31/03/2016

The Return Of The One Shot Band - Sounds

Retour au Sounds depuis des lustres. J'en ai manqué des bons concerts là-bas !

Et même ce samedi soir, j'ai failli rater celui de Fabrice Alleman. J'avais pourtant deux occasions pour y assister : l’une le vendredi et l’autre le samedi. Et samedi... je ne suis arrivé qu’à la fin du premier set… mais dans une ambiance de feu.

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«Remonter le projet One Shot Band !», voilà une idée qui mijotait depuis pas mal de temps dans la tête du saxophoniste. Le One Shot Band avait vu le jour à la fin des années nonante et était composé d’une double rythmique, Jean-Louis Rassinfosse (cb) et Benoît Vanderstraeten (eb) (ou Thierry Fanfant), et de Fred Jacquemin (dm, loops), Vincent Antoine (voc), Michel Herr (keys), Paolo Loveri (eg), Jean-Pierre Catoul (violon) et bien sûr Fabrice Alleman.

Malheureusement, la mort injuste de Jean-Pierre Catoul a mis fin à cette aventure à peine entamée… Quinze ans plus tard, Fabrice Alleman a retrouvé la force de remettre le projet sur pieds.

Bien sûr, le line-up a quelque peu changé. Autour du leader, on retrouve les amis de la première heure (Fred Jacquemin et Benoît Vanderstraeten) mais aussi des «nouveaux venus» : Romain Garcera au vibraphone, Pascal Mohy aux claviers et Joachim Iannello au violon.

Si la musique a sans doute évolué, l’esprit et l’énergie sont restés. Les compositions, de l’époque ou toutes nouvelles, toutes écrites de la main de Fabrice Alleman, sont autant influencées par la soul, le funk et le jazz électrique que par la musique celtique. Et ça groove !

Basé sur un thème de Dan Ar Braz, le dernier morceau du premier set est pour le moins explosif ! La musique circule et monte en puissance comme un tourbillon sur les côtes du Finistère. Ça joue avec précision et à toute vitesse.

«Blues 8», lui aussi, monte à pleine puissance en une spirale énergique. La musique semble s’inventer sur l'instant (pas de doute, c’est bien du jazz !). Fabrice Alleman donne des indications au vibraphoniste, encourage Pascal Mohy, pousse encore plus loin le bassiste ! Il semble visualiser le chemin que pourrait prendre la musique. Il ouvre des portes, provoque les idées, laisse plein de libertés.

Soprano et violon font un bout de chemin ensemble avant que ce dernier ne s’envole dans une impro endiablée. Tandis que Jacquemin jongle entre tambours et pads, Verstraeten se jette dans de vertigineuses improvisations à la basse électrique. Son jeu est d'une incroyable souplesse et d’une précision stupéfiante.

Si la musique peut être extrêmement punchy, elle peut aussi se faire mystérieuse et intrigante. Tel le joueur de flûte d’Hamelin, Fabrice Alleman, au fifre, amène le public à le suivre, à revenir au calme, à l’écouter attentivement, à rester suspendu à ses lèvres. Et puis, ça repart de plus belle, avec exaltation et frénésie, comme au bon vieux temps du jazz rock de Miles.

Avec «J-J» aussi, le groove est tendu, presque psyché, le violon s'emballe avec ferveur, Pascal Mohy distribue des phrases courtes, pleines de soul, de funk et de sueur et Jacquemin frappe sèchement. Fabrice passe du soprano au ténor, puis au chant. Cela pourrait durer des heures. Mais c’est un «Summertime», totalement recoloré, qu’on nous offre en rappel. Il faut bien souffler un peu...

Le One Shot Band vient de faire un retour tonitruant. Plein de promesses. Et espérons que ce ne soit pas un «one shot».

A+

09/06/2014

Brussels Jazz Marathon 2014 (part2)

Le 25 mai, au Brussels Jazz Marathon, c’était le dimanche des Lundis.

En effet, depuis près de 18 ans, la scène de la Grand Place est réservée, le dimanche après-midi, aux concerts programmés par l’association des jazzmen (Les Lundis d’Hortense).

Dès 15 heures, sous un beau soleil, Greg Houben (tp) et Fabian Fiorini (p) présentent Bees and Bumblebees, leur dernier album (avec Cedric Raymond à la contrebasse et Hans Van Oosterhout aux drums) paru chez Igloo.

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La rencontre entre Greg et Fabian semble étonnante, elle est pourtant évidente. Voici deux univers qui se rejoignent dans la joie et le bonheur pour faire du jazz ensemble. C’est l’alliage brillant du bop traditionnel et du jazz plutôt avant-gardiste. C’est clair, c’est simple et cela se ressent sur le disque. Mais plus encore sur scène.

Greg dessine les mélodies, avec un plaisir gourmand, qui permet à Fabian de les démonter, de les découdre, de les mélanger et de les reconstruire comme il l’entend. Le pianiste sait attendre et construire ses solos pour les terminer de façon explosive. De son côté, Hans Van Oosterhout fouette les fûts et les cymbales avec un feeling incroyable. Il y a de la liberté dans son jeu et, en même temps, un sens du timing imparable.

Puis, le moelleux de la trompette de Houben se fond aux claquements languissants des cordes de la contrebasse de Cédric Raymond, toujours attentif et créatif. Alors, on ne peut s’empêcher de se dandiner sur l’irrésistible «Habanera», de battre du pied sur «Yes, I Didn’t» et de sourire et de claquer des doigts au son de «Middle Class Blues», qui rappelle un peu les Messengers du grand Art Blakey. Le quartette Houben – Fiorini nous offre, en cette chaude après-midi, un cocktail très rafraîchissant de jazz intelligent et de plaisir franc. Autant en profiter sans modération.

Après un rapide changement de mise en place, c’est un autre groupe du label Igloo qui monte sur scène : L’Âme des Poètes.

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Après avoir visité et revisité quelques grands répertoires de la chanson française (Brel, Brassens, Trenet mais aussi, Adamo, Paul Louka et même le Grand Jojo), le trio s’attaque cette fois à un nouveau concept : répondre, en chansons, aux questions de la célèbre et unique interview qui avait réuni, en 69, Brel, Brassens et Ferré.

Normalement, le spectacle est supporté par une mise en scène (que l’on imagine à la fois drôle et touchante), que le groupe n’aura pas l’occasion de montrer aujourd’hui pour des raisons – logiques - de logistique. Qu’à cela ne tienne, Pierre Vaiana (ss), Fabien Degryse (g) et surtout Jean-Louis Rassinfosse (cb) sont capables de faire le spectacle sans cela.

Si Jean-Louis truffe de jeux de mots et improvise ses textes de présentation, il en fait de même avec sa contrebasse, et ses citations, parfois improbables, sont légion. Rien ne semble sérieux et pourtant, il faut reconnaître une précision diabolique dans l’interaction et le jeu de ces trois musiciens exceptionnels. Les interventions de Degryse à la guitare (adapte du finger picking) sont éblouissantes d’inventivité et de justesse (sur «J’ai rendez-vous avec vous», notamment, ou encore sur «La valse à mille temps», pour ne citer que ceux-là). De son côté, Pierre Vaiana n’est pas en reste. Après avoir dessiné le léger contour des mélodies, il s’envole, dans un jeu tourbillonnant et ensoleillé.

Mais il sait aussi sonder la profondeur de thèmes plus sombres avec délicatesse et légèreté («La Quête» ou «Avec le temps», par exemples). Une fois de plus, L’Âme Des Poètes démontre que la chanson française (comme toutes les musiques) peut, elle aussi, swinguer…

Peu avant 19 heures, c’est le quartette de Jean-Paul Estiévenart qui investit la scène. En fait, il s’agit du trio du trompettiste (Antoine Pierre aux drums et Sam Gerstmans à la contrebasse) augmenté du saxophoniste Espagnol Perico Sambeat (Tete Montuliou, Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel, etc.). Et celui-ci imprègne tellement le groupe de sa présence qu’il est bien plus qu’un invité. Le disque (Wanted, sorti l’année dernière chez De Werf) est une belle claque, bourré de jazz très actuel et sans complexe. Un jazz qui n’a rien à envier à celui que l’on entend dans les clubs et bars branchés de New York.

