05/09/2017

Belgian Jazz Meeting 2017

Tous les deux ans, le Belgian Jazz Meeting permet aux organisateurs, programmateurs et journalistes internationaux de faire connaissance avec une belle sélection d’artistes belges. Douze, en l’occurrence. Ces derniers ont trente minutes pour convaincre. Une belle opportunité à saisir, même si l’exercice n’est pas simple.

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L’édition 2017 se déroulait ce premier week-end de septembre à Bruxelles, au Théâtre Marni et à Flagey. L’organisation était parfaite, pro, simple et décontractée, bien dans l’esprit du petit monde du jazz belge.

Tout a donc commencé le vendredi soir avec le concert de Lorenzo Di Maio.

Fidèle à mes (mauvaises) habitudes, indépendantes de ma (bonne) volonté, j’arrive juste trop tard pour assister à sa prestation. Bien que je connaisse assez bien Lorenzo et son groupe pour avoir assister à nombre de ses concerts, j’aurais bien aimé le voir et l’écouter dans les conditions un peu particulières de ces showcase. Tant pis pour moi.

C’est alors au tour de Jozef Dumoulin de se présenter en solo. Devant son Fender Rhodes, ses dizaines de pédales d’effets et autres gadgets électroniques, le grand claviériste propose un set assez… radical. Bruitiste, avant-gardiste, chaotique, presque abstrait, voire… hermétique. Avec tout le respect que j’ai pour Jozef et sa créativité débordante, qui d’habitude me transporte, j’avoue être passé totalement à côté de ce concert… Je n’ai jamais compris où il voulait nous emmener. Et pourtant, je suis loin d’être réfractaire à sa musique, bien au contraire. Une autre fois peut-etre ?

Après une coutre pause, c’est Drifter (emmené par Nicolas Kummert, Alexi Tuomarila, Teun Verbruggen et Axel Gilain) qui propose une musique bien plus accessible, à la fois lyrique, tendue et finement arrangée. Drifter mélange avec beaucoup de sensibilité et d’à-propos des groove africains, de la folk, de la pop, de l’ambiant ou de la chanson (ce sera d’ailleurs la seule occasion, durant tout ce meeting, d’entendre du chant...). La musique est généreuse, pleines de couleurs différentes, d’interactions entre les musiciens. Ceux-ci s’amusent, prennent du plaisir et, emportés par leur élan, dépassent un peu le temps qui leur été imparti… On ne leur en voudra pas car on s’est plutôt bien amusé. Ce groupe continue à prendre de l’épaisseur et l’ensemble est très convaincant.

C’est donc avec un peu de retard sur l’horaire que le trio de Mattias De Craene clôt la première journée. Avec deux batteurs (Simon Segers et Lennert Jacobs), le saxophoniste propose une musique de transe, presque tribale, très puissante. Tout comme le son - poussé au maximum et à la limite de la stridence (surtout que le saxophoniste use aussi d’effets électro) qui gâche un peu l’érotisme brut que pourrait provoquer cette musique - l’intensité monte rapidement. Et elle y reste. L’ensemble est assez brutal et agressif et manque sans doute parfois d'un peu de subtilité. Mais cela doit sans doute être très efficace sur une scène de festival... pas nécessairement jazz.

Le samedi matin, c’est à Flagey que l’on avait rendez-vous.
D’abord avec Linus, le duo formé par le guitariste Ruben Machtelinckx et le saxophoniste Thomas Jillings. Voilà qui est parfait pour débuter la journée en douceur car ici, tout est fragilité. Les mélodies se construisent par fines couches harmoniques, magnifiquement brodées. La musique, méditative et contemplative, est pleine de reliefs et se nourrit de blues, de musique médiévale, de musique sacrée. Les musiciens sont complices, restent attentifs l’un à l’autre et donnent vraiment de l’âme à ces compositions diaphanes. Très, très beau moment.

