18/09/2016

Igor Gehenot quartet feat. Alex Tassel - Marni Jazz Festival 2016

Après deux albums et plus ou moins six ans d’existence, Igor Gehenot a décidé de mettre au frigo son trio (avec Teun Verbruggen et Philippe Aerts) pour tenter une nouvelle aventure, en quartette cette fois, avec le batteur luxembourgeois Jérôme Klein, le contrebassiste suédois Viktor Nyberg et le bugliste français Alex Tassel.

Il présentait ce tout nouveau projet ce vendredi soir au Théâtre Marni.

igor gehenot,viktor nyberg,jerome klein,alex tassel,marni

La salle est plongée dans le noir tandis que les musiciens s’installent. L’ambiance est très « nordique », spectrale et intimiste. Les notes de piano s’éparpillent doucement, en toute légèreté. Le son feutré du bugle vient dérouler un tapis ouaté.

Puis le groupe attaque un « December 15 » dont l’esthétique n’est pas sans rappeler celle d’E.S.T. Cette rythmique alerte et régulière permet à Gehenot de prendre de belles envolées et à Tassel de développer quelques motifs lumineux dont il a le secret.

On replonge ensuite dans une ballade crépusculaire et romantique (« Sleepless Night »), soutenue par une basse mystérieuse et un drumming douillet. On se rapproche un peu des errances milesiennes, nocturnes et légèrement mélancoliques… Une composition du batteur, introduite lestement par Viktor Nyberg, ravive un peu l’ensemble. Mais tout cela reste peut-être un peu trop compact, cela manque parfois d'éclats et de dynamique. Ça « joue tout le temps » et on voudrait (enfin, moi) un peu plus de respirations. Plus d’élan aussi… Igor et ses acolytes semblent encore hésiter entre deux mondes et, du coup, cela reste « simplement » joli, parfois trop attendu, sans trop de prises de risques. Bien sûr, le toucher d'Igor fait mouche, sur « Abyss » ou « Stay Tuned » notamment, et, sur « Stater Kit », quand les nuances sont plus maîtrisées, Tassel peut vraiment s'exprimer.

On sent le projet encore un peu frais, un peu nébuleux, cherchant encore son équilibre et une véritable identité qui se démarquerait plus clairement du trio.

Mais le quartette n'en est qu'à ses débuts - après tout, c’était le tout premier concert - et il aura encore l’occasion de jouer et d’aiguiser son répertoire. On se fera donc un plaisir de suivre son évolution. Cela n’en sera que plus excitant.

A+

Photo : ©Olivier Lestoquoit

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

08/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 1

Soleil de plomb, en fin d'après midi ce vendredi, pour le premier jour de festival. L'orage menace un instant mais n'éclate pas, il fait chaud, il fait lourd et c'est l'occasion, pour bien commencer, de déguster un Orval ou une Rulles bien fraiches. L'ambiance est décontractée, conviviale, douce et «vraie».

gaume01.jpg

Après la présentation des principaux rendez-vous de ce 31e Gaume Jazz Festival par l'infatigable et toujours très investi Jean-Pierre Bissot, c'est Tali Toké qui est le premier groupe à inviter le public à la danse. En effet ce combo, composé de François Lourtie (ss, sb), Benoît Leseure (violon), Jonathan De Neck (acc), Jérémie Piazza (en remplacement de Jérôme Klein, et vu avec Papanosh il y a deux ans – dm) et Benjamin Sauzereau (eg), propose un savant mélange de klezmer, de folklore balkanique, de jazz de chambre et de brass band underground.

Le groupe travaille les sons très « naturels ». La batterie, fouettée par des fagots, l’accordéon, le sax basse et le violon donnent cette impression d'être proche de la terre et de la matière. Ajoutez à cela des arrangements plutôt originaux, des groove qui s'entremêlent et montent en intensité et un contact facile avec le public et vous avez tout compris. Le voyage est peu commun, et le groupe évite l'obligation du « traditionnel » pour s'ouvrir à des sons plus urbains et actuels. Un beau projet à suivre de près.

Sous le chapiteau Emmanuel Baily (enfant du pays et excellent guitariste, entendu avec Wang Wei, Kind Of Pink…) propose sa carte blanche. Pour cela, il s'est entouré de Xavier Rogé (dm), Jean-François Foliez (cl), Khaled Aljaramani (oud, voc) et Lambert Colson (cornet à bouquin !! ).

