15/09/2016

September Jazz à Bruges

September Jazz à Bruges, c'est un peu le mini festival qui lance la saison du jazz à Bruges et du Werf en particulier. On annonce pour cette fin 2016, par exemples, des concerts de Louis Sclavis, Urbex, Aka Moon, Barry Altschul, Joe Fonda, Nathalie Loriers et surtout une Label Night au Concertgebouw avec une pléiade de jazzmen maison (Kris et Bart Defoort, Trio Grande, Schnitzl, Chris Joris, MikMâäk, Steven Delannoye et d’autres encore…).

Mais revenons dans la cour de l'école primaire du Ganzenveer.

L'air est encore doux par cette belle soirée de septembre et il y a vraiment pas mal de monde. Sur la scène, dans le fond de la cour de récré, Too Noisy Fish a déjà entamé son set.

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Peter Vandenberghe (p), Kristof Roseeuw (cb) et Teun Verbruggen (dm) proposent une musique aux structures qui paraissent, si pas complexes, presque chaotiques. Les trois musiciens semblent rebondir et se cogner contre des murs invisibles. La musique vacille entre furie et folie contrôlée. A tout moment, elle peut prendre une autre route. Too Noisy Fish réalise une sorte de raccourci entre un bop effréné et un jazz contemporain aux accents rock non dénué d'humour (et qui n'aurait pas déplu à un certain Zappa) et font aussi références à Spike Jones ou aux musiques de vidéo games. Les arrangements et les effets parfois bruitistes sont très évocateurs et bâtissent des atmosphères qui définissent presque un cadre. Tout est musique et, avec ce jazz parfois très libre, presque abstrait, aux changements de tempos et de directions brusques, les trois musiciens se doivent d’être hyper complices. Ils peuvent ainsi donner vie à « Segmenten » (emprunté partiellement à Charlie Parker) ou entretenir le mystère de « PTMA » (Rosseeuw, excellent à l’archet) dans une dramaturgie sombre et un final rageur. « In Dust We Trust » profite d'un motif répétitif léger, tout en clin d'œil, qui laisse l'impro s'emparer finalement du morceau. Quant aux titres « Turkish Laundry » ou « Defenestration », ils parlent (presque) d’eux-mêmes tant cette musique est imagée.

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Le saxophoniste italien Francesco Bearzatti et son Tinissima Quartet présentent le nouvel album dédié, cette fois-ci, à Woody Guthrie. Après Malcolm X, Monk ou Tina Modotti, le groupe continu à mettre en avant ou à faire revivre la mémoire de personnages qui se sont battus, à leur manière, contre les dictatures, le racisme, le fascisme ou certains dogmes. Avec Woody Guthrie, la musique du quartette prend évidemment de nouvelles couleurs. Bien sûr, le country folk est très présent mais, comme à chaque fois, Bearzatti arrive à englober cela dans l'idiome jazz. Sur ces blues folk, il aménage des plages d'impros dans lesquelles Giovanni Falzone ou Bearzzatti lui-même peuvent laisser libre cours à leur imagination. Le trompettiste en profite un maximum, pour notre plus grand bonheur. Le son est hyper clair et brillant, et Falzone n’est pas avare d'effets growl ou d’effets de langue. Il répond à Bearzatti, va le provoquer, il prend la poudre d’escampette puis revient. Puis ce sont des duels entre trompette et sax où chacun envoie et surenchéri sur des tempos d'enfer. Bearzatti ne demande que ça, il accentue les intervalles, fait grincer son sax ou, au contraire, va fouiller dans les graves comme on creuse le sol gras pour chercher de l'or. Zenno De Rossi fait galoper sa batterie et Danilo Gallo accentue les effets bluesy avec ses cordes « lâches » et très vibrantes. « Dust Bowl », « Okemah », « One For Sacco And Vanzetti » nous font voyager à travers tous les États-Unis et dans toutes les époques. On imagine les étendues arides, brûlées par le soleil de l'ouest américain, on passe du blues au swing en faisant un crochet par le stride et le rock & roll. On pousse presque une pointe jusqu’à la Nouvelle Orléans. L’énergie fait parfois place à des moments légèrement plus apaisés, mais toujours tendus. Si il y a de la rage, il y a aussi des pointes d’amertume, de fatigue et de lamentations… qui redonnent pourtant de l’espoir. «This Land Is Your Land », le morceau emblématique de Guthrie pousse les deux soufflants à se mélanger au public qui chante et clappe des mains. Rien n’est perdu, il faut se battre et il faut fêter ça !

