04/06/2016

Nasa Na - Jazz Station - Live 91 Album Release

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Il y a près de 30 ans, c’était au Kaai, que ça se passait. Club mythique initié par Etienne Geeraerd et Pierre Van Dormael. C’est là que Nasa Na, groupe non moins mythique, y jouait chaque mercredi soir. Toutes les expérimentations et tous les risques étaient permis. C’était un terrain de jeu exceptionnel pour Pierre Van Dormael et ses trois amis : Michel Hatzigeorgiou, Stéphane Galland et Fabrizio Cassol. C'est là que Nasa Na inventait une musique nouvelle.

Mais trop rapidement, le groupe «splitte» en '92, Pierre étant trop occupé à écrire pour son frère la musique de «Toto le héros»... Et puis, Aka Moon a pris la relève…

De cette époque, peu de matériel subsiste. Il reste quelques brides d'enregistrements vidéo (merci «Cargo De Nuit»)… On parle bien d'une cassette qui circule quelque part... Et à part les souvenirs, rien...

Mais !

Mais il existe aussi un enregistrement réalisé en 1991 dans un autre club légendaire de la capitale : le Sounds (qui fête ses trente ans cette année !).

Ces bandes, précieusement conservées, restent longtemps inexploitées. Cependant, peu de temps avant sa disparition, Pierre Van Dormael les réécoute et se dit qu’elles ne peuvent pas rester indéfiniment à l’ombre…

Il a fallu plus de sept ans de réflexion, de réécoute et de re-réflexion pour nettoyer – sans tricher et sans retoucher – les fameuses bandes enregistrées magnifiquement par Michel Andina… Le résultat : Nasa Na Live 91, l’album que l’on attendait plus, vient de sortir chez Outhere.

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Pour fêter ça, la Jazz Station a invité Michel, Stéphane, Fabrizio et le fabuleux Hervé Samb (qui mieux que lui pouvait tenir la guitare dans ce projet ?) à rejouer la musique de Nasa Na.

Bam ! Deux soirées sold-out. Deux soirées de folies musicales.

Toute la base de la musique d’Aka Moon est là. Cette musique unique, faite de couches rythmiques incroyables, faite de funk, de blues «Qui est cette femme ?», de rock «Hi, I’m From Mars», de folk, de musique contemporaine… Tous les ingrédients sont là.

Les quatre musiciens s’amusent et jouent cette chose tellement complexe – mais tellement organique - avec une désinvolture incroyable. Cela fait bien partie de leurs gènes ! Rappelons que le groupe a à peine répété avant ces deux concerts flamboyants !

Ces rythmes impairs, décalés, superposés… Ce groove infernal ! Ces changements de temps soudains ! On est transporté.

Hervé Samb, très impressionnant, s’emballe et va même jusqu’à épuiser les amplis, Fabrizio Cassol, plonge dans les thèmes, avant de regarder Stéphane Galland et Michel Hatzi ferrailler entre eux. Alors, il y «Bruit»… un tube. «Destinations», «Aka Dance»… On prend un pied pas possible !

Le groupe s’amuse à tailler la musique, comme on s'amuse à casser du petit bois pour attiser un immense un incendie... Le groupe dégage une énergie terrible. Pour tout un pays ! On peut fermer Doel et Tihange !

Quelle soirée !

25 ans après, la musique est restée d’une modernité inouïe. Normal, Nasa Na était en avance sur son temps…

Quant à Pierre Van Dormael, c'est confirmé, il est bien immortel.

 

 

A+

(Merci à Roger Vantilt pour les photos)

18/09/2015

Saint-Jazz-Ten-Noode 30 ans ! L'interview

Saint-Jazz-Ten-Noode fête ses 30 ans cette année !

Voilà qui mériterait bien un bon gros gâteau d’anniversaire !! … Ha non, Dimitri Demannez n’aime pas ça. Il préfère un bon gros plateau de bonnes musiques. Alors, avec Fanny De Marco, ils nous ont concocté une affiche plutôt appétissante.

On regarde ce qu'il y a au menu des trois jours (24, 25 et 26 septembre) avec Dimitri et Fanny ?

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Saint Jazz-Ten-Noode, c’était comment, il y a trente ans ?

Le festival a débuté sur une idée de mon père, Jean Demannez. Il a mis ça sur pied avec quelques amis, dont Pol Lenders, le célèbre patron du Pol’s Jazz Club. Celui-ci avait déjà essayé de faire un festival sur la Place Fernand Cocq, en face de son fameux Bierodrome, mais ça n’a pas trop bien marché. Comme il cherchait un autre lieu, mon père lui a proposé la place St-Josse.

Sous chapiteau ?

Au départ c’était un tout petit podium, en plein air. Mais, dès la deuxième année, ils ont pris une drache formidable et ils ont décidé de faire les éditions suivantes sous tente. Ce qui n’était pas toujours évident pour l’acoustique, mais le public était évidemment enchanté. Il y avait un côté très populaire, c’était la grande fiesta et c’était gratuit.

Mais cela a évolué au fil des années. Il y a eu différents lieux, il y a même eu une édition sur la Place Rogier.

Oui, c’était pour les vingt ans. C’était un plus gros podium qui était impossible à monter sur la place à St-Josse. On avait vu plus large cette année-là, pour marquer le coup. On avait invité Michel Jonasz, par exemple, mais aussi Thomas Dutronc, qui débutait à l’époque. Puis, on est revenu sur la place St-Josse. Mais cela a, en effet, un peu bougé. Quand la Jazz Station s’est créée, on a pris l’habitude d’organiser un concert là-bas. Par la suite, on a décidé de terminer le festival par des concerts à l’Orangerie du Botanique. Il y a trois ans, après les élections, cela est devenu un peu plus compliqué de collaborer avec la commune. Nous avions deux choix : soit arrêter, soit changer la formule. On a proposé au Botanique de collaborer ensemble. Ils étaient ravis d’accueillir du jazz, car cela diversifiait un peu leur offre plutôt centrée sur le rock, la pop ou la chanson française. Et puis là, au moins, on est libre.

Vous avez vu des évolutions, côté public ? Le festival draine-il de plus en plus de monde ?

C’est difficile à dire car au début c’était sous chapiteau et ouvert à tout le monde. Difficile de comptabiliser cela. Mais il y a toujours eu beaucoup de monde. Même depuis que la formule est devenue payante. Mais il faut dire que c’est franchement démocratique : entre 6 et 10 euros pour des têtes d’affiches comme celles que nous présentons, c’est cadeau.

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©Jean-Louis Neveu

 

Parlons de la programmation justement. Y a t-il un fil rouge ? Y avait-il une envie d’inviter les groupes qui ont marqués les éditions précédentes par exemple ? Faire un hommage, retrouver un peu de nostalgie ?

Au départ, nous étions parti dans cette optique. Mais il y avait des artistes que j’avais envie de programmer et qui n’étaient jamais venus, comme Dédé Ceccarelli, que je voulais inviter depuis longtemps, par exemple. Alors, on a un peu mélangé les artistes, en tentant de faire une chouette programmation qui tienne la route. Et on a cherché un thème par soirée. Le premier soir, le jeudi 24 à la Jazz Station, on a rassemblé des guitaristes. Il y a d’abord Lorenzo Di Maio, qui présente son tout nouveau projet personnel avec Jean-Paul Estiévenart, Nicola Andrioli, Cédric Raymond et Antoine Pierre. On est très heureux d’avoir l’exclusivité de cette première. Ensuite, il y a Hervé Samb qui présente son projet avec Reggie Washington, Olivier Temine et Sonny Troupé. Ce n’est pas rien ! Le vendredi 25, au Bota, on propose une soirée plus “jazz”, entre guillemets et le samedi 26, toujours au Bota, une soirée plus “groove”. Et cela se termine au Bravo pour une jam finale !