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La musique d’Estiévenart s’inspire sans aucun doute de cette énergie-là, mais le trompettiste est capable d’aller au-delà et de révéler toute sa personnalité dans des compositions charnues, vives et sans faille. Le set, cet après-midi, est, lui aussi, extrêmement bien construit, preuve d’une maturité évidente.  On y décèle d’abord la force tranquille d’un groove tendu, retenu, qui ne demande qu’à éclater. Le trompettiste slalome entre le drumming acéré d’Antoine Pierre et le jeu dense de Sam Gerstmans («Am I Crasy », «The Man»). Puis les solos se construisent et se métamorphosent au fil des échanges entre le trompettiste et le saxophoniste. «Bird» s’enflamme, «Witches Waltz» tangue, vacille et renaît plus puissant, plus inébranlable. Finalement, la grosse heure passe rapidement, on ne s’est pas ennuyé un seul instant. Et l’on se dit qu’on aimerait revoir encore et encore ce trio/quartette en club… En Belgique... ou ailleurs en Europe, car il en a vraiment tout le potentiel.

Pour l’instant, la programmation est un sans faute et ce n’est pas Eve Beuvens qui va gâcher la fête. La pianiste présente ce soir les fruits de la carte blanche qu’elle avait obtenue l’été dernier au Gaume Jazz festival, et qui avait impressionné pas mal de monde, dont moi : Heptatomic.

Bien décidée à sortir un peu plus encore du cadre dans lequel on la confine trop volontiers, Eve a réuni autour d’elle une belle brochette de jazzmen aux idées bien larges : Laurent Blondiau (tp), Grégoire Tirtiaux (as, bs), Gregor Siedl (ts), Benjamin Sauzereau (g), Manolo Cabras (b) et João Lobo (dr).

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Et d’entrée de jeu, ça sonne et ça fuse. Heptatomic joue la déstructuration, explore les sons et les rythmes, et flirte presque parfois avec le free. C’est pourtant une liberté bien canalisée que propose Eve dans ses compositions. C’est une démocratie mélodique et harmonique libre, superbement maîtrisée. On pense parfois à l’Art Ensemble de Chicago ou à l’esprit d’un certain Mingus. Cela fait le bonheur de Laurent Blondiau qui n’hésite pas à pousser Tirtiaux et Siedl vers des chemins escarpés et rarement empruntés. Ça bouge, ça voyage, ça rebondit… Et quand Manolo Cabras a bien malaxé en tout sens sa contrebasse, on passe à des moments plus sobres qui permettent non seulement à la pianiste de s’exprimer mais aussi à Sauzereau d’éclater son jeu par touches ou à Lobo d’explorer de nouveaux sons. On se ballade alors dans des univers étranges et inquiétants où se mélangent de fragiles espoirs et de lumineuses certitudes. Un disque est en préparation, je pense, mais c’est sur scène que l’Heptatomic d’Eve Beuvens donne sans doute tout son jus… Alors, messieurs les programmateurs, ne soyez pas frileux, cette musique peut incendier bien des salles.

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Il est 22 heures, j’aurais pu rentrer tranquillement, mais je ne peux pas m’empêcher d’aller écouter Axel Gilain au Bravo. Ici, l’ambiance est plus recueillie malgré le monde qui a envahi le sous-sol du club. L’atmosphère est feutrée mais le jazz est enflammé. Il y a autant de la retenue que d’intensité. Tout en sensualité, la musique ne cesse de se transformer.

Bram De Looze, au piano, fait dévier le blues dans un sens, tandis que Nicolas Kummert trouve d’autres ouvertures. Tout évolue avec sérénité et élégance. C’est comme du vent qui déplace doucement des murs fragiles, c’est comme la chaleur du soleil qui déforme des objets flasques. Lieven Venken (dm) balaie et ponctue les rythmes, accélère ou suspend le tempo. Axel Gilain fait chanter sa contrebasse… avec réserve et beaucoup de sentiment.

Alors, Fatou Traoré et Yvan Bertrem ne peuvent s’empêcher de venir danser au devant de la scène. Leurs corps se déforment et se transforment sous l’impulsion de la musique. Le moment est magique, étrange, unique. Beau.

Axel Gilain vient de publier un album, Talking To The Mlouk (en vinyle ou téléchargeable ici) qui permet de prolonger ce moment rêvé… et qui s’écoute en boucle…

Pouvait-on imaginer plus belle façon de terminer cet excellent marathon 2014 ?

 

 

A+

 

 

 

 

 

16/02/2014

WRaP - l'interview

Endless est le premier album du «jeune» trio WRaP.

«Jeune», dans ce cas-ci, ne veut pas dire que les trois membres viennent tout juste de sortir de l’école. Au contraire, chacun d’eux a déjà une solide carrière derrière lui. En effet, WRaP, ce sont la chanteuse Barbara Wiernik, le guitariste Alain Pierre et le contrebassiste Jean-Louis Rassinfosse. Pas vraiment des inconnus.

A l’occasion de la sortie de cet album (publié chez Igloo), et avant une série de concerts à travers toute la Belgique, je suis allé les rencontrer, un dimanche après-midi. On a parlé de WRaP, de jazz et de bien d’autres choses encore.

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De quelle manière s’est formé le trio ?

Alain Pierre : Les choses se forment toujours au gré des rencontres. A l’époque, pour Acous-Trees, mon groupe qui est un peu en stand by pour l’instant, j’avais contacté Barbara Wiernik. De cette rencontre est né l’envie de jouer en duo, ce que l’on a fait et que l’on fait toujours, d’ailleurs. Ensuite, Jean-Louis Rassinfosse nous a entendu lors d’un séjours en Tunisie où nous donnions, lui, nous et d’autres musiciens encore, des master classes et des concerts. C’est là qu’est né le projet.

Un projet qui s’est d’abord appelé Trio 27…

Barbara Wiernik : Oui, cela faisait référence aux 27 cordes, vocales et instrumentales, réunies.

Pour quelle raison a-t-il été rebaptisé WRaP ?

Jean-Louis Rassinfosse : On trouvait la référence aux cordes vocales, aux cordes vibrantes et aux chiffres un peu trop anecdotique. Au fur et à mesure de nos rencontres on a construit quelque chose de plus personnel et, finalement, ce sont les initiales des musiciens qui ont donné le nom au trio. WRaP, ça frappe. Cela enveloppe aussi. Cela donne un côté un peu humoristique à notre groupe et évoque aussi la nourriture. Nos répétitions sont faites de petites recettes culinaires et musicales qui englobent, dans un certain sens, l’épicurisme de la vie…

Parlons des recettes alors. Y a t il eu une évolution des compositions du duo vers le trio, ou bien êtes-vous parti sur des toutes nouvelles bases ?

Barbara Wiernik : Alain a composé de façon plus ciblée pour le trio et moi j’en ai profité pour écrire de toutes nouvelles paroles sur ses compos.

Alain Pierre : Les morceaux sont vraiment pensés pour le trio. Mais on a travaillé beaucoup de standards aussi, de jazz, de chanson française ou de pop. Ce qui a permis de savoir dans quelle direction écrire pour le trio. On a appris à se connaitre au travers des répertoires divers et on a commencé à avoir un son.

Jean-Louis Rassinfosse : Barbara avait sélectionné des morceaux que Alain et elle ne jouaient pas en duo. Dans le but, justement, de ne pas être «deux plus un» mais de trouver une véritable osmose. Moi-même j’ai amené des compositions personnelles qui convenaient très bien au trio. Ensuite on a travaillé un répertoire plus spécifique.

Alain Pierre : Il n’y a jamais eu de répertoire commun entre le duo de Barbara et moi et le trio, en fait. On voulait changer de direction, de toute façon.

Jean-Louis Rassinfosse : Je voudrais insister sur le fait que ce n’est pas un duo qui est devenu un trio. J’aime la voix de Barbara et le son des cordes nylon de la guitare d’Alain et j’avais vraiment envie de construire un univers avec eux.

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C’est vrai qu’il ne s’agit pas d’un duo plus une contrebasse parce que, il faut l’avouer Jean-Louis, tu as une manière de faire chanter la contrebasse qui va au-delà du soutien ou du simple accompagnement…

AP : En effet, le côté lyrique de Jean-Louis qui est, pour moi, très important et assez rare à la contrebasse, a conditionné ma manière d’écrire. Déjà, dans Acous-Trees, j’aimais traiter la voix, non pas comme celle d’une chanteuse que l’on met devant le groupe, mais plutôt comme un instrument de section à part entière. Comme je le faisais avec la flûte de Pierre Bernard à l’époque, ou ce que je refais actuellement avec le saxophone ou la clarinette basse de Toine Thys dans Special Unit. J’aime traiter la voix de cette façon. Finalement, chacun de nous, voix, contrebasse et guitare, peut devenir un instrument très mélodique. Je veux éviter cette hiérarchie à laquelle on se plie trop facilement.

Chacun compose donc ses morceaux ou les arrange dans cette optique ?