Avec Antoine Pierre Urbex, on retrouve le groove, les surprises rythmiques, les variations d’intensités. Et une véritable fluidité dans l’exécution. L’énergie est canalisée, maîtrisée. L’adrénaline monte au fur et à mesure. Le set est extrêmement bien construit. Les interventions de Jean-Paul Estiévenart (tp) sont toujours brillantes, de même que celles de Fabian Fiorini (aussi incisif que décisif), sans oublier celles de Bert Cools à la guitare électrique. La complémentarité des deux saxophonistes (Toine Thys et Tom Bourgeois) est parfaite et le soutien de Felix Zurtrassen à la basse électrique est précis, solide, infaillible. Quant aux dialogues entre le batteur et Fred Malempré aux percus (qui ensoleille certains morceaux avec bonheur) ils sont d’une évidence même. Ajoutez à cela une pointe d’humour et d’impertinence et votre matinée est réussie.

Après un lunch très convivial et un brainstorming autour du prochain Jazz Forum, on se retrouve au Théâtre Marni pour se prendre sans aucun doute la plus belle claque du week-end !

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq, le trio infernal !

Mélangeant le jazz, la transe, le free, l’impro libre, les mesures composées… le trio nous a emmené très loin, très haut et très vite. Et, au vu de la réaction du public (une quasi standing ovation !!!), je crois pouvoir dire que nos trois musiciens ont marqué des points. C’était du plaisir à l’état pur. L’essence même du jazz. Des échanges, des surprises, de la complicité, des prises de risques et une envie terrible de raconter des histoires de façon originale, moderne, intuitive et intelligente. Jubilatoire !

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J’attendais beaucoup de Dans Dans pour ses mélanges entre pop et jazz, entre trip hop, ambiant et impros… Et je suis resté un peu sur ma faim. Le trio nous a servi un set quasiment rock (avec Bert Dockx en guitar hero) où tout était poussé à fond… quitte à oublier les variations, les tensions et les relâchements. On y a eu droit, un tout petit peu, avec la reprise du « The Sicilian Clan» d’Ennio Morricone

De jazz, il en était beaucoup plus question avec Animus Anima.

Ce sextette, composé de Nicolas Ankoudinoff (ts), Bart Maris (tp), Pascal Rousseau (tuba), Stephan Pougin (percus), Etienne Plumer (dm) et, pour l’occasion, l’excellent Gilles Coronado (eg), défend une musique assez ouverte, sophistiquée, nerveuse, parfois complexe. Et fraîche. Le plaisir est immédiat car tout est délivré avec énormément de souplesse et d'une pointe d’humour. Ici aussi, ça échange, ça ose, ça bouge. On laisse de l’espace pour des solos ou des duos. On retient, on pousse, on court, on marche, on rigole. Bref, on vit !

Pour refermer cette seconde journée, BRZZVLL avait joué la carte de la fête et de la danse, ce que ce collectif sait si bien faire. Cependant, ce soir, on a eu l’impression que cela tournait un peu en rond, sur des rythmes et des tempos quasi identiques. Et, dans ce cas-ci, on peut même se demander quel était l’intérêt d’avoir deux batteries si elles se contentent de jouer la même chose… Bref, par rapport à d’autres concerts de BRZZVLL que j’ai eu l’occasion d’entendre, celui-ci m’a un peu laissé perplexe.

J’attendais beaucoup aussi de Steiger ce dimanche matin. J’avais vu le groupe (Gilles Vandecaveye (p) Kobe Boon (cb) Simon Raman (dm)) il y a quelques années lors du Jazz Contest à Mechelen. S’il n’avait pas obtenu le premier prix cette fois-là, il était, pour ma part, parmi mes gros coups de cœur.

Mais… pourquoi ont-ils décidé de s’encombrer de gadgets électroniques et de « machines à faire du bruit » plutôt que de concentrer sur la musique, la construction d’histoires, de mélodies, d’interactions… Un peu comme ils l’ont fait en tout début de concert, avant de nous (me) perdre, et surtout lors du dernier et très court morceau de leur prestation. C’était inventif, sec, net, précis et autrement plus intéressant. Dommage. A revoir…

Quoi de mieux que Trio Grande pour terminer de manière festive, ces trois journées roboratives ? Ces trois Mousquetaires (c’est aussi le nom de leur dernier et excellent album) nous ont amusé, nous ont fait danser, nous ont surpris.

Mine de rien, cette musique, tellement évidente et immédiate quand on la reçoit, est complexe, riche et pleine de finesse. Elle exige des trois artistes une connivence extrême et une confiance de tous les instants. A partir de là, et avec un indéniable sens de la forme, Trio Grande peut s’amuser à revisiter le ragtime, la valse, la chansonnette, le blues avec un brio qui n’appartient qu’à lui.

