06/06/2016

Mélanie De Biasio - Blackened Cities à Flagey

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Elle ne fait rien comme les autres, Mélanie. Depuis le début, elle ne veut pas rentrer dans un moule, ni dans un style. Elle veut exprimer sa propre personnalité, quitte à attendre 7 ans avant de publier son second album No Deal, paru chez Pias en 2013, et dont le titre sonne comme un aveu. Et c’est un succès. Mérité.

La maison de production suit alors l’artiste carolo dans une opération marketing de longue haleine et savamment orchestrée.

On sait qu’avec la chanteuse, il ne faut jamais précipiter les choses, mais on s’impatiente quand même d’entendre la suite de No Deal. 3 ans plus tard, c’est chose faite.

Et si l’on ne s’attendait pas à un album «conventionnel» de sa part, on peut dire que l’on n’a pas été déçu. Le tout neuf Blackened Cities est, en fait, un seul et long morceau de près de 25 minutes…

Et puis c’est tout.

Une seule face de 33 tours. Un seul et long morceau fascinant et envoûtant. Osé.

On était curieux de voir comment, sur scène, elle allait nous embarquer dans son monde, si particulier, et comment elle allait partager avec nous cet ovni.

Ce samedi à Flagey, Mélanie de Biasio a fait salle comble.

La scène est plongée dans le noir. Sur un écran géant, la très belle image charbonneuse de Charleroi de Stephan Vanfleteren se laisse découvrir par parcelles.

Mélanie arrive seule, dans le noir total, et entame «Blackened Cities». Claquement de doigts, souffle saccadé, chant pur et flûte brillante. Puis Pascal Mohy entre à son tour. Dépose quelques notes sublimes sur le piano. Puis c’est Sam Gerstmans qui s’empare de la contrebasse et balafre les cordes de quelques phrases à l’archet. Viennent enfin Pascal Paulus (claviers) et Dré Pallemaerts (dm). Un groove sourd et retenu se repend dans tout le studio 4.

La musique se développe calmement, longuement. Comme dans une transe intériorisée, lente et progressive, la musique enfle. L’excitation monte mais... mais... on n’arrive jamais à la jouissance. La mise en scène est peut-être un peu trop maniérée. C'est un poil trop chichiteux. On reste dans un cocoon trop confortable et ouaté. Dans la pénombre. Un peu frustré.

Après ce long voyage statique de plus de trente minutes, Mélanie revisite, en duo avec Mohy puis avec Paulus, «The Flow», «No Deal» ou «I Feel You». Toujours dans cet esprit minimaliste retenu et souvent sur les mêmes pulsations. Dré Pallemaerts arrive pourtant, à lui seul, à colorer la musique dans un jeu créatif, foisonnant, libre et sensuel. «I’m Gonna Leave You» secoue un peu… Mais le concert s’étire un peu trop. Il se répète presque. On a l’impression que l’on allonge un peu la sauce d’un plat qui aurait pu surprendre d’avantage…

Certains adorent, d’autres restent un peu sur leur faim…

 

 

A+

 

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30/01/2016

David Linx, BJO & Brel - Flagey

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Il y a des monuments auxquels il n'est pas aisé de s'attaquer. Jacques Brel fait certainement partie de ceux-là. Mais quand on s'appelle David Linx et que l’on est entouré de l’un des meilleurs big band du monde (le Brussels Jazz Orchestra), on est en droit de se le permettre.

N'empêche, Brel c'est Brel.

Et mercredi 20 janvier, à Flagey, il y avait un maximum de monde qui était curieux d'entendre à quelle sauce allaient être mangées les bonbons ou les frites de chez Eugène, comment allait être consolé Jef, comment allaient se réveiller les paumés du petit matin ou comment, pour la Fanette, on allait chanter la chanson ?

Bref, comment cela allait-il être chez ces gens-là ?

On sent la fébrilité et l’émotion lorsque Nathalie Loriers (p) égraine les premières notes de «Quand on n’a que l’amour». Est-ce parce que c’est Brel ? Est-ce parce que c’est Bruxelles que l'on retient son souffle ? Alors, David Linx dépose les premières phrases et puis l’orchestre s’immisce. Et Kurt Van Herck offre son solo. Et tout s’illumine. Et tout finit par swinguer doucement. Et on respire.

Linx, rayonne de bonheur, échange quelques mots avec le public, puis enchaîne.

Le BJO nous emmène alors dans un voyage entre «Vesoul» et «Amsterdam» où tout démarre en un swing joyeux, excité par un solo tonitruant de Nico Schepers, avant de se fondre en une valse mélancolique et crépusculaire, autant rageuse que désespérée. «La chanson des vieux amants», introduite a capella, ressemble presque à un blues...

Le placement, les inflexions et le timing de David Linx sont très personnels. Il n’imite pas, il est. Il donne sa vision de Brel, avec tout le respect et la distance qu’il faut. Et tout le talent.

La plupart des arrangements sont tirés au cordeau, évitant autant l’évidence que la complexité inutile. Bien sûr, on préfèrera certains morceaux à d’autres. Parce qu’ils «collent» plus à la chanson originale ou, au contraire, parce qu’ils s’en éloignent un peu plus. «Mathilde», aux parfums légèrement latins et qui laisse entendre un solo impérial de Nathalie Loriers, ou «Chez ces gens-là» et le solo profond de Bo Van der Werf au sax baryton, sont, par exemples, de parfaites réussites. Bien sûr, il y a aussi un «Ne me quitte pas» tout en sobriété ou encore un «Bruxelles» folâtre avec le solo frénétique de Frank Vaganée (as). Bien sûr, il y a aussi «Isabelle», «Rosa» ou «Le plat pays» (à mon avis, l’un des titres encore plus «casse-gueule» que le reste, à reprendre dans le répertoire de Brel).

Le BJO prend des risques, change certains rythmes et s’amuse de certaines harmonies. Mais il conserve l’esprit.

Et puis, on ne soulignera jamais assez l’intelligence des arrangements (Lode Mertens, Pierre Drevet, Giury Spies, Frank Vaganée, Nathalie Loriers ou Dieter Limburg) ni la qualité d’ensemble des musiciens et encore moins des solistes.

Oui, David Linx, le BJO et Jacques Brel ont bien mérités, ce soir, les trois rappels.

 

A+

 

24/11/2013

Flagey fête Marc Moulin - Flagey

Pour fêter comme il se doit Marc Moulin (disparu trop tôt, il y a 5 ans déjà), Flagey avait mis les petits plats dans les grands. Pouvait-on faire moins pour ce grand monsieur qui, mine de rien, fut à l’origine de quelques importantes évolutions musicales ?

Inutile de dire que le paquebot affichait complet ce mercredi 20 novembre. Ultra complet même.

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Aux environs de 19h, dans les petites salles des studios 1 et 2, bien vite remplies, l’excellentissime et émouvante émission Belpop (déjà diffusée, début octobre, sur Canevas) resituait le personnage. On a beau connaître Marc Moulin, on se rend compte, une fois de plus, du côté visionnaire, créatif, curieux – et tellement humble – de l’homme.

Mais il est déjà 20h.30, plus de temps à perdre, rendez-vous sur la scène du Studio 4 où Christa Jérôme, de sa voix graineuse et sensuelle nous accueille avec «Who Knows» (un titre inédit que l’on peut entendre sur la toute dernière compilation de quelques titres emblématiques de Marc Moulin Songs and Moods) suivi du bien nommé «I Am You».

