulait ce premier week-end de septembre à Bruxelles, au Théâtre Marni et à Flagey. L’organisation était parfaite, pro, simple et décontractée, bien dans l’esprit du petit monde du jazz belge.

Tout a donc commencé le vendredi soir avec le concert de Lorenzo Di Maio.

Fidèle à mes (mauvaises) habitudes, indépendantes de ma (bonne) volonté, j’arrive juste trop tard pour assister à sa prestation. Bien que je connaisse assez bien Lorenzo et son groupe pour avoir assister à nombre de ses concerts, j’aurais bien aimé le voir et l’écouter dans les conditions un peu particulières de ces showcase. Tant pis pour moi.

C’est alors au tour de Jozef Dumoulin de se présenter en solo. Devant son Fender Rhodes, ses dizaines de pédales d’effets et autres gadgets électroniques, le grand claviériste propose un set assez… radical. Bruitiste, avant-gardiste, chaotique, presque abstrait, voire… hermétique. Avec tout le respect que j’ai pour Jozef et sa créativité débordante, qui d’habitude me transporte, j’avoue être passé totalement à côté de ce concert… Je n’ai jamais compris où il voulait nous emmener. Et pourtant, je suis loin d’être réfractaire à sa musique, bien au contraire. Une autre fois peut-etre ?

Après une coutre pause, c’est Drifter (emmené par Nicolas Kummert, Alexi Tuomarila, Teun Verbruggen et Axel Gilain) qui propose une musique bien plus accessible, à la fois lyrique, tendue et finement arrangée. Drifter mélange avec beaucoup de sensibilité et d’à-propos des groove africains, de la folk, de la pop, de l’ambiant ou de la chanson (ce sera d’ailleurs la seule occasion, durant tout ce meeting, d’entendre du chant...). La musique est généreuse, pleines de couleurs différentes, d’interactions entre les musiciens. Ceux-ci s’amusent, prennent du plaisir et, emportés par leur élan, dépassent un peu le temps qui leur été imparti… On ne leur en voudra pas car on s’est plutôt bien amusé. Ce groupe continue à prendre de l’épaisseur et l’ensemble est très convaincant.

C’est donc avec un peu de retard sur l’horaire que le trio de Mattias De Craene clôt la première journée. Avec deux batteurs (Simon Segers et Lennert Jacobs), le saxophoniste propose une musique de transe, presque tribale, très puissante. Tout comme le son - poussé au maximum et à la limite de la stridence (surtout que le saxophoniste use aussi d’effets électro) qui gâche un peu l’érotisme brut que pourrait provoquer cette musique - l’intensité monte rapidement. Et elle y reste. L’ensemble est assez brutal et agressif et manque sans doute parfois d'un peu de subtilité. Mais cela doit sans doute être très efficace sur une scène de festival... pas nécessairement jazz.

Le samedi matin, c’est à Flagey que l’on avait rendez-vous.
D’abord avec Linus, le duo formé par le guitariste Ruben Machtelinckx et le saxophoniste Thomas Jillings. Voilà qui est parfait pour débuter la journée en douceur car ici, tout est fragilité. Les mélodies se construisent par fines couches harmoniques, magnifiquement brodées. La musique, méditative et contemplative, est pleine de reliefs et se nourrit de blues, de musique médiévale, de musique sacrée. Les musiciens sont complices, restent attentifs l’un à l’autre et donnent vraiment de l’âme à ces compositions diaphanes. Très, très beau moment.

Avec Antoine Pierre Urbex, on retrouve le groove, les surprises rythmiques, les variations d’intensités. Et une véritable fluidité dans l’exécution. L’énergie est canalisée, maîtrisée. L’adrénaline monte au fur et à mesure. Le set est extrêmement bien construit. Les interventions de Jean-Paul Estiévenart (tp) sont toujours brillantes, de même que celles de Fabian Fiorini (aussi incisif que décisif), sans oublier celles de Bert Cools à la guitare électrique. La complémentarité des deux saxophonistes (Toine Thys et Tom Bourgeois) est parfaite et le soutien de Felix Zurtrassen à la basse électrique est précis, solide, infaillible. Quant aux dialogues entre le batteur et Fred Malempré aux percus (qui ensoleille certains morceaux avec bonheur) ils sont d’une évidence même. Ajoutez à cela une pointe d’humour et d’impertinence et votre matinée est réussie.

Après un lunch très convivial et un brainstorming autour du prochain Jazz Forum, on se retrouve au Théâtre Marni pour se prendre sans aucun doute la plus belle claque du week-end !

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq, le trio infernal !

Mélangeant le jazz, la transe, le free, l’impro libre, les mesures composées… le trio nous a emmené très loin, très haut et très vite. Et, au vu de la réaction du public (une quasi standing ovation !!!), je crois pouvoir dire que nos trois musiciens ont marqué des points. C’était du plaisir à l’état pur. L’essence même du jazz. Des échanges, des surprises, de la complicité, des prises de risques et une envie terrible de raconter des histoires de façon originale, moderne, intuitive et intelligente. Jubilatoire !

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J’attendais beaucoup de Dans Dans pour ses mélanges entre pop et jazz, entre trip hop, ambiant et impros… Et je suis resté un peu sur ma faim. Le trio nous a servi un set quasiment rock (avec Bert Dockx en guitar hero) où tout était poussé à fond… quitte à oublier les variations, les tensions et les relâchements. On y a eu droit, un tout petit peu, avec la reprise du « The Sicilian Clan» d’Ennio Morricone

De jazz, il en était beaucoup plus question avec Animus Anima.

Ce sextette, composé de Nicolas Ankoudinoff (ts), Bart Maris (tp), Pascal Rousseau (tuba), Stephan Pougin (percus), Etienne Plumer (dm) et, pour l’occasion, l’excellent Gilles Coronado (eg), défend une musique assez ouverte, sophistiquée, nerveuse, parfois complexe. Et fraîche. Le plaisir est immédiat car tout est délivré avec énormément de souplesse et d'une pointe d’humour. Ici aussi, ça échange, ça ose, ça bouge. On laisse de l’espace pour des solos ou des duos. On retient, on pousse, on court, on marche, on rigole. Bref, on vit !

Pour refermer cette seconde journée, BRZZVLL avait joué la carte de la fête et de la danse, ce que ce collectif sait si bien faire. Cependant, ce soir, on a eu l’impression que cela tournait un peu en rond, sur des rythmes et des tempos quasi identiques. Et, dans ce cas-ci, on peut même se demander quel était l’intérêt d’avoir deux batteries si elles se contentent de jouer la même chose… Bref, par rapport à d’autres concerts de BRZZVLL que j’ai eu l’occasion d’entendre, celui-ci m’a un peu laissé perplexe.

J’attendais beaucoup aussi de Steiger ce dimanche matin. J’avais vu le groupe (Gilles Vandecaveye (p) Kobe Boon (cb) Simon Raman (dm)) il y a quelques années lors du Jazz Contest à Mechelen. S’il n’avait pas obtenu le premier prix cette fois-là, il était, pour ma part, parmi mes gros coups de cœur.

Mais… pourquoi ont-ils décidé de s’encombrer de gadgets électroniques et de « machines à faire du bruit » plutôt que de concentrer sur la musique, la construction d’histoires, de mélodies, d’interactions… Un peu comme ils l’ont fait en tout début de concert, avant de nous (me) perdre, et surtout lors du dernier et très court morceau de leur prestation. C’était inventif, sec, net, précis et autrement plus intéressant. Dommage. A revoir…

Quoi de mieux que Trio Grande pour terminer de manière festive, ces trois journées roboratives ? Ces trois Mousquetaires (c’est aussi le nom de leur dernier et excellent album) nous ont amusé, nous ont fait danser, nous ont surpris.

Mine de rien, cette musique, tellement évidente et immédiate quand on la reçoit, est complexe, riche et pleine de finesse. Elle exige des trois artistes une connivence extrême et une confiance de tous les instants. A partir de là, et avec un indéniable sens de la forme, Trio Grande peut s’amuser à revisiter le ragtime, la valse, la chansonnette, le blues avec un brio qui n’appartient qu’à lui.

Lors de cette édition du Belgian Jazz Meeting on remit également les prix Sabam Award décernés cette année à Felix Zurstrassen, dans la catégorie « jeunes musiciens », et à Manu Hermia, dans la catégorie « jazzmen confirmés ». Récompenses bien méritées.

On a déjà hâte de se retrouver dans deux ans pour une cinquième édition dans laquelle on aimerait voir peut-être un peu plus de femmes sur scène, mais aussi des chanteurs et chanteuses et, peut-être, un peu moins… de rock (?).

A+

 

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18/08/2016

Deux jours à jazz Middelheim ( Part 2/2 )

15 août, c’est la fête des mères à Antwerpen et la fête du jazz au Middelheim.

Retour, toujours sous le soleil, au Parc Den Bandt pour la dernière journée du festival.

Le monde commence déjà a affluer, vers 11h30, tandis que Ashley Kahn évoque une autre facette d'Ornette Coleman avec David Murray (encore lui) et Geri Allen.

On retrouvera les deux musiciens tout à l’heure sur scène en compagnie de Terri Lyne Carrington. Pour l’heure : piano solo !

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Main Stage

Il est 12h30 lorsque Craig Taborn s’installe devant son piano. Il entame une première et longue improvisation, qui tourne autour d’un motif court, cinq notes à peine, et place la barre très haut. Ce leitmotiv, répété à l’envi et ornementé de brillante façon, évoque tantôt Bartok tantôt Stravinsky. Et parfois, en écho, on perçoit quelques pointes de douceurs ellingtoniennes. On est soufflé. La deuxième impro est nettement plus free. Taborn, très concentré, fait gronder le piano après avoir provoquer les notes aiguës. Il plaque les accords, frappe les cordes, fouette les touches, écrase du coude le clavier à la Don Pullen ou à la façon d’un Cecil Taylor. C’est bref, intense et impressionnant. Tandis que le troisième morceau est peut-être le plus « jazz » de tous, plutôt bop à la Monk, la dernière intervention de Craig Taborn lorgne du côté de la musique concrète, parsemée de respirations romantiques. Toutes ces influences, mêlées avec intelligence, font sans doute de Craig Taborn l’un des pianistes les plus excitants du moment. Cette standing ovation et ce rappel n’ont certainement pas été usurpés. Seul sur la grande scène du Middelheim, il a réussi un véritable tour de force. Grand coup de cœur.

Le batteur belge Dré Pallemaerts a sorti récemment un superbe album (Coutances) qui lui ressemble bien : subtil, habile et impressionniste. Et ce sont la plupart de ces morceaux qu’il présente aujourd’hui sous le nom de « Seva » (l’une des compos de l’album) avec un line-up légèrement différent. Nic Thys s’est ajouté au groupe et Robin Verheyen a pris la place de Mark Turner. Derrière le piano, on retrouve Bill Carrothers et au Fender Rhodes Jozef Dumoulin. Le set est extrêmement bien construit, tout en paliers, en douceur et sans aucune monotonie. On flotte entre deux mers, à la fois brumeuse et indocile. Tout se fait en souplesse, à l'image du jeu, fluide et sensuel de Dré. Le phrasé romantique et lumineux de Carrothers, s’oppose aux notes plus acides et nébuleuses de Jozef. Robin Verheyen, lui, est toujours à la limite de la cassure, toujours sur le fil du rasoir. Parfois rauque au ténor et d'une rondeur acide au soprano. Et tout ce beau monde peut compter sur la basse chantante et discrète de Nic Thys (fini la barbe hipster !). Il y a de la tendresse dans les compositions de Dré (« For Anne », « Mood Salutation ») et de la volupté, comme sur « Where Was I », cette milonga extraite de son précédant album, Pan Harmonie, sorti il y a neuf ans déjà (et « must » également !). De la complicité, de l’interaction… du jazz. Et puis, après une visite à Satie (« Première pensée rose + Croix »), on swingue et on danse sur « Waltz Macabre » ou « Swing Sing Song »… Un très beau concert, maitrisé, plein d'inventivité et de finesse. Un étrange mix entre tradition, désuétude et contemporanéité qui rend la musique de Dré Pallemaerts très personnelle, singulière et très attachante.

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Le Power Trio Geri Allen, Terri Lyne Carrington et David Murray monte sur la scène sous un tonnerre d’applaudissements et démarre en trombe avec « Mirror Of Youth » ! La plupart des morceaux sont extraits de l'album Perfection, enregistré quelques jours après la mort de Ornette Coleman. Si « Perfection » est un morceau de Coleman à qui l’album rend hommage et qui sera joué plus tard, le trio a également une pensée pour Charlie Haden, Marcus Belgrave ou encore Peter O’Brian et son funky foxtrot « For Fr. Peter O'Brien ». La complicité est évidente, mais elle se remarque surtout entre Geri Allen et Terri Lyne Carrington sur « Geri-Rigged » par exemple. L’intensité est forte, Carrington ne quitte pas du regard Geri Allen et la pianiste enchaîne les chorus avec détermination. C’est bouillonnant. Le trio alterne les moments groovy (« The David, Geri & Terri Show », annoncé avec humour) avec d’autres, plus souples (« Barbara Allen »), qui permettent à David Murray de montrer son côté plus suave et moelleux à la Coleman Hawkins. Finalement, le trio se lâche complètement sur une version débridée de « Perfection ». Bel hommage, en effet.

