29/08/2010

Le Music Village a dix ans.

Une nuit de 1999, je m’étais baladé du côté de la Rue Traversière et étais entré au Travers (lieu mythique du jazz bruxellois, aujourd’hui disparu. Jules - du Travers - s’occupe actuellement de la programmation au Théâtre Marni). Dans le fond de cet endroit sombre et enfumé y jouait le quartette de Ben Sluijs. Pour moi, ce fut une belle claque. Voulant absolument savoir où jouera ce groupe prochainement, je fouille le site Jazz Valley (lui aussi disparu)…

C’est comme cela que, quelques mois plus tard, je découvre le Music Village, à deux pas de la Grand Place, dans une ancienne quincaillerie totalement relookée. L’endroit est intime, chaleureux, cosy. Je me renseigne à l’entrée et apprends que le club a ouvert ses portes, il y a quelques mois à peine… Ouf, je n’ai presque rien raté.

 

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Dix ans plus tard, le Music Village est toujours là, fidèle à l’esprit voulu par Paul Huygens.

 

À partir du 3 septembre, pour fêter dignement cet anniversaire, le club programme une série de concerts «spéciaux». On y verra Phil Abraham, Dave Pike, Gino Lattuca, Ivan Paduart, Amina Figarova, Mélanie De Biasio, les Swing Dealers, Charles Loos et bien d’autres encore.

 

Dix ans, c’est  un bel age et c’est l’occasion de poser dix questions au maître des lieux, Paul Huygens.

 

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1 : Pourquoi le jazz ?

 

Avant tout pour l'atmosphère (sentimentale ou excitante) qui entoure la musique de jazz live. Et, étant surtout amateur de musique classique pendant mon adolescence, je trouve, avec le temps, que le JAZZ est la musique de la VRAIE vie. Pas dramatique, pas extrême, mais faite de rose avec des touches de gris, et de gris avec des touches de rose… bref jazzy. Et bien sûr pour des tas d'autres raisons plus savantes…

 

2 : Pourquoi le nom de "Music Village" ?

 

En référence au Village Vanguard d’abord et ensuite, à l’origine, pour permettre d’ouvrir l’espace à d’autres musiques. Ce qui n’est plus trop d’actualité… Et puis l’idée de «Village» me semblait «cosy» : atmosphère, atmosphère….

 

3 : Pourquoi près de la Grand Place ?

 

Clairement pour bénéficier d’une visibilité nationale et internationale. Pour être au centre de la capitale de l’Europe et pour cette dernière. Pour ajouter un atout culturel international (qui manquait d’ailleurs…). Et parce que l’Anglais et le jazz, c’est éminemment international et «œcuménique».

 

4 : Quel a été ton premier contact avec le jazz et le premier coup de coeur ?

 

Mon instituteur primaire, en 1ère et 2e, qui s’appelait Charles Denose, jouait en classe de la guitare jazz et du banjo. Voyant mon intérêt, il avait même prêté à mes parents l’intégrale de Django Reinhardt (en vinyle, indeed. Années 1958…).

 

5 : Quel est ton meilleur souvenir, parmi les nombreux concerts, au Music Village ?

 

Le tout premier concert live, en août 2000, quand les premiers accords ont résonné pour un public. J’ai versé quelques larmes, même… (en coulisses, indeed) Il y avait, entre autres, Roger Van Ha et Johan Clement.

 

6 : Si tu n’avais aucune limite de budget, quel artiste rêverais-tu de voir un soir (ou deux, ou trois, ou plus) au Music Village?

 

Jacky Terrasson sans aucune hésitation.

 

7 : Que penses-tu de l’évolution du jazz (en Belgique ou ailleurs) depuis ces dix dernières années ?

 

Probablement qu’il y a un peu plus d’intérêt de la part des plus jeunes pour le répertoire classique. Qu’il y a moins d’ «extrémisme» créatif. Et qu’il y a toujours aussi peu de clubs de jazz… J’essaie d’y travailler au sein du Conseil des Musiques non Classiques.

