08/04/2010

Free Desmyter Quartet - Jazz Station

Ça s’appelle «Opening», et c’est un long morceau assez ouvert aux improvisations, qui débute le concert de Free Desmyter ce samedi 25 à la Jazz Station.

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Ça faisait très longtemps que le quartette n’avait plus joué ensemble (juillet 2009 au Brosella?) mais les automatismes, et surtout la connivence, reviennent vite.

Contrairement à ce que Free Desmyter annonce, ce premier morceau ne figure pas sur l’album «Something To Share» (chez De Werf) dont je vous recommande toujours l’écoute. John Ruocco, fantastique saxophoniste, prend chorus sur chorus. Plus inventifs les uns que les autres. Free Desmyter amasse ensuite les notes au piano. Avec les deux mains proches l’une de l’autre, il fait gronder l’instrument. La musique est intense. Manolo Cabras passe d’un walking musclé à des déstructurations tranchantes. Marek Patrman poursuit dans le même ordre d’idées. Son jeu est tout en découpe, en rubato, en décalage.

Non, vraiment, le quartette n’a rien perdu de sa vigueur.

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Après un second thème au début plus intimiste (une clarinette brillante et un piano raffiné), on repart dans un maelström de tensions. On alterne les moments touffus avec des moments de grands dépouillements. On joue à fond les contrastes, mais on n’oublie pas de revenir de temps en temps vers des mélodies plus mélancoliques par l’entremise d’un Ruocco très aérien et volubile sur «Elegy», par exemple. Au ténor, ensuite, John Ruocco entame un dialogue étincelant avec Marek Patrman. Les deux musiciens, sous le regard amusé de Desmyter et sous le feu roulant de la basse de Manolo Cabras, ne se fixent aucune limite. C’en est tellement intense que le batteur en oublie presque de s’arrêter.

Vraiment, ce groupe à encore pas mal de potentiel en réserve.

«Judge The Judge» débute sur trois notes empruntées à Monk («Rhythm-A-Ning»)  avant de s’en échapper totalement. Comme si Monk avait montré le chemin. Au quartette d’inventer le reste de l’histoire. Et nos quatre amis ont assez d’imagination pour ça. Esprit modal, motifs répétitifs, dédoublement du tempo, fluidité des improvisations ou solo de batterie tonitruant, le groupe s’amuse.

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Une ballade pour finir («Ballad For One Peaceful World»), qui permet d’entendre et d’apprécier toute la dextérité du pianiste ainsi qu’un solo tendre et inventif de Manolo Cabras, avant un «Think» puissant en rappel.

Ce quartette a des choses à dire. Ne reste plus qu’à le laisser s’exprimer. 

 

A+

 

22/02/2010

Fabien Degryse Trio à la Jazz Station

Mercredi 3 février, Fabien Degryse était en trio à la Jazz Station. Il venait présenter le deuxième chapitre de «The HeArt Of The Acoustic Guitar».

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Dans le club, bien rempli comme souvent, je discute d’abord avec Bart De Nolf. Je n’étais pas allé écouter ses concerts avec Dré Pallemaerts et Andy Sheppard, dans le cadre des Jazzlab Series. 9 concerts! Et je n’ai pas eu l’occasion d’en voir un seul! Vous parlez d’une malchance! Pourtant, un projet comme celui-là, valait le coup d’être vu, non? Et ce n’était pas l’envie qui me manquait. De ce trio, je n’ai eu l’occasion que d’entendre quelques morceaux lors de leur passage chez Jef Neve, sur Klara. Et le peu que j’en ai entendu m’avait mis encore plus l’eau à la bouche.

Outre le phrasé incomparable de Sheppard sur ses compositions originales ou celles de Bart De Nolf (lui qui me dit pourtant ne pas être un « vrai » compositeur possède quand même un bien beau talent), on découvre aussi une approche originale et une envie de décomplexer la musique. Bart s’essaie, par exemple, au «scratch». Oui, oui, avec une platine comme un DJ. C’est en Thaïlande, lors d’une série de workshops qu’il donnait là-bas, qu’un(e) DJ lui a appris les principes. À l’invitation de Sheppard, il a intégré cette idée dans le trio.