Lors de cette édition du Belgian Jazz Meeting on remit également les prix Sabam Award décernés cette année à Felix Zurstrassen, dans la catégorie « jeunes musiciens », et à Manu Hermia, dans la catégorie « jazzmen confirmés ». Récompenses bien méritées.

On a déjà hâte de se retrouver dans deux ans pour une cinquième édition dans laquelle on aimerait voir peut-être un peu plus de femmes sur scène, mais aussi des chanteurs et chanteuses et, peut-être, un peu moins… de rock (?).

A+

 

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15/01/2016

Antoine Pierre - Urbex - Interview.

A l’occasion de la sortie imminente de son premier album Urbex (chez Igloo), j’ai eu l’opportunité d’interviewer Antoine Pierre pour le magazine Larsen (abonnez-vous, c'est gratuit et on y parle de toutes les musiques). Pour le papier, il faut parfois couper. Sur le net, pas nécessairement. Voici la version «uncut».

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Urbex. Jazz et friche.

Antoine Pierre est l’un des jeunes drummers que beaucoup de jazzmen veulent avoir dans leur groupe. On l’a vu aux côtés de Jean-Paul Estiévenart, de Toine Thys, de Enrico Pieranunzi, de Philip Catherine et au sein de groupes tels que LG Jazz Collective ou TaxiWars. Cette fois-ci, ce surdoué de la batterie propose son propre projet : Urbex.

 

Urbex, cela veut dire quoi et d’où te vient cette fascination pour les villes et bâtiments abandonnés ?

Urbex est une contraction des mots Urban et Exploration. Il s'agit d'une discipline à la croisée du sport et de la photo qui consiste à visiter des lieux abandonnés pour en faire des photos « spectaculaires ». J'adore cet univers urbain abandonné qui suggère la vie passée et qui grouille de souvenirs. J'ai commencé à faire un peu d'Urbex, c’est-à-dire partir avec mon amie et avec un photographe pour visiter des lieux abandonnés. J'en ai fait en Belgique et à New York. C'est très mystique comme discipline, tu arrives dans un lieu parfois presque intacte depuis qu'il a été abandonné. La seule chose qui change, c’est que la nature s'y est réinstallée. De la végétation pousse, de champignons aussi... C'est vraiment étonnant.

La musique s’est-elle construite autour de ce « concept » (le chaos, l’abandon, la réhabilitation, …) ? A savoir, construire du « neuf » sur des choses oubliées ?

Exactement. Mes morceaux sont construits principalement à partir d'un état dans lequel je me trouve quand j'arrive dans un lieu abandonné : c'est comme si j'arrivais à comprendre tout ce qui s'y était passé et que je vois tout ce qui pourrait s'y passer. Comme si tu pouvais voir une sorte de décalcomanie de tout ce qui a vécu dans cet endroit, comme une présence fantomatique si tu veux. La nature reprend le dessus et se sert de ce que l'homme a construit pour renaître et prouver qu'elle est toujours là et que rien ne peut la vaincre. C'est un concept qui m'est très cher, ce concept « d'énergies ». Ça peut paraître mystique mais c'est devenu de plus en plus concret pour moi et j'ai voulu le rendre tel quel dans ma musique.

Est-ce difficile de « renouveler » le jazz ?

Je crois que c'est difficile mais je crois surtout que c'est un choix. Je crois tout simplement qu'il faut suivre son intuition et que ce n'est pas obligatoire de renouveler. J'ai l'impression parfois que certains musiciens s'efforcent à faire quelque chose de contraire à leur idéal sous prétexte de faire quelque chose de nouveau. Mais en vain... J'ai l'impression que ces musiciens perdent l'essence du truc à vouloir chercher midi à 14 h. Je crois vraiment qu'il faut faire ce qu'on sent d'abord et si on sent qu'on va dans une nouvelle direction, alors là il faut pousser le truc jusqu'au bout, repousser les frontières. Mais seulement si on le sent ! Il ne faut pas le faire juste pour le faire quoi... C'est tout aussi honorable de conserver la tradition que d'essayer de renouveler le jazz. Je suis toujours aussi attiré par ce qui s'est passé avant pour essayer de comprendre au maximum. Mais je suis autant attiré par l'inconnu et tous les territoires à encore découvrir. C'est d'ailleurs ce que j'aime avec Urbex. C'est très excitant d'avoir l'opportunité d'explorer avec ces musiciens.