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On attendait beaucoup de Pharoah Sanders. Le disciple inaltérable de Coltrane.
Entouré du pianiste Joachim Kühn et du percussionniste Zakir Hussain, le saxophoniste à la belle barbe blanche semble être bien assagi. Il laisse d’ailleurs beaucoup d’espace à ses partenaires. L’entrée en matière se fait de façon douce, sur une rythmique mystérieuse et psalmodiante. Le son du sax, unique, acre et pincé, est quand même bien là. Les phrases sont sinueuses et semblent se chercher un chemin entre les rythmes indiens de Zakir Hussain et les rivières de notes qui déferlent sous les doigts de Kühn. Le rythme est répétitif, comme une transe. Le dialogue entre Hussain et Kühn a quelque chose de fascinant. Mais c'est le long solo du joueur de tablas qui est plus surprenant. Chants et incantations se mêlent à un jeu d’une incroyable virtuosité. Et tout cela avec pas mal d’humour en plus. Les morceaux s’enchainent, Sanders esquisse quelques pas de danse, chante dans le pavillon de son sax, laisse à nouveau la place à Hussein, puis à Kühn… Le meilleur est passé. On attend un peu, mais… Il y avait trois personnalités sur scène plutôt qu'un vrai trio. Un peu dommage.

 

Club Stage

Et pendant ce temps-là, entre chaque concert sous la grande tente, le Club Stage fait le comble, lui aussi. Et pour ce dernier jour de festival, c’est Ben Sluijs qui nous offre quatre splendides concerts.

D’abord en duo avec son vieux complice, le pianiste Erik Vermeulen.

Que dire ? Que dire sinon qu’on est envoûté par tant de justesse, de beauté et d’humanité. Le couple reprend des compos personnelles (« Broken », « Little Paris », « Parity ») et quelques « standards » ( « Goodbye », « The Peacocks ») avec la même grâce et élégance. On laisse le temps à la mélodie de s'installer, on joue avec les respirations, le phrasé de Vermeulen est brillant, incisif sans être agressif. Ben Sluijs va chercher au fond de son sax les dernières notes comme on gratte le fond d'un plat pour en extraire les derniers sucs. Le duo ne tombe jamais dans le mielleux et garde toujours cette flamme, cette âme, cette vérité…

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Avec Marek Patrman (dm) et Manolo Cabras (cb), la musique est plus nerveuse, plus rugueuse parfois. Mais elle garde toute son intériorité ! Après un fiévreux et sinueux « Unlike You », « A Set Of Intervals », comme son nom l'indique, nous embarque dans un voyage exceptionnel sur les échelles de notes. Avec une sorte de pédagogie, Ben Sluijs expose le motif avant que le trio ne l'éclate, ne l'étire petit à petit et ne l'explose pour revenir au pont de départ. Magnifique ! Avec ces trois-là, le jazz prend quand même une sacrée dimension.

Toujours en trio, mais avec 3/4 Peace cette fois, c’est-à-dire Brice Soniano (cb) et Christian Mendoza (p), Ben Sluijs revient pour la troisième fois. Ici, c’est une certaine idée de douceur et de swing qui est mise en avant. De façon hyper délicate, en mouvements lents et rassurants, chaque instrument vient prendre sa place en douceur. Et la magie opère. « Hope », l’insouciant, « Arad », le mystique, « Still », l’élégiaque… Le frisson est garanti. Grand moment de délicatesse.

Pour le quatrième et dernier rendez-vous, il y a toujours autant de monde au Club Stage. Le saxophoniste propose une toute nouvelle formation : au piano Bram De Looze, à la contrebasse Leenart Heyndels et à la batterie Dré Pallemaerts ! « Call From The Outside » fonce et fricote un peu avec le Free Bop. On y entendrait presque les influences d’Eric Dolphy. C’est un peu rubato, avec de faux démarrages, des rebondissements, mais toujours proposé avec la souplesse d'un swing. L’intro de Leenart Heyndels est à la fois introspective et forte sur « Song For Yussef », sorte de marche lente sous une lune orientale. Cela permet à la flûte de Ben de planer bien haut. Puis, il y a aussi « Miles Behind » et sa mélodie qui renaît à chaque fois d'on ne sait où, et une version de « Mali » plus sinueuse que jamais. Standing ovation. Rappel mérité. Un sans faute !

De quoi rentrer à Bruxelles, des étoiles dans la tête.

 

 

 

A+

Merci à ©Bruno Bollaert (WahWah) pour les images.

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16/08/2016

Deux jours à Jazz Middelheim ( Part 1/2 )

Ornette Coleman, décédé en juin de l’année dernière, qui influença nombre de musiciens et fut invité plus d'une fois à Anvers, était assurément le fil rouge de cette trente cinquième édition du Jazz Middelheim. Une édition qui enregistra un record d’affluence avec pas moins 21.000 personnes présentes durant les quatre jours !

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Ce samedi soir, Denardo Coleman est programmé pour rendre un hommage à son père.
Mais en début d'après midi c'est d’abord à un « jazz talk », mené par Ashley Kahn en personne, auquel nous sommes convié. Sur le plateau, Han Bennink, David Murray et Denardo Coleman évoquent, avec force témoignages et anecdotes, l’esprit du légendaire saxophoniste. C’est touchant, inspirant et très intéressant. La personnalité d’Ornette transpire au travers de leurs propos, humbles et simples. Et quelques extraits nous prouvent, comme s’il en était besoin, que sa musique est toujours bien actuelle.

Sur la Main Stage.

Le trompettiste Avishai Cohen est l'artiste en résidence, cette année. Auteur d'un magnifique album, plein de douceur et de retenue, Into The Silence paru chez ECM qu’il a présenté la veille, montait pour la deuxième fois sur scène avec cette fois le projet Big Vicious. Ici, point d’introspection. Comme il le dit lui-même : "Big Vicious n’est pas du jazz, mais il y en a. Ce n’est pas du rock, mais il y en a, ce n’est pas du funk, mais il y en a…" Et cela se confirmera.
Ce projet a quelque chose de très intéressant et malin. Avishai Cohen joue avec les mesures composées qu'il mélange habilement à des tempos binaires puissants. Cela donne une dynamique particulière, pleine des cassures, des relances constantes, de légèreté et d’énergie. Bien sûr, on pourrait évoquer le jazz fusion de Miles ou des essais plus récents d’electro jazz ou de drum ‘n bass. Mais le trompettiste va sans doute plus loin dans la démarche. Les deux batteurs (Aviv Cohen et Dan Mayo) ont toutes les raisons d'être là pour affirmer puissance et une évidente dynamique. Les guitares basses (Yonatan Albalak) et électriques (Uzi Ramirez) sont bourrées d'effets psyché rock, mais le blues trouve aussi sa place. Les effets wahwah à la trompette, sur «Betrayed» par exemple, sont distillés avec nuance. Puis, le groupe déstructure habilement un «Ave Maria» ou joue un riff court qui sert de point de ralliement pour mieux repartir et explorer d’autres chemins rythmiques et harmoniques («October 26»). Il installe une ambiance mystérieuse, fait un crochet vers le métal rock et conclut en douceur par une reprise de «Teardrop» de Massive Attack.
En effet, c’est rock, soul, électro, funk. C’est tout ça et son contraire… Et ça fait du très bon jazz.

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Han Bennink et son ICP Orchestra n’est pas non plus à une contradiction près. Faire voler en éclat la tradition tout en la respectant, voilà le programme. Et ça fait du bien. Le départ est tonitruant, comme si l’on voulait se nettoyer à fond les oreilles ou s'éclaircir la voix. Et puis ça y est, la voie est libre ! ICP Orchestra s’amuse avec «East Of The Sun, West Of The Moon», mais aussi «Lady Sings The Blues»… Des cordes dissonantes (les magnifiques Tristan Honsinger au cello et Mary Oliver au violon), des cuivres et des anches qui se tordent et couinent (l’excellent Michael Moore à la clarinette et l’exceptionnel Wolter Wierbos au trombone !), tout est fait pour nous déstabiliser, mais tout est d’une cohérence parfaite. Chaque mélodie est prétexte à des impros débridées. La musique se vit comme un exutoire. Le groupe joue avec le souvenir d'un passé qu’il veut à la fois aimer et bousculer. Et les émotions sont fortes. Les contrastes sont puissants, tant dans l'instrumentation que dans les arrangements. Quand la clarinette se fait fine et délicate, le trombone vient prendre le contrepied avec des growls furieux. Le bonheur d’un swing léger précède souvent une explosion dévastatrice. C’est fiévreux et jubilatoire.
Tout est permis : des déclamations poétiques sur un jazz très contemporain («Where the Sunflowers Grow» de Charles Ives), à «Criss Cross» de Monk, en passant par le délirant «Jojo Jive» (qui permet à Han Bennik de faire son show : pieds sur les caisses lancé de baguettes), sans oublier les hommages à Misha Mengelberg. Que du plaisir !

 

Pour l'hommage à son père, le batteur Denardo Coleman a réuni une belle bande : Al Macdowell (eb), Tony Falanga (cb), Charlie Ellerbe (eg), René Mclean (as), Abraham Burton (ts), Wallace Roney Jr (tp)… et en invité de dernière minute : David Murray ! Si cela commence sur les chapeaux de roue, cela se passe quand même un peu dans une légère confusion. L'énergie est là mais elle ne semble pas totalement canalisée. Ce qui est amusant à voir, cependant, ce sont les styles différents des trois soufflants. Murray emplit son instrument d'air et de tonnerre, René Mclean est plus fin et sinueux, tandis qu’Abraham Burton est plus agressif et tortueux.

Le classique «Turnaround» remet tout le monde sur la bonne voie et l’on revisite le répertoire d’Ornette. Tout en énergie. Sans se laisser trop le temps de reprendre son souffle. Chacun y va de son solo, l’émotion est là, même si cela ressemble parfois un peu à une grande jam. On notera quand même des interventions décisives de Charlie Ellerbe et l’incessant drumming de Denardo. Seul Wallace Roney n’est pas trop mis en avant. Avishai Cohen vient faire une courte visite surprise, pour que l'hommage soit complet. Bien entendu, le rappel est obligatoire avec l’incontournable «Lonely Woman».

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Cerise sur le gâteau de cette journée : Patti Smith !
Devant une foule monstre, elle lit d'abord un texte d’Allen Ginsberg après s’être «excusée» de ne pas être une chanteuse de jazz, mais une «rock bomb» ! Personne ne lui en voudra. Au contraire.

Alors, elle enchaîne avec «Dancing Barefoot»  et ce sont les premiers frissons ! Patti Smith, c’est quand même la claque. Et c’est la classe ! Même si elle crache comme une véritable punk, qu’elle est restée, entre deux couplets ! Elle impose le silence, le respect, l’écoute. Lunettes sur le bout du nez, elle enflamme le public avec la lecture de «Howl» (Holy ! Holy ! Holy !...) de Ginsberg. Il y a de la ferveur, de l’intensité, de la véracité chez elle. Elle ne cache rien. Elle ne joue pas un rôle. Elle est intègre, combattante, passionnée et passionnante. Elle rend hommage à Prince, à Amy Winhouse («This Is The Girl»), au papa («Frederick») de son fils, Jackson Smith, qui tient la guitare ce soir, et puis bien sûr aussi à Ornette ! Elle dépose les paroles de l’un de ses poèmes («The Second Stop Is Jupiter») sur le thème de «Lonely Woman». Magique.
Et puis, la folie reprend de plus belle. A ceux qui veulent danser elle lance : «Ok, il n'y a pas beaucoup de place mais si vous voulez danser, dansez ! Fuck the chairs !». Magnifique ! Le public devient fou ! La révolte gronde ! Et Patti Smith ira jusqu’au bout de son combat pour la liberté, les droits humains et l’amour ! «People Have The Power», «Ghost Dance», «Because The Night» ou encore «Gloria» sont vécu avec une force incroyable ! Grand moment ! Grande dame, très grande dame !

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Club Stage

Entre tous ces concerts sur la « Main Stage », il ne faut pas oublier ceux qui se déroulent sur la « Club Stage » (qui n'est pas si petite que ça d’ailleurs). Ce samedi, c’est Éric Thielemans qui a l’honneur de montrer quatre facettes de son talent !

L’imprévisible percussionniste se présente d’abord en solo, dans un set un peu trop court à mon goût… Une impro bruitiste qui rappelle un peu le Gamelan, puis un exercice de percussion joué avec de toutes fines baguettes, d’une délicatesse extrême, cristalline et diaphane, et finalement une musique plus méditative, presque divine, jouée à l’archet sur… les rayons d’une roue de vélo !! Sans vraiment se prendre au sérieux, pour laisser les auditeurs entrer dans son univers, Eric Thielemans surprend. Et ça marche. Mais c’est déjà fini...

Pour son deuxième passage, il sera à la batterie face à Billy Hart ! Un duo d’une complicité incroyable qui nous invite dans un long voyage plein d'échanges, de cavalcades et de moments suspendus. Les batteurs prennent tour à tour l'initiative, ils se suivent, se répondent, s’évadent. Ils jouent avec les gongs, comme pour prolonger ce beau moment de zenitude. Une petite merveille de bonheur.

La troisième performance, sera peut-être moins convaincante. Elle est, en tous cas, totalement différente des deux premières et fait référence à Ornette ( «Dancing In Your Head»). Elle est très bruitiste, très noisy rock, très expérimentale. Thielemans est entouré d’une belle bande de fous furieux tels que Mauro Pawlowski, Rudy Trouvé, Jean-Yves Evrard et Roman Hiele. Entre impros totales et brutales et thèmes lancinants, le groupe joue les formes et le son, la distorsion, la stridence et le chaos apocalyptique. Impression mitigée.

