13/11/2016

Tout Finira Bien - album release à la Maison Horta

Ambiance particulière ce 11 novembre pour un concert particulier d'un groupe non moins particulier : Tout Finira Bien. J’avais déjà parlé de ce quintet à l'époque (en 2012, lors d’un concert à la Jazz Station). Depuis, le groupe, emmené par le charismatique et lunaire Gilles Bourgain, a fait du chemin, silencieusement, doucement. Il a été lauréat de la Biennale de la Chanson Française fin 2014 et s'amuse toujours à défendre une certaine chanson française, un poil sarcastique, légèrement désuète, mâtinée de jazz et de folklore inventé. Il sort actuellement son second album, Au Cœur, chez Igloo.

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Toujours en recherche de différence, Tout Finira Bien a choisi la Maison Horta pour le concert de lancement. Ambiance étrange donc, entre retenue et respect, lorsque les musiciens accueillent dans le salon de musique, le bien nommé, le public qui se serre entre embrasures, colonnettes et arabesques de la salle à manger. « Magnificence » et « Au-delà des aléas » nous réchauffent un peu, puis, tout le monde se disperse pour profiter d’une visite guidée de la maison, tandis que la musique l’envahit.

Au détours des pièces, on retrouve ici Stephan Caracci au xylophone, là Jordi Grognard et Yann Lecollaire aux saxes, ailleurs Simon Tailleu à la contrebasse et, bien entendu, Gilles Bourgain qui déclame ses histoires étranges. Les morceaux de l’album se déclinent en solo ou duo et prennent possession des lieux par petites touches. L'atmosphère se détend. On a pris ses aises, on se sent chez soi.

Alors, on rejoint l’atelier du Baron Horta pour un concert «presque normal». Cette fois-ci, tout le monde est assis et le groupe est réuni. Et Tout Finira Bien nous offre ses petites perles : un « Juste avant » désabusé, un « Cimetière de mots d’amour » délicatement douloureux, un très drôle « Tout petit », un « D(é)rive » énigmatique et répétitif, un « Tom » lucide et acerbe ou encore un « Rosa » poétique…

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Bourgain joue avec le monde et les mots qu’il tord, fait s'entrechoquer ou rebondir, tandis que les saxes virevoltent avec douceur (façon jazz de chambre) ou rage (clin d’œil furtif à Sanders ou Shepp). La contrebasse entretient le mystère, les arrangements sont ciselés, surprenants et parfois désarçonnants. Si la musique est souvent mélancolique, voire sombre, elle ne manque pourtant jamais d’une pointe d'humour qui permet de prendre un peu de recul. La force de ces histoires permet de pallier à la voix parfois peu assurée du chanteur. Mais c’est aussi cela qui fait son charme (un peu Boris Vian, un peu Albin de la Simone).

Et pour conclure cette soirée un peu hors du temps, le groupe présente trois clips vidéo - que l'on verra bientôt - qui correspondent, eux aussi, à l’univers décidément personnel et très attachant de Tout Finira Bien.

A (re)découvrir et à savourer.

 

 

A+

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28/03/2016

Mass Machine 4 - A l'Archiduc

Machine Mass est un groupe à géométrie variable qui s'est construit autour du guitariste belge Michel Delville (The Wrong Object, douBt) et du batteur américain Tony Bianco (Alex von Schlippenbach, Elton Dean, Evan Parker…). Nos deux leaders ont déjà fait une place à Jordi Grognard, puis à Dave Liebman sur les deux premiers albums, édités chez Moon June RecordsAs Real As Thinking» et «Inti»), que je vous recommande vivement.

Machine Mass explore différents registres musicaux inspirés du jazz, de la fusion, du prog rock, des musiques ethniques, du free jazz... bref, rien ne les arrête. Un prochain album est d’ailleurs en préparation (avec cette fois-ci, Antoine Guenet aux claviers) et s’inspirera de la musique de Jimi Hendrix.