AP : Oui, il y a un travail à la maison assez conséquent, mais on travaille aussi beaucoup en répétition. Il y a tout un travail d’adaptations et d’arrangements qui se fait pour le groupe. Et on n’hésite pas à mettre de côté des morceaux qui ne sont pas tout à fait adéquats. Il y a vraiment un travail commun.

Qu’est ce qui a déterminé le choix de certains standards ou de reprises ?

JLR : À partir du moment où il y avait un texte, ces choix ont parfois prévalus. Il fallait aussi être en adéquation avec ces textes-là aussi, bien sûr. Mais on joue aussi «The Man I Love», dont on adore à la fois les paroles et la musique ou «Trow It Away» d’Abbey Lincoln. On reprend aussi des morceaux de Beatles, que l’on ne trouvera pas sur le disque pour des questions de droits, mais que l’on joue souvent en live. Et en live, évidemment, on déborde un peu, on peu jouer plus longtemps et improviser…

BW : Oui, pour le disque, on a dû un peu se restreindre et en live on laisse beaucoup de place à l’impro. Et l’on a envie de développer cela bien plus encore.

JLR : Ce qui est intéressant en trio, c’est que l’on peut improviser même lorsque l’on accompagne. Il n’y a jamais ce côté figé de l’accompagnement et du soliste en avant-plan. Il s’agit souvent d’une sorte d’improvisation collective. Alain fait des accords mais joue aussi beaucoup de manière «arpégique». On n’a jamais le son brut en une fois, on reçoit un égrainage de notes. L’improvisation n’est pas massive, elle est plutôt éclatée et polyphonique.

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Vous sentez une différence dans la manière d’improviser ?

JLR : Tout dépend du style que l’on recherche. Ici, nous sommes entre le folk et le jazz. On n’est pas dans une rythmique traditionnelle. On surfe justement sur cette indécision pour créer un style. Je peux passer d’un «walking» à quelque chose de plus libre sans que cela ne soit calculé ou décidé. Cela permet beaucoup de liberté.

BW : De plus, on a eu la chance de beaucoup répéter avant d’avoir un premier concert, et aussi d’avoir eu la chance de tourner pas mal avant d’enregistrer le disque. Cela nous a permis de mieux nous connaître humainement et musicalement et de développer le son spécifique de notre trio.

C’est vrai que vous avez des parcours assez différents mais c’est le jazz qui vous relie. Par exemple Alain, sans vouloir être trop caricatural, on peut dire que tu viens un peu plus du «classique» ?

AP : Je viens de la guitare classique c’est vrai, même si, pendant des années, j’ai joué de la guitare électrique à doigts nus. Puis, à un moment, j’ai décidé d’arrêter de jouer totalement de la guitare électrique pour me consacrer à fond à la guitare acoustique. D’abord la guitare classique puis la douze cordes. C’est un type de jeu que je veux défendre, qui n’est pas facile d’imposer dans certains contextes, comme le jazz traditionnel par exemple, mais qui permet de jouer n’importe quel type de musique en apportant une certaine couleur. Plus polyphonique comme disait Jean-Louis. Cela permet de raconter d’autres choses et d’aller dans d’autres directions.

JLR : C’est toujours un challenge de faire entrer un instrument qui n’est pas spécialement jazz. La guitare à cordes nylon, on la retrouve en classique ou dans le flamenco et moins en jazz. Cela apporte une couleur mais il faut pouvoir s’en libérer. C’est comme lorsque l’on amène un violon dans un ensemble de jazz, cela devient vite du Stéphane Grappelli ou du Jean-Luc Ponty. De par sa sonorité, la guitare acoustique amène un certain style.

AP : C’est encore moins évident avec la douze corde qui a une connotation plus folk. J’ai tenté deux fois une jam au Sounds, et cela s’est traduit par : «Comment se tirer une balle dans le pied !» (rires)

Dans un contexte comme les jams, ce sont les autres musiciens qui doivent s’adapter à ton jeu ?

AP : C’est difficile dans les jams, de toute façon. Je crois qu’il s’agit aussi d’une méconnaissance de l’instrument. Si un gars arrive dans une jam avec une cornemuse, on va tous avoir un peu de mal car c’est un instrument que l’on ne connait pas. C’est le même cas pour la guitare classique et particulièrement pour la douze cordes.

Elle est beaucoup plus utilisée dans la musique folk…

JLR : En effet. On la joue souvent en accord ouvert, avec un plectre. Dans l’histoire du jazz, il y a très peu de gens qui ont joué de la douze cordes. Ce n’est pas simple car il y a une double corde et quand on pousse ou quand on tire on n’obtient pas le même son. Ralph Towner a fait des choses à la douze cordes, Philip Catherine aussi au début… Mais ce n’est pas courant. Si ce n’est pas courant, c’est peut-être parce que ce n’est pas facile.

C’est un son qui convient bien à tes goûts, Barbara. On sait que tu aimes Joni Mitchell, par exemple, et tout l’univers qui tourne autour… Mais il y a aussi l’étude du chant indien qui est important pour toi.

BW : Je suis tombée amoureuse de la musique indienne bien après le jazz, c'était après mes études au conservatoire que je suis partie pour la première fois en Inde. Cela m’a apporté énormément dans le cadre de l’improvisation. Je n’utilise pas vraiment les principes des chants indiens dans notre trio. Mais il est vrai que j’utilise, sans m’en rendre compte peut-être, les inflexions de voix lorsque qu’il s’agit de morceaux sans parole ou lorsque j’improvise. Mais je n’utilise pas, pour l’instant, cette connaissance dans les compositions, cela viendra sans doute.

Endless a été enregistré en décembre 2012 déjà…

AP : Et mixé en février 2013. Cela a mis un peu de temps, en effet…

BW : C’est à la suite de notre tournée des Jazz Tour 2012 que nous avons décidé d’enregistrer. C’était un moment idéal. Nous étions non-stop ensemble et nous étions vraiment plongés dans cet univers-là.

JLR : On sentait vraiment l’évolution, on la vivait. C’est donc de manière logique que l’enregistrement est survenu. Souvent, on fait un disque pour pouvoir tourner, puis le répertoire évolue bien et l’on regrette de ne pas avoir enregistrer après les concerts. Ici, on a d’abord joué live, puis on a enregistré, en se disant qu’il sera bien temps par la suite de négocier avec les maisons de disques et les distributeurs. Parfois, quand on doit attendre les décisions ou des autorisations et on ne fait rien, on n’avance pas. Ici on a pris notre destin en main. Avant de convaincre quelqu’un, on voulait d’abord se convaincre nous-mêmes.

Justement, pour convaincre les labels, mais aussi les journalistes ou le public, il faut avoir une définition claire de la musique. Chez vous, le pari est assez osé puisqu’on ne sait pas vraiment où vous caser, il y a du folk, du jazz, du rock, de la chanson…

JLR : Cela fait partie des surprises (rires).

BW : J’ai l’impression que c’est ce que l’on dit de tous les projets que j’ai fait : le manque d’étiquette très lisible (rires). Mais je ne sais pas s’il est obligatoire de classifier.

JLR : On compte aussi sur la curiosité des gens. Le public est parfois plus curieux qu’on ne le pense.

Qu’en est-il des programmateurs, des médias ou des tourneurs où les «cases» sont parfois plus «définies» ?

JLR : On vit une époque charnière, je pense. Tout est en mutation, actuellement. On se pose trop souvent la question de savoir comment toucher les gens. Nous, artistes, on ne doit pas trop s’adapter à cela je pense. On doit faire la musique que l’on pense devoir faire et après, la diffusion, c’est autre chose. Nous, en tant qu’artiste, nous devons rester concentrer sur notre art. Il y a parfois une perversion à savoir si l’artiste doit créer en fonction de ce qui doit être vendable ou pas. Est-ce la fin de la chaîne qui doit déterminer ce que l’on fait au début de la chaîne ? Notre but est de créer quelque chose de vrai et d’inattendu, ensuite on verra ensuite comment le public le reçoit, comment cette musique sera diffusée, entendue… C’est parfois dangereux d’attendre qu’un comité de sélection décide de ce que l’artiste doit faire ou non.

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Est-il encore important d’avoir un disque, un objet physique, à l’heure actuelle ?

AP : Oh oui ! Cela reste un objet indispensable et important aux yeux du public et des organisateurs. Surtout dans le milieu du jazz. C’est vrai que si c’était un projet dans un autre registre musical, plus commercial, qui s’adresserait peut-être plus aux jeunes, qui se consommerait plus vite, on aurait repensé la chose. Mais je ne crois pas ceux qui disent que le disque va disparaitre. Il va évoluer peut-être. En tout cas, il n’aura plus le monopole comme il l’avait il y a encore quelques années. Le vinyle avait le monopole, puis le CD est arrivé, maintenant c’est la musique en ligne. Mais le vinyle revient et certains artistes sortent leurs nouvelles productions sur vinyles. Même en électro, en pop, etc. Pour l’instant, c’est certain, Internet est en tête.

