29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

brussels jazz marathon,guillaume vierset,igor gehenot,steven delannoye,jean-paul estievenart,antoine romeo,julien tassin,augusto pirodda,marek patrman,manolo cabras,ben sluijs,bilou donneux,francois garny,jerome van den bril,sabine kabongo,matthieu van,mariana tootsie,laurent doumont,vincent bruyninckx,lionel beuvens,henri greindl,jan de haas,hendrik vanattenhoven,nicola andreoli,chrystel wautier,fabio zamagni,giuseppe millaci,sam gerstmans,adrien verderame,toine thys,pascal mohy,stephane mercier,arno krijger,karl januska,maayan smith,nadav peled,matthias de waele,sounds,bravo,jos machtel,simon plancke

Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

11/02/2013

Alexandre Furnelle Quartet - Tribute to Charlie Haden - Sounds


Charlie Haden est un immense contrebassiste et un grand mélodiste. Alex Furnelle est, lui aussi, contrebassiste. Et amoureux des belles mélodies.

charlie haden,sounds,alex furnelle,ben sluijs,jan de haas,peter hertmans

Alors, pourquoi ne pas reprendre le répertoire du maître ? Ce n’est pas si courant, après tout. Et puis, pourquoi ne se limiter qu’aux seules œuvres de Haden et ne pas élargir le spectre, en allant chercher d’autres morceaux emblématiques (de Keith Jarrett, Ornette Coleman ou de Carla Bley) que Haden a illuminé de sa présence ? Surtout que toutes ces compositions sont souvent d’une richesse incroyables et permettent de belles et nombreuses digressions. Pourquoi s’en priver ?

Alex Furnelle s’est donc entouré de Jan De Haas à la batterie, de Peter Hertmans à la guitare électrique et de Ben Sluijs au sax alto et à la flûte, et leur donné rendez-vous au Sounds samedi 22 décembre.

N’hésitant pas à raconter quelques anecdotes et à donner nombre d’info sur les morceaux qu’il joue, Alex Furnelle possède ce joli sens didactique et charismatique qui n’est pas pour déplaire. On sait dès lors où l’on met les oreilles et l’on en apprécie encore un peu plus la musique.

«The Death And The Flower» (Jarrett) - introduit magnifiquement à la flûte par Ben Sluijs - permet à Furnelle de montrer tout son talent à l’archet. Cette belle ballade ondulante – presque orientaliste – se développe avec grâce sous l'écoute attentive d’un nombreux public.

Après «Hermitage», le quartette enchaîne quelques thèmes d’Ornette Coleman. «Turnaround» et surtout «Ramblin’» permettent aux musiciens de s’exprimer totalement. Peter Hertmans, au jeu chargé de blues, dessine de belles lignes harmoniques. Il n’hésite pas à salir un peu le phraser, pour le rendre plus roots encore. Il utilise une légère disto ou un soupçon de vibrato. Son jeu est souple et sensuel et s’accorde merveilleusement à celui du sax alto.

charlie haden,sounds,alex furnelle,ben sluijs,jan de haas,peter hertmans

Libre et léger, le jeu de Ben Sluijs est un délice. Rattaché au fil fragile de la tradition (une pointe de Konitz ?) Sluijs trouve toujours le moyen de s’échapper, de papillonner et d’illuminer les moindres phrases. Il replace toujours le discours dans un langage moderne, actuel, intelligent et accessible.

Avec délicatesse, Furnelle caresse les 5 cordes de son instrument. On dirait qu’il joue «en surface», qu’il effleure les mélodies, qu’il laisse parler les silences.

«Silence» est d’ailleurs le morceau suivant sur lequel Hertmans montre, une fois encore, tout sa sensibilité et sa finesse dans un jeu sobre, fait d’ombres et de lumière.

Le quartette prend visiblement du plaisir à voyager dans ce jazz-là. Et nous aussi. Mais puisqu’il faut une fin, le groupe termine ce bel hommage - de façon plus «musclée» - avec «Our Spanish Love Song» et, en rappel, avec le lancinant et poignant «We Shall Overcome».

Reprendre des standards (ou du moins des morceaux historiques) a du sens quand ils sont reconsidérés de la sorte, avec respect, mais surtout lorsqu’ils sont habillés d’une vision toute personnelle.

C’est cela aussi qui permet de garder le jazz vivant.



A+

 

 

 

13/08/2012

Maxime Blésin Trio - Music Village

Traditionnellement, le Music Village continue à programmer des concerts durant tout l’été. Et c’est bien.