Quant à la dernière intervention, elle agit comme une lente progression sourde et fantasmagorique. Thielemans s’occupe d’effets électro tandis que l’on retrouve Jozef Dumoulin aux claviers, Jean-Yves Evrard à la guitare, Niels Van Heertum à l’euphonium, Laurens Smet à la basse, Phillip De Jager et Karen Willems aux percus et Billy Hart à la batterie. Cela fait beaucoup de monde à diriger…

Comme des forces occultes ou souterraines qui donnent une pulsation de plus en plus haletante à l'ensemble, on se dirige vers une musique presque tribale. Les gongs, carillons, timbales géantes, se mêlent aux riffs joués en boucles, aux bidouillages de Jozef et aux déchirements de guitare. L’expérience est étonnante mais peut-être pas totalement aboutie. Et puis, on sent Eric Thielemans dérangé, déconcentré, par le bruit ambiant… Bref, on reste un peu sur sa faim, et lui aussi sans doute, un peu…

N’empêche, on peut remercier le Middelheim d’offrir une scène pareille à ce type d’expériences.

 

 

A+

Photos ©Bruno Bollaert (WahWah)

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11/11/2015

Samuel Ber invite Tony malaby et Jozef Dumoulin au Bravo.

Tony Malaby est quand même un des grands du saxophone contemporain. On ne va pas retracer ici tout son parcours mais juste rappeler qu'il a jouer avec le Liberation Orchestra, l’Electric Bebop Band de Paul Motian, Ches Smith et d'autres, et qu'il est surtout leader de Tamarindo (avec Nasheet Waits et William Parker) ou du récent Novela (avec, entre autres, John Hollenbeck, Kris Davis, Ralph Alessi et Joachim Badenhorst).

Son influence est importante sur les saxophonistes en particulier, mais aussi sur tous les musiciens en général.

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Ce soir, au Bravo, il est accompagné par l'un des claviéristes des plus inventifs du moment: Jozef Dumoulin. Ces deux « monstres » répondent à l’invitation du tout jeune (et très prometteur) batteur belge Samuel Ber. Autant dire qu’il y aura de la surprise, de la créativité et beaucoup de fraîcheur.

Et cela se confirme rapidement. Pas impressionné pour un sou, Samuel Ber engage la conversation et semble même parfois montrer la ligne directrice. Il a préparé une ou deux compos, très ouvertes, qui permettent surtout aux musiciens d'improviser dans tous les sens possibles (ou presque).

Dès le départ, on s’émerveille devant les phrases sinueuses de Tony Malaby (au ténor) qui trouvent écho au discours toujours aventureux de Jozef Dumoulin. Ce dernier se démène derrière son Fender Rhodes et ses innombrables boîtes, filtres, pédales d’effets et spaghetti de câbles. Il triture, règle et dérègle sans cesses ses machines, pour mieux tordre les sons. Et Malaby se relance, cette fois-ci au soprano qui couine, s’étrangle et crie. La musique tremble. Puis elle devient lunaire. Des bribes de mélodies se dégagent, les tempos s'apaisent. La musique circule comme un esprit. L'écoute est intense, autant sur la scène que dans le public.

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Les indications sont minimes, l'impro est totale et souvent surprenante, le chemin est aléatoire, presque inconnu. Combien de fois Samuel Ber hésitera avant de frapper la cymbale tandis que Jozef Dumoulin déviera chaque fois un tout petit peu de sa route. C'est beau et fragile.

Quelqu'un a dit un jour que la musique ne se capturait jamais, qu’elle était « l'instant », qu'il n'y avait rien de plus éphémère ni de plus volatile qu’elle. Le trio nous en donne une preuve encore ce soir.

Après une courte pause, le second set commence en force, à pleine puissance, comme pour casser les murs de l'ordinaire. Comme pour se libérer directement des carcans. Après cela, tout est possible.

Le dialogue, comme une transe, entre Malaby et Ber est d'une intensité incroyable. Les phrases sont courtes, resserrées, comme pour ne garder que l'essentiel et pour mieux repartir dans la furie.

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On s'enfonce ensuite dans une jungle dense, faites de spasmes et de lamentations. Tout en énergie retenue. Petit à petit, tout devient délicatement percussif. La sax claque, la batterie se fait plus sèche encore et Jozef fait s'entrechoquer des verres. La musique naît, se bat, s'épanouit, grandit, résiste, s'abandonne et meurt.

C’était une abstraction sur une improvisation d’une composition qui n'a pas de nom, précise Samuel Ber, non sans humour... Tout est dit.

C’était surtout une belle rencontre, pleine d’échanges et de recherches. Une belle expérience et une preuve de plus que le jazz est bien vivant et qu'il a encore plein des choses à dire.

A+

Merci à Olivier Lestoquoit pour les photos.

22:53 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bravo, samuel ber, tony malaby, jozef dumoulin |  Facebook |

09/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 2

Il fait toujours aussi chaud ce samedi sur le site du Gaume Jazz Festival.

Sur la scène du parc, les P´tits Gaumais (les enfants qui ont participé au stage organisé par les Jeunesses Musicales) reprennent les chansons de Saule. C'est touchant, sympathique et rafraîchissant.

Mais c'est sous le grand chapiteau, sur le coup de 15h30, que se joue le premier concert. C'est le LG Jazz Collective. J'en ai parlé encore dernièrement ici, et tout le bien que j'en pense se confirme : le groupe prend de l'assurance au fil des concerts, prend des risques et se libère de plus en plus. Il entre directement dans le vif du sujet (« Move ») et enchaine les morceaux pour éviter les temps morts. Les sons claques et les solos fusent (Rob Banken (as), le nouveau venu dans le groupe, arrache les notes, Steven Delannoye flirte avec le "out" au ténor et avec les étoiles au soprano, et Jean-Paul Estiévenart est éclatant comme toujours. Le groovy « Carmignano » (de Legnini) trouve facilement sa place, tout comme le lyrique « Dolce Divertimento » (d'Alain Pierre) qui permet une belle prise de parole, très lumineuse, d’Igor Gehenot au piano.

Et, bien sûr, le leader (Guillaume Vierset) se sent pousser des ailes grâce au soutien de la rythmique Felix Zurstrassen (eb, cb) et Antoine Pierre (dm), intenable dans ses relances constantes (comme sur « New Feel », pour ne citer que cela). De la cohérence de cohésion de la complicité et beaucoup de travail... La recette est quand même simple, non?

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Dans la salle, le public à rendez-vous avec Orioxy, un quartette suisse au set-up original (harpe, voix, shruti box, ...) dont j’avais parlé du premier album ici. À Gaume, Orioxy présentait le fruit de son troisième album (« Lost Child », enregistré suite à la victoire du quartette au tremplin Jazz d’Avignon). Il fait étouffant dans la salle, mais « Song Of Love » nous emmène tout en légèreté dans l'étrange univers, aussi féerique qu'inquiétant, du groupe. Tout est dans le non-dit, dans l'évocation, dans l’intuition... même si l'explosion survient parfois, façon free rock, au moment où l'on ne s'y attend pas. Orioxy joue autant avec les mots (en hébreu, français ou anglais) qu'avec les rythmes (sur l'excellent « Princeless » par exemple) et les tempos graves succèdent aux groove retenus de l’excellent Roland Merlinc. Les expérimentations électros à la harpe (Julie Campiche) et à la contrebasse (Manu Hagmann), ainsi que le travail vocal étonnant de Yaël Miller, qui chante avec autant de conviction que de sensualité, terminent de parfaire l'identité forte et très personnelle de l’ensemble. Orioxy laisse une grande part au rêve et à l’imagination. A découvrir absolument. D'ailleurs, on espère les revoir bien vite, et plus d’une fois, en Belgique.

Retour sous le grand chapiteau. Kind Of Pink est le projet de Philippe Laloy, entouré de Arne Van Dongen (cb), Emmanuel Baily (g) et Stephan Pougin (perc). Il revisite Pink Floyd, en hommage à son père (avec qui il a découvert le groupe psyché rock, malgré le fait que cela n’était pas de sa génération non plus). Est-ce la raison pour laquelle Laloy prend juste assez de recul pour remanier ces « classics » en évitant les clichés ?

« Money », par exemple, contourne tous les pièges de l'évidence. « Breathe » et « Wish You Where Here » enveloppent la salle des volutes Flodyennes plus bleues que pink. « The Trial » et « Shine On You » sont chantés et se rapprochent, par contre, un peu plus des originaux. Les sons sont feutrés et les thèmes lancinants du mythique groupe anglais se perçoivent derrière des arrangements sobres et fins. Tour à tour, au sax ou à la flûte, Laloy surfe sur les harmonies et ne prend que les notes qui l'intéresse. Il façonne la mélodie, la dilate un peu et l'abandonne parfois pour laisser ses compagnons l’agrémenter à leur façon.

Il est souvent délicat de reprendre des thèmes pop en jazz (ou assimilé), et encore plus lorsqu'il ne s'agit que d'un seul groupe, aussi populaire soit-il (certains ont essayé avec les Beatles, par exemple, avec moins de bonheur), mais Kind Of Pink y arrive sans peine. Et Pink Floyd reste bien intemporel, c'est certain.

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Dans la cour, Sam Gerstmans (cb) propose un duo particulier. Suite à une participation à un programme de Cap 48 et du Créahm, le contrebassiste a rencontré le jeune artiste Julien Pirlot pour un court projet. L'aventure aurait pu s’arrêter là mais, on a beau être musicien, on n'en est pas moins humain. Et Sam est très humain. Alors, ensemble, et de manière régulière, ils ont continué leur collaboration. Quoi de mieux que le jazz et les musiques improvisées pour s'épanouir et se découvrir ? Entre poésie, ré-apprentissage du langage, des sons et de la musique, le duo touche en plein cœur et souligne les différences qui rapprochent. Le free jazz, le jazz mais aussi la chanson populaire rencontrent l'art brut. Et les histoires abstraites naissent, plus concrètes qu'on ne l'imagine. Un travail qui donne à réfléchir. Un vrai travail utile. Très utile.

La carte blanche aurait-elle le pouvoir de transcender les musiciens? C'est sans doute un peu le but et Lionel Beuvens n'a pas laissé échapper l'occasion de s'aventurer dans un jazz très ouvert. Le voici accompagné de Kalevi Louhivuori (tp), Jozef Dumoulin (p), Brice Soniano (cb), Guilhem Verger (as) et d'une chanteuse, et pas n'importe laquelle : Emilie Lesbros. La française, qui vit à NY, a, entre autres, travaillé avec Barre Philips et autres artistes contemporains. On imagine aisément la trajectoire que veut prendre le batteur… sans peut-être savoir ou cela va le mener...

Si, l’ensemble rappelle un peu le Liberation Music Orchestra, avec de longues évolutions mélodiques tailladées d'interventions libres, ou l'Art Ensemble of Chicago, on pense aussi parfois à Abbey Lincoln et Max Roach, en version contemporaine. On traverse de grands espaces sonores, parsemées de rythmes lancinants et entêtants. Jozef jette les notes, Lesbros déclame plus qu'elle ne chante... Mais parfois, son chant, d’une maîtrise totale, agit comme le sixième instrument du sextette. La trompette est claire et claquante, le sax parfois agressif. Les rythmes se cassent avant de se reconstruire. Parfois, certains thèmes débutent en mode « élégiaque » avant d'évoluer vers la transe ou même la rage. Un petit esprit soixante-huitard plane sur le Gaume. A suivre ?

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A l’extérieur, Jetsky (Jan Rzewski (ss), Emmanuel Louis (g) et Pascal Rousseau (tuba)), fait revivre l'esprit Nino Rota en le mélangeant aux folklores klezmer ou Roms. Il y a un côté désenchanté et à la fois plein d'espoirs ironiques dans cette musique. Aux thèmes souvent dansant s'ajoute parfois quelques éclats bruitistes (samples de voix et distos de guitare acoustique). C'est festif et différent. Et Jetsky ne se « démonte » pas lorsque la balance de Tortiller, dans le chapiteau tout proche, se fait un peu trop présente. Le trio en a vu d’autres et peut tout affronter, de toute façon, sa musique a quelque chose de fataliste, digne des meilleurs histoires de John Fante.

Frank Tortiller donc. Le vibraphoniste français a décidé de remettre Janis Joplin à l'honneur, et avec son nonnette c'est le blues (parfois très rock et furieux) qui rejaillit. Au chant, Jacques Mahieu, de sa voix légèrement éraillée et grave, reprend avec plus ou moins de bonheur les plus grands thèmes de la chanteuse américaine (« Kozmic Blues », « Move over », « Half Moon », « Piece Of My Heart ») mais aussi un thème de Leonard Cohen : « Chelsea Hotel ». Les riffs de guitare accentuent le côté rock agressif tandis que les cuivres (mentions spéciales à Alex Hérichon et Jean-Louis Pommier) rappellent un peu le jazz chicagoan ou quelques couleurs soul funk. Les arrangements évitent intelligemment l'imitation et le côté prévisible (beau moment sur « Mercedes Benz »), mais le niveau sonore, parfois trop puissant, a tendance à étouffer ces subtilités.

Bel hommage qui donne envie de se replonger dans les rares albums de cette chanteuse plus sensible qu’instable, comme on la trop souvent présentée.

A+

 

11/03/2014

Nicolas Kummert Voices - Au Rideau Rouge

 

Il y a du monde dans la chaleureuse et toute petite salle du Rideau Rouge à Lasne ce mercredi soir (5 mars) pour découvrir le deuxième «volume» de Voices de Nicolas Kummert.