Le disque est important pour démarcher mais permet aussi aux gens d’emporter un souvenir après un concert.

AP : C’est vrai que le lieu où l’on vend le plus de disques actuellement est la salle de concert. Si les distributeurs se sont cassés la figure, c’est parce qu’il y a de moins en moins de disquaires. Le disque s’achète souvent après le concert, il permet au public de prolonger le moment. D’autre part, le disque sert à démarcher auprès des programmateurs, à l’envoyer aux radios. Face au nombre incroyable de groupes, celui qui fait un disque a sans doute un véritable besoin de pérenniser son travail.

JLR : Pour les artistes, un disque est aussi un «milestone», un jalon, dans son évolution artistique. Avoir un ficher dans son disque dur d’ordinateur est sans doute moins tangible… Mais c’est peut-être que notre génération, en tout cas la mienne, est restée attaché à un objet. L’amateur de jazz aime aussi avoir une discothèque physique, bien rangée, bien classée… Ceci dit, j’ai vu que l’on vendait actuellement une clé USB accompagnée d’un petit livret. C’est une autre façon de concrétiser la musique. On peut mettre en valeur l’objet d’une autre façon, sortir du format rond du CD… Echanger un objet physique entre personnes est important je crois.

Une belle série de dates de concerts est prévue dans toute la Belgique. Vous avez aussi l’intention de sortir du pays ?

JLR : On a toujours envie de faire connaitre notre musique hors frontières, mais ce n’est pas si simple… Au niveau de l’Europe, il y a des choses à faire : comme provoquer des échanges intra-européen. On le remarque lors de festivals surtout. On y voit beaucoup d’américains et des musiciens locaux : les belges en Belgique, les français en France, les allemands en Allemagne… Il y a très peu de belges en France, de français en Allemagne et ainsi de suite… Enfin, c’est un autre débat, mais il serait intéressant de renforcer ces échanges en Europe, je pense.

Avant, beaucoup de jazzmen américains se mélangeaient aux jazzmen locaux.

JLR : Dans les années septante, le dollar étant très haut, les musiciens américains venaient seuls et c’était une rythmique locale qui les accompagnait. Il y avait plus de lieux, ce qui manquent peut-être actuellement, comme le Pol’s Jazz Club, où il y avait de la musique live tous les soirs et qui consacraient le week-end aux jazzmen internationaux. Entre Amsterdam et Paris, les américains passaient par Bruxelles. Pepper Adams, Eddie Lockjaw Lewis, etc. C’était très enrichissant car on apprenait le jazz de «première main». Jouer avec George Coleman, c’était quelque chose. J’ai eu la chance d’en profiter et de pouvoir jouer avec Chet Baker. C’est formidable de pouvoir jouer avec de tels musiciens plutôt que des suiveurs ou des imitateurs. Il y avait un échange entre musiciens internationaux qui existe moins actuellement, c’est sûr. Cela se fait autrement. Les groupes naissent souvent de rencontres fortuites comme on le disait au début. Moi, j’ai rencontré Chet Baker parce que Jacques Pelzer m’avait demandé si j’étais libre pour venir jouer un gig de dernière minute à Liège. Si je n’avais pas été libre ce soir-là, ma vie aurait peut-être été différente. C’est un peu comme Eric Legnini qui est allé jouer à la jam au Sounds un soir où Flavio Boltro et Stefano Di Battista étaient là. A l’époque ils n’étaient vraiment pas connus. Puis, Eric est allé faire la jam à Paris, il s’y est installé et il est devenu le Legnini que l’on connait. Il suffit d’une rencontre. S’il était resté chez lui ce soir-là, sa vie aurait été différente aussi. La vie, c’est un peu comme le ski, tu passes une porte, puis une autre et puis si tu ne passes pas la suivante tu es ailleurs…

Quand tu as rejoins Barbara et Alain, tu as senti que tu pouvais apporter quelque chose, voire faire dévier le groupe ?

JLR : J’avais envie de cet univers. J’aimais bien l’éthérité, si j’ose dire, de la voix de Barbara, qui est très personnelle. L’aigu a un timbre particulier. J’adore la voix, c’est l’instrument le plus naturel qui existe, j’adore ce son particulier. Moi-même j’aime chanter. D’ailleurs, dans le trio je chante aussi. J’ai toujours essayé de moduler les sons depuis que je fais de la musique. J’ai appris cela aussi avec Chet Baker, justement, parce qu’il chantait tout le temps. On était en voiture pendant des kilomètres et il chantait. On pouvait imaginer les harmonies que l’on allait réaliser plus tard. J’aime la voix et celle de Barbara en particulier. De même, dans le jeu de guitare d’Alain, il y a quelque chose de différent. J’avais vraiment envie de mêler mon son à cet univers-là, je dirais même plus, mêler ma voix à cet univers-là. On dit souvent de moi que je fais chanter mon instrument. C’est un peu vrai, c’est ce que je veux faire. Il m’a fallut pourtant longtemps avant d’accepter ça. Il y a toujours eu quelque chose de péjoratif envers celui qui joue de la contrebasse à cinq cordes : «C’est parce qu’il ne sait pas monter vers les aigus !», etc. J’ai entendu de tout. Mais comme j’aime la voix, cette cinquième corde, cette corde aigüe, me donne encore plus d’expressivité. J’ai plus de sustain sur la corde aigüe. Elle est plus longue pour le même son, c’est ce qui la rapproche un peu de la voix, je crois. J’aime jouer sur la texture du son, j’ai l’impression que c’est de la pâte à modeler.

 

 

A+

(Merci à Jos L. Knaepen pour les photos !)

 

 

 

 

 

08/09/2010

Trompettes communes.

Retour sur quelques disques de trompettistes.

 

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Il y a pas mal de temps déjà, Greg Houben (tp, bugle) sortait chez Igloo «How Deep Is The Ocean» avec Sam Gerstmans (cb) et Quentin Liégeois (g). C’était il y a presque un an, mais il n’est jamais trop tard pour en parler. Surtout qu’un disque, tel que celui-là, se déguste, se sirote, se laisse le temps de l’écoute. Pas besoin de se presser, il faut savoir en profiter. C’est une musique qui se veut accessible tout de suite et qui pourtant doit prendre le temps de s’installer. Dès les premiers accords, on pense évidemment à Chet Baker. Greg Houben ne s’en cache pas et lorsqu’il reprend de sa voix légèrement voilée «Daybreak », ce n’est pas pour imiter son maître mais plutôt de lui rendre hommage. Évidemment, la configuration - guitare, drums et bugle - rappelle automatiquement le trio «belge» de Chet, avec Philip Catherine et Jean-Louis Rassinfosse. On y pense et puis… on oublie, car le trio possède sa propre personnalité. La nonchalance de Quentin Liégeois à la guitare, qui se hâte lentement, dégage une énergie sans agressivité. Son jeu est souple et virtuose. La fluidité de son phraser vient s’enrouler sensuellement autour des divagations du bugle. Sam Gerstmans, comme un barreur discret à l’arrière d’un bateau, semble «guider» le trio sur les flots onduleux qu’empruntent les deux solistes. Le son de Greg Houben oscille entre le moelleux, le brumeux et la clarté. On vogue sur une mer peu agitée, au gré de quelques standards («With A Song In My Heart», «For Minors Only»…) et de compositions originales qui se fondent avec élégance et raffinement dans l’ensemble. Un disque qui swingue tranquillement et qui rappelle le parfum nostalgique d’un certain jazz West Coast. Greg Houben va sortir bientôt un nouvel album avec le saxophoniste français Pierrick Pedron (concerts les 28 et 29 octobre au Duc Des Lombards, à Paris), chez Plus Loin Music.