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Mais ce dimanche 20 mars, à l'Archiduc, c'est encore dans une autre formule que le groupe se présente. Et sous un autre nom, histoire de bien brouiller les pistes : Mass Machine 4. Le batteur et le guitariste ont invité Jacques Foschia (clarinette basse) et Jean-Michel Vanschouwburg (Voix). Mot d’ordre: impro totale ! Et on a été bien servi.

La musique proposée se joue et se vit comme un grand exutoire, comme une sorte de thérapie. Les musiciens laissent se libérer leurs rages et leurs émotions, sans calcul, sans pudeur, avec cependant plus d’écoute qu’on ne pourrait le penser.

C'est d'abord le chanteur qui ouvre le chemin, à force de cris, de râles, de souffles. Jean-Michel Vanschouwburg invente un langage qui lui est propre. Sur ses délires vocaux viennent se greffer un magma de sons, de stridences, de bourdonnements. Tony Bianco fait rouler les baguettes. Les vagues rythmiques incessantes, grondantes et puissantes enflent et déferlent de façon obsédante. La clarinette basse agit, elle, comme une lame de fond. Jacques Foschia s’infiltre et répond à la «phonésie» de Vanschouwburg, il suit ses ondulations du vocaliste, atténue les attaques du guitariste.

Michel Delville enchaîne les riffs, les griffures, les échos. Il joue à fond le bruit, les reverbs, la disto. Il transforme les sons, les tord et les détourne.

Il n'y a pas grand chose comprendre à ce free jazz, à cette musique expérimentale. C’est une performance à laquelle il faut succomber. Il faut laisser tomber tous ses préjugés, tous ses repères, même si l’on frôle parfois quand même un élitisme ridicule ou un certain snobisme. Il n’y a pas de recherche du beau ici, pas d’esthétisme conventionnel. La musique est quasi physique. Vanschouwburg va chercher au plus profond de lui même des sons oubliés et les éjecte, non sans humour, avec force grimaces et contorsions.

Parfois, la clarinette couine, se cogne aux frappes de Bianco, évite les tailladements de Delville. Il y a du bruit, de la fureur, une vision apocalyptique du monde. Alors, même si en fin de concert le solo presque groovy de Tony Bianco, rejoint un instant par Foschia, apaise un peu l’ambiance, on s’est pris une bonne claque.

Deux sets courts, déroutants, dérangeants, presque désagréables, mais intenses et stimulants. Deux sets qui passent comme une furie, comme un tsunami. Et une performance artistique qui se vit le moment présent.

 

A+

19/06/2014

Nicola Lancerotti Quartet - au Sounds

J’aurais déjà dû vous parler du groupe de Nicola Lancerotti il y a plus d’un an, lors de la sortie de son album Skin.

C’était à Gand. Au Hot Club. Superbe ambiance, excellent concert.

J’avais noté toutes mes sensations dans mon petit carnet noir. J’avais même pris note de la set-list. Et… j’ai tout perdu, quelques jours plus tard, lors d’un voyage à Paris…

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Et puis, j’aurais dû vous parler de l’album lui-même qui, en plus d’être musicalement très bon, est un objet très original. (Il est paru chez Den Records - qui publie des artistes comme Mats Gustafsson, Ken Vandermark ou Paal Nilssen Love, entre autres - dont les pochettes sont de véritables leçons de pliages).

Skin, le bien nommé, vous colle à la peau dès la première écoute. Mieux, il vous pénètre insidieusement.

Alors, ce jeudi 12 juin, au Sounds, j’ai bien pris note et bien fait attention à ne pas perdre mon petit carnet noir. Et j’ai retrouvé la magie du concert de Gand.

Comme sur le disque, la musique vous prend en douceur. D’abord par une intro laconique de Nicola Lancerotti à la contrebasse qui emmène les deux saxes ténors (Jordi Grognard et Daniele Martini) dans un lancinant «T.T.F.K.A.C.», puis par un thème de Sam Rivers («Ellipse») qui swingue sans avoir l’air d’y toucher.