 

8 : Quel est la plus grande difficulté à surmonter lorsqu¹on est patron d¹un club de jazz ?

 

Arriver à faire un bon mix entre «jazz-art» et de «jazz-entertainment», les 2 piliers du jazz qui sont certainement, selon moi, les seules manières de se projeter dans l’avenir. Cela dit, de manière plus prosaïque, le problème est toujours d’arriver à boucler les budgets, en étant, pour l’essentiel autofinancé (90%).

 

9 : Sur quels critères as-tu établi le programme pour « fêter » ces dix ans ?

 

Je voulais avant tout réunir un maximum de musiciens – belges surtout – qui ont accompagné et compris mon aventure depuis 10 ans.

 

10 : Que nous réserve le Music Village pour les dix ans à venir ?

 

Je veux surtout continuer à soutenir le jazz «classique» et ses musiciens belges, et offrir à un public renouvelé, qui n’est pas toujours spécialiste, une belle introduction vers la musique de jazz. Et, en même temps, présenter ceux qui, parmi la jeune génération, partagent les valeurs éternelles du jazz qui sont pour moi : swing, intelligence, créativité, plaisir partagé… et puis, l’atmosphère !

 

 

Réservez dès maintenant vos places pour le mois de septembre… et les dix années à venir.

Happy birthday, Paul.

 

(Merci à Jos Knaepen pour la photo). 

 

 

A+

 

10/02/2010

Gino Lattuca - Bad Influence

Avant de vous raconter le concert de Mélanie De Biasio à Flagey, de Christophe Astolfi au Sounds et de Fabien Degryse à la Jazz Station, voici un petit texte que j’ai eu plaisir à écrire pour le dernier album de Gino Lattuca: «Bad Influence», sorti chez Igloo.

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Toujours à la recherche du son juste, celui qui coule avec suavité et élégance, Gino Lattuca a attendu près de 18 ans avant de sortir un nouvel album en tant que leader («My Impression» date déjà de 1992). Ho, bien sûr, pendant tout ce temps, notre trompettiste n’est pas resté inactif, au contraire. Il est bien connu qu’au sein du BJO, on ne se repose pas. Alors, au rythme des rencontres et des nombreux projets, Gino en a profité pour travailler encore et toujours son instrument et confirmer ainsi qu’il était bien l’un des meilleurs trompettistes du royaume.

D’ailleurs, si Philip Catherine l’accompagne du début à la fin de ce disque - et pas qu’en simple invité sur l’un ou l’autre titre - c’est qu’il y de bonnes raisons. Et la qualité de jeu de Gino Lattuca n’y est sans doute pas étrangère. Tout au long de ce «Bad Influence», on décèle d’ailleurs un grand respect mutuel de la part de ces deux grands musiciens. Chacun laisse de l’espace à l’autre pour qu’il s’exprime en toute liberté. Tout est une question de dialogues subtils et généreux. Chaque mélodie en est magnifiée. Il suffit d’écouter comment le quartette se réapproprie certains standards pour comprendre combien cette alchimie est assez unique. Amoureux des ballades swinguantes, Gino Lattuca ne pouvait pas passer à côté d’un «Come Rain Or Come Shine» capricieux et  facétieux, «Along Came Betty» merveilleusement ensoleillé, ou «Theme For Ernie» tendrement sensuel. Chaque fois, la musique est lumineuse et limpide. Le jeu de Gino est précis, sensible et caressant. Toujours, il développe un son d’une extrême justesse et d’une grande finesse.

Soutenu par une rythmique qui se connaît bien - et qui le connaît bien (Bart De Nolf à la contrebasse et Mimi Verderame à la batterie) - l’ensemble est extrêmement soudé et attentif. Et Philip Catherine y est élégamment éblouissant. La virtuosité est toujours, ici, au service de la musique.