Le ton est donné, la ligne est tracée et les artistes défilent en toute décontraction – comme l’aimait Marc - et sans temps morts sur la scène. Bravo à Jan Hautekiet - maître de cérémonie et pianiste de cette soirée - pour la performance.

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Antoine Chance et Alec Mansion viennent alors déposer de belle manière leurs témoignages, mais l’émotion monte réellement d’un cran (voire plus) lorsque Dan Lacksman et Michel Moers viennent mimer un «Moslow Dislow» (remix unreleased, chanté ici par Kylie Minogue, du célèbre «Moscow Diskow»). Les deux complices de Marc Moulin, assis sur deux des trois chaises alignées sous le grand écran, calquent la gestuelle du mythique groupe Telex dans le film projeté juste au-dessus d’eux. Surréaliste, décalé, drôle… mais surtout très émouvant. L’esprit Moulin est toujours bien vivant. Tonnerre d’applaudissements.

Quoi de plus naturel alors que d’enchaîner avec la disco pop de Bertrand Burgalat, avant de remonter dans le temps en compagnie de Carlo Nardozza (tp), Peter Vandendriessche (as), Fabrice Alleman (ts) et le compagnon des débuts Richard Rousselet (tp) pour évoquer Placebo avec un «Humpty Dumpty» qui n’a pas pris une ride ! 40 ans et plus actuel que jamais. Le groove d’enfer est entretenu par une rythmique qui ne l’est pas moins (Patrick Dorcéan aux drums, Paul Flush à l’orgue Hammond et Renoar Hadri à la basse électrique). Ça claque avec onctuosité et richesse.

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Puis, sous un nouveau tonnerre d’applaudissements, Philip Catherine entre en scène accompagné de Nicolas Fiszman (eb). Sur un thème funky soul («Memphis Talk»), la guitare de Catherine se fait plus électrique que jamais. Les arpèges sinueux et sensuels s’enchaînent et poussent Peter Vandendriessche à se lancer dans un solo gras et rocailleux. Merveilleusement black, merveilleusement roots. On sait d’où vient ce sorcier blanc de Marc Moulin. Alors, on contrebalance rapidement avec l’intimiste «Tenderly» qui permet à Nicolas Fiszman, cette fois-ci, de développer un solo magique et très inspiré.

Nouveau temps fort avant une courte pause : Alain Chamfort et Bertrand Burgalat reprennent en duo «L’ennemi dans la glace».

Alain Chamfort, qui doit beaucoup à Marc Moulin pour l’avoir «crédibiliser» auprès d’un certain public, plus élitiste peut-être, n’est pas avare de compliments envers son ami. Avec humour, lucidité et humilité il improvise un petit discours d’une touchante sincérité. «Avec Marc, j’avais l’impression d’être plus intelligent, ça fait du bien...» dira-t-il dans un sourire entendu. C’est vrai que Marc Moulin avait le don de mettre en valeur les qualités et les talents des personnes qu’il rencontrait. Avec lui, tout semblait possible.

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Après l’entracte qui permet à tout le beau monde réuni à Flagey de se retrouver (on y croise Philippe Geluck, Kroll, Alain Debaisieux, Soda, Fred Jannin, Jacques Mercier, Serge Honorez, Gilbert Lederman et bien d’autres encore), on redémarre avec un tube de Placebo – décidément très moderne ! -  avant d’enchaîner avec «Organ» (tiré de l’album Top Secret). Ce dernier morceau permet à Fabrice Alleman de nous offrir une impro brûlante et intense. Il louvoie entre les rythmes, s’échappe, s’envole, éclate presque. La liberté du jazz dans l’électro lounge et la dance

Et l’on se dit alors qu’il y a indéniablement une touch Marc Moulin dans toutes les musiques que l’on entend depuis le début de la soirée. C’est évident. Qu'elles soient jazz, pop, électro, récente ou anciennes, il y a un groove, une pulsation unique et singulière, un son… une voix.

La voix, c’est aussi celle de Jeanna Celeste (que je ne connaissais pas, je l’avoue) qui, flanquée de l’inimitable et trop discret Bert Joris (tp), nous balance un soul blues langoureux et sexy. Question voix, Christa Jérôme n’a rien à lui envier. Son «Lucky Charm» (lui aussi inédit) est une petite perle.

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Mais voici un autre moment très attendu… les Sparks ! Arrivés tout droit de Los Angeles, Russel Mael et Ron Mael (toujours faussement sérieux, figé depuis 1978 dans son indémodable chemise à manches courtes et cravate) interprètent - après avoir lu une lettre touchante et pleine d’humour que Marc Moulin leur avait adressée - «Tell Me It's A Dream» (de Telex) et bien sûr l’inévitable tube «This Town Ain't Big Enough For Both Of Us» qui rend hystérique la grande salle du studio 4. Que de souvenirs remontent alors à la mémoire ! Russel n’a rien perdu de ses qualités vocales et Ron assure un jeu très alerte derrière son clavier. A deux, ils mettent le feu.

Jacques Duvall se présente alors et éteint l’incendie. Mais il en rallume un autre. Différent. Pas moins violent. En duo avec Daan, il nous offre un intime «Guess What Color I Am», scandé sombrement à la manière des Last Poets.

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Christa Jérôme, omniprésente et très émue, revient partager avec Daan – la voix plus gainsbourienne que jamais - «Me And My Ego», avant de retrouver d’autres choristes (dont la sublime Milla Brune) sur «Welcome To The Club» et «Everyday Is D Day» qui vibrent à la manière d’un gospel.

On plonge une dernière fois - et avec délice - dans «Into The Dark» qui fait presque se lever la salle. Un dernier cadeau pour finir : l’émouvant «Promise Land» a cappella.

On est au bord des larmes. Les lumières se rallument. La salle est debout et applaudit. Longuement.

Oui, Marc Moulin méritait bien ça !


PS : Merci mille fois à Bernard Rosenberg pour les superbes photos !

 

A+

 

13/01/2013

Sous les flocons, le jazz.


Deux, trois, petits rendez-vous en ce début d’année.

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Hé oui, les festivals ne se déroulent pas toujours sous le soleil d’été.

Winter Jazz Festival porte d’ailleurs bien son nom. Depuis quelques années, Flagey et le Théâtre Marni proposent une série de concerts, ainsi que quelques projections de films concernant le jazz. Sur le grand écran, on y verra «Petrucciani» de Michael Radford, «Autour de minuit» de Bertrand Tavernier ou encore «Sweet And Lowdown» de Woody Allen.

Et sur scène on verra Mâäk avec Marc Ducret, Metal-o-phone ou encore Too Noisy Fish pour les plus avant-gardistes, Jef Neve, Sal La Rocca, LABtrio et Christian Escoudé, pour les valeurs sûres, Kaja Draksier’s Acropolis ou Elifantree pour les découvertes et Matthew Herbert Big Band pour le plus grand plaisir de tous.

Alors, hop ! Une écharpe, un bonnet et n’hésitez pas à traverser la Place Falgey dans les deux sens.

Mais à côté de la «grosse machine», n’oublions pas non plus nos amis de Muse Boosting et leur Blue Flamingo Jazz Festival, qui continuent à proposer chaque trimestre deux concerts à Molenbeek. Allez vous réchauffer dans cette magnifique salle du Château du Karreveld aux sons de Big Noise et du trio d’Igor Gehenot. Ambiance assurée.