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Rappelez-vous : One, premier album sorti en 2011, était, à mon sens, l’une des plus belles réussites de l’année où l'on entendait le saxophoniste-poète chanter et déclamer (et se débattre aussi avec les ayants droit de Jacques Prévert qu’il voulait pourtant célébrer) sur des musiques raffinées et groovy à la fois.

Cette fois-ci, le nouvel album est construit autour de la personnalité de Trayvon Martin (assassiné sans raison en 2012 en Floride) mais plus largement aussi autour du droit à la différence. L’illustration de Madeleine Tirtiaux, sur la pochette de l’album, fait explicitement référence à Trayvon - mais aussi au mouvement «capuche» qui s’est développé aux Etats-Unis juste après le tragique événement - et évoque aussi «Le Cri» de Munch ou l’homme schizoïde de King Crimson. L’album aurait pu s’appeler Révolte ou Rébellion, mais il s’appelle Liberté (sorti chez Prova Records). Cela correspond bien plus à l’esprit de Nicolas Kummert.

Pour débuter le concert, le leader plante le décor avec un discours digne et engagé, entre slam et déclamation. S’enchaîne alors «Stand Up Today», sorte de lente complainte mâtinée de blues. Kummert égraine les paroles, accompagné par ses musiciens qui font les chœurs. Puis, un superbe solo de basse électrique de Nicolas Thys vient renforcer plus encore cette ambiance pleine de retenue et méditation.

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Si Nicolas Thys (eb) ainsi qu’Hervé Samb (eg) sont toujours présents dans ce deuxième opus, Jozef Dumoulin et Lionel Beuvens ont cédé leur place à Alexi Tuomarila (p) et à Jens Maurits Bouttery (dm).

Ce dernier possède décidément un jeu très personnel, presque tachiste et surtout foisonnant d’idées. Il se tortille sur son tabouret pour doser avec minutie les sons qu’il colore magnifiquement. C’est à la fois léger et hyper contrasté. Il offre tout le temps un groove tendu à l’ensemble (son drive sur «Une Affaire de Famille», en fin de concert, est plutôt éblouissant).

De son côté, Hevé Samb est, lui aussi, lumineux dans ses interventions. Tous ses accords sont swinguants, légèrement enrobés de blues et de musiques africaines. C’est particulièrement frappant sur «Isaac», un morceau irrésistible qui flirte avec l’afrobeat.

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C’est aussi sur ce morceau, au second set, qu’Alexi Tuomarilla, jusqu’alors assez discret, dévoile tout son talent. Le pianiste exécute avec une facilité déconcertante - et sur un rythme endiablé - des enchaînements d’accords fabuleux. Et la musique s’enflamme. Et ça danse et ça bouge. Le dialogue ente Jens Bouttery et Alexi Tuomarila est jubilatoire.

Mais le pianiste finlandais sait aussi se faire très romantique et très sensible, comme sur «Willow Song», par exemple.

Nicolas Kummert manie avec beaucoup de d’intelligence et d’ à-propos les moments forts et les instants plus introspectifs, donnant de la puissance aux histoires. Et puis, il n’hésite pas non plus à reprendre – à la talkbox, qui déforme totalement sa voix – «Strange Fruit» qui résonne alors de façon plus inquiétante encore.

Avec ce deuxième opus, Nicolas Kummert définit plus encore son univers, à la fois sombre et plein d’espoir.

Bref, une fois de plus, une très belle réussite.

 

 

 

A+

 

 

05/01/2014

Octurn - Songbook of Changes - au Sounds

On avait quitté Octurn sur un programme très ambitieux (trop?) qui réunissait six musiciens du groupe et six moines chanteurs venus tout droit du Tibet. J’en avais parlé ici à l’époque. Un album est sorti ensuite (là, par contre, je n’en ai pas parlé et j’en suis confus). Il faut admettre que, si la musique de Kailash est très intéressante et même très prenante, sur disque, elle semble perdre un peu de la puissance émotionnelle que l’on ressentait sur scène. Kailash est quand même une expérience assez particulière que je vous invite à essayer. Pour cela, ouvrez bien grand votre esprit, oubliez tout et laissez-vous faire…

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L’Octurn nouveau - réuni ce samedi 4 janvier au Sounds - est réduit à quatre… Mais peut-on parler de «réduction» lorsque le groupe se compose de Dré Pallemaerts (dm), Jozef Dumoulin (keys), Fabian Fiorini (p) et bien sûr Bo Van Der Werf (bs) ?

L’esprit est toujours aussi aventureux et créatif, mais peut-être plus dans les «habitudes» octuriennes. «Habitudes», pour un tel groupe, n’est certainement pas synonyme de banal, simpliste ou irréfléchi. Bien au contraire. Cette fois-ci, et selon les dires de Bo, Octurn travaille sur des blocs, des modules aléatoires. Les modules étant une mélodie ou une structure que chacun des musiciens peut rejoindre, influer ou tordre selon son humeur ou sa sensibilité du moment.

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La musique ressemble donc à une grande roue qui tourne doucement et dont les balancelles, arrivées à un certain point, se retournent et influencent ainsi la vitesse de rotation ou même l’équilibre de l’ensemble. C’est un peu aussi comme du sable qui coule entre les doigts dont le débit fluctuant semble difficilement contrôlable.

La musique glisse et s’infiltre entre les formes et les rythmes lancinants avec sensualité ou angoisse, avec force ou avec une extrême délicatesse.

Chaque morceau est un tissage complexe qui, au final, offre des motifs inimaginables.

Chaque thème se développe souvent lentement mais avec intensité. Ils remuent les sens, doucement, profondément. Tout est mouvement, progression, transformation.

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Les courtes phrases répétitives et nuancées de Bo Van Der Werf se fraient un chemin entre le drumming limpide et fin de Dré Pallemaerts. Du bout des ses baguettes ou des balais, il brasse les tempos feutrés et ciselés puis soudainement claquants.

Le piano de Fabian Fiorini - qui alterne mélodies romantiques et abstractions - donne la réplique au Fender Rhodes trafiqué de Jozef Dumoulin. A l’aide de nombreux oscillateurs, convertisseurs et autres pédales d’effets, le grand Jozef module sans cesse les nappes de sons. Il les étire, les étouffe. Il en fait des voiles, des courants d’air.

Le son minéral se mêle au son aquatique. La musique ressemble parfois à une anamorphose de Kertész. Les sons se tordent avec souplesse et élégance et trouvent toujours leur chemin.

L’univers est étonnant, envoûtant et passionnant. On vibre, on rêve, on frissonne, on flotte.

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Le groupe explore une autre façon de dépouiller la musique, de la purifier presque. Octurn nous raconte des histoires comme lui seul peut le faire, avec un style incomparable, avec poésie et intelligence. Il rouvre des pistes à la musique improvisée et nous libère à nouveau l’esprit.



PS : Au fait, qui a dit (comme je le soulignais dans le billet précédent) que cette musique, que ce jazz ultra contemporain, n’intéressait personne ? Ce soir – et la veille, déjà – le Sounds était blindé ! Et cela ne fait pas plaisir qu’à Sergio, croyez moi.

A+

 

25/05/2013

Melangtronik - A l'Archiduc


Il n’y a pas à dire, un concert de Melangtronik, ça vaut la peine !

Ce lundi soir (20 mai, lundi de Pentecôte), dans un Archiduc très bien rempli, Lieven Venken (dm), Michel Hatzigeorgiou (eb) et Jozef Dumoulin (Fender Rhodes) se sont réunis pour deux fabuleux sets.

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Quand j’entre, l’ambiance est très feutrée. Le public est hyper attentif et silencieux. Melangtronik revisite «You Don’t Know What Love Is» avec une subtilité rare, sur un tempo extrêmement alangui. Le jeu de Dumoulin est absolument unique (on le savait déjà, mais l’on s’en rend encore mieux compte ce soir). Il crée des atmosphères improbables. Sous ses doigts, les sons scintillent, ricochent, résonnent… s’envollent.

Sur cette mélodie, dépouillée à l’extrême, Lieven Venken use des balais. Il effleure et caresse les peaux et les cymbales avec beaucoup de sensibilité, tandis que Michel Hatzigeorgiou distille sobrement les accords de basse. Le temps semble suspendu. C’est une pure merveille.

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Et puis, contraste ! Le morceau suivant flirte avec la fusion. Brillant, bouillonnant et incandescent, Hatzigeorgiou lâche les riffs et les impros sur sa basse électrique (pas la fretless, l’autre).

Ses phrases se mélangent à celles de Jozef. Le groove est puissant, presque rock, un poil funky aussi. Frénétique.

Voilà ce qui est intéressant avec ce trio – qui ne joue pas si souvent ensemble, ce qui est dommageable dans un sens, mais qui accentue sans doute un peu plus encore la spontanéité et la connivence - c’est qu’il invente, avec fraîcheur et sur l’instant, un jazz très personnel. Avec une véritable identité. Ces trois-là ont tout digéré de cette musique de partage. Alors ils partagent encore.

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Que ce soit sur des compositions personnelles ou sur des standards, la musique se modèle à leur image. Les variations, sur la grille de «Giant Steps» par exemple, sont hallucinantes d’inventions. La musique a toujours quelque chose à dire. Il y a de l’exaltation, de la tendresse, de la colère, de la réflexion, du bonheur…

Car, au-delà du son particulier, il y a aussi et surtout la manière de jouer les thèmes.

Voilà ce que l’on demande au jazz : rester interpellant, ne pas nous laisser indifférent.

Pas de doute, Melangtronik remplit ce contrat sans aucune ambiguïté. Pourquoi devrait-on s’en priver ?

Mais alors, à quand le prochain concert ?


A+

 

 

 

14/01/2013

Jérôme Sabbagh & Jozef Dumoulin Quartet - Music Village

Jérôme Sabbagh est français, mais il vit essentiellement aux States. À New York plus précisément. Depuis plus de quinze ans. C’est là qu’il a fait sa vie, qu’il a fait son jazz.

C’est là qu’il a trouvé son style en se frottant à Bill Stewart, Andrew Cyrille, Matt Penman, Tony Malaby, Paul Motian, Reggie Workman et tant d’autres.

Son jeu, d’une fausse simplicité, est souple et bourré d’énergie contenue. Il possède une force intérieure qu’il canalise avec une belle assurance. Il joue avec cette énergie latente qu’on ne trouve qu’à New York. Sans fioriture mais non sans lyrisme, sans agressivité mais non sans puissance. Sabbagh puise sans doute son inspiration dans l’esprit des grands saxophonistes du style de Warne Marsh ou de Dexter Gordon… Il possède un sens du timing qui lui permet d’économiser ses forces et de donner des coups d’accélérateur aux moments propices.

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Début de l’année dernière (2012), Jérôme Sabbagh avait sorti «Plugged In», un album avec Jozef Dumoulin - avec qui il partage le même label mais peut-être pas tout à fait le même univers. Pourtant, l’alchimie a fonctionné. Au-delà des espérances même. Les deux musiciens se sont trouvés quelques points communs dont celui des mélodies et surtout la sensibilité pour les façonner. Chacun gardant pourtant sa propre personnalité. Et c’est d'ailleurs ce mélange qui est intéressant.

Après que l’album a été salué comme il se devait par la presse, il était temps de le défendre sur scène.

La tournée européenne débutait le 6 décembre par Bruxelles (avant Paris, la France, la Suisse, etc.) au Music Village. Cette première date s’étant ajoutée en dernière minute, le quartette initial (avec Patrice Blanchard (eb) et Rudy Royston (dm) ) s’en trouve légèrement modifié. Et c’est Dré Pallemaerts et Nic Thys que l’on retrouve exceptionnellement ce soir.

Tout débute par un «Drive» plutôt énergique avant que l’on ne plonge dans un «Aïsha» plus atmosphérique. On sent aussitôt les deux hémisphères qui forment le groupe. Mais l'on parle plus d’équilibre et de dialogue que de rapport de force.

Les sons étranges distillés par Dumoulin au Fender Rhodes – avec ses accords bizarres et presque abstraits - se mêlent aux lignes ondulantes du saxophoniste.

Les échanges entre ténor et Rhodes tiennent parfois de la magie, de l’irréel. Chacun des musiciens semble être sur une «onde», chacun voyage suivant son style, mais tout le monde prend soin de l’autre. Il y règne toujours cette sensibilité particulière qui permet à tous de se rejoindre et de partager la même histoire.

Certains morceaux plus linéaires se mélangent à d’autres plus complexes. Mais l’objectif est le même: la mélodie. «Once Around The Park» (de Paul Motian), semble se liquéfier au fur et à mesure de la progression. On flotte entre onirisme et fragilité, et le jeu tout en nuance de Dré Pallemaerts – qui a le don d’effleurer comme personne les cymbales - n’y est sans doute pas pour rien. Un très dépouillé «Slow Rock Ballad» prolonge encore un peu cette atmosphère presque crépusculaire.

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On se balade au fil des morceaux entre force et douceur, entre puissance et fragilité. Étrangement, parfois, comme sur «Ur», le son du Fender Rhodes se confond avec celui du sax… À moins que ce ne soit l’inverse. Le moment est Fascinant.

Enfin, le quartette repart et termine le concert sur des terrains plus fermes avec «Ride».

Finalement, les mondes de Jozef Dumoulin et de Jérôme Sabbagh ne sont pas si éloignés que ça. Tout est une question de langage et d’intelligence.

Voilà une leçon que certains hommes devraient retenir.