On passe en revue le menu de vendredi ?

Oui. Fabrice Alleman, qui n’était jamais venu au festival, lui non plus, et que l’on espérait depuis longtemps, viendra avec son quintette présenter Obviously, superbe album sorti en 2013 déjà, chez Igloo. Ensuite, il y aura Toine Thys en trio avec Antoine Pierre et Arno Krijger.

Et puis, ce jour-là il y a André Ceccarelli !

Que je voulais le programmer depuis longtemps. De plus, au studio-école de batterie dans lequel je travaille, l’un des profs ne cessait de me répéter que je devais absolument l’inviter. C’est d’ailleurs lui qui m’a donné les coordonnées d’André. J’ai donc appelé le batteur français en pensant devoir passer par des manager et, en fait, André est un type tellement simple, accessible et enthousiaste, que tout s’est arrangé très vite et très simplement. Il viendra avec Baptiste Trotignon et Thomas Barmerie ! Il n’a pas souvent l’occasion de venir jouer à Bruxelles. En plus, il a décidé de jouer un peu moins souvent en général, c’est pourquoi je suis vraiment très content et très fier qu’il vienne chez nous !

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©kwestion.be

 

Le samedi est donc plus accès groove et jazz fusion.

Il y a d’abord Brzzvl qui était venu il y a trois ou quatre ans et qui avait cartonné. Et cette fois-ci, ils reviennent avec Anthony Joseph. Ça va être terrible pour démarrer la soirée.

Oui, je les avais vu dernièrement à l’Epaulé Jeté, sans Anthony Joseph, et c’était vraiment costaud. De plus, l’album « Engines » est vraiment excellent. Revenons à la programmation de samedi, il y a Ourim Tourim, que je ne connais absolument pas.

Ça c’est le groupe que les gens vont découvrir ! Ce sera une belle surprise, je pense. Ils sont six et pratiquent un afro-jazz un peu soul. Je connaissais le bassiste Clive Govingen, qui a participé à certaines jams ici à Bruxelles et qui était déjà venu au Saint Jazz avec Jerry Leonid et Boris Tchango. Ourim Toumim est un tout nouveau groupe et nous sommes très emballé de le présenter cette année chez nous.

Puis Nicolas Kummert vient en quartette.

Il vient avec un projet inédit. C’est lui qui nous à proposé cette formule et on n’a pas longtemps hésité quand il nous a dit que c’était avec Nic Thys, Karl Jannuska et Lionel Loueke ! C’est quand même un guitariste très en vue à New York, et dans le monde entier d’ailleurs. Il joue régulièrement avec Herbie Hancock, Terence Blanchard, Gretchen Parlato, Avishai Cohen, Jef Ballard ou Robert Glasper... Ça va être fabuleux, j’en suis sûr !

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©nc

 

Et pour finir : Da Romeo. Et là on ne sait pas à quelle heure ça va se terminer !

On a un timing à respecter, même si ça risque de déborder, car il y a la jam finale au Bravo… et là, ça risque de se terminer très tard. Ou très tôt le matin, c’est selon. Donc, Da Romeo sera là avec Eric Legnini, Julien Tassin, Alex Tassel, Christophe Panzani et Arnaud Renaville. Ça va cogner. Et puis, pendant toute la durée du festival, le vendredi et samedi au Bota, il y aura la bourse aux disques qui sera accessible tout le temps, contrairement aux autres années où l’horaire était limité.

 

 

Voilà une superbe affiche de concerts évènements, qui mélange nouveaux projets et talents plus que confirmés.

C’est mieux qu’un gâteau, non ?

 

A+

11/03/2014

Nicolas Kummert Voices - Au Rideau Rouge

 

Il y a du monde dans la chaleureuse et toute petite salle du Rideau Rouge à Lasne ce mercredi soir (5 mars) pour découvrir le deuxième «volume» de Voices de Nicolas Kummert.

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Rappelez-vous : One, premier album sorti en 2011, était, à mon sens, l’une des plus belles réussites de l’année où l'on entendait le saxophoniste-poète chanter et déclamer (et se débattre aussi avec les ayants droit de Jacques Prévert qu’il voulait pourtant célébrer) sur des musiques raffinées et groovy à la fois.

Cette fois-ci, le nouvel album est construit autour de la personnalité de Trayvon Martin (assassiné sans raison en 2012 en Floride) mais plus largement aussi autour du droit à la différence. L’illustration de Madeleine Tirtiaux, sur la pochette de l’album, fait explicitement référence à Trayvon - mais aussi au mouvement «capuche» qui s’est développé aux Etats-Unis juste après le tragique événement - et évoque aussi «Le Cri» de Munch ou l’homme schizoïde de King Crimson. L’album aurait pu s’appeler Révolte ou Rébellion, mais il s’appelle Liberté (sorti chez Prova Records). Cela correspond bien plus à l’esprit de Nicolas Kummert.

Pour débuter le concert, le leader plante le décor avec un discours digne et engagé, entre slam et déclamation. S’enchaîne alors «Stand Up Today», sorte de lente complainte mâtinée de blues. Kummert égraine les paroles, accompagné par ses musiciens qui font les chœurs. Puis, un superbe solo de basse électrique de Nicolas Thys vient renforcer plus encore cette ambiance pleine de retenue et méditation.

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Si Nicolas Thys (eb) ainsi qu’Hervé Samb (eg) sont toujours présents dans ce deuxième opus, Jozef Dumoulin et Lionel Beuvens ont cédé leur place à Alexi Tuomarila (p) et à Jens Maurits Bouttery (dm).

Ce dernier possède décidément un jeu très personnel, presque tachiste et surtout foisonnant d’idées. Il se tortille sur son tabouret pour doser avec minutie les sons qu’il colore magnifiquement. C’est à la fois léger et hyper contrasté. Il offre tout le temps un groove tendu à l’ensemble (son drive sur «Une Affaire de Famille», en fin de concert, est plutôt éblouissant).

De son côté, Hevé Samb est, lui aussi, lumineux dans ses interventions. Tous ses accords sont swinguants, légèrement enrobés de blues et de musiques africaines. C’est particulièrement frappant sur «Isaac», un morceau irrésistible qui flirte avec l’afrobeat.

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C’est aussi sur ce morceau, au second set, qu’Alexi Tuomarilla, jusqu’alors assez discret, dévoile tout son talent. Le pianiste exécute avec une facilité déconcertante - et sur un rythme endiablé - des enchaînements d’accords fabuleux. Et la musique s’enflamme. Et ça danse et ça bouge. Le dialogue ente Jens Bouttery et Alexi Tuomarila est jubilatoire.

Mais le pianiste finlandais sait aussi se faire très romantique et très sensible, comme sur «Willow Song», par exemple.

Nicolas Kummert manie avec beaucoup de d’intelligence et d’ à-propos les moments forts et les instants plus introspectifs, donnant de la puissance aux histoires. Et puis, il n’hésite pas non plus à reprendre – à la talkbox, qui déforme totalement sa voix – «Strange Fruit» qui résonne alors de façon plus inquiétante encore.