La formule est cependant légèrement différente de celle pratiquée pendant l’année. En effet, toute la semaine, du mardi au samedi, Paul Huygens ouvre la scène à un seul et unique groupe.

maxime blesin,jan de haas,sal la rocca,music village,paul huygens

Ce jeudi 2 août, je suis allé écouter Maxime Blésin qui a profité de l’aubaine pour roder un nouveau projet en trio. Derrière le leader, ce sont Sal La Rocca (cb) et Jan De Haas (dm) qui soutiennent le guitariste qui a décidé de… chanter. Bien sûr, Maxime avait déjà donné de la voix… en portugais (on sait qu’il affectionne particulièrement la musique brésilienne) mais pratiquement jamais en anglais.

Le répertoire est principalement basé sur des standards de jazz. Le trio y reprend «Night And Day», «Star Fell On Alabama», «Tenderly»…  Mais aussi «Samba de Verão» («Summer Samba»), on ne se refait pas.

Blésin profite de ces 5 soirées pour tester des guitares et chercher le son qu’il veut. Veut-il s’éloigner du style soul et jazz pour se rapprocher de la pop ? Ou flirter avec le classique ? Ou mélanger le tout ? Qui sait ?

Le phrasé est souple, vivace et souvent chaleureux. Dans son jeu, on décèle un peu de Grant Green, une pointe de John Scofield, un soupçon de Kenny Burrell, un peu de l’esprit de Kurt Rosenwinkel. Maxime Blésin cherche les ingrédients qui donneront à ce projet une identité toute personnelle.

Jan De Haas rebondit sur les riffs du guitariste et Sal La Rocca, profite du moindre espace pour improviser avec élégance et grande musicalité.

maxime blesin,jan de haas,sal la rocca,music village,paul huygens

Après avoir tourné avec son excellent sextette Bop And Soul Sextt (dont l’album contient des morceaux irrésistibles comme «Hydrogen Bond», «To Art» et surtout «Leaves In Windy Weather» qui mériterait de devenir un tube planétaire tellement il est en tout point parfait !!) il n’est pas exclu que Maxime Blésin enregistre un album avec ce nouveau trio. Mais il ne se contentera peut-être pas de cette «simple» formule et pourrait peut-être inviter quelques musiciens plus… classiques. N’en disons pas plus pour le moment, le projet est en gestation et le résultat pourrait être surprenant.

En attendant, le trio continue à diffuser sa musique sensuelle dans l’ambiance chaude et moite du Music Village. Les amateurs de belles mélodies finement ciselées sont ravis et n’hésitent pas à «en redemander».

Pour eux, comme pour moi, ce jazz à Blésin est idéal pour les soirées d’été.

 

A+

 

 

01/05/2010

Tribute To Lee Morgan - Music Village

Back to basics !

Petit retour aux sources du hard bop ce samedi 3 avril au Music Village. Tribute to Lee Morgan ! C’est Joe Higham (ts) qui mène la danse et Richard Rousselet qui souffle dans la trompette. Ça lui va comme un gant, à Richard, cette période. Souvenez-vous de son projet Ecaroh en hommage à Horace Silver ! Et rappelez-vous aussi de son excellent dernier album - paru il y bien longtemps déjà, mais toujours aussi excitant à écouter – dont j’avais parlé ici.

Pour compléter ce casting idéal: Ron Van Rossum au piano, Jan De Haas à la batterie et Sam Gerstmans à la contrebasse.

 joe002

«Mister Kenyatta» pour lancer la machine. Ça balance plutôt bien. Puis, c’est «Hocus Pocus» et «Total Pole». On est en terrain connu et ça joue pour le plaisir. Chacun y va de son solo. Van Rossum a tendance à devancer légèrement le tempo, à entraîner les autres dans sa fougue. Son jeu est assez nerveux. Gerstmans et De Haas tiennent solidement la rythmique. Le batteur fait ressortir son côté percussionniste, idéal pour ce type de musique. C’est dansant et chaud. Rousselet et Higham jouent les contrastes. Brillant et découpé pour le trompettiste, souple et enveloppé pour le sax ténor

joe001
Joe Higham, avec son humour tout britannique, présente les différents morceaux dans une ambiance détendue. On continue le voyage en faisant un détour du côté de chez Mobley avec «Funk In Deep Freeze» et un crochet par «All Or Nothing At All».

C’est au troisième set, quand le club se dégarnit un peu, que le groupe bouscule un peu les thèmes et se lâche un peu plus. Joe Higham prend des solos plus audacieux sur le merveilleux «Search For The New Land». Van Rossum saute sur l’occasion. Et, bien entendu, Sam en profite aussi: ce morceau ne demande que ça! On joue un peu plus «sale», un peu plus ouvert. J’aurais d’ailleurs bien aimé entendre un «Sonic Boom» à ce moment-là… mais le concert se termine déjà. Il est encore «tôt» pourtant. Allez, encore un «Pat ‘n’ Chat» de Mobley pour la route.

