11/06/2017

Jorge Rossy, Hamster Axis, Sal La Rocca, Samuel Blaser - Citadelic 2017

Dix ans ! Le festival de jazz et de musiques improvisées, organisé par l’infatigable Rogé Verstraeten fêtait ses dix ans le week-end dernier. Pour l’occasion, Citadelic s’était associé avec Jazz Case à Neerpelt, qui fêtait également ses dix années d’existence, pour partager certains concerts (Llop, Samuel Blaser, Moker et d’autres).

Vendredi soir, direction Gand.

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Il fait doux dans le Citadelpark. Pas de musique intempestive en attendant que les musiciens montent sur scène, pas de grandes banderoles de sponsors qui envahissent le site non plus. Rien de tout ça. Ici, il y a juste, entre deux grands arbres, une scène en bois (fabrication maison) et autour, des tables et des chaises dispersées un peu partout sur le gazon. Et puis, il y a une minuscule tente où l’on déguste une bière locale (les excellentes Suzanne et L’Arogante) ou un plat signé El Negocito ! Sur scène, ou dans l’une des allées du parc, Steiger s’est produit un peu plus tôt (un jeune groupe à suivre, qui était passé très près du premier prix lors du Jazz Contest à Malines en 2014).

Les jours précédents, on a pu voir Lily Joël, De Beren Gieren ou encore Paul Van Gyseghem… Mais ce soir, c'est le band de Jorge Rossy qui occupe le podium. On ne rappelle plus les faits d’armes du percussionniste - et multi instrumentistes - espagnol qui a fait, entre autres, les très beaux jours du trio de Brad Mehldau. On le retrouve ici derrière le vibraphone, entouré d’une belle équipe : Doug Weiss (cb), Jaume Llombart (eg), Mark Turner (TS) et Joey Baron (dm) qui remplaçait au pied levé l’immense Al Foster rentré prématurément aux States pour des raisons familiales.

Sans annonce préalable, enchaînant directement après le sound check, le quintette amorce un concert plein de douceurs. Le groupe joue presque acoustique, l’ensemble est très peu amplifié mais le résultat est parfait. «Who Knows About Tomorrow» puis «Pauletta», deux balades souples et suaves, permettent des dialogues subtils et tendres entre le marimba et le sax. Mark Turner, fidèle à ses habitudes, développe les mélodies dans un souffle chaud et apaisé. Les compositions laissent beaucoup d’espaces aux respirations et à des solos délicats. Ceux de Jaume Llombarts sont discrets mais remplis de sensibilité (sur «Portrait», en particulier). Puis il y a des morceaux un peu plus enlevés, comme «MMMYeah», où les échanges entre Joey Baron et Jorge Rossy sont plus «joyeux», plus nerveux et plus bondissants. On navigue entre le bop et bossa, on prend son temps et on profite, sans se prendre la tête, de deux sets qui louent l’élégance mélodique.

De quoi reprendre la route du retour le cœur léger et d’avoir envie de revenir.

Ce ne sera pas le samedi, mais le dimanche.

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Le parc est inondé de soleil, il y a toujours pas mal de monde. Mais on respire.

Sur scène, Hamster Axis of the One-Click Panther (on va dire Hamster Axis) a entamé son concert. Depuis un petit bout de temps, le groupe développe un projet assez singulier. En effet, lors de régulières résidences à l’Arenberg à Anvers, le groupe propose à un guest de travailler avec lui. Il y a eu Gregory Frateur (Dez Mona), Roland Van Campenhout, Josse De Pauw, Mauro Pawlowski et d’autres. Le principe est immuable : l'invité rejoint le groupe le lundi et le premier concert a déjà lieu le jeudi suivant.

Pour cette édition de Citadelic, c'est Marcel Vanthilt, homme de télé (avec Ray Cokes sur MTV), de radio, mais aussi leader du légendaire groupe électro punk Arbeid Adelt!, qui est venu avec ses textes et ses compos. Le tout a été «hamsterisé» par Lander Van den Noortgate. Le résultat est assez décoiffant. C’est un mix entre spoken word (néerlandais, anglais ou français), rock, musique ethnique et jazz. C’est compact, parfois touffu. Soutenu par une rythmique solide (Frederik Meulyzer aux drums et Janos Bruneel à la contrebasse), les solistes (Andrew Claes au ténor, Bram Weijters au piano et Lander à l’alto) en profitent tour à tour, ou à l’unisson, pour ajouter de l’aspérité aux mélodies parfois déjà tranchantes. (Je vous conseille l’écoute de l’album «MEST» pour vous faire une belle idée de la qualité de Hamster Axis.)

