27/05/2017

Citadelic ! C'est à Gand

Quand j’ai rencontré Rogé pour la première fois, on disait de lui que c’était un idéaliste.

C’était vrai. Mais c'était plus que ça. Rogé Verstraeten était un fou.

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Il l’est toujours.

Fou de jazz, fou de musiques, de liberté, d’art, de rencontres, fou d’humains. Car il faut être fou de tout ça pour faire vivre des lieux comme El Negocito pendant près d’une dizaine d’années où, dans un bric-à-brac chaleureux et convivial, on y jouait de la musique improvisée en dégustant d’excellents plats sud-américains. Fou pour remettre le couvert avec La Resistenza ! Et puis, en même temps, Rogé organisait aussi Jazz sur l'Herbe et avait développé son propre label : El Negocito Records.

Le label existe toujours - il est d'ailleurs une référence incontournable dans le milieu - et produit régulièrement de véritables perles de jazz contemporain, de musiques improvisées et aventureuses. On y retrouve, par exemples, BackBack, 3/4 Peace, De Beren Gieren, Bart Maris, Ruben Machtelinck, Moker, Manolo Cabras, Les Chroniques de l’Inutile, Llop, Fulco Ottervanger, Seppe Gebruers et tant d’autres…

Quant à Jazz sur l’Herbe, il est devenu Citadelic Festival.

Voici la dixième édition ! Et c’est gratuit !!! Oui gratuit ! De la folie.

Alors, pour rentrer dans ses frais, Rogé compte sur la dégustation d’excellents plats “maison”, des dégustations de vins ou de bières (hmmm la Hedonis !)… Mais toutes autres contributions sont les bienvenues. Renseignez-vous, demandez-lui.

Alors, c’est où ? A Gand, bien sûr, autour du kiosque du Citadelpark. Oui, là où se trouve aussi le S.M.A.K. !

Facile d’y accéder.

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Et c’est quand ? A partir du mercredi 31 mai jusqu’au lundi 5 juin ! Notez, notez !

Et qui verra-t-on ?

Plein de choses intéressantes comme, par exemples, Jorge Rossy Vibes Quintet featuring Mark Turner & Al Foster, le trio de Samuel Blaser avec Marc Ducret, pour commencer. Mais aussi Osama Abdulrasols, Rodrigo Fuentealba et la percussionniste japonaise Tsubasa Hori

Et puis encore le quartette de Sal La Rocca avec Lieven Venken, Jeroen Van Herzeele et Pascal Mohy, Lilly Joel (le duo de Lynn Cassiers et Jozef Dumoulin), le trio Patrick De Groote, Chris Joris et Paul Van Gysegem qui vient de sortir un fabuleux «Boundless», mais aussi Ruben Machtelinckx & Karl Van Deun, Steiger, Fred Leroux, GLiTS (Peter Vandenberghe et Bart Maris) dont l’excellent album vient de sortir également…

Ce ne sont que quelques noms parmi plus de vingt groupes programmés. Le mieux est d’aller voir le programme complet sur le site Citadelic.

Voilà dix ans que ça dure ! Si vous voulez que cela continue, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Allez, hop, tous à Gand ! Pour l’amour du jazz, pour les idéalistes, pour les fous, pour Rogé !

 

 

 

A+

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28/02/2012

Tournai Jazz Festival sur Citizen Jazz

La création d’un festival de jazz est toujours réjouissante. Celui de Tournai est d’autant plus à encourager qu’il se situe dans une région un peu trop oubliée des médias. Pourtant, la ville occupe une position géographique assez enviable puisqu’elle est située au carrefour de la Wallonie, de la Flandre et du Nord de la France.

Et puis, du jazz à Tournai, on n’en avait plus entendu depuis bien longtemps.

La suite à lire ici, sur Citizen Jazz...

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Bonne lecture.


A+

 

16/01/2011

Winter Jazz Festival - Marni-Flagey

Ça y est, c’est reparti pour une nouvelle saison.

 

Premier festival de l’année: le Winter Jazz Festival, qui commence ce 19 janvier.

Le Winter Jazz Festival - ex Festival Jazz Marni Flagey - se déroule, comme son nom ne l’indique plus, en partie à Flagey et en partie au Théâtre Marni.