Avec ce deuxième opus, Nicolas Kummert définit plus encore son univers, à la fois sombre et plein d’espoir.

Bref, une fois de plus, une très belle réussite.

 

 

 

A+

 

 

09/06/2012

Strange Fruit - Fabrizio Cassol au Théâtre National

La veille - le jeudi 31 mai - Fabrizio Cassol et tous ses amis musiciens et chanteurs avaient fait salle comble au KVS.

Ce vendredi 1er juin, la bande - toujours au grand complet – s’est déplacée d’une centaine de mètres, a traversé le Boulevard Jacqmain, et est allée remplir le Théâtre National.

Strange Fruit - c’est le nom du spectacle - est une longue histoire que le saxophoniste d’Aka Moon a trimballé avec lui depuis plus de cinq ans pour la façonner minutieusement, de manière presque secrète.

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Inspiré par la célèbre chanson d’Abel Meeropol, Fabrizio Cassol a créé un étonnant conte musical qui mélange les genres et fait fi des frontières. Le jazz, l’opéra, le classique, le folk, les chants africains… tout y est, tout y passe. Et l'on y entend toutes les influences du musicien, toutes ses émotions et tout son engagement.

On pourrait craindre que cela n’aille dans tous les sens, mais ce serait sans compter sur la clairvoyance et l’intelligence du compositeur qui s'est astreint à garder un discours déterminé et une ligne de conduite éclairée.

Et cette ligne fédératrice, c’est l’humanité. Celle qui permet d’harmoniser toutes les différences.

D’ailleurs, avant d’entamer le concert, Fabrizio laisse la place à deux représentants du Collectif des Maliens de Belgique pour qu’ils exposent et nous sensibilisent à la situation désastreuse du Mali. Les mots sont simples, brutaux, terriblement imagés et d’une force inouïe. Une courte minute de silence s’en suit. Lourde. Pesante.

Alors, comme pour chasser les mauvais esprits et redonner de l’espoir, la voix de Baba Sissoko résonne du fond des coulisses. Il entre sur scène accompagné de trois autres joueurs de Tama qui laissent éclater un chant rassembleur.

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Entre-temps, Stéphane Galland s’installe derrière sa batterie et entre aussitôt dans la danse. Michel Hatzigeorgiou fait de même à la basse électrique. Et puis il y a aussi Hervé Samb à la guitare électrique. Et derrière, il y a Bart Defoort (ts), Laurent Blondiau (tp), Michel Massot (tb) et Magic Malik (flûte). De l’autre côté, Eric Legnini s’est entouré de claviers (piano, Fender, moog).

Mais il y a aussi la Choraline - le chœur des jeunes filles de La Monnaie aux voix sublimes, diaphanes et célestes - qui occupe le fond de la scène. Sous la direction de Benoît Giaux, ces adolescentes d’une quinzaine d’années vont sublimer la soirée de par leur aisance et leurs qualités vocales.

Entrent ensuite en scène Oumou Sangaré, magnifique dans son boubou rose, Marie Daulne, plus sensuelle que jamais dans une robe de voiles noirs et Cristina Zavalloni, divine et troublante comme la reine dans Blanche Neige.

Tour à tour elles chanteront «Soukoura», «Sehet Jesus», «I Can’t Sleep Tonight». C’est un mélange de voix plus subtiles les unes que les autres. L’émotion transpire, les portes de l’improvisation s’ouvrent.

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Marie Daulne, en duo avec Eric Legnini, donne sa vision de «Strange Fruit», à la fois solennelle et cruelle, dans laquelle elle injecte quelques paroles en français avant d’aller disséquer les mots en anglais. Le frisson perdure lorsque, de sa voix de mezzo-soprano, Cristina Zavalloni reprend le thème, accompagnée par la Choraline.

Puis, Kris Dane, guitare acoustique en bandoulière, vient implorer les grâces d’un poignant «If Jesus…», avant de laisser Oumou Sangaré nous chanter et nous parler de ses «Enfants de la rue». La voix de la diva malienne est sublime et unique (haa... cette patine légèrement graineuse). Elle fait passer toute la générosité d’une vie au travers de son chant.

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Etonnamment, Fabrizio Cassol intervient assez peu dans son spectacle. Mais, il est pourtant bien présent. Il met en valeur l’histoire, la musique et les musiciens, et dirige l’ensemble de main de maître.

Fabrizio invite David Linx à venir enflammer plus encore le Théâtre. Sur «Some Days», le chanteur se lâche complètement et entraîne avec lui Hervé Samb dans des solos incandescents, puis répond aux improvisations toujours surprenantes de Magic Malik avant de dialoguer jusqu’à la folie avec Cristina Zavalloni. Alors, tout le monde revient sur scène et Baba Sissoko fait exploser le final avec un «Farka» tonitruant et délirant.

C’est ça le voyage de Fabrizio. C’est partir de l’Afrique, passer de l’autre côté de l’Atlantique, revenir en Europe et repartir. Ailleurs. Encore. Toujours.

Le public est debout, danse et chante. Fabrizio ne peut se soumettre à un rappel des plus festifs.

Avec un tel line-up (ils sont près de 60) on n’aura pas souvent l’occasion de voir Strange Fruit sur scène (mais, qui sait, les rêves finissent parfois par se réaliser) alors, heureusement, il y a le disque. Il est paru chez Blue Note et il restera sans aucun doute un point de repère inaltérable dans la carrière de Fabrizio Cassol. C’est un album qui défiera le temps car il est unique (un peu comme cet autre monument auquel ont participé la plupart de musiciens ce soir : «A Lover’s Question», de Linx, Baldwin et Van Dormael).

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Bref, cet album risque d’être intemporel. Intemporelle comme l’est aussi la chanson «Strange Fruit», pour laquelle David Margolick a consacré un ouvrage indispensable (paru chez Allia) que je vous recommande tout autant.

 

A+

 

26/09/2011

Saint Jazz Ten-Noode 2011

Comme chaque année à pareille époque, on a tendu le grand chapiteau blanc sur la place Saint-Josse pour le Saint-Jazz-Ten-Noode. Cette fois-ci, l’événement est sous-titré : « Aux frontières du jazz ». Dimitri Demannez et une belle bande de bénévoles se sont donc coupés en quatre pour nous offrir une affiche plutôt excitante.

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Le public est encore un peu disséminé, quand j’arrive samedi sur les coups de 17h.30. Une bonne partie cherche encore quelques perles rares à la bourse aux disques qui se tient à deux pas, tandis que d’autres écoutent sagement le quartette de Fabrizio Graceffa. Le guitariste, accompagné de Boris Schmidt (cb), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Lionel Beuven (dm) nous propose de parcourir son disque « Stories » sorti l’année dernière chez Mogno. L’ambiance est à la plénitude, aux longues harmonies douceâtres, aux développements contemplatifs. Il y manque parfois un peu de surprises. Il faut dire que la finesse des arrangements et la subtilité de l’écriture de cette musique intimiste se perdent un peu sur cette grande scène. A revoir en club pour en profiter pleinement.

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Voices de Nicolas Kummert (ts, voc) fait à nouveau monter le niveau. Contrairement au dernier concert que j’ai vu (à Bruges), celui-ci est peut-être un peu plus tendre et doux. Bien sûr, il y a toujours cette spirale ascendante qui nous emmène vers un climax fiévreux (« Folon », introduit magistralement à la guitare par Hervé Samb) ou des moments endiablés (« Affaires de Famille »). Et puis, il y a toujours un Alexi Tuomarilla (p) éblouissant et une rythmique d’enfer (Lionel Beuvens (dm) et Axel Gilain (cb) en remplacement de Nicolas Thys). Du top niveau.