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Les deux saxes, aux caractères pourtant bien différents, jouent à l’unisson tandis que Nelide Bandello, dans un drumming étouffé et velouté, fait clinquer sourdement les cymbales. Tout se joue à l’écoute.

C’est là qu’on se dit que le groupe possède une vraie personnalité et que la réussite de cette musique est due, en grande partie, aussi à son casting. Il est difficile, en effet, d’imaginer d’autres musiciens à leurs places. Non seulement ils se connaissent très bien, mais ils ont bâti cette musique en commun et la vivent ensemble.

C’est d’autant plus évident sur «Fra Scilla E Cariddi», thème ultra intimiste en tempo lent, dans lequel la clarinette basse de Grognard et le soprano de Martini serpentent sensuellement autour des lamentations de la contrebasse. Tout s’invente sur l’instant. Tout se joue à la confiance, au feeling.

Cette musique ne ment pas et ne peut que vous toucher.

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Alors, le groupe en profite pour jouer avec nos sentiments et nous jette un «Taiwan 2» musclé façon Ornette Coleman ou Hamid Drake, puis un «Faking East» swinguant salement comme un morceau de Mingus ou de Charles Tolliver, et enfin un «La Quieta Prima Della Tempesta», déstructuré au début, qui vous balance de gauche à droite et qui se termine par un dialogue relevé entre Bandello et Martini.

Ce dernier possède un jeu plus «lié» et souple, tandis que Grognard est légèrement plus abrasif. Le drumming de Bandello, quant à lui, est plein de finesse.

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Les compositions de Lancerotti bousculent les sens sans que l’on ne s’en rende compte. C’est un jazz malin, qui cherche, explore et va au fond des choses sans jamais devenir cérébral. Il y a de la chaleur, de la profondeur, une pointe de rudesse, un soupçon d’amertume. Beaucoup de légèreté. On y retrouve toujours une trame mélodique (évidente ou pas) qui vous attire et puis vous emmène.

Bref, c’est un jazz qui vous rentre par la peau, je vous dis…

Et puis, à partir de là…

 

 

 

A+

 

 

 

04/11/2011

Yokai & Lieven Venken - Fonograf & Archiduc

Le jazz, ça se joue partout. Et comme me le disait dernièrement encore un ami musicien, ça se joue de plus en plus souvent hors des clubs aussi : dans des cafés, des petits endroits insolites, des restaurants, chez des particuliers… Ok, ce n’est pas nouveau et ce n’est pas qu’un phénomène belge, mais la tendance semble aller de plus en plus dans ce sens.

Dernièrement, je suis allé me balader du côté du Fonograf, un tout nouvel endroit, cosmopolite et alternatif (le terme est un peu tarte à la crème, mais je n’ai rien trouvé d’autre). On peut y manger, voir des expos, boire un verre ou deux ou dix, faire la fête avec des DJ’s, et écouter du jazz.

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Vendredi 21, il y avait Yokai, c’est à dire Axel Gilain (cb, eb), Yannick Dupont (dm), Fred Becker (ts) et Jordi Grognard (ts, fl). L’endroit est un peu bruyant - mais c’est cela aussi qui fait son caractère - et le groupe a intérêt à « envoyer ». Yokai s’arroge la tâche sans problème. Il y a du monde qui écoute… ou pas. Le jeune quartette – car ils jouent depuis peu ensemble -  enchaîne les standards, ou plutôt des thèmes emblématiques d’Eric Dolphy, Charles Mingus mais aussi de Mulatu Astatke. L’ambiance est chaude. Chacun des musiciens mouille sa chemise. On y va à fond, avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir. On s’amuse en tentant sérieusement des échanges riches et surprenants. Concert court mais intense et groupe à suivre.

Autre jour, autre lieu.

