06/09/2016

Jazz Contest Mechelen - 2016

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Mais qu’est ce qui m’a pris d’avoir accepté d’être membre d’un jury pour un concours ?

Remarquez, je l’ai déjà fait quelques fois et… oui, j’aime ça.

Chaque fois c’est excitant, car on découvre des musiciens, des talents, de belles personnes. Et puis, on s’oblige à aiguiser une oreille critique. Mais ce n’est pas toujours simple. D’ailleurs, ce n’est jamais simple !

Il y a autant de jazz qu’il y a de musiciens ! Autant comparer des pommes et des poires.

Bien sûr, il y a des choses que l’on aime spontanément et d’autres un peu moins. Question de goût. Mais, lorsque l’on est dans un jury, il faut pouvoir aller au-delà de ça. Et remettre le compteur à zéro.

Alors, quand il faut désigner un « vainqueur », c’est souvent un déchirement. Ha ! Si seulement il y avait un, et un seul, très bon groupe ou très bon musicien ! Et en face, des mauvais, des très mauvais, ce serait facile. Mais non, le niveau est souvent très élevé. C’est qu’ils jouent bien tous ces jeunes ! Alors, on voudrait que tout le monde gagne, comme chez Jaques Martin (pour les plus vieux d’entre nous qui connaissent) ! Et si, en plus, il n’y a qu’un seul prix (pas de récompense pour le deuxième ni troisième) c’est encore plus terrible.

Cette année, comme il y a deux ans et comme l’année dernière, je participais au Jazz Contest Mechelen. Un concours organisé par la fine équipe de Jazzzolder. Et quand on dit « organisé », c’est vraiment « organisé » ! Tout est parfait, tout est réglé, tout est prévu et l’accueil, tant pour le jury que pour les candidats et le public, est un exemple. Un vrai bonheur.

Cette année, il y avait devant le jury (Anne Wolf (p), Ondine Quackelbeen (Jazz Studio), Mik Torfs (JazzLab Series), Patrick Bivort (Jazzmozaiek, RTBF), le président Chris Joris (perc) et moi) quatre groupes issus des demi-finales (qui s’étaient déroulées quelques mois auparavant). Chacun d’eux avait 30 minutes pour convaincre.

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Fhree est un trio venu tout droit de Hollande. Ils avaient plutôt fait bonne impression lors des « éliminatoires ». Mais ici, ce soir, on les sentait peut-être un peu fébriles. Cela n’a pas vraiment décollé. Même si l’on remarquait quand même les très bons solos du guitariste Jheynner Argote-Frias, le drumming de Guillermo Martin Viana ou quelques belles phrases de Fernan Mejuto Vazquez (keys).

Vortex ensuite, quant à lui, est rentré directement dans le jeu. Un set puissant, dynamique, une attitude sur scène parfaite. Des compos brillantes, qui font un clin d’œil à Ornette Coleman ou à Miles, un pianiste plein de personnalité (Alan Van Rompuy obtiendra d’ailleurs le prix du meilleur soliste), un leader charismatique au jeu bien déterminé (le trompettiste Aristide D’Agostino) et un ensemble qui tient la route (Joos Vanduren au sax, Emmanuel Van Mieghem à la basse et Olivier Penu au drums). Bref un groupe soudé, un jazz généreux et évident.

Il y avait aussi JE Trio (Johannes Engelhardt à la basse, Paul Janoschka au piano et Jonas Kaltenbach aux drums) venu d’Allemagne. Une exécution parfaite, un niveau assez bluffant. Peut-être juste un poil rigide ? Des compos excessivement bien écrites et superbement exécutées. Il manquait peut-être cette toute petite pointe de lâcher prise, de décontraction qui aurait rendu ce jazz encore plus touchant.

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Touchant, c’était le cas de la pianiste Marie Fikry et son quintet. Une belle présence, un jeu très fluide au piano, des compos originales qui flirtent parfois avec la musique du monde. On remarque aussi un percussionniste plutôt prometteur, Simon Leleux, Jordi Cassagne (cb), Artur Hitz (sax), Lucas Venderputten (dm). Une bien belle équipe en fait. C’est du bonheur et de l’intelligence qui flotte dans l’air.

Alors le jury se retire, discute, délibère. Longuement, intensément. Il y a des évidences. Et des doutes. Pas simple. Pas le temps d’écouter Jelle Van Giel Group qui passe sur scène pendant ce temps-là.

Il ne faut qu’un seul gagnant… Et ce sera Vortex.

On est tellement content pour eux. Et tellement frustré de ne pas pouvoir « offrir » d’autres prix aux autres.

Alors, retenez les noms de JE Trio, de Marie Fikry, de Fhree et Vortex bien sûr. Et allez les écouter. Allez les applaudir. Vous verrez, vous ne serez pas déçu.

Et votre présence sera certainement leur plus belle récompense.