L'entrée en matière, très lyrique et raffinée, fait référence à J.S.Bach. Puis la musique dévie vers un certain orientalisme et ensuite vers un jazz plus pop. Le mélange de baroque, de jazz, de musique du monde (le magnifique chant arabe du oudiste syrien Khaled Aljaramani) et même du rock (reprise de « The Eraser » de Thom Yorke) est intéressant. Mais c'est surtout la manière de faire dévier sensiblement les fonctions initiales des instruments qui est intelligente. Le oud, comme cornet à bouquin, résonnent parfois de façon très contemporaine, tandis que la guitare, la clarinette ou la batterie empruntent plus au classique ou aux percussions africaines (il faut souligner le drumming impeccable, fin et inventif de Xavier Rogé).

À l'instar de l'instrumentation, l'écriture est plutôt riche et nous prend parfois à contre-pied (« Goma » ou « Night Stork » par exemples). L'arrangement sur « Les feuilles mortes » est étonnant aussi : totalement démonté, pièce par pièce, mélangé et redistribué de manière presque abstraite. Et c'est plutôt réussi.

Sans esbroufe ni effets trop appuyés, le travail d'Emmanuel Baily a de quoi vous faire perdre un peu de vos repères. Mais ce n’est qu’un début.

Vers 22h30, le chapiteau est plein pour accueillir Stacey Kent. Ballades, samba triste, pop jazzy... On connait le répertoire. Cette femme est vraiment amoureuse - et elle l’est depuis longtemps - de son musicien de mari (Jim Tomlinson). Et cet état d'esprit se ressent dans sa musique. Voilà un vieux couple amoureux. Il n'y a pas un nuage à l'horizon, pas de tensions, pas de questions... que du bonheur.

Rien à redire sur la voix, les arrangements ou les compos, tout est réglé au cordeau, tout est bien en place, bien interprété, bien joué. Aucune faute de goût. C'est raffiné, élégant... C’est du jazz lisse, proche de la chanson. C’est agréable, mais on pourrait paraphraser Gabin dans « Un singe en hiver»: "C'est le bonheur rangé dans une armoire. [...] Mais tu m'... " (je vous laisse compléter…).

A+

 

13/02/2014

Fisrt Floor - Lift

Lift, c’est d’abord la rencontre d’une voix et d’un souffle.

La voix, c’est Emily Allison, le souffle c’est Thomas Mayade.

Elle chante, il joue du bugle.

lift.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais Lift est aussi et surtout un véritable groupe dans lequel on retrouve Dorian Dumont (p), Jérôme Klein (dm) et Lennart Heyndels (cb).

First floor est leur premier album. Un album qui vous emmène, avec douceur et souplesse, au-dessus des nuages, là où l'horizon se dégage et s'ouvre à tous les possibles.

Ecoutez la magnifique et bien nommée ballade «Lift», vous comprendrez.

Ensuite, voyagez aux rythmes des humeurs changeantes et des tourbillons mélodiques. Vous irez de surprises en surprises.

Lift se joue des difficultés techniques et harmoniques, et les affronte pour en faire des atouts, des complices. Ce sont dans ces moments-là que la beauté surgit et que tout paraît simple et évident. Pourtant, chaque morceau recèle sa part de mystère et de secret. Si le groupe nous donne quelques clés, il nous invite surtout à pousser certaines portes pour aller explorer, fouiller et finalement s'abandonner. Lift nous invite à la réflexion et au dialogue avec une grande finesse. Les mots sont cousus, malaxés, pétri avec délicatesse. Ils s'unissent poétiquement les uns aux autres et finissent par se mêler au souffle chaud de la trompette qui transforme l'air en un moelleux et irréel tissu de velours.

Le swing nonchalant, le groove sensuel et les rythmes ralentis nous bercent («Lift», «Kaléidoscope»), mais les accélérations subites ou les agitations soudaines («For Jan» ou «For All We Know») nous empêchent de nous appesantir. Lift n'a pas peur de retourner les idées ni de ressasser les souvenirs, mais il aime aussi provoquer l’avenir. Comme une horloge qui aurait perdu la notion du temps.

La contrebasse de Lennart Heyndels claque autant qu'elle rassure. Le drumming de Jérôme Klein souligne la crête de paysages imaginaires ou tente de définir des silhouettes furtives. Le jeu lumineux et étincelant de Dorian Dumont agit comme la caresse d’un fouet lors d’une étreinte furieuse. Il alterne fougue et tendresse.