A+

 

15/05/2012

Lidlboj à l'Archiduc

Assister à un concert de Lidlboj est assurément une expérience musicale hors du commun. L’auditeur est prié d’oublier ses idées préconçues à la porte du club afin de laisser son esprit le plus ouvert possible à la musique qu’il va entendre.

C’est comme ça.

La bande à Jozef Dumoulin n’hésite pas à vous emmener dans un univers très personnel et pour le moins inhabituel.

A l’Archiduc, ce dimanche 29 avril, pas mal de musiciens s’étaient donnés rendez-vous. Musique pour musiciens ? Non, musique pour ceux qui prennent encore le temps d’écouter la musique.

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Le premier morceau, «Little By Little», nous emmène avec douceur et délicatesse dans cet univers troublant. Couche après couche, les sons s’empilent et envahissent peu à peu l’espace. La musique flotte et se charge d’émotions, comme un nuage se charge d’eau. Et le nuage gonfle et bouge au gré du vent. Lourd et léger.

Lynn Cassiers, Jozef Dumoulin et Bo Van Der Werf injectent, tour à tour, des vibrations, des souffles, des sons étouffés, des bribes d’harmonie. La musique prend forme, se définit doucement, sort de la brume et se laisse découvrir, pudiquement.

Alors, Eric Thielemans secoue le tempo, bouscule les rythmes et instaure une pulsion sourde. La basse électrique de Dries Laheye, parfois en contrepoint, parfois à l’unisson, parfois en roue libre, rebondit et ricoche en réponse aux coups de Thielemans. Le groove est omniprésent. Et la mélodie s’impose, comme par magie, sans forcer, sur des métriques insoupçonnées. Tout est si fragile, mais tout se tient si fortement. Tout est évident et pourtant tout est caché.

Et soudain, c’est le tonnerre. Et c’est la tempête… La musique devient bruit. Le gros nuage, gavé, se déverse avec violence. C’est l’orage.Thielemans fait claquer ses baguettes de façon erratique puis impose un beat puissant et obsédant. Finalement, tout redevient calme… Étrangement calme.

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Alors, Lynn Cassiers, seule avec son mégaphone de poche, laisse échapper les premières phrases de «I Loves You, Porgy». La version est dépouillée. Lo-Fi. Irréelle. Emouvante. Sa voix est d’une pureté incroyable, à peine voilée par le crachoti du mégaphone. Les claviers de Jozef Dumoulin résonnent alors comme ceux d’un orgue lointain. Perdu. Vaporeux.

Le gros nuage se déplace, se déforme, se dilate, se contracte, devient gris, devient noir.

Chacun des musiciens est relié par un fil imaginaire qui leur permet d’improviser tout en douceur, tout en poésie. La musique, aussi abstraite qu’elle puisse paraître, est d’une logique imparable, extrêmement équilibrée. Elle se base certainement autant sur l’intuition que sur une écriture stricte. Et l’auditeur entre sans s’en rendre compte dans le processus de création.

Le ciel gronde à nouveau. Tout éclate soudainement. Différemment. Lidlboj se déchaîne et mélange le noisy rock avec l’électro… L’esprit de Steve Reich et de Arvo Pärt se mélangent à celui d’un Vander Graaf Generator. Puis ça bascule dans une folie disco funky comme seuls certains groupes norvégiens déjantés arrivent à le faire.

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Tout se mélange tout le temps, mais toute cette musique a un sens et un fil conducteur. Et Jozef Dumoulin ne nous lâche jamais, bien trop habile à jouer avec nos sentiments.

Et si l’on se perd, on se retrouve toujours. Lidlboy organise sa musique en cycles dans lesquels s’inscrivent d’autres circonvolutions. Les formes se superposent, se distendent, s’éloignent, se recoupent. C’est  un tourbillon incessant.

Le concert s’achève avec douceur, laissant une légère bruine flotter dans l’air et dans laquelle on y verrait presqu’un arc-en-ciel se dessiner…

Lidlboy ne nous fait pas perdre nos repères. Il fait bien mieux : il en invente de nouveaux.

A+

14/03/2012

Jozef Dumoulin Trio - Rainbow Body

Franchement, ce disque est fascinant.

Même si… oui, en effet, il faut du temps pour l’appréhender, le découvrir, l’apprécier.

On ne va pas revenir sur l’éternel débat “jazz” ou “pas jazz” mais, si l’on veut creuser dans ce sens, on peut l’affirmer : oui, il s’agit bien d’un disque de jazz. De jazz très actuel. Dans le sens où il joue beaucoup sur l’improvisation, l’interaction et les dialogues - parfois sibyllins - que s’échangent les différents protagonistes. D’un autre côté on en est loin, si l’on considère que cette forme de musique ne peut porter ce nom que si elle s’inscrit uniquement dans la tradition, dans le bop ou le swing.

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Mais Jozef Dumoulin nous a déjà habitué à aller au-delà de ces considérations archaïques et à dépasser la forme pour n’en garder que l’essence. Avec ce disque, il pousse encore plus avant cette recherche.

Il explore les sons, bouscule les métriques et les mélodies. Et ce qui peut paraitre chaotique au premier abord se révèle peu à peu rythmique ou hypnotique.

Rainbow Body (Bee Jazz) porte finalement bien son nom car il possède toutes les couleurs des sentiments. Il joue avec nos rêves et nos cauchemars, avec nos peurs d’enfants et nos défis d’adultes.

Dans ce disque, on entend vite le jeu de batterie d’Eric Thielemans, toujours surprenant et déroutant, toujours en alerte, toujours en embuscade.

Puis il y a basse indomptable de Trevor Dunn qui soutient, qui dessine des lignes profondes dans un jeu sous terrain, qui provoque l’un ou qui répond à l’autre comme dans un écho.

Pilotant son Fender Rhodes qu’il a trafiqué, trituré, torturé, Jozef Dumoulin, semble planer au-dessus de ce terrain mouvant. Et comme le rapace qui observe sa proie, il joue avec elle avant de fondre dessus à toute vitesse.

Et le trio s’amuse à mélanger les genres, les rythmes et les harmonies. On sent l’amour de Dumoulin pour Gyorgy Ligeti ou Morton Feldman - et pour toute la musique concrète en général -  sur des morceaux comme "Birthday Cake", par exemple. On sent aussi son besoin de toucher à tout et de tout tenter. "Sachiko" explore d’angoissants beats industriels, "Fuga X" mélange l’esprit baroque avec un groove pseudo funky, "Dragon Warior" flirte avec le rock progressif tandis que "Mei" se décline en une balade étrange, tendre et douce. Quant à "Asia" ou "Sosuke", ils empruntent à la musique minimaliste, faite de bruissements et de souffles.

Rainbow Body aime déranger et ne pas vous laisser tranquille. C’est un gros shaker qui vous met le cerveau à l’envers et fait vaciller vos certitudes. Et ne vous laisse jamais indifférent.

Après tout, n’est-ce pas là la première obligation d’une œuvre ?


 

A+

 

 

 

 

02/06/2011

Octurn & Tibetan Monks of Gyuto à l'Espace Senghor

Après le festival Jazz à Liège, je suis allé écouter le dernier projet d’Octurn à l’Espace Senghor. C’était le dernier concert d’une série de six qui avait débuté à Grenoble.

C’est là-bas, à la suite d’une suggestion du programmateur du Festival Détours de Babel, Benoît Thiberghien, que l’aventure a commencé. Bo Van Der Werf avait reçu une carte blanche suite au succès du projet Octurn/Ictus Gamelan. Alors, jamais à court d’idées originales, il proposa une rencontre entre Octurn et les Moines de Gyuto.

La "philosophie musicale" de ces moines tibétains est basée sur le tantrisme. Il est donc question d’aller au plus profond de soi et d’élever au plus haut l’esprit humain.

Mélanger cette culture musicale à la nôtre n’est pas simple si l’on veut en faire quelque chose d’authentique et de sincère. Mais pour cela, on peut compter sur Bo. Alors, il est allé passer quelques semaines au milieu des moines du monastère de Gyuto, au nord de l’Inde, afin de s’imprégner des rites et de l’esprit de cette communauté.

Et puis, il les a convaincus de venir partager la scène.

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Cela donne six moines qui entonnent un chant guttural d’une profondeur inouïe et six musiciens qui s’immiscent lentement et avec beaucoup de respect dans cet univers particulier.

Basés sur une technique vocale ancestrale, les moines produisent des sons très graves qui deviennent vite des chants envoûtants.

Ils chantent, mais s’accompagnent aussi d’instruments traditionnels: Rolmo ou Tingsha (cymables), tambours ou clochettes. Ils suivent du doigt le mouvement de lignes tracées sur d’épais papiers.

Le souffle, ou plutôt les souffles - puisqu’il s’agit de diphonie - sont continus, longs, et modulés. Cela en devient vite hypnotique.

La musique d’Octurn, sombre et lumineuse à la fois, continue son maillage avec ces voix étranges. C’est aussi onirique que lucide. Il y a une fusion quasi naturelle qui se crée entre ces deux mondes que l’on croyait pourtant assez éloignés.

Le drumming de Chander Sardjoe, tout en décalage, fait écho à la basse roulante de Jean-Luc Lehr. Le piano de Fabian Fiorini cristallise les notes. Jozef Dumoulin et Gilbert Nouno inventent des sons aquatiques et irréels. Il y a comme une poudre d’or invisible qui se dépose sur la musique.

Le mélange se fait, puis se défait.

Suivant leur rite propre, les moines se coiffent de différents chapeaux ou se drapent dans différentes écharpes. Le chant s’exprime différemment. Toujours aussi lancinant, sobre et retenu. Le sax baryton de Bo Van Der Werf joue la cascade puis laisse la place à deux énormes Dung Chen, les trompes tibétaines.

On passe ensuite dans un autre univers, ou plutôt dans une autre partie de cet univers. Les Chos Rnga (gros tambours juchés au bout d’une hampe et frappés à l’aide de grandes baguettes incurvées) répondent à la musique d’Octurn. Quand on connaît les métriques parfois complexes du groupe, on s’étonne de la justesse avec laquelle les musiciens tibétains frappent leurs tambours. Il doit y avoir, indéniablement, un fluide qui passe entre eux et nos jazzmen. La musique n’a décidément pas de frontière. Certains moments sont intenses, d’autres un peu plus flottants. On sent les groupes à la recherche d’une certaine osmose. Mais quand la communion est totale, on sent intérieurement qu’il se passe quelque chose.

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Et puis, les moines replient étoles et chapeaux et se lèvent. Ils ont soudain l’air immenses. Le groupe se lève aussi et tout le monde salue la salle sous les applaudissements nourris.

On ressort du Senghor un peu plus léger. Un peu plus sage, peut-être. Avec l'envie d'en connaître un peu plus, aussi. Alors on attend le prochain voyage avec impatience.

A+

16/01/2011

Winter Jazz Festival - Marni-Flagey

Ça y est, c’est reparti pour une nouvelle saison.

 

Premier festival de l’année: le Winter Jazz Festival, qui commence ce 19 janvier.

Le Winter Jazz Festival - ex Festival Jazz Marni Flagey - se déroule, comme son nom ne l’indique plus, en partie à Flagey et en partie au Théâtre Marni.

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Cette année, c’est la voix qui est mise à l’honneur et c’est Robin Mc Kelle qui ouvre les festivités. Robin Mc Kelle est originaire de Rochester et son style oscille entre jazz, soul et R’nB. C’est souvent énergique même si, à Flagey, elle viendra entourée d’un trio plus “jazz” (Reggie Washington à la contrebasse, Marc Mc Lean aux drums et Sam Barsh au piano). Sa voix, légèrement graineuse, son phrasé sensuel et son sens de la scène devraient nous faire passer un bon moment.

Le lendemain, au Théâtre Marni cette fois, Mélanie De Biasio se présentera en trio (avec Sam Gestmans (cb) et Pascal Mohy (p) ). Je ne vais pas vous redire une énième fois tout le bien que je pense d’elle, il suffit d’aller relire quelques articles ici, ici ou encore . A ne pas rater, bien sûr…

Samedi 22, toujours au Marni c’est Tutu Puoane qui viendra assurement nous charmer. Tutu est née en Afrique du Sud. Venue en Belgique pour parfaire son cursus musical, elle a rencontré le pianiste Ewout Pierreux et, depuis, est restée chez nous. On l’a déjà entendue avec le BJO, pour un projet en hommage à Myryam Makeba (“Mama Africa”), et on la retrouvera cette fois en quartette (Ewout Pierreux, bien sûr, Lieven Venken (dm) et Nic Thys (cb) ), pour nous dévoiler les beautés sensuelles de son dernier album “Quiet Now”.

Il y aura encore des voix à découvrir autour du trio d’Anne Wolf, qui présentera par la même occasion son nouvel album “Moon At Noon”. Amateurs de musiques chaudes et brésiliennes, rendez-vous à Flagey le 26.

Et puis, le 28, un des clous du festival: la première de “A Different Porgy And Another Bess”! Maria Joao, David Linx et le Brussels Jazz Orchestra revisitent le célèbre opéra de Greshwin. Si vous vous souvenez de la précédente collaboration de Linx avec le BJO (“Changing Face”) et si vous avez entendu le fantastique “Follow The Songlines” (avec Maria Joao, Mario Laginha et Diederik Wissels), vous pouvez peut-être - car avec David Linx, on n’est jamais au bout de ses surprises -  imaginer ce que donnera ce nouveau challenge…

 

D’autres concerts vous laisseront peut-être sans voix, ce sont ceux où il n’y en a pas.

