26/06/2017

Jelle Van Giel Group à la Jazz Station

Pour clôturer la saison 2016/17, la Jazz Station avait invité le batteur anversois Jelle Van Giel à présenter son nouvel album : The Journey.

Ce samedi en fin d’après-midi, la salle est archi comble. Comme quoi, le beau temps n’empêche pas le public de venir écouter, entre quatre murs, une musique pleine de promesses...

jazz station,jelle van giel,carlo nardozza,bart borremans,tim finoulst,bram weijters,janos bruneel,tom bourgeois

Le groupe de Jelle est presque un mini big band. Outre le leader, derrière ses fûts, on retrouve trois excellents souffleurs : Carlo Nardozza (tp), Tom Bourgeois (as) et Bart Borremans (ts) - déjà fort remarqué chez Chris JorisJanos Bruneel à la contrebasse, Bram Weijters au piano et Tim Finoulst à la guitare électrique.

Il fait chaud mais on a ouvert les fenêtres et l’air circule. Le voyage peut commencer.

«The Journey», titre phare de l’album, se dessine en trois parties. Un départ plein d’optimisme, suivi par de galopantes aventures pleines de swing et d’adrénaline, avant un retour sur terre tout en douceur. Les couches mélodiques et harmoniques se superposent ou s’entrelacent, offrant beaucoup d’espace aux musiciens. On s’imagine très bien en héros un peu naïf, sorti tout droit d’un movie américain des années ’70 (vous l’avez, l’image de Dustin Hoffman ?), valise à la main, au sortir d’une petite ville perdue et poussiéreuse, prêt à en découdre avec le grand monde.

On enchaîne avec «Fuzz», thème faussement alangui, qui monte doucement en intensité grâce aux envolées très inspirées de Tim Finoulst. Le jeu de ce dernier est souvent groovy, sans trop d’effet, proposant plutôt un son chaleureux et boisé. Il y a, dans cette musique, à la fois un côté détendu et une énergie contenue. On pourrait y trouver un peu de soul funk à la Lalo Schifrin ou quelques effluves de soft rock aussi…

Jelle ne nous a pas menti, sa musique est décidément très cinématographique. Il faut dire qu’il l’imagine et l’écrit comme une histoire et arrive à la restituer avec panache et sensibilité. Et puis, ses compositions sont souvent enlevées, parsemées de ruptures rythmiques, comme pour pouvoir se laisser le champs d’aller explorer encore d’autres chemins.

jazz station,jelle van giel,carlo nardozza,bart borremans,tim finoulst,bram weijters,janos bruneel,tom bourgeois

A part peut-être sur «Heading Home», en toute fin de concert, Jelle se met rarement en avant, il préfère bâtir, soutenir et nourrir sa musique. C’est tout bénéfice pour Bram Weijters, délicat et explosif à la fois, Bart Borremans (fabuleux solo, puissant, gras, profond et plein de virtuosité sur «Just A Little Waltz») ou Tom Bourgeois, au jeu plus aérien mais toujours acéré. Quant à Carlo Nardozza, avec une aisance incroyable, il projette un chant limpide, puissant, clair et précis. Un vrai son de bopper. Il ne faudrait pas oublier Janos Bruneel, qui s’illustre de belle manière sur «The Hidden City», entre autres, en dessinant la mélodie dans un jeu souple et chantant, soutenu simplement par le chabada romantique du batteur. Ce romantisme, on le retrouve aussi dans la tendre berceuse «Lullaby For Nelle», inspirée cette fois par la toute petite fille du leader (haaaa… les papas jazz et leurs petites filles !).

Et le voyage n’est pas fini, on mélange maintenant bop et pop fortement marqué d’un esprit brésilien («Bonito»), puis on se balade du côté de l’Afrique du Sud avec «Cape Good Hope» et son rythme chaloupé qui pourrait rappeler un bon vieux tube de Scott Fitzgerald et Yvonne Keeley

Alors, en rappel, on s’amuse encore sur une dernière composition personnelle qui fleure bon le hard bop des années ’50…

Décidément, toutes ces ambiances différentes collent bien à l'esprit voyageur de Jelle. Avec lui on voyage autant autour du globe que dans le temps.

«The Journey» a tenu ses promesses.

 

A+.

Enregistrer

Enregistrer

20/05/2017

Esinam Dogbatse - Solo à la Jazz Station

Fin d’après midi ensoleillée ce samedi 13 à la Jazz Station. Quelques rayons dessinent encore sur le fond de la scène la silhouette des arbres. L'ambiance est douce, feutrée, intime. On attend l'artiste.

jazz station,esinam dogbatse

Cheveux tressés et tirés en arrière, large sourire aux lèvres, Esinam Dogbatse monte sur scène avec légèreté.

Plus féline que jamais, elle ondule, telle une algue des fonds marins, sur les premières notes de flûte qu'elle enregistre puis retravaille en boucles nuancées. Elle empile et module les phrases et les mélodies. Par couches ultrafines de rythmes, des sons, de chants et de feulements, elle construit un monde fascinant, parfois hypnotique, toujours dansant. Cette musicienne est un mille feuilles.

Sur des pulses, qu'elle varie avec finesse et élégance, elle raconte des histoires sans parole. Elle nous emmène sur les bords du Nil, puis dans une forêt amazonienne imaginaire et peut-être encore chez les Pygmées. Elle est tour à tour flûtiste, chanteuse, joueuse de tambourin, de likembe, de caxix ou de dùndùn. Elle mélange des rythmes ancestraux aux beats modernes de l'électro avec une simple loop machine, un pad et quelques pédales... mais surtout, avec beaucoup de talent.

Elle rebondit sur ses propres rythmes, s’invente de nouvelles couleurs. Elle joue avec les tensions et les émotions. Rien n'est jamais pareil. On va de surprise en surprise. Elle se joue des répétitions, rejette la facilité.

On entend des compos personnelles mais aussi un «Children Song» ou un «Strange Fruit» fantomatique. Intense, intime, vivant, dansant, joyeux, interpelant.

Essinam Dogbatse possède un réel univers. Je l'ai déjà dit et redit, c'est une artiste à suivre. Vraiment.

Un disque est en préparation. Espérons que nous y retrouverons toute la spontanéité et la magie d'un concert live. En attendant, soyez là où elle passe.

Merci à Roger Vantilt © pour la photo.

 

 

 

 

A+

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

19:18 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jazz station, esinam dogbatse |  Facebook |

01/05/2017

David Linx & Michel Hatzigeorgiou - The Wordsmith - Jazz Station

 

david linx,michel hatzi,jazz station,toots thielemans

Un duo bassiste électrique et chanteur peut-il tenir en haleine un public pendant tout un concert ?

Quand il s’agit de Michel Hatzigeorgiou et David Linx, on se dit qu’il n’est plus question de défi, mais de simple formalité.

Pourtant, les deux musiciens ont le trac. Ils ont le trac comme s’ils montaient pour la première fois sur une scène. Ils ont le trac car, ce mercredi soir à la Jazz Station, ils présentent en avant-première The Wordsmith, un projet qui flottait dans l'esprit des deux musiciens depuis près de 25 ans. Plus qu'un projet : une terrible envie de se retrouver. Une envie de mélanger des mots finement choisis à des mélodies sophistiquées. Une envie qui se concrétise bientôt sur disque et enfin sur scène. De quoi avoir le trac.

Les deux hommes se regardent, se sourient, hésitent encore un quart de seconde.

Première note.

La magie opère.

La musique libère.

Et le duo nous emmène aussitôt avec lui.

La plupart des chansons racontent de vraies histoires, de vrais sentiments, pleins de réflexions et de poésies. David Linx jongle avec les mots et l’on comprend que le titre, «The Wordsmith», n’a pas été choisi au hasard. Il jongle avec les sons, avec les mélodies, avec les harmonies. Il écoute le chant de la basse d’Hatzi. Il le fait chanter. Ce sont de véritables échanges qui se produisent sur scène. Aucune démonstration de l’un ou l'autre musicien, chacun est là pour servir la musique et enrichir le propos. Il y a une telle profondeur et une telle vérité dans le chant et dans le jeu, qu’elles nous subjuguent.

david linx,michel hatzi,jazz station,toots thielemans

Ces deux-là nous invitent chez eux à partager des moments de véritable intimité et partager un peu de leurs vies au travers de morceaux comme «No More Unfinished Business», «I Walk Alone», «Downriver Bound». Pour partager un peu de Toots («Song For Jessica»), de Joni Mitchell («Black Crow») ou encore de Thelonious Monk («Round Midnight»). En les écoutant, ce sont mille images qui viennent et reviennent en tête. Comme lorsqu'on sirote un excellent whisky qui laisse se révéler des arômes insoupçonnés.

On se demande parfois d'où leur vient l'idée d'associer ces accords sortis d'on ne sait où ? Comment est-il possible de moduler avec autant de précision la voix, de faire s'épouser la respiration et les mots avec une telle justesse ? Tout à un sens. Tout prend son sens. Et c'est bien pour cela que nos deux musiciens peuvent se permettre de nous emmener sur de fausses pistes et de nous en faire découvrir d'autres... Et ainsi de nous captiver d'avantage. 

Ils nous remuent l’âme. Nous montrent encore une autre facette du jazz. Nous le font redécouvrir. Ils nous font vibrer, réfléchir et puis rire.

Une voix et une basse électrique… Est-ce possible ?

david linx,michel hatzi,jazz station,toots thielemans

Michel Hatzi le rappelait dans une émission de Philippe Baron : la basse électrique est avant tout… une guitare. Et le musicien nous démontre combien elle peut être musicale, chantante, harmonique… Avec talent, simplicité et évidence. A lui seul, il dessine les mélodies, les lignes rythmiques et encourage les scats de David Linx.

Linx ! Y a-t-il plus singulier que lui dans le monde des chanteurs de Jazz ? Dans le monde musical en général d'ailleurs ? Et finalement, ces deux musiciens sont-ils bien de ce monde ? C'est en tout cas dans celui-là que l’on aimerait vivre.

Alors, pour prolonger encore un peu le plaisir, le duo remonte une dernière fois sur scène pour nous offrir une somptueuse version de «Three Views Of A Secret». Jaco, Toots, David, Michel...

Oui, un duo bassiste électrique et chanteur peut tenir en haleine un public pendant tout un concert. Et bien au-delà.

Merci à © Olivier Lestoquoit pour les images !

A+

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

24/04/2017

Amaury Faye Trio à la Jazz Station

Il y a quelques années, j'avais croisé, presque fortuitement, Amaury Faye lors d'une série de tables rondes à propos du jazz, à Flagey. J'étais curieux de le voir et de l'entendre derrière un piano. J'en ai eu l'occasion quelques mois plus tard à l'Archiduc. Il y jouait en solo et j'en avais gardé une forte impression.

jazz station,amaury faye,louis navarro,theo lanau

Ce soir, c'est avec son trio (Louis Navarro à la contrebasse et Théo Lanau à la batterie) que le pianiste toulousain présente son tout nouvel album : Clearway (à paraître mi-mai chez Jazz Village).

Après une résidence de quelques jours à la Jazz Station et devant un nombreux public ce samedi, le trio attaque son concert avec « Believe It Or Not », un morceau très inspiré de la tradition post bop. On y descelle rapidement les influences d’un Chick Corea et surtout de Brad Mehldau.

La musique est dense, nerveuse, énergique et Amaury Faye n'est pas avare de notes. Il est sur tous les coups et il s’emploie à remplir l'espace avec ferveur, comme dans l’introduction en solo sur le second morceau. Avec agilité, il enchaîne accords et arpèges sur un rythme effréné et démontre un sens du voicing assez étonnant. Ses deux compagnons d’équipée ne sont pas en reste. Les interventions à la contrebasse de Navarro sont souvent brillantes et très musicales, quant au drumming de Lanau, il est ferme, claquant et bondissant. La cohésion entre les trois musiciens est indéniable. Bien sûr l’architecture des morceaux est plutôt « classique », mais lorsqu’ils sont joués avec un tel aplomb et autant de détermination, on ne peut que prendre du plaisir.

jazz station,amaury faye,louis navarro,theo lanau

Le trio calme alors un peu les ardeurs (si peu) avec « Vance », une ballade lumineuse qui se promène sur un rythme chaloupé. Mais il se relance très vite et s'amuse sur « An Oscar For Treadwell » de Charlie Parker. Ils ont dans les doigts l’histoire du bop, c’est certain. C'est toujours aussi rapide et tendu et les trois amis n’hésitent pas à s’éloigner du thème, à tourner autour, à s’en amuser. On retrouve chez eux l'essence et l’esprit de ceux qui ont fait l'art du trio, Mehldau en tête (pas le romantique, mais celui qui swingue). Amaury Faye ne peut cacher son amour pour le pianiste américain, et d’ailleurs, on ne lui en voudrait pas si, parfois, il s'en éloignait un peu.

jazz station,amaury faye,louis navarro,theo lanau

Et le trio continue de plus belle, telle une locomotive lancée à pleine allure. Il y a alors le pétillant « Off Roading », puis « Clearway Street », introduit par un excellent Théo Lanau à la batterie. Ensuite, le plus sobre « Bad Surprise » et un jubilatoire « Sunday Morning Blues » ou encore « Journey To The East Coast ». Il y a toujours cette envie d’énergie, de rythmes haletants dans ce trio. Toujours cette envie de faire monter l'adrénaline.

Le public est sous le charme. Celui de Marciac, où le trio aura l’honneur de défendre sa musique cet été, le sera sans doute tout autant.

On est curieux de voir comment évoluera le trio. Lors d’un prochain Jazz Tour peut-être ? A suivre avec intérêt.

 

 

 

A+

Merci, une fois encore à ©Roger Vantilt pour ses belles images.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

15/04/2017

Jean-Paul Estiévenart Trio à la Jazz Station

Jeudi 13 avril. Jazz Station. 20h 30. La salle se remplit, remplit, remplit.

On est venu écouter le trio du trompettiste Jean-Paul Estiévenart (avec Sam Gerstmans à la contrebasse et Antoine Pierre à la batterie) qui a publié fin 2016 l’un des meilleurs albums de l’année : Behind The Darkness.

jazz station,jean-paul estievenart,sam gerstmans,antoine pierre,igloo

D'entrée de jeu, Jean-Paul Estiévenart prend les commandes et emmène ses compagnons dans un fabuleux parcours en forme de montagnes russes. Ça déboule à toute vitesse, ça virevolte, ça serpente, ça se dérobe et ça accélère encore. Le trompettiste enchaîne les triolets, lâche quelques inflexions orientales, riposte aux attaques d’Antoine Pierre, joue au chat et à la souri avec Sam Gerstmans. Ça rebondit, ça bouscule, ça frotte… Et après cinq ou six bonnes minutes d'une intensité incroyable, le trompettiste laisse au contrebassiste et au batteur le soin de terminer le voyage seuls, comme s’il avait été catapulté, propulsé, désintégré quelque part dans l’atmosphère… On ne pouvait rêver meilleure entrée en matière que ce puissant et décoiffant «Lost End».

Sans laisser tomber le soufflé, le trio continue avec «Mixed Feelings» et nous emmène vers d’autres sommets. Mais ici, tout commence avec beaucoup de retenue. La mélodie complexe se dessine peu à peu, la pulsation s’accentue, la trompette crie, pleure, puis s’apaise à nouveau. Nos trois musiciens sont en parfaite osmose, chacun tient son rôle mais n’hésite jamais à aller jouer dans le jardin du voisin. Antoine Pierre jongle avec les tempos et les temps forts, et module les effets avec autant de subtilité que d’autorité. Ça peut flinguer à tout moment ! Sam Gerstmans est, quant à lui, le pilier rassurant, remarquable de précision, qui s’exprime dans un jeu d’une musicalité extrême, tout en nuances et en souplesse. Sur «Deep Heart», il joue le balancier sur trois notes un peu flottantes, répétées ad libitum, sur lesquelles Jean-Paul Estiévenart improvise… Superbe.

jazz station,jean-paul estievenart,sam gerstmans,antoine pierre,igloo

Je l'ai déjà dit (lors du concert avec Manolo Cabras, notamment), Estiévenart a un son ! Il incarne sa musique, il y met son cœur et tous ses sentiments. Avec sa trompette, il raconte des histoires. Son histoire. Il y met tout ce qu'il cache pudiquement derrière un humour caustique qu’il aime pratiquer lorsqu’il présente les morceaux.

