17/08/2016

Un dimanche au Gaume Jazz Festival

32e édition du magnifique et très convivial Gaume Jazz Festival. Cette année, en plus, c’est sous un soleil de plomb qu’il se déroule. Et sur le coup de quinze heures, ce dimanche, le grand parc semble encore un peu endormi.

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C’est dans la salle du centre culturel de Rossignol qu’il faut aller. Il n’y fait pas plus frais, mais c’est là que le trio de Jeremy Dumont présente la musique de son premier - et très bon - album Resurrection.

Très resserrés autour du leader, concentrés et bien décidés à jouer un jazz énergique et dense, Victor Foulon (cb) et Fabio Zamagni (dm) attaquent « On Green Dolphin Street » avec vigueur. Le trio enchaine aussitôt avec « Try » et « Resurrection ». Les interventions du pianiste sont fermes et décidées, la basse claque presque autant que ne résonnent les coups de fouets sur la batterie. Mais surtout, ça groove et ça trace. Et l'intensité ne faiblit pas sur « Matkot » et ses réminiscences klezmer qui laissent transparaitre pourtant une pointe de mélancolie. Et puis, une dernier composition, inédite, confirme la direction bien tranchée que semble prendre le trio : de l’énergie, du nerf et de l’adrénaline. Jeremy Dumont définit de plus en plus précisément le jazz qu’il veut défendre. Et nous, on est prêt à le suivre.

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De l’énergie, la musique de Jean-François Foliez et son Playground n’en manque pas non plus ! Sous le grand chapiteau, qui a fait le plein, le quartette semble ne pas vouloir s’embarrasser de fioritures. Pourtant, le jazz à Foliez est ciselé, plein de raffinements et de subtilités. Mais avec un Casimir Liberski au piano et un Xavier Rogé aux drums, tout est limpide ! Le drumming claquant s'allie superbement aux folies harmoniques et rythmiques du pianiste. Et tandis que Janos Bruneel fait vibrer les cordes de sa contrebasse, le clarinettiste virevolte avec agilité et souplesse au-dessus de ce magma en fusion. Il y a, chez ce dernier, quelque chose de l’extravagance du jazz italien à la Gianluigi Trovesi, parfois. Même dans les plages plus lentes et intimistes, on sent toujours un travail rythmique intense. « Platinium », « Groove #2 » et surtout « Germination » sont époustouflants ! Chacun propulse l’autre un peu plus haut pour le meilleur de la musique. Une bonne heure de jazz bien tassé, entre détente (ha, cette fausse valse qui s'emballe après l’intro en solo de Jonas Bruneel) et tension… Et quelle tension !

Impossible de rentrer dans la salle pour écouter le trio Steve Houben, Stephan Pougin et Johan Dupont. Une tentative, une deuxième… J’abandonne et me laisse tenter par quelques délicatesses dont la Gaume a le secret…

Retour sous le chapiteau, plein à craquer, pour écouter Aka Moon et son Scarlatti Book.

On a beau les voir et les revoir (sur ce projet ou sur d'autres) on est toujours surpris par la puissance mélodique et énergique de ces quatre énergumènes. Et on est toujours ravi de les voir prendre plaisir à jouer et inventer ensemble. Ici, en reprenant Scarlatti, ils ramènent le clavecin et les compositions baroques dans le présent. Sans jamais caricaturer l'une ou l'autre époque. Aka Moon joue avec l'intelligence et la sensibilité de chacun plutôt que sur l'air du temps et les effets de mode. C'est cela qui rend la musique à la fois accessible, prenante et jubilatoire. Même si elle est complexe. Mais on ne cherche plus à comprendre et on laisse faire les artistes. Fabian Fiorini, entre contemporain et classique, déroule un phrasé toujours percussif, Frabrizio Cassol et Michel Hatzigeorgiou rebondissent sur des dialogues irréels qui nous laissent sans voix. Quant au drumming de Stéphane Galland, qui ne peut s’empêcher de surprendre tout le monde y compris ses acolytes, il est unique. Et puis, Aka Moon est unique. Autant les contrastes rythmiques sont marqués, autant les harmonies sont affinées. C'est l'eau et c’est le feu. Et c’est toujours aussi fort !!