J’ai retenu pour vous le retour de Rêve d’Eléphant, qui présentera son nouvel album “Pourquoi pas un scampi?”. Tout un programme! Quand on connait le côté onirique et follement inventif de cette bande de doux poètes déjantés, on ne risque certainement pas de s’ennuyer le 21 au Studio 1.

Autres moments à ne pas rater seront aussi les concerts de Fabien Degryse (dans le cadre d’une collaboration avec les Djangofolllies), qui proposera un programme “manouche” avec ses amis Peter Hertmans et Jacques Piroton aux guitares, Nic Thys à la contrebasse et Yves Teicher au violon; ainsi que le dernier projet de Steve Houben (as), entouré d’une belle brochette de “jeunes” jazzmen (Greg Houben (tp), Julien Delbrouck (bs, clar b), Quentin Liégeois (g), Antoine Pierre (dm) et Cedric Raymond (b, eb). Ça promet.

 

Et puis il ne faudrait pas oublier les 2 concerts “Piknikmuzik” des vendredis midis avec le très jeune et très talentueux Bram de Looze qui jouera une première fois avec Nic Thys et une seconde avec le Momentum Jazz Quartet.

 

Enfin, cerise sur le gâteau: Fabien Fiorini (p) mettra en musique deux chef-d’œuvres de Buster Keaton (“The General” et “Sherlock Jr.”), en duo avec Erik Vermeulen d’une part et avec Jozef Dumoulin de l’autre.

A vos agendas… l’hiver sera chaud!

 

A+

 

09/03/2010

Lidlboj à la Jazz Station

24 février.

Il y avait pas mal de monde venu écouter l’enfant terrible du Fender. Il y avait pas mal d’amis musiciens aussi. C’est que Lidlboj intrigue et ne laisse pas indifférent.

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L’album en a d’ailleurs surpris plus d’un, sans doute. Sauf ceux qui connaissent et suivent Jozef Dumoulin depuis pas mal de temps… et encore. Il faut dire qu'avec Eric Thielemans aux drums, Bo Van Der Werf au baryton et EWI et Lynn Cassiers au chant, on ne pouvait pas s’attendre à un jazz ronronnant.

L’album, je connaissais, le groupe sur scène, je l’avais vu en 2006 à Genk (mais - et l’histoire est maintenant connue, ha,ha,ha -  j’avais raté leur récent concert à Anvers).

À la Jazz Station, le quartette dépoussière d’entrée de jeu. Dans un magma de sons, de bruits, de stridences et de rythmes décousus, Lidleboj fait le ménage dans nos têtes, comme pour nous dire d’oublier au vestiaire nos à priori, nos connaissances ou nos habitudes. Place à… autre chose.

Une fois le ménage fait, un groove obsédant s’installe, lentement, sûrement. Un groove incertain, souterrain. Puis, la voix cristalline et angélique de Lynn nous emmène vers une nouvelle planète. Une voix pure, enfantine, innocente presque. Petit à petit, tout se met en place. Jozef extrait des sons inimaginables de ses claviers. On est dans le hors-piste de l’électro. Les phrases sont courtes, imaginatives, évolutives. Eric Thielemans embraye, invente des sons, des rythmes tantôt secs, tantôt sourds. Parfois brillants, parfois mats. Les métriques flottent et s’infiltrent au gré des changements d’ambiances initiés par Jozef. Bo Van Der Werf, comme en embuscade, trafique le son de son baryton. Celui-ci ressemble parfois plus à la trompette de Miles, période «électrique», qu’au sax. Puis il laisse tomber l’instrument au profit de l’EWI.

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Un univers particulier se crée. Entre fantasmagorie, rêverie ou cauchemar. Les nappes brumeuses et éthérées s’enchaînent à la dissonance, puis aux sons aquatiques.

On flotte par instants, on s’irrite presque à d’autres. Parfois on décroche. Mais Jozef et son Lidleboj, comme le capitaine Nemo aux commandes du Nautilus, nous ramène, nous harponne, nous remets sur le chemin. Prêt à nous noyer à nouveau. À nous d’apprendre à nager.

Lidleboj est une expérience fantastique… et ce n’est pas mes amis Gilles, Marie-Françoise et Juliette (venus de Souillac) qui me diront le contraire.

Amis français, rendez-vous au Sunset le 20 mars.

 

A+

 

07/03/2010

Dré Pallemaerts sur Citizen et tout un programme...

Bien cachée, quelque part dans les «entretiens» de Citizen Jazz, l’interview de Dré Pallemaerts que j’ai eu le bonheur de réaliser il y a quelques temps, est en ligne depuis la semaine dernière.

Il y parle de «Pan Harmonie», bien sûr, mais aussi de son parcours et de ses projets.

C’est ici. Bonne lecture.

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D’autres interviews seront également bientôt en ligne… un peu de patience.

Un peu de patience aussi pour la suite du programme sur Jazzques.

Il y aura le concert de Lidlboj à la Jazz Station, ceux de Pascal Mohy et Stefano Bollani au Beursschouwburg, celui de Vijay Iyer et Rudresh Mahanthappa (Raw Materials) à De Singer, à Rijkevorseel près d’Anvers, une rencontre épique avec Fabrizio Cassol et Baba Sissoko à la Foire du Livre de Bruxelles, le concert de Matthieu Marthouret au Sounds et, pour finir, une rencontre avec Yves Budin pour la sortie de son album «Visions de Kerouac» (édité aux Carnets du Dessert de Lune)…

 

Ouf….

Yapluka.

 

A+

(Photo ©Jos Knaepen)

23/02/2010

Jozef Dumoulin - Lidlboj - sur Citizen Jazz

Un dimanche soir de décembre, j'avais rendez-vous à Anvers pour écouter Lidlboj et interviewer son leader Jozef Dumoulin.

Me voilà donc parti tout guilleret et tout excité à l'idée de découvrir en live les hallucinants délires musicaux entendu sur le tout récent CD "Trees Are Always Right" (chez Bee Jazz).

trees

Super bien organisé, je suis scrupuleusement les indications de mon plan Google Map et je me retrouve... au nord du nord d'Anvers, au fin fond de docks sinistres, sombres, glauques et déserts. Mais où est donc cette salle de concert?

Je tourne et tourne encore à la recherche d'un semblant de vie et d'animation. Je tourne et retourne mon plan dans tous les sens. Je tourne et retourne en rond. L'heure tourne aussi... Me voilà bel et bien paumé en plein centre de nulle part.

Bon sang de bonsoir! J'ai introduit une mauvaise adresse dans Google Map. Je ne sais plus où je suis et encore moins où je dois aller. Je laisse un message de détresse à Jozef qui s'apprête à monter sur scène... Le concert commence... et se termine sans moi...

Retour sur Bruxelles en écoutant "Emine", à fond. Histoire de me calmer.

Quelques jours plus tard, j'ai rendez-vous avec Jozef à la terrasse d'un bel Hôtel du centre de Bruxelles. Sans plan.

Et voilà enfin l'interview sur Citizen Jazz.

Pour le concert, ce sera ce mercredi 24 février, à la Jazz Station à Bruxelles. Je crois que, cette fois-ci, je ne vais pas le rater.

Et vous?

 

A+

 

21:31 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : interview, citizen jazz, jozef dumoulin, lidlboj |  Facebook |

09/03/2009

Octurn "7 Eyes" - au KVS

C’est incroyable comme on me reconnaît dans la rue!
Surtout les filles!
Vendredi dernier, sur le chemin qui me mène au KVS, d’exotiques demoiselles, légèrement vêtues malgré le froid, la chevelure folle ou strictement attachée, la jupe courte et le talon haut, la poitrine opulente et le maquillage quelque peu soutenu me lancent des «Salut!», «Bonjour.», «Ça va?»… et même des… «Tu viens?»…
J’avais oublié que ce quartier était aussi accueillant !
Mais non. Désolé, je ne «viens» pas, je dois aller écouter Octurn.


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Le nouveau projet d’Octurn s’appelle «7 Eyes».
À part la méditation et la sagesse bien sûr, il n’est pas question ici d’influence d’une quelconque musique indienne (quoique) dans le travail Bo Van Der Werf et de Jozef Dumoulin, auteurs des thèmes proposés.
Intrigué, je demande à Bo, après le concert, la signification de ce nom.
«À l’époque où l’on travaillait sur cette nouvelle musique, je lisais un bouquin sur une divinité Bouddhiste: Tara Blanche. Sa particularité est qu’elle possède sept yeux, qu’elle est attentive à la paix, la longévité… et qu’on la «prie» à n’importe quel moment de la vie quotidienne.»

Suite logique de «21 Emanations» en quelques sortes.

Et pourtant, cet Octurn-ci est encore différent.

Dans le KVS Box, c’est l’empire des sons.
Lynn Cassiers jette les premiers mots qu’elle sample, rediffuse et retravaille «in real time» en complicité avec Gilbert Nouno qui y ajoute rythmes, bruits et autres sons parasites.
La musique se dessine peu à peu. Par cassures, par couches, par voiles successifs.
On joue les avant-plans, les arrière-plans, la stéréophonie.
Les sons envahissent tous les recoins de la salle.
On est plongé dans un univers fantasmagorique et onirique.
Jean-Luc Lehr (elb) amorce un tempo légèrement aléatoire sur lequel Chander Sardjoe (dm) inscrit un groove obsédant.
Nelson Veras (g) phrase par bribes. Bo Van Der Werf (s) développe des lignes mélodiques sinueuses et capricieuses…
Jozef Dumoulin (Fender) et Fabian Fiorini (p) jouent à cache-cache sur des métriques sophistiquées, parfois en superpositions rythmiques décalées, parfois à l’unisson.


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Le chant étrange et rafraîchissant de Lynn (on pense parfois à Susanna Wallumrod) ouvre de nouveaux espaces à Octurn.
Son univers particulier s’intègre parfaitement à celui du collectif.
Elle y insère même, le temps d’une ballade, quelques airs très inspirés des standards vocaux de jazz.
Mais bien sûr, tout cela est travaillé à la sauce Octurn, plus électro-acoustique que jamais.
Le groove - car il y a indéniablement du groove dans ce projet - se mêle aux rythmes impairs et complexes et rend l’ensemble totalement cohérent et… accessible.
La musique est parfois vaporeuse, presque sensuelle, touchante aussi avec le chant enregistré d’un enfant qui reprend «Une Chanson Douce».


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Ce qui est étonnant aussi de la part d’Octurn, ce sont ces alternances de morceaux courts et (très) longs. Là où ils nous avaient habitué à nous tremper longuement dans des thèmes évolutifs, ils nous offrent des petites plages de respiration.

«7 Eyes» est décidément très convaincant… pour qui veut bien se laisser surprendre par l’univers d’Octurn.
Et personnellement, j’y vais les yeux fermés.

Dehors, quelques «groupies» m’attendent encore…
«Non, mesdemoiselles, désolé je n’ai pas le temps… je file au Sounds écouter Pierre de Surgères.»

A+

15/02/2009

Hommage à Pierre van Dormael au Théâtre Marni

Rattrapons le temps perdu ! (Premier épisode)

Mercredi 28 janvier avait lieu le deuxième hommage des jazzmen à Pierre Van Doermal.
Cette fois-ci, cela se passait au Théâtre Marni.
Comme au Sounds précédemment, l’endroit était archi plein et une grosse partie du public n’avait plus trouvé que les marches des gradins pour s’asseoir.
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Premier groupe sur scène: Octurn, qui nous rappelle sa collaboration avec Pierre en 2006 avec «North Country Suite». Travail basé sur la musique de Bob Dylan (plus précisément «Girl From The North Country» de l’album «Nashville Skyline»)

La musique parfois complexe de Pierre est d’une intensité rare.
Si elle semble parfois s’envoler dans toutes les directions c’est sans doute pour mieux s’enchevêtrer. Les lignes mélodiques et harmoniques se développent, se nouent, se libèrent.

Et jouée par Octurn, la musique garde toujours cette pulsion et cette tension sans faille.

Ce soir, Guillaume Orti est, une fois de plus, éblouissant dans ses interventions.
Tout comme Bo Van Der Werf, distribuant un jeu fluide et fiévreux.
Chander Sardjoe passe allègrement de la polyrythmie à un jeu délicat aux balais ou à celui, très nerveux, de la jungle.
Laurent Blondiau, Jozef Dumoulin, Fabian Fiorini, Nic Thys et Jean-Luc Lehr alimentent tout au long de la prestation un flux rythmique riche et puissant.

Nicolas Fiszman et Kevin Mulligan viennent ensuite interpréter «Love Me Always» dans un esprit blues-folk.
La voix de Mulligan est toujours aussi profonde et chaude.
Fiszman s’accompagne d’une belle et étrange guitare au son grave (il s’agit d’une guitare baryton - entre la guitare et la basse - (accordée en «si») comme me l’apprendra bien plus tard Nicolas lui-même).
Moment sensible, un peu trop court, d’une extrême poésie.
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La poésie est à nouveau au rendez-vous avec Hervé Samb, Lara Roseel (b) et David Broeders (dm) qui avaient accompagné Pierre lors de ses derniers concerts (notamment au Gent Jazz l’été dernier).
Mélange subtil de douceur et d’âpreté.
De gaîté et d’affliction. De soleil et de fraîcheur.
Le jeu de Samb est lumineux, précis et sans esbroufe.
Et celui de Broeders à la batterie est délicat et plein de finesse.

Même si Pierre n’est plus là, il serait bien que cet ex-quartette continue à répandre sa musique ou, pourquoi pas, à continuer à creuser dans cette veine.