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As-tu fait le « casting » du groupe après avoir écrit ou imaginé la musique, ou as-tu écrit en fonction des musiciens ?

J'ai longtemps eu des squelettes de compositions en tête mais j'ai fait le casting avant de concrétiser les morceaux. J'ai choisi certains musiciens à l'époque de mon examen de fin d'études au conservatoire de Bruxelles. Parce que j'avais envie de jouer avec eux, sans vraiment penser à la musique en soi. J'avais un son en tête et je savais que j'avais envie d'un grand groupe avec des souffleurs, une basse électrique et des percussions en plus de la batterie. J'ai choisi aussi les musiciens en fonction des rencontres musicales, soit en jouant dans leurs propres groupes ou en jammant avec eux. Lorsqu'on a commencé à jouer l'année dernière, le groupe avait déjà trouvé un chemin dans le son. C'est ça qui a défini le reste du répertoire. J'ai écrit toute la nouvelle musique en fonction du son que la groupe avait réussi à trouver. J'en suis d'ailleurs plus que satisfait et je ne m'attendais pas à ce que le son prenne une telle ampleur.

Est-ce que tu as donné un « rôle » à chaque instrument, une couleur qui correspond à une image ou à l'imaginaire d’Urbex ? L’urbain/la nature, l’homme/la machine, la modernité/la tradition ?

C'est marrant que tu poses la question car ce n'est pas quelque chose que j'ai conscientisé lors de l'écriture des morceaux mais bien lors de leur réalisation. Pendant la résidence qu'on a eue en septembre, je me suis rendu compte que les instruments trouvaient leur rôle et qu'ils se définissaient en fonction des morceaux. J'aime la géométrie de ce groupe, dans la variation qu'il permet et les reliefs que cela provoque. En d'autres mots j'aime, par exemple, que la basse fasse partie de la rythmique dans une partie et soit la mélodie dans une autre. Ou bien que la batterie tient la mélodie et que les souffleurs accompagnent. Au final, je commençais à parler de rôles moins concret musicalement. Et, oui, il m'arrive d'expliquer une composition en la décrivant comme un tableau, avec tous ces éléments que tu as cité.

Comment a-tu écrit tes morceaux ? Sur un rythme, un «système», une mélodie ? Quel a été le morceau déclencheur d’Urbex ?

Je pars en général d'ambiances et d'atmosphères, majoritairement inspirées par l'univers dans lequel je baigne. J'ai toujours un petit carnet avec moi dans lequel je note toutes mes idées. Au milieu d'une discussion ou d'une balade, je peux m'arrêter comme un geek, sortir mon carnet et noter 3 notes dedans... Une fois que j'ai l'idée du son et de l'atmosphère que je veux dépeindre, j'utilise le matériel de ce petit carnet, qu'il soit rythmique, harmonique, mélodique ou conceptuel... Je connecte les idées entre elles et puis je travaille sur la forme. Si j'ai du mal à connecter les idées et que je m'acharne un peu trop, c'est que ce n'est pas le bon moment alors j'attends que le prochain déclic arrive pour continuer à travailler. Je me retrouve en général avec 5 ou 6 compositions que j'écris simultanément en l'espace de plusieurs mois. La plus longue jusqu'ici m'a pris 10 mois et quelques voyages pour l'écrire... Je ne sais pas si il y a eu réellement un morceau déclencheur. Dans la forme, c'est peut-être le morceau « Urbex » qui dépeint bien le procédé que j'ai utilisé pour écrire le répertoire d'Urbex : une suite en plusieurs parties, avec des ambiances différentes, des reliefs différents mais interconnectés.

Le fait d’avoir passé un an à New York a-t-il changé ta façon d’appréhender le jazz. Cela a-t-il influencé ta façon d’écrire pour Urbex ?

