15/04/2017

Jean-Paul Estiévenart Trio à la Jazz Station

Jeudi 13 avril. Jazz Station. 20h 30. La salle se remplit, remplit, remplit.

On est venu écouter le trio du trompettiste Jean-Paul Estiévenart (avec Sam Gerstmans à la contrebasse et Antoine Pierre à la batterie) qui a publié fin 2016 l’un des meilleurs albums de l’année : Behind The Darkness.

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D'entrée de jeu, Jean-Paul Estiévenart prend les commandes et emmène ses compagnons dans un fabuleux parcours en forme de montagnes russes. Ça déboule à toute vitesse, ça virevolte, ça serpente, ça se dérobe et ça accélère encore. Le trompettiste enchaîne les triolets, lâche quelques inflexions orientales, riposte aux attaques d’Antoine Pierre, joue au chat et à la souri avec Sam Gerstmans. Ça rebondit, ça bouscule, ça frotte… Et après cinq ou six bonnes minutes d'une intensité incroyable, le trompettiste laisse au contrebassiste et au batteur le soin de terminer le voyage seuls, comme s’il avait été catapulté, propulsé, désintégré quelque part dans l’atmosphère… On ne pouvait rêver meilleure entrée en matière que ce puissant et décoiffant «Lost End».

Sans laisser tomber le soufflé, le trio continue avec «Mixed Feelings» et nous emmène vers d’autres sommets. Mais ici, tout commence avec beaucoup de retenue. La mélodie complexe se dessine peu à peu, la pulsation s’accentue, la trompette crie, pleure, puis s’apaise à nouveau. Nos trois musiciens sont en parfaite osmose, chacun tient son rôle mais n’hésite jamais à aller jouer dans le jardin du voisin. Antoine Pierre jongle avec les tempos et les temps forts, et module les effets avec autant de subtilité que d’autorité. Ça peut flinguer à tout moment ! Sam Gerstmans est, quant à lui, le pilier rassurant, remarquable de précision, qui s’exprime dans un jeu d’une musicalité extrême, tout en nuances et en souplesse. Sur «Deep Heart», il joue le balancier sur trois notes un peu flottantes, répétées ad libitum, sur lesquelles Jean-Paul Estiévenart improvise… Superbe.

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Je l'ai déjà dit (lors du concert avec Manolo Cabras, notamment), Estiévenart a un son ! Il incarne sa musique, il y met son cœur et tous ses sentiments. Avec sa trompette, il raconte des histoires. Son histoire. Il y met tout ce qu'il cache pudiquement derrière un humour caustique qu’il aime pratiquer lorsqu’il présente les morceaux.

Le trio lui-même, décidément très complice, ne se prend jamais au sérieux et se moque même des tics de jazzmen – attitudes, décompte, regards – tout en jouant sérieusement. Très sérieusement. Car, pour jouer, ça joue ! Et ils savent de quoi ils parlent. Ainsi, ils s'approprient «You Do Something To Me» de Cole Porter ou revisitent «We See», de Monk, comme peu oseraient le faire. Thelonious aurait été heureux d'entendre ça, tout comme John Coltrane l’aurait été en entendant ce que font nos trois gaillards avec le très casse-gueule «Giant Steps». Eblouissant !

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Faire quelque chose avec ces standards, les malaxer, les modeler, les triturer… les vivre ! Voilà ce que l'on attend du jazz. Ces trois-là ont un langage, une façon de communiquer, bien à eux. L'un ou l'autre peut faire dévier à tout moment la musique à droite ou à gauche, la ralentir ou lui donner de la vitesse sur un simple petit accord. Et ça marche. On ne sait jamais où ils vont. C'est comme une grande virée entre copains où chacun refait le monde et propose d’échanger des idées. Comme, par exemple, sur ce très éclaté et pourtant subjuguant «MOA», qui fait office de prélude au non moins fantastique «Les Doms» ou au tendu et tranchant «Bade Runner».

Ces gars s'amusent et nous amusent. Et nous laissent pantois d’admiration. Tout paraît si facile et si évident.

Qu’est ce qu’on attend pour exporter tout ça à travers l’Europe ?

 

 

Merci encore et toujours à ©Roger Vantilt pour ses superbes images.

A+

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28/03/2017

Manolo Cabras Quartet - Jazz Station

En septembre 2016, Manolo Cabras sortait Melys In Diotta (chez El Negocito Records) avec son nouveau quartet. Ce samedi 24 mars, la Jazz Station l’accueillait pour l’un des trop rares concerts de présentation de cet excellent album. Bien sûr, il y a eu quelques dates ici ou là (Hopper, Sounds, Lokerse Jazzklub ou Jazz In ‘t Park), mais il est quand même assez étonnant que ce groupe n’ait pas joué beaucoup plus souvent. La musique est sophistiquée et demande à l'auditeur de se plonger dans un certain mood ou un certain état d'esprit, certes, mais elle est tellement riche et tellement bien écrite qu'elle en devient rapidement accrocheuse et l’effort (l’effort?!) est vite récompensé. Il faut dire que ce jazz, joué par quatre musiciens à qui on ne la fait pas, a de quoi réjouir.

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Outre le vieux complice Marek Patrman (Erik Vermeulen, Ben Sluijs, Free Desmyter ou Augusto Pirodda...) dont le jeu est toujours autant impressionniste et tachiste que claquant et incisif, on retrouve Nicola Andrioli dans un registre qu'on ne lui prête que trop peu souvent. Il y a toujours chez ce dernier une délicatesse et un certain romantisme qu’on lui connait, mais il le dissimule ici dans un jeu très ouvert, parfois presque abstrait et souvent sombre. D'autre part, quand il s’agit de jouer vite et de ruer un peu dans les brancards (sur «E.S.D.A.», par exemple) il est là aussi. Et avec quelle présence !

Et puis que serait ce quartet sans l’apport précieux de Jean-Paul Estievenart, trompettiste tout-terrain à la fougue maîtrisée, sorte de caméléon à la personnalité de plus en plus affirmée ? C'est indéniable, Estiévenart s’est façonné un son, une griffe.

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Les premiers morceaux jouent beaucoup sur l'atmosphère et se construisent sur des ostinatos imposés avec une force tranquille par Cabras. Tandis que «Melys in Diotta» oscille entre mélancolie et danse éthylique, «E La Nave Và» évoque un néo-réalisme italien qui navigue entre le bonheur, la légèreté et le chaos. Puis, quand ça balance vers un free-bop très ouvert (à la William Parker, Hamid Drake et consorts), ça craque de partout, ça file et ça freine, ça tangue, c'est fragile et solide à la fois. Chacun des solistes s'exprime pleinement : un piano fougueux, une trompette hallucinée et un drumming explosif. Et nous, on prend un pied pas possible.

Et le second set continue un peu dans la même lignée. On installe d’abord une ambiance feutrée et inquiétante avec «Lena». Trompette bouchée, notes égrainées au piano, feulement des balais sur les tambours et des cordes qui impriment un battement régulier. Puis on va déterrer les racines du blues pour mieux le déstructurer («Uncle Stevie»). C'est ici que se révèle encore plus la force du jeu de Cabras : anguleux et mobile à la fois.

Enfin on se permet toutes les libertés rythmiques et mélodiques sur le vif et indomptable «E.S.D.A.» avant de clore ce concert intense avec un «No Comment» plein de délicatesse.

Ces quatre musiciens, à la personnalité forte, sont au service d'une musique aussi inventive et brûlante que spontanée et profonde. C'est une véritable musique d'échange, qui se joue sur l'instant dans laquelle rien n'est jamais figé. C’est un vrai jazz vivant qui ne demande qu'à être joué souvent sur scène, pour évoluer encore et encore et devenir énorme.

N’y a-t-il pas un club ou un endroit qui pourrait les accueillir plus régulièrement ?

 

 

A+

Merci à ©Roger Vantilt pour les photos.

 

 

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20/02/2017

Tournai Jazz Festival 2017

Privé des habituelles salles de la Maison de la Culture, à cause de travaux, le Tournai Jazz Festival se devait de trouver un nouvel endroit pour sa 6ème édition. Quand on sait que les salles de spectacles ne sont pas légion dans cette ville, ce n’était pas gagné.

Face à l’adversité, certains auraient jeté l’éponge, mais c’était sans compter sur l’énergie et l’enthousiasme débordant d’une équipe de bénévoles dévouée au jazz et à la bonne cause (rappelons que la plupart des bénéfices sont reversés, via le Fifty One Club, aux plus démunis).

C’est donc en plein centre de la ville, sur la Grand Place, que le festival s’est installé. Et pour cinq jours ! D’une part sous le beau chapiteau du Magic Mirrors et d’autre part à la Halle aux Draps. Le résultat : carton plein ! Le public tournaisien – et même celui venu de bien plus loin - a répondu présent, et le festival a affiché complet du mercredi au dimanche.

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Comme chaque année, les organisateurs avaient alternés concerts de groupes locaux, belges et internationaux. Ce sont les français de Polvèche Quintet qui ont d’abord partagé la scène avec les tournaisiens d’Uncle Waldo et de Glass Museum.

Le lendemain, c’est l’Âme des Poètes qui a émerveillé le Magic Mirrors avant de laisser la place, à la Halle aux Draps, à CharlElie Couture. C’était, pour ce dernier, le seul et unique concert en Europe. Concert bien légitime dans le cadre de ce festival , quand on connaît l’excellent album blues « Lafayette » que le célèbre chanteur français, expatrié à New York, vient de sortir. Et, en trio, ce soir, on peut dire qu’il a conquis tout le monde.

En fin de soirée, Récital Boxon, emmené par la chanteuse Maïa Chauvier, bousculait un peu le public avec ses chansons engagées à la poésie incisive, dans un mélange de jazz, de folk, de rock et de spoken words. Un groupe à suivre.

Vendredi, déjà le troisième jour !

Le Magic Mirrors est l'écrin idéal pour la musique scintillante, groovy et poétique de Lorenzo Di Maio. Le quintette du guitariste a sorti un premier album (Black Rainbow) très réussi qui a été salué par une presse belge et internationale unanimes. Ce soir encore, le groupe démontre tout son potentiel et ses qualités. Du groove d'abord avec « Lonesome Traveller », puis le nerveux « No Other Way » dans lequel Nicola Andrioli (p) et Jean-Paul Estiévenart (tp) surenchérissent de maestria. Les doigts du pianiste s'affolent sur le clavier pour provoquer le trompettiste qui n'attend que ça. Estiévenart invente, malaxe, tord, étire et hache les notes avec un appétit féroce. « Black Rainbow » ou « Détachement », tout en douceur et en esprit americana, laissent divaguer la guitare chaude et languissante de Di Maio, soutenue par la basse sensuelle de Cédric Raymond. On ressent chez ce denier le côté multi instrumentiste qui lui permet de sortir des plans auxquels on ne s’attend pas. Il joue vraiment avec le groupe. C'est un peu pareil pour Antoine Pierre aux drums, qui découpe, précède ou construit, presque abstraitement, les thèmes en gardant une pulsation précise. Avec le très milesien « Open D », boosté par un intenable Nicola Andrioli au Fender Rhodes, suivi du jubilatoire « Santo Spirito », Lorenzo Di Maio Quintet conclu un concert de grande efficacité.

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Le temps de traverser la Grand Place et nous voilà à la Halle aux Draps. Soulignons le travail remarquable sur l’acoustique faite par toute l’équipe de techniciens de la Maison de la Culture. Pas facile, en effet, de sonoriser la cour intérieure couverte, d’un édifice tout en pierres datant de la Renaissance. Mais l’endroit est sublime et se prête, ici aussi, merveilleusement bien à la musique toute en atmosphère d'Anouar Brahem. Le oudiste, accompagné par Björn Meyer à la basse, Klaus Gering à la clarinette basse, François Couturier au piano et par l’Orchestre de Chambre de Wallonie conduit par Frank Braley, entame un long morceau contemplatif dont il a le secret. Le tunisien reprend principalement le répertoire de son album « Souvenance », sorti chez ECM en 2015. La basse électrique, au son très mat, fait écho au oud, léger comme le vent. Tandis que les cordes déroulent un tapis ondulant et mouvant, la clarinette basse sonde les mystères de la mélancolie. Le piano quant à lui, dialogue sobrement avec l’orchestre et amène une pointe de fraîcheur. Nous sommes à la croisée de la musique arabe, du jazz et du classique. Quelques rares interludes improvisés des solistes permettent les transitions bienvenues entre les morceaux qui, malgré leur éblouissante écriture, semblent parfois s’étaler juste un peu trop. On voyage dans un grand paysage harmonique, jamais grandiloquent ni étouffant, on plane et on se recueille presque. Il faut remarquer et saluer aussi la qualité d'écoute d’un public subjugué, respectueux, attentif et très enthousiaste. Ce qui est toujours agréable.

La transition est parfaite entre la musique d’Anouar Brahem et celle de Quentin Dujardin et Ivan Paduart, qui présentaient « Catharsis » en quintette, dans un Magic Mirrors noir de monde. Ici aussi, il s’agit de tirer un trait d'union entre la musique méditerranéenne, défendue par le guitariste, et le jazz plus affirmé délivré avec vigueur par le pianiste. Au duo de base, s’ajoutent le magnifique trompettiste Bert Joris – qui vient de sortir une perle avec le BJO - le bassiste électrique Théo de Jong et le batteur Manu Katché. Ici, c’est le groove et le swing moderne qui prennent rapidement le dessus. « Délivrance » puis « Far Ahead » donnent le ton. Les échanges sont vifs mais nuancés. « Retrouvailles » est plus intimiste et la guitare de Dujardin est bien mise en avant. Le jeu est fin, équilibré et brillant. Tout comme Paduart, Dujardin ne cherche pas nécessairement les accords complexes, du moins en apparence, mais essaie toujours de faire passer l'émotion au travers d’un jeu subtil et vivant. Associés au son enrobant mais toujours limpide de Bert Joris, les morceaux délivrent toutes leurs saveurs, à la fois épicées et sucrées. Entre Manu Katché, au jeu sec et tendu et Ivan Paduart, plus aérien mais aussi parfois très percussif, l’entente est parfaite. La musique bouge, se transforme, se déplace. Le jazz se mélange aux rythmes hispanisants et dansants, voire funky, comme sur un « Human Being », par exemple, dans lequel Théo de Jong fait éclater tout son talent avant que Katché ne conclue la soirée d’un solo époustouflant.

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Samedi, ça ne fait que commencer !

Le pari était plutôt osé de programmer le premier concert de samedi à 15 h30. Mais, bonne surprise : même si le Magic Mirrors n'est pas rempli au début du concert, il se comblera très vite pour accueillir le Heptatomic de Eve Beuvens ! Voilà qui confirme une réelle curiosité et un engouement certain du public tournaisien pour le jazz. Au fil du temps, le projet de la pianiste a pris du corps. A l'esprit migusien qui en avait surpris plus d'un lors de sa création au Gaume Jazz en 2013, Heptatomic semble y avoir ajouter une pointe George Russel, de Lennie Tristano ou même peut-être de Gunter Shuller. Toutes ses influences, conscientes ou pas, nourrissent un jazz moderne, acéré et franchement jubilatoire. La musique est angulaire mais ne manque certainement pas de swing. Elle rebondit, elle fonce, elle attend, elle recule pour mieux sauter. Et c'est tout bonus pour les solistes. Sam Comerford (ts), Grégoire Tirtiaux (as) et Jean-Paul Estiévenart se relaient tour à tour pour emmener la musique toujours plus loin. Benjamin Sauzereau inocule l’ensemble de riffs diaphanes dans un jeu très personnel, quant à Manolo Cabras, faisant claquer les cordes de sa basse et Lionel Beuvens à la batterie, ils assurent une rythmique des plus efficaces. Mélangeant nouveaux et anciens thèmes, Eve Beuvens et sa troupe arrivent à capter l'attention du public et à rendre toute cette émotion, énergique ou fragile, avec assurance. Bien équilibré et bien pensé, entre complexité et sensibilité, le set se prolonge par un rappel auquel Eve elle-même ne s'attendait pas, prouvant ainsi la qualité du projet et l’intérêt du public pour celui-ci.

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Vers 17h30, la Halle aux Draps a fait le plein pour accueillir le duo du pianiste Jacky Terrasson et du buggliste Stéphane Belmondo. Ceux-ci présentent le très intimiste album « Mother » sorti l'année dernière. Entre ballades originales et standards, joués sobrement et avec une pointe d'humour, la musique berce l'auditoire avec bienveillance. Il faut un petit temps pour que le concert trouve sa voie, mais quand l'inspiration vient, on sent les deux musiciens totalement complices. Ils n'hésitent pas à parsemer les thèmes de citations. Ils déconstruisent et remontent à leur façon des airs que l’on connaît presque par cœur. Le duo mixe les moments de mélancolie et les moments de totale désinvolture. Le jeu de Terrasson est à la fois romantique et rythmiquement ferme. Belmondo n'hésite jamais à désamorcer la tension qui risquerait d’envahir un peu trop la musique. Du coup, après l’émouvant « You Don’t Know What Love Is » et surtout « La chanson d’Hélène », délivrés avec une sensibilité à fleur de peau, « Les valseuses », « Fun Key » ou encore « Pompignan » se dégustent avec un plaisir non feint.

Sur les coups de 19h 30, la salle est archi comble lorsque Kyle Eastwood monte sur scène. Le démarrage est explosif et ne donne aucun doute sur l'objectif de la musique que le contrebassiste défend. « Proceco Smile » et « Bullet Train » déboulent avec furie. C’est clair, Eastwood veut, comme il le dit lui-même, payer son tribu à la musique des années ‘50, celle des Blakey, Morgan et Silver. Loin d'en faire une simple copie, Eastwood et ses compagnons insufflent un son bien actuel et décomplexé. Quentin Collins à la trompette et Brandon Allen au sax se relaient pour faire monter l’intensité. Ça y va à l'énergie. Franck Agulhon fouette et frappe dans un pulse toute maîtrisée ses fûts, tandis qu’au piano, Andrew McCormack distille des phrases bop bien senties. Le leader impressionne aussi dans son jeu à l’archet, sur « Marrakech » notamment. On le préfèrera à la basse acoustique qu’à l’électrique, qui est pourtant son instrument de prédilection. En effet, la version de « Dolphin Dance » un peu trop respectueuse et « Letter From Iwo Jima » en duo basse électrique et piano, font légèrement baisser l’enthousiasme. Après ce passage un peu plus faible et d’autres moments presque trop pop, le groupe reprend des forces avec « Caipirinha » et un « Big Noise From Winnetka » enflammé. Quant au « Boogie Stop Shuffle » en rappel et entamé en solo, il sera concis, direct et intense comme on l’aime.

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A son tour, Manu Katché a fait salle comble et a soigné la mise en scène. Arrivée de star dans la pénombre tandis que le groupe entame l’intro d’ « Unstatic », du nom du très bon album sorti récemment. Comme sur le disque, Katché suit fidèlement l’ordre des morceaux. Il laisse juste l’espace qu’il faut aux saxophonistes, Raffaele Casarano et Torre Brunborg, pour improviser. Jim Watson se partage entre le piano et le Fender, distillant des notes plus soul. Quant à Jérôme Regard, il assure avec fermeté un tempo solide. Il faut quand même laisser à Manu Katché un style et un son particuliers, reconnaissables entre cent. Sa façon de faire sonner les cymbales, de redoubler les coups sur les caisses claires et les toms, tout en gardant un gros son bien marqué, est assez unique. « City », Blossom » ou « Daze Days » défilent. Le groupe reste assez proche des mélodies, très écrites, enregistrées sur l'album. Cela en rassure certains et laisse un petit goût de trop peu à ceux qui aiment les surprises. Mais en rappel, l’éternel « Cherokee » permet à tous de vraiment se lâcher. Et c’est bon ! Trois rappels se succèdent alors pour combler un public très enthousiaste.