Samedi 28, je fais un détour par l’Archiduc.

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Lieven Venken (dm) invite depuis un mois ses friends. Ici aussi il y a du monde – mais peut-être un peu moins de bruit – et on revisite également les standards. Et quand les amis s’appellent Ewout Pierreux (p), Michel Hatzi (eb) et Jeroen Van Herzeele (ts), on peut s’attendre à une vision plutôt musclée et actuelle des choses. John Coltrane, Bill Evans, Charlie Parker… Les thèmes sont dépoussiérés, briqués, revisités et exposés avec fougue et talent. On prend des libertés (que les auteurs de ces tubes n’auraient certainement pas reniés) tout en respectant la tradition. C’est un peu comme si on sortait la belle vaisselle de bonne-maman qui est restée trop longtemps dans le buffet, pour y servir de la nouvelle cuisine. Et c’est bien. Et c’est bon. Et on en redemande. Ça swingue (wooo, les chorus d’Ewout !), ça bouge (haaa, le timing de Lieven), ça groove (bang ! les assauts de Michel), ça bouillonne (rhaaa, les excès de Jeroen).

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Le plaisir est communicatif entre les musiciens et le public…

Il n’y a pas à tortiller du cul : le jazz est éternel ! C’est un caméléon qui s’adapte à toutes les situations, qui se sent bien dans son époque et qui n’est pas prêt de tirer sa révérence.

Allons, sortons !

 

A+

03/05/2011

Kroon Trio - Opatuur Gent

Ils s’appellent Kroon Trio car ils répètent ensemble du côté de la Rue de la Couronne (Kroonstraat) à Bruxelles et parce qu’il fallait bien trouver un nom au groupe. Ils n’ont pas encore eu l’occasion de faire beaucoup de concerts ensemble. Le premier a eu lieu, un peu par hasard, au Murmure Café, près de la place Flagey il y a quelque temps déjà, puis il y a eu le CC Ten Weyngaert à Forest et le Hot Club à Gand et… c’est à peu près tout. Ils étaient au Opatuur à Gand, ce dimanche 20 mars.

J’étais curieux d’entendre le mélange de ces trois univers. On dit que la magie ne s’explique pas. Ça marche ou ça ne marche pas. Et entre ces trois-là - Eve Beuvens (p), Jordi Grognard (ts, bc, cl) et Nicola Lancerotti (b) - on peut dire que l’alchimie fonctionne.

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Le public s’installe, dans le calme. Il y a une douceur qui règne.

Les trois musiciens montent sur scène. L’ambiance est plutôt méditative et la musique prend le temps d’évoluer et de construire des atmosphères. Ici, on suggère encore plus qu’on évoque. On flotte dans une esthétique à la ECM. La musique est intime, fragile, faite de respirations lentes.

On emprunte un peu à Purcell («If Music Be The Food Of Love») tout en effleurant une citation de «Caravan»… tout en douceur, tout en lenteur.

Puis, sur «La Quiete Prima Della Tempesta», ça s’ébroue et ça se ravive. La contrebasse s’enroule autour d’un long ostinato de piano, obsédant et récurant. Le sax s’envole, explore l’espace, sans le remplir totalement. Tout respire.

Et nous voilà arrivé chez Monk avec un «Evidence» à la grille éparpillée. Le trio déglingue intelligemment le morceau, évite l’imitation, s’éloigne de ce monument mais en garde tout l’esprit. La clarinette basse de Jordi Grognard accentue certaines phrases comme on sème des cailloux blancs sur un chemin pour donner quelques points de repère à ses compagnons et les inviter à le rejoindre. Mais une fois qu’ils y sont, il file ailleurs. À ce jeu, se dégage un swing lumineux, jamais trop présent, jamais trop appuyé.

