26/04/2017

Jazz et paix.

Le 30 avril, c’est la journée internationale du jazz. Une journée qui célèbre le jazz comme un symbole mondial de paix et de dialogue entre toutes les cultures.

L’occasion était trop belle pour Garrett List et son Orchestra ViVo ! de marquer le coup.

Le 20 janvier 2017, avec le concours d’une trentaine de rhétoriciens de l’Institut de la Providence de Champion (Namur), ils ont enregistré au Théâtre de Namur, «Thoughts On The Oxymoron Military Intelligence». Un poème de Judith Malina (auteure, metteur en scène, actrice de théâtre et de cinéma, directrice et fondatrice avec Julian Beck du célèbre Living Theatre en 1947 à New York City) mis en musique par Garrett List et mis en scène par Anne Englebert.

Le texte est une véritable ode à la paix et dénonce l’escalade de violences provoquée par l’usage des armes ainsi que l’absurdité qui consiste à vivre dans la peur de l’autre.

Ce mercredi 26, Orchestra ViVo ! a proposé à différents médias, amis ou partenaires de diffuser et de partager le clip réalisé ce soir-là.

Jazzques ne pouvait que participer.

 

 

 

A vous de partager maintenant...

Peace.

 

A+

17/08/2016

Un dimanche au Gaume Jazz Festival

32e édition du magnifique et très convivial Gaume Jazz Festival. Cette année, en plus, c’est sous un soleil de plomb qu’il se déroule. Et sur le coup de quinze heures, ce dimanche, le grand parc semble encore un peu endormi.

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C’est dans la salle du centre culturel de Rossignol qu’il faut aller. Il n’y fait pas plus frais, mais c’est là que le trio de Jeremy Dumont présente la musique de son premier - et très bon - album Resurrection.

Très resserrés autour du leader, concentrés et bien décidés à jouer un jazz énergique et dense, Victor Foulon (cb) et Fabio Zamagni (dm) attaquent « On Green Dolphin Street » avec vigueur. Le trio enchaine aussitôt avec « Try » et « Resurrection ». Les interventions du pianiste sont fermes et décidées, la basse claque presque autant que ne résonnent les coups de fouets sur la batterie. Mais surtout, ça groove et ça trace. Et l'intensité ne faiblit pas sur « Matkot » et ses réminiscences klezmer qui laissent transparaitre pourtant une pointe de mélancolie. Et puis, une dernier composition, inédite, confirme la direction bien tranchée que semble prendre le trio : de l’énergie, du nerf et de l’adrénaline. Jeremy Dumont définit de plus en plus précisément le jazz qu’il veut défendre. Et nous, on est prêt à le suivre.

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De l’énergie, la musique de Jean-François Foliez et son Playground n’en manque pas non plus ! Sous le grand chapiteau, qui a fait le plein, le quartette semble ne pas vouloir s’embarrasser de fioritures. Pourtant, le jazz à Foliez est ciselé, plein de raffinements et de subtilités. Mais avec un Casimir Liberski au piano et un Xavier Rogé aux drums, tout est limpide ! Le drumming claquant s'allie superbement aux folies harmoniques et rythmiques du pianiste. Et tandis que Janos Bruneel fait vibrer les cordes de sa contrebasse, le clarinettiste virevolte avec agilité et souplesse au-dessus de ce magma en fusion. Il y a, chez ce dernier, quelque chose de l’extravagance du jazz italien à la Gianluigi Trovesi, parfois. Même dans les plages plus lentes et intimistes, on sent toujours un travail rythmique intense. « Platinium », « Groove #2 » et surtout « Germination » sont époustouflants ! Chacun propulse l’autre un peu plus haut pour le meilleur de la musique. Une bonne heure de jazz bien tassé, entre détente (ha, cette fausse valse qui s'emballe après l’intro en solo de Jonas Bruneel) et tension… Et quelle tension !

Impossible de rentrer dans la salle pour écouter le trio Steve Houben, Stephan Pougin et Johan Dupont. Une tentative, une deuxième… J’abandonne et me laisse tenter par quelques délicatesses dont la Gaume a le secret…

Retour sous le chapiteau, plein à craquer, pour écouter Aka Moon et son Scarlatti Book.