C’est le tremplin idéal pour faire connaissance avec les amis de Baba Sissoko : Stéphane Galland et Boris Tchango aux drums, Reggie Washington à la basse électrique, Alexandre Cavalière au violon et de nouveau Nicolas Kummert au ténor et Hervé Samb à la guitare.

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Avec deux batteurs, le ton est rapidement donné, ce sera festif (pouvait-on attendre autre chose de Baba Sissoko, d’ailleurs?). La place est maintenant totalement remplie et prête à danser. C’est parti pour une heure - et bien plus - d’énergie et de bonne humeur africaine. Baba fait parler son Tama et invite les autres musiciens à la conversation. Ça fuse dans tous les sens et chacun à droit à la parole. Hervé Samb est un des premier à plonger de plain-pied dans la transe. Avec une dextérité peu commune, le guitariste Sénégalais enflamme le chapiteau. Et puis, c’est une «battle» entre les deux batteurs, suivi d’un duel entre Baba et Stéphane Galland, puis entre Baba et Boris Tchango. Et la salle danse et se dandine de plus belle en reprenant en chœur les chants du griot. Que du bonheur !

Le temps d’aller saluer et féliciter ce petit monde et je me dirige vers le Botanique pour les deux derniers concerts à l’Orangerie.

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Belle découverte que celle du trio R&J. Clive Govinden (eb), Jerry Leonide (keyb) et Boris Tcahngo (dm) déballent un jazz qui rappelle parfois la fusion des années ’70 ou la musique de Mario Canonge. Après quelques morceaux sans trop de surprise, la température monte soudainement. Le trio injecte encore un peu plus de funk et de R&B. Yvan Bertrem en profite pour monter sur scène et entame une danse dont il a le secret. Mais bien vite, le service de sécurité (qui n’a rien compris à ce qui se passait) empoigne le danseur et le ramène dans le public. Heureusement, tout cela n’altèrera pas la bonne humeur ambiante. Hervé Samb, décidément partout ce soir, sera invité (sans se faire jeter par le service d’ordre, cette fois) à partager la scène. Brûlant !

Tout cela est parfait pour préparer le terrain au feu d’artifice final : Reggie Washington (eb), Gene Lake (dm) et Jef Lee Johnson (g).

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Nos trois hommes arrivent sur scène avec décontraction et simplicité. «First gig in my hometown», lâche Reggie. Ça en dit long sur son rapport avec sa ville d’adoption. Il y a quelque temps, il en témoignait dans So Jazz, sans aigreur, mais avec juste avec une petite pointe d’incompréhension. Mais ce n’est pas pour ça qu’il va rouler des mécaniques ce soir. Reggie est heureux d’être sur scène et de faire de la musique avec ses potes. Et c’est un vrai concert où le public et les musiciens apprennent à se connaître. Et c’est la musique qui les réunit. C’est blues. Du blues mâtiné de funk sensuel et de soul pure.

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Reggie déroule des lignes de basse avec une fluidité déconcertante. Elles se mêlent aux mélodies imprévisibles d’un Jef Lee Johnson, affalé dans son fauteuil. Gene Lake fait claquer ses drums. C’est sec et fin, vif et malin. Le mélange est détonnant et le trio fait monter la tension sans aucun artifice. Il nous prend par la main et nous emmène plus haut, toujours plus haut. Du grand art. Jef Lee Johnson joue à la limite du larsen avec finesse. Il raconte des histoires insensées avec ses doigts… et puis il chante, de cette voix grasse et fatiguée. L’alchimie entre ces trois artistes est unique. Avec eux, on passe par toutes les émotions. Absolument captivant.

Il paraît qu’un album est en préparation… Ça promet, ça promet…

Les saints du jazz étaient avec nous ce week-end.

A+

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

21/03/2011

Printemps, jazz et poésie. Nicolas Kummert Voices

 

Quatorzième rendez-vous du «Z Band» (chaque trimestre, une poignée d’irréductibles bloggeurs – voir la liste en bas d’article – écrivent sur un sujet commun et le mettent en ligne en quasi-simultanéité). Thème du jour: printemps, jazz et poésie.

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Nicolas Kummert Voices

Avec un tel nom - plutôt que «groupe» ou «quintet», par exemples - le projet de Nicolas Kummert en dit déjà long ses intentions. Il faut dire que le saxophoniste chante dans son instrument depuis quelque temps déjà, à la manière d’un Rahsaan Roland Kirk ou d’un Magic Malik.

Mais, cette fois-ci, l’objectif semble nettement plus défini.

Le projet «Voices» a vu le jour au Gaume Festival 2009, lorsque Jean-Pierre Bissot a offert une carte blanche à Nicolas Kummert. Tout heureux, celui-ci a rassemblé autour de lui quelques superbes musiciens. Hervé Samb (g), Nicolas Thys (b), Jozef Dumoulin (p) et Patrick Goraguer (dm) (remplacé, depuis, par Lionel Beuvens). Deux ans plus tard, «One», le disque, est sorti chez Prova Records et une belle tournée s’en est suivie.

Kummert aime mélanger les genres. On l’a vu dans des groupes de musiques ethniques, des groupes de rock ou aux côtés de DJ. Il aime les rythmes de la musique africaine, il aime le reggae, la pop, la chanson et le jazz bien sûr. Et il aime les voix.

Alors, sur le morceau qui ouvre l’album, dans un balancement ample et doux, tout le monde chante ou fredonne. «Petit Simon Millionnaire» nous emmène en douceur au pays de la poésie…

Car, il y a de la poésie. Beaucoup de poésie.

Nicolas Kummert adore Jacques Prévert. Et on l’imagine bien, se baladant avec son saxophone sous le bras, un livre de Prévert dans les mains et des «Paroles» dans la tête.

Mettre en musique les paroles de Prévert, voilà son rêve.

Seulement, les ayants droit ne l’entendent pas tout à fait de cette oreille. Qu’à cela ne tienne, Kummert rendra hommage à Prévert à sa façon, sans oublier de régler quelques comptes au passage. Empêché de reprendre les mots du «Grand Jacques», il en évoque l’esprit, remettant quelques pendules à l’heure avec «Affaires de Famille» (clin d’œil à «Familiale») et «Compagnons Des Mauvais Jours».

Il trempe une plume amère pour écrire puis déclamer et chanter, avec beaucoup de classe et de dignité, sa tristesse face à ce refus. C’est que, Nicolas Kummert compose bien, joue bien, chante bien et en plus - le bougre – il écrit bien.


Ceci n’est pas un texte de Prévert

Tel que j’aurais aimé vous le conter.

Sans s’intéresser à mon univers,

Sans même se donner la peine d’écouter,

La petite fille argentifère,

Les ayants droit m’en ont empêché.

Foutez la paix à mon grand père

Personne ne vous a rien demandé.

Repose en paix, grand-père Prévert,

Tes héritiers veillent au grain.

Tes poèmes restent dans leur verrière

Et tes paroles dans ton couffin.

Seules tes idées sortent de terre

Car une idée, ça ne vaut rien.

Car c’est bien d’une histoire de grains

Qu’il s’agit, vous vous en doutez.

Des petits grains tout ronds,

Hérités, pas gagnés.

Collectés, grappillés.

