09/06/2014

Brussels Jazz Marathon 2014 (part2)

Le 25 mai, au Brussels Jazz Marathon, c’était le dimanche des Lundis.

En effet, depuis près de 18 ans, la scène de la Grand Place est réservée, le dimanche après-midi, aux concerts programmés par l’association des jazzmen (Les Lundis d’Hortense).

Dès 15 heures, sous un beau soleil, Greg Houben (tp) et Fabian Fiorini (p) présentent Bees and Bumblebees, leur dernier album (avec Cedric Raymond à la contrebasse et Hans Van Oosterhout aux drums) paru chez Igloo.

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La rencontre entre Greg et Fabian semble étonnante, elle est pourtant évidente. Voici deux univers qui se rejoignent dans la joie et le bonheur pour faire du jazz ensemble. C’est l’alliage brillant du bop traditionnel et du jazz plutôt avant-gardiste. C’est clair, c’est simple et cela se ressent sur le disque. Mais plus encore sur scène.

Greg dessine les mélodies, avec un plaisir gourmand, qui permet à Fabian de les démonter, de les découdre, de les mélanger et de les reconstruire comme il l’entend. Le pianiste sait attendre et construire ses solos pour les terminer de façon explosive. De son côté, Hans Van Oosterhout fouette les fûts et les cymbales avec un feeling incroyable. Il y a de la liberté dans son jeu et, en même temps, un sens du timing imparable.

Puis, le moelleux de la trompette de Houben se fond aux claquements languissants des cordes de la contrebasse de Cédric Raymond, toujours attentif et créatif. Alors, on ne peut s’empêcher de se dandiner sur l’irrésistible «Habanera», de battre du pied sur «Yes, I Didn’t» et de sourire et de claquer des doigts au son de «Middle Class Blues», qui rappelle un peu les Messengers du grand Art Blakey. Le quartette Houben – Fiorini nous offre, en cette chaude après-midi, un cocktail très rafraîchissant de jazz intelligent et de plaisir franc. Autant en profiter sans modération.

Après un rapide changement de mise en place, c’est un autre groupe du label Igloo qui monte sur scène : L’Âme des Poètes.

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Après avoir visité et revisité quelques grands répertoires de la chanson française (Brel, Brassens, Trenet mais aussi, Adamo, Paul Louka et même le Grand Jojo), le trio s’attaque cette fois à un nouveau concept : répondre, en chansons, aux questions de la célèbre et unique interview qui avait réuni, en 69, Brel, Brassens et Ferré.

Normalement, le spectacle est supporté par une mise en scène (que l’on imagine à la fois drôle et touchante), que le groupe n’aura pas l’occasion de montrer aujourd’hui pour des raisons – logiques - de logistique. Qu’à cela ne tienne, Pierre Vaiana (ss), Fabien Degryse (g) et surtout Jean-Louis Rassinfosse (cb) sont capables de faire le spectacle sans cela.

Si Jean-Louis truffe de jeux de mots et improvise ses textes de présentation, il en fait de même avec sa contrebasse, et ses citations, parfois improbables, sont légion. Rien ne semble sérieux et pourtant, il faut reconnaître une précision diabolique dans l’interaction et le jeu de ces trois musiciens exceptionnels. Les interventions de Degryse à la guitare (adapte du finger picking) sont éblouissantes d’inventivité et de justesse (sur «J’ai rendez-vous avec vous», notamment, ou encore sur «La valse à mille temps», pour ne citer que ceux-là). De son côté, Pierre Vaiana n’est pas en reste. Après avoir dessiné le léger contour des mélodies, il s’envole, dans un jeu tourbillonnant et ensoleillé.

Mais il sait aussi sonder la profondeur de thèmes plus sombres avec délicatesse et légèreté («La Quête» ou «Avec le temps», par exemples). Une fois de plus, L’Âme Des Poètes démontre que la chanson française (comme toutes les musiques) peut, elle aussi, swinguer…

Peu avant 19 heures, c’est le quartette de Jean-Paul Estiévenart qui investit la scène. En fait, il s’agit du trio du trompettiste (Antoine Pierre aux drums et Sam Gerstmans à la contrebasse) augmenté du saxophoniste Espagnol Perico Sambeat (Tete Montuliou, Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel, etc.). Et celui-ci imprègne tellement le groupe de sa présence qu’il est bien plus qu’un invité. Le disque (Wanted, sorti l’année dernière chez De Werf) est une belle claque, bourré de jazz très actuel et sans complexe. Un jazz qui n’a rien à envier à celui que l’on entend dans les clubs et bars branchés de New York.

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La musique d’Estiévenart s’inspire sans aucun doute de cette énergie-là, mais le trompettiste est capable d’aller au-delà et de révéler toute sa personnalité dans des compositions charnues, vives et sans faille. Le set, cet après-midi, est, lui aussi, extrêmement bien construit, preuve d’une maturité évidente.  On y décèle d’abord la force tranquille d’un groove tendu, retenu, qui ne demande qu’à éclater. Le trompettiste slalome entre le drumming acéré d’Antoine Pierre et le jeu dense de Sam Gerstmans («Am I Crasy », «The Man»). Puis les solos se construisent et se métamorphosent au fil des échanges entre le trompettiste et le saxophoniste. «Bird» s’enflamme, «Witches Waltz» tangue, vacille et renaît plus puissant, plus inébranlable. Finalement, la grosse heure passe rapidement, on ne s’est pas ennuyé un seul instant. Et l’on se dit qu’on aimerait revoir encore et encore ce trio/quartette en club… En Belgique... ou ailleurs en Europe, car il en a vraiment tout le potentiel.