Et comme si cela ne suffit pas, le festival a encore prévu un concert ! Il est près de minuit quand le Nu Jazz Project du trompettiste François Legrain monte sur la scène du Magic Mirrors qui ne désemplit pas. « Do You Know Where You’re Coming From ? », « Siegfried », « Keep Me In Mind » s’enchainent. Le public est toujours là et danse sur les rythmes jazz, drum ‘n bass et hip hop du collectif. Le mélange fonctionne assurément bien. Les cuivres sonnent ( Dominique Della-Nave au trombone, Maayan Smith au sax), le drumming de Sylvio Iascio est puissant, DJ Odilon crache les scratchs, soutenu par Brieuc Angenot à la basse. Quant à Dorian Dumont au piano électrique, il s’immisce entre les voix de Soul T et Angela Ricci qui assurent un flow parfait.

 

Come Sunday.

Pour les insatiables et les lève-tôt, l’organisation avait prévu, dès 11h du matin, une série d’animations et de concerts gratuits ! A commencer d’abord par une évocation de Boris Vian, puis des concerts des élèves du conservatoire de Tournai. Vers 16h. c’est le big band JMO, sous la houlette du jeune pianiste Gilles Carlier, qui propose ses compositions originales et des standards peu joués, dans des arrangements qui ne craignent pas la sophistication. Plutôt osé pour un band d’amateurs. Mais le travail et l'audace paie. On remarquera ainsi quelques bons solistes tels que le saxophoniste Thomas Van Ingelgem sur un « Chronométrie » assez complexe, un trompettiste sur « Walkin' Tiptoe » de Bert Joris ou encore l’excellente chanteuse Sarah Butruille, sur « Avalon » de Natalie Cole, entre autres.

Et pour conclure ces cinq jours intenses, Fabrice Alleman met un point d’honneur à offrir un concert sublime et sans faille, malgré un léger problème technique et une courte panne qui prive le chapiteau de lumière, mais pas de musique, pendant quelques minutes. « Obviously » est sorti en 2013 déjà, et ne cesse de bonifier. Ce projet qui allie jazz sensuel et rythmes groovy n’oublie pas la tendresse dans les compositions magnifiées par le jeu aérien et à la fois déterminé de Nathalie Loriers. « Regard croisés » se développe tout en douceur et volupté. « Suite Of The Day » qui se décline en trois parties reste un must du répertoire d’Alleman. Le sax se déploie, crie puis s'amuse et laisse la place au Fender Rhodes, très soul et groovy, de Nathalie Loriers. Et le final, plus funk jazz et un peu canaille, embrase la salle. Lionel Beuvens et Reggie Washington assurent une rythmique parfaite. « Take It As It Is », en duo piano/soprano, et même sifflée, est une ballade sensible et romantique d’où s’échappent de belles notes bleues. Pour terminer, « Open Your Door », rageur et revendicatif, et « Crazy Races », tendu et galopant, vont titiller les limites du « out ». Ces nouveaux morceaux donnent encore plus de corps à un projet qui mêle humanisme et rage, bonheur et inquiétudes. Et qui devrait continuer à évoluer.

Une fois de plus, le Tournai Jazz festival a tenu toutes ses promesses. Il y en a eu pour tous les goûts ! C’était un cadeau pour ceux qui ne connaissaient pas le bon jazz, ou s’en faisait une fausse idée, et pour ceux qui ne jurent que par lui.

On se donne déjà rendez-vous en 2018 avec le même plaisir et la même gourmandise.

 A+

Photos : © JC Thibaut

 

16/09/2016

Lorenzo Di Maio - Black Rainbow - Marni Jazz Festival 2016

Lorenzo Di Maio a le sens de la composition, on vient de s'en rendre compte avec la parution de son tout nouvel, et premier, album personnel Black Rainbow (chez Igloo). Mais il a aussi le sens de la scène.

On s’en est rendu compte lors du « release » concert de ce mercredi soir au Marni. On voit qu’il y a pensé, qu’il l’a mis en scène. Rien de bling bling ni de fake, rassurez-vous, mais une occupation simple et efficace de l’espace et une présence affable et sincère en contact direct avec le public.

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Après un premier morceau (« Détachement »), tout en atmosphère et en langueur, qui permet déjà d’entendre un sublime Nicola Andrioli au Fender Rhodes, le quintette enchaine aussitôt avec « No Other Way », plus incisif, claquant et nerveux, qui permet à Jean-Paul Estiévenart de marquer son territoire.

En deux morceaux, Lorenzo Di Maio a posé les bases de son univers équilibré entre tendresse et entrain, mélancolie et exaltation, sérénité et excitation. Mais cela ne se résume pas qu’à ça : la musique du guitariste n’est pas noire ou blanche, elle se décline en nuances de gris de toutes les couleurs. Et elle est partagée par un groupe d’excellents musiciens et amis qui trouvent tous la possibilité de s’exprimer librement… tout en suivant la ligne de conduite du leader.

Avec « September Song », on découvre encore une autre facette de Nicola Andrioli (allez écouter son jeu débridé avec Manolo Cabras, tendre avec Barbara Wiernik, ou pétillant avec Philip Catherine, et vous aurez un tout petit aperçu des talents de ce pianiste caméléon). Ici, il est virevoltant et inattendu et il attaque « sévère » en gardant toujours une extrême musicalité.

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Sur « Black Rainbow », qui donne le nom à l'album, c’est Cédric Raymond qui profite des grands espaces pour délivrer des solos de contrebasse pleins de tonicité.

Et puis il y a « Lonesome Traveler », construit sur base d’un ostinato qui s'efface au cours du morceau mais qui reste sous-jacent. C’est comme le rythme d’une locomotive qui ne s'arrête jamais et qui promène le groupe au travers de différents sentiments : la joie, l'émerveillement, le doute, l'excitation, la contemplation… Chaque musicien amène son histoire. Antoine Pierre, excellent de bout en bout, joue le chien fou dans un drumming « désarticulé », Cédric Raymond évoque le vent chaud et rassurant, Jean-Paul Estiévenart joue le curieux et l’optimiste, Nicola Andrioli se fait philosophe et sage, quant à Lorenzo Di Maio, il explore, s’émerveille, se réinvente.

On peut sans doute trouver des références à Bill Frisell, mais sur « Open D », par exemple, on trouve aussi des traces de blues et de jazz électrique, un peu comme si J.J. Cale avait rencontré la bande du Miles electric. « Santo Spirito », tissé de métriques complexes, fait d'accélérations et de virages à 180°, de solos fiévreux et d’un final explosif d’Antoine Pierre, rend hommage, lui, à l’oncle du guitariste : le batteur Santo Scinta. On conclura avec un « Back Home » langoureux et, en cadeau un inédit plein de fougue.

Il y a décidément beaucoup de maturité dans ce groupe et beaucoup de sensibilité aussi.

Black Rainbow mélange les influences blues, folk, rock et jazz dans une étonnante cohésion sonore. La musique est riche et variée, mais garde toujours une ligne de conduite bien définie. Même s’il ne se met pas plus en avant que les autres - pour toujours laisser toute la place à la musique - Di Maio possède bien la carrure d’un leader. On s’en doutait déjà un peu, mais on en a la confirmation. Et ce groupe a vraiment un bel avenir.

 

 

A+

Photos : merci ©Olivier Lestoquoit !

 

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23/07/2016

Fabrizio Graceffa Band - Royal Park Music Festival Brussels

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Il est onze heures du matin. Le 17 juillet. C'est dimanche.

Il faut doux et bon dans le parc de Bruxelles.

Devant le kiosque, une foule assez conséquente a investi les bancs publics.

Jules Imberechts (Jules « du Travers »), jamais à court d'idées pour promouvoir le jazz, est à l’origine du Royal Park Music Festival qu’il organise depuis quelques années déjà. C’est qu’il a l’âme bucolique, le Jules. Je vous conseille d’ailleurs ses Sentiers de Sart-Risbart, histoire de vous dépayser un peu plus, entre le 18 et 21 août.

Aujourd'hui, au « Royal Park » c'est Fabrizio Graceffa qui est invité.

Le guitariste présente son tout nouvel album « U-Turn ».

Sa musique est à la fois douce et contemplative, mais aussi parfois groovy. Ses compositions sont élaborées et limpides à la fois. Et puis, c’est visiblement la musique d’un groupe plus que celle d’un « guitar hero ». C’est presque normal quand on a à ses côtés Nicolas Kummert (ts), Teun Verbruggen (dm), Jean-Paul Estiévenart (tp), Boris Schmidt (cb) et un jeune et très prometteur Edouard Wallyn (tb).

Graceffa laisse donc beaucoup de place à ses musiciens afin qu'ils développent et enrichissent des thèmes qui ressemblent parfois à de longs voyages imaginaires.

Celui que l’on remarque en premier, dans cet ensemble, c’est Jean-Paul Estiévenart. Ses solos de trompette sont toujours clairs et tranchants, mais il arrive toujours à tempérer l'agressivité par des pirouettes surprenantes et a désamorcer la tension (ou, au contraire, en ajouter). Il prend du recul, donne de l’éclat aux mélodies et de l'espace aux silences qui suivent. Et puis, il faut l’entendre éclabousser de couinements stridents certaines compos (« Self Control » ou « The Old Ship », par exemples).

Le trombone de Wallyn et le ténor de Kummert (magnifique sur « Trois Fois Rien ») alimentent un certain mystère. Ils titillent notre curiosité et nous donnent l'envie d'aller voir plus loin ou de planer plus haut.

Graceffa peut aussi compter sur le jeu, enrobant et vibrant, de Boris Schmidt, et sur toute la créativité de Teun Verbruggen. Ce dernier nuance sans cesse, appuie, précède ou soutient les phrases de Graceffa. Il est omniprésent, mais l’intelligence de son jeu, léger et incisif à la fois, ne le rend jamais envahissant.

Fabrizio Graceffa peut donc se permettre de dessiner, tout en aisance, les images qu’il a en tête. Et l’on imagine avec lui des plaines désertes et brûlantes, des villes abandonnées, des rencontres magiques de fins de journées (haaa… ce « Milton’s Dream » et son petit air de bossa).

Il y règne une certain parfum d'enfance, d'insouciance et de bonheur simple, plus que de mélancolie. Les arrangements sont toujours d’un bel équilibre et Graceffa ne force jamais une idée, il la laisse se développer sous l'impulsion et l'interaction de ses musiciens. Le phrasé est souvent doux, parfois alangui, à la Frisell, mais il sait remettre du punch quand il le faut. Il n’hésite pas à jouer la disto un peu rock (« U-Turn ») ou des accords bluesy bien sentis (« Something Is Missing »).

Il y avait du soleil qui se cachait derrière quelques timides cumulus, une légère brise qui flânait dans les arbres, une odeur de tilleul et de hêtre qui planait… Un parfum de bonheur flottait dans le parc… et ce bonheur n'était pas le fait que de la nature.

 

 

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17/04/2016

David Thomaere Trio - Jazz Station

Il y a la toute grosse foule à la Jazz Station, ce mercredi soir, pour assister au premier concert d’une longue série (d’abord le Jazz Tour puis les JazzLab Series) du trio de David Thomaere. Et c’est bien normal car le jeune pianiste présente son premier album, « Crossing Lines » fraîchement sorti chez DeWerf, qui est sans doute l’une des belles surprises de ces derniers mois. Un album assez punchy, plein de musicalité et qui témoigne déjà d’une belle maturité.

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Même si l'on sent chez le pianiste certaines influences (qui n'en a pas ?), David Thomaere arrive à s’en servir intelligemment pour créer un univers plutôt personnel. Ce qui est une gageure dans le cercle très encombré des trios de jazz : piano, basse et batterie en sont un peu la quintessence et pour sortir du lot il faut avoir quelque chose à dire. Heureusement, David Thomaere a de la suite dans les idées. Et puis, il sait très bien s’entourer puisqu’on retrouve autour de lui Felix Zurtstrassen à la contrebasse et à la basse électrique et Antoine Pierre aux drums.

Le morceau d’entrée, « Braddict » s'inspire, comme son titre le laisse deviner, de la musique de Brad Mehldau. Une balade qui oscille entre lyrisme et pop. « Night Wishes », quant à lui, joue une sorte de course poursuite entre piano et drums, tandis que la basse électrique ondule et fait office de garde-fou. Et, mine de rien, ça balance plutôt pas mal. Leader charismatique et sympathique, David Thomaere n’est pas avare de commentaires. Il aime partager avec le public et raconter la petite histoire de ses compositions. Ou de ses reprises. Celle de Balthazar par exemple (« Lions Mouth »), qu’il traite un peu à la façon d’un Esbjörn Svensson, ou plus tard « Default », empruntée à Thom Yorke. Oui, David Thomaere picore un peu partout.

« Winter 's Coming », une nouvelle compo, construite sur un ostinato obsédant (lancé sur une loop machine) se décline tout en ruptures. Le trio bâtit des murs presque infranchissables, bétonnés par un drumming sec et tendu, qu’il brise avec des plongées abyssales où le piano semble jouer en apnée.

Pour redémarrer le second set, Antoine Pierre nous gratifie d’une intro en solo remarquable. Il est toujours surprenant de voir comment ce batteur a le sens de la musique. Il allie la finesse au groove ou aux silences, et ses frappes sèches, telles des coups de griffes, se confondent aux caresses. « Rebirth » et « Aftermath vs Freedom » s’enchaînent avec tonicité, avant que le trio n’invite Jean Paul Estiévenart (tp) et Nicolas Kummert (ts) (qui remplace ce soir Steven Delannoye, parti jouer avec Sander De Winne dont je vous recommande également chaudement l’album « Kosmos ») a les rejoindre.

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Ce qui semble être une balade lyrique se transforme progressivement en symphonie soul flamboyante. Le thème de « Dancing With Miro » enfle, Estiévenart laisse éclater les déchirures, frôle le « out », joue avec les dérapages et les limites, pour terminer sur une note pure. Les deux souffleurs s’amusent visiblement et font vibrer « Default ».

Le temps de revenir avec un nouveau morceau, crépusculaire et intimiste, qui permet d’apprécier le toucher sensible du pianiste, le final se fait tout en force. Ça envoie avec plaisir !

Et en rappel bien mérité, « Mister Infinity », qui évoque un Canonball Adderley des temps modernes, prouve une fois de plus que David Thomaere a... « quelque chose » et qu’il faudra compter avec lui.

 

Photos ©Pierre Stenopé Numérique

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15/01/2016

Antoine Pierre - Urbex - Interview.

A l’occasion de la sortie imminente de son premier album Urbex (chez Igloo), j’ai eu l’opportunité d’interviewer Antoine Pierre pour le magazine Larsen (abonnez-vous, c'est gratuit et on y parle de toutes les musiques). Pour le papier, il faut parfois couper. Sur le net, pas nécessairement. Voici la version «uncut».

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Urbex. Jazz et friche.

Antoine Pierre est l’un des jeunes drummers que beaucoup de jazzmen veulent avoir dans leur groupe. On l’a vu aux côtés de Jean-Paul Estiévenart, de Toine Thys, de Enrico Pieranunzi, de Philip Catherine et au sein de groupes tels que LG Jazz Collective ou TaxiWars. Cette fois-ci, ce surdoué de la batterie propose son propre projet : Urbex.

 

Urbex, cela veut dire quoi et d’où te vient cette fascination pour les villes et bâtiments abandonnés ?

Urbex est une contraction des mots Urban et Exploration. Il s'agit d'une discipline à la croisée du sport et de la photo qui consiste à visiter des lieux abandonnés pour en faire des photos « spectaculaires ». J'adore cet univers urbain abandonné qui suggère la vie passée et qui grouille de souvenirs. J'ai commencé à faire un peu d'Urbex, c’est-à-dire partir avec mon amie et avec un photographe pour visiter des lieux abandonnés. J'en ai fait en Belgique et à New York. C'est très mystique comme discipline, tu arrives dans un lieu parfois presque intacte depuis qu'il a été abandonné. La seule chose qui change, c’est que la nature s'y est réinstallée. De la végétation pousse, de champignons aussi... C'est vraiment étonnant.

La musique s’est-elle construite autour de ce « concept » (le chaos, l’abandon, la réhabilitation, …) ? A savoir, construire du « neuf » sur des choses oubliées ?

Exactement. Mes morceaux sont construits principalement à partir d'un état dans lequel je me trouve quand j'arrive dans un lieu abandonné : c'est comme si j'arrivais à comprendre tout ce qui s'y était passé et que je vois tout ce qui pourrait s'y passer. Comme si tu pouvais voir une sorte de décalcomanie de tout ce qui a vécu dans cet endroit, comme une présence fantomatique si tu veux. La nature reprend le dessus et se sert de ce que l'homme a construit pour renaître et prouver qu'elle est toujours là et que rien ne peut la vaincre. C'est un concept qui m'est très cher, ce concept « d'énergies ». Ça peut paraître mystique mais c'est devenu de plus en plus concret pour moi et j'ai voulu le rendre tel quel dans ma musique.

Est-ce difficile de « renouveler » le jazz ?

Je crois que c'est difficile mais je crois surtout que c'est un choix. Je crois tout simplement qu'il faut suivre son intuition et que ce n'est pas obligatoire de renouveler. J'ai l'impression parfois que certains musiciens s'efforcent à faire quelque chose de contraire à leur idéal sous prétexte de faire quelque chose de nouveau. Mais en vain... J'ai l'impression que ces musiciens perdent l'essence du truc à vouloir chercher midi à 14 h. Je crois vraiment qu'il faut faire ce qu'on sent d'abord et si on sent qu'on va dans une nouvelle direction, alors là il faut pousser le truc jusqu'au bout, repousser les frontières. Mais seulement si on le sent ! Il ne faut pas le faire juste pour le faire quoi... C'est tout aussi honorable de conserver la tradition que d'essayer de renouveler le jazz. Je suis toujours aussi attiré par ce qui s'est passé avant pour essayer de comprendre au maximum. Mais je suis autant attiré par l'inconnu et tous les territoires à encore découvrir. C'est d'ailleurs ce que j'aime avec Urbex. C'est très excitant d'avoir l'opportunité d'explorer avec ces musiciens.

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As-tu fait le « casting » du groupe après avoir écrit ou imaginé la musique, ou as-tu écrit en fonction des musiciens ?

J'ai longtemps eu des squelettes de compositions en tête mais j'ai fait le casting avant de concrétiser les morceaux. J'ai choisi certains musiciens à l'époque de mon examen de fin d'études au conservatoire de Bruxelles. Parce que j'avais envie de jouer avec eux, sans vraiment penser à la musique en soi. J'avais un son en tête et je savais que j'avais envie d'un grand groupe avec des souffleurs, une basse électrique et des percussions en plus de la batterie. J'ai choisi aussi les musiciens en fonction des rencontres musicales, soit en jouant dans leurs propres groupes ou en jammant avec eux. Lorsqu'on a commencé à jouer l'année dernière, le groupe avait déjà trouvé un chemin dans le son. C'est ça qui a défini le reste du répertoire. J'ai écrit toute la nouvelle musique en fonction du son que la groupe avait réussi à trouver. J'en suis d'ailleurs plus que satisfait et je ne m'attendais pas à ce que le son prenne une telle ampleur.

