26/11/2017

Enrico Rava Quartet au Senghor à Bruxelles

La jolie et intime petite salle du Senghor aurait pu être bien plus remplie pour accueillir l’icône italienne de la trompette, Enrico Rava. C'est vrai, c’était une occasion unique de l’écouter, presque, comme dans un club. Rassurez-vous, il y avait quand même pas mal (et même beaucoup) de monde.

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Ce soir, ils sont quatre sur scène pour présenter le dernier album en date de Rava, Wild Dance sorti en 2015 chez ECM : Francesco Diodati à la guitare, Gabriele Evangelista à la contrebasse et Enrico Morello à la batterie.

On le sait, le leader de 76 ans aime aller à la découverte de nouveaux talents, de s’entourer de jeunes musiciens et de jouer, en quelques sortes, les passeurs, les pygmalions. Alors, le premier thème résonne un peu comme une fête un peu potache et bouillonnante dans lequel Rava, à coup d’appels de bugle, rassemble sont équipe comme pour leur demander si elle est bien là, si elle est bien prête à jouer et à échanger.

Le groove feutré s’installe et… c’est parti.

La batterie caresse les rythmes, la basse chantonne, la guitare éclabousse quelques riffs. Le bugle se chauffe sur une mélodie aux accents légèrement orientaux.

Rava et son groupe enfilent les titres du dernier album sans aucun temps mort. Ils envoient le chaloupé «Don’t», le nerveux et groovy «Infant» dans un style post bop, le vif «Cornette» ou encore le nébuleux «Wild Dance»... Les thèmes sont brièvement exposés mais sont surtout propices à la transformation, l’improvisation, au voyage et à la liberté. Après le piano de Stefano Bollani ou le trombone de Gianluca Petrella, c'est à la guitare que Rava donne la réplique, un peu comme il le faisait à ses débuts avec John Abercrombie, par exemple. Francesco Diodatti use avec finesse de quelques effets électro et de loops et les griffures métalliques, les glissades sur les cordes agissent comme des coups de foudre.

Et puis, il y a tout le lyrisme du jeu de Rava. Il y a cet équilibre entre douceur ouatée et vent frais et vivifiant. Il y a cette espèce de focus qui perce les flous et qui met en valeur la mélodie. Il y a ces déchirures, ces quelques traits de pinceau sur un tableau calme, ces coups de griffes de félin qui ne veut que jouer. Tout cela est presque cinématographique. Bien sûr il y quelques légères imperfections dans le jeu de Rava, il n'a plus 20 ans, mais il y a une telle humanité et une telle vérité dans le son qui le rend unique. Et ce sont ces petites rides qui font tout le charme et toute la force de sa musique.

Rava reprend aussi quelques classiques comme «Les lilas de mai» de Michel Legrand avec beaucoup de sensibilité et de tendresse, ou des standards comme «Zingaro», tout en subtilité et mystère.

Et on alterne les thèmes oniriques avec d’autres plus enlevés qui permettent souvent de longs échanges improvisés, de bouillonnements presque free. On laisse toujours de la place au guitariste ou au bassiste (excellents de bout en bout) avant de revenir à l’impro collective. Rava semble toujours ouvrir des pistes, proposer des chemins non balisés. Sans doute adapte-t-il même sa set-list suivant l'inspiration du moment.

Durant tout le concert, Rava ne parle pas, il enchaîne les morceaux sans jamais s’adresser au public. Il joue beaucoup avec ses musiciens en face à face, se tourne rarement vers le public. C'est la musique du groupe qui l'intéresse et qu'il veut partager. Et c’est elle qui nous atteint.

Et, à la manière des boppers, et comme pour leur rendre hommage, il termine le concert avec un bref thème indicatif… avant de revenir pour un tout aussi bref rappel, plein de vivacité et de densité.

C'est beau le jazz quand même...

Merci Enrico.

 

 

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28/03/2009

Delle Monache feat. Flavio Boltro au Sounds

 

Flavio Boltro avait laissé un excellent souvenir lors du dernier jazz marathon au Sounds. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le club était à nouveau bondé ce 21 mars au soir…
On sait qu’avec lui, ça va groover sec.
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Le trompettiste était l’invité de Pierro Delle Monache (ts), que je n’avais jamais entendu en concert. Je ne le connaissais que vaguement, car Sergio m’avait déjà fait écouter quelques extraits de l’album «A24», sur lequel il joue en compagnie du guitariste de ce soir: Francesco Diodati.

Aux trois musiciens italiens, se sont ajoutés Mimi Verderame (qui a lui aussi du sang italien) à la batterie et Hendrik Vanattenhoven à la contrebasse.
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Un premier morceau comme un tour de chauffe, histoire de régler le moteur avant de lancer la machine.

Boltro prend un chorus, puis un autre et l’intensité monte rapidement.
Il n’a peur de rien et, dès le départ, il trace !
Le contraste avec le jeu très souple, presque feutré, de Delle Monache, est d’autant plus saisissant. Le saxophoniste est tendre, rappelant parfois le Coltrane des ballades.
Plutôt que sur la puissance ou la technicité, le saxophoniste italien semble miser beaucoup plus sur ses compositions souvent très intéressantes, pleines de diversités, de chausse-trapes et remplies de virages à 180 degrés.
La musique est à la fois directe et complexe.
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Le guitariste développe avec une agilité discrète des harmonies pas toujours simples et son jeu fonctionne très bien avec celui de Delle Monache. À eux deux, ils tissent comme un tapis idéal pour le jeu frénétique du trompettiste.
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Derrière ce beau monde, il ne faudrait pas oublier Hendrik Vanattenhoven. Une présence totale avec une faculté de rebondir sur les thèmes, de les tonifier ou, au contraire, de les contenir. Mine de rien, Hendrik Vanattenhoven à l’étoffe des grands !

Alors, sur «Tutto Va Bene», Boltro - qui joue dans les aigus, les graves, la trompette bouchée ou encore le growl - se lance dans des chorus incendiaires.
Qui va suivre ?
Qui ?
Mimi Verderame, bien sûr ! Mimi le tellurique !
Rarement, je l’avais entendu frapper si fort et si puissamment !
Et toujours avec une précision et une musicalité redoutables !
Alors, la musique circule à toute vitesse entre le sax, la guitare et la trompette…
Un véritable feu d’artifice.
Vraiment… tutto va bene !
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Deux sets d’une toute belle intensité !
Voilà de quoi réjouir le public (parfois très bruyant lors des moments plus «light»), Sergio et tous les musiciens.

Nul doute que l’on reverra nos «italiens» traîner à nouveau en Belgique… pour notre plus grand plaisir.

A+