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En début de soirée, dans l'église du village, on profite enfin d’un peu de fraîcheur mais aussi de la musique apaisante du duo Lionel Loueke et Nicolas Kummert. La veille, en quartette avec Karl Jannuska et Nic Thys, le saxophoniste avait présenté l'évolution de son travail avec le guitariste béninois (la « première » avait eu lieu ici). Un disque est en préparation et devrait sortir en février. Pour l'instant les deux artistes sont face à un public attentif et silencieux. Quoi de mieux qu'une Gnossienne de Satie pour débuter ? La musique se laisse modeler par le chœur de l’édifice. Tout est souffle, alanguissement, recueillement. La guitare sonne avec respect, plénitude et retenue. Même un morceau de Salif Keita se murmure et danse sensuellement. Nicolas Kummert ne se contente pas de jouer du ténor, il chante aussi. Il aime ça et il le fait bien. Puis c’est Loueke qui chante une berceuse béninoise avant de reprendre le « Hallelujah » de Jeff Buckley de circonstance. Beau moment...

Retour dans la petite salle, comble à nouveau, et dans une chaleur étouffante. Cette fois-ci, j’arrive à me faufiler. Tree-Ho, le groupe d’Alain Pierre, a déjà entamé « Aaron & Allen » et « Piazza Armerina ». On peut dire que ça groove ! Et « Joyful Breath » file tout aussi vite, et en toute légèreté, sur la douze cordes du guitariste. Soutenu par une paire rythmique qui se connaît bien (Antoine Pierre aux drums et Felix Zurstrassen à la basse électrique) et qui ne cesse d'évoluer, Tree-Ho propose un jazz vif, mélodieux et résolument optimiste, même dans les morceaux plus intimistes. « Seeking Song » (ou « Sea King Song » ?), un inédit, est fait dans le même bois mais se termine ici en prog rock psyché irrésistible. On sent que le groupe a encore de belles choses à nous faire découvrir. Ça tombe bien, on ne demande que ça.

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Je n’aurais pas l’occasion d’aller écouter le concert d’Orchestra ViVo ! , dirigé par Garrett List, Johan Dupont, Emmanuel Baily, Manu Louis, Marine Horbaczewski… bref, par les 29 musiciens ! Dommage, j’aurais bien voulu entendre et voir l’évolution du nouveau projet, que j’avais eu l’occasion de voir en « première » lors de la résidence de l’Orchestre à La Marlagne (j’en avais parlé ici).

J’aurais voulu être en Gaume les autres jours aussi pour entendre, entre autres, Lorenzo Di Maio, le projet Terrasson, Bekkas, Belmondo ou encore Manu Louis, Pascal Schumacher ou l’étonnante chanteuse Veronika Harsca… Mais… je n’ai toujours pas le don d’ubiquité.

A+

Merci a ©Pierre Embise pour les images !

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13/01/2016

Orchestra ViVo ! La Marlagne

Jeudi 10 décembre, je pousse une pointe à La Marlagne. L’Orchestra ViVo!, emmené par Garrett List, s’y est installé pour une résidence artistique de trois jours (et trois nuits). C’est l'occasion pour cet orchestre atypique de travailler un tout nouveau répertoire qui succèdera à l’album sorti chez Igloo en 2014 déjà.

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Pas moins de 10 nouvelles pièces sont donc au programme ! On comprend que les journées furent bien remplies et les nuits bien courtes.

Sur les coups de 20 heures, dans la grande salle Hicter, l’orchestre prend place, et cela de façon on ne peut plus « littérale ». En effet, la musique et l’esprit ViVo! s’installent déjà tandis que les musiciens entrent les uns après les autres sur scène. Stefan Pougin bat déjà ses tambours, les artistes se saluent, s’embrassent, prennent leurs aises, accordent leurs instruments. Chacun prend ses marques et, imperceptiblement, la musique se concrétise sous nos yeux et commence à swinguer avec élégance et légèreté.

Ça tape des mains et des pieds. Ça bouscule les conventions. Ça fait évoluer les idées que l’on se fait habituellement des grandes formations. Oui, Orchestra ViVo!, c'est vraiment vivant.

Non seulement ça s’amuse, mais ça joue ! Et l’on remarque vite les arrangements sublimes entre les cordes et bois. Mine de rien, le travail est complexe et précis, mais les libertés sont énormes.

Des effluves de valse, de meringue ou de milonga se mélangent sur «Emergency Exit» tandis que l’orchestre travaille par grappes, par petits groupes, comme des petits îlots qui dérivent.... Et la musique circule.