Est-ce que tu as donné un « rôle » à chaque instrument, une couleur qui correspond à une image ou à l'imaginaire d’Urbex ? L’urbain/la nature, l’homme/la machine, la modernité/la tradition ?

C'est marrant que tu poses la question car ce n'est pas quelque chose que j'ai conscientisé lors de l'écriture des morceaux mais bien lors de leur réalisation. Pendant la résidence qu'on a eue en septembre, je me suis rendu compte que les instruments trouvaient leur rôle et qu'ils se définissaient en fonction des morceaux. J'aime la géométrie de ce groupe, dans la variation qu'il permet et les reliefs que cela provoque. En d'autres mots j'aime, par exemple, que la basse fasse partie de la rythmique dans une partie et soit la mélodie dans une autre. Ou bien que la batterie tient la mélodie et que les souffleurs accompagnent. Au final, je commençais à parler de rôles moins concret musicalement. Et, oui, il m'arrive d'expliquer une composition en la décrivant comme un tableau, avec tous ces éléments que tu as cité.

Comment a-tu écrit tes morceaux ? Sur un rythme, un «système», une mélodie ? Quel a été le morceau déclencheur d’Urbex ?

Je pars en général d'ambiances et d'atmosphères, majoritairement inspirées par l'univers dans lequel je baigne. J'ai toujours un petit carnet avec moi dans lequel je note toutes mes idées. Au milieu d'une discussion ou d'une balade, je peux m'arrêter comme un geek, sortir mon carnet et noter 3 notes dedans... Une fois que j'ai l'idée du son et de l'atmosphère que je veux dépeindre, j'utilise le matériel de ce petit carnet, qu'il soit rythmique, harmonique, mélodique ou conceptuel... Je connecte les idées entre elles et puis je travaille sur la forme. Si j'ai du mal à connecter les idées et que je m'acharne un peu trop, c'est que ce n'est pas le bon moment alors j'attends que le prochain déclic arrive pour continuer à travailler. Je me retrouve en général avec 5 ou 6 compositions que j'écris simultanément en l'espace de plusieurs mois. La plus longue jusqu'ici m'a pris 10 mois et quelques voyages pour l'écrire... Je ne sais pas si il y a eu réellement un morceau déclencheur. Dans la forme, c'est peut-être le morceau « Urbex » qui dépeint bien le procédé que j'ai utilisé pour écrire le répertoire d'Urbex : une suite en plusieurs parties, avec des ambiances différentes, des reliefs différents mais interconnectés.

Le fait d’avoir passé un an à New York a-t-il changé ta façon d’appréhender le jazz. Cela a-t-il influencé ta façon d’écrire pour Urbex ?

Oui. New York a été une expérience incroyable pour moi. C'était d'abord très intéressant de se connecter autant avec la tradition. Pendant un an, je suis sorti presque tous les soirs dans les clubs de jazz pour assister à des concerts plus incroyables les uns que les autres. Ce qui m'a frappé c'est ce jeu incisif que la plupart des batteurs ont. Il y a quelque chose de tranchant qui ne laisse rien au hasard et qui te fait sentir que c'est «here and now». New York est un espèce de grand laboratoire dans lequel les musiciens font des expériences qui ne se produiront peut-être qu'une seule fois. Les concerts des groupes new-yorkais auxquels on a droit en Europe sont, pour la plupart, des groupes existants qui ont enregistré et tourné. A New York, tu peux voir des formation insolites ou inhabituelles qui jouent des compositions inédites juste pour un soir. Parfois ça fonctionne, parfois pas mais, au moins, ça se fait. Je crois aussi que j'ai eu la chance de faire des rencontres qui m'ont poussées musicalement dans une voie que je n'aurais pas prise autrement. Voir cette émulation entre musiciens et vivre cette énergie forte m'ont poussé à m'ouvrir plus et à faire plus d'expériences. Je pense que cela se traduit bien dans Urbex.

Quelles sont tes principales - et surtout dernières - influences musicales ?

Pat Metheny restera toujours mon influence principale. Pour moi, c'est un musicien complet. Je n'aime pas tout ce qu'il a fait mais dans chacune de ses compositions, la qualité y est et sa plume ressort. J'ai aussi eu l'occasion de faire une session avec Chris Potter à New York et j'ai donc voulu découvrir plus sa discographie. J'adore son écriture et la manière dont il arrange pour les grands ensembles. J'ai aussi beaucoup écouté Vijay Iyer, j'aime sa manière d'aborder la musique et la composition et je trouve que son trio est un magnifique exemple de travail de liberté en groupe. Même si la musique est archi complexe, on sent qu'ils arrivent à s'éclater et à trouver leur liberté dedans. Je suis retourné sur la discographie d'un de mes plus grands héros, Miles Davis. Après avoir écouté son premier et son deuxième quintet pendant des années je suis retourné sur la période électrique que j'adore. J'aime la progression de la musique dans ces disques et aussi l'énergie qu'il y a, ce truc « sans chichi ». De plus, le son de Miles est juste incroyable...

Vous avez beaucoup joué avant d’enregistrer ? Le disque s’est enregistré dans les conditions d’un live ? Y a-t-il eu beaucoup de « prod » ensuite ?

Quand je suis rentré de New York, on a joué l’ancien répertoire au Bravo et au Brosella. On n’avait pas encore eu le temps de travailler sur la nouvelle musique. Le son était là et il ne demandait qu'à grandir encore. Durant le mois d'août, j'ai organisé des répétitions partielles avec les musiciens pour parcourir les nouveaux morceaux et nous habituer aux formes, aux systèmes rythmiques et harmoniques et approfondir quelques intentions. Ensuite, on s'est tous réunis pour 3 jours de résidence à la Jazz Station. Là on a vraiment pu travailler les morceaux en profondeur et tester plusieurs possibilités de structures, etc. On a joué ce répertoire pour la première fois au Marni, c'était donc notre première situation live. On est rentré en studio le lendemain et on a passé 3 jours et deux nuits à enregistrer dans un studio dans les Ardennes, complètement isolé du monde, juste concentré sur cette musique. C'était une expérience incroyable pour moi ! Actuellement*, nous sommes en plein mixage pour faire ressortir la musique comme elle doit l’être, en respectant les conditions live dans lesquelles elle a été enregistrée.

 

 

*(Note : L'interview s'est faite fin septembre 2015)

Photo : Mael G. Lagadec

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01/11/2015

Franck Agulhon Trio - Jazz Station

À l'initiative des Lundis d'Hortense, Franck Agulhon, était invité à donner une master class ce mercredi 28 novembre après-midi à la Jazz Station. Bonne idée, puisque le batteur français vient de publier «Drum Book», une méthode pour que les bons batteurs s’améliorent encore un peu plus et de façon plutôt ludique. L’occasion était idéale pour joindre la théorie à la pratique. C’est, en tous cas, ce que se sont dit une bonne trentaine de jeunes batteurs. Et ils ont sans doute eu bien raison.

Ça, c’était pour l’après-midi car, le soir, c’était concert.

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Franck Agulhon, on le connaît bien puisqu'on l’a vu joué avec Pierre de Bethmann, Sylvain Beuf, Diego Imbert ou Pierrick Pédron mais aussi, bien sûr, avec Eric Legnini.

Ce soir, il est entouré de Jean-Paul Estiévenart (tp) et Philippe Aerts (cb). Trio inédit pour un concert unique.

Étonnamment, pour ce trio emmené par un batteur, c'est surtout le trompettiste qui est mis en avant. Enfin… c'est étonnant mais, en même temps, plutôt évident puisqu’il s’agit quand même d’Estiévenart. Le jeu de ce dernier, clairement influencé par la jeune scène New Yorkaise actuelle, détonne un peu avec celui d’Agulhon, souvent plus soul ou funky et en tous cas plus ancré dans la tradition «jazz». Ajoutez à cela Philippe Aerts, au jeu solide et très mélodique, et vous obtenez un mélange des genres très intéressant et surprenant. Et puis, comme le trio n’a pas vraiment eu le temps de répéter un répertoire personnel, il s’est rabattu sur quelques classiques et autres standards. Mais avec quelle spontanéité et quelle fraîcheur !

Estiévenart entraîne rapidement ses partenaires dans une relecture de «All The Things You Are» plutôt aventureuse et jubilatoire. Le trio n’a pas peur d’un peu déstructurer, de bousculer et de dépoussiérer avec une certaine candeur ces airs si souvent entendus. Si les trois univers sont (presque) clairs, il ne s'agit pas ici d'un combat entre musiciens qui tentent d’imposer un style. C'est plutôt un échange de visions. Et ça fonctionne ! Et c’est même passionnant. Chacun mesure la liberté qui lui est accordée. Le solo de Philippe Aerts, sur «Turn Around» de Coleman, d’une extrême musicalité et d'une souplesse confondante, est éblouissant. Et puis, mine de rien, il s'immisce avec beaucoup de finesse entre les interventions plus tranchantes et très découpées d'Estiévenart.

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Sur «Recorda-Me» (de Joe Henderson), c’est Franck Agulhon qui peut vraiment faire parler sa batterie. Le jeu est bondissant, très mobile, plein de trouvailles et de subtilités. Et puis, sur «Slam» de Jim Hall, ça joue ping pong, ça progresse par petites touches complices et sourires entendus. Magnifique d’intelligence et d’ouverture d’esprit.

Au deuxième set, on continue et on creuse encore un peu plus dans la même veine. L'intro, en totale impro, de Jean-Paul Estiévenart sur «Alone Together» donne le ton. Ici aussi, chacun donne sa version du standard. Il y a comme une sorte de fuite en avant, de voyage vers l'inconnu, sans tabou ni crainte. La musique fluctue entre Hard Bop, Free et Swing. Et finalement, ce mélange de parfums et de goûts en fait une musique à la saveur unique. Tout s'intègre et tout se fond. Ça rigole et ça envoie, mais «Body Soul» se joue en mode dépouillé et sensible.

En rappel, «In A Sentimental Mood» résume parfaitement la soirée : une conversation intelligente et actuelle, à la fois piquante et pleine de douceur.

Du jazz d'aujourd'hui, quoi ! Et du bon.

Merci à P. Embise pour les photos.

A+

 

 

 

07/10/2015

Mariana Tootsie - Sounds

Cette fois-ci ce n'est pas l'anniversaire d'un club ou d'un festival que l'on fête, mais celui de Mariana Tootsie.

La chanteuse à la voix de diva soul a rempli par trois fois le Sounds. Jeudi avec son band (Pat Dorcéan, Collin De Bruyne et Alexis Arakis), vendredi avec son projet Tribute to Etta James et ce samedi, fête oblige, dans une formule « carte blanche », avec différents invités.

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En effet, au groupe de base, dans lequel on retrouve Piotr Paluch aux claviers, Cédric Raymond à la basse, Matthieu Van aux drums et Alexis Arakis à la guitare, s'ajouteront, dans un premier temps, Jean-Paul Estiévenart à la trompette et David Devrieze au trombone...

Il est passé 22 heures et le Sounds tremble déjà de bonheur. Le public clappe des doigts et des mains, il a du mal à rester assis, il se dandine sur sa chaise et, finalement, va danser au devant la scène. Il faut dire que Mariana à le « chic » pour vous faire bouillir le sang.

Elle enchaîne « Along The Road », en mode sensuel et tendre, avec des morceaux bourrés de blues et de soul (« The Devil In Love » et « I Don't Need No Doctor »), de façon fougueuse et très énergique. L’ambiance monte vite. Comme une fièvre incontrôlable. Les cuivres claquent et la rythmique assure. Elle pourrait continuer ainsi toute la nuit, mais il faut se ménager et en garder un peu pour le deuxième set. Alors, c’est le moment du doux « Maël Love », en duo avec son frère à la guitare. Alexis Arakis use avec habilité de glissandos qui rappellent la chaleur du Delta. La voix de Mariana est brûlante et puissante, sans jamais être excessive. Il y a du grain, de la profondeur, de l'âme… plein d’âme.

Et elle termine ce premier set, toujours en duo, mais cette-fois avec Piotr Paluch, par un tonitruant et très excité « Live In The Light ». Piotr se déchaîne littéralement sur son clavier, redoublant les accords avec dextérité et célérité. Le jeu est nerveux, serré. La claviériste se lève, appuie les effets, enchaîne les chorus. Il donne tout. Le public adore.

Le break vient à point pour souffler un peu et le deuxième set redémarre en douceur. Mais il reprend vite de la vigueur et « I Just Wanna Make Love To You » puis «Rehab » ouvrent le chemin d’une jam annoncée. Mariana a envie de partager! Ça tombe bien, tous les amis musiciens se sont donnés rendez-vous et s’invitent tour à tour sur scène pour lui faire la fête, pour danser et pour délirer. La nuit va être longue.

Qu’importe le projet, Mariana Tootsie montre qu’elle est une des toutes grandes chanteuses de soul jazz qu’il faut absolument entendre et voir. Et pas que lors de son anniversaire.

Happy birthday, miss !

 

 

 

A+

 

 

 

06/09/2015

Belgian Jazz Meeting 2015

Troisième du nom, le Belgian Jazz Meeting s’est tenu à Bruges cette année.

Le Belgian Jazz Meeting ? C’est quoi ?

Organisé en collaboration avec Jazz Brugge, De Werf, Kunstenpunt, MUSEACT, Les Lundis D’Hortense, WBM, et JazzLab Series, ce meeting de trois jours a pour but de promouvoir le jazz belge hors de ses frontières.

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Le Belgian Jazz Meeting ? Qu’est ce qu’on y fait ?

On y écoute du jazz, bien sûr !

On y retrouve 14 groupes belges sélectionnés parmi plus de 160 candidatures.

On rencontre des journalistes, des programmateurs, des agents, d’Europe et du reste du monde.

On parle anglais, français, néerlandais, italien, allemand, finnois… parfois tout en même temps, dans une même conversation.

On noue des contacts.

On écoute du jazz !

On boit une bière. Ou deux. Ou plus.

On va se coucher trop tard. On se lève trop tôt.

On écoute du jazz !

On se balade sous la pluie.

On découvre des projets.

On discute, on s’interroge, on s’échange des avis.

Mais surtout… on écoute du jazz…

On écoute d’abord Lab Trio. La musique est acérée, les compos ciselées. L'ensemble est peut-être un peu trop cérébral. Le drumming de Lander Gyselinck, fin et précis répond parfaitement au jeu très inspiré de Bram Delooze. Quant à Anneleen Boehme (cb), elle maintient le cap avec juste ce qu’il faut de robustesse et d’ouverture.

On est soufflé par la prestation de Jean-François Folliez Playground. Le clarinettiste a réuni autour de lui une rythmique d’enfer (Janos Bruneel à la contrebasse, Xavier Rogé aux drums et Casimir Liberski au piano), et ça trace ! Pas un seul moment faible. Les compos sont pleines de surprises, avec des changements de directions qui surviennent sans crier gare et des solos qui racontent des histoires. Ceux de Casimir Liberski, par exemples, sont d’une fougue et d’une force surprenantes. Un groupe à suivre de très près !

On se laisse emporter par l’Heptatomic d’Eve Beuvens. Le lyrisme côtoie l’exaltation. Le bop se fait bousculer par le free. Les interventions de Benjamin Sauzerau (eg), Laurent Blondiau (tp) ou encore Sylvain Debaisieux (ts) sont toutes au service d’une musique très… vivante.

On se laisse bercer par le Kind Of Pink de Philippe Laloy (as, flûtes, voc). Les thèmes de Pink Floyd sont recolorés avec beaucoup de subtilité et d’intelligence pour en garder tout l’esprit et éviter la mauvaise copie.

On en prend plein le plexus avec MikMäâk. Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (as) réussissent sans cesse à renouveler la musique du combo, tout en lui gardant son identité. La musique semble se jouer par grappe : tantôt les cuivres, puis les anches, puis les cordes. Et tout est d’une cohérence et d’un groove étonnants. On retient, par exemple, le travail de Pascal Rousseau (tuba), Gregoire Tirtiaux (bs) – et son long solo tout en respiration circulaire est bluffant – Pierre Bernard (flûte) ou encore Claude Tchamitchian (cb).

On se repose comme on peut et, le lendemain, à onze heure du matin…

... on se concentre et on se laisse dériver par la musique très intimiste et très minimaliste de Joachim Badenhorst (cl, bcl) et Brice Soniano (cb). Le feulement, les respirations, les sons étouffés, les rythmes cachés et parfois déstructurés : voilà les ingrédients. Bien sûr, c’est un peu ardu… Mais quelle écoute. Quels échanges. Quelle qualité musicale !

On se fait plaisir avec le trio de Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (cb) et Tineke Postma (as, ss). Avec ces trois-là, la musique circule avec aisance. Les mélodies se développent avec autant de délicatesse que de fermeté. Le trio (sans batterie) arrive toujours à maintenir la tension, aussi bien dans les moments enlevés que dans les ballades. La classe.

On se balade dans le grand hall du Concertgebouw où se sont installés les différents acteurs du jazz belge (agents, maisons de disques, musiciens, associations) pour tenter d’accrocher les invités étrangers.

On vit l'installation "Loops" de Bart Maris.

On remet le prix Sabam au jazzman confirmé (l’incontestable Laurent Blondiau) et au jeune jazzman (Antoine Pierre est enfin récompensé, à juste titre, pour son travail avec Philip Catherine, LG Jazz Collective, TaxiWars et autres. On attend avec impatience son projet personnel, Urbex, qu’il présentera au Marni le 10 et à Liège (Cinéma Sauvenière) le 17. Et puis, on récompense aussi l’infatigable et incontournable Jean-Pierre Bissot (Jeunesses Musicales, Gaume Jazz et bien d’autres choses encore).

 

 

On applaudit Pierre De Surgères (p) et son trio. En se disant peut-être que le choix des morceaux rendait sa prestation un peu disparate.

On reprend un peu de LG Jazz Collective. Toujours impeccable. Concis, puissant et de mieux en mieux rôdé. Et puis, le groupe nous réserve toujours des petites surprises.

On prend une belle claque avec De Beren Gieren ! Le groupe de Fulco Ottervanger (p), Lieven Van Pée (cb) et Simon Segers (dm) vient de publier son dernier album chez Clean Feed. Cela donne une idée de l’esthétique musicale. Le trio est impressionnant, alliant complexité rythmique et harmonique avec une énergie débordante. De Beren Gieren mélange le jazz, le rock et les bidouillages électro. Et c'est très fort !

On subit le rock de Nordman. Le son est puissant, la musique est lourde. L’esprit est rock.

On se déhanche avec Black Flower. L’excellent groupe de Nathan Daems (ts, flûtes, kaval) mélange le jazz, la musique éthiopienne et l’afrobeat. C’est un tourbillon rythmique, ondulant et sensuel, avec une bonne dose de personnalité. Du haut niveau.

On se réveille difficilement dimanche matin.

On est subjugué par le talent insolent et la maturité des très jeunes Hendrik Lasure (p) et Casper Van De Velde (dm). Ces deux-là ont du culot, un sens du phrasé, du rythme et de l’échange. La musique est pleine de finesse, d’humour et de surprises. Schntzl (c’est le nom du groupe) est une révélation.

On s’émeut avec le projet « Secrets » de Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tb), Marine Horbaczewski (cello). Le trio a invité la chanteuse d’opéra Claron McFadden à chanter ou déclamer quelques secrets d’anonymes, parfois drôle, parfois très sombres, mais toujours très touchants. Poésie, musicalité, sensibilité. On est frappé en plein cœur.

On s’échange nos dernières impressions.

On se dit que cette édition était d’un tout bon niveau.

On espère que cela portera ses fruits.

Et on se dit que le jazz donne quand même un belle idée de ce devrait être ce pays.