Quant aux compositions, elles sont raffinées et s’enveloppent dans l’écrin d’arrangements finement ciselés. Et comme si cela ne suffisait pas, Lift invite trois amis à les accompagner.

Il y a d’abord David Linx, qui joue presque autant le rôle de passeur et d'éclaireur que compagnon de route. Il rehausse de son inimitable timbre «Dreamscape» et «Solstice». Il y a aussi le saxophoniste Christophe Panzani (qui a joué avec Carla Bley, Da Romeo, Hocus Pocus ou Drops) qui raffine «Dreamscape» et «Clin d’œil» d’un supplément d’âme. Et puis, il ne faudrait pas oublier Sandrine Marchetti qui, le temps d’un morceau («Sur le fil»), installe au piano son jeu poétique et diaphane.

First Floor n’est qu’un premier palier dans l’univers très personnel et singulier de Lift, et après plusieurs écoutes, il ne donne qu’une seule envie, aller encore plus haut.

 

Teaser LIFT - 1st Floor from LIFTmuzic on Vimeo.

 

 

A+

03/11/2012

Cruz Control - Au Pelzer à Liège

Mercredi 24 octobre, Cruz Control présentait son tout premier album Le Comment Du Pourquoi? (chez Mogno) au Jacques Pelzer à Liège.

Bonne occasion pour aller manger les fameux boulets (ils n’étaient pas à la sauce lapin comme le veut la tradition, mais à la Chimay… et tout aussi bons!) avant d’écouter le concert. Après tout, il n’y a pas de raison de ne pas se faire doublement plaisir.

cruz control, pelzer jazz club, pelzer, julie dehaye, jerome heiderscheidt, francois lourtie, jerome klein, jens bouttery

Cruz Control existe depuis près de 8 ans déjà, et leurs membres viennent tous d’horizons différents. Certains ont suivi Garrett List dans ses improvisations, d’autres ont un parcours classique et d’autres encore ont fait du rock ou font encore de l’électro… et tous font du jazz.

Et le jazz de Cruz Control n’est – comme c’est étonnant ! – pas facile à classer. On pourrait dire, de prime abord, qu’il s’agit de jazz fusion teinté de rock progressif, ou de jazz rock à la Miles parfumé au dub, d’un méli-mélo de free funk et d’avant-garde. Bref, il n'y a pas de cloisonnement définitif ici. Et la porte semble d’ailleurs bien ouverte à d’autres musiques encore. Alors, nos quatre musiciens (Julie Dehaye (Fender Rhodes), Jerôme Heiderscheidt (eb), François Lourtie (ts, ss) et Jens Bouttery (dm) qui remplaçait exceptionnellement ce soir Jérôme Klein, parti accompagner Jazz Plays Europe) ne s’en privent pas.

cruz control, pelzer jazz club, pelzer, julie dehaye, jerome heiderscheidt, francois lourtie, jerome klein, jens bouttery

Sur des tempos souvent musclés (il faut souligner l’excellente prestation de Jens Bouttery, qui s’est tout de suite «trouvé» dans le groupe), Cruz Control mélange toutes les couleurs avec beaucoup de ferveur… Et tout cela parfois dans un même morceau. C’est dire si ça remue.

Et si la musique est puissante, elle n’occulte en rien les mélodies qui restent essentielles. Cruz Control a le sens de la narration et a envie de nous emmener avec eux dans leurs histoires.

Outre le jeu riche et efficace du batteur, François Lourtie est sans nul doute l'une des locomotives du groupe. Il joue beaucoup à l’énergie et tire de son ténor un son gras et parfois rauque. Il n’hésite pas à le faire siffler, à la faire claquer. Dans les moments d’excitation extrêmes, on peut presque penser parfois à Joe McPhee ou Ken Vandermark mais aussi au punk jazz à la James Chance. D’autre part, il peut se faire très doux («Ten Tunnels») ou presque lyrique au soprano.

cruz control, pelzer jazz club, pelzer, julie dehaye, jerome heiderscheidt, francois lourtie, jerome klein, jens bouttery

De son côté, Julie Dehaye détache les notes, dessine clairement les mélodies, semble remettre le groupe sur le chemin. Elle souligne parfois, de façon soul, quelques lignes maîtresses (sur «Sleepless» par exemple), par contre, à d’autres moments, c’est un groove plus complexe, très mouvant (l’esprit Joe Zawinul n’est pas loin), flirtant parfois avec la stridence, qui jaillit de son instrument. Et quand la fougue s’empare du groupe, c’est assez irrésistible.

