30/01/2016

David Linx, BJO & Brel - Flagey

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Il y a des monuments auxquels il n'est pas aisé de s'attaquer. Jacques Brel fait certainement partie de ceux-là. Mais quand on s'appelle David Linx et que l’on est entouré de l’un des meilleurs big band du monde (le Brussels Jazz Orchestra), on est en droit de se le permettre.

N'empêche, Brel c'est Brel.

Et mercredi 20 janvier, à Flagey, il y avait un maximum de monde qui était curieux d'entendre à quelle sauce allaient être mangées les bonbons ou les frites de chez Eugène, comment allait être consolé Jef, comment allaient se réveiller les paumés du petit matin ou comment, pour la Fanette, on allait chanter la chanson ?

Bref, comment cela allait-il être chez ces gens-là ?

On sent la fébrilité et l’émotion lorsque Nathalie Loriers (p) égraine les premières notes de «Quand on n’a que l’amour». Est-ce parce que c’est Brel ? Est-ce parce que c’est Bruxelles que l'on retient son souffle ? Alors, David Linx dépose les premières phrases et puis l’orchestre s’immisce. Et Kurt Van Herck offre son solo. Et tout s’illumine. Et tout finit par swinguer doucement. Et on respire.

Linx, rayonne de bonheur, échange quelques mots avec le public, puis enchaîne.

Le BJO nous emmène alors dans un voyage entre «Vesoul» et «Amsterdam» où tout démarre en un swing joyeux, excité par un solo tonitruant de Nico Schepers, avant de se fondre en une valse mélancolique et crépusculaire, autant rageuse que désespérée. «La chanson des vieux amants», introduite a capella, ressemble presque à un blues...

Le placement, les inflexions et le timing de David Linx sont très personnels. Il n’imite pas, il est. Il donne sa vision de Brel, avec tout le respect et la distance qu’il faut. Et tout le talent.

La plupart des arrangements sont tirés au cordeau, évitant autant l’évidence que la complexité inutile. Bien sûr, on préfèrera certains morceaux à d’autres. Parce qu’ils «collent» plus à la chanson originale ou, au contraire, parce qu’ils s’en éloignent un peu plus. «Mathilde», aux parfums légèrement latins et qui laisse entendre un solo impérial de Nathalie Loriers, ou «Chez ces gens-là» et le solo profond de Bo Van der Werf au sax baryton, sont, par exemples, de parfaites réussites. Bien sûr, il y a aussi un «Ne me quitte pas» tout en sobriété ou encore un «Bruxelles» folâtre avec le solo frénétique de Frank Vaganée (as). Bien sûr, il y a aussi «Isabelle», «Rosa» ou «Le plat pays» (à mon avis, l’un des titres encore plus «casse-gueule» que le reste, à reprendre dans le répertoire de Brel).

Le BJO prend des risques, change certains rythmes et s’amuse de certaines harmonies. Mais il conserve l’esprit.

Et puis, on ne soulignera jamais assez l’intelligence des arrangements (Lode Mertens, Pierre Drevet, Giury Spies, Frank Vaganée, Nathalie Loriers ou Dieter Limburg) ni la qualité d’ensemble des musiciens et encore moins des solistes.

Oui, David Linx, le BJO et Jacques Brel ont bien mérités, ce soir, les trois rappels.

 

A+

 

05/08/2012

Del Ferro - Vaganée Group à la Jazz Station

Samedi 16 juin, après une bonne série de concerts en Flandre (dans le cadre des JazzLab Series), Frank Vaganée et Mike Del Ferro venaient présenter, à la Jazz Station, leur disque “Happy Notes”, sorti récemment chez De Werf.

Une chose est sûre : le titre de cet album porte plutôt bien son nom tant la plupart des compositions sont optimistes et résonnent du plaisir des retrouvailles. Hé oui, dans les années ’90, les deux musiciens jouaient déjà ensemble (ils se souviennent d’ailleurs de soirées mémorables au Swing Café à Anvers) et avaient sorti deux albums (“Introducing” et “Live”).