Pour l’instant, la programmation est un sans faute et ce n’est pas Eve Beuvens qui va gâcher la fête. La pianiste présente ce soir les fruits de la carte blanche qu’elle avait obtenue l’été dernier au Gaume Jazz festival, et qui avait impressionné pas mal de monde, dont moi : Heptatomic.

Bien décidée à sortir un peu plus encore du cadre dans lequel on la confine trop volontiers, Eve a réuni autour d’elle une belle brochette de jazzmen aux idées bien larges : Laurent Blondiau (tp), Grégoire Tirtiaux (as, bs), Gregor Siedl (ts), Benjamin Sauzereau (g), Manolo Cabras (b) et João Lobo (dr).

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Et d’entrée de jeu, ça sonne et ça fuse. Heptatomic joue la déstructuration, explore les sons et les rythmes, et flirte presque parfois avec le free. C’est pourtant une liberté bien canalisée que propose Eve dans ses compositions. C’est une démocratie mélodique et harmonique libre, superbement maîtrisée. On pense parfois à l’Art Ensemble de Chicago ou à l’esprit d’un certain Mingus. Cela fait le bonheur de Laurent Blondiau qui n’hésite pas à pousser Tirtiaux et Siedl vers des chemins escarpés et rarement empruntés. Ça bouge, ça voyage, ça rebondit… Et quand Manolo Cabras a bien malaxé en tout sens sa contrebasse, on passe à des moments plus sobres qui permettent non seulement à la pianiste de s’exprimer mais aussi à Sauzereau d’éclater son jeu par touches ou à Lobo d’explorer de nouveaux sons. On se ballade alors dans des univers étranges et inquiétants où se mélangent de fragiles espoirs et de lumineuses certitudes. Un disque est en préparation, je pense, mais c’est sur scène que l’Heptatomic d’Eve Beuvens donne sans doute tout son jus… Alors, messieurs les programmateurs, ne soyez pas frileux, cette musique peut incendier bien des salles.

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Il est 22 heures, j’aurais pu rentrer tranquillement, mais je ne peux pas m’empêcher d’aller écouter Axel Gilain au Bravo. Ici, l’ambiance est plus recueillie malgré le monde qui a envahi le sous-sol du club. L’atmosphère est feutrée mais le jazz est enflammé. Il y a autant de la retenue que d’intensité. Tout en sensualité, la musique ne cesse de se transformer.

Bram De Looze, au piano, fait dévier le blues dans un sens, tandis que Nicolas Kummert trouve d’autres ouvertures. Tout évolue avec sérénité et élégance. C’est comme du vent qui déplace doucement des murs fragiles, c’est comme la chaleur du soleil qui déforme des objets flasques. Lieven Venken (dm) balaie et ponctue les rythmes, accélère ou suspend le tempo. Axel Gilain fait chanter sa contrebasse… avec réserve et beaucoup de sentiment.

Alors, Fatou Traoré et Yvan Bertrem ne peuvent s’empêcher de venir danser au devant de la scène. Leurs corps se déforment et se transforment sous l’impulsion de la musique. Le moment est magique, étrange, unique. Beau.

Axel Gilain vient de publier un album, Talking To The Mlouk (en vinyle ou téléchargeable ici) qui permet de prolonger ce moment rêvé… et qui s’écoute en boucle…

Pouvait-on imaginer plus belle façon de terminer cet excellent marathon 2014 ?

 

 

A+

 

 

 

 

 

21/09/2011

Greg Houben & Pierrick Pedron sur Citizen Jazz

C'était le 13 mai, un vendredi à Liège.

Lors du Festival de jazz. Après le très bon concert de Gerg Houben quartet featuring Pierrick Pedron, je file backstage pour discuter avec les deux lascars. Un moment plein de bonne humeur.

L'interview est en ligne sur Citizen Jazz.

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Après cette joyeuse rencontre, et après avoir vu quelques autres concerts, j'ai retrouvé les deux complices sur la péniche l'Ex Cale pour la traditionnelle jam. Jazz jusqu'au bout de la nuit...

PS: Pierrick Pedron va sortir son nouvelle album, "Cheerleaders", chez ACT. On en reparlera sans doute.

A+

21/05/2011

Jazz à Liège 2011

Avant de revenir sur quelques concerts plus anciens (Mâäk’s Spirit, The Sisters) et avant de parler de ceux qui ont suivi - ce qui est assez logique – voici un petit tour d’horizon de mon passage à Jazz à Liège (en attendant un article sur Citizen Jazz).

La foule arrive petit à petit au Palais des Congrès, ce vendredi 13 mai.

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Mon premier objectif est d’aller voir et écouter le quartette de Greg Houben avec Pierrick Pedron. Je les avais entendus (un set seulement) lors de leur dernier passage au Music Village. La rencontre entre le trompettiste belge et le saxophoniste français est une belle réussite. D’abord ça swingue, puis c’est tendre, puis ça claque à nouveau. Les cinq musiciens s’entendent à merveille et chacun d’eux arrive à pousser l’autre plus loin. Ou ailleurs. Après le concert, je passe un moment avec Greg et Pierrick pour une interview (à lire prochainement sur Citizen Jazz). Simplicité, second degré, humour et complicité… pareil que sur scène.