 

A+

Pictures : ©silvdbphotography

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11/05/2014

Jazz Contest Mechelen

 

Après avoir participé, il y a quelques mois, au jury de sélection pour la finale du Jazz Contest Mechelen, me voici de retour, ce dimanche 27 avril, toujours à Malines avec mes amis et collègues Georges Tonia-Briquet (Jazzmozaïek, Agenda BDW), Patrick Bivort (Leffe Jazz Nights, Classic 21...), Christophe De Visscher (contrebassiste), Bernard Lefèvre (Jazzmozaïek) et, président du jury, Chris Joris (percussionniste), pour écouter les quatre finalistes.

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Premier rendez-vous, vers 14h au Theater De Moedertaal, avec le quartette de Esther Van Hees qui propose principalement des ballades. On sent la chanteuse un peu stressée, un peu émue. Trop peut-être. Elle défend un répertoire subtil et délicat - voire sombre («Acheronian Blue») - qui ne permet pas les imprécisions. La voix est un peu mal assurée et malgré quelques beaux échanges avec l’excellent Robert van der Padt au piano, notamment sur «Turn Out The Stars» de Bill Evans, on reste sur sa faim. Esther semble plus à l’aise dans un registre plus pop que jazz. C’est ce que confirme d’ailleurs le dernier morceau («Got Wings») qui libère quelque peu le groupe.

Direction le Theater Korenmarkt, caché au bout d’une étroite impasse, pour entendre Steiger, un jeune trio gantois. Autre ambiance, autre style. Le jazz de Steiger est plus contemporain, assez énergique et ne manque vraiment pas de swing. On décèle rapidement une belle connivence entre les trois protagonistes. Les compositions sont plutôt bien équilibrées, laissant pas mal de place aux impros («Aap» ou «Quork», par exemples). Le jeu fluide de Gilles Vandecaveye (keys) se marie parfaitement au drumming très inventif de Simon Raman, tandis que Kobe Boon (cb) balise l’espace ou, au contraire l’ouvre. On perçoit peut-être chez Steiger l’influence de jeunes groupes anglais (tel que Phronesis, par exemple) qui n’ont pas peur de mélanger jazz, rock ou soul sur des polyrythmies complexes ponctuées de breaks habiles. Leur version de «Because» (des Beatles) est des plus convaincantes. Voilà un groupe à suivre de très près, assurément.

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Changement d’endroit à nouveau. Cette fois-ci, c’est le très intimiste et chaleureux  ‘t Echt Mechels Theater qui accueille le troisième groupe du concours : Trykk. Les anversois (Matthias Van den Brande (ts), Geert Hendrickx (eg) et Gert Malfliet (dm) ) développent un jazz légèrement ouaté, qui fait référence à Paul Motian, mais aussi parfois à Mark Turner ou encore à Jacob Young, peut-être. L’ambiance est assez nostalgique, élégiaque presque… Mais Trykk est encore trop appliqué, trop collé aux partitions, c’est un peu raide et seul le dernier morceau (de Scofield) déridera un peu le trio.

Retour au Theater De Moedertaal pour écouter la prestation du dernier candidat, le quartette hollandais KHQ. Enfin, hollandais, c’est vite dit... Le batteur, Tristan Renfrow, est américain, le saxophoniste, Karlis Auzins, est lettonien et le contrebassiste, Andris Meinig, est allemand, tout comme le pianiste et leader Keno Harriehausen. Mais ils vivent et étudient tous à Amsterdam. Et tout ce beau mélange débouche sur un jazz plutôt musclé (tendance free bop) et sophistiqué (plutôt avant-garde). Le groupe est solide, très aguerri et très mature.

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Dès les premières notes, l’objectif est clair : ne pas laisser indifférent et éviter le conformisme. «Come Sunday» (de Duke Ellington) est tellement revisité qu’on a du mal a en retrouver la mélodie originale. Mais le travail est des plus intéressants. «Seven», morceau évolutif bâtit sur un ostinato obsédant, monte en intensité jusqu’à éclater avec rage. Avec «Gray Flower», on oscille entre musique contemporaine dépouillée et ballade nostalgique complexe. On pense parfois au travail de certains musiciens du label Hat Hut (Lacy, Kogelmann, Eskelin et autres). Le batteur fait le spectacle et profite du décor improbable du petit théâtre pour terminer le dernier morceau (après avoir littéralement démonté sa batterie à la manière d’un Günter "Baby" Sommer ou d’un Han Bennink) caché dans les coulisses. Prestation intense.

Le jury se retire, discute franchement, analyse le pour et le contre et désigne, tout comme le public, KHQ vainqueur, et attribue au batteur Simon Raman (de Steiger) le prix du meilleur soliste.

 

 

Cette deuxième édition du Jazz Contest Mechelen, à l’organisation impeccable, est une très belle réussite. Bravo à Lejo Vanhaelen (Jazzzolder) et à toute son équipe. Seul petit bémol : les organisateurs, tout comme moi, regretteront simplement l’absence de candidats francophones… Allons, ne me dites pas que la frontière linguistique serait capable de jouer les trouble-fêtes ? J’espère que tous les jazzmen prouveront le contraire l’année prochaine.

A bon entendeur.

A+