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Si l’on ne présente plus Frank Vaganée (leader du célèbre Brussel Jazz Orchestra), rappelons brièvement le parcours de Mike Del Ferro. Après tout, on ne le voit pas si souvent chez nous.

Le pianiste Hollandais a joué avec Randy Brecker, Norma Winston, Toots Thielemans, Jack DeJohnette, Jorge Rossy… Il a enregistré quelques belles plaques (pas toujours faciles à trouver) dans des styles parfois très différents (opéra, bossa, early jazz...). Bref, un homme éclectique et très actif.

Et puis, Del Ferro a aussi beaucoup voyagé à travers le monde pour le compte d’American Voices (le Vietnam, la Birmanie, le Koweït, l’Afrique du Sud, les pays de l’Est…) ce qui lui a donné l’idée d’enregistrer, l'année dernière, avec Bruno Castellucci (dm) et Jeroen Vierdag (cb) un album justement intitulé “The Journey”.

Voilà sans doute quelques-unes des raisons qui ont éloigné Frank et Mike pendant près de quinze ans.

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Ce soir, à la Jazz Station, Jos Machtel (cb) et Toni Vitacolonna* (dm) complètent le quartette qui entame le set par les tendres “Pat” et “Seconds”, avant de faire éclater le fantastique “Triolette”.

Swing endiablé, variations rythmiques, ponctuations décidées du pianiste, frappe tranchante du batteur, “Triolette” - qui rappelle la grande époque du bop et du cool - est le tremplin idéal aux solos vertigineux de Vaganée : clairs, limpides, efficaces et d’une maîtrise incroyable.

Le concert est lancé, le ton est donné.

Toni Vitacolonna fouette les cymbales et fait vibrer les tambours en un jeu à la fois souple et vif… un jeu “dégraissé”.  La connivence avec Jos Machtel - au groove solide et profond - est évidente. Ces deux-là se connaissent bien, puisqu’ils jouent ensemble au sein du BJO ainsi que dans l’autre quartette de Frank Vaganée.

Si le concert est énergique, il ne manque cependant pas de lyrisme non plus (“I'll Wait For You”, Kenya) ou de délicatesse, comme sur “Frankly My Dear” qui flirte avec l’esprit de Jobim ou de Getz.

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Mike Del Ferro affectionne peut-être plus les ballades, tandis que Vaganée recherche l’explosivité. La réunion des deux ne peut être qu’équilibrée et passionnante. La jubilation d’être ensemble sur scène se ressent. On joue pour le plaisir et l’on s’amuse à se surprendre. En plus, Frank n’est pas avare d’anecdotes et se plait à raconter avec beaucoup d’humour et de sincérité l’amitié qui le lie à Del Ferro. Amitié et bonheur qui se traduisent en musique sur le joyeux "Reunification" ou s’improvisent longuement et avec bonheur sur "Happy Notes" (thème pourtant très court sur l’album – 58 secondes à peine – mais qui semble justement prévu pour s’offrir à toutes les libertés possibles et (in)imaginables).

Résultat, le plaisir se voit autant sur scène qu’il ne s’entend sur disque.

Espérons ne plus devoir attendre quinze ans avant de revoir cette belle équipe sur les planches.


A+

* Sur l’album, c’est Jens Düppe (batteur du quartette de Pascal Schumacher) qui tient les baguettes.