C’est au tour de Sal La Rocca et de son nouveau quartette de monter sur scène et de proposer un mélange intelligent de tradition bop et d'avant-garde. L’équilibre est subtilement dosé et le résultat est très convaincant. Un «Jupiter» de Coltrane en entrée et un thème de Joe Henderson pour suivre, et le cadre est plutôt bien défini. A partir de là, on peut voyager. Et le groupe ne s’en prive pas. C'est là qu'on se dit que l'on n'entend pas assez Pascal Mohy (ici au piano et Wurlitzer !) dans ce registre. Il a une façon bien personnelle d'improviser, d’ouvrir le jeu. Ses attaques, ses retenues, ses progressions, ses digressions sont dignes d'un McCoy Tyner, Hancock ou Herbie Nichols… mais c'est surtout du Mohy ! Ce type est un des secrets les mieux gardés du pays. Avec Jereon Van Herzeele au ténor et au soprano, la connivence est parfaite. Jeroen possède, lui aussi, ce son unique, un peu âcre, légèrement pincé, qui amène cette pointe de liberté et entraine dans son sillage l’imperturbable et attentif Lieven Venken aux drums. Quant à Sal, en parfait leader, il drive et groove avec aisance. Son jeu ferme et fluctuant, juste comme il se doit, permet à tout le groupe de profiter de beaucoup de liberté. Un cocktail parfait qui fait vraiment plaisir à entendre et, on l'espère, à re-entendre très vite.

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Radicalement différent, le trio du tromboniste suisse Samuel Blaser (avec Marc Ducret à la guitare et Peter Bruun aux drums) propose une musique presque totalement improvisée. «On part de rien...», me confiera Samuel Blaser à l’issu d’un concert captivant comme souvent (voir ici leur prestation il y a quelques années à l’Archiduc).

Partir de rien ne veut pas dire faire n’importe quoi. Les trois musiciens s’écoutent, échangent et construisent. Blaser, qui maîtrise comme personne son instrument, semble souvent à la recherche de lignes mélodiques très sophistiquées, très riches mais aussi très lisibles. La musique est parfois tachiste ou très découpée mais, comme c’est le cas pour certaines œuvres d'art contemporain, il faut pouvoir embrasser l'ensemble pour en comprendre les détails et l'histoire. Toutes ces petites molécules musicales finissent par faire un tout. Le dialogue entre les trois musiciens est unique et fascinant. Peter Bruun est toujours aux aguets, il éclabousse, soutient et relance dans un jeu très aérien.

Et puis, il y a Marc Ducret ! Ce qui étonne toujours chez lui, c'est la faculté qu’il a de façonner les sons avec une "simple" guitare et une pédale (là où certains ont de véritables claviers aux pieds) ! Doigts nus ou avec un onglet, s’aidant parfois d’un bottleneck, il invente des phrases pleines de poésies et de tensions qui s’incorporent comme par magie à l’ensemble.

Avec simplicité et bonne humeur, les musiciens enchaînent les morceaux et le public redemande encore de cette musique inventive, passionnante et pleine de contrastes. Normal…

Il se dit qu’un album serait en préparation, on s’en réjouit déjà. En attendant, on peut toujours se replonger dans quelques albums très recommandables de nos trois amis (Metatonal, du double trio de Marc Ducret, Spring Rain de Samuel Blaser, avec Russ Lossing, Gerald Cleaver et Drew Gress, ou encore J.A.S.S. avec Alban Darche, John Hollenbeck, Sébastien Boisseau et Samuel Blaser, bien entendu…)

Merci Citadelic. Et bien vite la onzième édition.