La poésie, la littérature, la musique et toutes autres formes d’art ont leur place au sein de ce grand barnum. Aurélie Charneux chante, avec une pointe de cynisme, un long texte bourré de double sens sur la vie, l'amour et notre monde moderne.

Puis, on mélange le poème de Théophile Gauthier («Le Passage ») avec une musique inspirée de Hector Berlioz et écrite par Antoine Dawans. Un pur bijou.

Jean-François Folliez laisse serpenter sa clarinette sur la «Lagune» avant qu’Adrien Lambinet ne développe, fidèle à son style, une «Pièce Minute» minimaliste et légèrement déstructurée qui progresse par touches mystérieuses. On flirte peut-être avec Messiaen, Reich ou la musique concrète.

Et l’on bascule alors dans un autre univers. Les musiciens bougent et échangent presque leur place. On chante, on déclame, et «The Love Song» s’enchaîne à «R.E.S.P.E.C.T.». Chaque musicien à droit à son rayon de lumière : Marie-Eve Ronveaux ou Marine Horbaczewski aux violoncelles, Laure Peignault, Nicolas Draps ou Nathalie Huby aux violons, Antoine Dawans (tp), Johan Dupont (p) ou encore Laurent Meunier au sax, pour ne citer que quelques-uns.

Manu Louis, seul avec sa guitare, vient faire un clin d'œil à Kurt Weil avec son «My Life Is Riding To Strike». André Klenes (cb) rend hommage à Warhol et Lichtenstein («Blotted Lines And Benday Dots») avant que tout le monde ne se retrouve à «L’Hôtel Des Etrangers» (de Garrett List et Johan Dupont sur un texte de Blaise Cendras).

L’Orchestra ViVo! mélange les genres et s’amuse à faire bouger constamment les lignes. Il semble écarter les murs pour se donner de l’air et ne se refuse presque aucune limite. Et de cette musique savante et surprenante, mais toujours accessible, jaillit toujours une idée ou une histoire, tantôt sombre, tantôt optimiste, qui parle autant au cœur qu’à l’esprit.

Si l’on prendra certainement plaisir à écouter le prochain disque d’Orchestra ViVo!, il est certain que c’est aussi sur scène que ce projet fou prend toute son ampleur. Alors, à bon entendeur…

 

 

A+

06/09/2015

Belgian Jazz Meeting 2015

Troisième du nom, le Belgian Jazz Meeting s’est tenu à Bruges cette année.

Le Belgian Jazz Meeting ? C’est quoi ?

Organisé en collaboration avec Jazz Brugge, De Werf, Kunstenpunt, MUSEACT, Les Lundis D’Hortense, WBM, et JazzLab Series, ce meeting de trois jours a pour but de promouvoir le jazz belge hors de ses frontières.

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Le Belgian Jazz Meeting ? Qu’est ce qu’on y fait ?

On y écoute du jazz, bien sûr !

On y retrouve 14 groupes belges sélectionnés parmi plus de 160 candidatures.

On rencontre des journalistes, des programmateurs, des agents, d’Europe et du reste du monde.

On parle anglais, français, néerlandais, italien, allemand, finnois… parfois tout en même temps, dans une même conversation.

On noue des contacts.

On écoute du jazz !

On boit une bière. Ou deux. Ou plus.

On va se coucher trop tard. On se lève trop tôt.

On écoute du jazz !

On se balade sous la pluie.

On découvre des projets.

On discute, on s’interroge, on s’échange des avis.

Mais surtout… on écoute du jazz…

On écoute d’abord Lab Trio. La musique est acérée, les compos ciselées. L'ensemble est peut-être un peu trop cérébral. Le drumming de Lander Gyselinck, fin et précis répond parfaitement au jeu très inspiré de Bram Delooze. Quant à Anneleen Boehme (cb), elle maintient le cap avec juste ce qu’il faut de robustesse et d’ouverture.

On est soufflé par la prestation de Jean-François Folliez Playground. Le clarinettiste a réuni autour de lui une rythmique d’enfer (Janos Bruneel à la contrebasse, Xavier Rogé aux drums et Casimir Liberski au piano), et ça trace ! Pas un seul moment faible. Les compos sont pleines de surprises, avec des changements de directions qui surviennent sans crier gare et des solos qui racontent des histoires. Ceux de Casimir Liberski, par exemples, sont d’une fougue et d’une force surprenantes. Un groupe à suivre de très près !