Le trio lui-même, décidément très complice, ne se prend jamais au sérieux et se moque même des tics de jazzmen – attitudes, décompte, regards – tout en jouant sérieusement. Très sérieusement. Car, pour jouer, ça joue ! Et ils savent de quoi ils parlent. Ainsi, ils s'approprient «You Do Something To Me» de Cole Porter ou revisitent «We See», de Monk, comme peu oseraient le faire. Thelonious aurait été heureux d'entendre ça, tout comme John Coltrane l’aurait été en entendant ce que font nos trois gaillards avec le très casse-gueule «Giant Steps». Eblouissant !

jazz station,jean-paul estievenart,sam gerstmans,antoine pierre,igloo

Faire quelque chose avec ces standards, les malaxer, les modeler, les triturer… les vivre ! Voilà ce que l'on attend du jazz. Ces trois-là ont un langage, une façon de communiquer, bien à eux. L'un ou l'autre peut faire dévier à tout moment la musique à droite ou à gauche, la ralentir ou lui donner de la vitesse sur un simple petit accord. Et ça marche. On ne sait jamais où ils vont. C'est comme une grande virée entre copains où chacun refait le monde et propose d’échanger des idées. Comme, par exemple, sur ce très éclaté et pourtant subjuguant «MOA», qui fait office de prélude au non moins fantastique «Les Doms» ou au tendu et tranchant «Bade Runner».

Ces gars s'amusent et nous amusent. Et nous laissent pantois d’admiration. Tout paraît si facile et si évident.

Qu’est ce qu’on attend pour exporter tout ça à travers l’Europe ?

 

 

Merci encore et toujours à ©Roger Vantilt pour ses superbes images.

A+

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

28/03/2017

Manolo Cabras Quartet - Jazz Station

En septembre 2016, Manolo Cabras sortait Melys In Diotta (chez El Negocito Records) avec son nouveau quartet. Ce samedi 24 mars, la Jazz Station l’accueillait pour l’un des trop rares concerts de présentation de cet excellent album. Bien sûr, il y a eu quelques dates ici ou là (Hopper, Sounds, Lokerse Jazzklub ou Jazz In ‘t Park), mais il est quand même assez étonnant que ce groupe n’ait pas joué beaucoup plus souvent. La musique est sophistiquée et demande à l'auditeur de se plonger dans un certain mood ou un certain état d'esprit, certes, mais elle est tellement riche et tellement bien écrite qu'elle en devient rapidement accrocheuse et l’effort (l’effort?!) est vite récompensé. Il faut dire que ce jazz, joué par quatre musiciens à qui on ne la fait pas, a de quoi réjouir.

manolo cabras,jean-paul estievenart,marek patrman,nicola andrioli,jazz station

Outre le vieux complice Marek Patrman (Erik Vermeulen, Ben Sluijs, Free Desmyter ou Augusto Pirodda...) dont le jeu est toujours autant impressionniste et tachiste que claquant et incisif, on retrouve Nicola Andrioli dans un registre qu'on ne lui prête que trop peu souvent. Il y a toujours chez ce dernier une délicatesse et un certain romantisme qu’on lui connait, mais il le dissimule ici dans un jeu très ouvert, parfois presque abstrait et souvent sombre. D'autre part, quand il s’agit de jouer vite et de ruer un peu dans les brancards (sur «E.S.D.A.», par exemple) il est là aussi. Et avec quelle présence !

Et puis que serait ce quartet sans l’apport précieux de Jean-Paul Estievenart, trompettiste tout-terrain à la fougue maîtrisée, sorte de caméléon à la personnalité de plus en plus affirmée ? C'est indéniable, Estiévenart s’est façonné un son, une griffe.

manolo cabras,jean-paul estievenart,marek patrman,nicola andrioli,jazz station

Les premiers morceaux jouent beaucoup sur l'atmosphère et se construisent sur des ostinatos imposés avec une force tranquille par Cabras. Tandis que «Melys in Diotta» oscille entre mélancolie et danse éthylique, «E La Nave Và» évoque un néo-réalisme italien qui navigue entre le bonheur, la légèreté et le chaos. Puis, quand ça balance vers un free-bop très ouvert (à la William Parker, Hamid Drake et consorts), ça craque de partout, ça file et ça freine, ça tangue, c'est fragile et solide à la fois. Chacun des solistes s'exprime pleinement : un piano fougueux, une trompette hallucinée et un drumming explosif. Et nous, on prend un pied pas possible.

Et le second set continue un peu dans la même lignée. On installe d’abord une ambiance feutrée et inquiétante avec «Lena». Trompette bouchée, notes égrainées au piano, feulement des balais sur les tambours et des cordes qui impriment un battement régulier. Puis on va déterrer les racines du blues pour mieux le déstructurer («Uncle Stevie»). C'est ici que se révèle encore plus la force du jeu de Cabras : anguleux et mobile à la fois.

Enfin on se permet toutes les libertés rythmiques et mélodiques sur le vif et indomptable «E.S.D.A.» avant de clore ce concert intense avec un «No Comment» plein de délicatesse.

Ces quatre musiciens, à la personnalité forte, sont au service d'une musique aussi inventive et brûlante que spontanée et profonde. C'est une véritable musique d'échange, qui se joue sur l'instant dans laquelle rien n'est jamais figé. C’est un vrai jazz vivant qui ne demande qu'à être joué souvent sur scène, pour évoluer encore et encore et devenir énorme.

N’y a-t-il pas un club ou un endroit qui pourrait les accueillir plus régulièrement ?

 

 

A+

Merci à ©Roger Vantilt pour les photos.

 

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

05/03/2017

LABtrio à la Jazz Station

Volzet !

Il n’y avait plus une place de libre à la Jazz Station ce samedi 25 mars pour le concert de LABtrio. Pour ses dix ans, le groupe a fait salle (archi) comble.

labtrio,anneleen boehmen,lander gyselinck,bram de looze,jazz station

Bien sûr, le trio n'a pas attendu dix ans pour remplir les salles ! Il faut dire qu’avec le jazz que proposent ces talentueux musiciens, c'est un peu normal. Ou alors, ce serait à désespérer de tout.

On le sentait venir, il y a dix ans déjà. 10 ans ! C'était hier, au Jazz Marathon, par exemple, lorsqu’ils avaient déjà éclaboussé la place Fernand Coq de leur talent. De l'eau est passée sous les ponts et après Fluxus et The Howls Are Not What They Seem, voici déjà le troisième album : Nature City.

Bram De Looze au piano, Anneleen Boehme à la contrebasse et Lander Gyselinck aux drums s’entendent à merveille pour encore faire avancer l’art du trio. L'art de tendre la musique au maximum, de l'amener toujours plus loin, jusqu’à la limite de la cassure. Rythmiquement c'est assez passionnant et jubilatoire. Dans les méandres de ces constructions plutôt élaborées, un groove sourd monte inexorablement. Tout en évidence. Presque avec désinvolture.

« Elevator », par exemple, ne cesse d’évoluer, d’accélérer imperceptiblement, puis il dévie abruptement. L’entente entre les trois musiciens est bluffante. Ils sont vraiment connectés et peuvent se permettre toutes les acrobaties. Parfois, la contrebasse joue à l'unisson avec le piano, le temps d'exposer le thème, puis les phrases mélodiques se découpent, comme cassées par le jeu tachiste de Lander Gyselinck. C’est fin, nerveux, dégraissé jusqu’à l’os.

LABtrio fusionne l’intellect et le bestial.

labtrio,anneleen boehmen,lander gyselinck,bram de looze,jazz station

Même si « Ihor » semble plus abstrait, la musique n’en est pas moins limpide. Et que dire alors de ces thèmes de Bach dans lesquels l'improvisation prend tout son sens… On sait que musique baroque, à l'époque, était propice aux improvisations et notre trio nous le rappelle ici de façon brillante. Si la musique évolue dans une sphère proche de celles des Vijay Iyer, Craig Taborn voire même de Kris Davis, l'univers de LABtrio est vraiment personnel. À la fois avant-gardiste et terriblement accessible. Ces trois-là ont un son, une respiration, un timbre bien à eux. « Mental Floss » claque et électrise, « Low Fat » ne manque pas d'humour ni de détachement. Quant à la version de « Twin Peaks », elle est d’une sobriété et d’une intensité hypnotisantes.

labtrio,anneleen boehmen,lander gyselinck,bram de looze,jazz station

LABtrio malaxe la musique, la sculpte, la fait vivre puis l’arrête, la suspend pour mieux la catapulter. Les musiciens se suivent se relaient, s’accrochent, se propulsent. LABtrio ne se cache derrière aucun artifice et développe un langage bien à lui. Autant de spontanéité et d’inventivité distillées dans des compositions plutôt complexes et tissées de façon aussi précises, forcent l’admiration. Du très haut niveau.

Et ils n’ont que dix ans !

 

A+

Merci à ©Roger Vantilt pour les images

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

22/05/2016

Airelle Beson à la Jazz Station

Il y a trois ou quatre ans, la trompettiste française Airelle Besson avait sorti un superbe album en duo avec le guitariste Nelson Veras. Un disque tout aussi aérien et poétique que tendu et tranchant. Un petit bijou.

airelle besson,fabrice moreau,benjamin moussay,isabel sorlig,jazz station,nelson veras

Cette année, Airelle vient de sortir un passionnant premier album en quartette (Radio One) avec Benjamin Moussay (p, keys), Fabrice Moreau (dm) et la vocaliste suédoise Isabel Sörling. Il faut dire qu’elle aime la voix, Airelle. Elle sait si bien la mettre en valeur (il suffit d’écouter son travail dans la «La Tectonique des nuages», par exemple) et tellement bien l’intégrer à son univers.

La Jazz Station a eu la bonne idée de l’inviter samedi dernier, pour un tout premier concert en Belgique (en tant que leader). Et le public a eu la bonne idée de venir très nombreux.

Discrète, simple, presque effacée, Airelle Besson a ébloui l’auditoire.

L’entrée en matière est douce, presque fantomatique. Le morceau («Pouki Pouki», extrait de l’album avec Veras) est lunaire et apaisant.

airelle besson,fabrice moreau,benjamin moussay,isabel sorlig,jazz station,nelson veras

Avec fragilité, Isabel Sörling lâche quelques bribes d’un chant particulier. A la manière d’une Sidsel Endresen, elle déstructure l’harmonie et redessine la mélodie. Elle se tord, se cambre, se plie et accompagne son chant de grands gestes. Il y a un travail physique indéniable de sa part pour sortir ces onomatopées et ces sons cristallins, presque aphones et pourtant tellement chantants.

«Radio One», titre éponyme de l’album, laisse toute la liberté à Benjamin Moussay de développer un solo bouillonnant. Le Fender grésille et bourdonne, Moussay fait flotter les lignes de basse d’une part et trace des motifs complexes de l’autre. Fabrice Moreau, de son côté, martèle les fûts de façon sourde, grave et profonde. Le jeu est toujours incisif.

Airelle plane avec élégance, légèreté et fraîcheur au-dessus de ce tapis luxuriant. Elle souligne, accentue ou laisse s’envoler la mélodie. Elle a l’intelligence du souffle. Son jeu est d’une précision inouïe et d’une clarté rare. On y décèlerait presque un phrasé «classique», nuancé, cependant, de notes bleues ou parfois même orientalistes. Le monde musical d’Airelle Besson est singulier, acéré mais pas brutal, tourmenté mais pas torturé, lyrique mais pas emphatique. Il s’agit plutôt de poésie nordique, ou anglo-saxonne, avec toute l’ambigüité que cela entraine.

airelle besson,fabrice moreau,benjamin moussay,isabel sorlig,jazz station,nelson veras

«Candy Parties» est joyeux et mélancolique à la fois, «La Galactée», tout en creux et non-dits, est méditatif mais tellement lumineux… Passionnant.

Le second set du même tonneau, toujours surprenant, toujours envoûtant, toujours différent. Les compositions sont de véritables pièces d’orfèvre, intelligentes et imaginatives. La trompette veloutée, parfois feutrée, se marie à merveille à la voix décidément unique d’Isabel Sörling. «Titi» et «Neige» sont pleins de grâce et de trouvailles. «The Painter And The Boxer», plutôt dansant, libre et pourtant tellement scellé à un riff court et obsédant, permet à Benjamin Moussay d’aller explorer les moindres recoins de son imagination. Sur «Around The World», son intro, qui doit presque autant à Ravel qu’à Cage est brillantissime. Sur ce morceau, Airelle n’intervient presque pas, laissant la magie opérer entre la chanteuse, le pianiste et le batteur. Grande classe.

Le groupe entame alors «No Time To Think» sur un groove bien sautillant, pour le terminer tout en énergie et en puissance. Plaisir du jeu et des formes.

Le public est conquis (depuis longtemps déjà) et le rappel est obligatoire.

Ce quartette possède véritablement un son de groupe et sa musique ne peut qu'exister qu'avec l’interaction et la complicité de chacun. Une belle leçon et un beau coup de cœur.

 

 

A+

(Merci à Roger Vantilt pour les images)

 

17/04/2016

David Thomaere Trio - Jazz Station

Il y a la toute grosse foule à la Jazz Station, ce mercredi soir, pour assister au premier concert d’une longue série (d’abord le Jazz Tour puis les JazzLab Series) du trio de David Thomaere. Et c’est bien normal car le jeune pianiste présente son premier album, « Crossing Lines » fraîchement sorti chez DeWerf, qui est sans doute l’une des belles surprises de ces derniers mois. Un album assez punchy, plein de musicalité et qui témoigne déjà d’une belle maturité.

david thomaere,nicolas kummert,felix zurstrassen,antoine pierre,jean-paul estievenart,jazz station,steven delannoye,sander de winne

Même si l'on sent chez le pianiste certaines influences (qui n'en a pas ?), David Thomaere arrive à s’en servir intelligemment pour créer un univers plutôt personnel. Ce qui est une gageure dans le cercle très encombré des trios de jazz : piano, basse et batterie en sont un peu la quintessence et pour sortir du lot il faut avoir quelque chose à dire. Heureusement, David Thomaere a de la suite dans les idées. Et puis, il sait très bien s’entourer puisqu’on retrouve autour de lui Felix Zurtstrassen à la contrebasse et à la basse électrique et Antoine Pierre aux drums.

Le morceau d’entrée, « Braddict » s'inspire, comme son titre le laisse deviner, de la musique de Brad Mehldau. Une balade qui oscille entre lyrisme et pop. « Night Wishes », quant à lui, joue une sorte de course poursuite entre piano et drums, tandis que la basse électrique ondule et fait office de garde-fou. Et, mine de rien, ça balance plutôt pas mal. Leader charismatique et sympathique, David Thomaere n’est pas avare de commentaires. Il aime partager avec le public et raconter la petite histoire de ses compositions. Ou de ses reprises. Celle de Balthazar par exemple (« Lions Mouth »), qu’il traite un peu à la façon d’un Esbjörn Svensson, ou plus tard « Default », empruntée à Thom Yorke. Oui, David Thomaere picore un peu partout.

« Winter 's Coming », une nouvelle compo, construite sur un ostinato obsédant (lancé sur une loop machine) se décline tout en ruptures. Le trio bâtit des murs presque infranchissables, bétonnés par un drumming sec et tendu, qu’il brise avec des plongées abyssales où le piano semble jouer en apnée.

Pour redémarrer le second set, Antoine Pierre nous gratifie d’une intro en solo remarquable. Il est toujours surprenant de voir comment ce batteur a le sens de la musique. Il allie la finesse au groove ou aux silences, et ses frappes sèches, telles des coups de griffes, se confondent aux caresses. « Rebirth » et « Aftermath vs Freedom » s’enchaînent avec tonicité, avant que le trio n’invite Jean Paul Estiévenart (tp) et Nicolas Kummert (ts) (qui remplace ce soir Steven Delannoye, parti jouer avec Sander De Winne dont je vous recommande également chaudement l’album « Kosmos ») a les rejoindre.

david thomaere,nicolas kummert,felix zurstrassen,antoine pierre,jean-paul estievenart,jazz station,steven delannoye,sander de winne

Ce qui semble être une balade lyrique se transforme progressivement en symphonie soul flamboyante. Le thème de « Dancing With Miro » enfle, Estiévenart laisse éclater les déchirures, frôle le « out », joue avec les dérapages et les limites, pour terminer sur une note pure. Les deux souffleurs s’amusent visiblement et font vibrer « Default ».

Le temps de revenir avec un nouveau morceau, crépusculaire et intimiste, qui permet d’apprécier le toucher sensible du pianiste, le final se fait tout en force. Ça envoie avec plaisir !

Et en rappel bien mérité, « Mister Infinity », qui évoque un Canonball Adderley des temps modernes, prouve une fois de plus que David Thomaere a... « quelque chose » et qu’il faudra compter avec lui.

 

Photos ©Pierre Stenopé Numérique

A+

26/03/2016

Jeremy Dumont Trio - Feat Fabrice Alleman - Jazz Station

J'avais eu l'occasion d'entendre le trio de Jeremy Dumont en concert (plus ou moins privé) quelques temps avant l'enregistrement de l'album Resurrection. A l’écoute de ce dernier, j'avais été agréablement surpris (voire même étonné) de la progression qui s’était opérée. La musique semblait avoir monté en puissance, s'être affirmée.

jeremy dumont,victor foulon,fabio zamagni,fabrice alleman,jazz station

En concert à la Jazz Station, j'étais curieux de découvrir comment allait encore évoluer la musique du pianiste.