A+

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19/08/2015

Jazz Middelheim 2015 - Part 3

Comme s’il jouait au yoyo avec nous, le soleil est à nouveau revenu ce dimanche sur le Parc Den Brandt et le Jazz Middelheim.

Le premier concert débute à 12h30, déjà, avec l'artiste en résidence : Jason Moran.

Cette fois-ci, le pianiste se présente en trio avec sa compagne, la chanteuse soprano Alicia Hall Moran, et le guitariste Bill Frisell, que l'on retrouvera ce soir avec son trio.

Jason Moran propose une musique qui navigue entre jazz, musique classique et soft rock. L'ambiance est plutôt sobre et très raffinée. Les morceaux s'étirent, la plupart du temps, sur des tempos lents. Il s’agit de standards ou presque (« Raise Four» de Monk, « I Like The Sunrise » de Duke), de compositions personnelles, mais surtout de traditionnels américains (« Sometimes I Feel Like A Motherless Child », « Shenandoah », etc.). Certains dialogues entre piano et guitare (dans lesquels Frisell s’offre quelques légers loop) permettent à Jason Moran de s'exprimer de façon assez contemporaine. On retrouve chez lui ses attaques tranchantes et décisives, son sens du timing. Lorsque Alicia Hall Moran intervient, on bascule dans le chant lyrique, de façon un peu prévisible mais aussi assez guindée. La voix de la soprano est claire, sans éclat excessif, le chant est d’une justesse irréprochable mais parfois grandiloquent. Les risques sont calculés, l’ensemble est très plaisant et très agréable mais il faut attendre le rappel pour retrouver un peu de lâcher prise (un peu comme sur le morceau d’ouverture) avec une version un peu déstructurée et moderniste de « My Man’s Gone Now » de Gershwin. Plutôt intéressant.

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Dans un tout autre style, on est heureux d’accueillir sur scène un pianiste qu’on a un peu trop tendance à oublier lorsqu’il s’agit de parler des maîtres : Steve Kuhn.

Avec son vieux complice Steve Swallow, dont le phrasé souple et élégant ajoute à la douceur des dialogues, et avec Joey Baron, batteur pétillant et d'une grande musicalité, le pianiste s'amuse – et cela se lit sur son visage et dans son attitude - à revisiter compositions personnelles et standards (« Slow Hot Wind », « Emily » ou le somptueux « Adagio ») sans s'obliger à rester dans les lignes. « I Thought About You », par exemple, s'évade, tout en lyrisme et en douceur, bien au-delà du thème, pour ne presque plus y revenir. Pas de folie ni d'intellectualisme inapproprié, mais un sens du voyage improvisé, toujours à la recherche de la beauté mélodique. Le jeu de Steve Kuhn est limpide, clair, direct et surtout plein de swing. Et quelle maîtrise et quel sens du partage : comme lorsqu’il laisse à Joey Baron l’honneur de ponctuer « Trance » d’un solo de batterie magnifique. Ce bonheur est visible et s'entend surtout dans la musique. L’humeur est vagabonde et l’on sent les trois musiciens, très complices, libres comme jamais d'aller là où ils veulent. Et nous n’avons qu’une seule envie, c’est de les accompagner. 

Ce qui est bon avec le trio Romano, Sclavis, Texier, c'est ce groove chaud et parfois sous terrain, qui innerve chacune des compositions. Il y a cette chaleur africaine (tant pis si j'enfonce des portes ouvertes) qui transpire, même sur des thèmes plus sombres ou inquiétants. Le roulement incessant d’Aldo Romano, tantôt swinguant tantôt plus aléatoire, et la contrebasse toujours très musicale et ultra mobile (voire parfois free, sur « African Panther 69 » qui introduit « Surreal Politik », par exemple) d’Henri Texier, ne peuvent donner qu’un maximum de libertés à Louis Sclavis. Que ce soit au soprano ou à la clarinette basse, dans laquelle il va chercher les sons les plus doux comme les plus grave, Sclavis donne vraiment la couleur particulière et très reconnaissable à cet ensemble qui fête ses vingt ans d'une bonne et loyale camaraderie. On repasse donc en revue quelques thèmes emblématiques, tels que : « Berbère », « Look The Lobis » ou le poétique « Viso Di Dona ». Rien de neuf au répertoire, donc, mais le plaisir de le redécouvrir, une fois de plus, suffit à nous combler. On regrettera peut-être un peu le manque de contact (aucune présentation des morceaux et juste un timide merci à la fin) avec le public pourtant hyper enthousiaste. Et on le comprend.