Mais à propos, comment est-il né, ce trio? De manière très simple et très naturelle. Bart a rencontré Andy Sheppard au sein du groupe du pianiste français Jean-Marc Machado dans lequel ils jouaient tous deux. L’envie de jouer ensemble est née là. Plus tard, à Paris, Bart emmène Andy voir Dré Pallemamerts, qui joue au Duc Des Lombards. Le saxophoniste anglais annonce tout de go à Bart que c’est avec ce batteur qu’il faut former le trio. L’affaire est entendue, ne reste plus qu’à écrire des morceaux, à jouer et à tourner. Jazzlab Series saute sur l’occasion. Quatre ans après, le projet est devenu réalité. Un disque? Peut-être, mais pas tout de suite. (Sheppard va bientôt sortir un album en trio avec le batteur Sebastian Rochford (Polar Bear) et le contrebassiste Michel Benita.) Une nouvelle tournée? En France, Belgique et ailleurs? C’est plus probable. Et c’est tant mieux pour moi, je pourrai enfin refaire mon retard!

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Mais revenons au trio de Fabien Degryse.

Fabien n’est pas un guitariste de jazz tout à fait comme les autres. Ce qu’il aime, c’est le son de la guitare acoustique, celui qui vient de l’intérieur. Il cherche toujours cette résonance qu’il s’obstine à magnifier. Du coup, pas de plectre pour lui. Il veut sentir la vibration, le contact direct de ses doigts (et de ses ongles) sur les cordes d’acier. Et puis, dans ses mélodies, que ce soit dans leurs constructions ou dans la façon de les jouer, on sent toujours cette recherche, ce besoin de «nature» révélé par un côté folk prêt à jaillir. Et à écouter sa musique et à lire les titres des morceaux, on ne doute pas que Fabien se sente très impliqué à la cause environnementale («Painting The Planet», «Tears On A Leaf» ou «Some Scary Future!» en sont des exemples clairs.) Tout se tient.

Bien sûr, il y a le fumet du blues et du swing qui plane, englobé dans une intension assez moderne et actuelle. Fabien ne cache d’ailleurs pas son admiration pour Sylvain Luc, Nelson Veras ou encore le très peu connu (pour ma part en tout cas) Tommy Emmanuel. Parmi ces virtuoses, Fabien Degryse n’a pas à rougir. Il suffit de l’entendre en solo sur «Manzaka Mankoyi» aux accents très africains pour s’en convaincre. Et puis, que ce soit dans les ballades («Dream And Goals» ou le tendre et bluesy «The Mazy-k Place» en hommage au club N’8 Jazz) ou dans des thèmes nettement plus groovy («Alea» ou «The Funny Worm» par exemples) Degryse parvient toujours à phraser avec originalité et à surprendre. Jamais il ne semble à court d’idée et ne s’autorise aucun gimmick «attendu». Mais ce n’est pas pour cela qu’il va occulter le travail de ses acolytes: on parle ici d’un trio, un vrai. Sans apport d’un autre instrument harmonique, il faut que l’entente soit parfaite et que la musicalité de tous soit au rendez-vous. Bart De Nolf dialogue avec tendresse et finesse avec le guitariste. Sa contrebasse joue presque le rôle de seconde guitare. Bruno Castellucci, tempère autant qu’il dynamite certains morceaux. Le batteur est d’une rigueur métronométrique et d’une souplesse déconcertantes. On joue avec décontraction des morceaux finement ouvragés.

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Les trois musiciens sont d’une complicité à toute épreuve. Il n’y manque rien. Pourtant, sur l’album qui vient de sortir, Fabien a invité l’excellentissime John Ruocco à venir illuminer de sa clarinette quelques morceaux, ainsi qu’un jeune et prometteur accordéoniste Thibault Dille.

Avec ces deux hôtes, la musique de Fabien Degryse s’envisage sous un autre angle. Elle prend un autre relief. Toujours subtile et aussi délicate. De quoi apprécier le live d’une certaine manière et de continuer le voyage d'une autre avec le cd.

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Si vous voulez voir le trio, allez vous balader du côté de Alost, Ninove ou Denderleeuw pour le Jazz-Madd le dimanche 7 mars, vous aurez trois occasions d’entendre le trio en une seule journée… (infos ici…)

 

A+

 

26/07/2009

Brosella 2009


Brosella 2009

33ème édition de ce rafraîchissant festival folk (le samedi) et jazz (le dimanche).