De plus, ce samedi 19, le trio avait invité pour la première fois Fabrice Alleman (que l’on retrouve sur trois titres de l'album) à le rejoindre. Il n’y a pas à dire : c’était une très bonne idée.

Après un gentil et bucolique «One Day», «Blues For Tilou» permet au groupe de se lancer vraiment. Fabrice Alleman ouvre la voie, le son est gras et rassurant, parfois légèrement pincé aussi. Le spectre musical du saxophoniste semble ne pas ne connaitre pas de frontière. Il intègre aussi bien la tradition que le (presque) free, comme si Coleman Hawkins avait rencontré David Murray, par exemple. Et au soprano c'est pareil, Fabrice Alleman a le chic pour faire décoller la musique. Sur le très modal «In Between» son jeu est presque «out», ce qui entraîne Jeremy Dumont à lâcher les accords.

Jeremy Dumont oscille entre lyrisme et fulgurances rythmiques, esquivant l’évidence avec finesse. On ressent chez lui quelques notes bluesy, quelques inflexions inspirées de Hancock ou de Corea. Ses compositions font la part belle aux mélodies mais savent se faire piquer par de belles astuces rythmiques. On apprécie les courtes accélérations, les ponctuations lumineuses, les nuances et les respirations dans un phrasé maitrisé.

jeremy dumont,victor foulon,fabio zamagni,fabrice alleman,jazz station

«Since That Day», «Try» et «Resurection», s’enchainent avec un optimisme plein de groove. La rythmique, très complice, n’y est pas pour rien. Le jeu efficace et direct du batteur Fabio Zamagni se marie avec habileté aux entrelacs rythmiques du contrebassiste Victor Foulon. Ça claque autant que ça enrobe. Le plaisir est sur scène et se partage dans le public.

«Matkot», très influencé par la jeune scène juive New Yorkaise, est bourré d’énergie, «Sneak Into», est lumineux et «Aaron» - tendre et délicat - permet à Victor Foulon de laisser trainer de longue notes sur les cordes de sa contrebasse. Et puis, avec «Eretz», le trio joue au chat et à la souri, s’amuse avec les stop and go, les rebondissements et les chausse-trappes. Quant à «Excitation», qui porte bien son nom, il termine en post bop moderne un concert qui n'a cessé de monter en intensité.

Boosté par un Fabrice Alleman décomplexé et décidément très inventif, le trio de Jeremy Dumont à montrer ce soir encore qu’il avait du répondant et encore plein d’idées à partager. Et ça, ça fait plaisir.

 

 

A+

Photos ©Roger Vantilt.

13/03/2016

Fred Delplancq New Project - Jazz Station

Après un si long moment de silence - quatre ans, cinq ans, … plus ? – c’était un vrai bonheur de retrouver Fred Delplancq sur scène avec son nouveau band. Bien sûr, Fred avait fait quelques brèves apparitions avec No Vibrato et s’était «chauffé aux standards», début février au Pelzer… Mais ce soir, à la Jazz Station, il venait défendre ses propres compositions. Des compositions qui racontent des histoires - son histoire - avec pudeur, avec force, avec sincérité.

fred delplancq,fabio zamagni,francois decamps,jazz station,giuseppe millaci,pelzer jazz club

Autour du leader, visiblement ému et heureux d’être là, il y a François Decamps (eg), Giuseppe Millaci (cb) et Fabio Zamagni (dm).

Après un départ tout en swing et en humour («Fritland», ça ne s'invente pas) - dans lequel on apprécie déjà les interventions lumineuses de François Decamps et le jeu hyper mobile de Giuseppe Millaci - Fred Delplancq nous emmène partager ses «blessures» avec «I Wish I Had Know You».

La ballade est sentimentale, sensible, pleine d’affliction. Delplancq laisse s’exprimer d’abord François Decamps. Il laisse parler la guitare, bluesy et aérienne, avant de faire pleurer doucement son sax. Puis il développe, avec justesse et sensibilité, un discours émouvant. Le son est légèrement âpre, comme lorsque l’on chante la gorge nouée. La mélodie, superbement écrite, se dessine entre ombre et lumière. Et finalement, les notes positives s’immiscent, comme pour chasser les regrets et passer un baume apaisant sur une brûlure encore vive.

«Strange Atmosphere» est un morceau plus enlevé, légèrement soul ou afro-cubain. Delplancq enchaîne les longues phrases, à la Rollins, puis nous embarque dans un bouillon d’émotions différentes avec «Desolation». Le sax se fait d’abord mystérieux, puis douloureux, voire rageur, avant de se faire éclatant de luminosité. Superbe écriture.

Les interventions de Fabio Zamagni, se font plus présentes. Les solos sont brefs, intenses et se marient avec justesse aux échappées de Giuseppe Millaci. La rythmique est sans faille et soutient à merveille l'ensemble.

Saxophoniste au cœur tendre, Delplancq aime aussi la musique populaire, celle de Marie Laforêt, par exemple. Cela peut surprendre, mais il faut entendre son arrangement sur «Il a neigé sur Yesterday» pour se rendre compte que ce n’est pas une bête idée. Comme John Coltrane (autre influence évidente sur le saxophoniste belge) a fait de «My Favorite Things» un standard de jazz, Fred Delplancq fait de cette ritournelle un morceau riche et surprenant. Et c'est malin, la façon dont il détourne la mélodie et dont il tourne autour des harmonies. Il en fait un beau terrain de jeu, une sorte de blues lumineux aux légers parfums de (fausse) samba. Il laisse aux musiciens le plaisir de s'amuser et d’improviser. Un beau tour de force qui tord le coup aux idées toutes faites.

Et le quartette prend encore plus d'assurance et impose un groove obsédant sur «15 mai», le genre de morceau qui semble simple, qui file et qui n'arrête pas de se relancer, mais qui est bourré de subtilités harmoniques et de ruptures funky. Un pur bonheur.

Il y aura encore le tournoyant «Voltage Drop» ou le flottant «Pfff», qui n’est pas sans rappeler l'esprit d'un certain Bill Frisell, et en rappel, un «Giant Steps» revisité de brillante manière.

Le public, nombreux, semble avoir redécouvert quelque chose.

Fred est de retour. Et c’est tant mieux.

 

A+

13/02/2016

Aka Moon + Fabian Fiorini - Jazz Station

Samedi 6 février, la Jazz Station est hyper bondée. On y refuse même du monde. Il faut dire que Aka Moon est au programme pour deux soirs.

aka moon,scarlatti,jazz station,fabian fiorini,michel hatzi,fabrizio cassol,stephane galland

Aka Moon, l'un des groupes européens les plus féconds, l'un des plus innovants, toujours surprenant, toujours à l'avant-scène de l'avant garde, toujours capable de se renouveler sans cesse, tout en continuant à «faire» du Aka Moon. C’est un courant à eux seuls. C’est ça, la marque des grands. C'est dire si on les regarde, si on les écoute, si on les envie

Deux jours de suite, la Jazz Station a donc fait le plein pour entendre le «Scarlatti Book» en live.

Tout en fluidité et ondulations, le premier morceau («Aka 99» – inspirée de la «Sonate K99» de Domenico Scarlatti, bien entendu) invite presque à la rêvasserie. Fabrizio Cassol échange avec Fabian Fiorini des arabesques flottantes, tandis que la basse de Michel Hatzigeorgiou répète à l’envi la mélodie. «Aka 466» est traité de façon plus incisive, plus violente presque. Fabian Fiorini virevolte au-dessus du magma bouillonnant imposé par Stéphane Galland. Le jeu du batteur est foisonnant, précis, intense. On est déjà presque soufflé. Mais ce n’est rien avec ce qui nous attend.

Domenico Scarlatti, revisité avec une telle élégance, une telle originalité et autant de puissance que de délicatesse, cela force vraiment le respect. Aka Moon évite tous les clichés et ne tombe dans aucun piège. Jamais le groupe ne se prête à la facilité ni à la «complexité pour la complexité». On comprend tout de suite que les quatre musiciens ont tout assimilé et tout digéré la musique, de l’écriture et de l’esprit de Scarlatti. Grâce à cela, ils peuvent se permettre toutes les digressions, les analogies, les contrepieds, les contrastes. Avec un esprit qui n'appartient qu'à lui, Aka Moon réinvente encore et encore le jazz, comme il le fait depuis plus de vingt ans, avec la même fraîcheur et la même force.

aka moon,scarlatti,jazz station,fabian fiorini,michel hatzi,fabrizio cassol,stephane galland

«Aka 141» est plus tendu encore. Stéphane Galland emmène la bande dans des délires rythmiques insensés. Changements de tempos et polyrythmies sont poussés à l’extrême, mais contrôlés comme personne. On se délecte, on tape du pied, on secoue la tête. Et on se prend des claques

De son côté, Fabian Fiorini manie de façon exceptionnelle le langage classique et contemporain avec une aisance confondante. Les solos de Michel Hatzigeorgiou, sans longueurs mais intenses et précis, sont à tomber raide. Ses enchaînements d’accords, descendants ou montants (sur «Aka 175», notamment) sont exécutés sans faille, à la vitesse de l’éclair. Oui, ça balance et ça groove… et on ne se l'explique toujours pas. Jazz contemporain, musique lyrique, influences presque funky, des riffs rock, des pointes hispanisantes, tout se mélange et garde pourtant une unité incroyable.

«Aka 175», presque nocturne, laisse la part belle à Fabrizio Cassol. Le son pincé et le phrasé personnel du saxophoniste, est reconnaissable entre tous. Il serpente entre la partition, joue avec les tensions, les brefs silences, les accélérations soudaines. Faut-il encore parler de technique avec ces extraterrestres ? Tout est, «simplement», au service de la musique. Sans esbroufe. Et l’on reste pantois devant tant de virtuosité et devant cette complicité qui permet à chacun de prendre le lead. Le sax prend le contrôle, puis la basse, puis le piano ou la batterie. Qui aura le dernier mot ? Qui va emmener l’autre sur de nouvelles pistes ? Tout se mélange, tout se tisse et se retisse. Et que dire du final («Aka 492») lorsque Fiorini et Galland se font des «blagues», jouent à cache-cache, se tendent des pièges comme on tend des perches ? Ils se jouent des complexités pour en faire un feu d’artifice ! La claque, je vous dis.

aka moon,scarlatti,jazz station,fabian fiorini,michel hatzi,fabrizio cassol,stephane galland

Le deuxième set est consacré à AlefBa et Aka Balkan Moon. La musique, basée cette fois sur celle du Moyen-Orient ou celle des Tziganes, est différente bien entendu. Mais, une fois encore, l'esprit Aka Moon est bien présent. La musique prend d’autres couleurs et est distribuée, ou articulée, différemment. On jongle avec d’autres modes et on plonge dans une autre époque et d’autres lieux. «Baba», «Dali» ou «Stésté» s’enchaînent. Avec ferveur et bonheur. Et on bouge tout autant.

Depuis des années les musiciens se lancent des défis et se poussent l'un et l'autre... Pour le plaisir. Pour trouver, encore et toujours, autre chose. Alors ils reprennent le thème à l'endroit, à l'envers, redoublent le tempo ou le décomposent soudainement. Ils en font ce qu'ils veulent. Puis, toujours pour le plaisir, ils ressortent et réinventent des thèmes plus anciens, extraits d’albums «Move» ou «In Real Time» (en collaboration avec Anne Teresa De Keersmaeker) et c’est une renaissance. Et c’est tout aussi bluffant.

Quelle science ! Quelle facilité ! Quel extraordinaire concert !

 

 

(Merci à Olivier Lestoquoit pour les images)

A+

 

 

03/01/2016

Marjan Van Rompay Group - Jazz Station

Marjan Van Rompay était à la Jazz Station début décembre (le 5) pour présenter son dernier album Comfort, Solace, Peace.

CD01.jpg

Avec un titre aussi explicite, on ne peut s’attendre qu’au plaisir musical, léger et rassurant. Silhouette, le précédent album de la saxophoniste, dégageait déjà un certain optimisme, mais à l’époque, il y avait Bram Weijters au piano qui, mine de rien, venait donner quelques pointes d’acidité dans cette douceur ambiante. Désormais, c’est le guitariste Tim Finoulst qui occupe la place. On connaît le jeu tout en souplesse et délicatesse de ce dernier. Avec lui, on accentue donc encore un peu plus le côté douceâtre de la musique.

Le quartette développe, en effet, un jazz plutôt tendre et mélodieux, dans la lignée des Warne Marsh, Phil Woods ou Lee Konitz… avec ce petit soupçon de modernité en plus dans les compos.

« Optimism », le bien nommé, évolue sur un rythme cadencé et sautillant. Toon Van Dionant (dm) fouette les tambours avec élégance, Janos Bruneel (cb) balance le rythme. Sobrement, Marjan et Tim se partagent la mélodie, tout en finesse. Ensemble, ils cherchent le beau, le doux, le raffiné. « Brotherhood » procède un peu de la même façon. Les structures sont simples et reposent sur des rythmes souples, en constante évolution. Cela permet à Tim Finoulst de lâcher quelques beaux chorus plus acéré dans un phrasé joliment ourlé. « Waltz For Sander » (extrait du précédent album), bien qu’introduit au sax par un solo sinueux et presque aventureux, suit aussi un peu le même chemin.

CD02.jpg

Les compositions sont souvent très soignées et pleines d'idées, mais l’on aimerait parfois que le vernis craque un peu plus et que l’on ressente un peu plus de folie ou, à contrario, plus d’introspection affirmée. On reste parfois entre les deux rives. Soit les contrastes ne sont peut-être pas assez marqués, soit la brume n’est pas assez épaisse. Mais c’est le choix du groupe.

Alors, « Better Call » ose un peu plus le groove nonchalant et bluesy, tandis que « Where The Heart Is » est plus accrocheur, comme pour démentir mes précédentes impressions. Janos Bruneel trouve un peu plus d’espace pour offrir quelques belles respirations. Finoulst lâche des riffs plus tranchants et Marjan Van Rompay s’impose alors un peu plus, elle aussi. Le son du groupe prend de l’épaisseur et le quartette semble bien plus libéré qu’en début de concert. Comme quoi, le temps fait parfois bien les choses. Alors, attendons la suite…

 

 

 

A+

01/11/2015

Franck Agulhon Trio - Jazz Station

À l'initiative des Lundis d'Hortense, Franck Agulhon, était invité à donner une master class ce mercredi 28 novembre après-midi à la Jazz Station. Bonne idée, puisque le batteur français vient de publier «Drum Book», une méthode pour que les bons batteurs s’améliorent encore un peu plus et de façon plutôt ludique. L’occasion était idéale pour joindre la théorie à la pratique. C’est, en tous cas, ce que se sont dit une bonne trentaine de jeunes batteurs. Et ils ont sans doute eu bien raison.

Ça, c’était pour l’après-midi car, le soir, c’était concert.

franck agulhon,jean-paul estievenart,philippe aerts,jazz station,les lundis d hortense

Franck Agulhon, on le connaît bien puisqu'on l’a vu joué avec Pierre de Bethmann, Sylvain Beuf, Diego Imbert ou Pierrick Pédron mais aussi, bien sûr, avec Eric Legnini.

Ce soir, il est entouré de Jean-Paul Estiévenart (tp) et Philippe Aerts (cb). Trio inédit pour un concert unique.

Étonnamment, pour ce trio emmené par un batteur, c'est surtout le trompettiste qui est mis en avant. Enfin… c'est étonnant mais, en même temps, plutôt évident puisqu’il s’agit quand même d’Estiévenart. Le jeu de ce dernier, clairement influencé par la jeune scène New Yorkaise actuelle, détonne un peu avec celui d’Agulhon, souvent plus soul ou funky et en tous cas plus ancré dans la tradition «jazz». Ajoutez à cela Philippe Aerts, au jeu solide et très mélodique, et vous obtenez un mélange des genres très intéressant et surprenant. Et puis, comme le trio n’a pas vraiment eu le temps de répéter un répertoire personnel, il s’est rabattu sur quelques classiques et autres standards. Mais avec quelle spontanéité et quelle fraîcheur !

Estiévenart entraîne rapidement ses partenaires dans une relecture de «All The Things You Are» plutôt aventureuse et jubilatoire. Le trio n’a pas peur d’un peu déstructurer, de bousculer et de dépoussiérer avec une certaine candeur ces airs si souvent entendus. Si les trois univers sont (presque) clairs, il ne s'agit pas ici d'un combat entre musiciens qui tentent d’imposer un style. C'est plutôt un échange de visions. Et ça fonctionne ! Et c’est même passionnant. Chacun mesure la liberté qui lui est accordée. Le solo de Philippe Aerts, sur «Turn Around» de Coleman, d’une extrême musicalité et d'une souplesse confondante, est éblouissant. Et puis, mine de rien, il s'immisce avec beaucoup de finesse entre les interventions plus tranchantes et très découpées d'Estiévenart.

franck agulhon,jean-paul estievenart,philippe aerts,jazz station,les lundis d hortense

Sur «Recorda-Me» (de Joe Henderson), c’est Franck Agulhon qui peut vraiment faire parler sa batterie. Le jeu est bondissant, très mobile, plein de trouvailles et de subtilités. Et puis, sur «Slam» de Jim Hall, ça joue ping pong, ça progresse par petites touches complices et sourires entendus. Magnifique d’intelligence et d’ouverture d’esprit.