On se laisse emporter par l’Heptatomic d’Eve Beuvens. Le lyrisme côtoie l’exaltation. Le bop se fait bousculer par le free. Les interventions de Benjamin Sauzerau (eg), Laurent Blondiau (tp) ou encore Sylvain Debaisieux (ts) sont toutes au service d’une musique très… vivante.

On se laisse bercer par le Kind Of Pink de Philippe Laloy (as, flûtes, voc). Les thèmes de Pink Floyd sont recolorés avec beaucoup de subtilité et d’intelligence pour en garder tout l’esprit et éviter la mauvaise copie.

On en prend plein le plexus avec MikMäâk. Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (as) réussissent sans cesse à renouveler la musique du combo, tout en lui gardant son identité. La musique semble se jouer par grappe : tantôt les cuivres, puis les anches, puis les cordes. Et tout est d’une cohérence et d’un groove étonnants. On retient, par exemple, le travail de Pascal Rousseau (tuba), Gregoire Tirtiaux (bs) – et son long solo tout en respiration circulaire est bluffant – Pierre Bernard (flûte) ou encore Claude Tchamitchian (cb).

On se repose comme on peut et, le lendemain, à onze heure du matin…

... on se concentre et on se laisse dériver par la musique très intimiste et très minimaliste de Joachim Badenhorst (cl, bcl) et Brice Soniano (cb). Le feulement, les respirations, les sons étouffés, les rythmes cachés et parfois déstructurés : voilà les ingrédients. Bien sûr, c’est un peu ardu… Mais quelle écoute. Quels échanges. Quelle qualité musicale !

On se fait plaisir avec le trio de Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (cb) et Tineke Postma (as, ss). Avec ces trois-là, la musique circule avec aisance. Les mélodies se développent avec autant de délicatesse que de fermeté. Le trio (sans batterie) arrive toujours à maintenir la tension, aussi bien dans les moments enlevés que dans les ballades. La classe.

On se balade dans le grand hall du Concertgebouw où se sont installés les différents acteurs du jazz belge (agents, maisons de disques, musiciens, associations) pour tenter d’accrocher les invités étrangers.

On vit l'installation "Loops" de Bart Maris.

On remet le prix Sabam au jazzman confirmé (l’incontestable Laurent Blondiau) et au jeune jazzman (Antoine Pierre est enfin récompensé, à juste titre, pour son travail avec Philip Catherine, LG Jazz Collective, TaxiWars et autres. On attend avec impatience son projet personnel, Urbex, qu’il présentera au Marni le 10 et à Liège (Cinéma Sauvenière) le 17. Et puis, on récompense aussi l’infatigable et incontournable Jean-Pierre Bissot (Jeunesses Musicales, Gaume Jazz et bien d’autres choses encore).

 

 

On applaudit Pierre De Surgères (p) et son trio. En se disant peut-être que le choix des morceaux rendait sa prestation un peu disparate.

On reprend un peu de LG Jazz Collective. Toujours impeccable. Concis, puissant et de mieux en mieux rôdé. Et puis, le groupe nous réserve toujours des petites surprises.

On prend une belle claque avec De Beren Gieren ! Le groupe de Fulco Ottervanger (p), Lieven Van Pée (cb) et Simon Segers (dm) vient de publier son dernier album chez Clean Feed. Cela donne une idée de l’esthétique musicale. Le trio est impressionnant, alliant complexité rythmique et harmonique avec une énergie débordante. De Beren Gieren mélange le jazz, le rock et les bidouillages électro. Et c'est très fort !

On subit le rock de Nordman. Le son est puissant, la musique est lourde. L’esprit est rock.

On se déhanche avec Black Flower. L’excellent groupe de Nathan Daems (ts, flûtes, kaval) mélange le jazz, la musique éthiopienne et l’afrobeat. C’est un tourbillon rythmique, ondulant et sensuel, avec une bonne dose de personnalité. Du haut niveau.

On se réveille difficilement dimanche matin.

On est subjugué par le talent insolent et la maturité des très jeunes Hendrik Lasure (p) et Casper Van De Velde (dm). Ces deux-là ont du culot, un sens du phrasé, du rythme et de l’échange. La musique est pleine de finesse, d’humour et de surprises. Schntzl (c’est le nom du groupe) est une révélation.

On s’émeut avec le projet « Secrets » de Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tb), Marine Horbaczewski (cello). Le trio a invité la chanteuse d’opéra Claron McFadden à chanter ou déclamer quelques secrets d’anonymes, parfois drôle, parfois très sombres, mais toujours très touchants. Poésie, musicalité, sensibilité. On est frappé en plein cœur.