Ça c’est à Bruxelles. Mais il y a aussi Tournai qui propose la deuxième édition de son Tournai Jazz Festival . Cette année, on y verra Ibrahim Maalouf (unique concert en Belgique !!) mais aussi Richard Galliano, Manu Katché, Bojan Vodenitcharov et Steve Houben et quelques jeunes groupes dont Blue Monday People, Mister Dumont, Pia Silva… et encore Big Noise.

Allez-y !

Et puis, il y a aussi les Djanjofolllies dont les concerts s’éparpillent aux quatre coins du pays (Christian Escoudé, Les Violons de Bruxelles, MuZiek de Singe, Les Doigts de l’Homme et bien d’autres).

Et, bien entendu, outre les festivals, il y a toujours les clubs, les clubs, toujours les clubs !

Plongez dans l’agenda du site des Lundis d’Hortense, qui est toujours là pour vous dire où et quand ça se passe. Qu'il neige ou qu'il fasse soleil...

 

A+

12/01/2012

Festival de festivals.

 

Qui a dit qu’il fallait attendre l’été pour retrouver les festivals de jazz ?

Allez, hop, tous à vos agendas… et essayez de vous organiser!

Ça commence le 17 avec le Winter Jazz Festival, au Théâtre Marni et à Flagey.

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C’est Philip Catherine - accompagné par le pianiste italien Nicola Andrioli - qui ouvrira les festivités au Marni (le 17) et pas moins de 20 jeunes musiciens venus de 7 pays européens qui donneront un grand concert de clôture à Flagey le 28 : «JazzPlaysEurope Anniversary». Entre ces deux grands moments, on pourra entendre le nouveau et ambitieux projet de Barbara Wiernik avec l’Ensemble des Musiques Nouvelles : «Les 100 Ciels» (le 21 au Marni). Le 26, à Flagey, Sinne Eeg sera l’invitée du Danish Radio Big Band et le lendemain, au Marni, on pourra découvrir Loumèn.

La suite de l’affiche reflétera la liberté des influences dans lequel le jazz évolue constamment: le quartette tchéco-slovaque AsGuest joue la carte de l’improvisation. Autour du piano de Michal Vanoucek on trouvera et d’un vibraphone Miro Herak (vib) et Janos Bruneel (cb) et Joao Lobo (dm) (le 18 à Flagey). Le 19, Frown I Brown apporteront leur touche de hip hop à la note bleue, juste après le vernissage de l’expo consacrée aux esquisses d'un des menbres du groupe, Herbert Celis. Le 25, le trio manouche de Marquito Velez, Martin Bérenger et Dajo de Cauter swinguera pour un soir de rencontre entre le Winter Jazz et les Djangofolllies ! Hé oui, les Djangofollies, c’est aussi en janvier ! Ça commence le 19, ça se termine le 29 et c’est un peu partout en Belgique…

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Un autre Festival, c’est celui du Blue Flamingo, organisé par Muse Boosting au magnifique Château du Karreveld à Molenbeek. Le vendredi 20, on pourra y entendre le quartette de Fabrizio Graceffa (avec Jean-Paul Estiévenart (tp), Boris Schmidt (cb) et Herman Pardon (dm) et le samedi, le trio de Eric Seva (as), Didier Ithursarry (acc) et Olivier Louvel (g, sax). Cerise sur le gâteau, Eric Seva proposera également une Master Class le samedi 21 à 16h. Avis aux amateurs ! Renseignez-vous vite au 02 880 93 26 ou surfez ici

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Et puis, pour que le plaisir soit complet, Tournai organise son premier festival de jazz ! Cela se déroulera le week-end des 27, 28 et 29 janvier à la Maison de la Culture. Et pour une première, les organisateurs n’ont pas fait les choses à moitié. Au programme : Toots Thielemans et Terez Montcalm le vendredi soir, Eric Legnini «The Vox» et le projet Cole Porter de Philip Catherine le samedi. Dimanche ce sera Thierry Crommen qui montera sur scène  avant le final très alléchant: David Linx et Maria Joao accompagnés par le Brussels Jazz Orchestra avec le projet «Another Porgy & Bess»!

Et comme si cela ne suffisait pas, il y aura aussi, pendant tout ce week-end, des ateliers de jazz vocal, des concerts pour les enfants et d’autres concerts (Swing Dealers, Nu Jazz Project…). Ça va swinguer dans la cité des cinq clochers !

A+

 

 

 

16/01/2011

Winter Jazz Festival - Marni-Flagey

Ça y est, c’est reparti pour une nouvelle saison.

 

Premier festival de l’année: le Winter Jazz Festival, qui commence ce 19 janvier.

Le Winter Jazz Festival - ex Festival Jazz Marni Flagey - se déroule, comme son nom ne l’indique plus, en partie à Flagey et en partie au Théâtre Marni.

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Cette année, c’est la voix qui est mise à l’honneur et c’est Robin Mc Kelle qui ouvre les festivités. Robin Mc Kelle est originaire de Rochester et son style oscille entre jazz, soul et R’nB. C’est souvent énergique même si, à Flagey, elle viendra entourée d’un trio plus “jazz” (Reggie Washington à la contrebasse, Marc Mc Lean aux drums et Sam Barsh au piano). Sa voix, légèrement graineuse, son phrasé sensuel et son sens de la scène devraient nous faire passer un bon moment.

Le lendemain, au Théâtre Marni cette fois, Mélanie De Biasio se présentera en trio (avec Sam Gestmans (cb) et Pascal Mohy (p) ). Je ne vais pas vous redire une énième fois tout le bien que je pense d’elle, il suffit d’aller relire quelques articles ici, ici ou encore . A ne pas rater, bien sûr…

Samedi 22, toujours au Marni c’est Tutu Puoane qui viendra assurement nous charmer. Tutu est née en Afrique du Sud. Venue en Belgique pour parfaire son cursus musical, elle a rencontré le pianiste Ewout Pierreux et, depuis, est restée chez nous. On l’a déjà entendue avec le BJO, pour un projet en hommage à Myryam Makeba (“Mama Africa”), et on la retrouvera cette fois en quartette (Ewout Pierreux, bien sûr, Lieven Venken (dm) et Nic Thys (cb) ), pour nous dévoiler les beautés sensuelles de son dernier album “Quiet Now”.

Il y aura encore des voix à découvrir autour du trio d’Anne Wolf, qui présentera par la même occasion son nouvel album “Moon At Noon”. Amateurs de musiques chaudes et brésiliennes, rendez-vous à Flagey le 26.

Et puis, le 28, un des clous du festival: la première de “A Different Porgy And Another Bess”! Maria Joao, David Linx et le Brussels Jazz Orchestra revisitent le célèbre opéra de Greshwin. Si vous vous souvenez de la précédente collaboration de Linx avec le BJO (“Changing Face”) et si vous avez entendu le fantastique “Follow The Songlines” (avec Maria Joao, Mario Laginha et Diederik Wissels), vous pouvez peut-être - car avec David Linx, on n’est jamais au bout de ses surprises -  imaginer ce que donnera ce nouveau challenge…

 

D’autres concerts vous laisseront peut-être sans voix, ce sont ceux où il n’y en a pas.