 

 

 

Belgian Jazz 2015 by Belgianjazzmeeting on Mixcloud

 

 
 

 

A+

 

 

 

09/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 2

Il fait toujours aussi chaud ce samedi sur le site du Gaume Jazz Festival.

Sur la scène du parc, les P´tits Gaumais (les enfants qui ont participé au stage organisé par les Jeunesses Musicales) reprennent les chansons de Saule. C'est touchant, sympathique et rafraîchissant.

Mais c'est sous le grand chapiteau, sur le coup de 15h30, que se joue le premier concert. C'est le LG Jazz Collective. J'en ai parlé encore dernièrement ici, et tout le bien que j'en pense se confirme : le groupe prend de l'assurance au fil des concerts, prend des risques et se libère de plus en plus. Il entre directement dans le vif du sujet (« Move ») et enchaine les morceaux pour éviter les temps morts. Les sons claques et les solos fusent (Rob Banken (as), le nouveau venu dans le groupe, arrache les notes, Steven Delannoye flirte avec le "out" au ténor et avec les étoiles au soprano, et Jean-Paul Estiévenart est éclatant comme toujours. Le groovy « Carmignano » (de Legnini) trouve facilement sa place, tout comme le lyrique « Dolce Divertimento » (d'Alain Pierre) qui permet une belle prise de parole, très lumineuse, d’Igor Gehenot au piano.

Et, bien sûr, le leader (Guillaume Vierset) se sent pousser des ailes grâce au soutien de la rythmique Felix Zurstrassen (eb, cb) et Antoine Pierre (dm), intenable dans ses relances constantes (comme sur « New Feel », pour ne citer que cela). De la cohérence de cohésion de la complicité et beaucoup de travail... La recette est quand même simple, non?

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Dans la salle, le public à rendez-vous avec Orioxy, un quartette suisse au set-up original (harpe, voix, shruti box, ...) dont j’avais parlé du premier album ici. À Gaume, Orioxy présentait le fruit de son troisième album (« Lost Child », enregistré suite à la victoire du quartette au tremplin Jazz d’Avignon). Il fait étouffant dans la salle, mais « Song Of Love » nous emmène tout en légèreté dans l'étrange univers, aussi féerique qu'inquiétant, du groupe. Tout est dans le non-dit, dans l'évocation, dans l’intuition... même si l'explosion survient parfois, façon free rock, au moment où l'on ne s'y attend pas. Orioxy joue autant avec les mots (en hébreu, français ou anglais) qu'avec les rythmes (sur l'excellent « Princeless » par exemple) et les tempos graves succèdent aux groove retenus de l’excellent Roland Merlinc. Les expérimentations électros à la harpe (Julie Campiche) et à la contrebasse (Manu Hagmann), ainsi que le travail vocal étonnant de Yaël Miller, qui chante avec autant de conviction que de sensualité, terminent de parfaire l'identité forte et très personnelle de l’ensemble. Orioxy laisse une grande part au rêve et à l’imagination. A découvrir absolument. D'ailleurs, on espère les revoir bien vite, et plus d’une fois, en Belgique.

Retour sous le grand chapiteau. Kind Of Pink est le projet de Philippe Laloy, entouré de Arne Van Dongen (cb), Emmanuel Baily (g) et Stephan Pougin (perc). Il revisite Pink Floyd, en hommage à son père (avec qui il a découvert le groupe psyché rock, malgré le fait que cela n’était pas de sa génération non plus). Est-ce la raison pour laquelle Laloy prend juste assez de recul pour remanier ces « classics » en évitant les clichés ?

« Money », par exemple, contourne tous les pièges de l'évidence. « Breathe » et « Wish You Where Here » enveloppent la salle des volutes Flodyennes plus bleues que pink. « The Trial » et « Shine On You » sont chantés et se rapprochent, par contre, un peu plus des originaux. Les sons sont feutrés et les thèmes lancinants du mythique groupe anglais se perçoivent derrière des arrangements sobres et fins. Tour à tour, au sax ou à la flûte, Laloy surfe sur les harmonies et ne prend que les notes qui l'intéresse. Il façonne la mélodie, la dilate un peu et l'abandonne parfois pour laisser ses compagnons l’agrémenter à leur façon.

Il est souvent délicat de reprendre des thèmes pop en jazz (ou assimilé), et encore plus lorsqu'il ne s'agit que d'un seul groupe, aussi populaire soit-il (certains ont essayé avec les Beatles, par exemple, avec moins de bonheur), mais Kind Of Pink y arrive sans peine. Et Pink Floyd reste bien intemporel, c'est certain.

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Dans la cour, Sam Gerstmans (cb) propose un duo particulier. Suite à une participation à un programme de Cap 48 et du Créahm, le contrebassiste a rencontré le jeune artiste Julien Pirlot pour un court projet. L'aventure aurait pu s’arrêter là mais, on a beau être musicien, on n'en est pas moins humain. Et Sam est très humain. Alors, ensemble, et de manière régulière, ils ont continué leur collaboration. Quoi de mieux que le jazz et les musiques improvisées pour s'épanouir et se découvrir ? Entre poésie, ré-apprentissage du langage, des sons et de la musique, le duo touche en plein cœur et souligne les différences qui rapprochent. Le free jazz, le jazz mais aussi la chanson populaire rencontrent l'art brut. Et les histoires abstraites naissent, plus concrètes qu'on ne l'imagine. Un travail qui donne à réfléchir. Un vrai travail utile. Très utile.

La carte blanche aurait-elle le pouvoir de transcender les musiciens? C'est sans doute un peu le but et Lionel Beuvens n'a pas laissé échapper l'occasion de s'aventurer dans un jazz très ouvert. Le voici accompagné de Kalevi Louhivuori (tp), Jozef Dumoulin (p), Brice Soniano (cb), Guilhem Verger (as) et d'une chanteuse, et pas n'importe laquelle : Emilie Lesbros. La française, qui vit à NY, a, entre autres, travaillé avec Barre Philips et autres artistes contemporains. On imagine aisément la trajectoire que veut prendre le batteur… sans peut-être savoir ou cela va le mener...

Si, l’ensemble rappelle un peu le Liberation Music Orchestra, avec de longues évolutions mélodiques tailladées d'interventions libres, ou l'Art Ensemble of Chicago, on pense aussi parfois à Abbey Lincoln et Max Roach, en version contemporaine. On traverse de grands espaces sonores, parsemées de rythmes lancinants et entêtants. Jozef jette les notes, Lesbros déclame plus qu'elle ne chante... Mais parfois, son chant, d’une maîtrise totale, agit comme le sixième instrument du sextette. La trompette est claire et claquante, le sax parfois agressif. Les rythmes se cassent avant de se reconstruire. Parfois, certains thèmes débutent en mode « élégiaque » avant d'évoluer vers la transe ou même la rage. Un petit esprit soixante-huitard plane sur le Gaume. A suivre ?

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A l’extérieur, Jetsky (Jan Rzewski (ss), Emmanuel Louis (g) et Pascal Rousseau (tuba)), fait revivre l'esprit Nino Rota en le mélangeant aux folklores klezmer ou Roms. Il y a un côté désenchanté et à la fois plein d'espoirs ironiques dans cette musique. Aux thèmes souvent dansant s'ajoute parfois quelques éclats bruitistes (samples de voix et distos de guitare acoustique). C'est festif et différent. Et Jetsky ne se « démonte » pas lorsque la balance de Tortiller, dans le chapiteau tout proche, se fait un peu trop présente. Le trio en a vu d’autres et peut tout affronter, de toute façon, sa musique a quelque chose de fataliste, digne des meilleurs histoires de John Fante.

Frank Tortiller donc. Le vibraphoniste français a décidé de remettre Janis Joplin à l'honneur, et avec son nonnette c'est le blues (parfois très rock et furieux) qui rejaillit. Au chant, Jacques Mahieu, de sa voix légèrement éraillée et grave, reprend avec plus ou moins de bonheur les plus grands thèmes de la chanteuse américaine (« Kozmic Blues », « Move over », « Half Moon », « Piece Of My Heart ») mais aussi un thème de Leonard Cohen : « Chelsea Hotel ». Les riffs de guitare accentuent le côté rock agressif tandis que les cuivres (mentions spéciales à Alex Hérichon et Jean-Louis Pommier) rappellent un peu le jazz chicagoan ou quelques couleurs soul funk. Les arrangements évitent intelligemment l'imitation et le côté prévisible (beau moment sur « Mercedes Benz »), mais le niveau sonore, parfois trop puissant, a tendance à étouffer ces subtilités.

Bel hommage qui donne envie de se replonger dans les rares albums de cette chanteuse plus sensible qu’instable, comme on la trop souvent présentée.

A+

 

18/06/2015

Rêve d'Elephant - Reflektor à Liège

C'est dans la toute nouvelle salle du Reflektor à Liège que Rêve d'Eléphant Orchestra avait donné rendez-vous à ses fans de la première heure ainsi qu’à un nombreux public curieux de musiques aventureuses, pour deux évènements majeurs. En effet, ce samedi 13 juin, l’imprévisible combo présentait non seulement son nouvel album (Odyssée 14, chez De Werf) mais aussi un superbe livre retraçant les 35 ans de l’aventure incroyable du Collectif du Lion.

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Ce merveilleux et épais bouquin retrace avec précision le parcours atypique de ces «jeunes» qui ont été à l’origine d’une certaine école liégeoise. Outre Michel Debrulle et Myriam Mollet - chevilles ouvrières du Collectif - il faut saluer l’excellent travail d’écriture de Valérie Davreux, Jean-Pierre Goffin, Claude Loxhay et Jean-Pol Schroeder ainsi que les illustrations et la mise en page d’images inédites ou rares de Racasse Studio. On se rend compte, au fil de ces 200 pages, de l’impact que ces musiciens ont eu sur la musique, mais aussi dans la vie sociale et dans les arts en tous genres. «Sur la piste du Collectif du Lion» est un ouvrage indispensable qui permet, mine de rien, de bien mettre en lumière l’utilité de la culture dans notre société. A lire, donc.

Mais revenons dans la salle ou le groupe a déjà pris possession de la scène. Fidèle à son envie de voyager et de défricher la musique, Rêve d’Eléphant explore toutes les contrées d’un univers imaginaire. Et si l’album s’appelle Odyssée 14, c’est qu’il s’inspire de musiques, de textes et d’artistes allant du 14e siècle à nos jours.

Le line-up a changé. Jean-Paul Estiévenart (tp) a rejoins l’équipe (à la place de Laurent Blondiau), l’étonnant Nicolas Dechêne est aux guitares et deux chanteurs (Thierry Devillers et David Hernandez) se sont trouvés une place aux côtés du noyau dur : Pierre Bernard (flûtes), Etienne Plumer (dm, perc.), Stéphan Pougin (perc., dm, congas), Michel Massot (tb, tuba, euphonium, sousaphone) et bien entendu Michel Debrulle (dm).

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Le premier titre («Sur la route») flirte un peu avec le pop folk, tandis que «La folle Impatience » hésite entre musique hispanisante, bourrée auvergnate et parfum tex-mex, avec ses trompettes, flûtes et trombone, et force de percussions (trois batteries qui claquent et qui ne se marchent pas dessus, ça sonne !). Le thème est chancelant et brillant comme la flamme vacillante d’une bougie. Le public est déjà conquis.

Au chant, Thierry Devillers démontre une belle force de conviction narrative sur «Agitprop» - comme il le fera plus tard sur un texte de Picasso, avec l’excellent « Folies ! Folies ! Folies ! » - et un joli sens de la théâtralisation sur «Tavern Song». De son côté, David Hernandez, dans un style spoken word, déroule un extrait de texte de William Burroughs, «The Man Who Taugh His Asshole To Tallk» (faut-il traduire ?). Ici, le rythme est brûlant et obsédant, comme un bourdonnement dans la tête au lendemain d'une soirée pleine d'excès.

Fabuleux de grâce et d'urgence mêlées, «Le Sacre de l´Eléphant» laisse de beaux espaces à une flûte mélancolique et à des cuivres gémissants presque à l'unisson. Et le sacré animal finit d’ailleurs par s’évader dans une jungle africaine et sauvage.

Rêve d’Eléphant accentue encore le côté pluridisciplinaire en offrant une place plus importante aux textes, mais aussi à la danse. Il faut voir comment le corps de David Hernandez se tord et se casse de façon «praxinoscopique»*. Puis, Michel Massot nous entraîne dans «L'eau de la…», un morceau sombre et intime, avant de conclure sur un dansant «The Wind And The Rain», à mi-chemin entre musique celtique et indienne.

Dans le grand coffre à images et à idées de Rêve d’Elephant - qui pourrait paraître bordélique - tout finit par se ranger et prendre forme. Les souvenirs et les utopies en tous genres se racontent et se vivent. Si on a parfois du mal à définir la musique de ce groupe (c'est à dire à tenter de la mettre dans une case) c'est parce qu’elle est unique et qu’elle mélange tout... Ce sont des rêves, en quelque sorte, où tout est possible et tout est permis. Et ça fait du bien.

A+

 

*Vous savez, ces vieux appareils du début du cinéma qui décomposaient le mouvement de manière saccadée…

 

09/06/2015

Blue Flamingo - Juin 2015

Entre festival et «pop up» club de jazz, le Blue Flamingo en est déjà à sa cinquième année !

Oui ! Cinq ans qu’il propose de façon régulière (4 fois l’an, le temps d’un week-end) des doubles concerts, les vendredi et samedi, dans la très belle, spacieuse et chaleureuse salle du Château du Karreveld à Molenbeek. La dernière fois que j'y avais mis les pieds, c'était il y a trop longtemps (lors de la première édition, en fait). Depuis, la formule n'a pas changée mais l'organisation et l'aménagement des lieux se sont bien améliorés : acoustique, lumière et même une petite - mais délicieuse - restauration tendance bio, sont vraiment au top. À force de travail, d'abnégation et, sans aucun doute, d’une foie inébranlable dans le jazz, Vincent Ghilbert et Christelle (MuseBoosting) ont réussi un pari un peu fou. Je vous invite vivement à vous rendre aux prochaines éditions car, vous verrez, vous y serez gâtés.

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Ce vendredi soir c'est Raf D Backer Trio (avec Cédric Raymond à la contrebasse et Thomas Grimmonprez à la batterie) qui fait l’ouverture. Si la formule est un peu resserrée, elle n’en est pas moins explosive et groovy. Le premier morceau («Jo The Farmer») – un peu à la Legnini - est vite suivi d'un autre qui évoque, lui, Jimmy Smith ou Les McCann. Il faut dire qu’au piano ou à l’orgue électrique, Raf donne tout ce qu'il a : énergie, ferveur et sensibilité. Et comme tout bon leader qui sait bien s'entourer, il n'hésite pas non plus à laisser de la place à ses acolytes. Cédric Raymond peut ainsi s'évader dans l'un ou l'autre solo aussi virtuose que sensuel. De même, Thomas Grimmonprez peut découper l'espace de claquements sourds ou limpides sans jamais atténuer la tension. Et ça balance et ça ondule lascivement au son d’un gospel lumineux : «Oh The Joy». Le claviériste s’inspire aussi parfois de Bo Diddley et, tout en invitant le public à frapper dans les mains, rappelle l'essence du jazz, de la soul et bien sûr du blues. A ce rythme-là, le pas vers le funk est vite franchi. Mais on revient quand même aux fondamentaux. Et «Full House» précède un hommage à B.B. King avant que «Rising Joy», aux accents très churchy, ne termine un set rondement mené.

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Le temps d’une courte mise en place, et le LG Jazz Collective monte sur scène.

Le truc du groupe, à la base, c'est de reprendre des thèmes de musiciens belges et de les arranger à sa sauce. Ainsi, «Jazz At The Olympics», de Nathalie Loriers, est retissé à la mode LG, avec verve (le solo de Laurent Barbier (as) est dense) et fougue (Igor Gehenot (p) est en pleine forme). Et «Carmignano», d’Eric Legnini, ou «A», de Lionel Beuvens, ne manquent vraiment pas d’idées. Si Guillaume Vierset laisse beaucoup de place à ses amis pour s'exprimer (comme sur «Move» où il laisse totalement libre Jean-Paul Estiévenart), il n'hésite pas à montrer de quoi il est capable (sur le même «Move», notamment). On remarque aussi l’excellent soutien de Fabio Zamagni qui remplace Antoine Pierre de brillant manière. «Grace Moment» permet aux souffleurs de se faire un peu plus lyriques (comme Steven Delannoye, par exemple, embarqué par Igor Gehenot). Mais, sous ses aspects simples, ce thème laisse apparaitre de tortueuses harmonies. Felix Zurstrassen (eb) – qui prend de plus en plus de risques - défriche alors quelques chemins secrets pour les offrir au pianiste puis au guitariste. La musique semble nous envelopper, comme pour nous étouffer lentement, sereinement, exquisément. Oui, le LG Collective a des choses à défendre et, au fur et à mesure des concerts, prend de l'assurance et se libère. Mais on aimerait qu’il se lâche encore un peu plus et que cela soit encore un poil moins «cadré». Cela pourrait être encore bien plus puissant … pour notre plus grand bonheur.

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Le lendemain, samedi, 3/4 Peace (Ben Sluijs, Christian Mendoza et Brice Soniano) isole le Château du Karreveld dans une bulle magique. On ne le répétera jamais assez, mais Ben Sluijs est une des très grande voix du sax alto. Toujours en recherche d'absolu et de sensibilité. Année après année, il développe un style unique. Tout en douceur, quiétude, retenue, sensibilité, et créativité. Avec «Glow», la musique est à fleur de peau. Puis, avec «Miles Behind», elle semble sortir lentement de la brume, doucement, sur un tempo qui s'accélère subtilement et se dessine sous les doigts de Christian Mendoza (quel toucher, mes amis, quel toucher !). Le pianiste égraine les notes avec parcimonie, répond en contrepoints à la contrebasse, puis prend des libertés dans un swing ultra délicat et d'une limpidité absolue. Brice Soniano (qui vient de publier un magnifique album en trio – Shades Of Blue – dont les concerts sont prévus en septembre... 2016 !!! Soyez patients…) accroche les mélodies avec une finesse incroyable et un sens unique du timing et du silence. Quant à Ben Sluijs, il survole et plane au dessus de cette musique d'une finesse et d'une transparence (dans le sens de luminosité, de brillance, de clarté et de légèreté) inouïe. Ce trio est unique ! Alors, il y a «Still», magnifique de retenue, puis «Constructive Criticism», morceau plus abstrait, découpé avec une intelligence rare, qui joue les tensions, les éclatements et qui trouve une résolution inattendue. 3/4 Peace parvient aussi à faire briller cette faible lueur d'espoir cachée au fond de la musique sombre et tourmentée qu’est «Éternité de l'enfant Jésus» de Messiaen. Puis il évoque Satie avec «Cycling» et enfin se donne de l’air avec un plus enlevé «Hope».

Grand moment. Très grand moment de musique !

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L’ambiance est nettement plus swinguante ensuite, avec le quartette du saxophoniste Stéphane Mercier, soutenu par une rythmique solide (Matthias De Waele (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), mais aussi et surtout par l'excellent Casimir Liberski (p). Ce jeune «chien fou» est toujours prêt à casser les règles, à élargir le spectre musical. Sur «Ma Elle», par exemple, ou sur «Jazz Studio», ses interventions sont furieuses et éblouissantes, presque au bord de la rupture. Il faut un solide Hendrik Vanattenhoven pour canaliser sa fougue. Et c’est magnifique d’assister à ce combat entre le feu et l’eau. Stéphane Mercier peut alors doser, comme il le veut, sa musique. Elle est solaire, énergique et pleine d'optimisme (à son image, en quelque sorte) avec «Team Spirit », puis dansante avec «Juanchito» et fianlement lyrique avec le très beau «Samsara». Avant d’accueillir, en guest, Jean-François Prins (eg) - que l’on ne voit peut-être pas assez en Belgique - pour un ou deux standards, Mercier nous offre encore «La Bohème» dans un esprit qui rappelle un peu Barney Willen, tout en langueur et détachement. Et c’est bon.