Cette année, il fait beau et le public est nombreux (notez que lorsqu’il ne fait pas beau, le public est pratiquement tout aussi nombreux).
Il faut dire que l’endroit est merveilleux, l’ambiance familiale est toujours aussi décontractée et l’affiche toujours aussi alléchante.

Ce dimanche, je ne pouvais malheureusement pas y être dès le début et j’ai donc raté les trois premiers concerts (Eve Beuvens, dont je vous recommande chaudement le premier album «Noordzee» sorti récemment chez Igloo, le Jazz Orchestra of The Concertgebouw ainsi que Tutu Puoane qui vient également de sortir un album chez Saphrane, «Quiet Now», que je n’ai pas encore entendu).


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J’arrive donc pendant le concert d’Anouar Brahem Trio.
Pari assez osé que de proposer cette musique d’une douceur et d’une délicatesse rares au beau milieu de l’après-midi et en plein air.
Mais le public sait pourquoi il est venu. Il est connaisseur et respectueux.
Il règne sur le site un silence apaisant et une mélancolie retenue.

Anouar Brahem et le clarinettiste turc Barbaros Erköse égrènent les mélodies ondulantes et soyeuses sous la frappe sensible du percussionniste libanais Khaled Yassine.
Le trio revisite quelques-uns des plus beaux morceaux de «Astrakan Café» ou «Contes de l’incroyable amour».
 
L’air est doux et parfumé de poésies musicales.


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Plus haut, sur la petite scène, le quartette de Free Desmyter augmenté de l’Irakien Bassem Hawar au djoza (sorte de petit luth oriental qui se joue verticalement à l’archet) et du Néerlandais Dick Van Der Harst à la chalémie (sorte de flûte maghrébine).

Ce projet, spécialement monté pour le Brosella, propose donc une belle fusion entre jazz et musique orientale.

La clarinette de John Ruocco s’infiltre avec aisance dans ce jeu de modes.
Free joue avec les silences, laisse parler les autres, intervient pour indiquer la couleur.
Manolo Cabras et Marek Patrman toujours attentifs brodent des coutures solides, mais quasi invisibles, entre ces différents mondes musicaux.


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On improvise sur de nouveaux morceaux, on revisite «Indulgence» ou l’on s’inspire de «Bemsha Swing» pour créer un «Judge The Judge» jubilatoire.

Quelle belle réussite.


Retour sur la grande scène pour le toujours jeune et explosif Henri Texier.


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Démarrage sur les chapeaux de roues, à la manière d’une fantasia dans le désert.
Texier se lève, saute, danse et relance inlassablement la musique avec une énergie époustouflante.
Le trompettiste belge Carlo Nardozza, qui devient un habitué du groupe depuis sa première rencontre avec le contrebassiste français lors du Genk Motives Festival 2006, possède une puissance, une clarté dans l’exposé et une brillance dans le son qui n’a rien à envier aux meilleurs neo hard-boppers américains.
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À la guitare, Manu Codjia (dont le fascinant et intriguant deuxième album, dans un tout autre style, vient de sortir chez Bee Jazz) est un formidable tueur!
Il triture sa guitare et en sort des sons incroyables, comme autant de déflagrations.

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Christophe Marguet est infatigable derrière sa batterie, volubile, nerveux, fin et précis, tandis que Sébastien Texier enfile les arabesques musicales en un jeu félin, rebondissant et sensuel.

«Mosaïk Man», «Old Delhi», «Sommeil Cailloux», «Y'a des vautours au Cambodge»…
Tout est tendu et chauffé à blanc.
Et même dans les ballades, on perçoit toujours ce groove brûlant.


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Voilà qui fait un bien fou.


Juste le temps de discuter un peu avec Manu Codjia et malheureusement je dois filer… Je n’aurai pas donc l’occasion d’assister aux deux derniers concerts (Raphaël Fays et le sextette de David Linx avec Maria Joao…)

Rendez-vous sans faute l’année prochaine.