J’ai retenu pour vous le retour de Rêve d’Eléphant, qui présentera son nouvel album “Pourquoi pas un scampi?”. Tout un programme! Quand on connait le côté onirique et follement inventif de cette bande de doux poètes déjantés, on ne risque certainement pas de s’ennuyer le 21 au Studio 1.

Autres moments à ne pas rater seront aussi les concerts de Fabien Degryse (dans le cadre d’une collaboration avec les Djangofolllies), qui proposera un programme “manouche” avec ses amis Peter Hertmans et Jacques Piroton aux guitares, Nic Thys à la contrebasse et Yves Teicher au violon; ainsi que le dernier projet de Steve Houben (as), entouré d’une belle brochette de “jeunes” jazzmen (Greg Houben (tp), Julien Delbrouck (bs, clar b), Quentin Liégeois (g), Antoine Pierre (dm) et Cedric Raymond (b, eb). Ça promet.

 

Et puis il ne faudrait pas oublier les 2 concerts “Piknikmuzik” des vendredis midis avec le très jeune et très talentueux Bram de Looze qui jouera une première fois avec Nic Thys et une seconde avec le Momentum Jazz Quartet.

 

Enfin, cerise sur le gâteau: Fabien Fiorini (p) mettra en musique deux chef-d’œuvres de Buster Keaton (“The General” et “Sherlock Jr.”), en duo avec Erik Vermeulen d’une part et avec Jozef Dumoulin de l’autre.

A vos agendas… l’hiver sera chaud!

 

A+

 

13/02/2010

Melanie De Biasio - Jazz Festival Marni Flagey

 

Rendez-vous avec Mélanie De Biasio, samedi 30, pour clore le Jazz Festival Marni Flagey (pour lequel je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de voir tous les concerts qui me faisaient de l’œil…).

Elle a failli ne pas arriver, Mélanie, à cause de la neige qui avait envahi par surprise une grande partie du pays. C’est ce que la chanteuse raconte pendant son concert. Hé oui, chose rare, Mélanie parle à son public! Avec humour et tendresse !

Mais revenons au studio 1 à Flagey.

Ambiance toujours intime, très feutrée et assez sombre, comme pour faire briller les sons de la voix et des instruments. Car il faut le dire et le répéter, il s’agit d’un groupe et pas d’une chanteuse accompagnée d’un groupe. Le son a donc beaucoup d’importance. Et Mélanie a bien l’intention de creuser encore plus dans ce sens.

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Normal donc que Dré Pallemaerts, sans doute l’un des batteurs les plus subtils d’Europe, se sente ici chez lui. Son jeu est d’une justesse et d’une sensualité magnifiques. Il caresse les peaux, effleure les cymbales, souligne d’un claquement sec une intension ou une inflexion. Il crée des ambiances, dessine des climats, colorie certains morceaux de reflets orientaux (à l’aide d’un gong) ou indiens (avec des clochettes).

Entre le piano de Pascal Mohy, aux notes légères, graves ou retenues, et le souffle de la flûte de Mélanie, les passages se font suaves. Le swing est latent, tout en non-dit. Tout en évocation. Pascal Paulus, au clavinet et autres claviers, joue le rôle de la basse disparue volontairement du groupe. Du coup, dans certains morceaux, on y perçoit un écho vintage à la Tangerine Dream ou Grateful Dead (vous voyez, je n’ai pas peur, moi non plus, des grands écarts ni des mélanges). Entre Paulus et Mohy, l’équilibre se fait et chacun y trouve son espace.

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Repliée sur elle-même, toujours aussi concentrée et imprégnée par son discours, Mélanie De Biasio, malaxe la matière sonore. Elle jongle entre le chant et la flûte. Féline, elle bouge comme dans un poème de Baudelaire. Tour à tour, elle évoque l’amour brûlant («I Feel You»), la rage contenue, la sensualité chaude et soul (le très Ellingtonien «Mister Django»), les incertitudes de la vie, les décisions libératrices (un swinguant «I’m Gonna Leave You»). La voix est toujours aussi patinée, légèrement graineuse, finement grave. Irrésistible. Elle revient en rappel avec Pascal Mohy pour un lumineux «Softly As A Morning Sunrise». No comment.

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On a hâte d’entendre ce que cela va donner sur disque. Tout est déjà enregistré. Le groupe travaille sur la production. Aux manettes : Dré Pallemaerts, bien sûr… J’en salive déjà.

 

A+

 

01/02/2010

Fabian Fiorini Trio & Eric Legnini Trio - Flagey

 

Double concert à Flagey, samedi 23, dans le cadre du Marni Flagey Jazz Festival. Fabian Fiorini en première partie et Eric Legnini ensuite.

Le studio 4 est rempli et c’est tant mieux! Je suis prêt à parier que trois quarts de la salle est venu applaudir (avec raison) Eric Legnini. Et je suis tout aussi prêt à parier que l’ensemble a été conquis par Fabian Fiorini.

Particulièrement en forme et visiblement très heureux d’être sur cette grande scène, Fabian Fiorini (p), Chander Sardjoe (dm) et Jean-Luc Lehr (eb) nous ont servi un set de toute grande facture. Cohérent, intelligent, vif, élaboré et accessible.

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Pourtant, on le sait, la musique de Fabian est parfois complexe. Cependant, ce soir, on dirait que le trio s'est adapté à la salle, que le pianiste a élaboré un programme qui tient compte de l’espace. Sans pour cela céder aux concessions, au contraire.

Le jeu souvent percussif de Fiorini se décline de différentes façons, évoquant tantôt l’approche stride d’un Art Tatum, la profusion harmonique d’un Andrew Hill et bien sûr le sens de l’espace d’un Monk. En deux mots: «ça prend aux tripes».

On entre tambour battant dans le concert avec «Contre Stellation» (?), suivi de «Straight, No Chaser» (on parlait de Monk?).

Puis, c’est une relecture magnifique du célèbre «Strange Fruit», couplé à une composition personnelle «Strange Root». Fiorini Découpe ses phrases, joue les silences, alterne fulgurance et le minimalisme. Il mélange la sauvagerie et le fatalisme. Il suspend le mouvement comme on suspend une vie. Jean Luc Lehr joue la mélodie, comme dans un écho. Chander Sardjoe ponctue les moments forts. Et puis, tout devient flamboyant, nerveux, révolté. Les «roots» se rebellent. Comme pour prouver que jamais ils ne mourront.

Chaque morceau est joué avec conviction et avec une énergie communicative. La musique coule entre les trois musiciens. Une ballade romantique, «Entre ici et là», n’a rien de banale. Un tempétueux «Superposition»  trouve l’équilibre entre transe et urgence. Et «Tzärr» est travaillé comme une longue suite où pulsions, tensions et relâchements se relaient avec une fluidité formidable.

Ce trio, dont j’avais chroniqué l’album «Something Red In The Blue» (sorti chez Cypres) et que je vous recommande chaudement, mériterait de tourner beaucoup plus. Sur les grandes scènes, comme dans les clubs. En Belgique, comme à l’étranger! À bon entendeur…

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Après un court break, c’est au tour du trio d’Eric Legnini d’investir la scène. À la batterie Franck Agulhon et à la contrebasse Thomas Bramerie (à la place de Matthias Allamane, en tournée avec Christophe Astolfi, entre autres).

Sans une ni deux, on est dans le soul jazz qu’affectionne tant Legnini.