C’est parfois léger et joyeux aussi («Bob Et Cruz» ou «Selim»), parfois plus atmosphérique, mais jamais linéaire. En parfaite complémentarité, la claviériste et le bassiste malaxent les rythmes et les tempos, et rendent la musique presque dansante.

cruz control, pelzer jazz club, pelzer, julie dehaye, jerome heiderscheidt, francois lourtie, jerome klein, jens bouttery

Cruz Control apporte un point de vue plutôt personnel sur la musique. C’est déjà pas mal.

Avec eux, on va de surprises en surprises, sans se poser la question du Comment du pourquoi ?

Un groupe à suivre.

A+

 

10/07/2012

Lift au Sounds

Voilà plus d’un an que je n’avais plus vu ni entendu sur scène Lift, le quintette emmené par Emily Allison (voc) et Thomas Mayade (bugle). La dernière fois – qui était aussi la première – c’était lors du concours des jeunes talents du Brussels’s Jazz Marathon 2011 dans lequel je participais en tant que juré. Lift avait remporté le premier prix juste devant Franka’s Poolparty de Marjan Van Rompay (autre talent - dans un tout autre style - que je vous invite à découvrir… si ce n’est pas encore fait).

Depuis cette victoire, Lift s’est produit au Jamboree à Barcelone (c’était l’un des prix du concours), dans divers clubs belges et français ainsi que sur la Grand Place de Bruxelles pour l’édition 2012 du Brussels’s Jazz Marathon (autre récompense du concours).

Mais l’un des bons coups de pouce est aussi venu de Sergio et Rosy, qui ont accueilli le groupe, deux mardis sur quatre pendant plusieurs mois, dans leur fameux club de la rue de la tulipe.

C’est donc tout naturellement au Sounds, le 12 juin, que j’ai fêté mes retrouvailles avec le groupe.

sounds,lift,thomas mayade,emily allison,dorian dumont,jerome klein,lennart heyndels,marjan van rompay

Lift mélange des compositions personnelles avec des standards de jazz et des reprises de chansons pop, en essayant toujours d’y apporter une touche très personnelle.

Si Emily Allison est la chanteuse du groupe, sa voix est surtout employée comme un instrument à part entière. Elle travaille beaucoup les vocalises, cherche toujours des chemins de traverses et accentue souvent la dramaturgie du chant.

L’autre voix principale du quintette, c’est le bugle de Thomas Mayade. Il papillonne souvent autour du thème, dans un jeu sûr et limpide, avant de dessiner des phrases mélodiques plutôt sophistiquées. Autour des deux leaders, on retrouve Dorian Dumont au piano, Jérôme Klein aux drums et Lennart Heyndels à la contrebasse.

La caractéristique du groupe est de tenter souvent des acrobaties harmoniques pour le moins sophistiquées. Lift propose un jazz vocal contemporain qui flirte parfois avec l’abstraction. C’est riche et foisonnant d’idées… et risqué.

«For All We Know» est découpé, étiré, malaxé. Tout comme «Kaléidoscope», une composition personnelle qui mérite bien son nom.

sounds,lift,thomas mayade,emily allison,dorian dumont,jerome klein,lennart heyndels,marjan van rompay

On l’aura compris, la musique de Lift offre aussi une large place à l’improvisation et la rythmique, qui joue un rôle primordial, donne vraiment du nerf à cette poésie toute particulière.

Jérôme Klein soutient des tempi nerveux avec beaucoup de générosité. Rien n’est jamais sage ni aseptisé, même si la douceur pointe parfois le bout de son nez, il ne laisse jamais la tension se détendre. Le jeu au piano de Dorian Dumont est très affirmé. Tantôt cristallin, tantôt grave, mais rarement tiède. Il profite de la moindre occasion pour marteler le clavier avec beaucoup d’élégance et de vigueur, et arrive toujours à trouver un angle intéressant dans ses interventions.

Le quintette ne choisit jamais la facilité et navigue sur les rives d’une poésie organique faite de flux émotionnels fragiles aux formes imprévisibles. C’est souvent magique mais parfois aussi un peu moins convaincant sur un morceau comme «Hyperballad» de Björk, par exemple.

Lift joue avec le feu, repousse les limites et est même parfois au bord de la justesse. Mais après tout, c’est cet équilibre incertain et cette recherche constante d’originalité qui font tout l’intérêt de cette formation.

sounds,lift,thomas mayade,emily allison,dorian dumont,jerome klein,lennart heyndels,marjan van rompay

Alors, quand on touche presque à la perfection - comme sur «Endless Paece» où la voix d’Emily se confond avec celle du bugle, ou sur «Dark Flow» qui hésite entre déclamation et spoken word avant de repartir sur un chant aérien, on est… sur un petit nuage.

