18/07/2016

Les Chroniques de l'Inutile - Bravo

J’avoue, j’ai un faible pour Les Chroniques de l’Inutile.

Le groupe, mené par le guitariste Benjamin Sauzereau, qu’accompagnent Pierre Bernard (fl), Erik Bogaerts (as, cl), Eric Bribosia (Fender Rhodes) et Jens Bouttery (dm), développe une musique particulière, pleine d’humour et de poésie.

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Ce jeudi soir (9 juin) au Bravo - qui a un peu de mal à se remplir (ha..., le foot, le foot !) mais qui a finalement réuni pas mal d’amoureux de la belle note - le groupe présente quelques nouvelles petites perles.

«Mauvaise Raison», par exemple, qui se construit sur des brisures de guitare, «Le Malentendu» (mais Sauzereau lui-même n’est pas très sûr que ce soit vraiment le titre du morceau) qui évolue comme une valse un peu bancale, à la ritournelle accrocheuse, ou encore «Gagner de l'argent» dans un registre presque pop.

Avec Les Chroniques de l’Inutile, l’impro est toujours subtile et très collective. Cela évoque parfois un bateau qui tangue, qui dérive, qui prend de la vitesse puis ralentit pour accoster on ne sait où. La musique est pleine de courant d’air, comme si on laissait aux musiciens la possibilité de la décoiffer, de la transformer, de la recolorer.

C’est cela qui est magique dans cette musique : elle nous fait redécouvrir les bonheurs simples. Et ce bonheur se lit sur le visage de Benjamin Sauzereau qui semble heureux que l’on jongle avec ses compositions. C’est comme s’il appréciait, avec gourmandise, une bonne réplique à un bon mot.

Et même si elles sont complexes et sophistiquées, ces fables musicales restent toujours aussi accessibles qu’une simple chanson.

Entre drumming foisonnant et bidouillages électro, Jens Bouttery distille un groove flottant. Eric Bribosia ressuscite parfois des ambiances du siècle dernier, évoquant presque Kurt Weill. Erik Bogaerts donne de l’épaisseur aux mélodies, les rend parfois âpres et granuleuses, tandis que Pierre Bernard semble toujours trouver des chemins de traverses.

Les Chroniques s’amuse sérieusement avec la musique et avec les silences aléatoires… Il y a une sorte de retenue minimaliste. C’est de la poésie moderne, contemporaine, qui se moque de la beauté intrinsèque, qui se fiche des formes, qui se joue des rythmes. Et cela, toujours avec humour. «Morceau pour les alcooliques», qui vacille sur ses bases, puis qui se déchaîne dans l'outrance pour finalement s'endormir à la belle étoile, est un beau résumé de la musique du groupe : très imagée et sans complexe.

Les Chroniques de l’Inutile flirte avec le minimalisme, le Krautrock, le jazz, le folk, le romantisme… et développe un univers vraiment particulier, original et créatif.

D’ailleurs, la petite bande (Sauzereau et Bouttery, en fait) a créé un label, Suite, qui n’hésite pas à jouer avec diverses disciplines artistiques (on y retrouve Philémon, le chien qui ne voulait pas grandir ou encore Jens Maurits Orchestra, pour l’instant). Une affaire à suivre avec grand intérêt, donc.

 

 

A+

 

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26/08/2015

Playlist 02 - rentrée 2015 - Selection

Une playlist (et quelques mots) pour une rentrée réussie.

Voici une petite sélection des albums écoutés ces derniers temps.

 

 

Shades Of Blue de Harmen Fraanje (p), Brice Soniano (cb) et Toma Gouband (dm). C’est une certaine plénitude qui émane de cet album. Et en même temps, on y ressent parfois le tourment, le questionnement. Le piano de Harmen Fraanje semble hésiter avant de lâcher les indices d’une piste mélodique à découvrir. La contrebasse et la batterie battent la chamade. Les moments sont suspendus. Superbe album.

God At The Casino de Manu Hermia (saxes), Valentin Ceccaldi (violoncelle), Sylvain Darrifourcq (dm). Brûlant comme un alcool fort ! Un violoncelle qui ne se laisse pas faire, un sax parfois fou, un soupçon d’électro et un drumming hors normes. Et de l’humour dans une musique tantôt furieuse et abstraite, tantôt extatique.