Ça balance et ça swingue avec «Con Alma», «Trastevere», «Casa Bamako»….

Le trio se connaît et se trouve les yeux fermés. Sur les ballades, on retrouve, dans le toucher sensuel de Legnini, celui des pianistes des années ’50, un peu à la Erroll Garner, avec une main gauche libre et légère.

Puis, Legnini abandonne le piano pour le Fender. Et c’est  «Rock The Day», «Trippin» et «Home Sweet Soul». Le son devient plus funky. Plus churchy aussi. Legnini ne trafique pas l’instrument. Il l’utilise «comme au bon vieux temps», comme pour en retirer l’essence originale. Franck Agulhon se lâche sur quelques solos retentissants, la frappe est ferme et sèche. Thomas Bramerie reste plus discret.

Ça donne envie de bouger, de danser. Et de réécouter le disque.

Après avoir tant jouer à travers toute l’Europe, le trio n’a rien perdu de son enthousiasme. Tout s’enchaîne avec un bonheur égal.

Alors, en bouquet final, c’est «Back Home»: jubilatoire!

Eric, tu reviens à la maison quand tu veux !

 

A+

 

21/01/2010

Vous reprendrez bien un peu de jazz?

Un peu d’actu.

En ce moment, sur Citizen Jazz, vous pouvez lire l’interview de Baptiste Trotignon. Rencontre bien sympathique. C’était à propos de son disque «Share» et c’était dans les coulisses du Festival Jazz à Liège. Et c’est à lire ici.

Puisqu’on parle de festivals, il y a en a qu’il ne faut pas manquer en ce moment.

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Les Djangofollies, bien sûr! Les 100 ans de Django, ça se fête.

Si vous n’avez pas le temps d’y aller, il vous reste les disques de Django. Intemporel. Unique. Tellement unique qu’il a mis dans l’ombre Oscar Alemán. Vous ne le connaissiez pas? Moi non plus avant d’avoir lu ce petit bijou de bande dessinée: «Le Roi Invisible» de Gani Jakupi. Oscar Alemán n’est pas un personnage fictif comme Emmet Ray, imaginé par Woody Allen dans son film «Sweet And Lowdown», mais ses disques sont difficiles à trouver. Heureusement, il y a Frémaux...

 

Autre festival à ne pas manquer, c’est celui qui se passe du côté de la Place Falgey: le Jazz Festival Marni Flagey!

Au programme, Alexandre Cavalière, l’Âme des Poètes (je suis allé les voir, je vous raconterai), Eric Legnini, Christian Escoudé, Mélanie De Biasio, BJO etc… Aurai-je l’occasion de tout voir? Suspens!  Pourtant, il y a des groupes qui titillent ma curiosité. Des groupes qui revisitent Pink Floyd (I Overdrive Trio pour la France)  ou Genesis ( Jaume Vilaseca Quartet pour l’Espagne). C’est drôle ce «revival» en jazz, et ça fait plaisir de sentir qu’on n’est pas le seul à aimer ces mélanges. J’en discutais encore tout récemment avec Henri Greindl, fondateur de Mogno Music, fan de Genesis, Yes, King Crimson autres Soft Machine.

Bref, vous voyez où l'on peut se rencontrer?

Et puis, il ne faudrait pas oublier les clubs! Et pour cela, rien de mieux que de vérifier régulièrement l’agenda des concerts de Jazz In Belgium, c’est tous les jours fête !

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Allez, pour terminer, un clin d’œil à mon ami Jos Knaepen. Il vient d’éditer «Jazz Master», un très beau livre avec quelques-unes de ses meilleures images. Ça se feuillette avec délice et ça s’achète à partir de février sur le site.

 

A+

 

 

28/10/2009

Marcin Wasilewski trio à Flagey

 

Retour à Flagey. Ça faisait longtemps.

Ce soir, c’est le trio de Marcin Wasilewski qui prenait possession du Studio 1. J’ai vu plusieurs fois le pianiste en concert avec Tomasz Stanko, mais jamais en tant que leader. Par contre, j’avais chroniqué son disque voici quelque temps déjà. Bonne occasion d’aller le rencontrer après le concert.

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Ambiance sobre et retenue, Marcin et ses amis ne sont pas du genre bavard. Après un démarrage très intimiste («First Touch») la luminosité du jeu et une certaine tension se dessinent. Petit à petit, le trio nous emmène dans un mouvement tourbillonnant. Parfois, bien sûr, on pense un peu à Bill Evans (Marcin s’en défendra pourtant, quand j’en parlerai avec lui après le concert) mais aussi à Keith Jarrett (là, il était nettement plus d’accord avec moi).

Contrairement à ce que l’on ressent sur disque, on peut dire qu’en live ça groove pas mal du tout. Marcin Wasilewski danse d’ailleurs sur son tabouret, se lève même, parfois et tape du pied, souvent. Un battement nerveux, presque incontrôlé, un peu comme Monk.

Dans les improvisations, le trio n’a pas peur de briser les lignes, de changer les tempos. Il privilégie un son très boisé, parfois feutré, faisant cependant toujours ressortir une dynamique et une certaine énergie. Ainsi, le batteur Michal Miskiewicz joue de belles nuances mattes qui contrastent avec la résonance du piano. Et le son sourd de la contrebasse de Slawomir Kurkiewicz s’oppose avec justesse aux scintillements des cymbales et à la sècheresse des rimshots de la batterie. Tout est assez lumineux, enlevé et swinguant, et chacun est à l’écoute de l’autre.

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Bien sûr, il y a les ballades. Mais jamais, elles ne sont convenues. Elles sont toujours subtilement complexes et noueuses. On y sent toujours un refus de l’évidence et une envie d’exposer les thèmes sous un autre angle.

Ainsi, lorsque le pianiste reprend «Diamonds and Pearls» de Prince, il n’en retient que la fragile colonne vertébrale pour y accrocher toute sa personnalité, dans un touché sec et des impros inspirées…. De même, avec «King Korn» de Carla Bley, il reprend tous les ingrédients pour reconstruire le morceau à sa façon: assez chaotique et incisif au début pour s’enrouler ensuite dans un dialogue tendu et très ouvert avec ses deux compères.

Réservés, concentrés et peu expansifs, les membres du trio laissent à la musique le soin de provoquer les émotions et de créer une empathie avec le public. Ils y réussissent bien, puisqu’ils reviendront pour deux rappels consécutifs. Et, à mon avis, un troisième n’aurait pas été superflu.

 

A+

 

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
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Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
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Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

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Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
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Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
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«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
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Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
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Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
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Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
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Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
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VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

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Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
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Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+

15/04/2008

Philip Catherine sur Citizen Jazz

Philip Catherine sera en concert à Flagey le 26 avril.
Il présentera son nouvel album « Guitars Two ».
Album solo d’une grande délicatesse.
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Vous pouvez lire ma chronique pour Citizen Jazz en cliquant ici.

A+

21:56 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : flagey, philip catherine, citizen jazz, chronique |  Facebook |

24/03/2008

Jacques Schwarz Bart - Flagey

Il y a un côté pédagogique dans la présentation des morceaux qu’il va jouer.
C’est que Jacques Schwarz Bart est très attaché à ses origines et qu’il a envie de transmettre à travers le monde la mémoire des esclaves ainsi que la richesse de la musique Gwo-Ka avec laquelle il a grandi.
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Ce soir, au Studio 1 de Flagey, entouré d’un line-up international (le Sénégalais Hervé Samb (g), l’Américain Reggie Washington (b), le Serbe Milan Milanovic (p) et les Guadeloupéens Olivier Juste (boula) et Arnaud Dolmen (marqueur) ) il prend le temps d’expliquer l’origine de chaque morceau ainsi que sa construction rythmique.