A+

16/07/2008

John Ruocco - Am I Asking Too Much? Sur Citizen

Avant de revenir sur la dernière journée du Gent Jazz Festival (avec un fabuleux de Wayne Shorter) et les concerts du Brosella, serait-ce trop vous demander de jeter une oreille plus qu’attentive au dernier album de John Ruocco ?

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«Am I Asking Too Much?»
C’est sorti chez Pirouet Records.
John Ruocco à la clarinette, Riccardo Del Fra à la contrebasse et John Taylor au piano.
43 minutes de pur bonheur.
Un must !
Un «élu» comme on dit chez Citizen Jazz.

C’est d’ailleurs là que ma chronique se trouve.

A+

23/10/2007

Free Desmyter Quartet - Hopper Antwerpen

J’étais très curieux d’entendre Free Desmyter en concert avec son nouveau projet.
(Oui, avant on écrivait "Fré"... maintenant c'est "Free", car il n'y a pas d'accent en flamand. Bref, ça se prononce toujours "Fré" et ça s'écrit "Free"...)

Mercredi dernier, je suis donc allé au Hopper à Anvers pour l’écouter.
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J’adore quand un groupe décide de lancer toute sa musique au milieu de la scène et que chaque musicien vient y prendre ce qui l’intéresse.
C’est l’effet que je ressens en écoutant le premier thème du quartet.
Enfin, thème… C’est plutôt de l’impro me semble-il.
Une musique très ouverte et généreuse qui me rappelle un peu celle d’Andrew Hill.
Pourtant, en discutant avec Free, il m’avouera ne pas connaître la musique du musicien américain. Et même plus, il écoute très peu de jazz, mais plutôt du classique.
Serait-ce cela le secret de sa musique ?

Le deuxième morceau (dont je n’ai pas retenu le nom) est joué sur un rythme effréné.
C’est touffu et intense.
John Ruocco n’a pas son pareil pour incendier le thème. Suivant toujours une ligne assez claire, il le nourrit de milles idées.
Quant à Marek Patrman, à la batterie, il est explosif.
Tout à fait à l’opposé du jeu qu’il développe sur le morceau suivant: «In Memory», une ballade triste.
Là, Marek utilise des baguettes ultra fines. Le son est fragile, aérien.
Il me dira plus tard, en sirotant son thé, que ce sont … des pailles!
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Les arrangements sur ce morceau sont étonnants. On part sur ce que l’on croit connaître avant que le quartet nous perde. Chacun semble prendre une direction pour donner un point de vue personnel à l’histoire.
Manolo Cabras propose un discours sensible et profond à la contrebasse et John Ruocco développe des lignes déchirantes à la clarinette, sans longueur.
Free, quant à lui, laisse beaucoup d’espaces et de respirations.
Il distribue les notes par vagues, ne se laisse jamais gagner par un romantisme facile.
Il y a de la dignité et de l’intelligence dans son jeu.
Tout le monde s’écoute, le langage musical semble s’inspirer des travaux de Messiaen
Beau moment.

Au deuxième set, le quartet entame une sorte de Calypso… avec grand écart entre bop et moments très libres.
Ruocco termine souvent ses interventions de manière abrupte comme pour provoquer le pianiste. Et les interventions de Free sont souvent courtes, souvent en contrepoints du saxophoniste.
Entre les deux, Manolo et Marek trouvent chaque fois une voie pour ricocher, pour raviver et pimenter le propos. Autant pour le resserrer que pour l’écarteler.
Sur «Thrill» (il me semble), le quarte fait monter la tension d’un cran, en gardant toujours une ligne mélodique forte.
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Le concert se termine avec «Doo The Bop».
Je crois reconnaître un morceau de Parker…mais non.
Monk ? Lacy ? Non plus…
Bien vite, le quartet s’envole. Free Desmyter propulse Manolo vers un solo monstrueux et Ruocco fait taire tout le monde…
Et chacun se retrouve dans un final tendu.
La tension! Toujours garder la tension!

C’est bien ce qu’il fait, Free Desmyter, je vous le conseille.
En plus, son album vient de sortir chez De Werf.

Une dernière «bolleke» avec les musiciens et quelques amis avant de rentrer sur Bruxelles en écoutant le dernier album – magnifique - de Robert Wyatt: «Comic Opera».