Drop Your Plans de Bambi Pang Pang. Avec Andrew Cyrille aux drums, on pouvait s’attendre à un free jazz explosif. Il n’en est rien. Impros et compos se mêlent dans une étonnante douceur. Tout est pesé, soupesé… Et tout respire. La musique et les silences circulent entre Seppe Gebruers (p), Laurens Smet (cb) et Viktor Perdieus (as). Magnifique de bout en bout.

Cécile McLorin Salvant maîtrise avec une élégance rare la tradition du jazz vocal. Digne héritière de Sarah Vaughan, son dernier album (For One To Love) est un véritable bijou.

Revenons dans le puissant. Alive, de Gratitude Trio (Jereon Van Herzeele (ts), Louis Favre (dm) et Alfred Vilayleck (eb) ). Avec eux, on démarre là où Coltrane s’était arrêté. De la fougue, de la maitrise, de l’adrénaline et des sentiments. Des impros inspirées, une écoute parfaite et des dialogues forts. Un must.

A mi-chemin entre Miles électrique et le soul funk, la trompettiste américaine Ingrid Jensen, épaulée par Jason Miles et une pléiade de musiciens (Gene Lake, Cyro Baptista, James Genus, Jerry Brooks et autres) évoquent l’esprit du Prince des Ténèbres. Si ce n’est pas terriblement surprenant, c’est, en tout cas, extrêmement juste. Un délice.

Et Heptatomic de Eve Beuvens, bien sûr. La pianiste avait fait sensation lors du Gaume Jazz en 2013 avec sa carte blanche qui s’est transformée en véritable groupe. Les références ne manquent pas : Basie, Ornette, Mingus, Tristano et sans doute la musique européenne aussi. Mais tout ça est explosé par Laurent Blondiau, Manolo Cabras, Grégoire Tirtiaux et les autres. Formidable réussite.

Et puis, ce qui ne se trouve pas sur le lecteur mais qui vaut la peine d’être entendu :

Babelouze de Michel Massot et sa bande. Pavane de l’âne fou. Une fanfare blues et funky (genre brass), teintée de rythmes africains et pleine de bonne humeur. Euphonium, trombone, sousaphone, percus en tous genres, mais aussi des voix d’ensemble, semblent déambuler dans une ville imaginaire pour y faire la fête. Et ça marche !

 

Ner6ens from Erik Bogaerts on Vimeo.

 

Lampke de LIop. Ambiance électro acoustique. Mélanges de bruits, de sons et de musique. Une sorte de voyage dans un univers fantasmé, amniotique, plutôt tendre et rêveur. Aux commandes, Jens Bouttery (dm), Benjamin Sauzereau (eg) et Erik Bogaerts (ts). Une expérience improvisée, pleine de surprises et de douceurs. C’est différent, c’est étonnant, c’est envoûtant.

 

 

Et pour finir : Fabian Fiorini en solo. Superbe album, parfois sombre, plutôt introspectif, mais d’une grande liberté d’expression. Entre jazz et musique contemporaine, le piano sonne et résonne avec une profondeur inouïe. Un travail très personnel et remarquable.

A+

 

11/03/2014

Nicolas Kummert Voices - Au Rideau Rouge

 

Il y a du monde dans la chaleureuse et toute petite salle du Rideau Rouge à Lasne ce mercredi soir (5 mars) pour découvrir le deuxième «volume» de Voices de Nicolas Kummert.

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Rappelez-vous : One, premier album sorti en 2011, était, à mon sens, l’une des plus belles réussites de l’année où l'on entendait le saxophoniste-poète chanter et déclamer (et se débattre aussi avec les ayants droit de Jacques Prévert qu’il voulait pourtant célébrer) sur des musiques raffinées et groovy à la fois.

Cette fois-ci, le nouvel album est construit autour de la personnalité de Trayvon Martin (assassiné sans raison en 2012 en Floride) mais plus largement aussi autour du droit à la différence. L’illustration de Madeleine Tirtiaux, sur la pochette de l’album, fait explicitement référence à Trayvon - mais aussi au mouvement «capuche» qui s’est développé aux Etats-Unis juste après le tragique événement - et évoque aussi «Le Cri» de Munch ou l’homme schizoïde de King Crimson. L’album aurait pu s’appeler Révolte ou Rébellion, mais il s’appelle Liberté (sorti chez Prova Records). Cela correspond bien plus à l’esprit de Nicolas Kummert.