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Pour clôturer cette belle édition 2015, on retrouve Bill Frisell sur scène. Son nouveau trio (Tony Sherr (eb) et Kenny Wollesen (dm) ) s'inspire de la musique des sixties.

En effet, le guitariste a décidé de faire remonter à la surface les musiques qui l’ont accompagnées durant son adolescence. C’est l’occasion aussi de parcourir, de façon presque chronologique, l’évolution technique et musicale de la guitare électrique. Fidèle à son style, Frisell, façonne tous ces morceaux (« Tired Of Waiting For You » des Kinks, « You Only Live Twice » de Nancy Sinatra, « Moon River » de Henry Mancini, « Surfer Girl » des Beach Boys…) sous formes de ballades flottantes et aériennes. Les thèmes se parent de blues languissant, de shuffle traînant et d'Americana mélancolique. Petit à petit, le trio nous entraine cependant vers un son plus rock et plus incisif. Les riffs sont plus insistants et Frisell se laisse même aller à quelques distos parfois furieuses, mais toujours en tempo moyens. Avec une certaine nonchalance et un plaisir assumé (jusqu’à aller jouer « Telstar » ou « Bonanza » !!!), Frisell montre l'étendue de son talent. Mais, dans ce concert, c'est surtout la tendresse qui domine.

On repart donc d’Anvers avec le cœur léger et un petit parfum de nostalgie dans la tête.

Merci à Bruno Bollaert pour les images.

A+

 

 

 

18/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 01 -

J’étais curieux d’entendre, mais surtout de voir, Tineke Postma sur scène.

J’avais eu l’occasion d’écouter quelques-uns de ses morceaux, d’avoir vu un de ses concerts à la télé (je ne sais plus où) et de l’avoir vu lors de la remise des victoires du jazz il y a deux ans, mais c’est à peu près tout ce que je connaissais d’elle.

01

Jolie fille blonde dans une robe à paillette, sourire charmant et belle présence, Tineke distille son jeu par touches sensibles et précises. Les notes s’enchaînent les unes aux autres à la manière d’un fil de soie. Ça swingue gentiment, tout est bien carré, bien en place. Il n’y a pas trop d’espace pour des impros interminables (ce qui n’est pas mal, parfois), ni pour des délires ou des prises de risques.

Bref, elle va à l’essentiel et les motifs de ses compositions sont simples et efficaces.
Elle laisse cependant assez de place au pianiste Marc Van Roon pour développer un jeu chatoyant («Synchronicity») et parfois nerveux («A Journey That Matters»). Idem pour son excellent contrebassiste Frans van der Hoeven qui reste toujours très mélodique dans ses solos.
L’influence de Wayne Shorter (dans ses jeunes années) est parfois assez claire, surtout lorsque Tineke Postma est au soprano.
A l’alto, le son velouté et les attaques sont souples, comme sur «Comprendo», par exemple, qu’elle introduit joliment en solo.
Avec un Dre Pallemaerts très félin à la batterie, c’est un bon moment jazz classique et très agréable qui a ouvert ce Jazz Middelheim 2007.

 

Pendant la pause, je rencontre Nathalie Loriers, en «repérage», après sa répétition avec le BJO et Lee Konitz, et avant le concert du lendemain, ici même.
Agréable discussion où l’on parle des projets incessants du BJO.
Le Big Band est en train de mixer l’enregistrement qu’ils ont fait avec Dave Liebman. Le BJO a enregistré aussi un projet avec Michel Herr et travaille également à la finition (et au futur concert pour le Dinant Jazz Night) d’un travail avec David Linx
Oui, ça bosse ferme !
On parle aussi d’un nouveau projet, qu’elle aimerait voir développer, avec son trio, Bert Joris et un quatuor à cordes : le Spiegel Strijkkwartet. Un concert avait déjà eu lieu, fin mai à Gand. Espérons que cela n’en reste pas là...