«A Long Story Short» peut aussi faire penser à deux trapézistes qui se balancent ensemble quelque part, très haut dans le ciel… et sans filet. La voix va se balader seule, avant d’être rejointe d’abord par le bugle puis par les autres musiciens. La voix flotte sans faiblir et se faufile entre les instruments.

Mais le moment est plus poétique encore lorsque Thomas Mayade improvise longuement sur l’introduction de «Shadow». Il plonge son bugle au cœur du piano, joue avec la résonnance et les vibrations. Il crée des échos et suspend le temps.

Et le public reste attentif jusqu’aux dernières notes.

La virtuosité fragile - et parfois âpre - de Lift nous promet de beaux moments à venir.

D’ailleurs, le groupe entre en studio fin juillet pour enregistrer un album qui devrait sortir cet automne. On est déjà tout ouïe.

 

A+

11/06/2011

Brussels Jazz Marathon 2011

 

Plutôt «light» mon Jazz Marathon, cette année.


Sorti tard du bureau vendredi, je suis allé directement sur la Grand Place. J’aurais pu aller écouter Manu Domergue et Etienne Richard au Sablon, ou revoir Borderline à la Place Ste Catherine, mais non… je suis allé voir Eric Legnini. Et Krystle Warren.

Le temps de m’enfiler une pita chez Plaka (ce sont quand même les meilleures) et me voilà devant la scène.

Legnini derrière le Fender, Frank Agulhon derrière la batterie et Thomas Bramerie derrière la «volante» qu’il teste avant de l’emmener en tournée en Asie.

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

C’est «Black President», puis «Kitchen Maquis». Ça groove, même si le son de façade est moyen. Eric – et les autres – ont l’air sincèrement heureux d’être là. Entre eux, c’est indéniable, il y a une complicité étonnante. Et quand Krystle Warren arrive pour chanter «Joy», on la sent tout de suite à l’aise dans ce groupe. Sa voix est assez incroyable. Graineuse, grave et claire à la fois. Casquette vissée sur la tête, les mains dans les poches, Krystle a enfilé sa veste, elle trouve le temps un peu frisquet. On a connu des Jazz Marathon sous des cieux bien moins cléments. Les thèmes s’enchaînent, Krystle se réchauffe et empoigne sa guitare, puis se lâche dans des impros vocales profondes sur «The Old And Grey». Entre folk, pop et soul jazz, le trio embarque avec lui un public ravi.

Je descends Rue des Riches Claires, vers le Floreo, pour écouter Alegria. Ben Prischi (p) et Nico Chkifi (dr) terminent le premier set. J’arrive juste au mauvais moment. Le temps de partager une bière avec les musiciens, de discuter un peu avec eux et je remonte vers le Lombard pour écouter Gratitude Trio, c’est-à-dire Louis Favre (dm), Jereon Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb).

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

J’avais pris une belle claque avec ce groupe, l’année dernière au même endroit. J’ai donc tendu l’autre joue avec délectation cette année. Et je ne l’ai pas regretté. Encore plus soudés, encore plus forts et encore plus complices, ces trois mecs y vont à fond! C’est un bouillonnement inouï qui se dégage de ce trio. L’écoute est parfaite entre eux et les challenges qu’ils se lancent sont fantastiques. Il y a une énergie folle qui galvanise les musiciens et le public. On y sent les influences d’Albert Ayler ou de Coltrane. De Peter Brötzmann aussi sans doute. C’est explosif, incandescent. Les musiciens explorent la musique, malaxent les sons, bousculent les idées toutes faites. Jereon dompte l’Ewi puis revient au tenor, Louis fait exploser ses fûts et Alfred déglingue sa basse. C’est de la pyrotechnie excessivement bien réglée !

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

Retour sur la Grand Place. Du blues, de la soul et du funk : Marc Lelangue (eg) et sa belle bande d’Heavy Muffuletas font chavirer la foule. Ça balance sec : Laurent Doumont (ts), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Alain Palizeul (tb) forment une sacrée section de cuivres! Et quand Mariana Tootsie prend la scène, ça déménage aussi. Quelle voix ! Quelle puissance, quelle aisance, quelle présence. Pas de chiqué, pas de triche, Mariana remet quelques pendules à l’heure. Du bonheur.