Pour débuter le concert, le leader plante le décor avec un discours digne et engagé, entre slam et déclamation. S’enchaîne alors «Stand Up Today», sorte de lente complainte mâtinée de blues. Kummert égraine les paroles, accompagné par ses musiciens qui font les chœurs. Puis, un superbe solo de basse électrique de Nicolas Thys vient renforcer plus encore cette ambiance pleine de retenue et méditation.

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Si Nicolas Thys (eb) ainsi qu’Hervé Samb (eg) sont toujours présents dans ce deuxième opus, Jozef Dumoulin et Lionel Beuvens ont cédé leur place à Alexi Tuomarila (p) et à Jens Maurits Bouttery (dm).

Ce dernier possède décidément un jeu très personnel, presque tachiste et surtout foisonnant d’idées. Il se tortille sur son tabouret pour doser avec minutie les sons qu’il colore magnifiquement. C’est à la fois léger et hyper contrasté. Il offre tout le temps un groove tendu à l’ensemble (son drive sur «Une Affaire de Famille», en fin de concert, est plutôt éblouissant).

De son côté, Hevé Samb est, lui aussi, lumineux dans ses interventions. Tous ses accords sont swinguants, légèrement enrobés de blues et de musiques africaines. C’est particulièrement frappant sur «Isaac», un morceau irrésistible qui flirte avec l’afrobeat.

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C’est aussi sur ce morceau, au second set, qu’Alexi Tuomarilla, jusqu’alors assez discret, dévoile tout son talent. Le pianiste exécute avec une facilité déconcertante - et sur un rythme endiablé - des enchaînements d’accords fabuleux. Et la musique s’enflamme. Et ça danse et ça bouge. Le dialogue ente Jens Bouttery et Alexi Tuomarila est jubilatoire.

Mais le pianiste finlandais sait aussi se faire très romantique et très sensible, comme sur «Willow Song», par exemple.

Nicolas Kummert manie avec beaucoup de d’intelligence et d’ à-propos les moments forts et les instants plus introspectifs, donnant de la puissance aux histoires. Et puis, il n’hésite pas non plus à reprendre – à la talkbox, qui déforme totalement sa voix – «Strange Fruit» qui résonne alors de façon plus inquiétante encore.

Avec ce deuxième opus, Nicolas Kummert définit plus encore son univers, à la fois sombre et plein d’espoir.

Bref, une fois de plus, une très belle réussite.

 

 

 

A+

 

 

08/01/2013

Les chroniques de l'inutile - Aka Moon 20 ans - Jazz Station

 

Pour fêter ses 20 ans, Aka Moon a invité différents groupes, ou projets, qui touchent de près ou de loin leur univers. Ce jeudi 29 novembre, Les Chroniques de l’Inutile était sur la scène de la Jazz Station.

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Voilà un drôle de nom pour un groupe. Benjamin Sauzereau (guitariste et leader) tente bien de m’en expliquer son origine, mais j’avoue que cela reste un peu flou. On navigue entre le surréalisme et le dadaïsme. Les histoires sont plutôt écrites mais ne se lisent jamais de la même manière. Elles ne se jouent jamais de la même manière non plus. Voilà pourquoi les «Chroniques» laissent beaucoup de place à l’improvisation et à l’imagination. Quant à «l’Inutile», c’est la question qui se pose sur le bien fondé de ce qui précède… Vous suivez ?

Bref, avec Eric Bribosia au Fender Rhodes, Jens Maurits Bouttery à la batterie, Erik Bogaerts (qui remplace définitivement Gregor Siedl ??) au sax ténor et Benjamin Sauzereau à la guitare nous ne sommes jamais au bout de nos surprises.

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Il y a quelque chose des «Children Songs» dans les compositions du groupe ou du moins dans la façon de les jouer. La musique, finement ouvragée est très évocatrice. On imagine des monstres cachés sous le lit ou dans les armoires. On s’invente des mondes, des personnages. C’est de la féérie moderne, pleine d’humour et de non-sens à la Jacques Tati ou à la Raymond Queneau.

Les titres, parfois plus long que le morceaux («Les gens qui rentrent dans le tram sans vous laisser le temps d'en sortir bien que vous ayez trois sacs sur le dos»), ne font aucun doute sur l’esprit de ce jazz très malicieux et libertaire. Ajoutez à cela la richesse des instrumentations et l’inventivité des arrangements et vous vous sentirez comme dans une bulle, entre rêve et réalité.