C’est pédagogique, mais ludique. Et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.
C’est une musique qui accompagne la fête, le travail ou la souffrance.
C’est une musique de communication.
Et elle se mêle avec aisance au jazz contemporain. Un mélange que Jacques Schwarz Bart a travaillé pendant des années.

Alors, le saxophoniste s’en va dialoguer avec les deux joueurs de tambours, sur des rythmes incandescents. Puis, il lance Hervé Samb dans des improvisations virtuoses.
Les rythmes sont chauds et endiablés. On y ressent comme de la transe.
Parfois, Schwarz Bart accompagne ses musiciens en chantant.
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Et sur un thème comme «Padjanbel» on est perdu sans l’être.
On dirait que les rythmes sont assez indéfinis. Et pourtant tout est limpide.
Il y a comme une superposition d’ondulations aux tensions différentes qui se mélangent. Et forcément, à un moment, et de façon régulière, elles se croisent.
Cette musique très chaloupée a quelque chose de fascinant.
Elle est pleine de reliefs et de couleurs profondes, il y a comme une pulsation indomptable en elle.

Les deux percussionnistes redoublent d’énergie. L’un imprime le rythme de base (le marqueur) tandis que l’autre improvise et s’évade dans des circonvolutions rythmiques presque hypnotisantes.

Milan Milanovic place de temps en temps des improvisations tranchantes. Très percussives au piano et pimentées d’accents presque funky au Rhodes (sur «Abysse» par exemple).

Jacques Schwarz Bart n’oublie pas le côté mystique sur une ballade comme «Ascent» qu’il entame en solo. Il y a résolument une réflexion intérieure profonde, douce et sécurisante.
Un sentiment de plénitude.
Sentiment accentué par les effets flottants et aquatiques de Samb à la guitare et ceux, plus sourds, de Reggie Washington à la contrebasse.
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Le son du ténor n’est jamais agressif. Jamais doux non plus.
Sur un morceau assez vif, comme «Ti Jean Prend gâteau», le sax ressemble à de la lave qui gicle. Schwarz Bart va jusqu’à la limite sans pour autant faire crier son instrument.
Il n’est pas âpre, il est brûlant.
Il n’est pas abrasif, il est juste un peu rauque.
Un peu comme ces ka qui claquent fortement tout en gardant une résonance longue.

Le public est conquis et en redemande.
«Pa Palé» est un hymne à la liberté d’expression, dédié à tous ceux qui ont été empêchés de parler ou de chanter. Un thème puissant et rassembleur.
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Après le concert, j’ai l’occasion de rencontrer longuement Jacques Schwarz Bart pour réaliser une interview pour Citizen Jazz.
L’ancien sideman de Roy Hargrove prépare actuellement un nouvel album où quelques-uns de ces amis fidèles viendront s’y joindre, comme Meshell N’degeocello, Elisabeth Kontomanou ou encore John Scofield.
Ça promet.
On espère le revoir en Belgique en fin d’année.

A+

18/03/2008

BJO & David Linx - Changing Faces - Flagey

Haaa… enfin retrouver le temps d’aller écouter un concert.
Pas n’importe lequel: celui de David Linx et du BJO à Flagey.
C’est sûr, ça va me faire du bien.

Le BJO! Quelle machine à swinguer et à groover… «C’est comme rouler dans une belle Cadillac», avoue lui-même David Linx.
Il est heureux, notre chanteur. Et il a envie de le montrer. Il a envie de faire partager son bonheur avec le public.
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Avec fougue, énergie et bonne humeur, il emmène tout le monde dans un tourbillon irrésistible.

«Deep Night», «Black Crow» «There Is You» s’enchaînent.
Les solistes se succèdent avec un plaisir non dissimulé.
Marc Godefroid (tb), Kurt Van Herck (ts), Bart Defoort (ts) ou Pierre Drevet (tp).

David dialogue et blague avec le public et puis démarre au quart de tour un scat a cappella au débit rapide et aux accents graves et profonds  qui rappellent parfois les chants africains.
Il laisse aussi les silences chanter avec lui.
Puis, il invite le guitariste Hendrik Braeckman à dialoguer avec lui avant de plonger dans un «Day’s Journey» tout en énergie et en fractures…

Après une ballade («Home In The Spring») et un tonitruant et jubilatoire «Then We’ll Be Home», Maria Joao fait son entrée.
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«Miziane» est éclatant.
La voix de Joao m’impressionne à chaque fois.
La chanteuse Portugaise possède une tessiture incroyable qu’elle maîtrise avec un talent fou.
On passe par tous les sentiments. Rires, frissons, pleurs…
En duo avec Linx, c’est de la folie. On dirait deux enfants qui jouent ensemble.
D’ailleurs, Dieter Limbourg (as), après son solo, les laisse et se retire en souriant pour rejoindre les autres musiciens de l’orchestre tous aussi hilares devant les fantaisies vocales des deux chanteurs.

Avant un (faux) final explosif («Sweet Suite»), Joao et Linx chantent ensemble le magnifique «Parrots And Lions» avec une sensibilité et une intensité rares.
J’en ai la chair de poule.

Il faut terminer le concert, mais… non, le Big Band et le chanteur semblent tellement bien sur scène qu’ils ont du mal à la quitter.
Et voici une ballade un peu blues et un peu soul que n’aurait pas renié un Ray Charles.
Jos Machtel se fend d’un beau solo à la contrebasse avant que Bart Van Caenegem ne reprenne la main au piano (hé oui, ce soir ce n’était pas Nathalie Loriers, éloignée pour quelque temps du clavier à cause de petits soucis de dos.)
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Et ce n’est pas encore fini.
Frank Vaganée (ss) s’avance au-devant de la scène et envoie une longue et brûlante improvisation absolument démentielle…
Il a tout dévasté !
Tonnerre d’applaudissements !
Une voie royale pour «The Land Of Joy» qui conclut un superbe concert de plus de deux heures !


Dans le foyer de Flagey, je retrouve des amis musiciens : Thomas Champagne, Tuur Florizoone, Barbara Wiernik, je discute avec David Linx, Frank Vaganée, Bart Defoort ou encore Bo Van Der Werf qui me souffle à l’oreille qu’un concert de Lynn Cassiers à lieu juste derrière le paquebot: au Murmure Café.

Vous commencez à me connaître… j’y suis allé bien sûr.
Je vous raconte ça bientôt.

A+

22/06/2007

Follow The Songlines - Flagey

A l’occasion de la journée mondiale du réfugié, David Linx avait été invité avec le Vlaams Radio Orkest à créer une œuvre originale mêlant jazz et musique classique.

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S’inspirant des sons et des rythmes utilisés par les Aborigènes pour retrouver leur chemin dans le Bush, David avait réuni à son tour son fidèle ami Diederik Wissels, mais aussi la fabuleuse chanteuse portugaise Maria Joao et son compagnon Mario Laginha pour l’aider à composer cette œuvre conséquente.