Bref, de beaux moments en perspectives.

 

02

Soleil et bonne ambiance de fête, c’est Tania Maria qui a envie de faire danser la tente.
Après un démarrage en douceur, la pianiste et chanteuse brésilienne fait monter la température. Elle est aidée en cela par le merveilleux percussionniste Mestre Carneiro. Tania Maria passe du piano au synthé et enchaîne les airs brésiliens (l’éternel «Agua de Beber») et des morceaux parfois plus «funk». A la batterie, Tony Rabeson injecte de temps à autres des couleurs un peu plus jazz.
Mais c’est la choro, la chanson et la danse qui l’emporte, Tania  arrivant même à faire chanter la salle et lui faire claquer des doigts avant de terminer sur ses succès comme «Come With Me» ou encore «Ça c’est bon».
Et c’est vrai que c’était agréable.

03


Changement radical d’ambiance avec le nouveau projet de Myriam Alter.
Quelques jours auparavant, elle avait enregistré, au Gaume Festival, son nouvel album à paraître chez Enja avec le même line-up.

Et quel line-up !
La rythmique de John Zorn : Joey Baron et Greg Cohen mais aussi notre excellent soprano Pierre Vaiana, John Ruocco à la clarinette et Jacques Morelenbaum au violoncelle.
Et Myriam Alter au piano ?
Hé non ! Surprise, c’est Salvatore Bonafede qui sera durant tout le concert derrière les 88 touches.
Myriam Alter a composé tout le répertoire et restera assise au-devant de la scène à écouter son œuvre.


La musique d’Alter emprunte à la valse, à la musique hispanisante, au classique parfois, le tout influencé bien sûr par la musique juive.

Du jazz Sépharade, donc.

Tout est joué en finesse. On y ressent des bouffées d’émotions qui montent comme pour atteindre la plénitude. La musique serpente et s’enroule autour des mélodies souvent mélancoliques.
Le jeu de Joey Baron est exceptionnel, comme souvent. Il imprime un groove tout en légèreté («Still In Love»), utilisant la plupart du temps les balais ou la paume des mains.

Exceptionnel.

Ruocco est lui aussi d’une virtuosité et d’une sensibilité remarquable sur «Not So Far» ainsi que lorsqu’il dialogue avec Morelenbaum sur «I’m Telling You».

Coup de cœur du jour, pour ma part, même si je dois avouer que, sur la longueur, on perçoit un peu «les ficelles». Et l’on aimerait un peu de variation dans la construction des morceaux.
Cela arrive avec «September 11» (qui «inspire» décidément encore et toujours beaucoup de monde) et sa rage pianistique, un peu trop prévisible quand même, en introduction du morceau.
Beau et gros succès mérité pour ce sextet (ou septet, si l’on compte Myriam Alter).


Petite parlotte avec Jean-Marie Hacquier et Patrick Bivort à propos du prochain Festival Dinant Jazz Nights. Quelle programme! 10 ans, c’est pas rien!
Il ne faudra pas rater ça.

04



Et c’est le final avec la divine Dianne Reeves.

Egale à elle-même, chanteuse merveilleuse qui allie aussi bien les balades que les swing nerveux avec une aisance sans pareil.
L’habituel bouquet de fleur à ses côtés et accompagnée de son trio classique : Reuben Rogers à la contrebasse, Greg Hutchinson à la batterie et Geoff Keezer au piano, Dianne met tout le monde dans sa poche en deux temps, trois mouvements.


Charisme, chant parfait (car, l’air de rien, elle ose des choses stupéfiantes), souriante, touchante… elle sait y faire. Elle alterne moments intimes et temps forts. Ses scats volcaniques suivent les balades radieuses.

Voilà plusieurs fois que je la vois en concert et, même si on sait à quoi s’attendre, on reste sous le charme.
Et côté charme, elle est restée sous celui de Georges Clooney apparemment.

Elle ne semble toujours pas être remise de cette rencontre qui lui a permis de jouer et chanter dans lefilm «Good Night and Good Luck».

Alors, quand pour terminer son show, elle chante sensuellement «One For My Baby», on craque.

 

 A+