 

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Ambiance totalement différente avec dernier opus d’Erik Truffaz, invité cette fois-ci par le saxophoniste turc, basé à New York et propriétaire du Nublu, Ilhan Ersahin (dont je vous invite à écouter la série Wax Poetic). On connaît l’esprit voyageur et le goût des mélanges de Truffaz. Il n’est donc pas étonnant que ces deux-là ce soient rencontrés. Ce qui frappe d’entrée de jeu, sur cet album, c’est bien sûr la rythmique turque. Les percussions sont aussi nerveuses que puissantes, aussi musclées que souples. Alp Ersonmez (eb), Izzet Kizil (perc) et Turgut Alp Berkoglu (dm) donnent une énergie incroyable à l’ensemble. Une énergie chaude et grasse. Ce qui est étonnant aussi, c’est le côté éclectique des rythmes et des thèmes qui se fondent pourtant entre eux avec une homogénéité incroyable. On passe des influences drum ‘n bass au rock en faisant un détour par le reggae, le folklore des Balkans ou par des moments plus atmosphériques. Ilhan Ersahin canalise l’ensemble avec une maîtrise assumée. Son jeu est enflammé, parfois âpre, présent et effacé à la fois.  Avec ferveur, il ouvre les espaces qui invitent à l’improvisation sans pour autant franchir les limites du free. Erik Truffaz, quant à lui est d’une justesse imparable. Pas d’effets envahissants, pas tentatives hésitantes, pas de clichés, Truffaz n’avait plus sonné aussi «jazz» depuis longtemps, et ce, malgré ce contexte très underground et éclaté. Ça groove tout le temps, c’est moderne et pourtant, ça sent les roots à plein nez. Bref, c’est une totale réussite.

 

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Allons maintenant nous perdre quelque part dans la fraîcheur des bois humides du sud de la Belgique. C’est un peu ce qu’évoque, à la première écoute, l’ambiance du très bel album «Insight Pictures» de Marc Frankinet (tp) et Georges Hermans (p). Pourtant, à bien l'écouter, se dessinent, ici et là, bien plus de couleurs d’âme qu’il n’y parait. Nos deux hommes, humbles et discrets, dialoguent avec une sincérité non feinte sur des mélodies parfois mélancoliques, parfois sombres, mais parfois aussi folâtres. Il y a, dans cet album, autant d’envie de liberté et de partage que de recueillement. Et cela fait plaisir à entendre.

Marc Frankinet et Georges Hermans ne sont pas de nouveaux venus. Le premier a joué avec Garrett List, ainsi qu’au sein du groupe Sinequa ou Jojoba, et le second a sévi aux côtés de Stéphane Mercier, Jereon Van Herzeele ou Michel Magalon, entre autres.

On perçoit chez le trompettiste une certaine approche «classique» dans le jeu : une précision dans l’attaque, une aisance dans la tenue de note. On pourrait penser à Maurice André, mais c’est surtout Enrico Rava qui vient à l’esprit. Du côté du pianiste, le toucher est franc mais empreint également d’un lyrisme détaché (écoutez le superbe «Contrevalse», par exemple). Sur certains titres, la contrebasse de Jean-Louis Rassinfosse ajoute de l’épaisseur au propos. On se rapproche parfois d’une esthétique à la ECM et un frisson vous parcourt l’échine à l’écoute de «Souvenirs» ou de «Ray In The Darkness». On flotte dans une ambiance de rêve éveillé, de douceur mélancolique. Pourtant, les touches de noir et de blanc n’ont jamais été aussi colorées et l’on se surprend à se dandiner aux sons de «Samba» ou de «Thanks Mister J.C.». Au swing toujours présent mais jamais surligné, se mélangent la tendresse, la joie, l’amitié.

Il ne faudra pas manquer les prochains concerts du duo, souvent rehaussés de la présence de Raphaël Demarteau qui vient peindre en «live». Un spectacle artistique complet, en somme.

 

A+

 

26/01/2010

Ceci est l'Âme des Poètes. Théâtre Marni

Se rendre à un concert de l’Âme des Poètes est toujours un plaisir. On y va pour le la musique, bien sûr, mais aussi pour les commentaires et les jeux de mots de Jean-Louis Rassinfosse. C’est son pêché mignon. Il ne peut s’en empêcher. Et il ne s’en prive pas.

Même le plus mauvais des calembours trouve sa place ici. C’est souvent tiré par les cheveux, mais c’est souvent très drôle. Et, bien évidemment, c’est souvent surréaliste. Nous sommes en Belgique, non? Quoi de plus normal dès lors que, pour leur sixième album («Ceci n’est pas une chanson belge», sorti chez Igloo), le trio se soit attaqué aux chansons de notre plat pays. Bien sûr, il y a déjà eu tout un album dédié à Brel. Qu’à cela ne tienne, le Grand Jacques est à nouveau invité! Mais cette fois-ci, il est entouré d’Adamo, Arno, Telex, Pierre Rapsat, Sandra Kim ou encore Le Grand Jojo !! Il n’y manque plus qu’Annie Cordy ! Plus belge que ça… c’est la Mort Subite !

Celui qui n’a jamais entendu l’Âme des Poètes pourrait être perplexe devant un tel programme. Mais s’il l’écoute, il risque d’être surpris. Et plutôt dans le bon sens. C’est que le groupe a le génie de ne pas «jazzifier» bêtement les airs populaires. «Jazzifier»! Quel vilain mot! Il rime avec édulcorer, frelater, débiliter…

Pas question, donc, pour l’Âme des Poètes, de s’en tirer avec un «chabada». Il y a, ici, un véritable travail sur la musique, avec des arrangements aussi magnifiques qu’étonnants.

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Ce mardi 20 janvier, pour la sortie officielle du disque, la salle du Théâtre Marni est remplie. Sur scène, Pierre Vaiana (ss) sifflote et Fabien Degryse (g) tapote patiemment l’éclisse de sa guitare en attendant que Jean-Louis Rassinfosse mette de l’ordre dans ses partitions, chausse ses lunettes, règle le tabouret, ajuste le pupitre…

Le ton est donné: on ne se prend pas au sérieux.

Mais quand les premières notes résonnent on comprend vite que l’on n’a pas affaire à des zieverer.

«C’est ma vie» d’Adamo, est tendre et léger, «Les rêves en nous» de Rapsat, est intime et délicat, puis, «Mon amour pour toi», de Fud Leclerc, qui m’était totalement inconnu, se révèle superbe de dynamisme et de swing. «Fud Leclerc, nous explique Rassinfosse, a représenté la Belgique à l’Eurovision avec cette chanson. Fud, s’appelait Fernand Urbain Dominic, d’où... Fud… Heureusement qu’il ne s’appelait pas Bernard Isidore Thierry !»…

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Et l’on continue avec «Chef un p’tit verre on a soif» dans une version orientale absolument merveilleuse. Avec cet arrangement, on est loin, très loin, de la chanson de guindaille (j’en avais touché un mot ici). Pendant que la guitare égrène les arpèges, le soprano imite presque le pungi des charmeurs de serpents sur des accords ondulants. Au loin, la contrebasse chante doucement la mélodie.

De même, «Tout petit la planète» de Plastic Bertrand (composé par Pierre Van Doormael !!!) est dépouillé, étrange, mystérieux, intriguant… quasi méconnaissable. Le trio accentue une certaine idée de la désolation. Le refrain s’exprime de façon lacunaire, comme s’il était perdu dans l’univers. L'ensemble est presque déstructuré, désintégré…

« J’arrive » de Brel est poignant, «L’amour, ça fait chanter la vie», façon bossa, est ondulant et «Eurovision» de Telex, mixé avec «J’aime la vie» de Sandra Kim, est un bijou de savoir faire…

Entre humour, tendresse et complexité harmonique, le trio fait mouche à chaque coup.

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Rassinfosse capte l’attention, bien sûr, mais il ne faudrait pas oublier la dextérité hallucinante et la musicalité de Fabien Degryse à la guitare. Il est capable de varier les intonations et de créer des univers différents de façon absolument éblouissante. Et Pierre Vaiana parfois doux, parfois âpre, parfois même insolant lorsqu’il joue le vilain canard sur «J’aime la vie», est d’une justesse et d’une maîtrise qui forcent l’admiration.

À écouter sur disque, bien sûr, mais à voir sur scène, sans aucun doute.

Ceci n’est pas un trio ordinaire - nom d’une pipe! - c’est l’Âme des Poètes!

 

A+

 

12/10/2009

Le premier mercredi des Lundis

 

Soirée d’ouverture des Lundis d’Hortense, mercredi 30 septembre à la Jazz Station. Un monde fou. Cette année, plutôt que la traditionnelle jam festive (c’est souvent bien mais parfois un peu désordonné), les LDH ont eu l’idée de donner «carte blanche» à un musicien.

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C’est  à Tuur Florizoone qu’est revenu le privilège – et la lourde responsabilité – d’organiser le concert. Et il n’a pas choisi la facilité. Pourtant, comme me le disait Jan de Haas, il a réalisé l’impossible : rassembler un maximum de jazzmen et, en plus, élaborer un programme complet, construit et bien pensé.  Et Tuur n’a décidément pas ménagé ses efforts, puisqu’il a également re-arrangé certains morceaux suivant la configuration des différentes formations et des instrumentistes.