Du coup, je ne suis pas allé écouter The Sisters (Hatzi et Galland) que j’avais vu quelques semaines auparavant au Sounds lors d’un concert détonnant. Il paraît que ce vendredi, au Club Maison du Jazz, c’était tout aussi brûlant. M’étonne pas.

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Je vais voir Neil Cowley (p) dans la grande salle. J’avais vu ce trio lors du Motives Jazz Festival à Genk en 2008. Basé, la plupart du temps, sur des longues montées en puissance, le trio reste un peu trop dans le systématisme. Neil ne manque pas de charisme et l’interaction entre les trois musicien est forte…

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Je préfère aller écouter un jeune qui promet (encore!?): Igor Gehenot. Accompagné à la contrebasse par Sam Gerstmans et à la batterie par Antoine Pierre, Igor démontre un sens inné du rythme. Son jeu est clair, vif et précis. Il y a chez lui autant de lyrisme et de sensibilité qu’il  y a de fougue et d’exaltation. Le trio mélange habilement standards et compositions originales qui ne manquent pas de personnalité. À suivre.

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Retour dans la grande salle, bourrée, pour écouter Erik Truffaz. Avec son “nouveau” claviériste, Benoit Corboz, le groupe laisse un peu de côté le rock pour se rapprocher peut-être de la soul ou même du funk… à la sauce Truffaz bien sûr, entre groove et moments plus éthérés. Ce n’est qu’en rappel qu’on aura droit aux morceaux chantés, non pas par Sophie Hunger comme sur l’album “In Between”, mais par Anna Aaron à la voix graineuse et légèrement voilée, dont l’univers est à découvrir assurément.

Je retrouve Erik Truffaz et sa bande et j’en profite pour faire une courte interview (à lire bientôt sur Jazzques).

Puis, je rejoins la fameuse péniche pour assister à la jam. L’ambiance est chaude et les musiciens se succèdent sur la petite scène. Ambiance.

Mais il commence à se faire très tard…

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Samedi 14, Oran Etkin est sur scène. Oran avait fait sensation l’année dernière à Comblain avec sa musique qui mélange jazz, klezmer et musique malienne. C’est joyeux, parfois étonnant et toujours prenant. Oran arrive à trouver l’équilibre entre ces mondes et à fabriquer son univers propre. J’en discute avec lui après le concert et vous pourrez bientôt lire son interview… En attendant, si vous voulez le découvrir, amis français, rendez-vous au Sunside et au Sunset à Paris, fin juin.

 

Stefano Di Battista, un peu enrhumé, était venu présenter son dernier album “Woman’s Land”, entouré d’une belle équipe (l’efficace Jeff Ballard (dm), le jeune et impétueux Julian Oliver Mazzariello (p), Francesco Puglisi (cb) et Jonathan Kreisberg (g) ). Ça swingue rondement. C’est enlevé et ça tourne bien. Stefano entretient la tradition jazz avec toute la chaleur et le charme italien.

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J’en profite pour interviewer Jonathan Kreisberg (je l’avais découvert au Sounds en 2009 et j’avais raté le rendez-vous qu’on s’était donné au Jamboree à Barcelone récemment). Guitariste à découvrir.

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David Murray sur scène, c’est magnifique. Avec son Black Saint Quartet, il met le feu à une salle comble. Démarrage tonitruant, passage obligé par la musique des îles et retour à la tendance free (quand Murray fait dire ce qu’il veut, dans tous les tons, à son saxophone, on reste scotché.) Autour de lui il y a l’impassible et excellent pianiste Steve Colson, le puissant Chris Beck aux drums et Jaribu Shahid à la contrebasse. Quartette exceptionnel.

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Un petit passage chez Jacques Schwarz-Bart et un coup d’œil chez Tony Allen et Jimi Tenor. Tout ça balance bien. Et il y a du monde partout..

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Il y a beaucoup de monde aussi dans le club où se produit Rétroviseur.

Ha! La belle révélation! Une bande de jeunes français qui détourne les instruments et balance un jazz à la limite du rock et de l’expérimental. Tout cela avec une ligne de conduite bien précise et une liberté insolente. C’est intense et fascinant. Ça joue fort, c’est plein de surprises et ça fait un bien fou.

Une belle façon de clôturer un très bon festival.

À suivre, donc…

 

À+

27/09/2010

Saint Jazz Ten Noode 2010

À Saint-Josse-ten-Noode, on aime le jazz, d’ailleurs, si vous faites une petite promenade nocturne du côté de la Chaussée de Louvain, vous remarquerez sur les volets des magasins, lorsque ceux-ci sont fermés, de grandes peintures à l’effigie de Dave Holland, Philip Catherine et autres jazzmen. On aime tellement le jazz, que l’on n’hésite pas à transformer le nom de la commune en Saint-Jazz-ten-Noode, le temps d’un festival. Et cela fait 25 ans que ça dure!


Créé en 1985, à l’initiative de l’actuel bourgmestre  Jean Demannez, cet évènement gratuit a permis à un public toujours plus nombreux de goûter au plaisir du jazz. Le petit chapiteau de la place Saint-Josse a donc vu défiler au cours de toutes ces années pas mal de grands noms: Toots, Philip Catherine, Clark Terry, Aka Moon, Deborah Brown, Michel Herr... Et il a accueilli aussi des jeunes jazzmen qui ont fait leurs preuves par la suite. Pour fêter ses 20 ans, en 2005, le festival avait déménagé à la place Rogier et se voulait encore plus populaire (au risque même de flirter avec les frontières du jazz en invitant Thomas Dutronc et Michel Jonasz).