 

 

31/10/2011

Steven Delannoye New York Trio au Sounds


Juste après le concert du Jazz Station Big Band, je file au Sounds pour écouter le second set du New York Trio de Steven Delannoye (ts). En fait de trio, ils sont plutôt… quatre, puisque Frank Vaganée (as) a été invité. Et en ce qui concerne la partie New Yorkaise, il s’agit de Desmond White (db) et Jesse Simpson (dm).

steven delannoye, frank vaganee, sounds, desmond white, jesse simpson

Le trio + 1 s’amuse essentiellement à revisiter quelques standards et à les redessiner à sa manière. C’est un peu comme reprendre la ligne claire de Tintin (c’est d’actualité) et l’adapter à la BD actuelle. C’est à dire, l’enrichir de tout ce qui s’est fait ces dernières décennies. C’est redonner aux traits de base, une autre dimension, une autre dynamique. C’est raconter la même histoire avec d’autres mots, d’autres couleurs, d’autres formes. Après tout, c’est l’essence même du jazz.

Alors, Frank Vaganée esquisse, frotte, dilue, force le trait, ou l’évoque à peine, avant de partir dans des envolées puissantes. Steven Delannoye vient parfois affiner le contour, redonner parfois un peu de netteté. Entre les deux saxophonistes on sent de la jubilation dans le dialogue. Ensemble, ils s’éloignent parfois loin du thème initial mais retombent toujours sur leurs pattes.

steven delannoye, frank vaganee, sounds, desmond white, jesse simpson

Les deux américains vont encore plus loin dans le détricotage. Rien ne semble leur faire peur. Ils possèdent un langage très sûr et un vocabulaire très riche. Desmond Whithe s’amuse constamment à brouiller les pistes, à ralentir le tempo, à l’accélérer, à tenter de le perdre, à lui donner de nouvelles impulsions. Le batteur colorie parfois en dehors des traits comme pour élargir le tableau. C’est vif et spontané. C’est parfois déroutant mais tellement excitant… Surtout lorsque l’on reconnaît, là, dans le fond, en arrière-plan, presqu’en transparence, un thème mille fois entendu.

Steven Delannoye et Frank Vaganée – quand même impressionnant de puissance, d’énergie et de précision - se font une vraie chasse comme au bon vieux temps. Ça fuse, ça répond vite et on ne s’ennuie pas une minute. Bref, ça jazze…

A revoir, avec plaisir, pour savoir où leurs recherches les mèneront. Ça devrait être intéressant.

 

A+

31/03/2009

Frank Vaganée (BJO) sur Citizen Jazz

C’était un soir du côté de la place Flagey.
Au Café Belga.
Dehors, il pleuvait averse.
En fond sonore, il y avait Coltrane, Bjork, Miles, Radiohead
Il y  avait beaucoup de bruit, beaucoup de gens qui parlaient.
Et il y avait Frank Vaganée.
Simple, chaleureux, sympathique et souriant…
On a parlé du BJO.
Quel bon moment !
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L’interview pour Citizen Jazz est à lire ici.

A+

21:24 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : interview, bjo, citizen jazz, frank vaganee |  Facebook |

02/12/2008

Galliano et le BJO au Singel - Antwerpen

Quand le Brussels Jazz Orchestra donne un concert dans votre ville et qu’il vous est impossible d’y assister, que faites-vous ?
Hé bien vous allez le voir, la veille, dans une autre ville: à Antwerpen.
Au Singel.

Dans la très belle «Blauwe Zaal», les pupitres sont prêts, le piano est accordé et l’accordéon attend.
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L’accordéon, c’est celui de Richard Galliano, dernier invité d’un des meilleurs Big Band du monde qui fête cette année ses 15 ans d’existence.

20 heures tapantes, le BJO, sous la houlette de l’infatigable Frank Vaganée, entonne un swinguant et rugissant «Hoping Around».
Galliano reste en coulisse et l’orchestre enchaîne avec «Café Sieste» qui met en valeur un Pierre Devret crépusculaire au bugle.
Et puis, honneur à Nathalie Loriers avec une magnifique (et le mot n’est pas usurpé) adaptation de «Neige», écrit par la pianiste pour son quintet et arrangé somptueusement par Lode Mertens (tb).