A Flagey, la salle est bien garnie.
Sur la scène, l’imposant VRO, dirigé par Dirk Brossé, s’accorde.
A l’avant-plan, en bas à gauche, le combo jazz s’installe: David et Maria Joao, au micro bien sûr, et Diederik en alternance avec Mario au piano. Et puis aussi, Christophe Wallemme à la contrebasse et Helge Norbakken à la batterie.

Lors des deux premiers morceaux, aux rythmes tendus, je suis étonné par la puissance de l’orchestre.
Tellement puissant qu’il étouffe les voix des deux chanteurs.
Equilibre étrange aussi en ce qui concerne le son du piano. J’ai l’impression (et je ne suis pas le seul) qu’il joue en coulisse.
Ce n’est pas la première fois que j’ai cette sensation à Flagey. Ça gâche un peu le plaisir.

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Heureusement, par la suite, quand l’orchestre se fera plus léger et plus discret (comme dans le deuxième set sur un morceau tout en pizzicato), on profitera mieux de l’extraordinaire voix de Maria Joao.

Elle ne chante pas, elle fait bien plus.
Elle joue, elle raconte en chanson et en mime des histoires de voyages et de gens. Des histoires emplies de rires et de rage.
C’est éblouissant, prenant, émouvant.
David Linx, visiblement heureux d’être là, semble être le miroir vocal de la chanteuse.
Sans jamais forcer, ils s’échangent les scats et les vocalises.

Ensuite, le VRO joue seul un morceau qui me rappelle un peu Sibelius ou certains compositeurs russes. Les chanteurs s’intègrent alors avec subtilité dans cette symphonie d’une extrême élégance.
C’est une introduction idéale à une relecture lumineuse de «Parrots And Lions».
Moment sublime.
Le premier set se clôturera sur une note optimiste avec un furieux et éclatant «Land Of Joy».

A la reprise, après un morceau lancinant au tempo lent, David s’adresse au public, nous rappelant qu’il s’agit d’une célébration.
D’une fête.
Qu’il faut y trouver la joie et l’espoir. Mais ne pas oublier non plus les réfugiés qui cherchent leurs voies dans un monde souvent rude.
Ne pas oublier Sémira Adamu par exemple… Ce que le public semble avoir fait.
A moins qu’il n’ait pas compris, car une fois de plus, l’acoustique n’était pas des plus optimale. Un comble pour cette salle réputée pour ces qualités-là justement…

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La musique reprend sa place. Diederik et Mario partagent le clavier sur «I Will Build Myself A Nation».
Christophe Wallemme paraît un peu perdu face à la forêt de violoncelles et contrebasses de l’orchestre.
Helge Norbakken continue à montrer une belle aisance rythmique. Il joue la plupart du temps avec de grands balais (on dirait des brosses larges) qui donnent un son ample et profond à la batterie.

Standing ovation et rappel.
David et les jazzmen auraient bien joué un morceau supplémentaire, mais Dirk Brossé avait apparemment un autre avis.

Aura-t-on un jour l’occasion de réentendre ce projet, sur scène ou sur disque? Mystère.

En tout cas, ce qu’on aimerait ne plus voir ni entendre, ce sont ces chiffres nauséeux de 24 millions de réfugiés dans le monde…

A+

14/05/2007

Diederik Wissels à Flagey

Le week-end dernier, après le festival de jazz à Liège, je m’étais promis: «Cette semaine, pas de concert!».
Un peu comme je dis chaque matin: «Ce soir, tôt au lit.»

Autant dire que c’est le genre de promesse que je n’arrive jamais à tenir.
Et jeudi dernier, j’ai craqué.
Une invitation et hop, je me suis retrouvé à Flagey pour le concert solo de Diederik Wissels.
Résister? Impossible!
Bien sûr j’avais vu dernièrement Diederik à Strombeek. Mais c’était juste avant la sortie de son disque Together (piano Solo).

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J’ai remarqué une chose ce soir, c’est que le jeu du pianiste se dirige toujours vers la lumière.
Comment dire?
Oui, voilà: les moments les plus intimistes, les plus mélancoliques, les plus sombres se terminent souvent de manières très positives, très ouvertes.

Cela se remarquait aussi ce soir dans l’éclairage très restreint du début qui se terminait de façon plus intense.

Après avoir entamé la soirée avec un thème très intime et romantique, Wissels fait gronder le piano.
On imagine la tempête qui fait claquer les vagues contre les rochers. Il frappe le clavier à la manière, peut-être, d’un Keith Jarrett, faisant résonner autant les cordes que les silences.
Diederik construit, détruit, improvise et nous emmène finalement dans une ballade groovy…
Etais-ce «Bridges Built And Burnt»?
Je le pense.

Ensuite, avec une version éblouissante de «Afterthough», Diederik nous fait oublier ce maudit grincement de pédale de piano, seule (grosse) faute de mauvais goût ce soir.
Grand prince, le pianiste feindra de ne jamais l’entendre.

Les escapades joyeuses alternent avec des moments plus sobres. La main droite s’envole plus d’une fois dans des combinaisons d’une légèreté incomparable.

La main gauche n’est pas en reste. Sur «Braggtown Boogie», qui est un peu le cousin de «Raggin‘» sur l’album «One Heart, Three Voices» avec David Linx, on la retrouve martelant un ostinato soutenu et profond.

Le musicien explore différents aspects du jazz, en titillant le «stride», en caressant le «blues» et en excellant dans les valses.

Avant les deux rappels bien mérités, on aura droit à une version sensible de «Along Goes Betty», à moins que ce n’était «Song Of You»?

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Diederik semble tellement à l’aise et heureux, seul derrière son piano, que je suis prêt à parier qu’il renouvellera l’expérience encore et encore… et qu’un autre disque en solo – plus tard - n’est pas à exclure.
Ok, c’est vrai que je ne prends pas trop de risques à oser ce pari, puisque l’info me vient directement de Diederik.
Mais ne soyons pas trop pressé, et profitons «together» encore de ces très beaux moments.

A+

23:29 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : diederik wissels, flagey |  Facebook |

19/03/2007

McCoy Tyner trio à Flagey

Je vais essayer de rattraper mon retard.
Jeudi dernier (le 15), avait lieu le deuxième concert à Flagey du trio de McCoy Tyner.
Plus besoin de présenter le pianiste.
Pas question de rater sa prestation non plus.

On attend beaucoup de ce genre de concert, évidemment. On se dit qu’on va en prendre plein le vue, plein les oreilles. Qu’on va prendre une belle leçon.

Mais, quand les attentes sont aussi grandes…

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Accompagné à la batterie par Eric Kamau Gravatt et à la contrebasse par Gerald Cannon (qui remplaçait Charlie Moffett), McCoy attaque aussitôt «Angelina», un thème légèrement latino/bossa avant d’interpréter «In A Mellow Tone» dans lequel le pianiste s’interdit de s’enfermer dans le confort. En effet, il s’amuse à briser le rythme et le tempo avec une main gauche bien solide.
Comme lors du premier morceau, Gravatt, fait claquer fougueusement sa china et autres cymbales, jouant au plus près du centre de l’une d’elles, complètement à la verticale…
Ne laissant pas le temps au public d’applaudir, Tyner enchaîne avec un solo où il joue tout en nuances puis rappelle ses complices pour un thème un peu soul-funk «à la Horace Silver» où Cannon pourra nous gratifier d’un excellent solo et s’amuser à citer quelques notes de «Smoke On The Water»…
Et…
A la surprise générale, c’est déjà la fin du premier set.