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«Bûche» (allez comprendre pourquoi), aux accents orientaux et mystérieux, nous embarque dans un souk imaginaire. Puis, «L’ampoule et le haricot» délivre avec simplicité une musique riche, délirante et complexe tout en restant constamment accessible et intéressante. Et amusante aussi. Car il y a de cela également dans la musique du groupe : une façon de ne pas se prendre au sérieux, de prendre du recul sur le monde, les évènements et les gens. L’intelligence de l’humour enrobée d’une certaine philosophie poétique. Et tout est bon pour faire de la musique. Jens Mauritz Bouttery use de mille et un objets, plus incongrus les uns des autres, pour en extraire des sons de toutes les couleurs. Eric Bribosia distille des lignes de basse sobres et ponctue les phrases d’accords cristallins. Le jeu de Benjamin Sauzereau est léger et fin. Il effleure les cordes de sa guitare. S’envole. Invente.

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Tout est douceur, tout se meut avec souplesse et délicatesse. On est emporté dans une sorte de transe lymphatique et ouatée. Pourtant, on reste en alerte, les rythmes évoluent sans cesse, les respirations s’accélèrent imperceptiblement, le groove est présent, le tempo s’efface petit à petit, puis réapparaît en toute discrétion. Flottant par-dessus tout, Erik Bogaerts innerve les mélodies d’un luxe de nuances. Les notes ondulent, s’affirment ou se laisse découdre.

Les Chroniques de l’Inutile est un groupe à l’esprit très personnel et original. Le genre de groupe qui peut vous mener loin. Qui fait référence à nombre de sentiments, d’images et de musiques. Un jazz qui ouvre un peu plus encore l’esprit.

Non, vraiment, ce groupe est loin d’être inutile. Qu’on se le dise.

Voilà sans doute l’un de mes coups de cœur du moment.



A+

 

 

 

 

 

03/11/2012

Cruz Control - Au Pelzer à Liège

Mercredi 24 octobre, Cruz Control présentait son tout premier album Le Comment Du Pourquoi? (chez Mogno) au Jacques Pelzer à Liège.

Bonne occasion pour aller manger les fameux boulets (ils n’étaient pas à la sauce lapin comme le veut la tradition, mais à la Chimay… et tout aussi bons!) avant d’écouter le concert. Après tout, il n’y a pas de raison de ne pas se faire doublement plaisir.

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Cruz Control existe depuis près de 8 ans déjà, et leurs membres viennent tous d’horizons différents. Certains ont suivi Garrett List dans ses improvisations, d’autres ont un parcours classique et d’autres encore ont fait du rock ou font encore de l’électro… et tous font du jazz.

Et le jazz de Cruz Control n’est – comme c’est étonnant ! – pas facile à classer. On pourrait dire, de prime abord, qu’il s’agit de jazz fusion teinté de rock progressif, ou de jazz rock à la Miles parfumé au dub, d’un méli-mélo de free funk et d’avant-garde. Bref, il n'y a pas de cloisonnement définitif ici. Et la porte semble d’ailleurs bien ouverte à d’autres musiques encore. Alors, nos quatre musiciens (Julie Dehaye (Fender Rhodes), Jerôme Heiderscheidt (eb), François Lourtie (ts, ss) et Jens Bouttery (dm) qui remplaçait exceptionnellement ce soir Jérôme Klein, parti accompagner Jazz Plays Europe) ne s’en privent pas.

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Sur des tempos souvent musclés (il faut souligner l’excellente prestation de Jens Bouttery, qui s’est tout de suite «trouvé» dans le groupe), Cruz Control mélange toutes les couleurs avec beaucoup de ferveur… Et tout cela parfois dans un même morceau. C’est dire si ça remue.

Et si la musique est puissante, elle n’occulte en rien les mélodies qui restent essentielles. Cruz Control a le sens de la narration et a envie de nous emmener avec eux dans leurs histoires.