Au deuxième set, on continue et on creuse encore un peu plus dans la même veine. L'intro, en totale impro, de Jean-Paul Estiévenart sur «Alone Together» donne le ton. Ici aussi, chacun donne sa version du standard. Il y a comme une sorte de fuite en avant, de voyage vers l'inconnu, sans tabou ni crainte. La musique fluctue entre Hard Bop, Free et Swing. Et finalement, ce mélange de parfums et de goûts en fait une musique à la saveur unique. Tout s'intègre et tout se fond. Ça rigole et ça envoie, mais «Body Soul» se joue en mode dépouillé et sensible.

En rappel, «In A Sentimental Mood» résume parfaitement la soirée : une conversation intelligente et actuelle, à la fois piquante et pleine de douceur.

Du jazz d'aujourd'hui, quoi ! Et du bon.

Merci à P. Embise pour les photos.

A+

 

 

 

05/10/2015

Magic Malik Orchestra - Jazz Station

Les dix ans de la Jazz Station, ça se fête. Après Philip Catherine, une groove party et le Jazz Station Big Band, ce samedi soir c’est Magic Malik Orchestra qui occupe la scène.

OK01.jpg

Et le flûtiste français est très heureux de présenter (enfin !) son propre projet. Il est heureux et il le dit. Comme il dit aussi tout le bien qu’il pense des "petits lieux", comme les clubs, qui permettent aux musiciens d'explorer, d’inventer, de chercher... Ça, c’est son premier cadeau.

Le deuxième beau cadeau, c’est sa musique.

On le sait, la musique de Malik Mezzadri est à la fois simple et compliquée. Mais tout l'art du musicien est de rendre simples des choses qui ne les sont pas. Le premier morceau, par exemple, est basé sur un motif répétitif sur lequel chacun des musiciens vient déposer ses phrases, de manière décalées, jouant sur les intervalles. Le résultat est surprenant. Cela semble « simple », mais la façon d’y parvenir ressemble à un sacré travail d’équilibriste. Malik lance d’abord le mouvement à la flûte et au chant soufflé. Jean-Luc Lehr marque un rythme à la basse électrique, puis Maxime Zampieri, aux drums, ajoute une fine couche rythmique et, finalement, Vincent Lafont, au piano électrique, dépose lui aussi ses propres phrases. Quel mille-feuilles ! Et quelle légèreté !

Les métriques se mélangent, le rythme s’intègre dans le rythme. Dans un autre rythme. Le voyage ressemble à un vol hallucinant au-dessus d'un canyon imaginaire, avec des trous d'air et des changements d'altitude à tout va. Et ça groove et ça transe.

 « STE OO4 » fait presque des ronds dans l’eau tandis que « Bleue » avance tout en décalage. Parfois c'est plus simple, comme cette ritournelle « Bolly », presque inspirée d'une certaine musique indienne et qui semble sautiller sur un pied.

OK02.jpg

Et malgré ces rythmes étranges et complexes, basés sur le Talea Color, comme il tente de l’expliquer au public, Malik arrive même à faire taper le public dans les mains et à le faire chanter. On comprend mieux pourquoi on l'appelle "Magic".

Au piano électrique, usant de quelques torsions rythmiques et autres distos, Vincent Lafont distille des phrases récurrentes aux accents étranges. Il laisse toujours trainer un fin tapis sonore autour du morceau, un peu flottant, presque psyché, avant de s’affranchir de soudaines et ardentes fulgurances. Maxime Zampieri alterne les tempos asymétriques, rapides ou lents, avec autant de densité que de légèreté. Jean-Luc Lehr module avec souplesse les lignes de basse. Son intro sur « XP8 », en duo avec Malik, est d'une musicalité éblouissante.

OK3.jpg

Entre accélérations, freinages brusques ou sauts de temps, on s’émerveille de l’incroyable manière qu’a le quartette de retomber sur ses pattes. Le chant de Malik est fascinant, presque mystique (sur l’hypnotisant « Rag-A », par exemple). L'écoute, la concentration mais aussi l’entente sont primordiales dans ce quartette. Les silences, comme les respirations ou les échos, semblent être des repères invisibles pour trouver un chemin.

Et tout cela se fait avec le sourire et dans un plaisir très communicatif.

Les deux longues heures de musique passent sans que personne ne s’en rende compte.

Un grand concert. Inventif, créatif, osé, différent, plein d'humour et, surtout, hyper généreux.

Que demander de plus comme cadeau d’anniversaire ?

 

 

A+

 

Merci à Etienne Bauduin pour les images.

 

04/10/2015

Saint-Jazz-Ten-Noode 30 ans ! Les concerts !

Saint-Jazz Ten-Noode fêtait ses trente ans le week-end dernier. Vous pouvez lire mon compte-rendu des deux premières soirées (jeudi à la Jazz Station et vendredi au Bota) sur Jazz Around.

saint jazz ten noode,jazz station,bota,botanique,brzzvll,andrew claes,anthony joseph,geert hellings,vincent brijs,ourim toumim,jim gradcamp,clive govinden,jon grandcamp,emma lamadji,amen viana,nicolas kummert,lionel loueke,nic thys,karl jannuska,da romeo,eric legnini,alex tassel,christophe panzani,arnaud renanville,julien tassin,andre ceccarelli

©Johan Van Eycken

 

La fête a continué samedi 26 septembre, toujours au Botanique

Sur les coups de dix-neuf heures, et sur les chapeaux de roues, BRZZVLL embrase la rotonde. Deux batteries assènent les rythmes puissants et dansants. Les saxes brillent et Anthony Joseph slame à la perfection. Le funky soul « Liquor Store » critique l'hypocrisie urbaine, les comportements sournois ou les préjugés. Textes acerbes, musique dansante. Le sax baryton (Vincent Brijs) et le ténor (Andrew Claes) se relaient dans la fièvre et Jan Willems, derrière ses claviers, accentue l’esprit soul. Si « Liverpool Highlands » est plus calme, le groove est toujours présent, lancinant et sombre. Geert Hellings, au banjo et Andrew Claes, cette-fois à l’EWI, renforcent cette ambiance inquiétante. Puis ça repart de plus belle dans le funk puissant qui trouve toujours son équilibre entre la fête et la gravité. BRZZVLL et Anthony Joseph perpétuent la tradition des Linton Kwesi Johnson, Gil Scott Heron et autres poètes du genre. Ça remue le corps et l’esprit et « Mind Is A Jungle » tombe bien à propos. Ce tube imparable fait danser et bouger le public, très nombreux et bien serré, de la Rotonde. Une heure intense de toute bonne musique. C'est bien parti pour la soirée groove promise par les organisateurs.

saint jazz ten noode,jazz station,bota,botanique,brzzvll,andrew claes,anthony joseph,geert hellings,vincent brijs,ourim toumim,jim gradcamp,clive govinden,jon grandcamp,emma lamadji,amen viana,nicolas kummert,lionel loueke,nic thys,karl jannuska,da romeo,eric legnini,alex tassel,christophe panzani,arnaud renanville,julien tassin,andre ceccarelli

©Johan Van Eycken

 

Du côté de l’Orangerie, on découvre Ourim Toumim, dont c’est le premier concert en Belgique, qui propose une musique très métissée (entre funk, R&B, soul jazz, gospel et musique du monde). L’excellente et charismatique chanteuse Emma Lamadji, soutenue par une rythmique à poigne (Jon Grandcamp aux drums, Clive Govinden à la basse électrique) ne ménage pas ses efforts. L’ambiance monte assez vite. Ici, les morceaux sont plus sensuels, un poil « nu jazz », comme on dit. Mais Ourim Toumim a la bonne idée d’explorer d’autres terrains. Les rythmes africains (« A Boy » ou « Them », par exemples) sont clairement mis en avant et Emma Lamadji, la voix crayeuse, n’hésite pas à mélanger l’anglais, le français ou (peut-être) le sango. Puis on flirte un peu avec l’électro et la drum ‘n bass, avec un très enflammé « Modjo » dans lequel les guitares de Amen Viana, Jim Grandcamp et Clive Govinden rivalisent de folie avec le piano électrique de Julien Agazar et la batterie furieuse de Jon Grandcamp. Ourim Toumim est à la frontière de différents styles et évite les clichés trop appuyés. Les compos, plutôt élaborées, ne perdent rien en efficacité tant le groupe est soudé et techniquement parfait. Une très belle découverte.

saint jazz ten noode,jazz station,bota,botanique,brzzvll,andrew claes,anthony joseph,geert hellings,vincent brijs,ourim toumim,jim gradcamp,clive govinden,jon grandcamp,emma lamadji,amen viana,nicolas kummert,lionel loueke,nic thys,karl jannuska,da romeo,eric legnini,alex tassel,christophe panzani,arnaud renanville,julien tassin,andre ceccarelli

©Johan Van Eycken

Retour dans la Rotonde où Nicolas Kummert a invité le guitariste ivoirien Lionel Loueke que tout le monde s’arrache (Terence Blanchard, Herbie Hancock, Wayne Shorter, Gretchen Parlato… excusez du peu). Le groove, puisque tel est le thème de la journée, développé par Nicolas Kummert est souvent basé sur des motifs répétitifs, en tempo lent, comme des prières calmes et profondes. « Diversity Over Purity » s’installe donc doucement et insidieusement. Le sax est légèrement plaintif, mélangé à quelques effets de voix dont le saxophoniste s’est fait une spécialité. Karl Jannuska, aux drums, et Nic Thys, à la contrebasse, assurent un tempo maitrisé, juste coloré comme il faut.

Parfois la cadence s’accélère, de façon imperceptible et régulière. On sent l’influence de la musique africaine et des rythmes tribaux sous-jacents. Loueke lâche quelques motifs haletants, s’aidant d’effets électro, phaser et autres. Kummert superpose les couches harmoniques et mélodiques, puis entraîne le public à chanter. « I’ll Be Allright », « Rainbow People » sont clairement des messages d’espoir et d’humanité. Les bases sont jetées pour un projet « arc-en-ciel » qui ne demande certainement qu’à s’épanouir.

saint jazz ten noode,jazz station,bota,botanique,brzzvll,andrew claes,anthony joseph,geert hellings,vincent brijs,ourim toumim,jim gradcamp,clive govinden,jon grandcamp,emma lamadji,amen viana,nicolas kummert,lionel loueke,nic thys,karl jannuska,da romeo,eric legnini,alex tassel,christophe panzani,arnaud renanville,julien tassin,andre ceccarelli

©Johan Van Eycken

Pour que la fête soit complète et totalement réussie, quoi de mieux qu’un concert de Da Romeo et son Crazy Moondog Band ? Le bassiste est en grande forme et propose d’entrée un « You've Got The Choice To Be Fonky Now » diabolique !

Autour de lui, Alex Tassel, au bugle, colore de bleu les groove, tandis que Christophe Panzani, au ténor, vient donner les coups de canif. Julien Tassin attend son heure et balance des riffs de fond. Eric Legnini se fait plus soul que jamais au Fender Rhodes. Ses interventions, sur « No Turning Back », entre autres, sont d’une limpidité et d’une fluidité confondantes. Toujours, il élève la musique. Derrière ses fûts, Arnaud Renanville, infatigable, vif et précis, claque les tempos avec un redoutable timing. Le « boss » peut vraiment compter sur une équipe du tonnerre. Alors, si « Vincent » ou « L’incompreso » font la part belle aux mélodies douces et intimistes, c’est sur un « Cissy Strut » (des Meters) ultra vitaminé que Da Romeo se lâche totalement. Le solo de basse est incandescent. C’est une véritable démonstration de groove. La pression monte, le rythme s'accélère, le son devient de plus en plus puissant, Da Romeo met le paquet. Le public est bouillant. Alors, on reprend petite respiration avant de replonger dans un soul funk aux parfums chics, de terre, de vents et de feux. Le public aura raison de réclamer un « encore » et sera récompensé d’un « Take It Or Leave It » des plus appropriés.

L’anniversaire est très réussi et on attend la prochaine édition du Saint-Jazz-Ten-Noode avec impatience. Parce que trente ans, ce n’est qu’un début !

Merci à Johan Van Eycken pour les images.

A+

 

 

 

28/09/2015

Jazz Station. Ten Years After.

Ils aiment à le répéter : « La Jazz Station n’est pas un club de jazz, c’est un lieu de jazz !! ».

Il faut dire que la Jazz Station était, au début, destinée à devenir un endroit de rencontres et d’archivage du jazz belge. Ce projet, initié par Jean Demannez, le très actif bourgmestre de Saint-Josse-Ten-Noode de l’époque, a quelque peu dévié de sa trajectoire – pour notre grand plaisir – et est devenu un lieu incontournable de concerts de jazz. En dix ans, il s’en est passé des choses ! Et ce n’est pas fini, puisqu’on nous annonce Magic Malik, Full Moon Orchestra, Marc Lelangue, Sofia Ribeiro, Tutu Puoane & Tineke Postma, Airelle Besson, Aka Moon, Roberto Negro, le Jazz Station Big Band, et beaucoup d’autres encore (Philip Catherine est déjà passé le 19 pour ouvrir la saison.)

jazz station,yannick careyn,kostia pace,aka moon,magic malik,airelle besson,philip catherien,jean demannez,nicolas renard

Mercredi 30 septembre, la Jazz Station fêtera officiellement ses dix ans.

L’occasion était trop belle pour demander à Yannick Carreyn (l’ancien) et Kostia Pace (le nouveau) de répondre à… 10 questions.

Où étiez-vous et que faisiez-vous, il y a 10 ans ?

Yannick : Il y a 10 ans, je suis rentré dans un superbe bâtiment, la Jazz Station en l’occurrence, et j’ai pu constater immédiatement que ce bel écrin n’était qu’une boîte vide, une belle boîte, mais vide. La Maison du Jazz ne possédait aucune archive, aucun document, aucune collection qui pouvait justifier la volonté des initiateurs d’en faire un outil muséal à l’instar de la Maison du Jazz de Liège. Rien, nada ! Cela aurait tout aussi bien pu être une Maison du Rock, ou de la dentelle. J’avais préparé avec Jean-Marie Hacquier et Nicolas Renard (le premier directeur) l’inauguration de la Jazz Station et ce durant 3 mois. La fête fut grandiose mais une fois passée, il ne restait que le bâtiment qu’il fallait exploiter avec un bar, une belle salle, du matériel d’amplification et d’éclairage et de nos envies ! Il y a 10 ans, Nicolas et moi avons donc commencé l’aventure Jazz Station !

Kostia : Moi, j’étais en France, à Besançon, j’avais quinze ans, et je commençais tout juste le lycée… Oui, oui, je suis encore un bébé.

 

Comment se passe une journée type à la jazz station ?

Yannick : Difficile de répondre à cette question, il n’y a pas de journée type ou bien alors chaque journée est une journée type différente de la précédente… mais bon ! En gros, chacun consulte ses emails, et y répond si besoin est. Ensuite, petites discussions informelles afin de cerner les urgences.

Kosta : On arrive à 11h, on se dit bonjour dans la bonne humeur (c’est le plus important). En général, nous avons une ou deux répétitions, donc il faut veiller à ce que le lieu soit accueillant.

Yannick : Nettoyer la salle, si le nettoyeur n’est pas venu (ce qui arrive), puis le nettoyage de la scène, rangement du matériel et la mise en place de la salle. Rediscussions informelles orientées programmation, ce qu’on a écouté, ce qu’on voudrait, ce que l’on ne veut pas. Réalisation du dépliant pour le mois suivant, mise à jour du site. Répondre au téléphone (non monsieur, il n’y a pas de réservation pour le concert !). Accueil des musiciens pour le concert du soir, servir du café, rerépondre au téléphone (oui, rdv mardi prochain), faire le soundcheck, reregarder les mails, rerépondre. Puis vérifier si tout est ok pour le concert.

Kostia : On épluche les boîtes mails et les réseaux sociaux. On fait de l’administration, du secrétariat, de la compta, beaucoup de communication (communiqués de presse, brochures, réseaux sociaux). On travaille au bureau en écoutant de la musique, donc une petite partie de la programmation se fait aussi au fur et à mesure, au jour le jour, selon les coups de cœurs de l’équipe. Ensuite on répare ce qui doit être réparé, on fait un peu d’électricité, un peu de régie. Les musiciens arrivent en général vers 17h. Yannick s’occupe du soundcheck, moi des lumières.