Voilà une bien belle façon d’achever cette merveilleuse édition du Blue Flamingo.

 

 

A+

 

 

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

10/05/2015

MikMâäk au Théâtre Marni

MikMâäk, c'est la grande formation de Mâäk, qui fait la part belle aux souffleurs. On y retrouve en effet pas moins de trois trompettistes (Laurent Blondiau, Jean-Paul Estiévenart, Timothé Quost – en remplacement de Bart Maris), autant de trombonistes et tubistes (Geoffroy De Masure, Michel Massot, Niels Van Heertum, Pascal Rousseau), de flûtistes et clarinettistes (Quentin Menfroy, Yann Lecollaire, Pierre Bernard) mais aussi des saxophonistes (Jereon Van Herzeele, Guillaume Orti, Grégoire Titiaux), le tout soutenu par Fabian Fiorini (p), Claude Tchamitchian (cb) et Joao Lobo (dm).

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Ce combo, créé en 2014 à l’occasion du Gaume Jazz Festival, s’était rôdé auparavant, chaque mois, au Recyclart. Par la suite, MikMâäk avait remis le couvert, presque tout aussi régulièrement, au Théâtre Marni, cette fois. Une sorte de résidence qui permetait à l’ensemble de travailler et de présenter des musiques chaque fois nouvelles ou en perpétuelles évolutions.

Ce jeudi, c’était le dernier concert avant l’enregistrement live prévu à De Werf en juin.

Après un premier titre tout en furie - dans lequel on remarque tout de suite le jeu impressionnant de Timothé Quost - «Litanie», écrit par Fiorini et introduit par le ténor grave et rocailleux de Jereon Van Herzeele, se développe de façon plus insidieuse, à la manière d'une énorme vague qui ne cesse de gonfler.

«Tilt» , lui, écrit par Yann Lecollaire, fonctionne par strates dans lesquelles chaque section (une fois les sax, puis les trompettes et ensuite les flûtes) trouve un terrain de liberté. La musique est à la fois très composée et à la fois hyper ouverte. Le travail sur le son et la volonté de «sonner différent» sont évidentes. On a rarement l’occasion, par exemple, de voir une sourdine - énorme - sur un tuba, qui donne au jeu de l’excellent Pascal Rousseau encore plus de caractère.

Si l’esprit d’ensemble reste très cohérent, les ambiances sont très changeantes. «Cubist March-suite» (de Fiorini) ressemble parfois à une valse désarticulée et désabusée qui met en valeur le jeu souple et inventif de Claude Tchamichian ou le trombone indomptable de Geoffroy De Masure. Calme et nocturne, «Souffle de lune» (de Michel Massot) irradie d’émotions contenues parsemées de quelques scintillements de flûtes mais aussi éclaboussées par le solo lumineux et incandescent  de Jean-Paul Estiévenart.

Et la suite est à l’avenant, aussi déroutante qu’excitante.

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Ce qui est remarquable chez MikMâäk, c'est le travail d'arrangements de chacun des morceaux. Il y a une maîtrise et une sensibilité énormes ainsi qu’une précision et une rigueur qui laissent pourtant plein de d'espaces aux improvisations libres. Les solos ne sont jamais là pour mettre simplement en valeur le talent des musiciens (Lobo et son intro en accélération absolument irrésistible ou Tchamitchian en intro du morceau d’Emler, pour ne citer que ceux-là), ils participent intelligemment à la construction des thèmes. Tout cela est très sophistiqué et complexe mais, finalement, très accessible tant c’est musical.

Alors, le groupe s'amuse. Sur un «Back And Force» d'Andy Emler (un ami de la famille si l'on peut dire), les musiciens feignent de se disputer sur la façon de jouer avant de s’engager dans un groove plein de rebondissements. Et ça tourbillonne autour du trombone de De Mazure, qui prend des accents très orientaux d’abord, avant se perdre dans un jazz volé à Chicago. La fête aurait pu continuer longtemps. MikMâäk finit par descendre dans la salle et se mélanger au public avant de disparaître dans le fond de la salle sous les cris et les applaudissements nourris.

Contemporaine, ethnique ou de chambre, MikMâäk fait vaciller les piliers classiques de la musique et du jazz. Et pourtant, comme par magie, tout cela tient, tout cela a du sens. MikMâäk explore et défriche sans jamais laissé de côté l'auditeur et, au contraire, l'entraîne sur des terrains étranges et insolites.

Et pour des voyages pareils, on est toujours partant.

 

MikMâäk @ Recyclart, Brussels part I from Mâäk on Vimeo.

 

 

A+

 

28/01/2015

Pourquoi j’irai au Tournai Jazz Festival.

 

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Tournai Jazz Festival. Quatrième édition !

Le pari lancé par Geoffrey Bernard, avec la complicité de la Maison de la Culture de Tournai (et l’infatigable Frédéric Mariage), d’organiser un festival de jazz à Tournai qui s'installe dans le paysage culturel belge est pratiquement gagné.

Oui ! Le public est venu applaudir Eric Legnini, Toots, le BJO ou encore Philip Catherine, en 2012 pour la première.

Oui ! Il est revenu, plus nombreux encore, écouter Galliano, Manu Katché ou Ibrahim Maalouf l’année suivante… Et oui ! En 2014, il était encore là pour voir Jef Neve, Avishai Cohen, Viktor Lazlo et l’incroyable Youn Sun Nah.

Et chaque année, l’organisation est irréprochable. Et chaque année, l’accueil est formidable et chaleureux (tant pour le public que pour les musiciens).

En 2015, ces 6 et 7 février, Tournai Jazz remet le couvert et nous propose une fois de plus une superbe affiche.

Barabara Hendricks (oui, oui, Barbara Hendricks) viendra chanter le blues de Billie Holiday, Bessie Smith ou encore de Nina Simone.

Il y aura aussi des «jeunes» à découvrir, comme Thomas Enhco, brillantissime pianiste - à la fois impétueux et raffiné et toujours surprenant, ou Guillaume Perret  et sa conception musclée du jazz. Ceux qui aiment les sensations fortes en auront pour leur argent. Et ceux qui pensent que le jazz est une musique «plan-plan» risquent bien d’être surpris.

Et puis il y aura aussi au programme : Bojan Z en solo, Paolo Fresu et Omar Soza en duo et Kenny Garrett en quintette ! On ne fait pas les choses à moitié à Tournai.

Il y aura, bien sûr, des belges, comme Big Noise (gare à la fête, comme on dit) ou Bai Kamara (avec Jean-Paul Estiévenart, Stéphane Mercier, David Devrieze ou encore Michel Seba! ) ou le guitariste Hevé Caparros (à découvrir!) avec Sal La Rocca, Lionel Beuvens et Matthieu Van

Vous le voyez, il n’y a aucune raison de rester chez soi ce week-end là.

Réservez vos places tant qu’il en est temps !

Il y a même un pass** «spécial Kenny Garrett / Guillaume Perret» mis en vente au prix de 30€ - pour ceux qui ne peuvent pas se libérer «avant».

Tout est prévu, je vous dis. Voilà pourquoi j’irai au Tournai Jazz Festival.

On se retrouve là-bas ?

 

 

 

A+

**UNIQUEMENT disponible au guichet de la maison de la culture de Tournai ou en téléphonant au 0032 / 69253080. Infos : contact@tournaijazz.be .

 

 

 

09/06/2014

Brussels Jazz Marathon 2014 (part2)

Le 25 mai, au Brussels Jazz Marathon, c’était le dimanche des Lundis.

En effet, depuis près de 18 ans, la scène de la Grand Place est réservée, le dimanche après-midi, aux concerts programmés par l’association des jazzmen (Les Lundis d’Hortense).

Dès 15 heures, sous un beau soleil, Greg Houben (tp) et Fabian Fiorini (p) présentent Bees and Bumblebees, leur dernier album (avec Cedric Raymond à la contrebasse et Hans Van Oosterhout aux drums) paru chez Igloo.

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La rencontre entre Greg et Fabian semble étonnante, elle est pourtant évidente. Voici deux univers qui se rejoignent dans la joie et le bonheur pour faire du jazz ensemble. C’est l’alliage brillant du bop traditionnel et du jazz plutôt avant-gardiste. C’est clair, c’est simple et cela se ressent sur le disque. Mais plus encore sur scène.

Greg dessine les mélodies, avec un plaisir gourmand, qui permet à Fabian de les démonter, de les découdre, de les mélanger et de les reconstruire comme il l’entend. Le pianiste sait attendre et construire ses solos pour les terminer de façon explosive. De son côté, Hans Van Oosterhout fouette les fûts et les cymbales avec un feeling incroyable. Il y a de la liberté dans son jeu et, en même temps, un sens du timing imparable.

Puis, le moelleux de la trompette de Houben se fond aux claquements languissants des cordes de la contrebasse de Cédric Raymond, toujours attentif et créatif. Alors, on ne peut s’empêcher de se dandiner sur l’irrésistible «Habanera», de battre du pied sur «Yes, I Didn’t» et de sourire et de claquer des doigts au son de «Middle Class Blues», qui rappelle un peu les Messengers du grand Art Blakey. Le quartette Houben – Fiorini nous offre, en cette chaude après-midi, un cocktail très rafraîchissant de jazz intelligent et de plaisir franc. Autant en profiter sans modération.

Après un rapide changement de mise en place, c’est un autre groupe du label Igloo qui monte sur scène : L’Âme des Poètes.

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Après avoir visité et revisité quelques grands répertoires de la chanson française (Brel, Brassens, Trenet mais aussi, Adamo, Paul Louka et même le Grand Jojo), le trio s’attaque cette fois à un nouveau concept : répondre, en chansons, aux questions de la célèbre et unique interview qui avait réuni, en 69, Brel, Brassens et Ferré.

Normalement, le spectacle est supporté par une mise en scène (que l’on imagine à la fois drôle et touchante), que le groupe n’aura pas l’occasion de montrer aujourd’hui pour des raisons – logiques - de logistique. Qu’à cela ne tienne, Pierre Vaiana (ss), Fabien Degryse (g) et surtout Jean-Louis Rassinfosse (cb) sont capables de faire le spectacle sans cela.

Si Jean-Louis truffe de jeux de mots et improvise ses textes de présentation, il en fait de même avec sa contrebasse, et ses citations, parfois improbables, sont légion. Rien ne semble sérieux et pourtant, il faut reconnaître une précision diabolique dans l’interaction et le jeu de ces trois musiciens exceptionnels. Les interventions de Degryse à la guitare (adapte du finger picking) sont éblouissantes d’inventivité et de justesse (sur «J’ai rendez-vous avec vous», notamment, ou encore sur «La valse à mille temps», pour ne citer que ceux-là). De son côté, Pierre Vaiana n’est pas en reste. Après avoir dessiné le léger contour des mélodies, il s’envole, dans un jeu tourbillonnant et ensoleillé.

Mais il sait aussi sonder la profondeur de thèmes plus sombres avec délicatesse et légèreté («La Quête» ou «Avec le temps», par exemples). Une fois de plus, L’Âme Des Poètes démontre que la chanson française (comme toutes les musiques) peut, elle aussi, swinguer…

Peu avant 19 heures, c’est le quartette de Jean-Paul Estiévenart qui investit la scène. En fait, il s’agit du trio du trompettiste (Antoine Pierre aux drums et Sam Gerstmans à la contrebasse) augmenté du saxophoniste Espagnol Perico Sambeat (Tete Montuliou, Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel, etc.). Et celui-ci imprègne tellement le groupe de sa présence qu’il est bien plus qu’un invité. Le disque (Wanted, sorti l’année dernière chez De Werf) est une belle claque, bourré de jazz très actuel et sans complexe. Un jazz qui n’a rien à envier à celui que l’on entend dans les clubs et bars branchés de New York.

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La musique d’Estiévenart s’inspire sans aucun doute de cette énergie-là, mais le trompettiste est capable d’aller au-delà et de révéler toute sa personnalité dans des compositions charnues, vives et sans faille. Le set, cet après-midi, est, lui aussi, extrêmement bien construit, preuve d’une maturité évidente.  On y décèle d’abord la force tranquille d’un groove tendu, retenu, qui ne demande qu’à éclater. Le trompettiste slalome entre le drumming acéré d’Antoine Pierre et le jeu dense de Sam Gerstmans («Am I Crasy », «The Man»). Puis les solos se construisent et se métamorphosent au fil des échanges entre le trompettiste et le saxophoniste. «Bird» s’enflamme, «Witches Waltz» tangue, vacille et renaît plus puissant, plus inébranlable. Finalement, la grosse heure passe rapidement, on ne s’est pas ennuyé un seul instant. Et l’on se dit qu’on aimerait revoir encore et encore ce trio/quartette en club… En Belgique... ou ailleurs en Europe, car il en a vraiment tout le potentiel.

Pour l’instant, la programmation est un sans faute et ce n’est pas Eve Beuvens qui va gâcher la fête. La pianiste présente ce soir les fruits de la carte blanche qu’elle avait obtenue l’été dernier au Gaume Jazz festival, et qui avait impressionné pas mal de monde, dont moi : Heptatomic.

Bien décidée à sortir un peu plus encore du cadre dans lequel on la confine trop volontiers, Eve a réuni autour d’elle une belle brochette de jazzmen aux idées bien larges : Laurent Blondiau (tp), Grégoire Tirtiaux (as, bs), Gregor Siedl (ts), Benjamin Sauzereau (g), Manolo Cabras (b) et João Lobo (dr).

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Et d’entrée de jeu, ça sonne et ça fuse. Heptatomic joue la déstructuration, explore les sons et les rythmes, et flirte presque parfois avec le free. C’est pourtant une liberté bien canalisée que propose Eve dans ses compositions. C’est une démocratie mélodique et harmonique libre, superbement maîtrisée. On pense parfois à l’Art Ensemble de Chicago ou à l’esprit d’un certain Mingus. Cela fait le bonheur de Laurent Blondiau qui n’hésite pas à pousser Tirtiaux et Siedl vers des chemins escarpés et rarement empruntés. Ça bouge, ça voyage, ça rebondit… Et quand Manolo Cabras a bien malaxé en tout sens sa contrebasse, on passe à des moments plus sobres qui permettent non seulement à la pianiste de s’exprimer mais aussi à Sauzereau d’éclater son jeu par touches ou à Lobo d’explorer de nouveaux sons. On se ballade alors dans des univers étranges et inquiétants où se mélangent de fragiles espoirs et de lumineuses certitudes. Un disque est en préparation, je pense, mais c’est sur scène que l’Heptatomic d’Eve Beuvens donne sans doute tout son jus… Alors, messieurs les programmateurs, ne soyez pas frileux, cette musique peut incendier bien des salles.

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Il est 22 heures, j’aurais pu rentrer tranquillement, mais je ne peux pas m’empêcher d’aller écouter Axel Gilain au Bravo. Ici, l’ambiance est plus recueillie malgré le monde qui a envahi le sous-sol du club. L’atmosphère est feutrée mais le jazz est enflammé. Il y a autant de la retenue que d’intensité. Tout en sensualité, la musique ne cesse de se transformer.

Bram De Looze, au piano, fait dévier le blues dans un sens, tandis que Nicolas Kummert trouve d’autres ouvertures. Tout évolue avec sérénité et élégance. C’est comme du vent qui déplace doucement des murs fragiles, c’est comme la chaleur du soleil qui déforme des objets flasques. Lieven Venken (dm) balaie et ponctue les rythmes, accélère ou suspend le tempo. Axel Gilain fait chanter sa contrebasse… avec réserve et beaucoup de sentiment.

Alors, Fatou Traoré et Yvan Bertrem ne peuvent s’empêcher de venir danser au devant de la scène. Leurs corps se déforment et se transforment sous l’impulsion de la musique. Le moment est magique, étrange, unique. Beau.

Axel Gilain vient de publier un album, Talking To The Mlouk (en vinyle ou téléchargeable ici) qui permet de prolonger ce moment rêvé… et qui s’écoute en boucle…

Pouvait-on imaginer plus belle façon de terminer cet excellent marathon 2014 ?

 

 

A+

 

 

 

 

 

19/04/2014

Collapse - Bal Folk à l'An Vert - Liège

 

Le nouveau Collapse est arrivé.

Nouveau disque (Bal Folk, chez Igloo), nouveau son et nouveau line-up.

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En effet, Cédric Favresse (as) - co-fondateur du groupe avec Alain Deval (dm) - a laissé sa place à Steven Delannoye (ts, bcl). Yannick Peeters (cb) consolide la sienne (elle n’était pas sur le premier album du groupe mais joue avec lui depuis bien longtemps), tandis que Jean-Paul Estiévenart (tp), lui, est toujours bien fidèle au poste.

Avec Bal Folk, l’orientation musicale se focalise, semble-t-il, un peu plus encore sur la jeune scène new-yorkaise. Collapse se libère un peu de l’esprit Ornette Coleman du précédent album, pour coller un peu plus encore à l’actualité du moment. Le jeu est encore plus ouvert, plus mordant, plus énergique presque, et toujours autant avant-gardiste.

Cette alchimie n’est pas pour déplaire à Jean-Paul Estiévenart, sans doute l’un des plus exposés dans cette formation.

Cela ne déplait certainement pas non plus au nombreux public réuni ce samedi 22 mars au soir, à l’An Vert à Liège, pour la présentation de l’album.

La musique de Collapse est décomplexée. Le quartette n’hésite pas à faire sauter les frontières et à oser les mélanges avec des musiques et des rythmes parfois bien éloignés du jazz. Si la musique est très écrite et souvent complexe, elle n’empêche pas l’ouverture à de longues et sinueuses plages d’improvisations.

Et l’on peut dire que nos quatre musiciens, qui débordent d’imagination, en profitent au maximum.

Ce soir, on entre vite dans le vif du sujet et les deux premiers morceaux (une impro libre et «Lump») sont plutôt rudes et enlevés.

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Yannick Peeters alterne pizzicatos énervés et caresses fermes à l’archet. La trompette d’Estiévenart ne craint pas d’aller chercher des sons hauts perchés, presque déchirés, à la limite de la sortie de route. Steven Delannoye est comme un poisson dans l’eau. Son solo improvisé en ouverture de «Reboot» donne vite le ton et les couleurs à ce terrible morceau. Les phrases sont souvent courtes et incisives, elles montent rapidement en intensité, un peu comme lorsqu’on grimpe un escalier en sautant une marche sur deux, puis sur trois, sur quatre…

Derrière sa batterie, Alain Deval, auteur de la plupart des morceaux, crache un jeu foisonnant, éclatant et tranchant. Toujours attentif, toujours prêt à relancer ses comparses ou à les laisser complètement libre.

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«Hopscotsch» (une compo de Delannoye), joue avec les crissements, les souffles, les râles, les frottements. Le morceau, bruitiste et presque abstrait, se transforme petit à petit en une marche lente, traversée de mélodies presque baroques, de brisures free rock. Tout est contenu, tendu, contracté, comme sous pression.

«Lente» (écrit par Yannick Peeters, cette fois) est très intimiste et se dessine par petites tâches enrobées du son d’une trompette feutrée mais toujours légèrement abrasive.