Et Galliano arrive.
Il entre tout de suite dans le vif du sujet avec «Michelangelo ’70».
Intense, rapide, nerveux et puissant.
Le BJO et l’accordéoniste poursuivent avec un autre thème tout aussi brûlant, où Vaganée et Galliano rivalisent de vigueur et de fougue: «Teulada».
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On se calme ensuite avec «Ten Years Ago» (titre du nouvel album), dédié à Barbara.
La balade, sombre et mélancolique, ressemble bien à l’esprit de la grande dame en noir.

Un clin d’œil à Nougaro («Tango Pour Claude / Vie Violence»), un détour swing du côté de la «Rue de Maubeuge» (avec un Nico Schepers éblouissant à la trompette) et un bonjour à «Giselle»… on a fait la visite du propriétaire.
Et Galliano s’amuse avec ce grand orchestre.
Et les musiciens s’amusent avec lui.
Cela doit être aussi l’un des secrets de la qualité du BJO: le bonheur de jouer ensemble.
Il faut les voir sourire entre eux, se faire des clins d’yeux, de contenir un fou rire.
Normal que cela dure depuis quinze ans!

Alors, Galliano rappelle Nathalie Loriers, qui avait laissé la place de soliste au musicien marseillais, pour «Take Eleven» (avec une main gauche fantastique de la pianiste sur un motif qui rappelle un peu «All Blue» et un éclatant Kurt Van Herck au soprano).
Et puis, c’est «Taraf» aux rythmes complexes des Balkans (arrangé par Bert Joris) et finalement «Coloriage»… Avant la standing ovation…

Anniversaire magique, musique formidable, soirée réussie…
Vous auriez manqué ça vous?
Pas moi.

A+

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
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Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
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Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

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Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
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Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
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«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
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Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
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Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
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Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
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Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
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VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

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Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
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Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+

18/05/2008

Tuesday Night Orchestra - Band of Birds

Depuis le temps que Sergio me parle de ce formidable Big Band qui se produit chez lui chaque premier mardi du mois (d’où le nom «Tuesday Night Orchestra»), il fallait bien qu’un jour ou l’autre j’aille l’écouter.

Croyez-le ou non, je n’en avais jamais trouvé l’occasion auparavant...
Même si le TNO joue régulièrement aussi au Hopper à Anvers.

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Mardi 6 mai, ça y est, j’y étais.

Dirigé par un sympathique et discret leader, Bart De Lausnay (tb), le Tuesday Night Orchestra joue la carte du swing énergique à fond. Ça joue vite, mais surtout, ça joue bien.

La plupart des morceaux sont des compositions personnelles de Tom Van Dyck ou des standards (ou assimilés) souvent arrangés par ce dernier ou par Wietse Meys (ts).
Tout ici est limpide, direct et d’une terrible efficacité.

La cohésion du groupe est évidente et cela permet à quelques solistes de se mettre en avant en toute confiance.

Pas étonnant, du coup, de voir débouler des solos nerveux (presque furieux) de Bruno Vansina (as) ou très volubiles de Steven Delannoye (ts).
De son côté, Tom Van Dyck, au sax baryton, fait vibrer par un jeu fluide et profond un éclatant «Yes Or No» de Wayne Shorter.
Et sur ce morceau, Michel Paré (tp) n’est pas en reste: jeu souple et tonique à la fois.

Dans le rang des trompettes, on s’en voudrait d’omettre les belles interventions d’Yves Fernandez  ou de Jean-Paul Estiévenart, plus
«Clifford Brownien» que jamais.

Plus loin, sur le très sensuel «Springwaltz», le trombone de Frederik Heirman se marie tellement bien à la contrebasse moelleuse et suave de Christophe Devisscher.
C’est vrai, il ne faudrait pas oublier la solide rythmique: Devisscher donc, mais aussi le drumming judicieux et attentif de Toon Van Dionant, ainsi que les interventions swinguantes, très inspirées et toujours mélodieuses d’Ewout Pierreux, caché dans le fond de la scène.
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Trop d’éloge et d’enthousiasme?
Allez plutôt les écouter, vous verrez que j’exagère à peine.
Et puis, si le leader du Brussels Jazz Orchestra, Frank Vaganée, a décidé de produire l’album du Tuesday Night Orchestra, c’est qu’il possède quelque chose ce Big Band, non ?

