31/05/2013

Brussels Jazz Marathon 2013


J’adore faire partie d’un jury, c’est excitant. Pas toujours évident, mais excitant.

Un jury choisit. C’est excitant. Mais choisir, c’est renoncer. C’est pas évident.

Et ce ne sont pas les autres membres du jury du concours des Jeunes Talents du Brussels Jazz Marathon (le journaliste Jempi Samyn, le saxophoniste Manu Hermia, le guitariste Henri Greindl, l’organisatrice Jacobien Tamsma et la pianiste - et présidente – Nathalie Loriers) qui me diront le contraire.

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Il a d’abord fallu faire une sélection parmi plus de vingt candidatures et choisir trois groupes (une première épreuve pas simple). Finalement, ce sont Syma, Stanislas Barrault Trio et Pablo Reyes Trio qui se sont retrouvés sur le podium de la Place Fernand Cocq ce samedi 25 mai. Trois groupes et trois styles totalement différents. Voilà qui ne facilite pas plus les choses.

Syma est un très jeune quintette qui ose ses propres compositions, dans un style jazz fusion (tendance prog rock). Pas simple de faire sonner un tel band. On sent d’ailleurs quelques flottements ici ou là. Mais on remarque aussi quelques belles personnalités (Louis Evrard aux drums ou Quentin Stokart à la guitare, pour ne citer qu’eux).

Plus aguerri, le trio de Stanislas Barrault (dm) - avec Casimir Liberski (p) et PJ Corstjens (eb) - revisite quelques standards, qu’il exécute parfaitement, avec rigueur et pas mal de personnalité.

Quant à Pablo Reyes – qui, malgré son jeune âge, à déjà pas mal roulé sa bosse au Mexique, d’où il est originaire, et aux Pays-Bas, où il étudie – il décline la musique façon latin-jazz ou bossa. Et ici aussi, le niveau est excellent.

Allez départager tout cela.

Alors, après quelques débats, c’est la prise de risques et la marge de progression qui est récompensée. Syma remporte donc le premier prix (et le prix du public), tandis que Casimir Liberski celui du meilleurs soliste (son «Giant Step» a mis tout le monde d’accord).

Le lendemain après-midi, dimanche, Syma ouvra donc, comme le veut la tradition, la dernière journée de concerts sur la Grand-Place.

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C’est là que je suis allé écouter le Jazz Station Big Band, que j’avais vu à ses débuts, en 2007.

Après avoir sorti un premier album chez Igloo en 2011, le JSBB s’attaque cette fois au répertoire de Thelonious Monk. Chacun des morceaux est arrangé par l’un des membres du Big Band. Formule intelligente qui permet de faire vibrer le band de différentes manières et de mettre en avant les différentes personnalités des musiciens.

François Decamps (g) fait swinguer «Straight No Chaser» et «Evidence», et invite Jean-Paul Estiévnart (tp) et Daniel Stokart (as) à prendre des solos éclatants. «Criss Cross», superbement arrangé par Stéphane Mercier (as), permet à ce dernier d’échanger furieusement avec Daniel Stokart - cette fois-ci au soprano - et à Vincent Brijs de venir contraster les nuances au sax baryton. C’est aussi l’occasion pour le leader Michel Paré (tp) de croiser le fer avec la guitare de François Decamps. Grand moment.

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L’excellent pianiste Vincent Bruyninckx profite de «In Walked Bud», qu’il a arrangé, pour démontrer tout son talent et sa fougue. Son introduction, en solo, est éblouissante. Ça swingue en diable. David Devrieze (tb) et Vincent Brijs (bs) prennent chacun des chorus charnus.

Tomas Mayade (tp, remplacé ce soir par Olivier Bodson) drape «Jackie-ing» d’un arrangement de velours. L’intervention de Steven Delannoye (ts) est suave, tandis que Herman Pardon (dm) et Piet Verbiest (cb) soutiennent un tempo brulant.

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Puis il y a encore un «Hackensack» étonnant - nerveux et découpé - arrangé par Estiévennart, un «Bye Ya» très latin et un «Introspection» à la Herbie Mann qui enchantent le public.

La réputation des Big Band belges n’est plus à faire (le BJO l’a assez démontré ses dernières années) mais le JSBB apporte une pointe de fraicheur supplémentaire. Il est juste assez respectueux de Monk et juste assez décalé pour réussir l’hommage à l’un des plus grands et des plus étonnants pianistes que le jazz ait connu.

Chapeau. Et merci.