Pas mérités par ces dindons.

Surtout pas cultivés.

Collectés, grappillés.

Moi, dégoûté par cette trahison,

J’en ai massacré mon poulailler.

Compagnon des mauvais jours,

Je te souhaite une bonne nuit

Car aujourd’hui, c’est la basse-cour

Qui rançonne ton usufruit.

Comprend-moi bien vieux Jacques,

Ta casquette et ta pipe en bois,

Qu’ils en héritent, tes oisillons.

Mais tes poèmes, ils sont à moi

Ainsi qu’aux autres compagnons…

(© Nicolas Kummert – Compagnons des mauvais jours)


Rassurez-vous, tout cela se fait en douceur et en subtilité toute musicale. Après ces paroles fredonnées ou chantonnées, comme débarrassé d’un poids, le groupe fait place à la fête, laisse éclater le groove et chacun y va de son solo. Et je vous jure qu’on dodeline de la tête et qu’on bat du pied. Prévert aurait aimé.



 

Mais «Voices» n’est pas centré uniquement sur le célèbre poète français.

Outre quelques compositions originales (dont le très beau «Mourir Vivant»), on y retrouve aussi  un «Monk’s Dream» étonnant: en version reggae! Le sax sonne, ondule, cri parfois et c’est irrésistible.

Puis, Hervé Samb fait sonner sa guitare à la manière d’un n’goni sur «Folon» de Salif Keita, tandis que Nicolas Thys et Lionel Beuvens assurent comme de fous une rythmique endiablée.

De «Close To You» (cette douce sucrerie pop que Burt Bacharach a écrit pour les Carpenters), Kummert en fait un bouquet de fleurs. C’est plein de finesse et de tendresse primesautière. D’abord une intro à la boîte à musique, puis un chant délicat… et la magie opère. Les échappées brillantes et fraîches de Jozef Dumoulin, qu’on a tellement l’habitude d’entendre au Fender Rhodes, rappellent ici qu’il est aussi un très grand pianiste.

«Voices» a tourné pas mal en Belgique, autant en Wallonie, à Bruxelles, qu’en Flandre, (histoire de tordre le cou à nos absurdes problèmes communautaires) avec Alexi Tuomarila au piano. Pur plaisir qui, je l’espère, se renouvellera et débordera même hors de nos frontières, parce que  «Voices» s’écoute et se réécoute avec bonheur. Comme une poésie de printemps.

 

A+

 

Les autres poètes du Z Band :

Ptilou’s Blog

Belette et Jazz

Jazz Frisson

Jazz O Centre

Flux Jazz

Dorham's posterous

MysterioJazz

 

18/09/2010

Mons en Jazz Festival

Petit passage à Mons vendredi 1er septembre pour assister à l’une des deux soirées de Mons en Jazz. Organisé par Aziz Derdouri, le festival a vu le jour en 2000 (en même temps que l’ouverture de son célèbre et regretté K.Fée qui a accueilli un nombre incalculable de jazzmen belges et étrangers). Après avoir épuisé diverses formules (dans les cafés de la ville, sous chapiteau, etc.), c’est désormais dans la petite salle Abel Dubois (où se trouvait jadis la RTBF) qu’Aziz organise l’événement. Si Mons en Jazz cherche encore un peu sa vitesse de croisière au niveau de l’affluence, sa programmation ne dévie pas de l’objectif initial. Elle se veut pointue sans pour autant être élitiste. Est-ce pour cette raison que le public se fait encore un peu trop timide? Il y a pourtant de quoi attiser la curiosité de tous. Ce week-end, il y avait une place pour le jazz de demain (Adrien Volant), une pour le jazz actuel (Voices de Nicolas Kummert, Hermia-Tassin quartet, Qu4tre, Jean-Louis Rassinfosse trio), une belle place pour le grand Hamid Drake et une autre pour saluer le renouveau du jazz british, (on connaissait Polar Bear, Neil Cowley ou encore Robert Mitchell, voici Get The Blessing, anciens musiciens de Portishead). Avouez que l’affiche était alléchante.

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C’est donc le tout jeune quartette d’Adrien Volant (tp) qui ouvre le bal. Voilà de la fraîcheur, de la passion et du talent comme on en redemande. Entouré des non moins prometteurs Guillaume Vierset (eg), Felix Zurstrassen (eb) et Antoine Pierre (dm), le jeune trompettiste semble avoir de l’ambition et déjà une belle idée du jazz qu’il compte explorer. Entre les reprises de John Scofield («I’ll Catch You») et de Freddie Hubbard («Dear John») il glisse quelques compositions originales («Lunatic», «Don’t Eat This Meat») dont l’orientation est assez claire: un dynamique mélange de post bop et de jazz moderne inspiré de la jeune scène new-yorkaise. Et l’envie de remettre l’énergie, le swing et le groove en avant est évidente. Si je vous dis que le phrasé d’Adrien Volant s’inspire autant de Roy Hargrove que de Ralph Alessi, vous imaginez encore mieux l’ambiance? Malgré leur jeune âge, le groupe est déjà bien soudé et l’on sent chez eux un véritable plaisir à jouer ensemble. Un quartette à suivre de très près.

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Deuxième groupe à monter sur scène, Voices de Nicolas Kummert.

J’avoue que, sur papier, le projet me laissait un peu dans l’expectative, mais sur scène, il ne me fallut pas longtemps pour être conquis. Du jazz, du blues, du reggae, du Monk, du Salif Keita, tout se mélange immédiatement avec justesse, intelligence, modernité, équilibre et créativité. On connaissait déjà l’approche bien particulière de Nicolas au sax (un mélange de souffle et de chant) qu’il accentue ici en  poussant l’idée encore plus loin, puisque, cette fois, il chante «vraiment». Ou plutôt, il déclame d’une voix chantante des poèmes de Prévert… ou pas. Hé oui, l’idée première était de reprendre des textes du poète et de les habiller de musique. Mais, apparemment, les ayants droits ont les idées bien plus étroites que l’auteur des «Feuilles mortes». Heureusement, au-delà de cette bisbille, l’hommage persiste et le résultat n’en est que plus beau.

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Entouré d’une solide brochette de jazzmen, Nicolas nous ballade dans un univers bigarré. C’est tantôt chaud, tantôt dépouillé, tantôt incisif, mais c’est toujours excitant. Nic Thys, à la contrebasse, rebondit sur les mots et donne de l’épaisseur au groove dans un jeu d’une étonnante souplesse. De l’autre côté de la scène, Hervé Samb éblouit par la palette incroyablement riche d’émotions qu’il arrive à faire jaillir de sa guitare. Il invente des sons d’une incroyable limpidité. Au blues, il mélange des rythmes africains, des phrases complexes ou des riffs tranchants tout en soutenant un groove lumineux. Alexi Tuomarilla alterne les notes cristallines et les harmonies lyriques dans un jeu brillant et efficace, tandis que Lionel Beuvens colore, de façon parfois subtile ou parfois intense, un ensemble d’une cohérence parfaite. Nicolas Kummert «Voices» est en tournée avec le JazzLab Series en ce moment, et vient de sortir son album chez Prova. Ne ratez rien de tout ça!