À la fin de ce premier set, on a déjà pas mal voyagé et je suis assez surpris d’avoir entendu Eve Beuvens jouer de la sorte. C’est une facette de son jeu que je ne connaissais pas vraiment. Bien sûr elle garde tout son lyrisme, mais elle va beaucoup plus loin, dans un jeu autant affirmé que risqué. Elle joue vraiment avec le piano en bloquant ou en pinçant les cordes, elle déstructure les harmonies, laisse parler le silence, ponctue de façon originale.

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Et en ce qui concerne Jordi Grognard, je m’attendais à un jeu beaucoup plus éclaté ou du moins plus «free». Ici, tout en gardant un jeu très ouvert, il caresse les mélodies, sculpte les harmonies… sans gentillesse ni préciosité, mais avec justesse. Parfois, cela me fait penser à John Surman (époque Road To St Ives) lorsqu’il monte dans les aigus sur sa clarinette basse. Quant à Nicola Lancerotti, très investi, lui aussi, dans cette matière sonore délicate, mystérieuse et lumineuse à la fois, il laisse parler les notes, laisse résonner les sons, les étire pour mieux les stopper.

À l’instar du travail fait sur «Evidence», Kroon Trio revisite aussi «Like Someone In Love» de façon bien personnelle. Ici aussi, on se rapproche d’un jeu de piste. Un peu comme dans ces dessins pour enfants où n’existent que quelques points qu’il faut relier pour découvrir le sujet. C’est ludique et intellectuel à la fois.

Et comme pour prendre, une fois de plus, tout le monde à contre-pied, Kroon Trio va rechercher un titre «un peu à part» dans l’œuvre d’Ornette Coleman pour terminer le concert: «Latin Genetics».

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Sobre, délicat et fin, teinté de tensions et de variations subtiles, Kroon Trio est une belle aventure qui commence. La rencontre de ces trois musiciens semble évidente même si je pense qu’ils se surprennent eux-mêmes et découvrent ainsi des chemins plutôt inattendus. Tant mieux, car de toute façon, nous, on ne demande que ça et on attend la suite.

A+

21/09/2008

Un ange à Saint Jazz Ten Noode

J’ai juste eu le temps de me libérer une heure ou deux ce samedi pour faire un saut à Saint Jazz Ten Noode (sans mon appareil photo).

J’ai juste eu l’occasion d’entendre le dernier morceau, bien pêchu, de SymmEtrio.
Ça donne envie d’en entendre plus.
Mais je n’ai pas eu l’occasion d’écouter l’hommage à Al Goyens, ni d’entendre le trio de Philip Catherine, ni celui de Pierre Anckaert.

Par contre, j’étais là pour voir «Can Angels Swing?» de, et avec, Julie Jaroszewski.


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Julie ne fait jamais rien comme les autres et c’est tant mieux.
Julie, c’est une voix particulière dans notre jazz belge.
Et pas dans le sens d’une «simple» voix de chanteuse…

Je l’ai déjà dit, je le répète, je persiste et j’affirme: cette fille a une sacrée personnalité.
Et elle a aussi un sacré culot.
Et sur la scène du Saint Jazz Ten Noode, ce n’est pas elle qui va se défiler.
Alors, elle enfile un tutu noir, se maquille les yeux d’un vert outrancier et ne met pas de gants (outre deux gants de boxe rouges) pour nous emmener au-delà du jazz.

Elle raconte, elle joue et elle chante l’histoire d’une vie, d’une rencontre, d’un amour difficile, voire impossible.
Histoire banale ?
Peut-être, mais pas dans l’évocation !

Au piano, Ben Prischi jette des accords décousus. Audrey Lauro, au sax, envoie ses phrases par bribes. Rui Salgado, à la contrebasse, joue en pointillés…
Il y a du doute, des remises en question, de la peur, du tourment, des désillusions dans le chant et dans les paroles.

Quelques citations de «Fleurette Africaine» de Duke Ellington s’immiscent dans un jazz d’avant-garde et brut.
Un jazz qui bouscule, qui dérange, qui interpelle, qui fascine.
Un jazz libre comme le free qui retourne aux racines du blues et du gospel. Un jazz de colère et de revendications.