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Avec lenteur et précaution, le pianiste de Philadelphie revient sur la scène et entame un standard («Moment’s Notice» ??) puis une ballade au parfum de rumba lente et sensuelle.
La main droite voyage joliment tandis que la gauche impose un groove retenu et profond.
Sympathique et agréable.

Après un autre thème joué seul au piano, le trio fera résonner un vrai bon blues. Bien roots…
Mais décidemment, le concert ne déchaîne pas les passions.
Bien sûr le public applaudit fortement le pianiste légendaire qui reviendra jouer en rappel un morceau assez entêtant et clairement modal (enfin!) avant de quitter définitivement la scène du Paquebot.

Personnellement, je reste un peu sur ma faim et partage un peu moins l’enthousiasme de Manu Hermia, venu écouter, en fidèle admirateur de Coltrane, l’un de ses plus brillants pianistes.

Mais comme je le disais: …quand les attentes sont si grandes…

Vous pouvez vous faire une autre opinion en allant lire ce qu’en pense mon ami Mwanji que j’ai retrouvé juste avant le concert et qui m’a raconté son périple à Cuba

A+

23:32 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mccoy tyner, flagey, gerald cannon, eric gravatt |  Facebook |

16/01/2007

Michael, Alice... et Miles.

Triste week-end.
Il a plutôt été rude.
Michael.
Puis Alice.
Dur dur.

Je vais peut-être en faire hurler certains, mais je dois avouer n’avoir jamais été accro à la musique de Michael Brecker. (J’entends déjà Fred Delplancq me maudire…)
Que voulez-vous, c’est comme ça, il y a des choses auxquelles on accroche et d’autres pas… ou un peu moins.
Bien sûr, je ne connais pas tout de Michael Brecker, mais les albums que je possède ou que j’ai entendu ne m’ont jamais fait grimper au plafond.
Je n’ai peut-être pas écouté les bons ?
Pourtant, «Two Blocks From The Edge» ou son album «Michael Brecker» en ’86 sont crédités d’excellentes critiques… mais ils ne m’ont pas formidablement excité…
Et l’album plus récent : «Nearness Of You», m’a passablement ennuyé…

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Je ne m’explique pas pourquoi.
Je me suis plus amusé en écoutant les albums avec son frère Randy, par exemple…

Enfin, je devrais peut-être réécouter certains albums… Ou d’autres.
J’avais tenté cette expérience avec Pat Metheny (car j’ai le même «problème» avec Pat…) et ça n’avait rien donné.

Nothing Personnal Michael, mais je préfère des Brandford Marsalis, Jacky McLean ou Joe Lovano… entre autres.

R.I.P.


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Alice Coltrane me fait plus vibrer, par contre.
«Something About John Coltrane» sur l’album «Journey in Satchidananda» (haaa, ce piano avec la tamboura derrière), l’ombre de John qui plane grâce au jeu incandescent de Pharoah Sanders… et Charles Haden à la basse… c’est énorme.
Et cet autre album, radical: «Universal Consciousness»!
Cette harpe, ce jeu à l’orgue, ces sons incroyables, cette musicalité intérieure…

Enfin, je me comprends.

Et son dernier album (que je ne possède pas mais que j’ai entendu plus d’une fois), enregistré après 25 ans de silence: «Translinear Light»…
C’est un joyau.
Le morceau-titre de l’album ou sa nouvelle version de «Sita Ram»… Je craque.
Demain je vais me l’acheter.

Certains émettent des doutes quant à sa carrière en tant que leader, pour ma part, j’en suis assez friand.

Mais… je ne connais pas tout non plus.
On ne peut pas tout connaître, d’ailleurs.
Et quand on croit connaître, on apprend encore des choses.

Tiens, Miles par exemple, je connais… mais il y a encore des choses que je redécouvre à chaque écoute et des milliers de choses que j’ignore...

C’est pour cela qu’il y a Flagey.

Depuis ce dimanche (le14), et pendant 5 semaines (les 28/01, 11/02, 4/03 et 18/03) à 11h. au Studio 5 et pour 10 euros, Jean-Pol Schroeder raconte la vie musicale de Miles, à l’aide de morceaux rares et d'extraits de films inédits qu’il a été puiser dans la caverne d’Ali Baba qu’est La Maison du Jazz à Liège.
(Dans le Studio 1, aux mêmes dates et mêmes heures, Marc Van Den Hoof fait la même chose en néerlandais.)
Du Hard-Bop au Modal, le fameux quintet (Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter et Tony Williams), Miles Electric et Miles et sa fusion… tout y passe.

De quoi se nettoyer les oreilles et les yeux.

Mais… mais bien sûr, avec mon bol habituel, je ne suis pratiquement jamais libre ces dimanches-là…

Je vous le disais : les week-ends sont parfois rudes.

A+

28/03/2006

Anouar Brahem - Flagey















La grande salle de Flagey était absolument comble pour le concert qu' Anouar Brahem donnait ce dimanche, soir accompagné de François Couturier au piano et Jean-Louis Matigner à l'accordéon.

C'était sa deuxième visite - avec cette formation - à Bruxelles.
Cette fois-ci, c'était pour présenter l'album Le Voyage de Sahar, sorti récemment chez ECM.

Anouar Brahem, c'est le recueillement, la douceur, la plénitude.
Loin du folklore mais tellement proche de la tradition.

Avec ce trio, il mélange la mémoire de l'orient et la musique occidentale.
Le oud et le piano, comme premier symbole auquel il ajoute - comme pour forcer le trait - l'accordéon.
A moins que ce ne soit un trait d'union.
Car l'accordéon possède ce pouvoir hybride d'être à la fois très latin ( Piazzola, Galliano...) et aussi très populo ( Horner, Verschuren... ).

Jean-Louis Matigner, lui, a trouvé son son.
Et il faut admettre que cela convient excessivement bien au travail de ce trio.
Matigner est réellement maître de son instrument. Distilant avec élégance et sobriété ses harmonies, mais sachant aussi inerver les thèmes qui touchent parfois aux ragas indiens...

Il faut dire que Brahem ne s'embarasse pas d'étiquettes. Bien que la base des compositions est clairement arabe, on sent les influences hispaniques, "classiques" ou, comme je le disais, "indiennes".
Tout cela avec délicatesse.
Contrairement au projet de Nathalie Loriers, Brahem construit - et c'est bien normal - ses compositions sur la musique tunisienne.
Mais c'est bien un piano, celui au son très cristalin de Couturier qui ramène ce petit monde vers le "jazz".

On sent entre ces trois-là une complicité forte et une écoute extrême. Chacun intervenant pour glisser une impro, tantôt mélancolique, tantôt joyeuse, dans dans une ambiance feutrée qui parle au coeur.

Parfois, Anouar Brahem s'accompagne en chantant, comme pour relancer le piano et pousser l'accordéon...
Et parfois, comme pour chanter une complainte.

Le public ne s'y trompe pas et fait une ovation au trio qui reviendra pour deux rappels.
Très beau concert qui se savoure avec plaisir. Un concert calme mais sans jamais être "soporifique" ( loin de là même )...
Car Anouar et sa musique parlent à l'âme...

A+

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Le site de Anouar Brahem.

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