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Après un très court moment, la scène est prête pour accueillir l’événement de la soirée: Hamid Drake (dm, perc) et Pascquale Mirra (vib). Entre ces deux amis circule une énergie souterraine intense. En débutant le concert par «Guinea» de Don Cherry, le duo nous plonge rapidement dans une musique hypnotique et subjuguante. Elle est à la fois onirique et organique. Les deux musiciens jouent d’ailleurs pieds nus, sans doute pour mieux sentir les fluides et les vibrations qui traversent la terre… Entre rythmes et pulsions, entre corps et esprit, la communion est parfaite. Évoquant parfois l’esprit d’un Bobby Hutcherson chez Dolphy, Mirra va chercher au plus profond de lui des improvisations mélodiques d’une grande sensibilité. Drake et Mirra dialoguent avec une grâce incroyable. Ils étouffent les sons pour mieux les laisser éclater, resserrent les rythmes pour mieux les délier, dessinent des paysages abstrait pour mieux parler à notre imagination. Les frappes de Drake sont remplies d’histoires, de poésie, de douceur ou de fièvre.

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C’est encore plus flagrant lorsqu’il se met au Bendir. Les deux musiciens sont alors au service de la musique et même, osons le dire, de l’humanité. Leur complicité est aussi forte que leur amitié, et cela se ressent dans leur musique. Moment magique et concert absolument magnifique.

On aurait bien voulu en entendre plus, mais, festival oblige, il faut laisser la place au dernier groupe de la soirée: Qu4tre.

 

Qu4atre, c’est Jacques Pili (eb), Marco Locurcio (eg), Nicolas Kummert (ts) et Lionel Beuvens (dm) - qui remplaçait ce soir l’habituel Teun Verbruggen.

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Ici, les influences rock et pop sont indéniables. On joue d’abord les boucles sombres et évolutives qui rappellent parfois le groupe Morphine et puis on trace sur des morceaux plus «carrés» et efficaces. Parfois aussi, on s’aventure dans le plus sophistiqué (avec «Balthazar», par exemple). Locurcio se fend de riffs qui peuvent rappeler ceux de John Fusciante mais s’évade aussi parfois sur le territoire d’un  Clapton ou d’un Ry Cooder. Jacques Pili, fait gronder une basse solide et agile, Lionel Beuvens maintient la pression et Nicolas Kummert se faufile à travers tout. Qu4tre est efficace et nerveux, il n’y manque plus - peut-être - que la notion de show scénique, histoire d’aller jusqu’au bout de l’idée.

 

Rendez-vous l’année prochaine à Mons ?

 

 

A+

 

26/06/2010

Fast Forward Festival... Rewind

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11 juin, il est près de 21h., Rockingchair vient de terminer son concert. Je l’ai raté. Je croise Fabrizio Cassol excité et ravi de ce qui vient de se produire sur scène. Il y a du monde. 'Son' Festival commence bien. Je rejoins le foyer du splendide bâtiment qu’est le KVS, et croise furtivement Airelle Besson. J’en profite pour me procurer l’album de Rockingchair. Musique aux multiples influences, nerveuse et ondulante, intelligente sans pour autant être intellectualisante, avec un travail remarquable sur le son… je vous le recommande.

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Pour célébrer le 25éme anniversaire de l’enregistrement du mythique «A Lover’s Question», il y a, sur la scène du «Bol», une brochette de musiciens incroyables.

C’est Angelique Wilkie, grande prêtresse à la voix profonde et au flow hypnotique, qui déclame d’abord les poèmes de James Baldwin. Le frisson s’installe. Hervé Samb enchaîne. Son improvisation est subjuguante. David Linx et Sabine Kabongo répondent comme en écho. Chacun dans sa tessiture. Entre contraste et équilibre des styles. Tout se tisse et s’entrelace. La force, la rage, l’amour, l’humanité. L’émotion monte encore d’un cran quand arrive le Brussels Vocal Project qui se réapproprie «The Art Of Love» écrit par le regretté Pierre Van Dormael. Le moment est sublime.

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Comme entraîné dans un mouvement de plus en plus frénétique, Stéphane Galland et Sergio Krakowski au pandeiro (sorte de tambourin brésilien) attisent un dialogue fiévreux. Eric Legnini s’immisce et illumine le propos. Dinozord, danseur caoutchouc, entre dans le jeu. Il rebondit, serpente et enchaîne les figures souples, saccadées ou erratiques. Il épouse la musique. Bette Crijns (eg), Hervé Samb (eg) et Michel Hatzi (eb) fertilisent le terrain, Michel Massot (tuba), Fabrizio Cassol (as), Robin Verheyen (ss, ts) et Laurent Blondiau (tp) peignent l’espace. Tout fusionne. Le spectacle est total.

Alors, la voix de Baldwin résonne. Solitaire. Irréelle…

«Precious Lord, take my hand
Lead me on,
Let me stand
I'm tired, I am weak, I am worn…»

Seul Michel Massot l’accompagne… jusqu’au paradis.

Irrésistible. On en a les larmes aux yeux. Le public est debout, réclame deux rappels et nourrit l’espoir de revoir peut-être un jour ce moment de magie suprême.

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À mon grand regret, je n’aurais pas l’occasion d’assister aux concerts de Sabar Ring, ni de Magic Malik, pas plus que je ne pourrais voir Pitié, les jours suivants…

Mais j’arrive à me libérer pour aller écouter Kartet et le trio de Kris Defoort le 16 juin.

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Guillaume Orti (as), Benoit Delbecq (p), Hubert Dupont (cb) et Chander Sardjoe (dm) s’aiguisent les canines sur «Misterioso» de Monk, puis attaque «Y». L’ambiance est très nue et sèche et le jeu d’Orti très découpé. Le son du piano préparé de Delbecq semble chercher celui du sax. La contrebasse s’associe à la batterie. C’est tendu, tout en polyrythmie. Orti ricoche, rebondit et sautille. Il chante et feule dans son instrument. Il invente des champs et des contre-champs. Le jazz flirte avec une musique cérébrale, contemporaine, puis s’amourache de rythmes africains. Kartet joue souvent avec nos nerfs, titille notre sensibilité, invoque presque l’ennui pour le transformer en un déchaînement excitant. Complexe et diaboliquement précise, la musique de Kartet n’est certes pas évidente mais ô combien intrigante.

En deuxième partie de soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui prend place sur scène.

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Électrocution? Hydrocution?  Le coup est parti tout seul, sans prévenir. Nous voilà plongé à vif dans l’univers polymorphe du pianiste belge.

Le jeune Lander Gyselinck, aux drums, est d’une efficacité redoutable. Il possède un jeu autant félin que massif. C’est roboratif, vivifiant et délicat à la fois. Kris Defoort distille des harmonies profondes qu’il pare de fins motifs. De ses digressions jaillissent souvent des thèmes lumineux. Et quand il se lance dans des mélodies qu’il laisse ouvertes, c’est Nic Thys qui vient nourrir le thème ou conclure l’affaire. Le jeu du trio est extrêmement soudé, éblouissant de maturité et d’idées. L’ambiance est parfois spectrale avant que le groupe ne désamorce l’ensemble par un trait d’humour. Il y a du Monk, il y a de la pop music, il y a des influences contemporaines… il y a du jazz à tous les étages. Ouaté, atmosphérique ou rêveuse, la musique, pleine de tendresse, est en perpétuel mouvement. Elle prend aux tripes et joue avec nos sentiments. Grande écriture et osmose parfaite entre les musiciens, voilà un groupe à suivre, à revoir et à soutenir absolument !

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Une chose est sûre, avec des musiciens tels que ceux-là, on demande déjà une seconde édition à ce Fast Forward Festival.