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Cette année, c’est la voix qui est mise à l’honneur et c’est Robin Mc Kelle qui ouvre les festivités. Robin Mc Kelle est originaire de Rochester et son style oscille entre jazz, soul et R’nB. C’est souvent énergique même si, à Flagey, elle viendra entourée d’un trio plus “jazz” (Reggie Washington à la contrebasse, Marc Mc Lean aux drums et Sam Barsh au piano). Sa voix, légèrement graineuse, son phrasé sensuel et son sens de la scène devraient nous faire passer un bon moment.

Le lendemain, au Théâtre Marni cette fois, Mélanie De Biasio se présentera en trio (avec Sam Gestmans (cb) et Pascal Mohy (p) ). Je ne vais pas vous redire une énième fois tout le bien que je pense d’elle, il suffit d’aller relire quelques articles ici, ici ou encore . A ne pas rater, bien sûr…

Samedi 22, toujours au Marni c’est Tutu Puoane qui viendra assurement nous charmer. Tutu est née en Afrique du Sud. Venue en Belgique pour parfaire son cursus musical, elle a rencontré le pianiste Ewout Pierreux et, depuis, est restée chez nous. On l’a déjà entendue avec le BJO, pour un projet en hommage à Myryam Makeba (“Mama Africa”), et on la retrouvera cette fois en quartette (Ewout Pierreux, bien sûr, Lieven Venken (dm) et Nic Thys (cb) ), pour nous dévoiler les beautés sensuelles de son dernier album “Quiet Now”.

Il y aura encore des voix à découvrir autour du trio d’Anne Wolf, qui présentera par la même occasion son nouvel album “Moon At Noon”. Amateurs de musiques chaudes et brésiliennes, rendez-vous à Flagey le 26.

Et puis, le 28, un des clous du festival: la première de “A Different Porgy And Another Bess”! Maria Joao, David Linx et le Brussels Jazz Orchestra revisitent le célèbre opéra de Greshwin. Si vous vous souvenez de la précédente collaboration de Linx avec le BJO (“Changing Face”) et si vous avez entendu le fantastique “Follow The Songlines” (avec Maria Joao, Mario Laginha et Diederik Wissels), vous pouvez peut-être - car avec David Linx, on n’est jamais au bout de ses surprises -  imaginer ce que donnera ce nouveau challenge…

 

D’autres concerts vous laisseront peut-être sans voix, ce sont ceux où il n’y en a pas.

J’ai retenu pour vous le retour de Rêve d’Eléphant, qui présentera son nouvel album “Pourquoi pas un scampi?”. Tout un programme! Quand on connait le côté onirique et follement inventif de cette bande de doux poètes déjantés, on ne risque certainement pas de s’ennuyer le 21 au Studio 1.

Autres moments à ne pas rater seront aussi les concerts de Fabien Degryse (dans le cadre d’une collaboration avec les Djangofolllies), qui proposera un programme “manouche” avec ses amis Peter Hertmans et Jacques Piroton aux guitares, Nic Thys à la contrebasse et Yves Teicher au violon; ainsi que le dernier projet de Steve Houben (as), entouré d’une belle brochette de “jeunes” jazzmen (Greg Houben (tp), Julien Delbrouck (bs, clar b), Quentin Liégeois (g), Antoine Pierre (dm) et Cedric Raymond (b, eb). Ça promet.

 

Et puis il ne faudrait pas oublier les 2 concerts “Piknikmuzik” des vendredis midis avec le très jeune et très talentueux Bram de Looze qui jouera une première fois avec Nic Thys et une seconde avec le Momentum Jazz Quartet.

 

Enfin, cerise sur le gâteau: Fabien Fiorini (p) mettra en musique deux chef-d’œuvres de Buster Keaton (“The General” et “Sherlock Jr.”), en duo avec Erik Vermeulen d’une part et avec Jozef Dumoulin de l’autre.

A vos agendas… l’hiver sera chaud!

 

A+

 

11/11/2010

Coup de cœur de dernière minute

 

C-Mine Jazz Festival (ex Motives Festival Genk).

 

J’aime beaucoup ce festival. J’essaie de m’y rendre chaque année. D’ailleurs, je n’ai raté que la toute première édition. J’essaierai encore d’y être cette fois-ci, malgré un emploi du temps plus que chargé… c’est pas gagné.