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La fête, c'est aussi Raf De Backer et son soul jazz, en trio avec Cédric Raymond et Dré Pallemaerts. On n’a pas si souvent l'occasion d’entendre Dré dans ce registre (on se rappelle quand même quelques concerts avec Eric Legnini) et il est, ici aussi, merveilleux et d’une efficacité redoutable. Il y a tellement de souplesse, de groove et de nuance dans son jeu, que c’en est presque incroyable. Du coup le jeu de Raf en est presque magnifié. On s'imagine être à l'époque des Ramsey Lewis et Les McCan. Cedric Raymond impose une basse chantante et ferme à la fois. Le toucher de Raf est brillant clair et vif. Sans avoir l'air d'y toucher, tout cela ondule avec sensualité. Il y a du relief dans chacun des morceaux, des nuances de bleu et d’orange. On reconnaît « Oh The Joy », « Joe The Farmer »… On reconnaît... car Raf ne parle pas au public et c’est bien dommage, car cela enlève peut-être un tout petit peu de la complicité que cette musique procure.

Il est tard, il y a encore du monde dans la cour de l’école, on prend un dernier verre et on se promet de revenir très vite du côté de Bruges.

A+

Merci à ©Willy Schuyten pour les photos !

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28/11/2012

Mauro Gargano au Sounds

Après le concert de Philip Catherine au Bozar, je fonce au Sounds pour assister à celui de de Mauro Gargano. Pour rappel, le quartette était passé au Music Village l’année dernière et son disque Mo Avast avait reçu un très bon accueil un peu partout en Europe. Récompense bien méritée.

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J’arrive alors que le concert a déjà commencé. Il y a pas mal de monde et même une jeune équipe qui filme le concert (ce serait sympa de voir le résultat un jour).

Il y a de la bonne humeur sur scène et Mauro Gargano (b), Stéphane Mercier (as), Francesco Bearzatti (ts, cl) et Fabrice Moreau (dms), sont visiblement là pour s’amuser. Mais aussi pour jouer. Surtout pour jouer ! Sans concession.

«Bass "A" Line» résonne et Mauro Gargano nous fait une superbe démonstration archet et pizzicato d’une grande maîtrise. Puis c’est «When God Put A Smile Upon Your Face», une reprise de Coldplay qui a valu au groupe la mauvaise critique globale d’un chroniqueur à cause de l’emprunt de ce morceau au groupe pop qu’il n’aimait guère !! Quelle bêtise, on croit rêver. Surtout lorsque l’on entend ce que le quartette en a fait : une bombe.

Sur ce morceau, Bearzatti est déjà intenable. Il enchaîne les chorus plus surprenants les uns des autres. Et ce n’est qu’un début.

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Après une intro plutôt originale et passionnante de Fabrice Moreau, «Orange» file tout droit. Et une fois de plus Bearzatti s’emporte dans des impros incandescentes. Face à cette énergie et cette puissance, Stéphane Mercier répond par un jeu tout en arabesque et en sensualité. Les changements de rythmes sont incessants, les échanges fusent. On savoure.

Au deuxième set, le groupe reprend un «Turkish Mambo», de Lennie Tristano, complètement revu, corrigé (si tant est que l’on puisse corriger un chef-d’œuvre comme celui-ci), boosté et éclaté….

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Il y a vraiment de la fluidité dans cette formation, du mouvement, du dialogue. La musique passe entre les musiciens comme le témoin entre les coureurs d’un relais de quatre fois cent mètres. La course est un sans faute.

Et puis il y a aussi ces moments de détentes déguisés, juste comme avant un duel, avec de brefs moments d’observation. Les acteurs se jaugent, se scrutent... La musique se fait désirer.

Déterminée, elle entame alors une longue ascension et atteint le sommet d’une montagne imaginaire avec une sorte d’exaltation. Conquérante et euphorique, elle se laisse ensuite rouler tout en bas, de plus en plus vire… jusqu’à mourir… Mais, un instinct de survie subsiste et un léger souffle s’obstine pour garder vivant ce «1903». Mauro Gargano redonne alors la petite impulsion qui fait se redresser l’ensemble pour un final excitant.

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L’énergie - et la façon de la canaliser - sont les grandes forces de ce groupe. Ajoutez à cela la connivence sans faille entre les différents musiciens et… une petite pointe de folie - qui permet toutes les audaces et renforce la cohésion - et vous obtenez sans doute l’un des meilleurs groupes de jazz français actuel.

Bref, on attend la suite des aventures avec impatience.

A+

 

10/12/2011

Mauro Gargano Music Village


Mauro Gargano est un contrebassiste très demandé à Paris. On le voit souvent aux côtés de Christophe Marguet, Franceso Bearzati, Bruno Angelini, Pierre de Bethmann, Bertrand Lauer et autres. La dernière fois que je l’ai vu en Belgique, c’était avec le groupe de Giovanni Falzone, au PP Café, avec Luc Isenmann, Robin Verheyen et toujours Bruno Angelini.