Yannick : On prépare la caméra et la table pour l’enregistrement son. Puis c’est l’accueil du public, le concert, le bar, ensuite c’est le rangement de la salle après le concert… Et j’en oublie !!! Bref, tout ce qu’il faut faire en background pour que tout le monde soit content et heureux d’avoir passé une bonne soirée. Et tout cela sans donner l’impression que tout un travail est effectué à longueur de journée. Simplement pour donner du plaisir !

Kostia : Je prends aussi des photos quand j’en ai le temps. Je prépare les caisses, les fiches SABAM, j’installe la billetterie. Je fais souvent les entrées, Yannick le son, et on a une ou deux barmaids selon les concerts. Une fois que la billetterie est close, je passe au bar. A la fin du concert, on boit un verre avec les musiciens ou le public restant, on range la salle, on ferme le bar. On finit vers minuit, une heure du matin. Après… on dort.

 

Quels sont les critères pour pouvoir jouer à la Jazz Station et quel style de jazz défendez-vous?

Yannick : Nous avons toujours voulu des concerts de haute tenue, des concerts imprégnés de professionnalisme. Mais, les critères sont multiples ! Nous visons plutôt la scène du jazz actuel, le jazz moderne (je sais cela ne veut pas dire grand-chose). Cette scène est multiple et peut aller jusqu’au jazz d’avant-garde et le terme « swing » n’est pas notre principal soucis. En cela, Kostia et moi sommes plutôt complémentaires, il « privilégie » d’abord ce qu’il aime, ce qu’il le touche. Je privilégie d’abord la qualité du projet. Il a une écoute globale et moi j’ai plutôt une écoute sélective. J’entends chaque musicien indépendamment. Et je discerne s’ils sont bons ou pas… techniquement… si ça joue ! C’est d’ailleurs un peu dommage. J’aimerais bien parfois avoir d’abord une écoute globale… mais bon. C’est évidemment très simpliste et le réalité est plus floue. Mais je généralise. Cela dit, c’est en cela que nous sommes complémentaires et que nous pouvons alors confronter nos impressions. Et nous arrivons toujours à nous entendre !

Kostia : C’est difficile de donner un critère précis de sélection, étant donné que l’on cherche souvent à faire découvrir ce que l’on a eu comme coups de cœur. Mais il y a avant tout un critère de « qualité ». Notre lieu est un haut lieu du jazz, réputé pour sa programmation rigoureuse, et les groupes que l’on invite proposent à chaque fois l’excellence. Certains spectateurs habitués viennent même sans savoir ce qui se joue le soir même !

Yannick : Un des critères est aussi la nouveauté, ce que le projet apporte de neuf dans le paysage musical. Cela ne m’intéresse pas de programmer cinq fois dans l’année le même projet, même s’il est excellent. Nous nous mettons aussi à la place du public, et nous nous demandons si le projet ne va pas les ennuyer.

Kostia : Si l’on doit faire un aperçu général de notre programmation, disons que nous sommes ancrés dans un jazz d’avant-garde. Mais c’est aussi que le jazz belge actuel est un jazz d’avant-garde, jeune et dynamique. C’est ce que l’on veut montrer. Chaque saison, on essaie de poser cette question : Qu’est-ce que le Jazz aujourd’hui, en Belgique et ailleurs ? Enfin, nous sommes très complémentaires avec Yannick. Je m’interroge toujours : est-ce que je voudrais payer 10 euros pour voir ce groupe ? Est-ce que je tiendrais deux heures ? Ce groupe me fait-il voyager ? J’ai davantage un point de vue de spectateur que de technicien. Pour moi, un groupe doit me raconter une histoire. Si ce n’est pas le cas, si je ne comprends pas la musique que j’écoute, je suis souvent réticent. Je défends un jazz généreux, et surtout ouvert.

jazz station,yannick careyn,kostia pace,aka moon,magic malik,airelle besson,philip catherien,jean demannez,nicolas renard

Comment avez-vous concocté les concerts « spécial 10 ans » ? Pourquoi ce programme et ces musiciens ?

Yannick : Je pense que l’on peut envisager 3 axes de réflexion qui nous ont guidés pour la programmation. D’abord, c’est la fête donc il allait qu’on s’amuse. C’est le cas de la soirée du 30 octobre qui rassemblera, je l’espère, beaucoup de musiciens qui ont fait la Jazz Station, dans une belle jam-session avec un drink et une exposition. Comme des potes qui se retrouvent ensemble… au même moment pour une fois !

Kostia : Nous avions envie de surprendre les gens. De leur dire : nous sommes un lieu vivant, géré par des êtres vivants. Et que donc, nous pouvons changer, évoluer, surprendre. Montrer que nous avons dix ans, certes, mais que dix ans c’est l’âge de l’enfance, des découvertes, de la liberté. Nous voulions aussi montrer que dans dix ans, le jazz sera encore là.

Yannick : C’est le même état d’esprit qui nous anime d’ailleurs pour la « Groove Party » du vendredi. Une belle soirée dansante ! Ensuite, il y a notre volonté de montré que le jazz n’est pas figé dans un genre qui est ce que certains pense comme étant… LE Jazz. Le jazz est multiple et, actuellement, il est transversal. Il s’accapare les « autres genres » et évolue sans cesse avec la musique électronique, le folk, le blues, le rock, la pop, les musiques urbaines et même la musique classique ou d’avant-garde. C’est ce que nous allons montrer tout au long de cette 10ème année.

Kostia : Nous avons voulu exploser les frontières de notre programmation, en proposant dix concerts pendant dix mois, qui font flirter le Jazz avec d’autres univers. Que ce soit de Roberto Negro à Sofia Ribeiro, en passant par Magic Malik, Tutu Puoane, ou encore Marc Lelangue.  Autour de ces dix concerts, nous avons aussi voulu programmer des musiciens emblématiques du jazz Belge : Philip Catherine en ouverture, et nous aurons aussi Aka Moon en 2016.

 

Quels ont été les dix concerts qui ont le mieux marché (en terme d'affluence) ? Pour quelles raisons, à votre avis ?

En termes d’affluence, nous avons eu une saison vraiment excellente l’an passé. Les quatre concerts qui ont le mieux marché sont sans surprise ceux du River Jazz Festival (Tricycle, Philippe Aerts, Peter Hertmans et Manu Hermia), le festival que nous avons créé en 2015 avec le Marni et le Senghor. Ensuite, il ya aussi nos concerts de gala, vers Noël, avec David Linx en quartet ou Tutu Puoane en sextet, l’an dernier. Enfin, les cinq semaines pour les 20 ans d’Aka Moon en 2012 ont été aussi remplies chaque soir. Il y a aussi quelques concerts ponctuels qui marchent très bien, ce qui est souvent  dû au répertoire des musiciens : Michel Mainil et son projet autour de Miles Davis, par exemple.

 

Quel événement vous a-t-il le plus marqué ?

Yannick : Perso, c’est une exposition fabuleuse qui s’est déroulée en novembre 2009 et qui rassemblait un forgeron/sculpteur – Daniel Dutillieux (c’est lui qui a réalisé tous les travaux métallique de la Jazz Station) qui présentait ses sculptures musicales dans la jazz station. Il y avait même une vraie fontaine en fer forgé et « in the same time » Christian Soete avec ses représentations artistiques de vibrations musicales. Fabuleux ! Je pourrais citer aussi l’exposition de Jean Claude Salemi qui, en outre d’être un dessinateur exceptionnel, nous offert en février 2015 un concert soldout en guise de vernissage avec lui-même à la guitare… Un concert à la Django Reinhardt - avec que des compos originales - enregistré par « votre serviteur » et immortalisé par la réalisation d’un CD.

Kostia : L’exposition de Jean-Claude Salemi l’an dernier était incroyable ! L’espace de la Jazz Station était rempli des ses œuvres, croquis, pliages, affiches, et petits objets. C’était une très belle exposition, très vivante et foisonnante. Et elle a amené de très nombreux visiteurs !

jazz station,yannick careyn,kostia pace,aka moon,magic malik,airelle besson,philip catherien,jean demannez,nicolas renard

Quel a été le plus beau souvenir jazz depuis que vous êtes à la jazz station? (Pas uniquement musical. Cela peut-être des rapports humains, une rencontre, une anecdote)

Yannick : De prime abord, il y a tellement de chose à répondre à cette question, mais ce qui m’a marqué et me marque encore chaque jour, chaque semaine c’est le rapport que nous avons créé avec les musiciens. C’est le musicien qui me remercie de l’accueil, des conditions du concert et le fait qu’il soit heureux d’être là. C’est le public qui quitte la Jazz Station avec un grand sourire en me remerciant. C’est la qualité d’écoute de ce même public. C’est la petite équipe de bénévoles qui va dans le même sens, sans autre intérêt que celui de la Jazz Station. C’est la rencontre entre un vieux bouc, râleur, qui n’aime soi-disant pas les chanteuses et qui a toujours 20 ans dans sa tête, et un jeune garçon enthousiaste, réfléchi, avec qui j’ai l’impression de former un réel binôme. Et une anecdote si tu veux, la première qui me vient à l’esprit… il y a en a tant ! C’est le directeur d’un Hôtel près de la Jazz Station qui arrive chez nous avec les musiciens qui y étaient hébergés et qui jouaient le soir même. Il ne voulait pas qu’ils se perdent. Alors il les a conduit lui-même. Les musiciens canadiens étaient abasourdis. Ils ne comprenaient pas !

Kostia : Je crois que ce n’est pas un souvenir précis que j’ai eu, mais le souvenir que j’aurai plus tard de ce lieu qui me marque profondément. Ce sont les sourires des spectateurs qui nous remercient de leur avoir fait découvrir un groupe, le fait de manger aux côtés des plus grands noms du jazz belge, de discuter avec eux de tout et de rien, de blaguer, et puis de les retrouver transcendés sur scène. Les rapports humains sont extrêmement forts ici. C’est ce qui fait le cœur de ce lieu, son âme. Ma première rencontre avec Philip Catherine est, je crois, celle qui représente le mieux cet esprit.

 

Quels sont les jazzmen que vous aimeriez accueillir (sans tenir compte du budget... Mais en restant raisonnable quand même)... ?

Yannick : Je ne vais pas être raisonnable pour mon 1er choix… J’aimerais bien avoir Cecil Mc Lorin Salvant… non pas parce qu’elle est très mode en ce moment. Je pense que je la connaissais déjà avant beaucoup d’autres mais parce que j’aime les chanteuses, enfin celles-là. Celles qui ont du « Sarah Vaughan » dans l’âme tout en étant ancrées dans le présent. Il y a aussi Eric Légnini… mais cela va se faire ! Et puis, Esperanza Spalding en solo, Snarky Puppy ou son claviériste Cory Henry. Et puis… Mais, qu’est ce qui est raisonnable !?

Kostia : Et bien… Cécile McLorin Salvant, Esperanza Spalding, Ibrahim Maalouf, pour les plus récents. J’adorerai pouvoir inviter des musiciens comme Richard Bona, Dave Holland, Michael League et Cory Henry (voire tout  Snarky Puppy, en fait), entre autres. Mais nous y travaillons ! Et nous avons aussi quelques autres idées que nous gardons au chaud pour la fin de la saison…

 

Si vous pouviez changer une chose – pour améliorer encore la Jazz Station – quelle serait-elle ?

Yannick : Dans l’immédiat, les moyens de la Jazz Station sont très limités, l’amélioration des choses est donc plutôt difficile. Néanmoins, j’aimerais qu’on puisse aménager une salle (la salle verte en l’occurrence) en une salle lounge/de relaxation où les gens pourraient se poser simplement en écoutant du jazz de leur choix et bouquiner des revues ou des livres sur le jazz (un salon d’écoute quoi !). J’aimerais aussi que l’on puisse proposer aux internautes les concerts de la Jazz Station en streaming ! J’aimerais que les gens puissent acheter à La Jazz Station tout ce qui se fait en Jazz en Belgique (la production discographique en somme !) ou même la louer, en partenariat avec la médiathèque par exemple (pardon, « Point rencontre »). Et puis, il y a aussi l’espace qui commence à vieillir…

Kostia : Il serait génial de pouvoir augmenter un peu le cachet des musiciens, car c’est très dur pour nous de ne pas pouvoir leur offrir plus qu’actuellement. Nous aimerions aussi arranger un peu la Jazz Station, la redécorer, lui offrir une salle d’écoute, un système de captation pour les concerts. La rendre encore plus vivante, somme toute. Mais nous manquons vraiment de moyens, donc pour l’instant ces idées sont sur pause !

 

 

Où serez-vous et à quoi ressemblera la Jazz Station dans 10 ans ?

Yannick : J’espère simplement être encore de l’aventure ! Et que l’esprit que j’ai pu insuffler dans cet espace sera gardé (pour une fois, je laisse ma modestie de côté!) J’espère que la Jazz Station sera encore et toujours ce centre VIVANT du Jazz et que les autorités auront enfin compris que la Jazz Station n’est PAS un CLUB DE JAZZ mais un espace de création, un espace de vie, bref, un espace culturel important

Kostia : Dans 10 ans, j’espère être encore là ! La Jazz Station aura 20 ans, elle sera jeune adulte et continuera à être un lieu accueillant, dynamique, et à l’écoute des besoins des musiciens. Ou alors ce sera peut-être devenu le temple du punk rock. Qui sait ! Mais l’esprit ne changera pas.

 

Happy birthday, Jazz Station !

 

A+

 

 

 

 

 

18/09/2015

Saint-Jazz-Ten-Noode 30 ans ! L'interview

Saint-Jazz-Ten-Noode fête ses 30 ans cette année !

Voilà qui mériterait bien un bon gros gâteau d’anniversaire !! … Ha non, Dimitri Demannez n’aime pas ça. Il préfère un bon gros plateau de bonnes musiques. Alors, avec Fanny De Marco, ils nous ont concocté une affiche plutôt appétissante.

On regarde ce qu'il y a au menu des trois jours (24, 25 et 26 septembre) avec Dimitri et Fanny ?

saint-jazz-ten-noode,saint jazz ten noode,andre ceccarelli

Saint Jazz-Ten-Noode, c’était comment, il y a trente ans ?

Le festival a débuté sur une idée de mon père, Jean Demannez. Il a mis ça sur pied avec quelques amis, dont Pol Lenders, le célèbre patron du Pol’s Jazz Club. Celui-ci avait déjà essayé de faire un festival sur la Place Fernand Cocq, en face de son fameux Bierodrome, mais ça n’a pas trop bien marché. Comme il cherchait un autre lieu, mon père lui a proposé la place St-Josse.

Sous chapiteau ?

Au départ c’était un tout petit podium, en plein air. Mais, dès la deuxième année, ils ont pris une drache formidable et ils ont décidé de faire les éditions suivantes sous tente. Ce qui n’était pas toujours évident pour l’acoustique, mais le public était évidemment enchanté. Il y avait un côté très populaire, c’était la grande fiesta et c’était gratuit.

Mais cela a évolué au fil des années. Il y a eu différents lieux, il y a même eu une édition sur la Place Rogier.

Oui, c’était pour les vingt ans. C’était un plus gros podium qui était impossible à monter sur la place à St-Josse. On avait vu plus large cette année-là, pour marquer le coup. On avait invité Michel Jonasz, par exemple, mais aussi Thomas Dutronc, qui débutait à l’époque. Puis, on est revenu sur la place St-Josse. Mais cela a, en effet, un peu bougé. Quand la Jazz Station s’est créée, on a pris l’habitude d’organiser un concert là-bas. Par la suite, on a décidé de terminer le festival par des concerts à l’Orangerie du Botanique. Il y a trois ans, après les élections, cela est devenu un peu plus compliqué de collaborer avec la commune. Nous avions deux choix : soit arrêter, soit changer la formule. On a proposé au Botanique de collaborer ensemble. Ils étaient ravis d’accueillir du jazz, car cela diversifiait un peu leur offre plutôt centrée sur le rock, la pop ou la chanson française. Et puis là, au moins, on est libre.

Vous avez vu des évolutions, côté public ? Le festival draine-il de plus en plus de monde ?

C’est difficile à dire car au début c’était sous chapiteau et ouvert à tout le monde. Difficile de comptabiliser cela. Mais il y a toujours eu beaucoup de monde. Même depuis que la formule est devenue payante. Mais il faut dire que c’est franchement démocratique : entre 6 et 10 euros pour des têtes d’affiches comme celles que nous présentons, c’est cadeau.

saint-jazz-ten-noode,saint jazz ten noode,andre ceccarelli

©Jean-Louis Neveu

 

Parlons de la programmation justement. Y a t-il un fil rouge ? Y avait-il une envie d’inviter les groupes qui ont marqués les éditions précédentes par exemple ? Faire un hommage, retrouver un peu de nostalgie ?