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Pour ce 25ème anniversaire, les organisateurs ont opté pour une autre formule, étalée sur deux jours et dispersée en divers lieux. Il y avait toujours le chapiteau sur la Place bien sûr, mais on pouvait aussi aller écouter du jazz au Théâtre Le Public, au Botanique, au Sazz n’ Jazz, à la Jazz Station… (Oui, oui, tout ça c’est à Saint-Josse, la plus petite commune de Bruxelles!).

 

Je n’ai pas eu l’occasion de tout voir, malheureusement (il y avait le quartette de Toots qui a drainé une foule énorme, Radoni’s Tribe, Ivan Paduart, Steve Houben, Marc Lelangue et d’autres encore… Beaucoup d’autres). Moi, j’ai juste eu le temps d’aller écouter le travail de Michel Herr avec la «jeune génération».

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Michel Herr a fait, comme souvent, un travail de titan, un travail remarquable. Il a repris quinze thèmes écrits par quelques-uns de nos plus grands jazzmen belges, et les a arrangés pour différentes formations. Des quintettes, des trios, des octettes... avec des sections de cuivres, ou plus orientées guitares ou piano… Différentes formules, différentes saveurs, différentes couleurs. Un cocktails surprenant qu’il faut être capable d’enchaîner. Il faut être chaque fois différent sans être incongru. Savoir doser les contrastes. Savoir nuancer les énergies. Et pour cela, Michel Herr est un maître.


Alors, on a eu droit à des relectures de «Road To Granada» (de Steve Houben), «Le Jazz» (de Caharles Loos), «Back Home» (de Jean-Pierre Catoul), «Small World» (de Pierre Van Doormael), etc.


Et sur tous ces morceaux magnifiquement remis en lumière, on a pu entendre d’excellents solistes. Steven Delannoye (ts, ss), brillant sur «Thinking Of You» (de Michel Herr) ou sur  «Piano Groove» (de Philip Catherine), Greg Houben (tp, bugle) sur «Last Portrait» (de Diederik Wissels), Pieter Claus (vib) sur «Everyday Is The D Day», qu’aurait sans doute affectionné son auteur, Marc Moulin.


J’ai pu découvrir aussi d’autres jeunes et excellents musiciens dont je n’ai malheureusement pas retenu tous les noms (il n’est pas interdit de m’aider). Ainsi, le trompettiste (Martial Delangre ???) sur «The Road To Granada» et «Petit à petit» (de Phil Abraham), qui possède un son clair, fluide et puissant. Mais aussi un tromboniste (Fred Heirman ???) ou un guitariste (en duo avec Lorenzo Di Maio) pleins d’ardeur…   Et puis, il y avait tous les autres, les «moins» jeunes: Jean-Paul Estiévenart, Lionel Beuvens, Bruno Grolet, Nicolas Kummert, Gilles Repond, Yannick Peeters, Vincent Brijs, Erik Bogaerts, Piotr Palluch, Nicola Andrioli, Yves Peeters, Alex Cavalière, Pascal Mohy, Hendrik Vanattenhove


Je ne peux pas les citer tous (il y en avait beaucoup) et j’en oublie sans doute, qu’ils m’en excusent. De toute façon on les reverra sans aucun doute encore sur scène… et c’est tout le mal qu'on leur souhaite!

 

Merci Michel et merci Saint-Jazz-Ten-Noode.

 

A+

 

EDIT:

Pour être sûr de n'avoir oublié personne, voici la liste complète des "participants" (Merci à Michel Herr):

Trompette : Jean-Paul Estiévenart, Gregory Houben, Martial Delangre. Violon : Alexandre Cavaliere. Sax : Nicolas Kummert, Steven Delannoye, Bruno Grollet, Kris Bogaerts, Vincent Brijs, Joppe Bestevaar. Trombone : Gilles Repond, Frederik Heirman . Piano : Nicola Andrioli, Pascal Mohy, Piotr Paluch. Guitare : Quentin Liégeois, Lorenzo Di Maio, Bert Cools. 
Basse : Félix Zurstrassen, Hendrik Vanattenhoven, Yannick Peeters. Drums : Lionel Beuvens, Yves Peeters, Stijn Cools. Vibraphone : Pieter Claus


 

 

 

 

 

08/09/2010

Trompettes communes.

Retour sur quelques disques de trompettistes.

 