On reverra avec plaisir Joe Higham avec The Wrong Object (dans un tout autre style, donc) à Jazz à Liège et l’on est impatient de le revoir sur scène avec son excellent projet Al Orkesta (dont j’avais parlé ici) au Jazz Gaume Festival en août.

 

A+

 

12/10/2009

Le premier mercredi des Lundis

 

Soirée d’ouverture des Lundis d’Hortense, mercredi 30 septembre à la Jazz Station. Un monde fou. Cette année, plutôt que la traditionnelle jam festive (c’est souvent bien mais parfois un peu désordonné), les LDH ont eu l’idée de donner «carte blanche» à un musicien.

001
C’est  à Tuur Florizoone qu’est revenu le privilège – et la lourde responsabilité – d’organiser le concert. Et il n’a pas choisi la facilité. Pourtant, comme me le disait Jan de Haas, il a réalisé l’impossible : rassembler un maximum de jazzmen et, en plus, élaborer un programme complet, construit et bien pensé.  Et Tuur n’a décidément pas ménagé ses efforts, puisqu’il a également re-arrangé certains morceaux suivant la configuration des différentes formations et des instrumentistes.

Ainsi, on débute par un classique pop revisité jazz (« Don’t Stand So Close To Me » de Police magnifiquement chanté par Barbara Wiernik et (??) qu’accompagne Tuur) pour terminer par une version déjantée de «Good Bye Pork Pie Hat» interprété par un big band de soufflants.

Entre ces deux beaux moments, on suit une évolution intéressante et toute en souplesse au travers de différents courants jazz. Tour à tour, les musiciens se succèdent sur scène. Duo, quartette, quintette, big band, tout s’enchaîne avec une incroyable fluidité et il n’y a aucun temps mort. Chapeau Monsieur Tuur.

On retrouve ainsi sur scène Jean-Louis Rassinfosse (cb), Stephan  Pougin (dm), Alain Pierre (g) et Alexandre Cavalière (violon) pour accompagner Tuur dans son «Café Terminal». Le titre est tiré de la bande originale de l’excellent film «Aanrijding in Moscou» (ou «Moscow, Belgium») qui a reçu plusieurs prix à travers le monde, dont celui de la Critique à Cannes, et qui est passé un peu trop inaperçu du côté francophone de notre pays (no comment…).

Le mariage accordéon et violon est flamboyant et le final explosif.

P1080102

Direction le Brésil avec «Evinha, Minha Vizinha» à bord d’un Tricycle (Philippe Laloy (ss) et Vincent Noiret (cb) ) augmenté de Jan de Haas (dm), Henri Greindl (g). Détour du côté de chez Garrett List avec un morceau qui lui est dédié («To Autumn») dans lequel on peut entendre le chant déchirant -  presque un cri, un râle – de Barbara Wiernik. Impressionnant.

Puisque Pirly Zurstrassen (p) est sur scène, on enchaîne avec le très slave et très dansant «H dance». On y retrouve une bonne partie du groupe Musicazur, dont le virevoltant Kurt Budé à la clarinette. Dans la salle archi-comble (c’est une épreuve pour atteindre le bar) l’ambiance est joyeuse, décontractée, conviviale. Le bonheur se lit sur le visage de tous les spectateurs et des musiciens. Tuur sait y faire. Alors, il nous donne un peu de tendresse et de calme avec une belle, triste et lente ballade («Epilogue») avant de nous ramener sur la route de la fête avec «Un, Deux» qui fleure bon la musique tzigane. Ils sont de plus en plus nombreux sur scène (Toine Thys, Thomas Champagne, Fred Delplancq, Daniel Stokart et plein d’autres) pour fêter un «Mum’s Birthday» enchaîné à un «Double Booked» très Mingusien. Joli prologue quand on sait ce qui va suivre.

002

On remplit encore un peu plus la scène et l’on ajoute David Devrieze, Joe Higham, Pierre Bernard et d’autres encore, pour accompagner Jereon Van Herzeele, en soliste frénétique et volcanique, sur un «Good Bye Pork Pie Hat» éclatant.

Carton plein !

Mission accomplie, la jam peut commencer.

 

 

Quant à moi, je discute longuement avec Pierre Bernard, avec Jereon Van Herzeele (qui me ramène des nouvelles peu réjouissantes de Jean-Jacques Avenel), avec Alain Pierre et puis plein d’autres amis… et finalement, je refais le monde avec Fabrice Alleman (déjà écouté le superbe «The Duet» avec Jean Warland ?)…

 

Les Lundis, c’est tous les jours la fête des jazz.

 

A+

 

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
009

C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
008

Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
001

Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
004

C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
005

Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
006

Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
007

On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
003

Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+