Oui. New York a été une expérience incroyable pour moi. C'était d'abord très intéressant de se connecter autant avec la tradition. Pendant un an, je suis sorti presque tous les soirs dans les clubs de jazz pour assister à des concerts plus incroyables les uns que les autres. Ce qui m'a frappé c'est ce jeu incisif que la plupart des batteurs ont. Il y a quelque chose de tranchant qui ne laisse rien au hasard et qui te fait sentir que c'est «here and now». New York est un espèce de grand laboratoire dans lequel les musiciens font des expériences qui ne se produiront peut-être qu'une seule fois. Les concerts des groupes new-yorkais auxquels on a droit en Europe sont, pour la plupart, des groupes existants qui ont enregistré et tourné. A New York, tu peux voir des formation insolites ou inhabituelles qui jouent des compositions inédites juste pour un soir. Parfois ça fonctionne, parfois pas mais, au moins, ça se fait. Je crois aussi que j'ai eu la chance de faire des rencontres qui m'ont poussées musicalement dans une voie que je n'aurais pas prise autrement. Voir cette émulation entre musiciens et vivre cette énergie forte m'ont poussé à m'ouvrir plus et à faire plus d'expériences. Je pense que cela se traduit bien dans Urbex.

Quelles sont tes principales - et surtout dernières - influences musicales ?

Pat Metheny restera toujours mon influence principale. Pour moi, c'est un musicien complet. Je n'aime pas tout ce qu'il a fait mais dans chacune de ses compositions, la qualité y est et sa plume ressort. J'ai aussi eu l'occasion de faire une session avec Chris Potter à New York et j'ai donc voulu découvrir plus sa discographie. J'adore son écriture et la manière dont il arrange pour les grands ensembles. J'ai aussi beaucoup écouté Vijay Iyer, j'aime sa manière d'aborder la musique et la composition et je trouve que son trio est un magnifique exemple de travail de liberté en groupe. Même si la musique est archi complexe, on sent qu'ils arrivent à s'éclater et à trouver leur liberté dedans. Je suis retourné sur la discographie d'un de mes plus grands héros, Miles Davis. Après avoir écouté son premier et son deuxième quintet pendant des années je suis retourné sur la période électrique que j'adore. J'aime la progression de la musique dans ces disques et aussi l'énergie qu'il y a, ce truc « sans chichi ». De plus, le son de Miles est juste incroyable...

Vous avez beaucoup joué avant d’enregistrer ? Le disque s’est enregistré dans les conditions d’un live ? Y a-t-il eu beaucoup de « prod » ensuite ?

Quand je suis rentré de New York, on a joué l’ancien répertoire au Bravo et au Brosella. On n’avait pas encore eu le temps de travailler sur la nouvelle musique. Le son était là et il ne demandait qu'à grandir encore. Durant le mois d'août, j'ai organisé des répétitions partielles avec les musiciens pour parcourir les nouveaux morceaux et nous habituer aux formes, aux systèmes rythmiques et harmoniques et approfondir quelques intentions. Ensuite, on s'est tous réunis pour 3 jours de résidence à la Jazz Station. Là on a vraiment pu travailler les morceaux en profondeur et tester plusieurs possibilités de structures, etc. On a joué ce répertoire pour la première fois au Marni, c'était donc notre première situation live. On est rentré en studio le lendemain et on a passé 3 jours et deux nuits à enregistrer dans un studio dans les Ardennes, complètement isolé du monde, juste concentré sur cette musique. C'était une expérience incroyable pour moi ! Actuellement*, nous sommes en plein mixage pour faire ressortir la musique comme elle doit l’être, en respectant les conditions live dans lesquelles elle a été enregistrée.

 

 

*(Note : L'interview s'est faite fin septembre 2015)

Photo : Mael G. Lagadec

A+

16/09/2012

Les Sentiers de Sart-Risbart

Des musiques improvisées, des musiques insolites, originales, étranges et variées. Des musiques qui mélangent les genres. Du jazz, du folk, du rock et d’autres encore, bien moins définissables…

Ce sont toutes ces musiques-là que la fine équipe du Festival des Sentiers de Sart-Risbart - réunie autour de Jules Imberechts - a invité au cœur de ce minuscule village du Brabant Wallon.

À l’arrière d’une modeste mais néanmoins très jolie maison de campagne, dans le jardin, on a dressé quelques tentes et une scène en toute simplicité.

Ça sent bon la convivialité, la sincérité et le bonheur ordinaire.