Outre le jeu riche et efficace du batteur, François Lourtie est sans nul doute l'une des locomotives du groupe. Il joue beaucoup à l’énergie et tire de son ténor un son gras et parfois rauque. Il n’hésite pas à le faire siffler, à la faire claquer. Dans les moments d’excitation extrêmes, on peut presque penser parfois à Joe McPhee ou Ken Vandermark mais aussi au punk jazz à la James Chance. D’autre part, il peut se faire très doux («Ten Tunnels») ou presque lyrique au soprano.

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De son côté, Julie Dehaye détache les notes, dessine clairement les mélodies, semble remettre le groupe sur le chemin. Elle souligne parfois, de façon soul, quelques lignes maîtresses (sur «Sleepless» par exemple), par contre, à d’autres moments, c’est un groove plus complexe, très mouvant (l’esprit Joe Zawinul n’est pas loin), flirtant parfois avec la stridence, qui jaillit de son instrument. Et quand la fougue s’empare du groupe, c’est assez irrésistible.

C’est parfois léger et joyeux aussi («Bob Et Cruz» ou «Selim»), parfois plus atmosphérique, mais jamais linéaire. En parfaite complémentarité, la claviériste et le bassiste malaxent les rythmes et les tempos, et rendent la musique presque dansante.

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Cruz Control apporte un point de vue plutôt personnel sur la musique. C’est déjà pas mal.

Avec eux, on va de surprises en surprises, sans se poser la question du Comment du pourquoi ?

Un groupe à suivre.

A+

 

11/06/2011

Brussels Jazz Marathon 2011

 

Plutôt «light» mon Jazz Marathon, cette année.


Sorti tard du bureau vendredi, je suis allé directement sur la Grand Place. J’aurais pu aller écouter Manu Domergue et Etienne Richard au Sablon, ou revoir Borderline à la Place Ste Catherine, mais non… je suis allé voir Eric Legnini. Et Krystle Warren.

Le temps de m’enfiler une pita chez Plaka (ce sont quand même les meilleures) et me voilà devant la scène.

Legnini derrière le Fender, Frank Agulhon derrière la batterie et Thomas Bramerie derrière la «volante» qu’il teste avant de l’emmener en tournée en Asie.

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C’est «Black President», puis «Kitchen Maquis». Ça groove, même si le son de façade est moyen. Eric – et les autres – ont l’air sincèrement heureux d’être là. Entre eux, c’est indéniable, il y a une complicité étonnante. Et quand Krystle Warren arrive pour chanter «Joy», on la sent tout de suite à l’aise dans ce groupe. Sa voix est assez incroyable. Graineuse, grave et claire à la fois. Casquette vissée sur la tête, les mains dans les poches, Krystle a enfilé sa veste, elle trouve le temps un peu frisquet. On a connu des Jazz Marathon sous des cieux bien moins cléments. Les thèmes s’enchaînent, Krystle se réchauffe et empoigne sa guitare, puis se lâche dans des impros vocales profondes sur «The Old And Grey». Entre folk, pop et soul jazz, le trio embarque avec lui un public ravi.

Je descends Rue des Riches Claires, vers le Floreo, pour écouter Alegria. Ben Prischi (p) et Nico Chkifi (dr) terminent le premier set. J’arrive juste au mauvais moment. Le temps de partager une bière avec les musiciens, de discuter un peu avec eux et je remonte vers le Lombard pour écouter Gratitude Trio, c’est-à-dire Louis Favre (dm), Jereon Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb).

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J’avais pris une belle claque avec ce groupe, l’année dernière au même endroit. J’ai donc tendu l’autre joue avec délectation cette année. Et je ne l’ai pas regretté. Encore plus soudés, encore plus forts et encore plus complices, ces trois mecs y vont à fond! C’est un bouillonnement inouï qui se dégage de ce trio. L’écoute est parfaite entre eux et les challenges qu’ils se lancent sont fantastiques. Il y a une énergie folle qui galvanise les musiciens et le public. On y sent les influences d’Albert Ayler ou de Coltrane. De Peter Brötzmann aussi sans doute. C’est explosif, incandescent. Les musiciens explorent la musique, malaxent les sons, bousculent les idées toutes faites. Jereon dompte l’Ewi puis revient au tenor, Louis fait exploser ses fûts et Alfred déglingue sa basse. C’est de la pyrotechnie excessivement bien réglée !