Après le break, Vivaces entame le deuxième set.
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Anne Wolf et Kris Defoort au piano, Nicolas Kummert, Bo Van Der Werf et Manu Hermia aux saxophones, Stéphane Galland et Michel Seba aux percus, Hervé Samb à la guitare et… Nicolas Lherbette (edit. Merci Christine) à la basse électrique.
«Rue 6», «Estelle sous les étoiles» et «Otti 1er» résonnent de belle façon.
Toujours bouillonnante et pleine d’énergie, toujours prête à changer de couleurs et de rythmes la musique nous balade sur le fil de nos émotions.
On ne s’ennuie pas une seule minute.

Avant d’accueillir Aka Moon, Philippe Decock interprète
en solo au piano la musique du prochain film de Jaco Van Dormael, «Mr Nobody», écrite par Pierre.
Un esprit classique, entre Debussy et Satie, entre Ludovico Enaudi et Michael Nyman.

Et puis, c’est Aka Moon, ou plutôt… Nasa Na ?
En effet, au trio s’est ajoutée Bette Crijns (Atatchin), jouant dans un style proche de celui de Pierre (elle fut son élève aussi). Impressionnant.
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Aka Moon est en forme. Tempos flottants, entente parfaite, débauche d’énergie contrôlée… On est subjugué.

On est subjugué aussi par le jeu de Stéphane Galland.
Il alterne le jeu sec et droit à celui du rubato et de la polyrythmie.
Il invente sans cesse.
Michel Hatzi et Fabrizio Cassol en profitent.
David Linx les rejoint pour un morceau mi-scatté, mi-chanté.
Ça vole haut.

Et pour le final, David Linx a invité une belle brochette de jeunes chanteurs (avec qui il travaille au conservatoire) pour un «The Art Of Love» a cappella extrêmement émouvant.
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Nul doute que la musique de Pierre Van Dormael continuera longtemps encore à influencer le jazz actuel.

Et d’ailleurs, rappelons que les recettes des entrées de ce concert ont été intégralement consacrées au financement de l’impression professionnelle de son livre «Four Principles to Understand Music».

Merci encore, Pierre.

A+

10/05/2008

Narcissus - A la Jazz Station & au Sounds

Un peu de Robin Verheyen à la Jazz Station, un peu de Verheyen au Sounds.
Entre les deux concerts, j’aurais pu dire Verheyen aux Disquaires, Verheyen au Duc Des Lombards, Verheyen au Hot Club de Gand, etc…
Mais, pour le coup, je n’y étais pas.
Cela ne m’aurait pourtant pas déplu.

Robin vit à New York maintenant, alors il vaut mieux profiter au maximum de ses courts passages en Europe.

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À la Jazz Station, j’étais passé «juste» pour boire un verre et le saluer.
Finalement, je suis resté jusqu’à la fin du concert.
Et même après.

Vous ai-je déjà dit que Robin ressemblait à une étoile filante?
Je me demande encore d’où il est parti (je me souviens de ses premières et prometteuses jams au Sounds) et où il arrivera?
S’il arrive un jour quelque part, car sa trajectoire semble sans fin.

C’est incroyable de voir (et d’entendre) sa progression entre chacun de ses concerts.
Tant dans son jeu personnel que dans sa capacité à cristalliser autour de lui un groupe.
Un vrai groupe.
Que ce soit avec  Bill Carrothers, Dré Pallemaerts, Remi Vignolo, Pierre Van Dorrmael, Giovanni Falzone, Bruno Angelini ou encore, comme pour ces deux soirs avec Narcissus : Jozef Dumoulin, Flin van Hemmen et Clemens van der Feen.

Avec Narcissus, on sent un groupe très soudé.
Il est vrai qu’ils se connaissent depuis longtemps déjà.

À la Jazz Station, il y eut «Piano Pieces», qui  rappelle l’esprit de Wayne Shorter, avec des impros invraisemblables. Une fougue maîtrisée. Une interaction magique entre le piano et le soprano. Jozef Dumoulin apporte au quartette de nouvelles couleurs. Différentes de celles de Harmen Fraanje qui faisait partie du groupe auparavant.
Quant à Flin van Hemmen à la batterie, il  joue tout en «hauteur», avec un touché fin et puissant à la fois.

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Il y eut ensuite le très Coltranien «Meditation», d’une belle intensité, mais il eut aussi et surtout ce superbe morceau: «Bois Le Comte» !

«Bois Le Comte», avec son ostinato hostile au piano, avec l’archet inquiétant de van der Feen à la contrebasse, avec la batterie craquante qui évoque les branches sèches que l’on écrase sous les pieds en se baladant dans les bois. Avec le soprano qui souffle d’abord comme le vent dans les arbres, puis se mue en une mélodie plaintive qui se métamorphose avec frénésie et puissance en rage musicale, et qui finit par pousser des cris d’orfraie.

Tout ça, on y eut droit au Sounds.
Le même esprit, la même force, mais avec d’autres mots.

Au Soprano toujours, duquel il tire un timbre tellement personnel, Robin propose un «And There Was Light» de toute beauté.
Un thème modal d’une limpidité et d’une lisibilité fascinante.
Les impros sont tendues. Le dialogue avec Jozef est jubilatoire.
Quelques inflexions rappellent «Contemplation» de McCoy Tyner.
Et c’est captivant d’un bout à l’autre.

Même sur des arrangements complexes, le groupe arrive toujours à tirer la quintessence des mélodies. Tout est dosé, chaque musicien trouve sa place, le discours est fluide, sans redites ni bavardages inutiles.

Il y a souvent un «fond» de bop chez eux. On le ressent clairement dans l’énergique «New York One» qui permet à Robin de nous rappeler qu’il est également un fabuleux ténor.

Narcissus devrait bientôt enregistrer un nouvel album.
Et à mon avis, ce disque ne sera pas superflu.

À bon entendeur…

A+

25/02/2008

Octurn (Jazz Station) et Gilles Repond (Sounds)

Quand on a la chance d’avoir Octurn en résidence régulièrement dans sa ville, il serait assez stupide de ne pas assister à l’un de leurs concerts.
Surtout que, malgré une très forte personnalité, aucun ne se ressemble.
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À la Jazz Station, Octurn prépare son projet avec Ictus, basé surtout, d’après ce que me dit Bo van Der Werf sur le gamelan.

Est-ce pour cette raison qu’Octurn groove autant ce soir? Danse autant? Swingue presque?

Bien sûr, on y retrouve toujours les évolutions polyrythmiques complexes, les rythmes décalés, les moments suspendus, les ambiances à l’équilibre précaire…
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Chander Sarjoe est toujours aussi surprenant rythmiquement (pour ce projet avec Ictus, ce sera pourtant un autre excellentissime batteur qui participera à l’aventure: Xavier Rogé).
Aux claviers, le duo FioriniDumoulin se complète à merveille.
Nelson Veras apporte toujours sa touche si particulière, comme s’il jouait dans une autre dimension.
Et Malik, et Bo, et Jean-Luc Lehr, et Laurent Blondiau sont toujours aussi surprenants.
(Guillaume Orti n’était pas de la partie ce soir.)

Mais ce soir, j’arrête d’essayer d’analyser la musique.
Je me laisse porter par elle.
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Y aura-t-il un disque avec l’ensemble Ictus?
Peut-être. Peut-être pas.
Raison de plus pour aller écouter Octurn à La Maison de la Musique à Nanterre (le 28 mars) ou au Kaaitheater à Bruxelles (le 16 avril).


Changement de direction et de style.
Me voici au Sounds pour écouter Gilles Repond.

Par rapport au groupe que j’avais entendu l’année dernière, c’est Toon Van Dionant qui a pris la place de Max Silvapulle derrière les fûts.
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Le groupe du tromboniste suisse propose un jazz groovy aux tendances parfois un peu funky.
Mais les morceaux sont souvent d’une complexité un peu perfide.
«Barbecue In Lapland», par exemple, est un morceau glissant (ok, le jeu de mot est facile, mais je suis sûr que ce titre n’a pas été choisi au hasard). Ici, les rythmes changent perpétuellement. Ça accélère, ça ralenti, ça change de direction.

Le plus «sage» dans l’histoire, c’est peut-être encore Gilles lui-même. C’est lui, souvent qui vient calmer un peu le jeu.
Il faut dire que lorsque Pascal Mohy est lâché, ça fait mal!
Quel pianiste brillant et fascinant.
Son jeu est précis, rebondissant, époustouflant. (Sur «Meeting Point» ou «Vilnius» c’est du tonnerre qui sort de l’instrument.)
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Alors, Sam Gerstmans en profite, lui aussi pour en rajouter une couche.
Au-delà d’un timing parfait et très sûr, il redouble de puissance dans ses solos.
Ce qui n’est pas pour déplaire à Toon Van Dionant, explosif au deuxième set.

Bien sûr il y a des moments plus tempérés, plus blues, comme le très beau «The Back Of The Death Hand» ou la ballade «Since You». C’est parfois un légèrement plus funky avec une reprise de Steve Wonder, ou plus traditionnel avec «Do You Know What It Means To Miss New Orleans» immortalisé à jamais par Billie Holiday et ce bon vieux Louis Armstrong

Alors, pour finir la fête, le quartette invite Jean-Paul Estivénart et Fred Delplancq à venir partager un «In A Sentimental Mood» et un tonitruant «Milestone».

Et je vous épargne la suite au bar.

A+

12/02/2008

Mâäk's Spirit "Stroke" - au Beursschouwburg

Jeudi dernier, ma fille entre à l’hôpital pour une opération lourde et délicate.
Angoisse.

Je me remémore sa première opération, il y a 9 ans.
Ça avait duré longtemps. Trop longtemps. Il y a avait eu des complications. Elle était entrée en salle d’op' à 7h. du mat’ et en était sortie définitivement vers 1h. du matin… le lendemain…
Elle avait ensuite passé près de trois semaines en soins intensifs. Puis en revalidation.
Pendant tout ce temps-là, j’avais l’impression de vivre à côté de ma vie.
Hors du temps.

A chaque trajet vers l’hôpital, comme un rituel,  j’écoutais «Paper Bag» de Fiona Apple.
Je m’en souviendrai toujours.
Quand je réécoute cette chanson encore aujourd’hui, c’est idiot, j’ai la gorge nouée et les larmes emplissent mes yeux irrésistiblement.
maaak

Ce jeudi soir, pour chasser ces angoisses, je me suis rendu au Beurs pour écouter Mâäk’s Spirit qui présentait son nouvel album «Stroke» avec Samanta7 et Kgafela oa Magogodi en invités.
L’album est nouveau mais a été enregistré en 2004 en Afrique du Sud.

J’avais entendu un extrait à l’époque sur la compilation «Jazztublieft» éditée par Muziekcentrum.
Je désespérais d’entendre l’entièreté du travail.
Mais, tout vient à point à qui sait attendre.
Et franchement, je ne suis pas déçu.
Oserai-je le mot?

Oui. Alors allons-y: «c’est génial» !

On entre dans cet album comme on entre dans un autre monde (comme d’habitude avec Mâäk’s Spirirt: souvenez-vous de « 5 » ou de « Al Majmaâ » ou du « Nom Du Vent »…)
Des univers chaque fois différents qui ne laissent jamais indifférents.

En ce qui concerne «Stroke», l’ambiance vacille entre jazz, trip-hop, spoken word… et musique indéfinissable.

Et c’est formidable d’un bout à l’autre.

Non seulement la musique est différente mais le packaging l’est tout autant.
Le cd est en effet glissé dans une pochette souple fermée par un zip.
L’objet et la musique ne font qu’un.

Hors norme!

A se procurer sans hésiter! Car la musique vaut l’emballage. Et inversement.

Mâäk’s Spirit, ne faisant jamais les choses comme les autres, a aussi fait une série de concerts «happening» dans différents lieux, plus incongrus les uns que les autres, à des heures totalement loufoques (8h. du matin, minuit, midi…).
Ils se sont ainsi retrouvés dans un salon lavoir, une boucherie, un aéroport, un hôpital, une friterie, une école, etc
Bref, 48 lieux différents. …(Je suis arrivé trop tard à la friterie à Flagey et j’ai raté la friterie de St Gilles)
Ils ont filmé toutes ces performances dans le but de sortir 48 DVD ! (Un avant-goût? Cliquez ici).

Un concert aura lieu à cette occasion, toujours au Beurs, le samedi 1er mars à 18h.
A ne pas manquer!
Ne pas manquer comme j’ai manqué le concert de ce jeudi, puisque je suis arrivé bien trop tard… et je ne peux donc rien vous en dire sauf que ça devait (sans aucun doute) être très bien.

Quant à ma fille, après une longue opération, qui s’est bien déroulée cette fois-ci, elle a quitté l’hôpital ce mardi soir, soulagée et souriante. Comme moi.
Plus qu’à suivre les longs mois de rétablissement, réadaptations, kiné…

Et «Stroke», qui porte bien son nom,  accompagnera sans doute encore très longtemps ce souvenir de peur... et de bonheur.

A+

27/12/2007

Octurn - Résidence à la Jazz Station

Octurn est régulièrement en résidence à la Jazz Station.
Cela permet au groupe de répéter et de travailler des morceaux que l’on sait ne pas toujours être simples  chez eux.
En plus, Bo Van Der Werf a plutôt l’esprit fertile et les nouvelles compos ou les nouveaux projets ne manquent pas (après Van Dormael, Magic Malik et la musique de Bo lui-même, Octurn prépare un travail avec Ictus).
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Ce qui étonne en entrant à la Jazz Station ce soir-là, c’est la configuration du groupe sur scène.
Enfin, non, justement, pas sur scène. Il est disposé en cercle dans la salle même.
Du coup, on a l’impression de faire partie du collectif. D’être pratiquement dedans…

Le premier morceau est assez nerveux et puissant. Groovy aussi.
Ce sont ici les saxes et trompettes qui sont mis en avant sur un drumming très «carré» de Chander Sardjoe. C’est presque binaire… et bien sûr ça ne l’est pas du tout. Et tout le monde dodeline de la tête.