Et puis on se lâche finalement avec le titre qui donne le nom à ce sulfureux et excellent album, «Bal Folk». La trompette crie, le drumming part dans tous les sens, le sax se faufile et se défile, la contrebasse claque. Et... on le subodorait, mais là, c’est sûr, on vient de passer de l’autre côté de l’Atlantique, on est à New York, dans une petite salle au croisement le l’Avenue C et de l’East second Street. Le moment est intense.

L’interaction entre la trompette et le sax fonctionne à merveille et quand les souffleurs laissent un peu de champs libre, ce sont la contrebasse et la batterie qui s’y mettent. Les lignes mélodiques se croisent et s’entrecroisent. Les rythmes se cassent et se reconstruisent.

Collapse maîtrise les tensions, évite l’explosion, capte l’attention.

Ce soir on a assisté à un véritable concert de jazz très actuel, plein de feu et d’idées. Plein de nuances et d’urgence. Si le disque montre clairement de quel bois se chauffe Collapse, c’est sur scène que le groupe se libère totalement.

Alors, ne ratez surtout pas leurs prochaines prestations (à l’Archiduc très bientôt et au Hot Club de Gand et au Pelzer à Liège plus tard…)!

 

 

A+

 

 

 

 

 

 

 

31/05/2013

Brussels Jazz Marathon 2013


J’adore faire partie d’un jury, c’est excitant. Pas toujours évident, mais excitant.

Un jury choisit. C’est excitant. Mais choisir, c’est renoncer. C’est pas évident.

Et ce ne sont pas les autres membres du jury du concours des Jeunes Talents du Brussels Jazz Marathon (le journaliste Jempi Samyn, le saxophoniste Manu Hermia, le guitariste Henri Greindl, l’organisatrice Jacobien Tamsma et la pianiste - et présidente – Nathalie Loriers) qui me diront le contraire.

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Il a d’abord fallu faire une sélection parmi plus de vingt candidatures et choisir trois groupes (une première épreuve pas simple). Finalement, ce sont Syma, Stanislas Barrault Trio et Pablo Reyes Trio qui se sont retrouvés sur le podium de la Place Fernand Cocq ce samedi 25 mai. Trois groupes et trois styles totalement différents. Voilà qui ne facilite pas plus les choses.

Syma est un très jeune quintette qui ose ses propres compositions, dans un style jazz fusion (tendance prog rock). Pas simple de faire sonner un tel band. On sent d’ailleurs quelques flottements ici ou là. Mais on remarque aussi quelques belles personnalités (Louis Evrard aux drums ou Quentin Stokart à la guitare, pour ne citer qu’eux).

Plus aguerri, le trio de Stanislas Barrault (dm) - avec Casimir Liberski (p) et PJ Corstjens (eb) - revisite quelques standards, qu’il exécute parfaitement, avec rigueur et pas mal de personnalité.

Quant à Pablo Reyes – qui, malgré son jeune âge, à déjà pas mal roulé sa bosse au Mexique, d’où il est originaire, et aux Pays-Bas, où il étudie – il décline la musique façon latin-jazz ou bossa. Et ici aussi, le niveau est excellent.

Allez départager tout cela.

Alors, après quelques débats, c’est la prise de risques et la marge de progression qui est récompensée. Syma remporte donc le premier prix (et le prix du public), tandis que Casimir Liberski celui du meilleurs soliste (son «Giant Step» a mis tout le monde d’accord).

Le lendemain après-midi, dimanche, Syma ouvra donc, comme le veut la tradition, la dernière journée de concerts sur la Grand-Place.

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C’est là que je suis allé écouter le Jazz Station Big Band, que j’avais vu à ses débuts, en 2007.

Après avoir sorti un premier album chez Igloo en 2011, le JSBB s’attaque cette fois au répertoire de Thelonious Monk. Chacun des morceaux est arrangé par l’un des membres du Big Band. Formule intelligente qui permet de faire vibrer le band de différentes manières et de mettre en avant les différentes personnalités des musiciens.

François Decamps (g) fait swinguer «Straight No Chaser» et «Evidence», et invite Jean-Paul Estiévnart (tp) et Daniel Stokart (as) à prendre des solos éclatants. «Criss Cross», superbement arrangé par Stéphane Mercier (as), permet à ce dernier d’échanger furieusement avec Daniel Stokart - cette fois-ci au soprano - et à Vincent Brijs de venir contraster les nuances au sax baryton. C’est aussi l’occasion pour le leader Michel Paré (tp) de croiser le fer avec la guitare de François Decamps. Grand moment.

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L’excellent pianiste Vincent Bruyninckx profite de «In Walked Bud», qu’il a arrangé, pour démontrer tout son talent et sa fougue. Son introduction, en solo, est éblouissante. Ça swingue en diable. David Devrieze (tb) et Vincent Brijs (bs) prennent chacun des chorus charnus.

Tomas Mayade (tp, remplacé ce soir par Olivier Bodson) drape «Jackie-ing» d’un arrangement de velours. L’intervention de Steven Delannoye (ts) est suave, tandis que Herman Pardon (dm) et Piet Verbiest (cb) soutiennent un tempo brulant.

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Puis il y a encore un «Hackensack» étonnant - nerveux et découpé - arrangé par Estiévennart, un «Bye Ya» très latin et un «Introspection» à la Herbie Mann qui enchantent le public.

La réputation des Big Band belges n’est plus à faire (le BJO l’a assez démontré ses dernières années) mais le JSBB apporte une pointe de fraicheur supplémentaire. Il est juste assez respectueux de Monk et juste assez décalé pour réussir l’hommage à l’un des plus grands et des plus étonnants pianistes que le jazz ait connu.

Chapeau. Et merci.

A+

 

 

19/11/2012

Todd Bishop Group - Café Belga

Ce qui est excitant avec la musique d’Ornette Coleman, c’est qu’elle reste toujours vivante, toujours mouvante, toujours présente et contemporaine. Elle s’adapte aux couleurs et aux sons du moment. Elle ne perd jamais rien de sa force.

Encore faut-il pouvoir la comprendre, l’entretenir, la stimuler. Bref, il faut la vivre.

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Le batteur américain Todd Bishop - fervent admirateur de la musique du saxophoniste - en connaît toutes les lignes de forces. Avec Bill Athens (cb), Tim Willcox (ts) et l’incroyable Richard Cole (bcl, ts, ss, bs) il a sorti début 2012 Little Played Little Bird qui reprend quelques thèmes de Coleman peu souvent joués (excepté l’incontournable «Lonely Woman»). Et pour ajouter à l’originalité du projet, il a invité aussi le pianiste Weber Iago. Le résultat est un disque plein de vie, d’une magnifique cohérence, rempli de swing un peu sale et un peu brut qui révèle la griffe de Coleman.

Cependant, pour sa tournée européenne, le batteur se présentait avec un line-up totalement différent - preuve de son ouverture d’esprit et de son goût pour l’aventure - puisqu’il s’entourait de Jean-Paul Estiévenart à la trompette, Martin Méreau au vibraphone et Olivier Stalon à la basse électrique. Après Paris et avant le Luxembourg et l’Allemagne, le groupe faisait escale en Belgique pour quelques dates.

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Ce dimanche 4 novembre, il était au Café Belga à Bruxelles.

Du monde, du bruit, le deal habituel de l’endroit. Alors, Todd Bishop claque les premiers coups sur la caisse claire. Il faut se faire entendre. Son jeu est tendu, vif et sec. La pulsation est énergique. Et ça fonctionne ! Le quartette démarre au quart de tour.

Très vite, les solistes prennent leurs marques et Martin Méreau se lance dans un solo fiévreux sur «Check Up». Puis c’est «Guinea» de Don Cherry, avec sa lancinante transe. La musique bourdonne, roule et envahit l’espace. C’est un terrain de jeu fantastique pour Jean-Paul Estiévenart. Sa manière d’enchaîner les phrases, de les inventer en y mélangeant toujours cette petite pointe d’humour décalée, ce léger rayon de lumière qu’il trouve dans la densité de l’instant, font de lui un trompettiste décidément toujours intéressant à écouter. On le devine toujours à la recherche de la nouveauté, de la vérité et l’envie de ne jamais se répéter.

Todd Bishopp l’a vite compris et leurs échanges complices s'enrichissent avec un naturel confondant.

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Alors, la musique tourne de mieux en mieux et Olivier Stalon profite ainsi des espaces pour entrer dans la danse. Ses impros, d’une redoutable efficacité - à la fois riches et simples - relancent un Martin Méreau de plus en plus libéré au vibraphone.

Les thèmes s’enchaînent («Feet Music», «Comme Il Faut») jusqu’au puissant «Enfant», joué ici avec une passion incroyable. C’est sans doute le meilleur moment du concert. Les dialogues s’enflamment rapidement, les idées se bousculent. Cela donne le tournis et il semble que personne ne veuille s’arrêter. Il y a une surenchère de chorus plus intéressants les uns des autres. Le quartette s’est trouvé et le plaisir se lit sur les visages. Chacun ose aller plus loin, poussé par l’un ou l’autre. Bishop donne quelques indications d’un simple regard, module les tensions, tient, puis lâche la bride.

Alors, bien sûr, la version de «Je suis venu te dire que je m’en vais» (de Gainsbourg) paraît très faiblarde – surtout le début – après cette débauche d’énergie et de musique brillante… Mais on ne peut pas leur en vouloir, la musique n’a cessé de monter en intensité, il fallait bien relâcher la pression.

Les musiciens sont en nage, surtout le batteur, car tous se sont donnés à fond. Ornette peut être heureux, il n’a vraiment pas été trahi.

A+

11/03/2012

Jazz Tour Festival à Hannut

 

Joli succès pour la deuxième édition du Jazz Tour Festival au Centre Culturel de Hannut.

Ce n’était ni à l’habituel Henrifontaine ni à la Salle Jean Rosoux qu’il se tenait, mais bien au Centre de Lecture Publique, pour des raisons pratiques.

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Et sur les coups de 16 heures, ce samedi 3 mars, pas mal de curieux et d’amateurs étaient déjà présents pour écouter Unexpected 4.

Les lauréats du concours  du Festival Dinant Jazz Nights 2010 – que j’avais eu l’occasion de voir à la Jazz Station – présentaient un nouveau line-up. Il ne s’agit pas d’un changement radical mais l’arrivée de Bas Cooijmans à la contrebasse, à la place de Vincent Cuper et de sa basse électrique, change quand même l’optique du groupe. On sent l’ensemble encore plus ramassé et une nouvelle dynamique se dessine. L’incisif Jeremy Dumont (p), dont l’entente avec Vincent Thekal est évidente, ouvre souvent les espaces. Le drumming d’Armando Luongo se veut toujours enflammé. Avec l’arrivée de Cooijmans, ils pourront sans doute se lâcher encore un peu plus et sortir d’une voie qui reste parfois encore un peu sage. Car, c’est clair, on imagine aisément que Unexpected 4 en a encore sous le pied.

Le trio de Thomas Champagne ensuite, sur sa lancée d’une année “anniversaire” (le groupe fêtait ses dix ans en 2011 avec une longue tournée dont j’ai palé ici et ), se présentait avec un invité: le guitariste Guillaume Vierset. Ce dernier aura l’occasion de se mettre plusieurs fois en valeur (notamment sur “One For Manu”) et de démontrer un jeu d’une belle sensualité non dépourvu d’accents plus mordants. Guillaume Vierset travaille actuellement sur une relecture des compositions de musiciens liégeois (Jacques Pelzer, René Thomas et d’autres) qu’il présentera au prochain festival Jazz à Liège avec des musiciens… liégeois. On est curieux et déjà impatient d’entendre le résultat.

Après ce très bon set, intense et bien équilibré (Champagne (as), Yates (cb) et Van Uytvanck (dm) s’entendent à merveille pour faire monter la pression), c’était au tour de Collapse de montrer de quel bois il se chauffe.

Le groupe de Cedric Favrese (as) et Alain Deval (dm) prend décidément de l’assurance et propose un jazz des plus intéressants. On (ou “je”?) a fait souvent le parallèle entre la musique de ce quartette et celle d’Ornette Coleman. Bien sûr, on y sent l’esprit, mais il faut bien admettre que Collapse arrive à s’en détacher et à créer sa propre vision. Entre post bop et free, éclaboussé de klezmer et de musiques orientales, le groupe explore les sons, ose les couinements et les grincements avant de se lancer dans des thèmes haletants. Le travail - faussement discret - de Yannick Peeters à la contrebasse est souvent brillant et d’une telle intelligence qu’on aurait tort de ne pas le souligner, car il est réellement indispensable. Les longues interventions de Jean-Paul Estiévenart sont en tous points remarquables : il y a de la fraîcheur, de la dextérité et toujours une énorme envie de chercher, de prendre des risques et d’éviter la facilité. C’est cela qui est excitant dans ce groupe - à la musique à la fois complexe et tellement évidente - c’est cet esprit de liberté qui flotte et se transmet de l’un à l’autre. A suivre, plus que jamais.

Dans un tout autre genre, Chrystel Wautier livrait son dernier concert de sa série “Jazz Tour”. Entourée de Boris Schmidt à la contrebasse, de Quentin Liégeois - très en forme - à la guitare et de Ben Sluijs - toujours aussi fabuleux - au sax et à la flûte, la chanteuse a ébloui le très nombreux public. La voix de Chrystel fut, ce soir plus que jamais, parfaite. Avec décontraction, humour et sensibilité, elle nous embarque à bord de ses propres compositions ou nous fait redécouvrir des standards (de “Like Someone In Love” à “Doralice”) sous une autre lumière. Elle chante, elle scatte et… elle siffle même ! Et là où cela pourrait être, au mieux ringard et au pire vulgaire, elle fait de « I’ll Be Seeing You » un véritable bijou. On appelle ça le talent.

Retour au hard bop plus « traditionnel » pour clore la journée, avec le quartette de Michel Mainil (ts). On sent dans ce groupe, qui a déjà de la bouteille, une certaine jubilation à jouer pour le plaisir… même si cela manque parfois de fluidité dans l’ensemble. On remarquera les belles interventions de José Bedeur à la contrebasse électrique (je me demande toujours pourquoi ce choix « électrique » dans un tel contexte ? Mais cela n’engage que moi), la frappe « carrée » d’Antoine Cirri et surtout le jeu très alerte et précis d’Alain Rochette.

Il est plus de minuit, Xavier Lambertz et toute l’équipe du CC Hannut peuvent être heureux, le contrat est plus que rempli. Rendez-vous l’année prochaine.

A+

 

17/10/2011

Jazz Station Big Band - à la Jazz Station

Ça fait plaisir de voir qu’il y a encore beaucoup de monde qui apprécient le jazz et encore plus les Big Band.

Ce jeudi 6 octobre, la Jazz Station avait d’ailleurs fait le plein pour fêter la sortie du premier album du Jazz Station Big Band dirigé par le trompettiste Michel Paré.

J’avais vu cet ensemble à ses débuts, il y a plus de quatre ans.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que toutes ces années ont été mises à profit.

Un Big Band, quoi qu’on en dise, n’est pas l’autre, et celui de la Jazz Station est en trois dimensions. Quand il joue, on sent les avant-plans, les arrière-plans et le décor qui file derrière. Tout est toujours en mouvement. Tout bouge avec fluidité et précision. C’est de la haute définition.

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La musique, écrite en majeure partie par Michel Paré, est à la fois swinguante et lyrique. Simple et complexe. Riche et dépouillée.

C’est aussi une musique de partage entre amis. Et comme Michel Paré connaît très bien ses musiciens, il n’en oublie aucun à la distribution des choruses. Chacun y a droit. Mais attention, ils ne sont pas distribués au petit bonheur la chance. Michel Paré les a choisi comme on choisit une bonne bouteille de vin. Il a cherché l’accord parfait.

Alors, le caractère de chacun des jazzmen est mis en évidence et se déploie avec bonheur. C’est tout simplement d’une justesse remarquable. C’est sans doute à cela aussi que l’on reconnaît un bon leader.

Et bien sûr, aucun des musiciens ne faillit à la tâche et chacun y va avec un cœur gros comme ça!

Vincent Bruyninckx, au piano, irradie de son toucher brillant, léger et insaisissable. Daniel Stokart (as) est tranchant, Stéphane Mercier intenable et Fred Delplancq… d’une épaisseur et d’une profondeur touchantes. Et puis, il y a les autres, tous les autres qui méritent un p’tit coup de chapeau: Bart De Lausnay (btb), par exemple, ou Vincent Brijs (sax baryton), ou encore Jean-Paul Estiévenart (tp), ou…  Mais je risque de m’essouffler avant eux.

Le JSBB arrive à faire renaître la tradition de façon très actuelle et sans esbroufe, avec naturel et beaucoup de talent. Bref, ce Big Band est à suivre… à la Jazz Station ou ailleurs.

À bon entendeur…

 

A+

 

26/09/2011

Saint Jazz Ten-Noode 2011

Comme chaque année à pareille époque, on a tendu le grand chapiteau blanc sur la place Saint-Josse pour le Saint-Jazz-Ten-Noode. Cette fois-ci, l’événement est sous-titré : « Aux frontières du jazz ». Dimitri Demannez et une belle bande de bénévoles se sont donc coupés en quatre pour nous offrir une affiche plutôt excitante.

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Le public est encore un peu disséminé, quand j’arrive samedi sur les coups de 17h.30. Une bonne partie cherche encore quelques perles rares à la bourse aux disques qui se tient à deux pas, tandis que d’autres écoutent sagement le quartette de Fabrizio Graceffa. Le guitariste, accompagné de Boris Schmidt (cb), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Lionel Beuven (dm) nous propose de parcourir son disque « Stories » sorti l’année dernière chez Mogno. L’ambiance est à la plénitude, aux longues harmonies douceâtres, aux développements contemplatifs. Il y manque parfois un peu de surprises. Il faut dire que la finesse des arrangements et la subtilité de l’écriture de cette musique intimiste se perdent un peu sur cette grande scène. A revoir en club pour en profiter pleinement.

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Voices de Nicolas Kummert (ts, voc) fait à nouveau monter le niveau. Contrairement au dernier concert que j’ai vu (à Bruges), celui-ci est peut-être un peu plus tendre et doux. Bien sûr, il y a toujours cette spirale ascendante qui nous emmène vers un climax fiévreux (« Folon », introduit magistralement à la guitare par Hervé Samb) ou des moments endiablés (« Affaires de Famille »). Et puis, il y a toujours un Alexi Tuomarilla (p) éblouissant et une rythmique d’enfer (Lionel Beuvens (dm) et Axel Gilain (cb) en remplacement de Nicolas Thys). Du top niveau.

C’est le tremplin idéal pour faire connaissance avec les amis de Baba Sissoko : Stéphane Galland et Boris Tchango aux drums, Reggie Washington à la basse électrique, Alexandre Cavalière au violon et de nouveau Nicolas Kummert au ténor et Hervé Samb à la guitare.

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Avec deux batteurs, le ton est rapidement donné, ce sera festif (pouvait-on attendre autre chose de Baba Sissoko, d’ailleurs?). La place est maintenant totalement remplie et prête à danser. C’est parti pour une heure - et bien plus - d’énergie et de bonne humeur africaine. Baba fait parler son Tama et invite les autres musiciens à la conversation. Ça fuse dans tous les sens et chacun à droit à la parole. Hervé Samb est un des premier à plonger de plain-pied dans la transe. Avec une dextérité peu commune, le guitariste Sénégalais enflamme le chapiteau. Et puis, c’est une «battle» entre les deux batteurs, suivi d’un duel entre Baba et Stéphane Galland, puis entre Baba et Boris Tchango. Et la salle danse et se dandine de plus belle en reprenant en chœur les chants du griot. Que du bonheur !