On a beau les voir et les revoir (sur ce projet ou sur d'autres) on est toujours surpris par la puissance mélodique et énergique de ces quatre énergumènes. Et on est toujours ravi de les voir prendre plaisir à jouer et inventer ensemble. Ici, en reprenant Scarlatti, ils ramènent le clavecin et les compositions baroques dans le présent. Sans jamais caricaturer l'une ou l'autre époque. Aka Moon joue avec l'intelligence et la sensibilité de chacun plutôt que sur l'air du temps et les effets de mode. C'est cela qui rend la musique à la fois accessible, prenante et jubilatoire. Même si elle est complexe. Mais on ne cherche plus à comprendre et on laisse faire les artistes. Fabian Fiorini, entre contemporain et classique, déroule un phrasé toujours percussif, Frabrizio Cassol et Michel Hatzigeorgiou rebondissent sur des dialogues irréels qui nous laissent sans voix. Quant au drumming de Stéphane Galland, qui ne peut s’empêcher de surprendre tout le monde y compris ses acolytes, il est unique. Et puis, Aka Moon est unique. Autant les contrastes rythmiques sont marqués, autant les harmonies sont affinées. C'est l'eau et c’est le feu. Et c’est toujours aussi fort !!

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En début de soirée, dans l'église du village, on profite enfin d’un peu de fraîcheur mais aussi de la musique apaisante du duo Lionel Loueke et Nicolas Kummert. La veille, en quartette avec Karl Jannuska et Nic Thys, le saxophoniste avait présenté l'évolution de son travail avec le guitariste béninois (la « première » avait eu lieu ici). Un disque est en préparation et devrait sortir en février. Pour l'instant les deux artistes sont face à un public attentif et silencieux. Quoi de mieux qu'une Gnossienne de Satie pour débuter ? La musique se laisse modeler par le chœur de l’édifice. Tout est souffle, alanguissement, recueillement. La guitare sonne avec respect, plénitude et retenue. Même un morceau de Salif Keita se murmure et danse sensuellement. Nicolas Kummert ne se contente pas de jouer du ténor, il chante aussi. Il aime ça et il le fait bien. Puis c’est Loueke qui chante une berceuse béninoise avant de reprendre le « Hallelujah » de Jeff Buckley de circonstance. Beau moment...

Retour dans la petite salle, comble à nouveau, et dans une chaleur étouffante. Cette fois-ci, j’arrive à me faufiler. Tree-Ho, le groupe d’Alain Pierre, a déjà entamé « Aaron & Allen » et « Piazza Armerina ». On peut dire que ça groove ! Et « Joyful Breath » file tout aussi vite, et en toute légèreté, sur la douze cordes du guitariste. Soutenu par une paire rythmique qui se connaît bien (Antoine Pierre aux drums et Felix Zurstrassen à la basse électrique) et qui ne cesse d'évoluer, Tree-Ho propose un jazz vif, mélodieux et résolument optimiste, même dans les morceaux plus intimistes. « Seeking Song » (ou « Sea King Song » ?), un inédit, est fait dans le même bois mais se termine ici en prog rock psyché irrésistible. On sent que le groupe a encore de belles choses à nous faire découvrir. Ça tombe bien, on ne demande que ça.

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Je n’aurais pas l’occasion d’aller écouter le concert d’Orchestra ViVo ! , dirigé par Garrett List, Johan Dupont, Emmanuel Baily, Manu Louis, Marine Horbaczewski… bref, par les 29 musiciens ! Dommage, j’aurais bien voulu entendre et voir l’évolution du nouveau projet, que j’avais eu l’occasion de voir en « première » lors de la résidence de l’Orchestre à La Marlagne (j’en avais parlé ici).

J’aurais voulu être en Gaume les autres jours aussi pour entendre, entre autres, Lorenzo Di Maio, le projet Terrasson, Bekkas, Belmondo ou encore Manu Louis, Pascal Schumacher ou l’étonnante chanteuse Veronika Harsca… Mais… je n’ai toujours pas le don d’ubiquité.