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Il est 17 heures, ce samedi 25 août et Sarah Klenes (voc) est venue présenter le premier album de son trio Oak Tree («A dos d’âmes» chez Mogno). La configuration est plutôt originale pour une musique qui ne l’est pas moins. À la droite de la chanteuse, il y a l’accordéoniste Thibault Dille et à sa gauche la violoncelliste luxembourgeoise Annemie Osborne.

Entre folk, musique de chambre, chanson française et jazz, le trio nous invite à le suivre dans un très joli voyage. Rapidement, il capte l’attention du public, le prend par la main et l’emmène de surprises en découvertes.

Les trois musiciens se sont rencontrés lors d’ateliers d’improvisations libres et l’on peut dire qu’entre eux... le courant passe.

En plus, ils se laissent habiter par l’environnement et l’ambiance, par l’air et les bruits. Alors, un peu comme sur le disque dans lequel ils insèrent quelques délires poétiques assez libres entre des musiques plus écrites, ils répondent aux cloches de l’église toute proche pour inventer spontanément quelques chants. Le moment est bucolique, pastoral, frissonnant.

Chez Oak Tree, il y a des chansons à danser, des chansons à pleurer, des chansons à rêver, des chansons à rire aussi. La voix – superbe - de Sarah Klenes - tout en contrôle et émotion - est tout le temps mise en valeur par des arrangements subtils et intelligents.

Entre ses acrobaties vocales – qui ne tombent jamais dans la démonstration – les instrumentistes se fendent de quelques jolis solos. Le mariage entre accordéon et violoncelle est parfait. Tantôt à l’unisson, tantôt en décalage forcé, les musiciens se répondent, se soutiennent, s’évadent et s’offrent des moments de liberté pleins de fraîcheur. Alors, parmi les compositions originales (dont le très sensuel et troublant «Le Baiser Valsé») le trio reprend aussi «Sack Full Of Dream» de Donnie Hathaway ou un morceau d’André Minvielle. Hé oui, il y a des moments comme ça, de grâce, où tout fonctionne.

jules imberechts, sentiers de sart risbart,

La musique de Gilbert Paeffgen à toujours quelque chose d'étonnant. J'avais déjà vu le percussionniste suisse lors de son passage au Théâtre Marni voici quelques années. Ce samedi, il venait présenter un nouveau projet en duo avec l'accordéoniste Susanna Dill.

De son hackbrett (que l’on appelle hammered dulcimer, cymbalum, épinette ou tympanon selon les pays) Paeffgen fait jaillir des sons d’une incroyable fragilité. Les rythmes répétitifs, riches, obnubilants et toujours surprenants se succèdent. Les harmonies rappellent la musique médiévale ou celte. Ou encore le folklore de l’Appenzell. De son accordéon chromatique, Susanna Dill colore l’ensemble, parfois de façon mélancolique, parfois de façon plus festive, avec beaucoup de virtuosité.

On joue le souffle, les frottements, les respirations. On retrouve dans cette musique la luminosité qui n’existe que là où l’air est pur et rare. Un air blanc. Un air vierge. Un air des montagnes.

Cette musique a aussi quelque chose de très contemporain dans sa construction et le duo n’a pas peur de tutoyer les arrangements complexes. Pourtant, les histoires qu’ils nous racontent sont limpides («Gutte Stimmung», «Carol Of The Bells»). Elles sont aussi touchantes («Wolke») que dérangeantes. Parfois le mystère s’installe («Dewisudh»), mais souvent l’humour vient désamorcer la tension. L’émotion, quant à elle, est omniprésente. Une émotion qui me rappelle un peu celle que j’ai ressentie lors du concert de Rolf Lislevand à Dinant en 2006. Gilbert Paeffgen et Susanna Dill ont sorti un album, «Légendes d’Hiver» (disponible ici), que je vous recommande particulièrement.

jules imberechts, sentiers de sart risbart,

La nuit enveloppe peu à peu le jardin, les lumières s’allument comme pour éclairer une fête de village et Tangram monte sur scène. Sans doute moins surprenante que celle des deux concerts précédents, la musique du trio n’en est pas moins réjouissante.

D’ailleurs, les sonorités festives, aux accents venus des quatre coins du globe ont tôt fait d’enthousiasmer le public. Il faut dire que le jeu de Marie-Sophie Talbot (p) est vif, plutôt percussif et très expressif. La pianiste n’hésite pas à se lever pour accentuer certains accords et transmettre au groupe toute son énergie. La «Course des garçons de café» est ainsi menée tambours battants.