Ainsi, on débute par un classique pop revisité jazz (« Don’t Stand So Close To Me » de Police magnifiquement chanté par Barbara Wiernik et (??) qu’accompagne Tuur) pour terminer par une version déjantée de «Good Bye Pork Pie Hat» interprété par un big band de soufflants.

Entre ces deux beaux moments, on suit une évolution intéressante et toute en souplesse au travers de différents courants jazz. Tour à tour, les musiciens se succèdent sur scène. Duo, quartette, quintette, big band, tout s’enchaîne avec une incroyable fluidité et il n’y a aucun temps mort. Chapeau Monsieur Tuur.

On retrouve ainsi sur scène Jean-Louis Rassinfosse (cb), Stephan  Pougin (dm), Alain Pierre (g) et Alexandre Cavalière (violon) pour accompagner Tuur dans son «Café Terminal». Le titre est tiré de la bande originale de l’excellent film «Aanrijding in Moscou» (ou «Moscow, Belgium») qui a reçu plusieurs prix à travers le monde, dont celui de la Critique à Cannes, et qui est passé un peu trop inaperçu du côté francophone de notre pays (no comment…).

Le mariage accordéon et violon est flamboyant et le final explosif.

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Direction le Brésil avec «Evinha, Minha Vizinha» à bord d’un Tricycle (Philippe Laloy (ss) et Vincent Noiret (cb) ) augmenté de Jan de Haas (dm), Henri Greindl (g). Détour du côté de chez Garrett List avec un morceau qui lui est dédié («To Autumn») dans lequel on peut entendre le chant déchirant -  presque un cri, un râle – de Barbara Wiernik. Impressionnant.

Puisque Pirly Zurstrassen (p) est sur scène, on enchaîne avec le très slave et très dansant «H dance». On y retrouve une bonne partie du groupe Musicazur, dont le virevoltant Kurt Budé à la clarinette. Dans la salle archi-comble (c’est une épreuve pour atteindre le bar) l’ambiance est joyeuse, décontractée, conviviale. Le bonheur se lit sur le visage de tous les spectateurs et des musiciens. Tuur sait y faire. Alors, il nous donne un peu de tendresse et de calme avec une belle, triste et lente ballade («Epilogue») avant de nous ramener sur la route de la fête avec «Un, Deux» qui fleure bon la musique tzigane. Ils sont de plus en plus nombreux sur scène (Toine Thys, Thomas Champagne, Fred Delplancq, Daniel Stokart et plein d’autres) pour fêter un «Mum’s Birthday» enchaîné à un «Double Booked» très Mingusien. Joli prologue quand on sait ce qui va suivre.

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On remplit encore un peu plus la scène et l’on ajoute David Devrieze, Joe Higham, Pierre Bernard et d’autres encore, pour accompagner Jereon Van Herzeele, en soliste frénétique et volcanique, sur un «Good Bye Pork Pie Hat» éclatant.

Carton plein !

Mission accomplie, la jam peut commencer.

 

 

Quant à moi, je discute longuement avec Pierre Bernard, avec Jereon Van Herzeele (qui me ramène des nouvelles peu réjouissantes de Jean-Jacques Avenel), avec Alain Pierre et puis plein d’autres amis… et finalement, je refais le monde avec Fabrice Alleman (déjà écouté le superbe «The Duet» avec Jean Warland ?)…

 

Les Lundis, c’est tous les jours la fête des jazz.

 

A+

 

01/10/2009

Passage éclair à Saint-Jazz-Ten-Noode

Passage éclair à Saint-Josse qui proposait son 24ème festival Saint-Jazz-Ten-Noode ce samedi 19 septembre !

J’arrive trop tard pour entendre Thierry Crommen, mais je ne rate presque rien du concert de l’Âme des Poètes. Je n’ai pas eu l’occasion de voir ce groupe assez souvent et je le regrette.

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Derrière l’humour et une dérision affectueuse de leurs reprises de chansons françaises, il y a la rigueur de 3 excellents musiciens. Trois musiciens qui arrivent à réinventer la vie de chansons populaires mille fois entendues. Avec nos trois gaillards, même une chanson du Grand Jojo passe pour une œuvre majeure de la musique. La reprise de «Chef, un p’tit verre, on à soif!», entièrement retravaillée sur un rythme oriental, est jubilatoire.

Pierre Vaiana, notre Django d’Or 2009, est merveilleusement ondulant. Un véritable serpent des sables, agile, précis et insaisissable.

Fabien Degryse, (dont je vous conseille lle second album « The Heart of the Acoustic Guitar » qui sort sous peu… je peux déjà vous dire qu’il contient quelques petites perles) est épatant à la guitare. Parfois bluegrass, parfois manouche, parfois classique. Une fois nerveux, une fois tendre, une fois lyrique… toujours pétillant. Un régal.

Et puis, il y a Jean-Louis Rassinfosse, toujours aussi facétieux dans la présentation des morceaux - le roi du jeu de mots – qui, lorsqu’il empoigne sa contrebasse, la fait chanter comme personne d’autre en Europe.

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La musique semble simple mais demande assurément une exigence incroyable de la part des musiciens. L’Âme des Poètes devrait bientôt sortir un nouvel album. Cela nous promet bien du plaisir.

Place ensuite à Nathalie Loriers. J’aurais bien voulu assister au concert de Nathalie dont le dernier album vient de sortir chez De Werf (avez-vous écouté la nouvelle version de «Mémoire d’O» ? Rien que pour cela, le CD vaut l’achat!).

Mais un autre rendez-vous important m’attendait (il faut toujours tenir les promesses que l’on fait à ses enfants ;-) ) et j’abandonne le chapiteau qui résonne des premiers accords du quartette.

J’irai écouter Nathalie, de même que Toine Thys et son Hammond Trio qui se produisait un peu plus tard à la Jazz Station, une autre fois … Ça aussi c’est une promesse que je m'oblige à tenir!

 

A+

 

14/06/2009

Name Dropping à Jazz à Liège

Mais oui, bien sûr, j’étais à Jazz à Liège.

Le vendredi soir, je ne pars pas aussi tôt que prévu du boulot.
Alors, je fonce sur l’autoroute car j’ai rendez-vous avec Baptiste Trotignon.
Forcément, j’arrive en retard.
J’assiste au sound-check, je discute un peu avec Franck Agulhon et j’interviewerai Baptiste après son concert.
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En attendant, direction la grande salle des fêtes du Palais des Congrès.
China Moses.
La fille de Dee Dee Bridgewater. Et ça se voit.
Showwoman en diable ! Elle parle, elle rigole, elle danse et… elle chante super bien !
Elle reprend les «tubes» de Dinah Washington en accentuant le côté canaille de la grande dame du jazz! On est sous le charme.
À revoir sans hésiter au Gent Jazz Festival cet été, par exemple.


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Retour pour le concert de Trotignon.
Osmose. Complicité. Energie.
La musique circule entre les trois musiciens avec beaucoup d’inspiration.
Il y a de la surprise et il y a du plaisir. Il y a du jazz quoi.

Dans le grand hall, je croise Thomas Champagne. Malheureusement, je ne pourrai pas voir son concert puisque j’interview Trotignon (bon, vous suivez, ou quoi ?).
Je rate également le concert d’Olivier Hutman.
Je le croise au bas d’un escalier. On se donne rendez-vous au Théâtre Marni le 22. (Malheureusement, je n’aurai pas l’occasion de m’y rendre. Rendez-vous manqué.)

Je discute avec Jean-Pol Schroeder, Yves Budin, Philippe Schoenbrood, Robert Jeanne… les habitués du festival.

J’échange quelques mots avec Joachim Kühn. Avez-vous écouté l’intense «Live At Schloss Elmau» avec cet autre pianiste fabuleux: Michael Wollny ?
J’aimerais bien discuter un jour plus longuement avec Kühn…


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Et puis, je vais voir le concert de Diederik Wissels.
Excellente idée du pianiste que d’avoir ajouté quelques samples de percus: cela donne une couleur différente et une belle ouverture à sa musique.
Très belle surprise.

Je passe dans la grande salle où, DJ Grazzhoppa et son DJ Big Band offrent un spectacle étonnant.
Oui, les DJ’s, employés comme ici, sont des musiciens!
11 DJ’s, trois soufflants et deux chanteuses, autant dire que ça bouge.


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Plus tard, au bar, je discute avec Laurent Blondiau puis, plus longuement, avec Nicolas Kummert qui faisaient partie tous deux du DJ Big Band. Ils me confirment ce que je pensais: il y a beaucoup d’interactivité entre eux et les DJ’s.