Cette année, il a enfin formé son propre groupe, ou plutôt enregistré et publié son premier album en leader, car son groupe, il l’a formé voici… près de dix ans.

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Si ce premier disque s’intitule « Mo’ Avast » (qui veut dire « Ça suffit !» dans le dialecte italien de la région de Bari) c’est parce que, justement, il était temps qu’il passe à l’acte. Mais c’est aussi une sorte de coup de gueule envers la politique italienne gangrenée par Berlusconi. Et au moment où sort son disque, miracle, le Cavaliere quitte ses fonctions. Qui a dit que la musique n’avait pas de pouvoir ?

C’est donc cet album qu’il était venu présenter au Music Village ce mercredi 30 novembre.

Un quartette sans instrument harmonique, ce n’est pas de tout repos pour les deux saxophonistes qui se retrouvent devant. Ils ont intérêt à toujours être sur la balle et à ne jamais relâcher l’attention. Heureusement, les compositions de Mauro Gargano sont efficacement équilibrées. Les mélodies sont souvent enlevées et entraînantes, plutôt nerveuses, laissant régulièrement le champ libre au ténor fougueux de Francesco Bearzati ou à l’alto agile de Stéphane Mercier.

Entre eux, la musique circule et les deux souffleurs peuvent dialoguer et échanger à merveille.

Si on le connaît incisif (voire même parfois intenable), Bearzatti est d’abord ici  au service du groupe. Pas de problème d’ego dans ce quartette ! Une fois il soutient Mercier, une fois c’est l’inverse. Mais quand il prend un chorus, il se lâche vraiment. Et c’est là qu’il montre qu’il est bien l’un des saxophonistes les plus talentueux d’Europe. Et puis, lorsqu’il empoigne la clarinette, il nous fait entrer dans un tout autre univers, rempli d’émotions où la joie, la tendresse ou la tristesse se mélangent… comme dans la vie.

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Mauro Gargano, dont le timing est assez impressionnant, démontre – outre ses talents de compositeur - toute sa dextérité et sa sensibilité au fil des morceaux. Son solo à l’archet (sur le magnifique « 1903 ») vous arracherait presque une larme. Il fait vibrer les cordes, joue tout en profondeur avant de revenir « en surface » avec délicatesse.

Fabrice Moreau (dm) - qu’on a vu avec Pierrick Pedron ou encore Jean-Philippe Viret - joue rarement en force mais impose une énergie galavnisante. Son impro sur « Orange » est dessinée avec beaucoup d’intensité et de raffinement. Il passe des balais aux baguettes avec fluidité avant de relancer le jeu avec fermeté.

Et puis, on redécouvre aussi un Stéphane Mercier comme on l’a rarement entendu. Ou du moins comme on ne l’avait plus entendu depuis longtemps (en tout cas pour ma part). On le sent libéré, près à toutes les aventures. Sur une reprise d’Ornette Coleman, il est étonnant, libre comme l’air.

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Si le premier set est puissant, le deuxième est peut-être un peu plus intériorisé. Les compositions choisies sont peut-être un peu plus complexes, plus ciselées, presque dentelées… On y retrouve cependant toujours quelque chose qui brûle. Comme une tension permanente, comme un bouillonnement intérieur, comme un esprit de liberté mâtiné d’insouciance et de spontanéité. Il y a dans ce groupe autant de poésie (de lyrisme ?) que de fougue. Une poésie actuelle et décomplexée, dépourvue de maniérisme et débarrassée de tout intellectualisme pompeux. Sur « Turkish Mambo », par exemple, le groupe laisse de côté les clichés, s’éloigne de la lettre mais garde l’esprit. Sûr que cela aurait plu à Tristano.

J’avais dit : « je rentre aussitôt après le concert ». Mais, vous savez comment ça va. Je discute avec les musiciens et me voilà entraîné au Bonnefooi, quelques dizaines de mètres plus loin pour écouter d’autres amis (« Remember Frank ? » avec Jordi Grognard, Nicola Lancerotti et Tommaso Cappellato). Le concert vient juste de se terminer. Mais, à votre avis, que font les jazzmen lorsqu’ils rencontrent d’autres jazzmen ? Ils jamment, bien évidemment. Et tout le monde ressort ses instruments… et moi, je rentre beaucoup plus tard que prévu.



A+

18/06/2011

Stefano Bollani sur Citizen Jazz

 

 

Souillac au mois de juillet l’année dernière.

J’y étais pour le festival. Au programme, il y avait Nguyên Lê, Tigran Hamasyan, Enrico Rava et Stefano Bollani.

J’en avais profité pour réaliser quelques interviews.