On s’échange nos dernières impressions.

On se dit que cette édition était d’un tout bon niveau.

On espère que cela portera ses fruits.

Et on se dit que le jazz donne quand même un belle idée de ce devrait être ce pays.

 

 

 

Belgian Jazz 2015 by Belgianjazzmeeting on Mixcloud

 

 
 

 

A+

 

 

 

08/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 1

Soleil de plomb, en fin d'après midi ce vendredi, pour le premier jour de festival. L'orage menace un instant mais n'éclate pas, il fait chaud, il fait lourd et c'est l'occasion, pour bien commencer, de déguster un Orval ou une Rulles bien fraiches. L'ambiance est décontractée, conviviale, douce et «vraie».

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Après la présentation des principaux rendez-vous de ce 31e Gaume Jazz Festival par l'infatigable et toujours très investi Jean-Pierre Bissot, c'est Tali Toké qui est le premier groupe à inviter le public à la danse. En effet ce combo, composé de François Lourtie (ss, sb), Benoît Leseure (violon), Jonathan De Neck (acc), Jérémie Piazza (en remplacement de Jérôme Klein, et vu avec Papanosh il y a deux ans – dm) et Benjamin Sauzereau (eg), propose un savant mélange de klezmer, de folklore balkanique, de jazz de chambre et de brass band underground.

Le groupe travaille les sons très « naturels ». La batterie, fouettée par des fagots, l’accordéon, le sax basse et le violon donnent cette impression d'être proche de la terre et de la matière. Ajoutez à cela des arrangements plutôt originaux, des groove qui s'entremêlent et montent en intensité et un contact facile avec le public et vous avez tout compris. Le voyage est peu commun, et le groupe évite l'obligation du « traditionnel » pour s'ouvrir à des sons plus urbains et actuels. Un beau projet à suivre de près.

Sous le chapiteau Emmanuel Baily (enfant du pays et excellent guitariste, entendu avec Wang Wei, Kind Of Pink…) propose sa carte blanche. Pour cela, il s'est entouré de Xavier Rogé (dm), Jean-François Foliez (cl), Khaled Aljaramani (oud, voc) et Lambert Colson (cornet à bouquin !! ).

L'entrée en matière, très lyrique et raffinée, fait référence à J.S.Bach. Puis la musique dévie vers un certain orientalisme et ensuite vers un jazz plus pop. Le mélange de baroque, de jazz, de musique du monde (le magnifique chant arabe du oudiste syrien Khaled Aljaramani) et même du rock (reprise de « The Eraser » de Thom Yorke) est intéressant. Mais c'est surtout la manière de faire dévier sensiblement les fonctions initiales des instruments qui est intelligente. Le oud, comme cornet à bouquin, résonnent parfois de façon très contemporaine, tandis que la guitare, la clarinette ou la batterie empruntent plus au classique ou aux percussions africaines (il faut souligner le drumming impeccable, fin et inventif de Xavier Rogé).

À l'instar de l'instrumentation, l'écriture est plutôt riche et nous prend parfois à contre-pied (« Goma » ou « Night Stork » par exemples). L'arrangement sur « Les feuilles mortes » est étonnant aussi : totalement démonté, pièce par pièce, mélangé et redistribué de manière presque abstraite. Et c'est plutôt réussi.

Sans esbroufe ni effets trop appuyés, le travail d'Emmanuel Baily a de quoi vous faire perdre un peu de vos repères. Mais ce n’est qu’un début.

Vers 22h30, le chapiteau est plein pour accueillir Stacey Kent. Ballades, samba triste, pop jazzy... On connait le répertoire. Cette femme est vraiment amoureuse - et elle l’est depuis longtemps - de son musicien de mari (Jim Tomlinson). Et cet état d'esprit se ressent dans sa musique. Voilà un vieux couple amoureux. Il n'y a pas un nuage à l'horizon, pas de tensions, pas de questions... que du bonheur.

Rien à redire sur la voix, les arrangements ou les compos, tout est réglé au cordeau, tout est bien en place, bien interprété, bien joué. Aucune faute de goût. C'est raffiné, élégant... C’est du jazz lisse, proche de la chanson. C’est agréable, mais on pourrait paraphraser Gabin dans « Un singe en hiver»: "C'est le bonheur rangé dans une armoire. [...] Mais tu m'... " (je vous laisse compléter…).

A+