Un peu plus loin, je parle avec Barbara Wiernik à propos de son dernier album «Soul Of Butterflies», que je vous conseille vivement. Même si je n’adhère pas à tout, il y a des véritables perles sur cet album comme «Drops Can Fly», «Brown Little Girl» et surtout… «Army Dreamers» (reprise de Kate Bush) absolument magique !
On en reparlera.

Et je termine la nuit sur la péniche avec Diederik Wissels, Jan De Haas et Steve Houben


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Le lendemain.
Natacha Wuyts est sur la scène de la petite salle des 200.
Un son très approximatif gâche le plaisir. On entend fortement le claquement de la contrebasse de Boris Schmidt (excellent, au demeurant) mais quasi rien de la guitare de Manu Bonetti.
Ça gâche vraiment le plaisir.
Dommage, car Natacha à une belle présence sur scène et défend avec un bel enthousiasme de beaux standards de jazz.
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Alors, je vais écouter le nouveau projet de Jean-Philppe Collard-Neven et Jean-Louis Rassinfosse.
Et là… C’est somptueux !
Fabrice Alleman aux sax(s) et le très coloriste Xavier Desandre-Navarre aux percussions s’y sont ajoutés. Le résultat est merveilleux de délicatesse, de musicalité, d’échanges et d’inventivité. Les compos et les interprétations sont magnifiques.
Du grand art.

Pas de temps à perdre ensuite, je vais voir Steve Grossman.
Ici, l’effet est inverse: grosse déception.
Rien de neuf à se mettre sous la dent. On dirait un gros bœuf entre excellents musiciens (dont les fantastiques Valerio Pontrandolfo (ts) ou Alain Jean-Marie (p) ).
Mais c’est un peu court face à une si grande attente.


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Alors, je retourne écouter Trio Grande.
Je ne pensais que passer et finalement… je suis resté scotché !
Ce groupe est déjanté et cette musique qui semble aller dans tous les sens  - mais qui est jouée avec une rigueur incomparable – me surprend toujours.
Magique.

Magique aussi le «Just Jazz» d’Aldo Romano.
D’un côté, une énergie débordante et un groove soutenu, de l’autre, un mélange improbable de tradition et de modernité. Et les «modernes» ne sont pas nécessairement ceux que l’on pense. Henri Texier et Aldo Romano sont explosifs tandis que Géraldine Laurent apporte un son ample et sinueux. Quant à Lauro Negri (que j’avais vu en compagnie d’Enrico Rava, il y a quelques années en Italie) amène cette touche de fraîcheur toute italienne. Fabuleux concert.


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Je discute un peu avec Henri Texier qui me raconte ses intéressants projets (comme «Prevert Blues» où il mêle poème et jazz). Texier sera de retour en Belgique – au Brosella – avec son groupe.
À ne rater sous aucun prétexte !

En allant vers la grande salle pour écouter Dave Holland, je discute avec Michel Massot, Michel Debrulle, Matthew Bourne et Laurent Dehors. Intéressant d’entre leur façon de concevoir le jazz et la musique en général. C’est rafraîchissant.


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Final avec Dave Holland, donc.
Comment expliquer le fait qu’il y a le très bon jazz et le très très bon jazz ?
Ce quartette n’est pas venu à Liège pour faire de la figuration.
Chris Potter est démentiel. Il va au charbon, le gaillard! (il y va tellement qu’il surprend même son leader.) Et puis, il y a Nate Smith… et Steve Nelson !!!
Grandiose ! La tête d’affiche n’a pas déçu.

Et me voilà à nouveau a bar (hé oui).
Avec Jean-Louis Rassinfosse et Fabrice Alleman, d’abord.
Et puis j’ai une longue et très intéressante discussion avec Jean-Philippe Collard-Neven et Xavier Desandre-Navarre à propos de Messiaen.
Pas sûr d’avoir saisi toutes les subtilités, mais je me dis que de participer à une conversation entre Jean-Phillippe et Bo Van Der Werf (passionné, lui aussi, par l’écriture de Messiaen) pourrait être passionnant.

Et je discute avec Nicola Lancerotti, David Devrieze, Jordi Grognard, Tuur Florizoone et d'autres encore...
Puis avec Jean-Pierre Bissot qui va nous proposer un beau Gaume Jazz ou encore avec Jean-Claude Laloux à propos de la terrible affiche du Dinant Jazz Nights.
L’été sera chaud !

Pas toujours facile le Jazz à Liège (concerts simultanés, va et viens, etc…) mais il y règne toujours une belle ambiance et il y avait du beau monde sur scène… et dans les couloirs.
Qu’est ce que ce sera l’année prochaine pour ses 20 ans ?

A+

PS : Rassurez-vous, un «papier» moins «people» est prévu sur Citizen Jazz.

02/01/2008

Des chroniques sur Citizen Jazz

Débutons l’année avec trois chroniques de CD’s pour Citizen Jazz !
Trois ?
Oui... et trois excellents disques !
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D’adord, celui de Dee Dee Bridgewater.
C’est vrai, je n’ai pas toujours été tendre avec elle. Mais son album « Red Earth » est en tous points magnifique. Vraiment.
Et j’attends impatiemment un concert avec cette formule-là.

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Puis, l’album de Diederik Wissel.
Album solo d’une sincérité merveilleuse.
On y retrouve toute la sensibilité du pianiste. Toute sa pudeur impudique.
J’ai encore eu l’occasion de discuter avec lui dernièrement et… c’est incroyable comme sa musique lui ressemble.

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Et finalement, le second «mouvement» de ce superbe duo que sont Jean-Louis Rassinfosse et Jean-Philippe Collard-Neven.
Des musiciens qui établissent des ponts entre différents univers et différents mondes.
Un peu comme Dee Dee ou Diederik.
Des gens comme on aimerait en rencontrer plus souvent.

Dépêchez-vous d’aller écouter ces perles… car j’en ai encore quelques-unes en réserve.

A+

11/08/2007

Go to Gaume !

Go to Gaume Jazz Festival.
Ahh.. j’aurais bien aimé y être. Vraiment.
Mais, j’avais déjà pris des engagements. Et puis, il y a aussi les « impondérables », comme on dit.

Voilà, je n’y serai pas. Sniff.

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Dommage, j’aurais tellement voulu voir et entendre TTPKC ou le projet de Fabian Fiorini.
Espérons que d’autres organisateurs aient la bonne idée de re-inviter ce beau petit monde.

Voir Rackham, Jef Neve, Phil Abraham solo, Alien Bitesize, Myriam Alter, bien sûr, mais aussi le « deuxième mouvement » du merveilleux duo Jean-Louis Rassinfosse & Jean-Philippe Collard-Neven (dont j’ai déjà vanté les qualités
ici et ). Le contrebassiste et le pianiste présenteront leur nouvel album.

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Curieux d’entendre ça.
En attendant, et pour rester dans « le même style », je vous conseille l’album de Lars Danielsson et Leszek Mozdzer : « Pasodoble ».
Exercice un peu similaire à celui de notre duo belge. Une contrebasse (ou un merveilleux violoncelle sur certains morceaux) et un piano (ou harmonium et celesta). Vous voyez ce que je veux dire ?
Raffinement, dépouillement et subtilité.

pasodoble


Et puisqu’on parle de violoncelle, à Gaume il y aura aussi Vincent Courtois et Jeanne Added qu’il ne faudrait pas manquer.

Et puis j’aurais tant aimé revoir le trio Sclavis, Texier, Romano et saluer Monsieur Henry (que j’avais
interviewé pour Citizen Jazz) et dont on retrouve aussi une interview dans La Libre de ce vendredi.
Et pouvoir parler un peu à Louis Sclavis à propos de son dernier album « L’imparfait des langues » (chez ECM).

On ne peut pas être partout à la fois…


Mais vous, allez-y, il est encore temps !
Vite.


Pour ma part, je me rattraperai avec le festival
Jazz Middelheim

(Lee Konitz, Bjo, Matthew Herbert Big Band, Nils Wogram, Nick Thys et… Ornette Coleman !)

A+
 

12/06/2007

Radoni-Rassinfosse-Castellucci et Folk-Tassignon

Il fait lourd.
L’orage n’arrive pas à éclater.
Le soleil se cache derrière les nuages.

Et à la Jazz Station, en cette fin de samedi après-midi, il faut chaud.

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Le public, assez nombreux, est venu se rafraîchir avec le «jazz plaisir» de Paolo Radoni, Bruno Castellucci et Jean-Louis Rassinfosse.
Pas le genre de groupe à tirer la gueule.