A+

18/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 01 -

J’étais curieux d’entendre, mais surtout de voir, Tineke Postma sur scène.

J’avais eu l’occasion d’écouter quelques-uns de ses morceaux, d’avoir vu un de ses concerts à la télé (je ne sais plus où) et de l’avoir vu lors de la remise des victoires du jazz il y a deux ans, mais c’est à peu près tout ce que je connaissais d’elle.

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Jolie fille blonde dans une robe à paillette, sourire charmant et belle présence, Tineke distille son jeu par touches sensibles et précises. Les notes s’enchaînent les unes aux autres à la manière d’un fil de soie. Ça swingue gentiment, tout est bien carré, bien en place. Il n’y a pas trop d’espace pour des impros interminables (ce qui n’est pas mal, parfois), ni pour des délires ou des prises de risques.

Bref, elle va à l’essentiel et les motifs de ses compositions sont simples et efficaces.
Elle laisse cependant assez de place au pianiste Marc Van Roon pour développer un jeu chatoyant («Synchronicity») et parfois nerveux («A Journey That Matters»). Idem pour son excellent contrebassiste Frans van der Hoeven qui reste toujours très mélodique dans ses solos.
L’influence de Wayne Shorter (dans ses jeunes années) est parfois assez claire, surtout lorsque Tineke Postma est au soprano.
A l’alto, le son velouté et les attaques sont souples, comme sur «Comprendo», par exemple, qu’elle introduit joliment en solo.
Avec un Dre Pallemaerts très félin à la batterie, c’est un bon moment jazz classique et très agréable qui a ouvert ce Jazz Middelheim 2007.

 

Pendant la pause, je rencontre Nathalie Loriers, en «repérage», après sa répétition avec le BJO et Lee Konitz, et avant le concert du lendemain, ici même.
Agréable discussion où l’on parle des projets incessants du BJO.
Le Big Band est en train de mixer l’enregistrement qu’ils ont fait avec Dave Liebman. Le BJO a enregistré aussi un projet avec Michel Herr et travaille également à la finition (et au futur concert pour le Dinant Jazz Night) d’un travail avec David Linx
Oui, ça bosse ferme !
On parle aussi d’un nouveau projet, qu’elle aimerait voir développer, avec son trio, Bert Joris et un quatuor à cordes : le Spiegel Strijkkwartet. Un concert avait déjà eu lieu, fin mai à Gand. Espérons que cela n’en reste pas là...

Bref, de beaux moments en perspectives.

 

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Soleil et bonne ambiance de fête, c’est Tania Maria qui a envie de faire danser la tente.
Après un démarrage en douceur, la pianiste et chanteuse brésilienne fait monter la température. Elle est aidée en cela par le merveilleux percussionniste Mestre Carneiro. Tania Maria passe du piano au synthé et enchaîne les airs brésiliens (l’éternel «Agua de Beber») et des morceaux parfois plus «funk». A la batterie, Tony Rabeson injecte de temps à autres des couleurs un peu plus jazz.
Mais c’est la choro, la chanson et la danse qui l’emporte, Tania  arrivant même à faire chanter la salle et lui faire claquer des doigts avant de terminer sur ses succès comme «Come With Me» ou encore «Ça c’est bon».
Et c’est vrai que c’était agréable.

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Changement radical d’ambiance avec le nouveau projet de Myriam Alter.
Quelques jours auparavant, elle avait enregistré, au Gaume Festival, son nouvel album à paraître chez Enja avec le même line-up.

Et quel line-up !
La rythmique de John Zorn : Joey Baron et Greg Cohen mais aussi notre excellent soprano Pierre Vaiana, John Ruocco à la clarinette et Jacques Morelenbaum au violoncelle.
Et Myriam Alter au piano ?
Hé non ! Surprise, c’est Salvatore Bonafede qui sera durant tout le concert derrière les 88 touches.
Myriam Alter a composé tout le répertoire et restera assise au-devant de la scène à écouter son œuvre.


La musique d’Alter emprunte à la valse, à la musique hispanisante, au classique parfois, le tout influencé bien sûr par la musique juive.

Du jazz Sépharade, donc.