Le morceau suivant débute de façon beaucoup plus intimiste.
La basse de Jean-Luc Lehr égrène lentement un motif lancinant.
Fabian Fiorini (p) ou Nelson Veras (g) prennent tour à tour des impros scintillantes.
Puis, c’est à Jozef Dumoulin d’introduire quelques phrases immatérielles dont il a le secret.
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Rien n’est jamais monotone chez Octurn et le changement de tempo intervient régulièrement pour lancer le groupe vers de nouvelles directions. La musique ressemble à des couches qui s’empilent, puis se dérobent. Parfois, le piano suit le sax avant de bifurquer sur les lignes de guitare ou de trompette.
Dans un seul morceau, il y a mille saveurs différentes et impossibles à définir.

Les rythmes et les tempos redoublent.
Sardjoe est étourdissant de vitesse. Cela contraste avec le jeu de Veras ou Dumoulin qui tempèrent. Fiorini, lui, joue par tâches, il jette les sons comme Pollock jette sa peinture. Guillaume Orti (as) et Laurent Blondiau (tp) ponctuent en écho ou à l’unisson cette musique exaltante.

La musique de Bo est une recette minutieusement bien préparée qui permet les improvisations les plus improbables.
D’ailleurs, il déplie une partition si longue qu'elle tient à peine sur le pupitre.
Comme me dit à l’oreille Stéphane Galland, en clin d’œil: «Ça ne rigole plus!»…
Quel plaisir !

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C’est de la haute voltige.
Et pourtant tout à l’air tellement simple et accessible. Même pour moi qui ai parfois eu du mal avec la musique d’Octurn: celle-ci est assurément limpide.
Les arrangements sont exécutés au cordeau. La construction est parfaite et l’interaction entre les musiciens est remarquable.

Avant un rappel que le public réclame avec véhémence, Fabian introduit, dans un jeu mi-baroque, mi-classique, un morceau époustouflant d’énergie.

Je l’ai déjà écrit, mais Octurn est sans doute un des groupes les plus créatifs du jazz européen actuel.


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Le groupe vient de sortir un double album enregistré avec Magic Malik («XPs [live]»). L’ambiance est différente de celle du concert de ce soir… mais tout aussi brillante et passionnante.
Comme quoi, la musique d’Octurn, ne se joue jamais de la même façon.

A+

18/12/2007

VVG Trio and guests - Sounds

Entre les concerts de Chrystel Wautier, Almadav, T-Unit 7 et celui de Véronique Hocq, il y en a encore un qui s’était intercalé.
Et pas des moindres: VVG Trio avec Magic Malik et Jozef Dumoulin en guests.

Direction: le Sounds .
Quand j’entre, le groupe s’installe encore.
Il y a un fatras de fils, de câbles et de prises en tout genre qui jonchent la scène.
Il faut dire que le trio (+2) aime le son presque autant que les mélodies (qu’il ne délaisse heureusement pas).
Pour preuve, Bruno Vansina (sax alto et soprano) n’hésite pas à descendre régulièrement de la scène pour vérifier lui-même l’acoustique dans la salle.
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Les deux premiers morceaux sont construits sur des ambiances sinueuses et bruitistes lancées par Dumoulin. La ligne de basse de Gulli Gudmundsson et le drumming feutré de Teun Verbruggen offrent un tapis merveilleux aux improvisations spectrales de Malik.
Le vent de sa flûte se mélange doucement à celui du soprano de Vansina.
Cette musique évolutive n’est pas sans rappeler par moments le Miles de la période «In A Silent Way».
«Mademoiselle Mabry» rôde dans les parages.
Le groupe joue sur les atmosphères ouatées et aériennes.
Dumoulin, Malik ou Vansina viennent tour à tour improviser et lancer des phrases comme pour redonner de l’élan à la musique.
C’est amusant et étonnant ce mélange d’introspection et de projection de la musique… Ces effets de va-et-vient.
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«Stacks Of Tracks» débute un peu de la même manière, mais ici, très vite, Jozef accentue les effets, Malik sample son chant au travers de sa flûte, la disto se fait plus forte et le drumming plus intense.
On bascule dans le jazz-rock façon Soft Machine.
Gudmundsson, à la basse électrique cette fois-ci, rythme de manière régulière un tempo haletant.

Puis, on revient dans un univers planant et enivrant avec «In Orbit – Part Two».
On flotte dans l’insouciance d’un voyage cosmique. Le Fender et la flûte sonnent de façon irréelle sur des rythmes joyeux... avant une dégringolade surprenante.
Comme un rappel à la réalité.
Un retour sur terre.
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Cet univers a quelque chose de fascinant, de grisant et entêtant.
Le groupe est très soudé et beaucoup se joue sur l’interaction, sur l’écoute et l’attention de chacun.


En mélangeant la Soul, la Drum’n‘bass, le Rock et le Jazz, la musique particulière de VVG en devient presque parfois dansante.
Des riffs viennent régulièrement relancer l’un ou l’autre musicien, le propulsant sur une nouvelle piste, lui ouvrant des espaces musicaux plus larges.
Les impros éclaboussent des thèmes qui ne demandent qu’à être surpris.
Tout comme nous le sommes.
Cette musique demande un peu d’attention pour en apprécier toutes les subtilités, mais surtout beaucoup de relâchement.
Comme on se laisse emporter par une vague.
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Finalement, les effets électro ne semblent intervenir que ponctuellement, comme pour ouvrir ou fermer un morceau…

Alors, doucement, avec ses dernières notes, Jozef referme discrètement ce concert enivrant…


A+

29/10/2007

Jazzques écoute - 1

Si vous regardez la colonne de droite, vous avez peut-être remarqué que pas mal de choses sont «tombées» dans ma boîte ces derniers temps (oui, il y a des cd’s achetés aussi, faut pas déconner non plus…)

Beaucoup de choses, donc. Et encore, je n’ai pas tout mis.
On ne va pas laisser passer ça.
Alors, sans suivre un ordre chronologique et si vous me le permettez, voici quelques petites recos parmi tout ce que j’ai écouté (et avant certaines chroniques pour Citizen Jazz).

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D’abord, un album qui m’a donné, dès les premières mesures (et jusqu’à la dernière note) un plaisir fou et un sourire béat.
C’est l’album de  Richard Rousselet et Marie-Anne Standaert «Live At La Laiterie».
Ça m’a rappelé d’emblée Art Farmer, Thad Jones ou encore Kenny Dorham
Hummm, ce swing! Ce bop! Cette énergie fabuleuse!

Et en regardant de plus près, je m’aperçois que le premier morceau est d’Art Farmer! («Mox Nix»)
Ouf ! J’étais plutôt fier de mes oreilles.
Mais il faut dire que Marie-Anne et Richard, les deux trompettistes, parviennnent à rendre cet esprit bop des années ’50 plus vrai que nature…
On y retrouve aussi beaucoup des thèmes de Gillespie («Ow», «Manteca», «Tour de force» etc…). Et c’est joué avec un aplomb extraordinaire.
Il faut saluer aussi la rythmique: Yves Gourmeur au piano, un fabuleux Laurent Mercier aux drums et l’excellent Bas Cooymans à le contrebasse (parfait sur «Brik’s Works»).
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Tout ça, ça m’a donné envie de réécouter Dizzy, bien sûr, mais aussi «Three Trumpets» avec Art Farmer, Donald Byrd et Idrees Sulieman.
Album de ’58 où les trompettes s’entrelacent avec bonheur.
Quel plaisir.

On a attendu longtemps avant de réentendre Richard Rousselet sur disque… mais le résultat en valait la peine.

Je pense que ce quintet donnera plusieurs concerts (dans le cadre du «Jazz Tour» des Lundis d’Hortense) en novembre… A ne pas manquer !

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Dans un tout autre genre, je vous conseille aussi «Pan Harmonie» de Dré Pallemaerts.

C’est un disque de batteur? Certes.
Mais je dirais que c’est avant tout un disque de musicien.

Hé oui, il faut entendre sa musique à Dré.
La beauté de ses compositions, l’intelligence de ses arrangements, sa modestie et sa mise en retrait pour faire briller les autres musiciens.
Grâce à lui, Mark Turner et Stéphane Belmondo s’offrent des dialogues d’une justesse et d’un équilibre parfaits.
Le saxophone et la trompette se croisent à l’instar du piano et du Rhodes.
Bill Carrothers injecte, comme seul lui peut le faire, des clins d’oeils habiles et Jozef Dumoulin étonne à nouveau en un jeu subtil et brillant.

Pas de bassiste? Hé non, point.
Mais quelle musique!
Tant dans les compos personnelles («Where Was I», absolument magnifique, «Mode» ou «MJ Rules») que dans les reprises… très personnelles («All The Things You Are» est à tomber par terre).

Bref, un MUST!

resum

On va s’arrêter ici pour l’instant.
La liste est encore longue.

A+

05/05/2007

Octurn à la Jazz Station


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Octurn enchaîne projets sur projets ces derniers temps.
Après l’excellent «21 Emanations» avec Dré Pallemaerts et déjà, Magic Malik, le groupe a sorti «North Country Suite» sur des compositions de Pierre Van Dormael.
Et les voilà déjà maintenant à voguer vers d’autres aventures.

Cette foi-ci, Malik a pris un peu plus de place encore et le groupe a accueilli aussi Nelson Veras

Pour «roder» l’ensemble, Octurn s’est offert une résidence à la Jazz Station pour quelques jours.

Je suis allé écouter un des concerts ce mercredi dernier.

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J’avoue ne pas avoir toujours suivi, ni compris la musique d’Octurn à une époque. Si tant est que «comprendre» la musique veuille bien dire quelque chose…
Donc, je rectifie: je n’ai pas toujours ressenti la musique d’Octurn à une époque.
Trop complexe, froide ou distante.

Mais voilà que depuis quelques mois (années), je trouve la démarche du groupe des plus intéressantes actuellement.
Est-ce le fait que le groupe sonne vraiment comme une entité?
Qu’Octurn semble savoir où il a envie d’aller?
Est-ce l’arrive de Malik qui lui donne du «liant» ?

Toujours est-il que je ne reste pas insensible a cette musique, complexe certes, mais tellement captivante.

La musique d’Octurn me paraît plus ramassée, plus concise. On y retrouve toujours cette fluidité, ces espaces et ces évolutions lentes qui, cependant, ne se diluent plus comme lors du concert au Bozar en mars 2006.
Et j’avais, par la suite, déjà beaucoup aimé le prestation suivante au Sounds en juin de la même année.

Le concert de ce soir devait me conforter dans cet esprit.

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Le premier morceau est, comme à l’habitude, très évolutif. Le groove complexe s’installe peu à peu. Veras dépose quelques lignes harmoniques… «organiques».
La basse profonde de Jean-Luc Lehr se conjugue parfaitement au drumming impeccable de Xavier Rogé (qui «remplace» pour cette tournée Chander Sardjoe).

Ensuite, sur les pas d’une valse désabusée, les souffleurs rendent la mélodie incertaine.
Gilbert Nouno, capte, filtre, trafique les sons des instruments et les redistribue avec ingéniosité.
La musique est toute en relief et profondeur. Elle navigue sur plusieurs niveaux rythmiques et harmoniques. On sent comme des vagues, comme des ondulations qui s’entrecroisent.

Jozef Dumoulin au Fender Rhodes lance des phrases aux effets parfois stridents.
Ses improvisations sont toujours étonnantes. A la fois «free» et parfois «soul» ou «churchy».

Malik chante dans sa flûte.
Un chant fantomatique, lunaire.

L’ensemble est mouvant, riche, parfois groovy et, comme sur le dernier morceau du premier set, presque funky.
Il y a toujours ce mélange d’improvisations collectives complexes et de lignes rythmiques claires qui rendent le projet unique.
Octurn joue sur les tensions et les apaisements.
On ne peut y rester insensible.

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Sur un autre morceau (la plupart, ce soir, sont de Bo Van Der Werf ou de Malik), une sorte de «lullaby» étrange, Fabian Fiorioni à l’instar de Veras précédemment, égrène les notes de façon très scintillantes. À la fois brutales et nerveuses, mais aussi pleines d’amplitudes. Entre classique et contemporain.

Malik intervient à nouveau au chant, mais c’est surtout Guillaume Orti qui improvisera de manière très physique. On le sent véritablement investi par la ferveur.

Bien qu’il intervienne de manière ponctuelle et avec beaucoup de sensibilité (comme lors de son solo en début de concert), j’ai l’impression que Laurent Blondiau, à la trompette «muted», vient plus souvent en soutien qu’en véritable soliste dans cet ensemble.
C’est un peu la même impression que j’ai vis-à-vis de Bo Van Der Werf, bien que lui aussi, viendra prendre sa place pour quelques solos d’une extrême beauté.

J’ai le sentiment que le groupe est vraiment en train de trouver son son. Ce que me confirmeront Xavier Rogé, Jean-Luc Lehr, Gilbert Nouno ou Nelson Veras après le concert.

Un beau projet, de très haut niveau, qui ouvre encore d’autres voies au jazz.
A suivre, bien sûr.

A+