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Retour sur la Grand Place. Du blues, de la soul et du funk : Marc Lelangue (eg) et sa belle bande d’Heavy Muffuletas font chavirer la foule. Ça balance sec : Laurent Doumont (ts), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Alain Palizeul (tb) forment une sacrée section de cuivres! Et quand Mariana Tootsie prend la scène, ça déménage aussi. Quelle voix ! Quelle puissance, quelle aisance, quelle présence. Pas de chiqué, pas de triche, Mariana remet quelques pendules à l’heure. Du bonheur.

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Je serai bien allé écouter Fabian Fiorini à Flagey, mais je craignais de ne pas pouvoir entrer, une fois le concert commencé. Alors, j’hésite : la jam à la Jazz Station avec Pascal Mohy, Sal La Rocca et Lieven Vencken ou terminer au Sounds? Allez, juste un détour du côté de la rue de la tulipe. Le trio de Legnini termine son deuxième set. Il y a du monde jusque sur le trottoir. La nuit avance. On bavarde, on rigole, on écoute, on applaudit. Le trio et la chanteuse ne lâchent rien. Ils en donnent au public. Fin du troisième set. Le public se disperse peu à peu. Je bavarde avec Eric, Frank et d’autres musiciens qui se sont donnés un ultime rendez-vous au club.

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Il est plus de 2h30, Eric, Frank et Thomas remontent une dernière fois sur scène. Ils jouent pour moi… Oui, enfin, pour quelques autres irréductibles aussi… Jazz after hours, c’est magique et ça ne s’explique pas.

 

Samedi 16 heures, Place Fernand Cocq.

Jury des jeunes talents. J’adore ça. Pourtant, il faut désigner un gagnant. Un seul. Pas si drôle.

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Il y a  d’abord le quartet de Guillaume Vierset (g). Pas simple d’ouvrir un concours. Le début est un peu timide, puis ça se réchauffe. Le groupe installe des climats, joue l’intimité, puis se s’ouvre un peu. Le vibraphone (Jérôme Klein) apporte une couleur assez intéressante au groupe, une sorte de luminosité légèrement décalée. C’est super bien exécuté, ça groove souvent, mais ça reste peut-être encore un tout petit peu trop sage à mon goût.

 

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C’est au tour de Lift de monter sur scène. Ici, on repère vite de belles personnalités, comme Dorian Dumont aux claviers ou Thomas Mayade au bugle. Et puis il y a, bien sûr, la voix d’Emily Allison. Lift propose une musique assez sophistiquée où l’on devine aisément les influences de David Linx, mais aussi de chanteurs plus pop. Le groupe n’hésite pas à prendre des risques sur des compositions parfois complexes. Les échanges entre voix et bugle se jouent souvent sur le fil du rasoir («Dark Flow»). L’équilibre est parfois précaire et l’exercice difficile.

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Avec Franka’s Pool Party de Marjan Van Rompay (as), on entre dans un autre registre. Ici, on ressent déjà une belle maturité et une vision assez claire. Le répertoire, résolument actuel, a mûri sur le terreau d’Ornette Coleman. Le drumming nerveux et hyper découpé de Jens Bouttery et les envolées de Sep François au vibraphone se mélangent à merveille aux attaques incisives de la saxophoniste. Hugo Antunes ajoute du liant à l’ensemble. Le set est nerveux, précis, clair et sans bavure.

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Le choix n’est pas facile du tout. Le débat au sein du jury est assez animé. C’est indécis. Faut-il primer la justesse, la modernité, la prise de risque, la cohésion, l’originalité, la qualité des compos, la qualité des interprétations? Il faut juger avec le cœur, avec la tête… Peser le pour, le contre. Difficile.

Finalement, c’est Lift qui l’emporte et qui aura la chance d’aller jouer, entre autres, au Jamboree à Barcelone, le 26 juillet. Quant à Jens Bouttery, il emportera le prix du meilleur soliste.

On entendra encore ces trois groupes au Sounds le 24 juin. Venez vous faire une opinion, ça vaudra la peine.

Après cela, je serais bien allé au Théâtre Mercelis écouter Lab Trio puis Kris Defoort. Ou Isabelle Antena au London Calling ou Vincent Thekal à la Fleur en Papier Doré, Laurent Doumont à la Grand Place, Philip Catherine au Sounds, Nono Garcia à la  Jazz Station… mais je suis un peu crevé et dimanche sera un longue journée de boulot… sans jazz… ou presque.

J’avais dit «light», non?


A+