Au départ, nous étions parti dans cette optique. Mais il y avait des artistes que j’avais envie de programmer et qui n’étaient jamais venus, comme Dédé Ceccarelli, que je voulais inviter depuis longtemps, par exemple. Alors, on a un peu mélangé les artistes, en tentant de faire une chouette programmation qui tienne la route. Et on a cherché un thème par soirée. Le premier soir, le jeudi 24 à la Jazz Station, on a rassemblé des guitaristes. Il y a d’abord Lorenzo Di Maio, qui présente son tout nouveau projet personnel avec Jean-Paul Estiévenart, Nicola Andrioli, Cédric Raymond et Antoine Pierre. On est très heureux d’avoir l’exclusivité de cette première. Ensuite, il y a Hervé Samb qui présente son projet avec Reggie Washington, Olivier Temine et Sonny Troupé. Ce n’est pas rien ! Le vendredi 25, au Bota, on propose une soirée plus “jazz”, entre guillemets et le samedi 26, toujours au Bota, une soirée plus “groove”. Et cela se termine au Bravo pour une jam finale !

On passe en revue le menu de vendredi ?

Oui. Fabrice Alleman, qui n’était jamais venu au festival, lui non plus, et que l’on espérait depuis longtemps, viendra avec son quintette présenter Obviously, superbe album sorti en 2013 déjà, chez Igloo. Ensuite, il y aura Toine Thys en trio avec Antoine Pierre et Arno Krijger.

Et puis, ce jour-là il y a André Ceccarelli !

Que je voulais le programmer depuis longtemps. De plus, au studio-école de batterie dans lequel je travaille, l’un des profs ne cessait de me répéter que je devais absolument l’inviter. C’est d’ailleurs lui qui m’a donné les coordonnées d’André. J’ai donc appelé le batteur français en pensant devoir passer par des manager et, en fait, André est un type tellement simple, accessible et enthousiaste, que tout s’est arrangé très vite et très simplement. Il viendra avec Baptiste Trotignon et Thomas Barmerie ! Il n’a pas souvent l’occasion de venir jouer à Bruxelles. En plus, il a décidé de jouer un peu moins souvent en général, c’est pourquoi je suis vraiment très content et très fier qu’il vienne chez nous !

saint-jazz-ten-noode,saint jazz ten noode,andre ceccarelli

©kwestion.be

 

Le samedi est donc plus accès groove et jazz fusion.

Il y a d’abord Brzzvl qui était venu il y a trois ou quatre ans et qui avait cartonné. Et cette fois-ci, ils reviennent avec Anthony Joseph. Ça va être terrible pour démarrer la soirée.

Oui, je les avais vu dernièrement à l’Epaulé Jeté, sans Anthony Joseph, et c’était vraiment costaud. De plus, l’album « Engines » est vraiment excellent. Revenons à la programmation de samedi, il y a Ourim Tourim, que je ne connais absolument pas.

Ça c’est le groupe que les gens vont découvrir ! Ce sera une belle surprise, je pense. Ils sont six et pratiquent un afro-jazz un peu soul. Je connaissais le bassiste Clive Govingen, qui a participé à certaines jams ici à Bruxelles et qui était déjà venu au Saint Jazz avec Jerry Leonid et Boris Tchango. Ourim Toumim est un tout nouveau groupe et nous sommes très emballé de le présenter cette année chez nous.

Puis Nicolas Kummert vient en quartette.

Il vient avec un projet inédit. C’est lui qui nous à proposé cette formule et on n’a pas longtemps hésité quand il nous a dit que c’était avec Nic Thys, Karl Jannuska et Lionel Loueke ! C’est quand même un guitariste très en vue à New York, et dans le monde entier d’ailleurs. Il joue régulièrement avec Herbie Hancock, Terence Blanchard, Gretchen Parlato, Avishai Cohen, Jef Ballard ou Robert Glasper... Ça va être fabuleux, j’en suis sûr !

saint-jazz-ten-noode,saint jazz ten noode,andre ceccarelli

©nc

 

Et pour finir : Da Romeo. Et là on ne sait pas à quelle heure ça va se terminer !

On a un timing à respecter, même si ça risque de déborder, car il y a la jam finale au Bravo… et là, ça risque de se terminer très tard. Ou très tôt le matin, c’est selon. Donc, Da Romeo sera là avec Eric Legnini, Julien Tassin, Alex Tassel, Christophe Panzani et Arnaud Renaville. Ça va cogner. Et puis, pendant toute la durée du festival, le vendredi et samedi au Bota, il y aura la bourse aux disques qui sera accessible tout le temps, contrairement aux autres années où l’horaire était limité.

 

 

Voilà une superbe affiche de concerts évènements, qui mélange nouveaux projets et talents plus que confirmés.

C’est mieux qu’un gâteau, non ?

 

A+

25/01/2015

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq à la Jazz Station

Samedi 24 janvier, grand final du premier River Jazz Festival organisé par le Marni, la Jazz Station et le Senghor. Et quel final !

Manu Hermia avait reçu une carte blanche qui relevait plutôt du challenge puisqu'il donnait rendez-vous au public à 18h à la Jazz Station, avec Sylvain Darrifourcq et Valentin Ceccaldi, puis à 20h au Senghor avec son projet Belgituroc et, pour finir, à 22h au Théâtre Marni, avec Manolo Cabras et Joao Lobo! Bref, un marathon à lui tout seul.

jazz station,manu hermia,sylvain darrifourcq,valentin caccaldi,river jazz

Le River Jazz peut s'enorgueillir d'un succès plus que réjouissant : chacun des concerts étant pratiquement tous sold out ! Une façon comme une autre de prouver à certains que la culture intéresse les gens et qu'elle est indispensable à l'épanouissement de tous.
Il est certain aussi que, vu l'engouement du public et des jazzmen, la formule (originale et pointue) sera renouvelée. Tant mieux car, malgré les nombreuses dates proposées, je n'ai pu assister qu'à un seul concert (quelle honte!), celui de Hermia, Ceccaldi et Darrifourcq à la Jazz Station.

J'avais déjà vu le trio en concert au Studio Grez, et j’en avais parlé ici. Un disque devrait sortir sous peu (chez Babel Label), et on l’attend avec impatience car la musique en vaut vraiment la peine.

Comme le dit Manu en introduction, la musique proposée par les trois compères tient bien sûr du jazz - au sens large dans la mesure où les frontières ont été habilement effacées – mais aussi de la poésie, qui oscille entre Verlaine et Bukowski.

jazz station,manu hermia,sylvain darrifourcq,valentin caccaldi,river jazz

L’humour n’est pas étranger non plus au projet. Sous son titre amusant, «On a brûlé la tarte» est une lente progression intense et puissante qui nous pousse à nous interroger sur le monde, la vitesse, les relations, les gens.
Ceccaldi fait grogner gravement son violoncelle (l’école Joëlle Léandre n'est pas loin), Darrifourcq fait claquer ses fûts avec une fougue grandissante, dans une gestuelle rythmique précise et souvent asymétrique, tandis qu' Hermia arrache les notes à son ténor. Il passe de la souplesse à la rage avec un sens inné du discours.

Certains morceaux sont plus «mystérieux», repliés sur eux-mêmes, plus profonds. Le batteur mélange sa frappe à d'étranges bidouillages electro. C’est subtil et fin. Le moindre petit cliquetis, le feulement d’une brosse à vaisselle (!) sur les peaux ou le craquement de l’instrument sont amplifiés, retravaillés, rythmés. On voyage en apesanteur, dans un espace étrange et halluciné.

«Les flics de la police» (ici aussi, l’humour n'est pas sans réflexion) est basé sur un tempo hypnotique, haletant, post-industriel, imposé par Darrifourcq (qui signe aussi la compo). Ça claque sec. Très sec, même. Et c’est imparable.

jazz station,manu hermia,sylvain darrifourcq,valentin caccaldi,river jazz

«Hô-Chi-Minh» (de Hermia) se penche avec beaucoup d’affliction, de tristesse et de recueillement sur les horreurs de la guerre du Vietnam. Le violoncelle est lourd de larmes et de désespoirs. La musique évoque un peu l’esprit de Messiaen. Puis la révolte monte, de façon irrépressible, et se termine en un véritable cri de rage. Ceccaldi est aussi précis que fougueux et sa musicalité est toujours étonnante. Le crin de son archet en prend un coup ! Quant au travail de Darrifourcq, encore lui, il n'est pas sans rappeler la musique concrète d'un Schaeffer : il s’aide de sonnettes, de réveils, de cintre, de couvercles de casseroles et d’effets électro pour créer un univers singulier. Et le bruit devient peu à peu mélodie, surtout quand Ceccaldi s'immisce imperceptiblement dans ce capharnaüm sonore hyper maitrisé.

Oui, la musique du trio va bien au-delà du jazz. Elle est tantôt ultra contemporaine, tantôt abstraite, tantôt brutale, tantôt apaisante. Parfois rock, parfois punk. Elle ne se fixe aucune limite. Elle nous surprend tout le temps, elle est imprévisible et nous emmène dans un sacré voyage qui ne laisse vraiment pas indifférent.

Quand on pense qu’après tout ça, Manu Hermia doit remballer son matériel, courir jusqu’au Senghor et jouer tout à fait autre chose, puis, de là, foncer au Marni pour remettre le couvert avec son autre trio, on se dit qu’il faut être fou… mais surtout bien dans sa tête. Et pour ça, pas de problème, on peut lui faire confiance à Manu.

Chapeau, man !

 

 

 

A+

 

 

 

22/02/2014

Pascal Schumacher et Sylvain Rifflet à la Jazz Station

Voilà bien longtemps que je n’avais plus entendu ni vu Pascal Schumacher en concert.

Ce soir de St Valentin, mais surtout dans le cadre des Luxemburg Jazz Nights organisées par la Jazz Station, il présentait son duo avec le saxophoniste et clarinettiste français Sylvain Rifflet.

jazz station,sylvain rifflet,pascal schumacher

Sylvain Riflet tient une place particulière dans le panorama français du jazz (on peut lire son interview, ici, sur Citizen Jazz). Adepte d’une certaine musique répétitive et chercheur infatigable du contrepoint (il travaille, entre autres, sur la musique de Moondog), son association avec le vibraphoniste luxembourgeois avait de quoi intriguer.

Et on ne fut pas déçu.

Le premier morceau démarre comme une longue envolée, lente, légère, onctueuse et sensuelle. On imagine une brise tournoyante entrainant dans son sillage une fine poudre de sable ou de poussière. Schumacher fait scintiller les sons, joue avec la réverbération et l’espace. Rifflet fait claquer la langue sur l’anche, il frappe les clés de son ténor et ses notes sont percutées plutôt que soufflées. L’effet est particulier.

jazz station,sylvain rifflet,pascal schumacher

Pascal Schumacher explore, lui aussi, les sons. La frappe est vive et rebondissante. Les phrases sont courtes et évolutives. Il joue beaucoup avec la pédale pour moduler au mieux les ambiances et les résonances. Tout est assez aérien et, en même temps, très minéral. C’est un mélange percussif d’une étrange beauté.

«C≠D» explore avec subtilité le vertige des intervalles. «Bad Memory» flirte avec la nostalgie et, à la clarinette, Rifflet marque un peu plus encore les nuances entre le râle légèrement abrasif et la luminosité pure. Un autre morceau possède de petites réminiscences de chansons italiennes et joue l’alternance de moments légers et dansants avec d’autres, beaucoup plus sombres.

jazz station,sylvain rifflet,pascal schumacher

Sur «Electronic Fire Gun», il est encore plus évident que le saxophoniste français ne cherche pas le «beau son» mais le refuse presque. Il préfère l’authenticité du propos. Alors il fait siffler l’anche, laisse trainer quelques impureté dans le souffle, salit un peu plus encore les accords. Bref, l’accent est mis sur la sincérité du discours pour le rendre toujours plus interpellant. Les deux musiciens se complètent parfaitement et laissent s’exprimer la personnalité de chacun avec beaucoup d’intelligence et de respect.

Rarement le duo ne prête le flanc à la démonstration mais bâtit sa musique sur les propositions de l’un ou de l’autre. Un vrai dialogue existe, à la fois très construit et ultra libre.

Alors, malgré l’aridité que l’on aurait pu craindre d’un tel projet, le duo magnétise. L’écriture ciselée, les variations subtiles, les harmonies délicates ou les rythmes fluctuants rendent cette musique captivante.

Elle peut être à la fois joyeuse et triste, complexe et simple, mais elle raconte toujours quelque chose. Et c’est cela, sans doute, l’un de ses secrets.

Voilà un projet original et très intéressant qui, espérons-le, n’est qu’au début d’une fructueuse collaboration.

 

FESTIVAL JAZZ CAMPUS 2013 - Duo Sylvain RIFFLET / Pascal SCHUMACHER - extrait concert from Maurice Salaün on Vimeo.

 

 

A+

 

15/12/2013

La Scala - Jazz Station

Ce qui est bien avec les «invitations au jazz hors frontières» de la Jazz Station c’est que plus ça va plus ça explore. En ouvrant la scène régulièrement au jazz allemand, canadien, hollandais, luxembourgeois et autres, le «club» propose souvent des choses de plus en plus étonnantes. (Le Pelzer à Liège tend un peu vers ça aussi, dernièrement… On ne peut qu'encourager ces initiatives).

OO1.jpg

Ce vendredi 13 - quelle chance ! - c’est La Scala qui était sur scène pour représenter la France (la veille, il y avait eu Anne Quillier et le lendemain EGO système).

Groupe atypique (un violoncelle, un violon, un piano et une batterie), La Scala est né il y a près de deux ans à la suite d’un commande pour un  spectacle de théâtre. Ses membres ne sont (presque) plus à présenter puisqu’on retrouve les frères Ceccaldi - Théo (violon) et Valentin (violoncelle) - (croisé chez Walabix, Marcel et Solange, Méderic Collignon, Manu Hermia, l’ONJ d’Olivier Benoit), Roberto Negro (p) (entendu avec son propre trio ou aux côtés de Luis Vincente ou David Enhco – en janvier au Winter Jazz Festival) et  Adrien Chennebault (dm) (lui aussi chez Walabix et dans le trio de Roberto Negro).

Le jazz de La Scala est principalement basé sur l’improvisation et la musique très contemporaine.

La musique rappelle parfois plus Schönberg et Stockhausen que nos amis Parker et Gillespie. Pourtant, un ou deux morceaux prêtent un peu (un tout petit peu) le flanc au swing. Certes, il est plus évoqué que flagrant. Mais n’ayez crainte, l’intelligence, l’humour et l’énergie de nos quatre gaillards rend tout cela plutôt accessible.

002.jpg

Il est certain que la configuration et la mise en avant des cordes donnent une couleur toute particulière au groupe.

Sur scène, les quatre musiciens sont hyper concentrés. Les yeux fermés, extrêmement attentifs à la musique de chacun, ils sont tous plongés dans un univers commun.

Avec eux, on navigue entre tourments intériorisés et démence festives et débridées.

Roberto Negro (auteur de la plupart des compositions) aime les phrases très courtes et resserrées. L’articulation est vive et le jeu très percussif (dans l’esprit des Matthew Shipp et consorts). Ses faux ostinati répondent - ou rivalisent – au jeu très heurté de Chennebault. Le batteur a la frappe sèche et tranchante. Ses baguettes et mailloches rebondissent sur toutes les parties de l’instrument, avec précision et justesse.

Au-delà d’une recherche harmonique complexe, le groupe travaille aussi le son. Celui-ci est en perpétuel mouvement et en incessantes transformations provoquant indéniablement les émotions.

Il y a de la finesse dans la recherche sonore. On fait chanter le moindre élément. L’archet se déchiquète d’abord sur les cordes du violon pour le faire crier, puis les frôle et les caresse - à rebrousse-poil - pour les faire miauler. Le violon se joue aussi parfois comme une guitare presque rock. Les cordes du piano sont frappées à l’intérieur, carillonnées, altérées ou étouffées… Les instruments sont sans cesse détournés.

003.jpg

Tout s’ouvre, respire et vit. Et toutes ces impros démentes finissent toujours par retomber pile-poil sur un motif simple et limpide, comme si l’on voulait nous remettre sur le droit chemin.

Le quartette progresse souvent dans la délicatesse et le dépouillement avant d’assener les coups et terminer en une implosion violente («Zapoï», par exemple). Ou bien il fait évoluer lentement mais intensément une pâte sonore à la manière d’un pseudo blues («Dodici»).

004.jpg

Si la musique demande autant d’attention que d’énergie (tant de la part des musiciens que des auditeurs), elle est très évocatrice et le spectacle se retrouve aussi sur scène. Une fois lancés, il faut voir les quatre artistes se démener, se débattre, tenter de se délivrer de chaînes invisibles et de rentrer corps et âme dans les rythmes et la transe. Si elle est cérébrale, la musique parle tout autant à l’esprit qu’aux viscères.