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Il y a pas mal de temps déjà, Greg Houben (tp, bugle) sortait chez Igloo «How Deep Is The Ocean» avec Sam Gerstmans (cb) et Quentin Liégeois (g). C’était il y a presque un an, mais il n’est jamais trop tard pour en parler. Surtout qu’un disque, tel que celui-là, se déguste, se sirote, se laisse le temps de l’écoute. Pas besoin de se presser, il faut savoir en profiter. C’est une musique qui se veut accessible tout de suite et qui pourtant doit prendre le temps de s’installer. Dès les premiers accords, on pense évidemment à Chet Baker. Greg Houben ne s’en cache pas et lorsqu’il reprend de sa voix légèrement voilée «Daybreak », ce n’est pas pour imiter son maître mais plutôt de lui rendre hommage. Évidemment, la configuration - guitare, drums et bugle - rappelle automatiquement le trio «belge» de Chet, avec Philip Catherine et Jean-Louis Rassinfosse. On y pense et puis… on oublie, car le trio possède sa propre personnalité. La nonchalance de Quentin Liégeois à la guitare, qui se hâte lentement, dégage une énergie sans agressivité. Son jeu est souple et virtuose. La fluidité de son phraser vient s’enrouler sensuellement autour des divagations du bugle. Sam Gerstmans, comme un barreur discret à l’arrière d’un bateau, semble «guider» le trio sur les flots onduleux qu’empruntent les deux solistes. Le son de Greg Houben oscille entre le moelleux, le brumeux et la clarté. On vogue sur une mer peu agitée, au gré de quelques standards («With A Song In My Heart», «For Minors Only»…) et de compositions originales qui se fondent avec élégance et raffinement dans l’ensemble. Un disque qui swingue tranquillement et qui rappelle le parfum nostalgique d’un certain jazz West Coast. Greg Houben va sortir bientôt un nouvel album avec le saxophoniste français Pierrick Pedron (concerts les 28 et 29 octobre au Duc Des Lombards, à Paris), chez Plus Loin Music.

 

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Ambiance totalement différente avec dernier opus d’Erik Truffaz, invité cette fois-ci par le saxophoniste turc, basé à New York et propriétaire du Nublu, Ilhan Ersahin (dont je vous invite à écouter la série Wax Poetic). On connaît l’esprit voyageur et le goût des mélanges de Truffaz. Il n’est donc pas étonnant que ces deux-là ce soient rencontrés. Ce qui frappe d’entrée de jeu, sur cet album, c’est bien sûr la rythmique turque. Les percussions sont aussi nerveuses que puissantes, aussi musclées que souples. Alp Ersonmez (eb), Izzet Kizil (perc) et Turgut Alp Berkoglu (dm) donnent une énergie incroyable à l’ensemble. Une énergie chaude et grasse. Ce qui est étonnant aussi, c’est le côté éclectique des rythmes et des thèmes qui se fondent pourtant entre eux avec une homogénéité incroyable. On passe des influences drum ‘n bass au rock en faisant un détour par le reggae, le folklore des Balkans ou par des moments plus atmosphériques. Ilhan Ersahin canalise l’ensemble avec une maîtrise assumée. Son jeu est enflammé, parfois âpre, présent et effacé à la fois.  Avec ferveur, il ouvre les espaces qui invitent à l’improvisation sans pour autant franchir les limites du free. Erik Truffaz, quant à lui est d’une justesse imparable. Pas d’effets envahissants, pas tentatives hésitantes, pas de clichés, Truffaz n’avait plus sonné aussi «jazz» depuis longtemps, et ce, malgré ce contexte très underground et éclaté. Ça groove tout le temps, c’est moderne et pourtant, ça sent les roots à plein nez. Bref, c’est une totale réussite.

 

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Allons maintenant nous perdre quelque part dans la fraîcheur des bois humides du sud de la Belgique. C’est un peu ce qu’évoque, à la première écoute, l’ambiance du très bel album «Insight Pictures» de Marc Frankinet (tp) et Georges Hermans (p). Pourtant, à bien l'écouter, se dessinent, ici et là, bien plus de couleurs d’âme qu’il n’y parait. Nos deux hommes, humbles et discrets, dialoguent avec une sincérité non feinte sur des mélodies parfois mélancoliques, parfois sombres, mais parfois aussi folâtres. Il y a, dans cet album, autant d’envie de liberté et de partage que de recueillement. Et cela fait plaisir à entendre.

Marc Frankinet et Georges Hermans ne sont pas de nouveaux venus. Le premier a joué avec Garrett List, ainsi qu’au sein du groupe Sinequa ou Jojoba, et le second a sévi aux côtés de Stéphane Mercier, Jereon Van Herzeele ou Michel Magalon, entre autres.

On perçoit chez le trompettiste une certaine approche «classique» dans le jeu : une précision dans l’attaque, une aisance dans la tenue de note. On pourrait penser à Maurice André, mais c’est surtout Enrico Rava qui vient à l’esprit. Du côté du pianiste, le toucher est franc mais empreint également d’un lyrisme détaché (écoutez le superbe «Contrevalse», par exemple). Sur certains titres, la contrebasse de Jean-Louis Rassinfosse ajoute de l’épaisseur au propos. On se rapproche parfois d’une esthétique à la ECM et un frisson vous parcourt l’échine à l’écoute de «Souvenirs» ou de «Ray In The Darkness». On flotte dans une ambiance de rêve éveillé, de douceur mélancolique. Pourtant, les touches de noir et de blanc n’ont jamais été aussi colorées et l’on se surprend à se dandiner aux sons de «Samba» ou de «Thanks Mister J.C.». Au swing toujours présent mais jamais surligné, se mélangent la tendresse, la joie, l’amitié.

Il ne faudra pas manquer les prochains concerts du duo, souvent rehaussés de la présence de Raphaël Demarteau qui vient peindre en «live». Un spectacle artistique complet, en somme.

 

A+

 

22/03/2009

Du neuf à Leffe.

Ça y est.
Après bientôt 12 ans de festival, Dinant s’offre enfin un club.
Hé oui, il n’y avait pas de club de jazz dans la cité qui a vu naître le papa du saxophone.
Bien sûr, certains se rappellent la grande époque du Charles Quint (qui a fermé ses portes au début des années 90), mais depuis, c’était le calme plat du côté du rocher Bayard.