Jordi Grognard (st) vient encore ajouter de l’épaisseur au propos. Son jeu rappelle un peu celui d’Archie Shepp. Nicolas Chkifi (dm) rejoint le groupe à son tour. Drumming épuré.

Le bonheur pointe le bout de son nez.
Un cri d’humanité, une déclaration d’amour, une demande en mariage…
Julie enfile une robe blanche.
Le riz vole, des bulles s’envolent, la musique décolle.

On est soufflé.
On est retourné.
On est heureux.

Totalement jazz dans l’esprit, cette heure de spectacle aura sans doute surpris, désorienté ou agacé, mais n’aura certainement pas laissé indifférent.

Je ne sais toujours pas si les anges swinguent, mais en tout cas, celui-ci jouait un rôle purificateur qui n’était pas sans me rappeler celui (exterminateur) du film de Buñuel




Dans un festival comme celui-ci, il fallait oser.
Le pari est réussi.
Alors, «chapeau» aussi aux organisateurs de l’avoir programmé.

Et merci encore, Julie.

A+

13/03/2007

Jam au Comptoir

Mercredi dernier, j’étais bien décidé à aller écouter le Trio Ypsilon au Comptoir des Etoiles.
A 19h.
C’est tôt pour un concert, mais c’est «faisable».
Sauf si on quitte le bureau vers 22h…

jam-comptoir

Quand j’arrive, le concert était terminé, bien sûr. Mais dans ce bar du quartier de la Place du Châtelain, les jam’s sont fréquentes.
On n’y vient jamais pour rien…

Je l’ai déjà dit: cet endroit sympathique est tout petit. Il me fait souvent penser aux photos prises dans ces caves minuscules et bondées de St Germain des Près dans les années ’50 et ’60 où le jazz résonnait toutes les nuits...
On y respire cette effervescence. On la hume. On s’y frotte littéralement. On s’y bouscule même.
D’ailleurs, c’est Michael Blass qui me bouscule.
Il est venu écouter la jam, lui aussi. On prend un verre. On discute.

Alors, Laurent Melnyk prend sa guitare, Yannick Lodahl reprend sa basse, Jordi Grognard son sax et Didier Van Uytvanck s’installe à la batterie.
Ils se lancent dans «Afro Blue». Avec enthousiasme, verve et passion.

D’autres standards se mêlent au brouhaha du bar. Tout le monde est serré autour des musiciens, dans une lumière très intimiste.
Certains parlent, d’autres écoutent… et les musiciens jouent. Ils jouent pour les gens, pour eux, pour le plaisir.
J’imagine qu’un endroit comme La Fontaine à Paris est né de la même ferveur.
Espérons que le Comptoir ne connaisse pas de fin, lui.

Poussé par l’excellent jeu de guitare de Laurent Melnyk, Jordi ose quelques extravagances. Il y a du groove, il y a du swing et c’est bien.
Puis, le quartet enchaîne avec «Misty». Ralentissant le tempo pour faire éclore toute la sensibilité de ce morceau…
Touchant

Ensuite, comme dans toutes jam’s qui se respectent, le quartet cède sa place à d’autres jeunes jazzmen.
Les styles changent, on passe du blues au (presque) funk en faisant un détour par la soul.
Une jeune femme, dans un état assez «avancé» il faut le dire, pousse quelques cris, quelques hoquets. Elle parle avec des esprits (sic) qui lui demandent de chanter «La Vie En Rose».
… Elle restera devant son vin blanc à commenter les musiciens.
Rigolo et pathétique à la fois.

Mais le jazz continue et la musique est bonne. Elle est libre, improvisée, inventive. Pas toujours précise, certes, mais possédant toujours une âme.
Et ça, ça fait beaucoup.

Je pars aux petites heures, mais on me confirmera que la jam a duré bien plus tard encore.


A+