Tout est joué en finesse. On y ressent des bouffées d’émotions qui montent comme pour atteindre la plénitude. La musique serpente et s’enroule autour des mélodies souvent mélancoliques.
Le jeu de Joey Baron est exceptionnel, comme souvent. Il imprime un groove tout en légèreté («Still In Love»), utilisant la plupart du temps les balais ou la paume des mains.

Exceptionnel.

Ruocco est lui aussi d’une virtuosité et d’une sensibilité remarquable sur «Not So Far» ainsi que lorsqu’il dialogue avec Morelenbaum sur «I’m Telling You».

Coup de cœur du jour, pour ma part, même si je dois avouer que, sur la longueur, on perçoit un peu «les ficelles». Et l’on aimerait un peu de variation dans la construction des morceaux.
Cela arrive avec «September 11» (qui «inspire» décidément encore et toujours beaucoup de monde) et sa rage pianistique, un peu trop prévisible quand même, en introduction du morceau.
Beau et gros succès mérité pour ce sextet (ou septet, si l’on compte Myriam Alter).


Petite parlotte avec Jean-Marie Hacquier et Patrick Bivort à propos du prochain Festival Dinant Jazz Nights. Quelle programme! 10 ans, c’est pas rien!
Il ne faudra pas rater ça.

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Et c’est le final avec la divine Dianne Reeves.

Egale à elle-même, chanteuse merveilleuse qui allie aussi bien les balades que les swing nerveux avec une aisance sans pareil.
L’habituel bouquet de fleur à ses côtés et accompagnée de son trio classique : Reuben Rogers à la contrebasse, Greg Hutchinson à la batterie et Geoff Keezer au piano, Dianne met tout le monde dans sa poche en deux temps, trois mouvements.


Charisme, chant parfait (car, l’air de rien, elle ose des choses stupéfiantes), souriante, touchante… elle sait y faire. Elle alterne moments intimes et temps forts. Ses scats volcaniques suivent les balades radieuses.

Voilà plusieurs fois que je la vois en concert et, même si on sait à quoi s’attendre, on reste sous le charme.
Et côté charme, elle est restée sous celui de Georges Clooney apparemment.

Elle ne semble toujours pas être remise de cette rencontre qui lui a permis de jouer et chanter dans lefilm «Good Night and Good Luck».

Alors, quand pour terminer son show, elle chante sensuellement «One For My Baby», on craque.

 

 A+

31/05/2007

Le Jazz Marathon et une jam. (Part3 et fin)

Oh la belle affiche !
À celle de départ, se sont ajoutés les vainqueurs du «XL-Jazz New Talents»: Collapse.
Je ne vais pas revenir sur leur concert, qui fut très bon, et qui me conforte dans le choix qu’avait pris le jury.
Ce qui me frappe aussi, avec ce groupe, c’est l’aisance, le contact avec le public et la facilité d’enchaîner les morceaux.
On n’attend pas des plombes que le groupe se décide à jouer tel ou tel morceau.
C’est (presque) rôdé.
C’est ce qui manque parfois, si je peux me permettre, à certains (jeunes) groupes de jazz.
Après tout, la scène, même si c’est du jazz, c’est aussi du show.

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Le contact facile, c’est une des qualités de Pirly Zurtrassen. Il adore raconter la genèse et les anecdotes de ses compositions.

Après «H», que je n’ai jamais eu l’occasion de voir sur scène et «Musique à Neuf», Pirly présente «Musicazur» et le répertoire de son dernier disque: «…Prend l’air».

On navigue toujours (on vole plutôt) dans le même esprit, c’est-à-dire entre jazz, folklore imaginaire, musique tzigane ou celtique avec joie et délicatesse.
Au piano, Pirly est presque effacé, laissant à Kurt Budé ou Daniel Stokart la liberté d’interpréter ses thèmes virevoltants.
Les deux souffleurs sont entourés par Tuur Florizoone et Alexandre Cavalière. L’idée de mélanger accordéon et violon ne semble pas évidente au départ et pourtant, le résultat est tip-top.
Pirly abandonnera même son piano, le temps d’un morceau, pour accompagner ses amis à l’accordéon.
Il faut souligner aussi l’excellent jeu de percussions de Fred Malempré tout au long du set, ainsi que Piet Verbiest à la basse très … musicale.