Il fallait bien un fondu à qui rien ne fait peur pour décider d’ouvrir un club à l’époque où la plupart d’entre eux tirent la langue… quoique ce soit l’histoire éternelle des clubs de jazz.
Tout le monde connaît la blague: «Comment devenir millionnaire? … Être milliardaire et ouvrir un club de jazz!»

Jean-Claude Laloux n’est pas milliardaire, mais il est un amoureux éperdu du jazz et c’est sans conteste l’une des principales qualités requises pour faire fonctionner un club.

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L’F est donc né.

L’F, parce que le club se situe à deux pas de l’Abbaye de Leffe, dans l’ancienne classe de gym de l’école inoccupée depuis près de cinq ans et qui fut rachetée par les Pères de l’Abbaye. Et ceux-ci l’ont mis gracieusement à la disposition du jazz…

Ce 7 mars, pour le concert d’ouverture, Jean-Claude et ses bénévoles avaient mis les petits plats dans les grands pour proposer une belle et grande jam.

Dans la salle, plus de 200 personnes.
Et sur la scène, on a vu défiler Rhoda Scott, David Linx, Steve Houben, Roby Lakatos, Sal La Rocca, Hans Van Oosterhout, Greg Houben, Maxime Blesin, Kalman Olah (qui fut un peu à l’origine de la création des Dinant Jazz Nights) et même le Père Augustin (pour un «C.Jam Blues» mémorable).
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La fête a donc commencé avec Kalman Olah en solo sur «East Of The Sun», rejoint ensuite par Sal La Rocca, Hans Van Osterhout et Steve Houben.
Jazz tout en douceur et décontraction.
Les clins d’œils s’échangent et Maxime Blesin monte sur scène pour un délicat et sensuel «River Of Dreams». Le jeu de Maxime est souple, profond et légèrement swinguant.
Idéal pour glisser vers un «Shifting Down» plus «nocturne» que jamais.
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Quand Rhoda Scott arrive sur scène, c’est avec la ferme intension de bouter le feu à chacun des tunes.
Elle entame «Like Someone In Love» en y mettant toute son âme.
Bien vite la tension monte. On navigue alors entre soul et gospel.
Ça transpire ferme.
Houben déroule des phrases incandescentes et Rhoda enflamme le reste.

David Linx ne fait pas baisser le niveau. Au contraire, électrisé par l’ambiance, il nous sert un troublant et fabuleux «I’ve Got The World On A String» (de Frank Sinatra) à la façon Etta James… Merveilleux !
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On calme quelque peu les esprits avec l’une ou l’autre ballade («My Romance») avant que Roby Lakatos ne vienne à son tour raviver les ardeurs.
Le violoniste hongrois démontre tous ses talents d’improvisateur virtuose.
Le hard bop se mêle aux accents tziganes.
Les échanges entre Greg Houben (remonté par son récent séjour à New York), Rhoda Scott et Maxime Blesin sont éclatants.
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Puissant et d’une justesse étonnante, Hans Van Osterhout a assuré ces rythmes d’enfer durant toute la soirée, sans jamais faiblir… Tout comme Sal La Rocca. Chapeau.

Tout le monde est ravi, la «première» est totalement réussie.

Rendez-vous est pris !
Le mois prochain (le 3 avril), l’F accueillera Eric Legnini et Lionel Belmondo, puis le trio de Greg Houben, puis… puis…

Longue vie à l’F.

A+

26/01/2009

"Après un rêve" sur Citizen Jazz

 

Après un rêve et avant un concert.

Voilà qui tombe plutôt bien.
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Julie Mossay et Greg Houben seront ce vendredi 30 au Théâtre Marni (Marni Flagey Jazz Festival).
Ce sera l’occasion d’aller écouter ce merveilleux projet qui mélange jazz, art lyrique et musique brésilienne.
Je suis sûr que, comme moi, vous succomberez à cette fusion frissonnante.

J’avais découvert ce projet lors du festival Jazz à Liège en 2006.
J’avais revu le groupe lors du Dinant Jazz Nights 2008.
Ma chronique de l’album «Après Un Rêve» vient de paraître sur Citizen Jazz.

Belle occasion d’aller écouter Julie, Greg et les autres, d’acheter l’album et de le faire dédicacer le soir même.

A+

14/12/2008

Igloo, trente ans, rien que du bonheur.

On avait mis les petits plats dans les grands pour fêter les 30 ans d’Igloo.
Le Théâtre Marni avait fait le plein et l’on y croisait du joli monde.

En attendant l’article à paraître sur Citizen Jazz bientôt, je vous fais part de mes coups de cœur de la soirée…
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J’ai bien aimé le sourire de Greg Houben quand il m’a vu au bord de la scène.
Et puis, j’ai bien aimé son nouveau trio, sa manière d’intégrer la pop dans le jazz.
«For No One» des Beatles, par exemple, est une belle réussite.
Tant mieux, parce que les Beatles, pour moi, c’est sacré !