Gino Lattuca co-signe également deux titres avec Mimi Verderame («Bad Influence» et un «Espresso» bien serré) alors que Philippe Catherine lui offre un swinguant «Adriano» et Michel Herr un irrésistible «Last Minute Blues».

Il n’y a pas à dire, cet album est un véritable disque d’amis. Un vrai disque de jazz.

Mais alors, quelles sont ces «Bad Influences»? Celles de Freddie Hubbard, Harry James, Woody Shaw?  Celles des rencontres de la vie? Qu’importe, puisqu’elles donnent surtout de bonnes vibrations.

 

A+

 

 

06/10/2009

Musicalix 2009

 

Musicalix, deuxième du nom.

Au programme, cette année, quelques groupes que je ne connaissais pas et que, malheureusement, je n’aurai pas l’occasion de voir (Yellow Green Big Band, Samba Da Candeia), et de d’autres, que je connaissais et que je ne verrai pas non plus faute de temps (Musique Flexible ou le trio de Vincent Antoine, dont le Swingin’ Voices m’avait vraiment impressionné lors du dernier festival Dinant Jazz Nights)…

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J’arrive juste à temps pour écouter les KMG’s, nouvelle formule.

On a laissé de côté le clinquant et les paillettes psychédéliques pour se concentrer un peu plus sur le côté roots et la transpiration. C’est sans doute dû à l’arrivée du “nouveau” chanteur (ça fait plus d’un an, mais bon…) Adam The First (alias Adam Laurinaitis).

Voix singulière à la tessiture assez large, gestuelle et présence charismatique sur scène, Adam The First impose son style. Les KMG’s flirtent désormais encore un peu plus souvent avec la soul mais n’oublient jamais le funk. La section rythmique est toujours aussi efficace, c’est rôdé et ça joue ferme. Les anciens morceaux, revus et retravaillés, se mélangent aux nouveaux et l’intensité ne fait que monter. Les KMG’s reprennent de l’épaisseur. Ce n’est que du plaisir !

 

Vers 20h30, on laisse les braves gens dormir en paix, et l’on abandonne le chapiteau pour rejoindre la salle du Centre Culturel de Joli Bois.

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C’est Julie Jaroszewski et son quartette - Rui Salgado (cb), Nicolas Chkifi (dm) et Charles Loos (p) - qui nous accueillent. Très influencée par la musique hispanisante (elle entame son concert avec «Alfonsina Y El Mar») et le flamenco (elle chante «You And The Night And The Music» en tapant des talons façon taconeado), Julie a vite fait de nous emmener dans son petit univers. Elle reprend «My Funny Valentine» ou «You Don’t Know What Love Is» avec pudeur et sincérité. Elle prend du plaisir sur «Bye Bye Blackbird» et puis nous tire presque les larmes avec un troublant et poignant «La solitude» de Barbara. Frisson.

Vous ai-je déjà dit que cette fille avait du talent? A suivre, à suivre, à suivre…

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Pour finir en beauté ce festival décidément bien sympathique, place à The Radoni’s Tribe (dont j’avais déjà parlé ici). Le groupe s’est formé, rappelons-le, à la suite de la disparition Paolo Radoni. Quelques musiciens, parmi ses plus fidèles amis, se sont en effet mis en tête de continuer à faire vivre (ou à faire connaître et reconnaître) la musique du guitariste pour notre plus grand bonheur.

Paolo Loveri (g) a pris le lead, Michel Herr a fait de sublimes arrangements, et un album a vu le jour l’année dernière chez Mogno .

Ce soir (hormis les invités que l’on retrouve sur le disque,  comme Philip Catherine, Peter Hertmans, Alex Furnelle etc…) ils sont tous là, ou presque, puisque c’est Bas Cooymans qui remplace exceptionnellement l’habituel Bart De Nolf à la contrebasse.