A+

 

 

24/09/2010

Mognoscope au Théâtre Marni

Afin de présenter les dernières parutions de son label Mogno Music, Henri Greindl a misé sur le tir groupé. En effet, deux jours de suite, le 8 et 9 septembre, 6 groupes se sont succédé au Théâtre Marni.

Je m’y suis rendu le deuxième soir pour écouter Sabin Todorov et Bernard Guyot en duo, le groupe de Fabrizio Graceffa et finalement le groupe d’Osman Martins et Pierre Gillet.

La veille, Mogno avait présenté ses autres parutions : Charles Loos en solo, le trio de Paolo Loveri et Wappa Tonic Quintet.

 

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En 2008, avec Summer Residence (et avec Charles Loos), Bernard Guyot avait frappé un grand coup en écrivant une superbe suite en 5 mouvements en hommage au club  Le Travers (qui fêtait, à titre posthume, ses trente ans). On découvrait alors un saxophoniste sensible et talentueux. On ne savait pas vraiment, à l’époque, que Bernard et Sabin Todorov se côtoyaient depuis pas mal de temps déjà et avaient même monté un quartette ensemble. C’est pourtant forts de cette longue amitié, qu’ils ont décidé de jouer en duo et d’enregistrer une démo,« juste pour voir». Rien de plus précis que ça au départ. Mais à la réécoute des « bandes », ils se rendent à l’évidence : «ça sonne!». Tout s’enchaîne assez rapidement, ils enregistrent d’autres compos de l’un et de l’autre et Henri Greindl se propose de sortir l’album. Voilà donc «Archibald’s Song».

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Amusant et intéressant d’écouter ces deux personnalités s’échanger leurs visions de la vie, de confronter leurs idées musicales, d’évoquer leurs origines et leurs souvenirs.

La plupart des compositions de Guyot sont souvent tendres et lyriques, voire sentimentales.

«St Charles School» est une belle ritournelle ensoleillée, «Au bord de l’océan» est assez rêveur et introspectif tandis que «Blues Oriental» est plus mystérieux et puise dans l’imaginaire romanesque. Au ténor, le jeu de Guyot est d’une grande clarté, mais c’est au soprano qu’il est encore plus convaincant. Il y injecte juste ce qu’il faut d’acidité pour en souligner une certaine fébrilité. Les longues phrases ondulantes et les brèves ponctuations aiguisées s’équilibrent entre elles avec souplesse. Sabin Todorov se fait faussement discret au piano. Il met en valeur les harmonies du saxophoniste, mais il n’hésite pas non plus, quand il le faut, à se faire plus incisif. Bien sûr, c’est sur ses propres compositions que Todorov révèle plus encore ses origines slaves. «Soul Of A Imigrant» est une sorte de valse hésitante qui évoque la marche inquiète d’un voyageur qui ne sait pas où il met les pieds ni où ce chemin le mènera. Ces influences sont encore plus flagrantes sur «Crying Game» ou la polyrythmie et les mesures impaires sont fortement présentes. (Si vous aimez ça, je ne peux que vous conseiller son album «Inside Story 2» dans lequel il a invité un quatuor de voix bulgares). Les deux musiciens semblent s’adapter à la musique de l’autre, s’adapter au langage de l’autre, s’adapter aux différences de l’autre, pour finalement, s’adopter l’un et l’autre. Belle leçon.


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Fabrizio Graceffa (eg) opte pour un style assez inspiré d’un Kurt Rosenwinkel. Il teinte son jazz, plutôt languissant, de légères structures pop.  Il joue avec quelques loops et quelques sampling pour initier un tapis légèrement groovy. Il diffuse des ambiances éthérées et des mélodies simples sur lesquelles Jean-Paul Estiévenart (tp) improvise quelques phrases plus élaborées. «5.4» sonne cependant un peu bizarrement, la trompette semble être trop en arrière-plan, la batterie (Herman Pardon) est très présente et la contrebasse (Boris Schmidt) trop discrète. Heureusement, sur le disque, l’équilibre est bien mieux réparti.

«The Answer» puis «Back Home» sont deux thèmes plus instantanés, plus direct, et permettent à la trompette de prendre plus d’ampleur. Estiévenart se libère dans un solo magnifique. On y sent plus de puissance et de détermination. Il arrache les notes et déchiquette l’harmonie. Du Estiévenart comme on l’aime. Au moment d’entamer «Stories», morceau titre de l’album, Graceffa invite la chanteuse Jennifer Scavuzzo qui a écrit des paroles sur cette composition. C’est assez tendre et assez pop. On terminera ce concert agréable, mais peut-être un peu trop sage à mon goût, avec… «Something Is Missing».