 



A+

15/02/2009

Hommage à Pierre van Dormael au Théâtre Marni

Rattrapons le temps perdu ! (Premier épisode)

Mercredi 28 janvier avait lieu le deuxième hommage des jazzmen à Pierre Van Doermal.
Cette fois-ci, cela se passait au Théâtre Marni.
Comme au Sounds précédemment, l’endroit était archi plein et une grosse partie du public n’avait plus trouvé que les marches des gradins pour s’asseoir.
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Premier groupe sur scène: Octurn, qui nous rappelle sa collaboration avec Pierre en 2006 avec «North Country Suite». Travail basé sur la musique de Bob Dylan (plus précisément «Girl From The North Country» de l’album «Nashville Skyline»)

La musique parfois complexe de Pierre est d’une intensité rare.
Si elle semble parfois s’envoler dans toutes les directions c’est sans doute pour mieux s’enchevêtrer. Les lignes mélodiques et harmoniques se développent, se nouent, se libèrent.

Et jouée par Octurn, la musique garde toujours cette pulsion et cette tension sans faille.

Ce soir, Guillaume Orti est, une fois de plus, éblouissant dans ses interventions.
Tout comme Bo Van Der Werf, distribuant un jeu fluide et fiévreux.
Chander Sardjoe passe allègrement de la polyrythmie à un jeu délicat aux balais ou à celui, très nerveux, de la jungle.
Laurent Blondiau, Jozef Dumoulin, Fabian Fiorini, Nic Thys et Jean-Luc Lehr alimentent tout au long de la prestation un flux rythmique riche et puissant.

Nicolas Fiszman et Kevin Mulligan viennent ensuite interpréter «Love Me Always» dans un esprit blues-folk.
La voix de Mulligan est toujours aussi profonde et chaude.
Fiszman s’accompagne d’une belle et étrange guitare au son grave (il s’agit d’une guitare baryton - entre la guitare et la basse - (accordée en «si») comme me l’apprendra bien plus tard Nicolas lui-même).
Moment sensible, un peu trop court, d’une extrême poésie.
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La poésie est à nouveau au rendez-vous avec Hervé Samb, Lara Roseel (b) et David Broeders (dm) qui avaient accompagné Pierre lors de ses derniers concerts (notamment au Gent Jazz l’été dernier).
Mélange subtil de douceur et d’âpreté.
De gaîté et d’affliction. De soleil et de fraîcheur.
Le jeu de Samb est lumineux, précis et sans esbroufe.
Et celui de Broeders à la batterie est délicat et plein de finesse.

Même si Pierre n’est plus là, il serait bien que cet ex-quartette continue à répandre sa musique ou, pourquoi pas, à continuer à creuser dans cette veine.

Après le break, Vivaces entame le deuxième set.
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Anne Wolf et Kris Defoort au piano, Nicolas Kummert, Bo Van Der Werf et Manu Hermia aux saxophones, Stéphane Galland et Michel Seba aux percus, Hervé Samb à la guitare et… Nicolas Lherbette (edit. Merci Christine) à la basse électrique.
«Rue 6», «Estelle sous les étoiles» et «Otti 1er» résonnent de belle façon.
Toujours bouillonnante et pleine d’énergie, toujours prête à changer de couleurs et de rythmes la musique nous balade sur le fil de nos émotions.
On ne s’ennuie pas une seule minute.

Avant d’accueillir Aka Moon, Philippe Decock interprète
en solo au piano la musique du prochain film de Jaco Van Dormael, «Mr Nobody», écrite par Pierre.
Un esprit classique, entre Debussy et Satie, entre Ludovico Enaudi et Michael Nyman.

Et puis, c’est Aka Moon, ou plutôt… Nasa Na ?
En effet, au trio s’est ajoutée Bette Crijns (Atatchin), jouant dans un style proche de celui de Pierre (elle fut son élève aussi). Impressionnant.
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Aka Moon est en forme. Tempos flottants, entente parfaite, débauche d’énergie contrôlée… On est subjugué.

On est subjugué aussi par le jeu de Stéphane Galland.
Il alterne le jeu sec et droit à celui du rubato et de la polyrythmie.
Il invente sans cesse.
Michel Hatzi et Fabrizio Cassol en profitent.
David Linx les rejoint pour un morceau mi-scatté, mi-chanté.
Ça vole haut.

Et pour le final, David Linx a invité une belle brochette de jeunes chanteurs (avec qui il travaille au conservatoire) pour un «The Art Of Love» a cappella extrêmement émouvant.
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Nul doute que la musique de Pierre Van Dormael continuera longtemps encore à influencer le jazz actuel.

Et d’ailleurs, rappelons que les recettes des entrées de ce concert ont été intégralement consacrées au financement de l’impression professionnelle de son livre «Four Principles to Understand Music».

Merci encore, Pierre.

A+

04/09/2008

Pierre

 

Pierre Van Dormael.

Pierre Vandormael

Je n’ai jamais eu l’occasion de discuter très longuement avec lui.
Dernièrement, lors du Gent Jazz Festival, je l’avais croisé et l’on s’était promis de se re-contacter pour discuter de son nouveau projet avec Hervé Samb.

Timide, comme à son habitude, et assez fatigué, il avait lâché laconiquement :
« … Avec plaisir... Si j’ai le temps… »

Et voilà que cette terrible nouvelle tombe.

Profond respect, Pierre.

A+

19:37 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pierre van dormael, herve samb |  Facebook |

24/03/2008

Jacques Schwarz Bart - Flagey

Il y a un côté pédagogique dans la présentation des morceaux qu’il va jouer.
C’est que Jacques Schwarz Bart est très attaché à ses origines et qu’il a envie de transmettre à travers le monde la mémoire des esclaves ainsi que la richesse de la musique Gwo-Ka avec laquelle il a grandi.
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Ce soir, au Studio 1 de Flagey, entouré d’un line-up international (le Sénégalais Hervé Samb (g), l’Américain Reggie Washington (b), le Serbe Milan Milanovic (p) et les Guadeloupéens Olivier Juste (boula) et Arnaud Dolmen (marqueur) ) il prend le temps d’expliquer l’origine de chaque morceau ainsi que sa construction rythmique.

C’est pédagogique, mais ludique. Et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.
C’est une musique qui accompagne la fête, le travail ou la souffrance.
C’est une musique de communication.
Et elle se mêle avec aisance au jazz contemporain. Un mélange que Jacques Schwarz Bart a travaillé pendant des années.

Alors, le saxophoniste s’en va dialoguer avec les deux joueurs de tambours, sur des rythmes incandescents. Puis, il lance Hervé Samb dans des improvisations virtuoses.
Les rythmes sont chauds et endiablés. On y ressent comme de la transe.
Parfois, Schwarz Bart accompagne ses musiciens en chantant.
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Et sur un thème comme «Padjanbel» on est perdu sans l’être.
On dirait que les rythmes sont assez indéfinis. Et pourtant tout est limpide.
Il y a comme une superposition d’ondulations aux tensions différentes qui se mélangent. Et forcément, à un moment, et de façon régulière, elles se croisent.
Cette musique très chaloupée a quelque chose de fascinant.
Elle est pleine de reliefs et de couleurs profondes, il y a comme une pulsation indomptable en elle.

Les deux percussionnistes redoublent d’énergie. L’un imprime le rythme de base (le marqueur) tandis que l’autre improvise et s’évade dans des circonvolutions rythmiques presque hypnotisantes.