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En formation complète («Touch Of Silver», ça sonne!), en trio ou en solo (superbe Charles Loos sur «Cupid’s Wings»), la tribu nous fait passer du rire à l’attendrissement. Le drumming délicat et précis de Bruno Castellucci se marie avec subtilité au lyrisme du saxophone de Ben Sluijs et au souffle limpide de la trompette de Gino Lattuca. Chrystel Wautier (voc) très à l’aise sur les thèmes swinguants, ne peut que nous emmener au paradis quand elle entame son «Let Me Hear A Simple Song». Quant à Paolo Loveri, il nous fait fondre lorsqu’il revisite «Luiza», de Jobim, que Paolo Radoni considérait comme l’une des plus belles chansons jamais écrite.

Radoni’s Tribe prouve que la musique peut encore être simple et sophistiquée à la fois. Intelligente et accessible. Actuelle et intemporelle.

 

Merci Musicalix!  Et à l’année prochaine, sans faute.

 

A+

 

13/04/2009

Radoni's Tribe - CD Release au Sound

Voilà plus d’un an, Paolo Radoni nous quittait.
Brutalement.

Paolo était guitariste mais aussi un superbe compositeur.
On s’en rend encore mieux compte à l’écoute de ce très bel album qui lui rend hommage: «Let Me Hear A Simple Song».

Radoni’s Tribe !
La belle idée.
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Cette tribu, dont les membres ont bien connu Paolo, s’est formée simplement, facilement, naturellement. Comme l’aurait aimé Paolo.

C’est Brigitte, son épouse, qui eut l’idée avec Paolo Loveri de réunir Gino Lattuca, Ben Sluijs, Charles Loos, Bart De Nolf, Alex Furnelle et Bruno Castellucci pour revisiter quelques unes des plus belles compositions du guitariste.
Dans cette tribu, on y retrouve aussi Chrystel Wautier, Christine Schaller, Frank Wuyts, Denis Van Hecke, Fanny Wuyts, Peter Hertmans et Philip Catherine… Excusez du peu…

La belle idée, c’est aussi d’avoir demandé à Michel Herr d’en faire les arrangements.
Le résultat est en tout point merveilleux et les mélodies en sont magnifiées.
Quel superbe travail.

Su ce disque, il y a beaucoup de ballades – mais quelles ballades ! – et peu de morceaux rapides («Touch Of Silver» et «My Li’l Angel»). Pourtant, l’album est très varié, car les thèmes et les mélodies sont riches.

Au Sounds, ce vendredi 3 avril, la troupe au grand complet présentait officiellement la sortie du disque.

Il y avait beaucoup de monde, bien sûr, et l’ambiance était chaude et amicale.
Pas trop de nostalgie mais plutôt une envie de faire la fête à Paolo. Sobrement.
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Plutôt que de vous faire le concert dans le détail, je préfère vous conseiller de vous procurer cet album au plus vite.
C’est un petit bijou, je vous dis.

Mes coups de cœur ?
«Let Me Hear A Simple Song» bien sûr, pour les superbes arrangements, pour la voix de Chrystel, pour les interventions de Gino.
Comment ne pourrais-je pas avoir la gorge serrée à l’écoute de ce morceau? Pas qu’il soit triste, au contraire, mais parce que je me souviens l’avoir entendu chanté par Chrystel pour la toute première fois au Sounds en compagnie de…Paolo lui-même.

«Levante», pour son aspect modal, pour cette mélodie mystérieuse et sensuelle. Pour le sax de Ben Sluijs (extraordinaire tout au long de l’album!).

«Chove sol» pour le duo de guitares ente Philip Catherine et Paolo Loveri.

«Cupid’s Wings» pour Charles Loos…

«Trapèze» pour cette ritournelle entre Loveri et Loos qui vous fait siffloter le reste de la journée.

«Milano Per Caso», pour son petit côté «Nino Rota», avec des arrangements décalés de Frank Wuyts…

Et puis, «Ballad For One» pour Peter Hertmans… et le jeu de Castellucci aux balais…

Et puis «Vento»…spectral.

Oh… et puis, tous les autres morceaux aussi…

A+