Ceci dit, le disque – dans lequel Peer Baierlein est à la trompette – joue la carte de la décontraction et il faut admettre qu’il se déguste avec plaisir.


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Troisième et dernier concert de la soirée: Osman Martins et Pierre Gillet venus présenter «Parceria».

J’avoue ne pas être un «fondu» de la musique brésilienne (je vais sans doute décevoir Henri Greindl dont le cœur bat en grande partie pour elle), ce qui ne m’empêche pas de l’apprécier et d’y prendre du plaisir à l’écouter. Et heureusement, ce soir, le plaisir était de la partie.

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Osman est un excellent chanteur et joueur de cavaquinho (sorte de ukulele qui offre, me semble-t-il, bien plus de nuances). Après avoir beaucoup tourné dans son pays et en Italie, Osman Martins s’est installé à Bruxelles à la fin des années ’80 et a donc pas mal écumé les clubs et bars du Benelux. Il s’y est fait quelques amis musiciens tels que Steve Houben, Manu Hermia (que l’on retrouve tous deux sur l’album) Maxime Blesin ou encore Pierre Gillet. Ce dernier est un jeune et excellent guitariste que je ne connaissais pas. Avec sa 7 cordes, il fait plus qu’accompagner Osman. Il possède indéniablement une technique irréprochable mais il a aussi un sens inné de la musique brésilienne et du choro en particulier. Ça tombe bien, c’est de choro qu’il s’agit ce soir. Cette musique traditionnelle et populaire, chaude et joyeuse, nous est délivrée avec enthousiasme par les deux guitaristes entourés de trois percussionnistes: Junior Martins (le fils d’Osman), Michel Nascimento et Osvaldo Hernandez. Les morceaux sont concis et nerveux. C’est souvent dansant - même une relecture de «l’Aria» de J.S. Bach vous fait onduler des hanches - et parfois mélancolique («Uma historia» ou «Choro Negro» par exemples). L’entente entre Gillet et Martins est assez remarquable. Jamais ils n’empiètent sur le terrain de l’autre. Ils se partagent tour à tour le soutien rythmique puis la mélodie. Les percus, très diversifiées (Pandeiro, Cuica, Caxixis, Triangle, Atabaque, etc...), sont utilisées avec finesse et, même si elles sont très présentes, ne sont jamais envahissantes. L’ensemble est plutôt convaincant. Bref, si vous voulez faire entrer un peu de soleil chez vous cet automne, vous savez ce qu’il vous reste à faire...

 

 A+

 

02/02/2008

François Decamps Quartet - Jazz Station


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François Decamps (j’ai remarqué que j’écrivais souvent DeScamps, désolé François, je ne le ferai plus) a revu la formule et la composition de son quartette.
Premier concert à la Jazz Station samedi dernier (le 26).

Herman Pardon a définitivement pris la place de Marek Patrman à la batterie.
Exit le piano d’Edouard Ferlet, place au saxophone de Fred Delplancq.
Et plutôt que la contrebasse de Piet Verbiest, c’est la basse électrique de Benoit Vanderstraeten qui fait son entrée.

Est-ce à dire que le groupe se veut plus électrique ?
Pas sûr.

Évidemment, ce qui frappe d’emblée, c’est l’énergie qui s’en dégage. Et Fred Delplancq n’est pas le dernier à attiser cette tendance.
Toujours mélodieux, voire lyriques, ses solos s’embrasent souvent de façon irrésistible au fur et à mesure que le thème se développe.

La basse électrique ajoute également un supplément d’adrénaline à cet esprit un peu rock.
Pas d’effet de disto cependant: le jeu est clair, direct, droit et affirmé. Comme le drumming de Pardon.

À la guitare, François Decamps semble procéder de la même manière. On y décèle ici et là quelques accents à la Abercrombie, peut-être. L’exposé est clair, fait de phrases concises et nerveuses qui évoluent parfois vers une pâte sonore aux accents rock assez affirmés. Même si le blues – ou le funk, ou la soul ou le bop – est souvent à la base des compositions, le guitariste n’hésite pas à jouer les sons saturés. Léger clin d’œil à Hendrix ?
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Le groupe était au Festival de Mons ce week-end. J’aurais dû vous en parler plus tôt, mais je n’en ai pas eu le temps. Mais je suis sûr que vous ne m’avez pas attendu pour aller les écouter.

Affaire à suivre donc, sur scène (le 16 février au Sounds) et, qui sait, bientôt sur CD ?
Wait and see.

A+