Le temps d’aller saluer et féliciter ce petit monde et je me dirige vers le Botanique pour les deux derniers concerts à l’Orangerie.

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Belle découverte que celle du trio R&J. Clive Govinden (eb), Jerry Leonide (keyb) et Boris Tcahngo (dm) déballent un jazz qui rappelle parfois la fusion des années ’70 ou la musique de Mario Canonge. Après quelques morceaux sans trop de surprise, la température monte soudainement. Le trio injecte encore un peu plus de funk et de R&B. Yvan Bertrem en profite pour monter sur scène et entame une danse dont il a le secret. Mais bien vite, le service de sécurité (qui n’a rien compris à ce qui se passait) empoigne le danseur et le ramène dans le public. Heureusement, tout cela n’altèrera pas la bonne humeur ambiante. Hervé Samb, décidément partout ce soir, sera invité (sans se faire jeter par le service d’ordre, cette fois) à partager la scène. Brûlant !

Tout cela est parfait pour préparer le terrain au feu d’artifice final : Reggie Washington (eb), Gene Lake (dm) et Jef Lee Johnson (g).

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Nos trois hommes arrivent sur scène avec décontraction et simplicité. «First gig in my hometown», lâche Reggie. Ça en dit long sur son rapport avec sa ville d’adoption. Il y a quelque temps, il en témoignait dans So Jazz, sans aigreur, mais avec juste avec une petite pointe d’incompréhension. Mais ce n’est pas pour ça qu’il va rouler des mécaniques ce soir. Reggie est heureux d’être sur scène et de faire de la musique avec ses potes. Et c’est un vrai concert où le public et les musiciens apprennent à se connaître. Et c’est la musique qui les réunit. C’est blues. Du blues mâtiné de funk sensuel et de soul pure.

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Reggie déroule des lignes de basse avec une fluidité déconcertante. Elles se mêlent aux mélodies imprévisibles d’un Jef Lee Johnson, affalé dans son fauteuil. Gene Lake fait claquer ses drums. C’est sec et fin, vif et malin. Le mélange est détonnant et le trio fait monter la tension sans aucun artifice. Il nous prend par la main et nous emmène plus haut, toujours plus haut. Du grand art. Jef Lee Johnson joue à la limite du larsen avec finesse. Il raconte des histoires insensées avec ses doigts… et puis il chante, de cette voix grasse et fatiguée. L’alchimie entre ces trois artistes est unique. Avec eux, on passe par toutes les émotions. Absolument captivant.

Il paraît qu’un album est en préparation… Ça promet, ça promet…

Les saints du jazz étaient avec nous ce week-end.

A+

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

11/06/2011

Brussels Jazz Marathon 2011

 

Plutôt «light» mon Jazz Marathon, cette année.


Sorti tard du bureau vendredi, je suis allé directement sur la Grand Place. J’aurais pu aller écouter Manu Domergue et Etienne Richard au Sablon, ou revoir Borderline à la Place Ste Catherine, mais non… je suis allé voir Eric Legnini. Et Krystle Warren.

Le temps de m’enfiler une pita chez Plaka (ce sont quand même les meilleures) et me voilà devant la scène.

Legnini derrière le Fender, Frank Agulhon derrière la batterie et Thomas Bramerie derrière la «volante» qu’il teste avant de l’emmener en tournée en Asie.

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C’est «Black President», puis «Kitchen Maquis». Ça groove, même si le son de façade est moyen. Eric – et les autres – ont l’air sincèrement heureux d’être là. Entre eux, c’est indéniable, il y a une complicité étonnante. Et quand Krystle Warren arrive pour chanter «Joy», on la sent tout de suite à l’aise dans ce groupe. Sa voix est assez incroyable. Graineuse, grave et claire à la fois. Casquette vissée sur la tête, les mains dans les poches, Krystle a enfilé sa veste, elle trouve le temps un peu frisquet. On a connu des Jazz Marathon sous des cieux bien moins cléments. Les thèmes s’enchaînent, Krystle se réchauffe et empoigne sa guitare, puis se lâche dans des impros vocales profondes sur «The Old And Grey». Entre folk, pop et soul jazz, le trio embarque avec lui un public ravi.

Je descends Rue des Riches Claires, vers le Floreo, pour écouter Alegria. Ben Prischi (p) et Nico Chkifi (dr) terminent le premier set. J’arrive juste au mauvais moment. Le temps de partager une bière avec les musiciens, de discuter un peu avec eux et je remonte vers le Lombard pour écouter Gratitude Trio, c’est-à-dire Louis Favre (dm), Jereon Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb).

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J’avais pris une belle claque avec ce groupe, l’année dernière au même endroit. J’ai donc tendu l’autre joue avec délectation cette année. Et je ne l’ai pas regretté. Encore plus soudés, encore plus forts et encore plus complices, ces trois mecs y vont à fond! C’est un bouillonnement inouï qui se dégage de ce trio. L’écoute est parfaite entre eux et les challenges qu’ils se lancent sont fantastiques. Il y a une énergie folle qui galvanise les musiciens et le public. On y sent les influences d’Albert Ayler ou de Coltrane. De Peter Brötzmann aussi sans doute. C’est explosif, incandescent. Les musiciens explorent la musique, malaxent les sons, bousculent les idées toutes faites. Jereon dompte l’Ewi puis revient au tenor, Louis fait exploser ses fûts et Alfred déglingue sa basse. C’est de la pyrotechnie excessivement bien réglée !

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Retour sur la Grand Place. Du blues, de la soul et du funk : Marc Lelangue (eg) et sa belle bande d’Heavy Muffuletas font chavirer la foule. Ça balance sec : Laurent Doumont (ts), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Alain Palizeul (tb) forment une sacrée section de cuivres! Et quand Mariana Tootsie prend la scène, ça déménage aussi. Quelle voix ! Quelle puissance, quelle aisance, quelle présence. Pas de chiqué, pas de triche, Mariana remet quelques pendules à l’heure. Du bonheur.

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Je serai bien allé écouter Fabian Fiorini à Flagey, mais je craignais de ne pas pouvoir entrer, une fois le concert commencé. Alors, j’hésite : la jam à la Jazz Station avec Pascal Mohy, Sal La Rocca et Lieven Vencken ou terminer au Sounds? Allez, juste un détour du côté de la rue de la tulipe. Le trio de Legnini termine son deuxième set. Il y a du monde jusque sur le trottoir. La nuit avance. On bavarde, on rigole, on écoute, on applaudit. Le trio et la chanteuse ne lâchent rien. Ils en donnent au public. Fin du troisième set. Le public se disperse peu à peu. Je bavarde avec Eric, Frank et d’autres musiciens qui se sont donnés un ultime rendez-vous au club.

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Il est plus de 2h30, Eric, Frank et Thomas remontent une dernière fois sur scène. Ils jouent pour moi… Oui, enfin, pour quelques autres irréductibles aussi… Jazz after hours, c’est magique et ça ne s’explique pas.

 

Samedi 16 heures, Place Fernand Cocq.

Jury des jeunes talents. J’adore ça. Pourtant, il faut désigner un gagnant. Un seul. Pas si drôle.

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Il y a  d’abord le quartet de Guillaume Vierset (g). Pas simple d’ouvrir un concours. Le début est un peu timide, puis ça se réchauffe. Le groupe installe des climats, joue l’intimité, puis se s’ouvre un peu. Le vibraphone (Jérôme Klein) apporte une couleur assez intéressante au groupe, une sorte de luminosité légèrement décalée. C’est super bien exécuté, ça groove souvent, mais ça reste peut-être encore un tout petit peu trop sage à mon goût.

 

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C’est au tour de Lift de monter sur scène. Ici, on repère vite de belles personnalités, comme Dorian Dumont aux claviers ou Thomas Mayade au bugle. Et puis il y a, bien sûr, la voix d’Emily Allison. Lift propose une musique assez sophistiquée où l’on devine aisément les influences de David Linx, mais aussi de chanteurs plus pop. Le groupe n’hésite pas à prendre des risques sur des compositions parfois complexes. Les échanges entre voix et bugle se jouent souvent sur le fil du rasoir («Dark Flow»). L’équilibre est parfois précaire et l’exercice difficile.

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Avec Franka’s Pool Party de Marjan Van Rompay (as), on entre dans un autre registre. Ici, on ressent déjà une belle maturité et une vision assez claire. Le répertoire, résolument actuel, a mûri sur le terreau d’Ornette Coleman. Le drumming nerveux et hyper découpé de Jens Bouttery et les envolées de Sep François au vibraphone se mélangent à merveille aux attaques incisives de la saxophoniste. Hugo Antunes ajoute du liant à l’ensemble. Le set est nerveux, précis, clair et sans bavure.

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Le choix n’est pas facile du tout. Le débat au sein du jury est assez animé. C’est indécis. Faut-il primer la justesse, la modernité, la prise de risque, la cohésion, l’originalité, la qualité des compos, la qualité des interprétations? Il faut juger avec le cœur, avec la tête… Peser le pour, le contre. Difficile.

Finalement, c’est Lift qui l’emporte et qui aura la chance d’aller jouer, entre autres, au Jamboree à Barcelone, le 26 juillet. Quant à Jens Bouttery, il emportera le prix du meilleur soliste.

On entendra encore ces trois groupes au Sounds le 24 juin. Venez vous faire une opinion, ça vaudra la peine.

Après cela, je serais bien allé au Théâtre Mercelis écouter Lab Trio puis Kris Defoort. Ou Isabelle Antena au London Calling ou Vincent Thekal à la Fleur en Papier Doré, Laurent Doumont à la Grand Place, Philip Catherine au Sounds, Nono Garcia à la  Jazz Station… mais je suis un peu crevé et dimanche sera un longue journée de boulot… sans jazz… ou presque.

J’avais dit «light», non?


A+

09/01/2011

10 ans ? Champagne !

 

Cette année 2O11, le saxophoniste Thomas Champagne fête les dix ans de son trio.

10 ans, c’est un bail.

10 ans, ça permet de mûrir sa musique, d’affiner ses objectifs, de faire germer ses idées… ou d’en abandonner certaines.

Ça permet aussi de mettre à l’épreuve l’amitié.

Thomas Champagne, Nicholas Yates (cb) et Didier Van Uytvanck (dm) ont passé toutes ces épreuves avec grâce, en construisant petit à petit leur univers.

En 2008, il y a même eu une première consécration: la sortie de leur premier album “Charon’s Boat” (chez Igloo New Talent) qui a reçu un accueil critique des plus positifs. Se sont alors enchaînés quelques belles dates (Jazz à Liège, Gaume Jazz Festival, des tournée en Allemagne et quelques-unes en France). Et l’histoire n’est pas finie.

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Pour marquer le coup et pour ne pas faire qu’un seul concert évènement, le trio a préféré fêter cet anniversaire durant toute l’année. Comment? En jouant deux fois par mois (une fois au Muze à Antwerpen et une fois au Cercle des Voyageurs à Bruxelles) et en accueillant chaque fois un nouvel invité (Dré Peremans (tb), Benjamin Prischi (p), Jean-Paul Estiévenart (tp) et d’autres encore à confirmer).

Bien sûr, si d’autres lieux sont prêts à participer à la fête (À Liège? À Gand? À  Namur ?  Ou même hors de nos frontières ?), Thomas Champagne ne dira pas non… et le public non plus.

 

A  cette occasion, j’ai rencontré Thomas Champagne.

 

Thomas, raconte-moi comment s’est formé ce trio?

Il y a plus de dix ans donc, je jouais avec Nicholas Yates dans un sextette, qui était l’ancêtre d'un autre projet, “Utz”, et un jour, on s’est dit qu’on aimerait jouer des standards ensemble. Comme je connaissais Didier Van Uytvanck, avec qui j’avais fait le conservatoire, je lui ai proposé de nous rejoindre. On a commencé par jouer des trucs de Joe Henderson, de Wayne Shorter, etc… Des vieux standards et des plus modernes auxquels on a intégré, petit à petit, nos propres compositions.

 

Je pensais que vous vous étiez rencontré au conservatoire…

 J’ai connu Nicholas au conservatoire également, mais il y était quelques années avant moi. Il avait commencé la guitare avant de changer pour la contrebasse qu’il a appris en autodidacte. Par contre, je jouais avec Didier dans le Big Band du conservatoire.

 

Quels ont été tes premiers contacts avec le jazz?

J’ai commencé le saxophone à huit ans. Pourquoi? Ce n’est pas très clair. Je ne suis pas issu d’une famille de musiciens, mais j’ai toujours été attiré par la musique. A l’époque, et comme dans toutes les familles, les parents te proposent de t’inscrire dans un club de sport, ou de faire du théâtre, ou de la musique. Moi, j’ai choisi la musique. J’hésitais entre la batterie et le saxophone, mais comme mes parents étaient séparés, on a opté pour le saxophone… c’est plus facile à transporter (rire). Mon professeur aimait déjà nous faire jouer d’oreille. Il nous faisait jouer des thèmes dans tous les tons. Je me souviens avoir joué des phrases de Parker dans tous les tons. Tout doucement, bien sûr. Plus tard, vers quinze ans, je suis allé à l’académie d’Evere qui venait d’ouvrir une section jazz. A l’époque, mes profs étaient Nathalie Loriers (p) et Fabien Degryse (g). Depuis, Michel Paré (tp), Stéphane Mercier (s) et d’autres y donnent cours aussi. Ensuite, j’ai suivi les stages de l’AKDT à Libramont, avec Pierre Vaiana (ss) et Bart Defoort (ts). Ensuite, je suis allé suivre les cours de Garrett List à Liège pendant un an, avant de rentrer au conservatoire flamand de Bruxelles avec Jeroen Van Herzeele (ts). Puis j’ai terminé mes études au conservatoire francophone.

 

Comment travaillez-vous vos compositions en trio? Et quels sont les musiciens qui t’ont influencés?

J’ai toujours beaucoup écouté les ténors: Joe Henderson, John Coltrane, Wayne Shorter, Sonny Rollins. En ce qui concerne notre façon de travailler, c’est Nicholas et moi qui amenons les compositions. Et lors des répétitions en trio, on améliore, on change, on cherche. Au début, jouer en trio, c’est chouette, on peut aller partout, ce n’est pas trop cher pour les organisateurs et on s’amuse bien. Mais avec le temps, je me suis rendu compte qu’un trio sans instrument harmonique était quelque chose d’assez particulier. On remarque vite que ce n’est pas si simple, qu’il y a intérêt à assurer plus que ce que tu ne penses, parce que, justement, il n’y a pas d’instrument harmonique. Donc il faut vraiment composer en fonction du trio. Il ne faut pas s’imaginer qu’il y a un piano, parce qu’il n’y en a pas. Il est dans la tête, mais… Il y a un vide. Alors, petit à petit, j’ai composé en pensant moins à une grille d’accords, mais plus à une ligne de basse, par exemple. Donc, moi, dans ma tête, j’entends la ligne de basse sur laquelle j’écris la mélodie. Comme je compose beaucoup au piano, j’essaie de faire sonner les thèmes en pensant aux deux voix : sax et contrebasse. On n’a jamais composé en groupe, mais on a souvent arrangé en groupe. Au début, on avait des morceaux assez faciles, en “5”, alors que maintenant on évolue pas mal dans du “7”, du “9”, du “11”… Sans aller vers du Steve Coleman ou du Aka Moon. Je dirais qu’on est plus dans la tendance Dave Holland, peut-être. Des trucs assez mélodiques, qui sonnent “simple”, mais qui sont, finalement, assez complexes.

 

Qu’est ce que cela amène à la musique de vouloir la “compliquer”? Ça amène plus d’ouvertures, de libertés?

Peut-être un peu tout ça. Si on fait un beau morceau en “4”, à un moment, on reste un peu dans la même couleur, dans l’esprit “standard”. Maintenant, en jazz, on a déjà fait beaucoup de choses. On est allé dans le free, dans la fusion avec le rock ou le classique… Le fait de composer comme on le fait nous permet de relever des challenges, en tant que musicien. Tout en gardant une certaine simplicité dans le résultat. Ça nous permet de nous amuser à jouer en “4 ½” ou en “3” des morceaux prévus en “9”. C’est un des avantages du trio, c’est vraiment un groupe de travail. On peut se réunir facilement et travailler plus souvent ensemble et donc évoluer plus vite. Le changement de métrique permet de faire sonner les compositions de manières originales. J’ai toujours été attaché à la mélodie, au lyrisme… même si dans ma tête je suis assez “free”. D’ailleurs, c’est amusant, lorsque je lis les critiques de notre disque ou de nos concerts, on dit que c’est lyrique ou mélodique, alors que, pour moi, dans ma tête, j’imagine Wayne ou Coltrane, j’imagine quelque chose de plus “ouvert”.

 

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Oui, mais on entend quand même dans ta musique des envies d’échappatoires. Ça bouge, ce n’est pas toujours stable…

Oui, mais c’est aussi dû à la formule, je pense. Si on se contente, en trio, d’un simple solo-thème-solo, le public finit par se lasser, car on reste dans le même son. Alors que, lorsqu’on essaie d’interagir et de bouger beaucoup, il y a plus de surprises. Autant pour nous que pour le public.

 

Pour fêter les dix ans du groupe, tu as choisi une formule originale… Comment as-tu choisi tes guests?

Le “plan”, à la base était d’avoir quatre ou cinq endroits. Bon, finalement ce sera deux, fixes et réguliers, pendant un an. Mais on ne désespère pas en trouver d’autres. Il y a déjà d’autres endroits qui nous engagent pour une ou deux dates. Bref, pendant deux mois, on joue avec le même guest. Ça nous permet de travailler un nouveau répertoire et de travailler réellement ensemble. Alors, on a choisi les invités suivant leurs instruments : soit un instrument mélodique soit un deuxième souffleur. Comme j’écoute aussi beaucoup Ornette Coleman, le mélange de deux souffleurs, sans harmonie, m’intéressent beaucoup. En plus, dans ce cas-là, on reste dans l’esprit du trio mais il y a plus de richesse avec deux voix. Avec l’autre formule, le manque de piano ou de guitare dans le groupe pourra être combler et cela pourra amener des idées nouvelles. Puis, le choix des musiciens est fortement humain aussi. Ce sont des musiciens que l’on connait et avec qui on a déjà joué dans d’autres formules ou avec d’autres formations. On avait déjà joué avec Dré Peremans lors de l’inauguration de la Jazz Station. Et puis, l’apport d’un tromboniste rappelle aussi le groupe de Dave Holland, même si chez lui il y a le vibraphone en plus. Avec Ben Prischi, nous avions eu la chance d’avoir été invités pour une carte blanche au Gaume Festival, ce qui nous avait permis de travailler ensemble une semaine. Après, nous avons appris à nous connaître un peu plus, lors d’un échange musical entre la Pologne et la Belgique. Ben est très curieux et il se fond vite dans le groupe. C’est important aussi d’avoir un guest qui s’intègre vraiment au groupe et à l’esprit du groupe. Enfin, on a joué souvent avec Jean-Paul Estiévenart, on se connait bien et on s’apprécie beaucoup. En plus, c’est un excellent musicien, que demander de plus? Pour la deuxième partie de la saison on verra. J’ai déjà quelques noms, mais rien n’est vraiment confirmé pour l’heure. Et pour l’été, on espère bien élargir la formule à deux ou trois guests pour les festivals…

 

Ce seront de nouvelles compos ?