Vous avez peut-être déjà lu celle d’Enrico Rava (sinon, c’est ici, sur Citizen Jazz) mais vous n’avez peut-être pas encore lu celle de Stefano Bollani, ça vient de sortir, c’est toujours sur Citizen Jazz et c’est ici.

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Cette année, à Souillac, il y aura un autre Italien, Francesco Bearsatti, mais aussi Ibrahim Maalouf (que j’avais interviewé, il y a quelques années déjà) et Avishaï Cohen.

C’est juste entre les Dinant Jazz Nights (mazette, quelle affiche !!) et Gouvy, Gaume, Middelheim etc… J’essaierai d’y être.

 

A+

05/03/2008

Blue Note Indoor - Gianluca Petrella, Bart Maris, Cecil Taylor

Jeudi dernier avait lieu à Gand la première soirée du premier Festival Blue Note Records Indoor.
L’intention de ce «nouveau» et court (2 jours) festival est de proposer une programmation un peu plus pointue que celle du rendez-vous d’été. On sait que Bertrand Flamang (directeur du festival) est assez friand de musiques improvisées et de free jazz.

Ce soir, dans le très beau, très bien aménagé et très contemporain Muziekcentrum du Bijloke à Gand, on pouvait assister à plusieurs concerts répartis dans différents endroits du bâtiment.
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Dans la grande salle d’abord: Gianluca Petrella Indigo 4.
Ce quartet avait fait forte impression lors de l’édition estivale du BNRF 2007.

Emmené par le remuant tromboniste italien, le groupe mélange les groove actuels,le swing et  l’impro limite free avec une énergie débordante.
Petrella balaie l’air avec la coulisse de s instrument à la manière d’un chef d’orchestre fou.
Il joue les effets, en trafiquant parfois le son de son trombone avec la pédale wha wha et cry baby sans exagération, car les mots soufflés, les grognements et les différentes sourdines font le reste.

A côté du leader, Franceso Bearzatti, au sax, donne une réplique exceptionnelle.
Il répond avec force et provoque souvent le tromboniste.
Les échanges sont vifs, excitants, brillants.

La rythmique (Fabio Accardi aux drums et Paolino Della Porta à la contrebasse) est très accrocheuse, elle aussi. Elle met le jeu des souffleurs en perspective.
C’est plus qu’un soutien, c’est une alimentation constante.
Énergique à souhait, ce concert a tenu toutes ses promesses.

Après cela, dans différents lieux du Bijloke, on nous propose trois concerts simultanés.
Il faut faire un choix, car ici, pas question d’entrer dans une salle pendant le concert.
Question de respect pour les artistes.

J’opte pour le projet de Bart Maris dans le grand hall.
Le trompettiste improvise d’abord seul, soutenu seulement par sa propre musique préenregistrée et diffusée via une dizaines d’enregistreurs et de vieilles bandes magnétiques tendues d’un bout à l’autre de la salle.
Etrange et fascinante installation qui déverse une musique aléatoire…

Le musicien est rejoint ensuite par Paul Van Gysegem à la contrebasse et Paula Bartolletti au chant lyrique et baroque, parfois bluesy, parfois traditionnel et populaire.
La musique est très éclatée, très ouverte, très avant-gardiste.
On passe de moments éclatants et hystériques à des moments extrêmement posés, faits de murmures.
L’expérience est éprouvante, intense et prenante.

Pour terminer: Cecil Taylor en piano solo.
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Le voilà, alerte, en pleine forme et souriant.
Les dreadlocks de part et d’autre de son crâne dégarni, les chaussettes oranges recouvrant le bas de son pantalon indien… on dirait le Tintin du free jazz.

Sa musique est surtout basée sur des grilles bien précises, mises au point par ses soins, qu’il n’hésite pas à quitter pour s’enfuir dans des  improvisations inspirées et souvent très tendues.

Le pianiste chantonne les airs qu’il invente, comme pour les adoucir.
Il faut dire que son jeu est découpé, percussif, brutal,explosif… et, l a seconde d’après, d’une infinie délicatesse, d’une quiétude et d’une légèreté incroyable.
Taylor alterne et rassemble des émotions extrêmes.

Sa musique est abrasive.
Les thèmes, dès qu’ils apparaissent comme une évidence, sont chassés d’un revers de la main, abandonnés dans un virage à 180 degrés ou perdus dans une accélération fulgurante.

On reste attentif tout au long du concert.
Scotchés.
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L’œil rieur, Cecil Taylor reviendra deux fois pour les «encore».
D’abord pour une courte et sèche improvisation  au piano, puis, pour déclamer un long poème aux accents politiques, digne des meilleurs slameurs actuels.
Taylor à 78 ans.
Il n’a rien a apprendre de quiconque. Il continue à inventer.

A+