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

Je serai bien allé écouter Fabian Fiorini à Flagey, mais je craignais de ne pas pouvoir entrer, une fois le concert commencé. Alors, j’hésite : la jam à la Jazz Station avec Pascal Mohy, Sal La Rocca et Lieven Vencken ou terminer au Sounds? Allez, juste un détour du côté de la rue de la tulipe. Le trio de Legnini termine son deuxième set. Il y a du monde jusque sur le trottoir. La nuit avance. On bavarde, on rigole, on écoute, on applaudit. Le trio et la chanteuse ne lâchent rien. Ils en donnent au public. Fin du troisième set. Le public se disperse peu à peu. Je bavarde avec Eric, Frank et d’autres musiciens qui se sont donnés un ultime rendez-vous au club.

jazz marathon,manu domergue,etienne richard,borderline,eric legnini,krystle warren,frank agulhon,thomas bramerie,jereon van herzeele,nico chkifi,ben prischi,alfred vilayleck,louis favre,alegria,gratitude,marc lelangue,laurent doumont,jean-paul estievenart,alain palizeul,mariana tootsie,guillaume vierset,lift,dorian dumont,thomas mayade,emily allison,marjan van rompay,jens bouttery,sep francois,hugo antunes,jerome klein

Il est plus de 2h30, Eric, Frank et Thomas remontent une dernière fois sur scène. Ils jouent pour moi… Oui, enfin, pour quelques autres irréductibles aussi… Jazz after hours, c’est magique et ça ne s’explique pas.

 

Samedi 16 heures, Place Fernand Cocq.

Jury des jeunes talents. J’adore ça. Pourtant, il faut désigner un gagnant. Un seul. Pas si drôle.

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

Il y a  d’abord le quartet de Guillaume Vierset (g). Pas simple d’ouvrir un concours. Le début est un peu timide, puis ça se réchauffe. Le groupe installe des climats, joue l’intimité, puis se s’ouvre un peu. Le vibraphone (Jérôme Klein) apporte une couleur assez intéressante au groupe, une sorte de luminosité légèrement décalée. C’est super bien exécuté, ça groove souvent, mais ça reste peut-être encore un tout petit peu trop sage à mon goût.

 

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

C’est au tour de Lift de monter sur scène. Ici, on repère vite de belles personnalités, comme Dorian Dumont aux claviers ou Thomas Mayade au bugle. Et puis il y a, bien sûr, la voix d’Emily Allison. Lift propose une musique assez sophistiquée où l’on devine aisément les influences de David Linx, mais aussi de chanteurs plus pop. Le groupe n’hésite pas à prendre des risques sur des compositions parfois complexes. Les échanges entre voix et bugle se jouent souvent sur le fil du rasoir («Dark Flow»). L’équilibre est parfois précaire et l’exercice difficile.

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

Avec Franka’s Pool Party de Marjan Van Rompay (as), on entre dans un autre registre. Ici, on ressent déjà une belle maturité et une vision assez claire. Le répertoire, résolument actuel, a mûri sur le terreau d’Ornette Coleman. Le drumming nerveux et hyper découpé de Jens Bouttery et les envolées de Sep François au vibraphone se mélangent à merveille aux attaques incisives de la saxophoniste. Hugo Antunes ajoute du liant à l’ensemble. Le set est nerveux, précis, clair et sans bavure.

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

Le choix n’est pas facile du tout. Le débat au sein du jury est assez animé. C’est indécis. Faut-il primer la justesse, la modernité, la prise de risque, la cohésion, l’originalité, la qualité des compos, la qualité des interprétations? Il faut juger avec le cœur, avec la tête… Peser le pour, le contre. Difficile.

Finalement, c’est Lift qui l’emporte et qui aura la chance d’aller jouer, entre autres, au Jamboree à Barcelone, le 26 juillet. Quant à Jens Bouttery, il emportera le prix du meilleur soliste.

On entendra encore ces trois groupes au Sounds le 24 juin. Venez vous faire une opinion, ça vaudra la peine.

Après cela, je serais bien allé au Théâtre Mercelis écouter Lab Trio puis Kris Defoort. Ou Isabelle Antena au London Calling ou Vincent Thekal à la Fleur en Papier Doré, Laurent Doumont à la Grand Place, Philip Catherine au Sounds, Nono Garcia à la  Jazz Station… mais je suis un peu crevé et dimanche sera un longue journée de boulot… sans jazz… ou presque.

J’avais dit «light», non?


A+