Alors, La Scala nous laisse deux choix : soit on s’enfuit, soit on est épris. Mais la tension est tellement puissante et attractive, et le relâchement tellement apaisant, que l’on ne peut que succomber.

La Scala fait éclater les barrières. S’il y a du jazz chez eux, il est assurément dans l’improvisation, dans le lâcher prise et dans cette constante fuite en avant vers l’inconnu.

Singulier, déconcertant parfois, osé… salutaire. Ce jazz-là existe et c’est tant mieux.



A+

 

 

 

03/06/2013

Yves Peeters Group - Jazz Station


La musique du Yves Peeters Group est très imagée. Pas étonnant que son album (sorti chez De Werf l’année dernière) s’appelle «All You See». D’ailleurs, le projet est parfois augmenté (quand la salle le permet) de projections vidéos.

jazz station,yves peeters,frederik leroux,nic thys,jereon van herzeele,nicolas kummert

Ce samedi 1 juin, à la Jazz Station, nous n’aurons que le son. Les images, nous les fabriquerons dans la tête. Mais puisque je vous dis que la musique est très évocatrice…

Alors, derrière sa batterie, Yves Peeters nous ouvre son album photo. Ou plutôt son carnet de voyage.

Il y a d’abord un parfum d’Afrique qui en émane, comme pour réaffirmer la source du blues et du jazz. «Look There Is Alive» plante rapidement le décor.

Là où, sur l’album, Nicolas Kummert (absent aujourd’hui) joue au serpent ondulant - glissant et insaisissable - Jereon Van Herzeele (ts, ss) (qui le remplace) joue au singe agile - nerveux et batailleur - qui saute de branches en branches en poussant des cris stridents.

jazz station,yves peeters,frederik leroux,nic thys,jereon van herzeele,nicolas kummert

La machine est lancée, «Try To Stop Us» fonce à 100 à l’heure. Frederik Leroux (eg) enchaîne les riffs, tendance rock du bayou. Yves Peeters fait claquer sa batterie, comme pour briser les barrières et les frontières. Ferme. Résolu. Déterminé. Ça trace.

Mais le groupe ne laisse jamais de côté les sentiments, l’amitié, le souvenir : «Sad News» - ballade légèrement amère - se promène entre tristesse et espoir. Quelques sanglots perlent dans le chant du soprano de Van Herzeele, soutenu et rassuré par la basse électrique sinueuse et voluptueuse de Nic Thys.

jazz station,yves peeters,frederik leroux,nic thys,jereon van herzeele,nicolas kummert

Et le voyage continu avec «New Mexico», puis avec «Lifeline» qui évolue comme une danse tournoyante, comme une ronde infinie, comme une spirale ascendante ouverte aux improvisations galopantes. Nic Thys amorce, Leroux embraye et Van Herzeele conclut.

La musique du groupe respire les grands espaces et la lumière chaude. Elle fait référence au blues. Beaucoup. Clairement. Comme sur «Nightscape», une véritable perle ! Brulante d’intensité. Frederik Leroux fait transpirer sa guitare, le son est étiré, gras et sensuel. Jeroen Van Herzeele sonne presque comme Gene Ammons. Yves Peeters marque au fer rouge le tempo. Nicolas Thys enfonce le clou. Et le groupe va puiser plus profond encore, va creuser, va gratter pour atteindre les racines du blues.

jazz station,yves peeters,frederik leroux,nic thys,jereon van herzeele,nicolas kummert

La lumière, la chaleur, l’humanité et l’échange, voilà ce que recherchent Yves Peeters et son groupe. Avec «Hats And Bags», la critique est claire et nette. Il faut s’échapper de l’agressivité des shoppings et des temples presque inhumains de la surconsommation – évoqué par un jazz-rock bruyant et éclaté - pour retrouver le calme et la sérénité.

Alors, ensemble, ils rejoignent «Bamako». Là-bas, et malgré les difficultés, la fête, les amis et le bonheur sont plus forts que tout. La vraie vie, en quelque sorte.

On pourra revoir et réécouter les histoires du Yves Peeters Group lors du prochain Brosella le dimanche 14 juillet. Ou plus tard au 30CC à Leuven en septembre et à Evergem en octobre… avec les images, cette fois-ci.

N’hésitez pas. Vous allez voir ce que vous allez voir...


A+

 


10/02/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Dernière)

 

Pour en terminer avec les 20 ans d’Aka Moon, revenons sur les deux derniers concerts à la Jazz Station.

Le premier des deux avait lieu le 21 décembre et revisitait l’album avec les DJ’s.

jazz station,aka moon,michel hatzi,stephane galland,fabrizio cassol,guillaume peret,dj grazzhoppa,benoit delbecq

Pour l’occasion, le groupe a invité DJ Grazzhoppa, bien entendu, mais aussi Benoit Delbecq (keys) et Guillaume Perret, le nouvel enfant terrible du saxophone (trafiqué) français.

Le club a fait le plein, une fois de plus. Il n’y a plus une seule place libre.

Pas une minute à perdre. Benoit Delbecq derrière son ordi et son mini clavier, et Grazzhoppa derrière ses platines lancent un groove sourd et bourdonnant, empli de tonnerre et d’orage. Et bam! C’est parti. Puissance et énergie maximales, on ne fait pas dans le détail. Stéphane Galland entre aussitôt dans la danse, suivi par Michel Hatzigeorgiou et finalement par les deux saxophonistes.

jazz station,aka moon,michel hatzi,stephane galland,fabrizio cassol,guillaume peret,dj grazzhoppa,benoit delbecq

Ce qui est magnifique dans cette orgie de décibels et de beats insensés (hé oui, on est quand même loin d’un simple rythme binaire de boîtes de nuit), c’est que l’esprit musical d'Aka Moon reste totalement perceptible. Peu importe le traitement et la couleur qu’on lui impose, son langage musical est plus fort que tout. L’ADN du trio ne peut mentir.

Sans ne jamais rien perdre de leur intensité, les mélodies s’enchevêtrent sur des tempos soutenus et toujours mouvants. Virages abrupts, changements de directions surprenants, la musique prend tous les risques et nous entraine dans un tourbillons insensé. Des paysages hallucinés se dessinent, des univers insoupçonnés se découvrent. Des sirènes hurlantes, des voix trafiquées ou des sons urbains se bousculent sur des rythmes venus des quatre coins de la planète. La musique ne fait qu’un seul monde. Aux impros jazz, se mélangent le dub, le rock, le folklore oriental, le blues, le classique et rythmes tribaux. Et tous s’entendent.

jazz station,aka moon,michel hatzi,stephane galland,fabrizio cassol,guillaume peret,dj grazzhoppa,benoit delbecq

Le trio ouvre constamment l’aire de jeu et Guillaume Perret s’engouffre dans les moindres espaces. Il sort de son sax - sur lequel il a scotché de minis micros - des sons ultra trafiqués qu’il module à l’aide d’une panoplie impressionnante de pédales. Sa dextérité et sa maîtrise lui permettent de toujours être sur le coup. Il rebondit, improvise, invente et propose à tout va.

Delbecq injecte des micros rythmes, des crachotis, des craquements, des bribes d’harmonies. Grazzhoppa fait courir ses doigts sur les vinyles et les curseurs de ses platines.

jazz station,aka moon,michel hatzi,stephane galland,fabrizio cassol,guillaume peret,dj grazzhoppa,benoit delbecq

Fabrizio Cassol joue le chef d’orchestre, parfois presque dépassé par la folie ambiante. Hatzigeorgiou et Galland rivalisent d’idées pour maintenir le cap. Et tout le monde communique, avec passion et ferveur. Rien n’est jamais pareil et la musique se réinvente perpétuellement sur des rythmes fous.

Je vous invite à découvrir l’univers de Guillaume Perret à travers son album (sorti chez Tzadik, le label de John Zorn) en attendant de le revoir en concert en Belgique – espérons-le – avec son propre projet. Vous ne serez pas déçu.

jazz station,aka moon,michel hatzi,stephane galland,fabrizio cassol,guillaume peret,dj grazzhoppa,benoit delbecq

Le lendemain, toujours au même endroit, on retrouve le trio, comme au premier jour, pour conclure ces 20 ans d’amitié et de créativité incessantes.

Il est touchant de constater que ces trois amis se surprennent encore et toujours, qu’ils ont toujours autant du plaisir à jouer ensemble, à inventer et réinventer. Cela se sent dans leur musique, mais aussi dans leurs yeux et leurs sourires. Complices jusqu’au boutils passent en revue, ce soir, «Unisson», le bien nommé.

Aucun concert n’aura jamais été pareil, n’aura jamais été une redite. Chacun d’eux aura été une renaissance, une recréation d’un monde. Un monde de richesses musicales inépuisables.

On est passé par tous les sentiments et par tous les pays. On a découvert et rencontré des gens formidables, des gens passionnés, émouvants, drôles, profonds et subtils. Des musiciens à l’identité forte. Tous brillants. Et qui avaient chacun quelque chose à partager.

Si ça ce n’est pas du jazz…

A+

 

06/02/2013

Ananke - Jazz Station

L’évènement “20 ans Aka Moon” draine de plus en plus de monde et la Jazz Station a plusieurs fois affiché complet. Ce 20 décembre ne déroge pas à la règle et le club est très bien rempli pour accueillir le groupe invité par Aka Moon : Ananke.

ananke,aka moon,jazz station,victor abel,alexandre rodembourg,romeo iannucci,quentin manfroy,yann lecollaire

Au départ, Ananke est un trio qui s’est formé vers 2003. Mais, début de l’année dernière, la formule a changé et deux membres se sont ajoutés aux côtés de Victor Abel (p), Alexandre Rodembourg (dm) et Romeo Iannucci (eb) : le flûtiste Quentin Manfroy et le clarinettiste (basse) Yann Lecollaire.

Si l’influence majeure d’Aka Moon ne fait aucun doute, Ananke se dégage cependant par une sincère personnalité par rapport à ses ainés.

Leur musique est peut-être un peu plus ”linéaire”, même si elle regorge de complexités harmoniques et rythmiques.

Ce soir, le groupe démontre une sérieuse maîtrise, même si certains moments sont un peu tirés en longueur («For Real»), ce qui eut tendance à affaiblir une tension jusque là assez forte. Ce petit bémol mis à part, on prend un réel plaisir à entendre les sorties musclées de Victor Abel (au piano ou au Fender Rhodes). Celui-ci possède un toucher assez personnel, un peu sale et légèrement bancal, et cependant très poétique.

ananke,aka moon,jazz station,victor abel,alexandre rodembourg,romeo iannucci,quentin manfroy,yann lecollaire

Ananke fusionne les influences du jazz et du rock progressif ou de la musique classique contemporaine et du funk pour en extraire une mixture pour le moins relevée.

Le deuxième set commence en trio et les morceaux semblent plus «resserrés», plus concentrés. Roméo Iannucci nous gratifie alors de quelques solos plutôt costauds. Il utilise les loop, enchaîne les phrases nerveuses et n’hésite pas à dévier dans la disto, à l’instar de son mentor : Michel Hatzigeorgiou, très attentif, assis dans la salle.

Mais, la flûte et la clarinette basse ajoutent un côté plus mystérieux et plus riche au groupe. Les reliefs s’accentuent, la matière est presque palpable. Cela permet aux musiciens de s’ouvrir à d’autres horizons.

ananke,aka moon,jazz station,victor abel,alexandre rodembourg,romeo iannucci,quentin manfroy,yann lecollaire

Finalement, le leader d’Aka Moon, Fabrizio Cassol (as), rejoint le groupe sur scène. C’est comme un booster qui agit sur le quintette, comme un additif puissant qui vient dynamiter l’ensemble. Du coup, Alex Rodembourg se sent pousser des ailes derrière sa batterie, il redouble de puissance, et Yann Lecollaire s’envole dans un final brillant et excitant.

ananke,aka moon,jazz station,victor abel,alexandre rodembourg,romeo iannucci,quentin manfroy,yann lecollaire

Du groove et de l’énergie, Ananke n’en manque certainement pas, et leur univers semble se définir au fil des albums (un troisième est prévu pour 2013), même si une étiquette n’est pas si évidente à leur coller.

Tant mieux, cela nous promet encore de belles surprises.

A+

 

 

 

 

 

03/02/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 3)


Cette fois-ci, Mezzo (la chaine télé culturelle française) est présente pour immortaliser l’événement. Le concert sera sans doute diffusé dans le courant du mois d'avril 2013.

aka moon,jazz station,fabrizio cassol,stephane galland,michel hatzi,magic malik

Ce jeudi 6 décembre, on revisite Guitars et Amazir. Et la Jazz Station est sold out!!!

Comme souvent, Aka Moon commence en force. Et quand on sait aussi que la tension retombe rarement, on peut s’attendre à un feu d’artifice.

Pas de Prasanna, pas de David Gilmore ni de Pierre Van Dormael pour mettre le feu à «A La Luce Di Paco», mais un Magic Malik éblouissant et toujours aussi surprenant. Avec lui, tout bascule, tout chavire, tout prend d’autres couleurs. Et les sommets sont vite atteints. Ce qui n’empêche pas Michel Hatzigeorgiou, avec des solos en re-re, Stéphane Galland et Fabrizio Cassol d’aller toujours plus loin.

aka moon,jazz station,fabrizio cassol,stephane galland,michel hatzi,magic malik

Les échanges entre le flûtiste extra-terrestre et le saxophoniste – qui vient assurément d’une autre planète aussi – sont délirants et d’une inventivité folle. Les phrases coulent en un flot continu. C’est toujours surprenant, impertinent, inattendu.


Les lignes de basse et le beat de la batterie s’entrelacent. Ça ondule tout le temps. A chaque mesure, le tempo change. La pulsion s’accélère, ralenti, se fige et repart de plus belle. Un peu plus vite, un peu plus fort.

Malik et Cassol échangent comme des duellistes. «Scofield» brûle, «Vasco» ondule, «Cuban» chaloupe, «Amazir» émeut... le public exulte. On se congratule, on s’embrasse, on est heureux.

Comme le dit Fabrizio Cassol dans un sourire: «Aka Moon, symbole de l’amour éternel».

(Merci à Jempi pour la vidéo.)

A+

 

 

16/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part2)

Deuxième semaine de la rétrospective Aka Moon 20 ans à la Jazz Station. Troisième concert du groupe. Cette fois-ci, on revisite la période Invisible MotherInvisible Sun et In Real Time.

Et l’invité du jour n’est autre que Fabian Fiorini. Un vieil ami.

aka moon, jazz station, fabian fiorini, michel hatzi, fabrizio cassol, stephane galland

Fiorini est un pianiste très percussif et puissant, on le sait. Mais il est aussi capable de disperser des notes d’une incroyable finesse et d’une étonnante poésie. Toujours prêt à naviguer entre la musique contemporaine la plus complexe et les rythmes tribaux les plus sauvages.

Et ce soir, c’est la force qui parle. On a parfois l’impression qu’il va démonter le piano tant son touché (sa frappe ?) est robuste, presque violente.

Ce soir, il faut «donner» ! Et Fabian s’en donne à cœur joie. Il faut dire que les «Dirty Play and Chaos Dance» ou «Spiritualisation» ne se laissent pas faire. Joués avec une énergie de tous les diables, ces morceaux exigent une présence forte. Pas question de se cacher. Le piano doit exister sous les assauts du saxophone de Fabrizio Cassol, les attaques de la basse de Michel Hatzigeorgiou et les coups de batterie de Stéphane Galland.

aka moon, jazz station, fabian fiorini, michel hatzi, fabrizio cassol, stephane galland

Ajoutez à cela que la période qu’Aka Moon nous propose de réentendre - ou de redécouvrir – n’est sans doute pas la plus simple. C’est l’époque du travail avec Ictus, avec Bernard Foccroule, avec Sivaraman. Harmoniquement et rythmiquement, le groupe semble vouloir aller au-delà du raisonnable. Tout explorer. Dans tous les sens.

Et c’est parfois de la folie pure, avec un enchevêtrement de notes et d’accords plus improbables les uns des autres.

Pourtant, Anne Teresa de Keersmaeker a réussi à faire danser sa troupe sur ce magma en fusion perpétuel. Et c’est vrai qu’en étant attentif – ou en se laissant aller - on encaisse toujours ce groove et l’on respire inconsciemment ce balancement étrange. Imperceptible. Inévitable. Il agit comme un virus dans le sang, il le fait bouillir et provoque des réactions presque inconnues.

Sur «Alix», comme en une transe hystérique, les envolées de Michel Hatzi sont époustouflantes. Il va au-delà du jeu de basse. Au-delà de la guitare électrique. Ses doigts courent, le poignet se tord. La disto s’invite à la frénésie.

aka moon, jazz station, fabian fiorini, michel hatzi, fabrizio cassol, stephane galland

Et Stéphane Galland en remet toujours une couche, plus surprenante que la précédente. Il veut toujours avoir le dernier mot. Et Fabrizio Cassol aussi. Et Fabian Fiorini aussi. Quelle bande de sales gamins !