Les trois amis se connaissent depuis longtemps déjà, et l’ambiance est on ne peut plus décontractée sur scène.

Idéal pour écouter «Moon River», «Satin Doll» et autres «Luiza»…

La présentation des morceaux se fait à trois. Quoique, le moins loquace, pour une fois, est Rassinfosse.
A la contrebasse, par contre, il ne se prive pas de dérouler, avec verve et facilité, des improvisations et des solos d’une musicalité extrême.
Sa manière de jouer (de faire chanter sa contrebasse !) est vraiment unique. Il a un son et un style inimitables.

Castellucci, toujours aussi volubile et blagueur, est d’une efficacité précieuse, d’une précision remarquable et d’une rigueur infaillible.
Du coup, Radoni semble libéré, léger, et il peut développer un jeu d’une élégante finesse.
Pas d’effets intempestifs ici, on la joue très «traditionnel», entre Jim Hall et Wes Montgomery en reprenant d’ailleurs quelques-uns de leurs thèmes: «Two’s Blues» pour le premier et «Monk’s Shop» pour le second.

Ça swingue, ça balance, ça rigole, c’est joyeux et ensoleillé.

Je vous le disais, à l’heure de l’apéro: ce «jazz plaisir» pour démarrer la soirée, c’est idéal.

Alors, continuons la soirée.

01

22h20 au Sounds, les gens commencent à arriver pour écouter le quartet de Suzanne Folk et Sophie Tassignon.

Décidemment, j’aime beaucoup cet ensemble que j’avais déjà entendu au Comptoir des Etoiles il y a quelques mois.

J’aime beaucoup, parce que, non seulement ce groupe est assez atypique, mais il possède une vraie personnalité.
Il sort des sentiers battus.

On y retrouve une vraie sensibilité (toute féminine ?) et une belle recherche créative.

Dès les premiers morceaux, le quartet impose, sans forcer, un silence respectueux dans la salle et crée une ambiance intimiste. Sorte de monde parallèle.
Parallèle au jazz, mais aussi au folk, à la pop et au classique.
Mais comment expliquer que ces parallèles se rejoignent ?
C’est inexplicable et c’est ça la magie et la force de ce groupe.

Pourquoi est-on happé par tant d’émotions et de frissons ?

Je l’ai déjà dit, mais ce mélange de violon (l’excellent Emile Verstraeten), de clarinette (Folk) et de contrebasse (Nicola Lancerotti) fonctionne à merveille.
C’est un jardin idéal pour la voix particulière et envoûtante de Sophie Tassignon.

Cette voix qui met en valeur les compositions originales chargées d’émotions, de retenues, de forces, de silences… et même de swing…

A quand un enregistrement ?


A+

31/05/2007

Le Jazz Marathon et une jam. (Part3 et fin)

Oh la belle affiche !
À celle de départ, se sont ajoutés les vainqueurs du «XL-Jazz New Talents»: Collapse.
Je ne vais pas revenir sur leur concert, qui fut très bon, et qui me conforte dans le choix qu’avait pris le jury.
Ce qui me frappe aussi, avec ce groupe, c’est l’aisance, le contact avec le public et la facilité d’enchaîner les morceaux.
On n’attend pas des plombes que le groupe se décide à jouer tel ou tel morceau.
C’est (presque) rôdé.
C’est ce qui manque parfois, si je peux me permettre, à certains (jeunes) groupes de jazz.
Après tout, la scène, même si c’est du jazz, c’est aussi du show.

01

Le contact facile, c’est une des qualités de Pirly Zurtrassen. Il adore raconter la genèse et les anecdotes de ses compositions.

Après «H», que je n’ai jamais eu l’occasion de voir sur scène et «Musique à Neuf», Pirly présente «Musicazur» et le répertoire de son dernier disque: «…Prend l’air».

On navigue toujours (on vole plutôt) dans le même esprit, c’est-à-dire entre jazz, folklore imaginaire, musique tzigane ou celtique avec joie et délicatesse.
Au piano, Pirly est presque effacé, laissant à Kurt Budé ou Daniel Stokart la liberté d’interpréter ses thèmes virevoltants.
Les deux souffleurs sont entourés par Tuur Florizoone et Alexandre Cavalière. L’idée de mélanger accordéon et violon ne semble pas évidente au départ et pourtant, le résultat est tip-top.
Pirly abandonnera même son piano, le temps d’un morceau, pour accompagner ses amis à l’accordéon.
Il faut souligner aussi l’excellent jeu de percussions de Fred Malempré tout au long du set, ainsi que Piet Verbiest à la basse très … musicale.

Voilà déjà deux beaux moments sous le soleil…

Et la suite ne sera pas décevante.

02

Je les avais raté lors du Festival Jazz à Liège, et je fus heureux de les voir sur la Grand Place ce dimanche : Ruocco – Rassinfosse – Simtaine.
Du costaud.
Fort de leurs retrouvailles qui ont donné naissance à un album, «Ghost Of A Chance», sorti récemment, nos trois icônes du jazz belge (mais oui, Ruocco est belge, allons allons…) nous ont offert une belle relecture de quelques standards.
«What I’ll Do», «Sweet Lorraine» ou encore «I’m Getting Sentimental Over You» sont interprétés avec un bel aplomb et présentés avec beaucoup d’humour.
Jean-Louis Rassinfosse est fidèle à lui-même: basse hyper mélodique et nerveuse. Felix Simtaine frappe sèchement ou sensuellement ses fûts avec précision. Et John Ruocco est à la fois lyrique et concis: attaques sèches et développements tout en subtilités.
Aaaah, le beau trio jazz que voilà…

03

Changement de style à nouveau, avec l’excellent projet «Rajazz» de Manu Hermia .
La fusion entre les ragas indiens et le jazz modal n’empêche pas la pluie de s’inviter au concert.
Cependant, le public reste.
Il faut dire que la musique de ce groupe a quelque chose d’envoûtant de par son développement tout en intériorité et ses dénouements explosifs.
«Indian Suite» ou «Rajazz» sont deux thèmes magnifiquement écrits où peuvent s’exprimer avec beaucoup de liberté Lieven Venken (dm) qui alterne fougue et retenue, Erik Vermeulen dont vous savez déjà tout le bien que j’en pense et Sam Gerstmans, de plus en plus à l’aise dans cette formule, et qui assure un max à l’archet, preuve – s’il fallait encore le démontrer – qu’il fait partie des grands bassistes belges.

Le concert se termine sous une pluie qui redouble d'intensité.

On craint un peu pour la suite de la soirée.

04

Mais les pirates du jazz que sont Rackham font reculer le crachin et les gros nuages.

Le tonnerre est sur la scène !

Ce soir, Toine Thys et ses flibustiers nous la jouent plus rock encore que d’habitude.
L’énergie et le punch ramènent devant le podium le public qui s’était abrité sous les arcades de la maison communale.
Laurent Blondiau et Toine monteront en puissance tout au long du concert.
Il faut dire que derrière, ça «envoie».
Benjamin Clément met le feu avec des solos de guitares puissants, François Verrue (eb) et Teun Verbruggen, qui cassera plus d’une baguette ce soir, assènent un beat d’une virilité phénoménale.
«Spine», «Juanita K.», «Viking 2» ou «Schmoll» emportent tout sur leur passage…

Rappel obligatoire… même si l’horaire est dépassé.

08

Je décide d’aller prendre un simple dernier verre au Kûdeta où est organisé une jam.
Juste un verre, promis…

Je n’en sortirai que vers 4h.

Il faut dire qu’on retrouve dans ce sympathique et étroit établissement, plein à craquer, Michael Blass, Ben Ramos, Christophe Astolfi, Etienne Richard, François Garny, Cedric Raymond, Bilou Donneux que rejoindront ensuite Robin Verheyen, Manu Hermia, Lieven Venken, Toine Thys, Renaud Crols, Teun Verbruggen etc…

06

On y verra aussi la bande à Mélanie De Biasio: Pascal Mohy, Pascal Paulus, Axel Gilain, mais aussi Sergio, Rosy, Jacobien, Mariana Tootsie, Manolo Cabras, Marek Patrman, un talentueux et sympathique trompettiste américain que je ne connaissais pas: Rolf Langsjoen, arrivé récemment à Bruxelles, ou encore l’incroyable guitariste espagnol Andreu Martinez qui avait joué la veille (et que je n’ai pas vu…) avec son groupe sur la place d’Espagne (et à l’écoute de son disque, je le regrette).

Bref, j’oublie certainement plein de monde.
Ça joue, ça transpire, ça rigole, ça discute… quel beau final.

07

Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Hummm… je me répète il me semble.
Je vais me reposer un peu.

05


A+