Et derrière les tambours, justement, il y a Fred Malempré, gage de subtilité qui se mêle au sens de la fête. Rien n’est lourd chez lui… et rien n’est jamais joué avec préciosité non plus. Il y a un côté authentique, spontané et naturel dans sa frappe. Et cela renforce encore le caractère du trio. Du coup, la flûte ou le soprano de Philippe Laloy paraissent encore plus libres et lumineux.

Quelques gouttes de pluies finissent par tomber – histoire de rappeler que nous ne sommes pas au bout du monde, comme voudrait le faire croire Tangram, mais bien en Belgique – sans empêcher la pianiste et ses compères de distiller le soleil qu’il y a dans leur musique. Même les moments plus retenus («Souffles», qui donne le titre à l'album, «Thérèse est un ange», aux balancements sud-africains ou le magnifique «Etoiles») gardent cette brillance toute particulière, entre mélancolie et sourire.

On voudrait que ce mini festival ne reste connu que de quelques privilégiés, amoureux de poésie et de fantaisies musicales. Et, en même temps, on aimerait que la planète entière découvre ces petites perles de musique qui parsèment les sentiers (très peu battus) de Sart Risbart.

Rendez-vous l'année prochaine.


A+

 

 

02/08/2010

Acous-Trees au Sounds

Bien avant de partir en vacances et avant que le Sounds ne ferme ses portes pour son habituelle hibernation estivale (je sais c’est un contresens) j’étais allé écouter le projet d’Alain Pierre: Acous-Trees.

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Acoustrees c’est, outre Alain Pierre aux guitares acoustiques, Pierre Bernard à la flûte, Olivier Stalon à la basse électrique, le jeune et très prometteur Antoine Pierre (qui remplaçait ce soir Fred Malempré) à la batterie et Barbara Wiernik au chant.

On ne sait pas d’où elle vient cette musique. On dirait qu’elle a été amenée par les vents du monde. C’est une sorte de Tour de Babel musicale. Les influences sont nombreuses, parfois indéfinissables. On y retrouve du folk celtique, du jazz, des mélodies sud-américaines, indiennes et orientales. En plus, le choix et le mélange des instruments donnent quelque chose d’assez original.

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Sur certains morceaux, la flûte vivace et virevoltante de Pierre Bernard évoque parfois même le rock progressif, surtout quand derrière lui, Olivier Stalon et Antoine Pierre soulignent les polyrythmies.

La voix de Barbara fait le lien. Sorte de raga indien, de thumri, entre chant plaintif ou apaisant. C’est un registre qui lui va à merveille. Elle trouve ici un univers parfait pour elle. (Ecoutez-la également aux côtés de Manu Hermia, sur son projet Le murmure de l'Orient. Le disque est toujours en vente chez Igloo).

«Looking For New Skies» continue dans la veine indienne, tandis que «Soubresauts» qui ouvre le deuxième set est plus tendu, enlevé et nerveux. Il y a une touche de jungle dans la frappe d’Antoine Pierre. La complicité avec son père fait mouche. Alain Pierre redouble de virtuosité (aussi à l’aise sur sa douze cordes que sa six cordes). «One For Egberto» ne cache pas ses intensions, même si ce soir, la rythmique s’autorise quelques influences nord-africaines. Le final de ce très beau morceau se terminera d’ailleurs en impro assez déstructurée, ressemblant à un souk musical jubilatoire.

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Pour terminer et souligner une dernière fois le merveilleux touché d’Alain Pierre à la douze cordes, le guitariste reviendra en rappel pour un duo sensible et délicat avec Barbara Wiernik («L’Etoile filante» en hommage à Pierre Van Dormael).

Et pour le plaisir, car il y avait du plaisir sur scène et dans la salle ce soir, le groupe revient au complet pour un morceau sans titre, mais non sans punch. Antoine Pierre s’amuse comme un enfant dans une cour de récré, se donnant à fond et répondant aux assauts des la basse électrique d‘Olivier Stalon. Quand on pense que ce « gamin » rentrera au conservatoire pour la première fois en septembre (sous la bienveillance de Lionel Beuvens et de Stéphane Galland)… Ça promet.

A+

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+