Et si, comme le souligne si bien Fabrizio Cassol à la fin du concert, «Anne Teresa de Keersmaeker n’a peur de rien...», Aka Moon, lui, est capable de tout.

A+

 

 

08/01/2013

Les chroniques de l'inutile - Aka Moon 20 ans - Jazz Station

 

Pour fêter ses 20 ans, Aka Moon a invité différents groupes, ou projets, qui touchent de près ou de loin leur univers. Ce jeudi 29 novembre, Les Chroniques de l’Inutile était sur la scène de la Jazz Station.

aka moon,jazz station,eric bribosia,gregor siedl,jens bouttery,erik bogaerts,benjamin sauzereau

Voilà un drôle de nom pour un groupe. Benjamin Sauzereau (guitariste et leader) tente bien de m’en expliquer son origine, mais j’avoue que cela reste un peu flou. On navigue entre le surréalisme et le dadaïsme. Les histoires sont plutôt écrites mais ne se lisent jamais de la même manière. Elles ne se jouent jamais de la même manière non plus. Voilà pourquoi les «Chroniques» laissent beaucoup de place à l’improvisation et à l’imagination. Quant à «l’Inutile», c’est la question qui se pose sur le bien fondé de ce qui précède… Vous suivez ?

Bref, avec Eric Bribosia au Fender Rhodes, Jens Maurits Bouttery à la batterie, Erik Bogaerts (qui remplace définitivement Gregor Siedl ??) au sax ténor et Benjamin Sauzereau à la guitare nous ne sommes jamais au bout de nos surprises.

aka moon,jazz station,eric bribosia,gregor siedl,jens bouttery,erik bogaerts,benjamin sauzereau

Il y a quelque chose des «Children Songs» dans les compositions du groupe ou du moins dans la façon de les jouer. La musique, finement ouvragée est très évocatrice. On imagine des monstres cachés sous le lit ou dans les armoires. On s’invente des mondes, des personnages. C’est de la féérie moderne, pleine d’humour et de non-sens à la Jacques Tati ou à la Raymond Queneau.

Les titres, parfois plus long que le morceaux («Les gens qui rentrent dans le tram sans vous laisser le temps d'en sortir bien que vous ayez trois sacs sur le dos»), ne font aucun doute sur l’esprit de ce jazz très malicieux et libertaire. Ajoutez à cela la richesse des instrumentations et l’inventivité des arrangements et vous vous sentirez comme dans une bulle, entre rêve et réalité.

aka moon,jazz station,eric bribosia,gregor siedl,jens bouttery,erik bogaerts,benjamin sauzereau

«Bûche» (allez comprendre pourquoi), aux accents orientaux et mystérieux, nous embarque dans un souk imaginaire. Puis, «L’ampoule et le haricot» délivre avec simplicité une musique riche, délirante et complexe tout en restant constamment accessible et intéressante. Et amusante aussi. Car il y a de cela également dans la musique du groupe : une façon de ne pas se prendre au sérieux, de prendre du recul sur le monde, les évènements et les gens. L’intelligence de l’humour enrobée d’une certaine philosophie poétique. Et tout est bon pour faire de la musique. Jens Mauritz Bouttery use de mille et un objets, plus incongrus les uns des autres, pour en extraire des sons de toutes les couleurs. Eric Bribosia distille des lignes de basse sobres et ponctue les phrases d’accords cristallins. Le jeu de Benjamin Sauzereau est léger et fin. Il effleure les cordes de sa guitare. S’envole. Invente.

aka moon,jazz station,eric bribosia,gregor siedl,jens bouttery,erik bogaerts,benjamin sauzereau

Tout est douceur, tout se meut avec souplesse et délicatesse. On est emporté dans une sorte de transe lymphatique et ouatée. Pourtant, on reste en alerte, les rythmes évoluent sans cesse, les respirations s’accélèrent imperceptiblement, le groove est présent, le tempo s’efface petit à petit, puis réapparaît en toute discrétion. Flottant par-dessus tout, Erik Bogaerts innerve les mélodies d’un luxe de nuances. Les notes ondulent, s’affirment ou se laisse découdre.

Les Chroniques de l’Inutile est un groupe à l’esprit très personnel et original. Le genre de groupe qui peut vous mener loin. Qui fait référence à nombre de sentiments, d’images et de musiques. Un jazz qui ouvre un peu plus encore l’esprit.

Non, vraiment, ce groupe est loin d’être inutile. Qu’on se le dise.

Voilà sans doute l’un de mes coups de cœur du moment.



A+

 

 

 

 

 

06/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 1)

 

22 novembre 2012. Bruxelles. Jazz Station. Le club est plutôt bien rempli. Le public se presse au bar ou se cherche une pace dans la salle. Ça bouillonne déjà, c’est électrique. Il est plus ou moins 20h30. Ça y est, coup d’envoi d’une série de concerts qui vont célébrer les 20 ans de carrière d’Aka Moon.

aka moon,jazz station,michel hatzi,fabrizio cassol,stephane galland,david linx,pierre van dormael

L’inséparable trio monte sur scène dans un tonnerre d’applaudissements. Après quelques mots d’une brève introduction pleine d’émotion, Fabrizio Cassol, Michel Hatzigeorgiou et Stéphane Galland plongent et replongent dans le répertoire fondateur du groupe.

Nous voilà en 1992. «Aka Moon», «Aka Earth», «Aka Truth»… Les morceaux du premier album défilent. Avec la même fraîcheur et avec toujours autant d’intensité. On se surprend à re-entendre en live ces morceaux qu’on n’écoutait plus que sur CD. Coups d’accélérateur par-ci, virages en épingle par-là, courses poursuites, queues de poisson, décélérations brutales, tout y est, intact comme aux premiers jours. On jubile.

aka moon,jazz station,michel hatzi,fabrizio cassol,stephane galland,david linx,pierre van dormael

Aka Moon attaque le deuxième set avec la période Akasha (1995). «As Known As Venus», «Bagherathi», «Galileo Galilei», «Alakananda». L’énergie est toujours là. Les musiciens se surprennent encore. Il faut voir l’œil d’Hatzi briller à l’énoncer du morceau à venir. Il faut voir le sourire complice de Stéphane Galland, prêt à sortir des polyrythmies encore plus délirantes. Il faut sentir ce bonheur décuplé qui jaillit en notes ininterrompues du saxophone de Fabrizio Cassol. Après 20 ans, la source ne s’est pas tarie. On se croirait dans «La machine à explorer le temps» de Welles. Les paysages défilent à toute allure, les décors évoluent constamment, les souvenirs remontent à la surface. L’excitation est à son comble et le public ne cache pas sa joie. Aka Moon termine le set avec «Bruit» en hommage à Pierre Van Dormael (qui en avait signé la compo) qui fut, on le sait, l’un des éléments déclencheurs de cet incroyable groupe. Et puisque le public en redemande encore, Aka Moon amorce la période Elohim et Ganesh - que le groupe revisitera le lendemain avec David Linx en invité - et nous balance un dernier morceau éblouissant.

On me rapportera d’ailleurs que le concert du vendredi 23 (avec David Linx) fut d’une puissance incroyable. Je n’y étais pas. «C’était Werchter à la Jazz Station!» me confiera Fabrizio quand je le croise le samedi 23 pour le concert en duo de Michel Hatzi et David Linx.

Car oui, en plus de la rétrospective complète des 20 ans, Aka Moon a également fait de l’espace pour des projets parallèles (Conference Of The Birds, Ananke, Les Chroniques de l’Inutile ou encore Pudding oO…). J’en parlerai plus tard.

aka moon,jazz station,michel hatzi,fabrizio cassol,stephane galland,david linx,pierre van dormael

Pour l’instant, Michel Hatzigeorgiou et David Linx sont sur scène. Le duo a déjà enregistré ensemble. Il y a plus de quinze ans. Mais ne cherchez pas leur discographie, vous ne trouverez rien : les bandes originales se sont perdues suite à la faillite du studio d’enregistrement. L’occasion était donc trop belle pour raviver le projet et faire, enfin (!), un premier concert.

L’instant a quelque chose de magique.

Qui inspire l’autre? Qui suit l’autre? Qui le devance ou l’attend? Impossible à dire. La connivence est totale. Le souffle, le scat, les respirations de Linx se fondent aux slapping, aux résonances et aux pizzicati d’Hatzi. Tout se noue, se dénoue, s’accélère et se détend, tantôt de façon enlevée et fougueuse, tantôt avec extrême sensibilité. Le duo mélange standards et compositions originales. Le blues, l’Afrique, le rock et le jazz se confondent. «Blackbird» (The Beatles), énergique et ornementé de beaux effets de guitare, précède un «Jessica» où les mots de Linx déferlent en cascade sur une mélodie, sinueuse et vive  à souhait, emmenée par Hatzi. Le bassiste électrique profitera ensuite pour délivrer une version incroyable de «Last Call From Jaco»... haa, ce riff obsédant. On entendra plus d’une fois ce thème lors des différents concerts et, croyez-le ou non, il sera chaque fois réinventé, recoloré, redessiné. C’est ça le jazz, c’est ça l’impro, c’est ça le talent.

Linx et Hatzi reprennent encore «Walk Alone» (le morceau enregistré et perdu), «Black Crow» ou «The Wind Cries Mary» (Jimi Hendrix) avec une telle force et une telle passion que cela devrait les pousser à remettre définitivement ce projet sur pieds. Et mon petit doigt me dit que...

à suivre bien entendu, l'aventure ne fait que commencer…

A+

 

07/10/2012

Trio Grande - Jazz Station

Ce samedi 22 septembre, c’était le concert d’ouverture de la saison à la Jazz Station (si l’on excepte celui de Ruocco, Smitaine, Rassinfosse, dans le cadre du Saint Jazz Ten Noode et celui de Melangcoustic le jeudi précédent…).

Bon, ok… C’était le premier concert du samedi de la saison… avec un groupe qui sait ce que plaisir et fête veulent dire : Trio Grande.

trio grande,michel debrulle,michel massot,laurent dehors,jazz station

Et comme souvent chez Trio Grande, la fête commence en douceur, histoire de mettre les invités en confiance. Un certain sens de l’hospitalité, sans doute.

Alors, «Roche Colombe» prépare le terrain à «Rêve d’Eléphant». Une pointe de valse à l’ancienne, un soupçon de menuet, le tout saupoudré de jazz, de funk et, bien sûr d’improvisations surprenantes. Finalement, on est vite dans le bain.

On continue avec «Rue des Doms», festif et éclaté, puis «Cinéma-danse», sensuel et mystérieux…

Les morceaux sont souvent courts – on le sait – mais ils sont tellement riches harmoniquement et rythmiquement qu’il serait dommage de «rallonger la sauce». Ce serait un excès de gourmandise. Ou de mauvais goût.

La musique est tellement forte, tellement imagée!  Elle fait toujours appel à l’imaginaire. Et les détails foisonnent. Tout semble possible. Même si elle est écrite avec précision et si elle est pensée en profondeur, elle n’a rien de cérébrale. L’émotion reprend toujours le dessus. Du coup, la musique continue à faire son chemin bien après qu’elle se soit tue. Les histoires reviennent et les images réapparaissent… comme une persistance rétinienne.

trio grande,michel debrulle,michel massot,laurent dehors,jazz station

Sur scène, Michel Massot danse avec ses tuba, trombone et euphonium. On dirait un échassier qui enjambe les nénuphars dans un marais. Terriblement expressif, il donne la pleine puissance ou, au contraire, laisse flotter l’air dans l’instrument. Il échange avec Michel Debrulle, toujours très investi derrière sa batterie. C’est sans doute le batteur que je connais qui a toujours le plus envie de bouger et de danser. Son jeu est souvent dynamique, même dans les instants plus tendres («Les petits escaliers») il arrive à insuffler une pulsation particulière.

Et puis, il y a Laurent Dehors, toujours prêt à lâcher un bon mot, qu’il soit verbal ou musical. Il passe du ténor à la clarinette - basse ou contrebasse - avec une aisance déconcertante. Puis c’est le soprano, la guimbarde, l’harmonica et finalement la cornemuse. On dirait un équilibriste prêt à tendre son fil n’importe où, pourvu qu’il y ait l’ivresse des sommets.

trio grande,michel debrulle,michel massot,laurent dehors,jazz station

Il n’y a jamais aucune ligne droite dans un voyage avec Trio Grande et, parfois même, les virages se prennent à cent quatre-vingts degrés. Quant aux changements de rythmes, ils sont toujours inattendus. Pas question de s’ennuyer.

Ces trois musiciens s’amusent tout le temps et se permettent tous les délires… inoffensifs. On les imagine d'ailleurs bien faire peur aux poules dans une basse-cour. Trio Grande, c’est la fête, pas la guindaille !

Alors, comme ils s’amusent, le public en redemande, une fois… deux fois, puis Trio Grande s’en va.


A+

 

05/08/2012

Del Ferro - Vaganée Group à la Jazz Station

Samedi 16 juin, après une bonne série de concerts en Flandre (dans le cadre des JazzLab Series), Frank Vaganée et Mike Del Ferro venaient présenter, à la Jazz Station, leur disque “Happy Notes”, sorti récemment chez De Werf.

Une chose est sûre : le titre de cet album porte plutôt bien son nom tant la plupart des compositions sont optimistes et résonnent du plaisir des retrouvailles. Hé oui, dans les années ’90, les deux musiciens jouaient déjà ensemble (ils se souviennent d’ailleurs de soirées mémorables au Swing Café à Anvers) et avaient sorti deux albums (“Introducing” et “Live”).

P1210716.JPG

Si l’on ne présente plus Frank Vaganée (leader du célèbre Brussel Jazz Orchestra), rappelons brièvement le parcours de Mike Del Ferro. Après tout, on ne le voit pas si souvent chez nous.

Le pianiste Hollandais a joué avec Randy Brecker, Norma Winston, Toots Thielemans, Jack DeJohnette, Jorge Rossy… Il a enregistré quelques belles plaques (pas toujours faciles à trouver) dans des styles parfois très différents (opéra, bossa, early jazz...). Bref, un homme éclectique et très actif.

Et puis, Del Ferro a aussi beaucoup voyagé à travers le monde pour le compte d’American Voices (le Vietnam, la Birmanie, le Koweït, l’Afrique du Sud, les pays de l’Est…) ce qui lui a donné l’idée d’enregistrer, l'année dernière, avec Bruno Castellucci (dm) et Jeroen Vierdag (cb) un album justement intitulé “The Journey”.

Voilà sans doute quelques-unes des raisons qui ont éloigné Frank et Mike pendant près de quinze ans.

P1210701.JPG

Ce soir, à la Jazz Station, Jos Machtel (cb) et Toni Vitacolonna* (dm) complètent le quartette qui entame le set par les tendres “Pat” et “Seconds”, avant de faire éclater le fantastique “Triolette”.

Swing endiablé, variations rythmiques, ponctuations décidées du pianiste, frappe tranchante du batteur, “Triolette” - qui rappelle la grande époque du bop et du cool - est le tremplin idéal aux solos vertigineux de Vaganée : clairs, limpides, efficaces et d’une maîtrise incroyable.

Le concert est lancé, le ton est donné.

Toni Vitacolonna fouette les cymbales et fait vibrer les tambours en un jeu à la fois souple et vif… un jeu “dégraissé”.  La connivence avec Jos Machtel - au groove solide et profond - est évidente. Ces deux-là se connaissent bien, puisqu’ils jouent ensemble au sein du BJO ainsi que dans l’autre quartette de Frank Vaganée.

Si le concert est énergique, il ne manque cependant pas de lyrisme non plus (“I'll Wait For You”, Kenya) ou de délicatesse, comme sur “Frankly My Dear” qui flirte avec l’esprit de Jobim ou de Getz.

P1210903.JPG

Mike Del Ferro affectionne peut-être plus les ballades, tandis que Vaganée recherche l’explosivité. La réunion des deux ne peut être qu’équilibrée et passionnante. La jubilation d’être ensemble sur scène se ressent. On joue pour le plaisir et l’on s’amuse à se surprendre. En plus, Frank n’est pas avare d’anecdotes et se plait à raconter avec beaucoup d’humour et de sincérité l’amitié qui le lie à Del Ferro. Amitié et bonheur qui se traduisent en musique sur le joyeux "Reunification" ou s’improvisent longuement et avec bonheur sur "Happy Notes" (thème pourtant très court sur l’album – 58 secondes à peine – mais qui semble justement prévu pour s’offrir à toutes les libertés possibles et (in)imaginables).

Résultat, le plaisir se voit autant sur scène qu’il ne s’entend sur disque.

Espérons ne plus devoir attendre quinze ans avant de revoir cette belle équipe sur les planches.


A+

* Sur l’album, c’est Jens Düppe (batteur du quartette de Pascal Schumacher) qui tient les baguettes.