Voilà déjà deux beaux moments sous le soleil…

Et la suite ne sera pas décevante.

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Je les avais raté lors du Festival Jazz à Liège, et je fus heureux de les voir sur la Grand Place ce dimanche : Ruocco – Rassinfosse – Simtaine.
Du costaud.
Fort de leurs retrouvailles qui ont donné naissance à un album, «Ghost Of A Chance», sorti récemment, nos trois icônes du jazz belge (mais oui, Ruocco est belge, allons allons…) nous ont offert une belle relecture de quelques standards.
«What I’ll Do», «Sweet Lorraine» ou encore «I’m Getting Sentimental Over You» sont interprétés avec un bel aplomb et présentés avec beaucoup d’humour.
Jean-Louis Rassinfosse est fidèle à lui-même: basse hyper mélodique et nerveuse. Felix Simtaine frappe sèchement ou sensuellement ses fûts avec précision. Et John Ruocco est à la fois lyrique et concis: attaques sèches et développements tout en subtilités.
Aaaah, le beau trio jazz que voilà…

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Changement de style à nouveau, avec l’excellent projet «Rajazz» de Manu Hermia .
La fusion entre les ragas indiens et le jazz modal n’empêche pas la pluie de s’inviter au concert.
Cependant, le public reste.
Il faut dire que la musique de ce groupe a quelque chose d’envoûtant de par son développement tout en intériorité et ses dénouements explosifs.
«Indian Suite» ou «Rajazz» sont deux thèmes magnifiquement écrits où peuvent s’exprimer avec beaucoup de liberté Lieven Venken (dm) qui alterne fougue et retenue, Erik Vermeulen dont vous savez déjà tout le bien que j’en pense et Sam Gerstmans, de plus en plus à l’aise dans cette formule, et qui assure un max à l’archet, preuve – s’il fallait encore le démontrer – qu’il fait partie des grands bassistes belges.

Le concert se termine sous une pluie qui redouble d'intensité.

On craint un peu pour la suite de la soirée.

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Mais les pirates du jazz que sont Rackham font reculer le crachin et les gros nuages.

Le tonnerre est sur la scène !

Ce soir, Toine Thys et ses flibustiers nous la jouent plus rock encore que d’habitude.
L’énergie et le punch ramènent devant le podium le public qui s’était abrité sous les arcades de la maison communale.
Laurent Blondiau et Toine monteront en puissance tout au long du concert.
Il faut dire que derrière, ça «envoie».
Benjamin Clément met le feu avec des solos de guitares puissants, François Verrue (eb) et Teun Verbruggen, qui cassera plus d’une baguette ce soir, assènent un beat d’une virilité phénoménale.
«Spine», «Juanita K.», «Viking 2» ou «Schmoll» emportent tout sur leur passage…

Rappel obligatoire… même si l’horaire est dépassé.

08

Je décide d’aller prendre un simple dernier verre au Kûdeta où est organisé une jam.
Juste un verre, promis…

Je n’en sortirai que vers 4h.

Il faut dire qu’on retrouve dans ce sympathique et étroit établissement, plein à craquer, Michael Blass, Ben Ramos, Christophe Astolfi, Etienne Richard, François Garny, Cedric Raymond, Bilou Donneux que rejoindront ensuite Robin Verheyen, Manu Hermia, Lieven Venken, Toine Thys, Renaud Crols, Teun Verbruggen etc…

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On y verra aussi la bande à Mélanie De Biasio: Pascal Mohy, Pascal Paulus, Axel Gilain, mais aussi Sergio, Rosy, Jacobien, Mariana Tootsie, Manolo Cabras, Marek Patrman, un talentueux et sympathique trompettiste américain que je ne connaissais pas: Rolf Langsjoen, arrivé récemment à Bruxelles, ou encore l’incroyable guitariste espagnol Andreu Martinez qui avait joué la veille (et que je n’ai pas vu…) avec son groupe sur la place d’Espagne (et à l’écoute de son disque, je le regrette).

Bref, j’oublie certainement plein de monde.
Ça joue, ça transpire, ça rigole, ça discute… quel beau final.

07

Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Hummm… je me répète il me semble.
Je vais me reposer un peu.

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A+