Vous m’en direz des nouvelles.

A+

18/03/2008

BJO & David Linx - Changing Faces - Flagey

Haaa… enfin retrouver le temps d’aller écouter un concert.
Pas n’importe lequel: celui de David Linx et du BJO à Flagey.
C’est sûr, ça va me faire du bien.

Le BJO! Quelle machine à swinguer et à groover… «C’est comme rouler dans une belle Cadillac», avoue lui-même David Linx.
Il est heureux, notre chanteur. Et il a envie de le montrer. Il a envie de faire partager son bonheur avec le public.
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Avec fougue, énergie et bonne humeur, il emmène tout le monde dans un tourbillon irrésistible.

«Deep Night», «Black Crow» «There Is You» s’enchaînent.
Les solistes se succèdent avec un plaisir non dissimulé.
Marc Godefroid (tb), Kurt Van Herck (ts), Bart Defoort (ts) ou Pierre Drevet (tp).

David dialogue et blague avec le public et puis démarre au quart de tour un scat a cappella au débit rapide et aux accents graves et profonds  qui rappellent parfois les chants africains.
Il laisse aussi les silences chanter avec lui.
Puis, il invite le guitariste Hendrik Braeckman à dialoguer avec lui avant de plonger dans un «Day’s Journey» tout en énergie et en fractures…

Après une ballade («Home In The Spring») et un tonitruant et jubilatoire «Then We’ll Be Home», Maria Joao fait son entrée.
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«Miziane» est éclatant.
La voix de Joao m’impressionne à chaque fois.
La chanteuse Portugaise possède une tessiture incroyable qu’elle maîtrise avec un talent fou.
On passe par tous les sentiments. Rires, frissons, pleurs…
En duo avec Linx, c’est de la folie. On dirait deux enfants qui jouent ensemble.
D’ailleurs, Dieter Limbourg (as), après son solo, les laisse et se retire en souriant pour rejoindre les autres musiciens de l’orchestre tous aussi hilares devant les fantaisies vocales des deux chanteurs.

Avant un (faux) final explosif («Sweet Suite»), Joao et Linx chantent ensemble le magnifique «Parrots And Lions» avec une sensibilité et une intensité rares.
J’en ai la chair de poule.

Il faut terminer le concert, mais… non, le Big Band et le chanteur semblent tellement bien sur scène qu’ils ont du mal à la quitter.
Et voici une ballade un peu blues et un peu soul que n’aurait pas renié un Ray Charles.
Jos Machtel se fend d’un beau solo à la contrebasse avant que Bart Van Caenegem ne reprenne la main au piano (hé oui, ce soir ce n’était pas Nathalie Loriers, éloignée pour quelque temps du clavier à cause de petits soucis de dos.)
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Et ce n’est pas encore fini.
Frank Vaganée (ss) s’avance au-devant de la scène et envoie une longue et brûlante improvisation absolument démentielle…
Il a tout dévasté !
Tonnerre d’applaudissements !
Une voie royale pour «The Land Of Joy» qui conclut un superbe concert de plus de deux heures !


Dans le foyer de Flagey, je retrouve des amis musiciens : Thomas Champagne, Tuur Florizoone, Barbara Wiernik, je discute avec David Linx, Frank Vaganée, Bart Defoort ou encore Bo Van Der Werf qui me souffle à l’oreille qu’un concert de Lynn Cassiers à lieu juste derrière le paquebot: au Murmure Café.

Vous commencez à me connaître… j’y suis allé bien sûr.
Je vous raconte ça bientôt.

A+