Pour la plupart, oui. Disons que là, pour l’instant, on est au trois quart du chemin. On a déjà arrangé sept ou huit morceaux. Principalement pour le trombone. Ce que l’on fera avec Jean-Paul sera arrangé autrement. Ou alors, nous ne jouerons pas les mêmes morceaux. Puis, oui, il y aura de nouvelles compos. Et pour l’instant, elles sont faites pour le trombone. Des trucs à deux voix, trombone et contrebasse ou trombone et sax, soit avec le thème qui vient au-dessus ou deux voix mélodiques… Ce sont des choses qui ne marcheront peut-être pas avec la trompette, par contre. On a envie de composer pour la formule. C’est ce qui est amusant avec ces nombreuses dates : on va pouvoir faire plein de choses différentes. Puis, ça nous remet en question. Quand on compose en trio, on adopte certains automatismes. Ici, on se pose des questions : est-ce que je fais un contre-point ? Une mélodie basée sur la contrebasse ?... Avec le trombone, c’est assez intéressant car il peut aller dans le côté rythmique, pour soutenir la basse ou la batterie, par exemple, ou il peut être en haut avec moi, pour faire les mélodies, ou des questions-réponses. Bref, on se pose la question essentielle : le guest est là et il y a une raison. Avec le piano, c’est également intéressant car on pourrait se contenter de prendre tous les morceaux et y mettre des accords, puisqu’il n’y en a pas pour l’instant, mais ce serait un peu trop facile. C’est comme si on ajoutait un musicien en plus, sans raison réelle. Il faut au contraire profiter de cette richesse supplémentaire pour aller ailleurs.

 

Pour la seconde partie de l’année, tu es tenté par quels autres instruments ?

Je pense à un autre saxophoniste, sans doute soprano. J’aimerais aussi inviter un trompettiste allemand, très peu connu ici. Et puis, ce qu’on n’a pas encore essayé, c’est avec une guitare, ce sera l’occasion. Une guitare plutôt électrique, pour tenter quelque chose de plus rock. Ou alors des trucs à la Tomassenko, avec des guitares qui jouent sur l’ambiance. Dans l’esprit d’un Frisell par exemple.

 

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Un enregistrement est prévu ? Pendant ou après ?

On va, de toute façon, enregistrer tous nos concerts. Cela pourrait être mixable, mais c’est surtout par curiosité et pour nous entendre. Pour retravailler les morceaux s’il le faut. Mais nous aimerions quand même refaire un enregistrement studio. Le premier disque a été bien reçu et il nous a permis d’être crédible sur le « marché ». Cela nous a permis d’avoir un retour critique et de pouvoir nous « construire » à partir de cela aussi. Le but est évidemment d’en faire un autre et de proposer de nouvelles choses.

 

Au delà du trio tu as d’autres projets en cours?

Oui, je joue avec les Sidewinders, un quintette de hard bop, avec Michel Paré (tp), Eve Beuvens (p),  Toon Van Dionant (dm) et toujours Nicholas Yates (cb). On fait des reprises des années ’50, Lee Morgan, Hank Mobley etc… On jouera prochainement à l’Os à Moelle, au Lokerse Jazz Club, à la Jazz Station et peut-être au Gouvy cet été. Et puis l’autre projet c'est Utz, le septette de Renato Baccarat, qui est aussi le chanteur et le guitariste. Je ne dis pas que c’est un groupe brésilien sinon tout le monde s’imagine un certain type de musique. Alors je dis que c’est un septette pop rock brésilien. C’est assez festif. Il y a quatre souffleurs et une rythmique d’enfer. On joue le 15 janvier au Jacques Franck.

 

Pour ne rien rater des concerts du Thomas Champagne Trio, rendez-vous sur leur MySpace.


 

 

 

A+

 

22/05/2010

Jazz à Liège 2010

Impossible de me rendre à Liège, le vendredi 7 mai, pour le Festival de Jazz qui fêtait ses 20 ans.

Samedi 8, par contre j’y étais. Un peu trop tôt d’ailleurs. Belle occasion pour me détendre un peu à la terrasse ensoleillée d’un sympathique café et pour continuer la lecture de l’excellent livre de Geoff Emerick «En studio avec les Beatles». Je me demande toujours comment il est possible de se souvenir, aussi précisément, d’événements qui se sont produits voici près de quarante ans! Emmerick est l’ingénieur du son qui a enregistré, entre autres, «Revolver», «Sgt Pepper», «Abbey Road»... Dans ce livre, il nous fait vivre de l’intérieur ces incroyables moments de créativité qui ont bercé ma jeunesse. Et c’est jubilatoire. Pour peu que vous vous intéressiez un tantinet aux Fab Four, je vous recommande vivement cet ouvrage incontournable.

Allons, il est temps de rejoindre le Palais des Congrès.


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Je passe d’abord une tête dans la Salle de la Région Wallonne où Nathalie Loriers fait son sound check. Les réglages sont délicats. Non seulement, le line-up de base du String Quartet a été légèrement modifié, mais c’est Jean-Paul Estiévenart qui a la lourde charge de remplacer Bert Joris à la trompette. Comme je verrai cette formation (avec Bert) lors du prochain Jazz Marathon (dimanche 30), je descends au Bar des Congressistes pour écouter Sophie Alour (ts, ss), accompagnée par Yoni Zelnik (cb) et Karl Januska (dm).


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Le trio présente son dernier album «Opus 3». Le jazz de Sophie Alour mélange les genres avec une certaine retenue. On passe du bop au rock en lorgnant tantôt vers le classique, tantôt le jazz très moderne, tantôt le jazz très soul. «Mystère et boule de gomme!», aux harmonies et aux arrangements assez sophistiqués, nous emmène dans une spirale déstabilisante, tandis que «Eloge du lointain», qui flirte avec les rythmes africains, nous ramène sur un terrain plus organique. Le jeu souple et tout en douceur de Sophie Alour se mêle joliment à celui, très chantant et sinueux, du contrebassiste Yoni Zelnik. À la batterie, Karl Januska est impeccable de bout en bout. Il est à la fois très sec et tranchant sur «Untitled» (?), puis sensuellement percussif sur «Mystère et boule de gomme!» et fougueux sur «Karlstone».  C’est frais et très agréable, surtout que Sophie Alour ne manque pas d’humour.

Je fais l’impasse sur le trio de Donny McCaslin, pensant aller le voir le lundi suivant au Hnita Hoeve. Malheureusement, je n’en aurai pas l’occasion. Un coup dans l’eau. De toute façon, ici à Liège, la salle était comble - impossible de se faufiler plus avant - et le concert avait commencé depuis près d’une heure.


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En route donc vers la Salle de Fêtes pour découvrir ce que l’on considère comme étant la révélation pianistique de ces dernières années: Tigran Hamasyan. Le premier et long morceau me laisse pourtant très dubitatif. Tigran est très expressif et très physique sur son piano, il alterne les phrases légères, les accords massifs et les échappées virtuoses. C’est impressionnant, mais… Mais il faut attendre «Love Song» pour que se révèle alors un formidable groupe. La vocaliste Areni trouve idéalement sa place. Les tessitures se mêlent. Piano, voix et sax (Ben Wendel) jouent à l’unisson puis s’éloignent, prennent des libertés et se rejoignent à nouveau. Les harmonies orientales se mélangent au jazz et au rock. «Falling» débute par un intense solo de batterie (Mark Giuliana) aux accents jungle, repris au micro, façon beat box, par Tigran. Tout le folklore arménien explose. Le pianiste se déchaîne et Sam Minaie (cb) redouble d’impétuosité. Le contraste est violent lorsqu’ arrive «Chinar Es», en duo piano - voix, qui prend alors une ampleur étonnante. Cet air plaintif et mélancolique irradie la salle. Le groupe revient au complet pour un final éblouissant. Tigran, les deux mains hyper mobiles, met le feu aux poudres. Ok, me voilà convaincu.


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Le temps de me rafraîchir un peu au bar, de croiser quelques amis dans le long couloir et me voilà dans la Dexia pour le concert de Mark Turner (ts), Larry Grenadier (cb) et Jeff Ballard (dm). C’est plein à craquer. L’ambiance est assez nocturne et dépouillée. Le trio développe un jazz assez intimiste. Cependant, le concert est un peu plus nerveux que l’atmosphère générale de l’album («Sky & Country») paru dernièrement chez ECM. On sent, dans le jeu de Ballard surtout, l’envie de donner du nerf à la musique, tandis que Turner semble souvent retenir l’explosivité. Il préfère broder autour d’ondulantes phrases lyriques («Child’s Play» ou «Brother’s Sister»). Mais avec «State Of The Union», on file tout droit. Grenadier rebondit sur des rythmes que Ballard s’amuse à casser. FLY force même le trait un peu boogaloo sur «Elena Berenjena». Bien sûr, on reste dans la nuance et la délicatesse. Pas de tonitruance ici, même si «Super Sister» termine le set de manière très enlevée.

En attendant que Nicholas Payton daigne bien commencer son concert, je vais écouter les derniers instants de celui de Murat Öztürk… Eh bien, j’aurais voulu en entendre plus. Dans la veine assez traditionnelle du trio piano - basse - batterie, le leader d’origine turque fait preuve d’une belle personnalité. Le jeu de Murat est assez clair, détaché et brillant. Gauthier Laurent (cb) impose un jeu ferme et très musical, qui se faufile entre les lignes d’un jazz assez chatoyant. Et tout cela est soutenu par le drumming magique et sobre de Dré Pallemaerts. À suivre.


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Dans la grande salle du fond, Nicholas Payton balance un jazz plutôt prévisible. C’est toujours agréable, certes, mais cela ne soulève pas chez moi un enthousiasme débordant. Il y a pourtant sur scène une belle brochette d’excellents musiciens, à commencer par le tout jeune et extraordinaire pianiste Lawrence Fields, aussi vif que pétillant. Marcus Gilmore (dm), plus sage ici qu’avec Vijay Iyer, partage la rythmique avec le percussionniste Dan Sadownik et le contrebassiste Vicente Archer. Le sextette revisite le bop (ou neo-bop) façon Terence Blanchard ou Wynton Marsalis. Tout est hyper réglé, avec juste ce qu’il faut de swing, de latin jazz et de rythmes langoureux. Il manque juste un peu de folie… ou simplement de plaisir de jouer?

Un peu fatigué, je jette quand même une oreille au Flat Earth Society. Ici, il y a de la folie, une pointe de délire et une envie évidente de s’amuser. J’aurais dû opter pour ce concert-là, peut-être…

 

A+

 

06/04/2010

Collapse

Oui, oui, oui !!!

Ha oui, voilà le genre de musique qui me fait du bien !

Collapse vient de sortir son premier album chez Igloo. Collapse, je les avais remarqué lors du concours jeune talents au Jazz Marathon 2007. Concours qu’ils avaient d’ailleurs remporté.

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Entre-temps, je n’ai vu aucun de leurs concerts (Shame on me!). Trois ans plus tard (enfin!) voilà l’album. Et l’on peut dire que c’est une belle réussite. Le groupe a évolué, a mûri, a pris de la consistance.

Dès le premier morceau, le quartette marque son territoire. On se prend «King-Fu» en pleine figure. Comme une grande claque de fraîcheur et d’énergie.

On se dit que si ces jeunes-là ne viennent pas de New York, ils y ont au moins puisé toute la fougue. C’est sûr, on est dans l’univers des William Parker, Fred Anderson ou Ornette Coleman mais aussi peut-être dans celui du trio Tiny Bell de Dave Douglas.

Tout est puissant. Mais d’une puissance saine et contrôlée. Rien ne passe jamais en force.

Il y a de l’adrénaline dans le drumming d’Alain Deval. De la folie dans les grands écarts de Jean-Paul Estiévenart. Le sax alto de Cédric Favresse tangue entre explorations sonores, à la limite de la frénésie, et mélodies sinueuses. La contrebasse de Lieven Van Pee est souvent intrigante, que ce soit à l’archet ou en pizzicatos fermes et robustes. 

Ça remue tout le temps. Le groupe joue les silences et les temps suspendus pour se faire plus explosif dans la minute suivante. On joue avec les intervalles, les tensions et les scansions.

On nous entraîne sur des rythmes aventureux, on joue les déviations subites et les reconstructions vacillantes. Tout est brûlant et excitant. 

«Rain» se développe en un thème ondulant et mystérieux. «Erupcja Duszy» fait des incursions dans les musiques balkaniques. «Bustani» impose un rythme lancinant et dansant qui enfle et se mue en transe.

Collapse ne nous laisse jamais indifférents. Et ils ne nous laissent jamais au bord de la route, non plus. Après d’explosives expérimentations bruitistes, il raccroche les wagons sur des motifs obsédants ou fiévreux. Le dialogue entre Favresse et Estiévenart est jubilatoire. On dirait deux compagnons en virée, et les lignes droites cèdent sous les soubresauts heurtés. Entre post bop audacieux et avant-garde, parfois à la limite du free, la musique est souvent imprévisible. Et ça, c’est bon.

Le groupe était au Pelzer à Liège, la semaine dernière, je n’y étais pas et je le regrette. Alors je propose une nouvelle tournée générale de clubs pour Collapse! Ce jeune groupe est à suivre à la trace.

 

A+

 

25/10/2009

Robin Verheyen, Stépahne Galland et Nicolas Thys au Roskam

Dimanche 11, beaucoup de monde, dont pas mal de musiciens, se pressent dans le bar de la rue de Flandres : le Roskam. On y vient peut-être comme pour y prendre une leçon ou, en tout cas, pour partager un moment de très bonne musique.

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Robin Verheyen (ss, ts), qui fait l’aller-retour entre New-York et l’Europe avait convié Nicolas Thys (elb) et Stéphane Galland (dm) à le rejoindre sur scène. Robin vient de sortir, chez Pirouet, un nouvel album avec Bill Carrothers, Dré Pallemaerts et Nicolas Thys, qu’il présentera en Belgique et en France début novembre, (soyez attentifs).

Le trio se lance dans une musique sans concession, avec une seule idée en tête: le plaisir. Plaisir de chercher ensemble, de se surprendre, de créer et d’improviser. Bref, le plaisir de faire du jazz. Robin explore toutes les possibilités de son ténor ou de son soprano. Avec un penchant pour les notes pincées, hautes et aigues, amenées avec intelligence par de nombreuses circonvolutions rythmiques, plus riches les unes que les autres.

Il faut dire que Robin a côtoyé Pierre Van Dormael assez longtemps. Celui-ci a sans nul doute influencé son jeu ainsi que sa façon d’élaborer les thèmes. D’ailleurs, Verheyen lui rend hommage plusieurs fois ce soir (avec «Entre les étoiles» et «Linux», entre autres). Résultat: thèmes complexes, polyrythmies en pagaille et énergie communicative.

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Bien sûr, Stéphane Galland n’est pas là pour calmer les tensions. Sur «New York 1 & 2», rythmiquement déjà assez complexe, Stéphane s’amuse à jouer un peu avant, un peu après le temps. Vous savez, ce petit quart de moitié de centième de seconde qui rend le jeu encore plus périlleux, encore plus osé. Et quand c’est contrôlé de telle façon, c’est encore plus excitant et encore plus beau. Il remettra ça plus tard avec «Colors», dans le plus pur style d’Aka Moon. Il se lance à la recherche d’un motif qu’il triture dans tous les sens avec une aisance confondante. Le jeu, pour en être énergique, n’en est pourtant pas moins souple. Stéphane me dira plus tard qu’il travaille beaucoup sur la respiration ces derniers temps. Ce qui lui permet d’encore mieux dominer ses attaques et d’avoir un jeu tout aussi incisif et puissant (parfois plus) tout en contrôlant mieux son énergie. Sur ce même thème («New York 1 & 2», donc), il faut aussi entendre la basse obsédante de Nicolas Thys qui tient le cap, comme le capitaine d’un  bateau en pleine tempête, pendant que Robin joue tout en arabesques.

Le trio se fera aussi quartette sur deux titres avec l’arrivée de Jean-Paul Estiévenart à la trompette. Il s’intègre rapidement au groupe sur «Lilia», de Nascimento, (on connaît aussi l’admiration de Robin Verheyen pour Wayne Shorter), avant de transfigurer un thème aux influences plus «bop» écrit par Nicolas Thys: «Long Island City». Le jeu est clair, presque léger. Une souplesse qui contrebalance à merveille les solos telluriques de Galland.

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Avant de terminer par un bouillonnant «Roscoe Project» et  un «You Don’t Know What Love Is» totalement métamorphosé en rappel, il faut aussi souligner les moments plus lyriques, voire méditatifs, comme «Africa» introduit à la flûte par Robin, ou encore «Dr. Pierre» dans lequel Thys nous gratifie d’une improvisation absolument magnifique, confirmant chez lui un sens profond de la mélodie.

 La formule inédite de ce trio est totalement convaincante et les deux sets de très hautes tenues étaient là pour le prouver. On en redemande. Merci pour la programmation, Adib, et merci le Roskam.

 

A+

 

08/04/2009

Al Orkesta à la Jazz Station

 

Un petit retour à la Jazz Station.
Mercredi 25 mars c’était  pour la session Gare Au Jazz, organisée par les Lundis D’Hortense (et enregistrée par Musiq3).
Au programme: Al Orkesta de Joe Higham.
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Joe est un saxophoniste influencé par diverses courants dont les musiques orientales, (qu’il a minutieusement étudié), juives, africaines, le rock et bien sûr le jazz.
Il a d’ailleurs beaucoup joué avec des formations klezmer ou arabes (mais aussi avec Chris Mentens, François Decamps, etc…).

Comme il le dit lui-même, il n’est pas puriste (mais qui est pur?) et s’est nourri de tous ces chants durant toute sa vie.
Riche de tout cela, il a créé sa propre musique après avoir longtemps cherché la bonne formule et les musiciens pour la faire.

Les musiques d’Al Orkesta (c’est le nom du groupe), sont souvent festives et dansantes. Elles sont souvent chaudes et possèdent toujours cette petite pointe d’amertume que l'on retrouve dans les musiques orientales ou slaves (ha oui, la musique des Balkans fait aussi partie du projet).
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«House Of The Mariage» est un traditionnel Turc, revu par le groupe et «Sal fi-na al-landha» est basé sur un traditionnel Syrien.
C’est enlevé et rythmé à souhait.

Jean-Paul Estiévenart (qui a l’habitude de ce genre de musiques et de formations puisqu’il joue aussi avec le Marockin’ Brass) et Jacques Pirotton colorient l’ensemble de façon étonnante.
Assez typée pour le trompettiste et plutôt rock pour le guitariste.
Étonnant et excitant.

Après un intermède intime et nocturne («Valse Immonde»), le groupe repart sur des morceaux plus fougueux, toujours présentés avec beaucoup d’humour par le leader.
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«Maflouz» se gorge de soleil petit à petit et «Saz Samai» laisse entendre un Pirotton assez rockeur tandis qu’Olivier Stalon (eb) s’embarque dans un solo fiévreux. Puis, le bassiste «enfonce» profondément une cadence hypnotique. Une sorte de transe s’installe.

Stephan Pougin (dm) rythme les thèmes avec beaucoup de sensualité.
Avec ses baguettes ou avec la paume des mains, les sons brillent ou se font mats. On dirait une fine pellicule de sable qui se dépose délicatement sur les mélodies.

Le sax est voluptueux et il serpente autour des attaques de la guitare ou des volutes de la trompette.

Al Orkestra nous fait voyager tout en rythme, avec humour et légèreté, de la Méditerranée aux Balkans.
Un peu à cloche-pied.
Une fois sur le droit, une fois sur le gauche.
Finalement, c’est plus amusant comme cela… et ça nous emmène peut-être même plus loin.

A+