A+

Merci a ©Pierre Embise pour les images !

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13/01/2016

Orchestra ViVo ! La Marlagne

Jeudi 10 décembre, je pousse une pointe à La Marlagne. L’Orchestra ViVo!, emmené par Garrett List, s’y est installé pour une résidence artistique de trois jours (et trois nuits). C’est l'occasion pour cet orchestre atypique de travailler un tout nouveau répertoire qui succèdera à l’album sorti chez Igloo en 2014 déjà.

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Pas moins de 10 nouvelles pièces sont donc au programme ! On comprend que les journées furent bien remplies et les nuits bien courtes.

Sur les coups de 20 heures, dans la grande salle Hicter, l’orchestre prend place, et cela de façon on ne peut plus « littérale ». En effet, la musique et l’esprit ViVo! s’installent déjà tandis que les musiciens entrent les uns après les autres sur scène. Stefan Pougin bat déjà ses tambours, les artistes se saluent, s’embrassent, prennent leurs aises, accordent leurs instruments. Chacun prend ses marques et, imperceptiblement, la musique se concrétise sous nos yeux et commence à swinguer avec élégance et légèreté.

Ça tape des mains et des pieds. Ça bouscule les conventions. Ça fait évoluer les idées que l’on se fait habituellement des grandes formations. Oui, Orchestra ViVo!, c'est vraiment vivant.

Non seulement ça s’amuse, mais ça joue ! Et l’on remarque vite les arrangements sublimes entre les cordes et bois. Mine de rien, le travail est complexe et précis, mais les libertés sont énormes.

Des effluves de valse, de meringue ou de milonga se mélangent sur «Emergency Exit» tandis que l’orchestre travaille par grappes, par petits groupes, comme des petits îlots qui dérivent.... Et la musique circule.

La poésie, la littérature, la musique et toutes autres formes d’art ont leur place au sein de ce grand barnum. Aurélie Charneux chante, avec une pointe de cynisme, un long texte bourré de double sens sur la vie, l'amour et notre monde moderne.

Puis, on mélange le poème de Théophile Gauthier («Le Passage ») avec une musique inspirée de Hector Berlioz et écrite par Antoine Dawans. Un pur bijou.

Jean-François Folliez laisse serpenter sa clarinette sur la «Lagune» avant qu’Adrien Lambinet ne développe, fidèle à son style, une «Pièce Minute» minimaliste et légèrement déstructurée qui progresse par touches mystérieuses. On flirte peut-être avec Messiaen, Reich ou la musique concrète.

Et l’on bascule alors dans un autre univers. Les musiciens bougent et échangent presque leur place. On chante, on déclame, et «The Love Song» s’enchaîne à «R.E.S.P.E.C.T.». Chaque musicien à droit à son rayon de lumière : Marie-Eve Ronveaux ou Marine Horbaczewski aux violoncelles, Laure Peignault, Nicolas Draps ou Nathalie Huby aux violons, Antoine Dawans (tp), Johan Dupont (p) ou encore Laurent Meunier au sax, pour ne citer que quelques-uns.

Manu Louis, seul avec sa guitare, vient faire un clin d'œil à Kurt Weil avec son «My Life Is Riding To Strike». André Klenes (cb) rend hommage à Warhol et Lichtenstein («Blotted Lines And Benday Dots») avant que tout le monde ne se retrouve à «L’Hôtel Des Etrangers» (de Garrett List et Johan Dupont sur un texte de Blaise Cendras).

L’Orchestra ViVo! mélange les genres et s’amuse à faire bouger constamment les lignes. Il semble écarter les murs pour se donner de l’air et ne se refuse presque aucune limite. Et de cette musique savante et surprenante, mais toujours accessible, jaillit toujours une idée ou une histoire, tantôt sombre, tantôt optimiste, qui parle autant au cœur qu’à l’esprit.

Si l’on prendra certainement plaisir à écouter le prochain disque d’Orchestra ViVo!, il est certain que c’est aussi sur scène que ce projet fou prend toute son ampleur. Alors, à bon entendeur…

 

 

A+