J’ai bien aimé le sourire et l’accueil de Christine Jottard, attentive à ce que tout le monde soit content.
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J’ai bien aimé les sourires et la complicité entre Etienne Bouyer et Cécile Broché.
L’album «Soundscapes» est passionnant de bout en bout et leur mini-concert de ce soir était subjuguant. Cette musique que l’on pourrait croire «difficile» est en fait très accessible  tellement elle est intelligemment composée, arrangée et jouée.
Le résultat est éblouissant.
Et bien sûr, j’ai bien aimé aussi la conversation avec Cécile en fin de soirée.
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J’ai bien aimé le concert solo de Mathilde Renault.
Son univers un peu baba…
Son envie de chanter malgré sa voix cassée.
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Je n’ai pas aimé, mais j’ai adoré, les quelques morceaux qu’Eve Beuvens nous a présenté ce soir.
Je pense qu’elle a vraiment trouvé un son et une voix particulière avec son trio.
Et ce n’est pas facile de se distinguer avec une telle formule.
Les compositions sont inspirées, subtiles et d’une telle fraîcheur !
La connivence entre Eve, Lionel et Yannick se ressent tellement dans cette musique que celle-ci en ressort plus forte encore.
Magnifique.
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J’ai bien aimé l’attitude cool de Joost van Schaik, préparant sa batterie pendant que Jules meublait.
Et bien sûr, j’ai bien aimé le trio de Pascal Mohy.
Musique de velours aux reflets brillants. La classe.
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Et puis, j’ai beaucoup aimé le trio de Thomas Champagne.
Ça cogne, ça trace, c’est terriblement actuel.
Et l’album tient toutes ses promesses.

Et puis, j’ai aimé revoir Jos Knaepen ! Et Christine et Jean-Pierre et Laurent et Philip et André et Babila et Uxia et Georges et Morgane et Nicolas et Fabrice et Mélanie et Jacobien et… et… et…
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Quel bel anniversaire.

A+

30/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 2)

Et le deuxième jour à Dinant Jazz Nights, c’était comment ?

Hé bien, c’était bien !
Après avoir un peu flâné dans la ville et ses environs, après avoir eu le temps le temps d’écrire quelques lignes pour Citizen Jazz et après avoir eu l’occasion de lire le très long et très intéressant article de Brad Mehldau à propos de la créativité musicale dans Jazzman (je vous en recommande la lecture), je suis retourné sur le site du Festival.

Je faisais, en plus, partie du jury pour le concours des jeunes talents jazz, en compagnie de Jean-Pierre Goffin (Vers l’Avenir / Showcase) et de Jean-Marie Hacquier (Jazz Hot). Mais je vous en parlerai plus tard, dans un billet spécial.
Ça vaut bien ça.

2001

En attendant, se produisait sur scène le groupe de Greg Houben et Julie Mossay.
Leur projet, que j’avais découvert en 2006 lors du festival Jazz à Liège, est bâti en partie sur des œuvres de Fauré et de Debussy.
À cela, ils ont mélangé des chansons brésiliennes (Buarque, Jobim…) ainsi que du jazz.

Le résultat m’avait déjà emballé la première fois et je suis encore resté sous le charme de cette belle idée, intelligemment mise en musique.

Greg et Julie, entourés de Pascal Mohy (p), Stephan Pougin et Lionel Beuvens (dm), Quentin Liégeois (g), Mathieu Vandenabeele (Rodhes) et Sal La Rocca (cb), avaient aussi invité Steve Houben (fl) sur un ou deux thèmes.

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Le résultat est magnifique, lyrique (voix merveilleuse de Mossay), sensuel (le chant et la trompette de Greg Houben), groovy (les percus), poétique (le piano et la guitare) et bien dans son temps (les effets électro justes de Mathieu).
Une fusion originale qui exclut avec brio les clichés.

Autre grand moment très attendu: Rhoda Scott et Eric Legnini en duo.

Même Guy Le Querrec ne voulait pas rater ce moment.

2003

Piano et orgue Hammond.
Jazz, soul et gospel.
L’interaction est idéale dès le début.
Rhoda déroule d’abord le tapis sous les notes enivrantes de Legnini («Trastevere», «It Could Happend To You») avant que le pianiste ne renvoie l’ascenseur sur «I Love The Lord»...

2004

Ça swingue, ça chauffe et tout le monde s’amuse.
Même Toots Thielemans montera sur scène pour accompagner nos deux claviéristes pour un brillant «Sunny Side Of The Street».

2005

Pour clôturer la soirée, et en remplacement de Milton Nascimento qui avait donc déclaré forfait la veille du festival, Tania Maria et son quartette feront danser gentiment le chapiteau.

2008

Mélange de classiques («One Note Samba» ou «Agua de Beber») et de compositions originales, l’ensemble est servi avec élégance par Marc Bertaux (eb), Tony Rabeson (dm) et toujours l’excellent Mestre Carneiro (perc).

Toots, toujours dans le coin et toujours bon pied bon œil, fera à nouveau un passage sur scène pour notre plus grand plaisir.

2007

Moins délirante que la dernière fois où je l’ai vu (Jazz Middelheim), la pianiste brésilienne nous a quand même offert un excellent concert, frais et joyeux.

2006

Allez, une bonne Leffe au fut, quelques discussions et fous rires avec musiciens et amis et… au lit (la journée commence tôt dimanche: 15h à l’Abbaye pour un duo absolument magique – oh oui ! - entre Rhoda Scott (sur les grandes orgues) et Steve Houben au sax).