Milan Milanovic place de temps en temps des improvisations tranchantes. Très percussives au piano et pimentées d’accents presque funky au Rhodes (sur «Abysse» par exemple).

Jacques Schwarz Bart n’oublie pas le côté mystique sur une ballade comme «Ascent» qu’il entame en solo. Il y a résolument une réflexion intérieure profonde, douce et sécurisante.
Un sentiment de plénitude.
Sentiment accentué par les effets flottants et aquatiques de Samb à la guitare et ceux, plus sourds, de Reggie Washington à la contrebasse.
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Le son du ténor n’est jamais agressif. Jamais doux non plus.
Sur un morceau assez vif, comme «Ti Jean Prend gâteau», le sax ressemble à de la lave qui gicle. Schwarz Bart va jusqu’à la limite sans pour autant faire crier son instrument.
Il n’est pas âpre, il est brûlant.
Il n’est pas abrasif, il est juste un peu rauque.
Un peu comme ces ka qui claquent fortement tout en gardant une résonance longue.

Le public est conquis et en redemande.
«Pa Palé» est un hymne à la liberté d’expression, dédié à tous ceux qui ont été empêchés de parler ou de chanter. Un thème puissant et rassembleur.
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Après le concert, j’ai l’occasion de rencontrer longuement Jacques Schwarz Bart pour réaliser une interview pour Citizen Jazz.
L’ancien sideman de Roy Hargrove prépare actuellement un nouvel album où quelques-uns de ces amis fidèles viendront s’y joindre, comme Meshell N’degeocello, Elisabeth Kontomanou ou encore John Scofield.
Ça promet.
On espère le revoir en Belgique en fin d’année.

A+

25/03/2007

Van Dormael - Samb à l'Arts-O-Bases

Je devrais relater mes impressions directement après le concert (ou le lendemain), ça m’éviterait de prendre un retard considérable.
Mais ces derniers temps, les journées sont très chargées et longues, les nuits sont chargées et courtes et les week-ends ne sont pas de tout repos.

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Le concert de Pierre Van Dormael et Hervé Samb, c’était vendredi de la semaine précédente déjà (le 16) et je n’ai pas encore trouvé le temps d’en parler.

Essayons de rattraper le retard.

Dans le quartier de Tour et Taxi, les rues sont, comme souvent, assez désertes.
Et à l’ Arts-O-Bases, la foule n’est pas vraiment au rendez-vous. (J’apprendrai le lendemain que c’était par contre blindé à la Jazz Station pour le double concert de Michel Hatzi et du groupe rock/pop Puggy…)

Ce concert aurait pourtant mérité une audience un peu plus fournie.
Bien qu’étant un peu fatigué, j’ai pu apprécier la musicalité extrême des deux guitaristes.
Si on dit que Samb fut l’élève de Van Dormael, on peut dire aussi que l’élève n’a plus rien à envier au prof.

C’est donc sur un beau pied d’égalité et d’un niveau technique remarquable que s’est déroulé ce concert à la fois intimiste et intense.

La plupart du répertoire était composé de standards.
Sur un titre de Bill Evans («Nardis» ? ou «Solar» ?… voilà que je m’embrouille !!!), Samb lance le thème dans les graves. Pierre se tortille sur sa chaise et improvise magnifiquement, de manière incisive et tendue. Il pince les cordes durement.
A d’autres moments, il apparaît parfois comme un esprit Bluegrass dans leurs échanges.
Et sur un autre morceau très blues, au rythme lent et fatigué, on ressent comme quelques accents de slide guitar…

Puis, on voyage encore dans un autre style – un peu plus bossa - où les échanges sont tendres et délicieux, où les mélodies s’enroulent et se déroulent avec fluidité, où une certaine langueur et une certaine douceur s’installent.

Cet amour pour les tempi ralentis s’était déjà fait ressentir sur un «Giant Step» étonnamment dépouillé, ou sur un autre morceau de Bill Evans…

Mais quand ça doit swinguer, les deux guitaristes n’hésitent pas à se lancer des défis. La machine s’emballe et la jubilation est perceptible.

Avant de terminer avec «All The Things You Are», Pierre cèdera sa place à Marc Lelangue, le temps d’un morceau… blues pur jus !
Concert attachant à renouveler.

Allez, une «papotte» avec l’un et l’autre avant de rentrer… et la promesse de retourner plus souvent à l’Arts-O-Bases.

A+

23:48 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : pierre van dormael, arts-o-bases, herve samb |  Facebook |

14/03/2007

Post It pour fin de semaine

L’agenda est chargé.
Je me demande même parfois comment gérer, à l’avenir, la liste des concerts qui s’accumulent dans la colonne de droite de ce blog.

Et comment faire, surtout, pour aller les écouter?

Il m’arrive parfois d’aller voir deux concerts à la suite, quand les horaires le permettent.
Mais parfois, il faut faire des choix…
C’est pénible.

Prenons la date du « 15 », par exemple… Quel dilemme!
Nicolas Kummert au Küdeta ? Ben Prischi au Sounds ? Arthur Kell au Music Village ? Machado – Liebman à Bruges, Tricycle au CC de Woluwe ?

Surtout quand on sait que McCoy Tyner sera à Flagey (le 14 et le 15).

McCoy… Le fidèle pianiste de John Coltrane

Regardez ça…



Qui y a-t-il au-dessus de Coltrane? Dieu...? Encore faut-il qu'il existe.

Bref, la concurrence est rude, non ?

Comme j’écoutais ce matin encore le dernier album «King Size» de Tuur Florizoone et son Tricycle (Philippe Laloy et Vincent Noiret), je me dis que si je le pouvais, j’irais l’écouter ce jeudi soir.

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J’aime beaucoup Tuur et sa façon de relier les différents univers.
Du jazz, du folk des Balkans, des ambiances plus latines…
C’est guilleret, puis c’est sombre. C’est touchant, puis c’est frivole.
C’est toujours émouvant.
Alors, pourquoi ne pas passer une belle soirée au CC Woluwe , hummm ?

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Et le 16… vous pensez que c’est plus simple ?
Paolo Radoni au Sounds ? Michel Hatzi en solo à la Jazz Station ? Take The Duck au Music Village ? Pierre Van Dormael et Hervé Samb à l’Arts-O Bases ?

Perso, j’irai sans doute écouter le duo à l’Arts-O-Bases (Je suis sûr que Paolo, Michel ou Toine ne m’en voudront pas cette fois-ci. Et puis, il n’est pas dit que je ne repasse pas par le Sounds après…).

Je suis curieux d’entendre ces deux guitaristes. Le professeur et l’élève.
J’avais vu Hervé Samb (photo floue) avec David Murray lors de son concert à Flagey .
Puis, je suis curieux aussi de redécouvrir (après pas mal de temps) le «nouvel» Arts-O-Bases !
Déjà que le site web est remodelé… !!

Je vous raconterai mes impressions.

En parlant de nouveau site, j’ai remarqué que celui de Igloo Records a lui aussi été remanié. Et de belle façon.
C’est plus clair et plus fourni.

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C’est ainsi que j’ai vu que l’album de Mélanie De Biasio était prêt à sortir !
A moins qu’il ne soit déjà en vente lors de ses concerts ?
Ça tombe bien, Mélanie sera au Music Village ce dimanche soir…

Et entre vendredi et dimanche, il y a le trio de Michel Bisciglia à la Jazz Station.

Mais… quand est-ce qu’on rentre chez soi, alors ?

A+