A+

15/06/2008

4 for Chet - Au Pelzer à Liège

Le 13 mai  dernier, c’était le triste anniversaire de la mort de Chet Baker.
Le 31 mai, un hommage lui était rendu au Jacques Pelzer Jazz Club, à Liège.
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Quoi de plus normal que ce soit là?
Le Pelzer a pris place dans l’ancienne pharmacie que tenait le célèbre saxophoniste liégeois. Dans cette maison, Chet avait sa chambre réservée lors de ses nombreuses visites en Belgique. Et beaucoup se souviennent encore des interminables jams nocturnes qui se tenaient dans la cave.

Pour l’occasion, Jean-Pol Schroeder, infatigable cheville ouvrière de la Maison du Jazz à Liège, avait concocté un montage vidéo, fait de quelques films (parfois très rares) déniché dans ses archives.
La vie de Chet (du moins de ’58 à ’84) passe, non sans émotion, sur l’écran.

Mais l’hommage ne s’arrête pas là.

Greg Houben avait réuni pour l’occasion le guitariste Quentin Liégeois, le contrebassiste Bart De Nolf et Micheline Pelzer, fille de Jacques, qui fut témoin de cette grande époque puisqu’elle accompagna non seulement Chet, mais partagea aussi la vie de Michel Graillier, pianiste fidèle du trompettiste.
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C’était touchant d’échanger quelques mots avec Micheline (oh, vraiment quelques banalités…il faudrait que je fasse mieux la prochaine fois), surtout que je suis en train de lire actuellement «La longue nuit de Chet Baker» (de James Gavin, chez Denoël) où les témoignages de musiciens qui l’ont côtoyé ne manquent pas.
Évidemment, dans ce livre, on met un peu trop en «valeur» le côté sombre du beau gosse…
Soit.
Chet restera Chet.

Et le concert s’est déroulé dans une ambiance chaleureuse, sympathique et détendue.
«But Not For Me», «Daybreak», «Broken Wings» ou encore d’autres titres moins connus, comme «Maid In Mexico», se succèdent.
L’esprit du grand Chet est bien présent.
Ni imitation, ni relecture, mais une évocation sincère et personnelle.

Greg Houben au bugle ou au chant fait revivre le côté à la fois romantique et déchiré du trompettiste.
Quentin Liégeois souligne délicatement les mélodies chantantes, empreintes de mélancolie ou de sensualité.
La rythmique est sobre et subtile. Le son velouté de la contrebasse de Bart et le jeu amoureux, aux balais, de Micheline font merveille. Il faut dire que ces deux-là se connaissent bien aussi.

Steve Houben vient à son tour participer à cette fête de famille en quelque sorte.
Le plaisir des échanges musicaux entre le père et le fils est communicatif.
Le nombreux public (amis et fatalement connaisseurs) ne cache d'ailleurs pas son enthousiasme.

Après le concert, on profite du temps doux et du jardin aménagé en guinguette pour se remémorer le souvenir de Chet Baker et de ses amis liégeois.

A+

23/09/2007

The Wild Party - Atelier 210

Ce n’est pas vraiment un concert, pas vraiment du théâtre non plus…
Un monologue?
Oui, en quelques sortes.
Pourtant il y a 5 acteurs?
Oui.
Enfin, 4 musiciens et un acteur. Et parfois, l’acteur se fait chanteur et les musiciens se font acteurs.

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The Wild Party, c’est noir, c’est cru, c’est drôle, c’est cynique, c’est étonnant et, oserais-je le mot?… c’est génial!

Ce spectacle est présenté à l’Atelier 210 jusqu’au 26 septembre.
Dépêchez-vous d’y aller. Franchement, ça vaut vraiment la peine.

On vous raconte l’histoire de Burns, Queenie et Mister Black.
Une histoire d’amour, de sexe et d’alcool qui se termine mal. Très mal.
Ça pourrait être banal, et pourtant, les textes, la mise en scène (de Frederik Haugness), le jeu, la musique et les lumières empêchent cet écueil.

Benoît Verhaert, acteur fabuleux à la gestuelle sûre et aux mille visages, raconte avec conviction cette histoire sauvage et impudique écrite en 1926 par Joseph Moncure March (et aussitôt censurée) sortie une première fois de l’oubli par Art Spiegelman.
L’acteur joue tour à tour les rôles de la femme, de l’amant, du salaud, de la pute, du narrateur…
Tantôt poétique, tantôt grinçant, tantôt drôle, le texte a été superbement adapté à notre époque pour en garder toute la rage, toute la violence et un second degré bien senti. Il tape juste, il tape fort.

Les musiciens ponctuent, illustrent et participent musicalement aux dialogues.
Sommes-nous dans la pièce? Dans le texte? Dans l’impro? Difficile à dire.
Les acteurs mélangent temps présent et passé, jouent avec la réalité et la fiction. C’est un véritable tourbillon.

On flotte entre une ambiance à la Miles, façon «Ascenseur pour l’échafaud», et à la Lenny Bruce (comme me le faisait remarquer justement Manu Hermia).
On y entend quelques standards et un thème récurrent de Mingus. Ambiance !

Chacun endosse les rôles des uns et des autres.
Comme le sperme, l’alcool et le sang, tout se mélange.
Et puis, il faut voir les qualités d’acting du trompettiste Greg Houben (hilarant dans certaines scènes), du pianiste Matthieu Van (en pince-sans-rire cynique), du batteur Laurent Delchambre (mi-Jacques Dutronc, mi-Jacques Gamblin) et du bassiste Sam Gerstmans (détonant et explosif).

Cette pièce (??) ne se raconte pas, elle se vit.
Comme un concert de jazz.

N’hésitez plus une seconde: allez-y !

A+