 

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Au programme: Geri Allen, Marilyn Mazur, Erik Truffaz, Hamid Drake, Portico Quartet, Nicolas Kummert, Dan Berglund ou encore Gianluca Petrella, pour ne citer que quelques noms.


Cette année, le festival a déménagé. Exit le Casino, welcome to the C-Mine, ancienne friche minière totalement réaménagée pour accueillir différentes disciplines artistiques et culturelles (concerts, expositions etc.). Un bien bel endroit qu’il me tarde de visiter. Autre changement également, le festival se déroule sur deux jours seulement… mais dans différentes salles qui permettent d’enchaîner les concerts sans perdre de temps et sans rien rater de ceux-ci…

 

Ce sera les 12 et 13 novembre... là, maintenant.


On y va ?

 

A+

 

13/02/2010

Melanie De Biasio - Jazz Festival Marni Flagey

 

Rendez-vous avec Mélanie De Biasio, samedi 30, pour clore le Jazz Festival Marni Flagey (pour lequel je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de voir tous les concerts qui me faisaient de l’œil…).

Elle a failli ne pas arriver, Mélanie, à cause de la neige qui avait envahi par surprise une grande partie du pays. C’est ce que la chanteuse raconte pendant son concert. Hé oui, chose rare, Mélanie parle à son public! Avec humour et tendresse !

Mais revenons au studio 1 à Flagey.

Ambiance toujours intime, très feutrée et assez sombre, comme pour faire briller les sons de la voix et des instruments. Car il faut le dire et le répéter, il s’agit d’un groupe et pas d’une chanteuse accompagnée d’un groupe. Le son a donc beaucoup d’importance. Et Mélanie a bien l’intention de creuser encore plus dans ce sens.

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Normal donc que Dré Pallemaerts, sans doute l’un des batteurs les plus subtils d’Europe, se sente ici chez lui. Son jeu est d’une justesse et d’une sensualité magnifiques. Il caresse les peaux, effleure les cymbales, souligne d’un claquement sec une intension ou une inflexion. Il crée des ambiances, dessine des climats, colorie certains morceaux de reflets orientaux (à l’aide d’un gong) ou indiens (avec des clochettes).

Entre le piano de Pascal Mohy, aux notes légères, graves ou retenues, et le souffle de la flûte de Mélanie, les passages se font suaves. Le swing est latent, tout en non-dit. Tout en évocation. Pascal Paulus, au clavinet et autres claviers, joue le rôle de la basse disparue volontairement du groupe. Du coup, dans certains morceaux, on y perçoit un écho vintage à la Tangerine Dream ou Grateful Dead (vous voyez, je n’ai pas peur, moi non plus, des grands écarts ni des mélanges). Entre Paulus et Mohy, l’équilibre se fait et chacun y trouve son espace.

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Repliée sur elle-même, toujours aussi concentrée et imprégnée par son discours, Mélanie De Biasio, malaxe la matière sonore. Elle jongle entre le chant et la flûte. Féline, elle bouge comme dans un poème de Baudelaire. Tour à tour, elle évoque l’amour brûlant («I Feel You»), la rage contenue, la sensualité chaude et soul (le très Ellingtonien «Mister Django»), les incertitudes de la vie, les décisions libératrices (un swinguant «I’m Gonna Leave You»). La voix est toujours aussi patinée, légèrement graineuse, finement grave. Irrésistible. Elle revient en rappel avec Pascal Mohy pour un lumineux «Softly As A Morning Sunrise». No comment.

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On a hâte d’entendre ce que cela va donner sur disque. Tout est déjà enregistré. Le groupe travaille sur la production. Aux manettes : Dré Pallemaerts, bien sûr… J’en salive déjà.

 

A+

 

01/02/2010

Fabian Fiorini Trio & Eric Legnini Trio - Flagey

 

Double concert à Flagey, samedi 23, dans le cadre du Marni Flagey Jazz Festival. Fabian Fiorini en première partie et Eric Legnini ensuite.

Le studio 4 est rempli et c’est tant mieux! Je suis prêt à parier que trois quarts de la salle est venu applaudir (avec raison) Eric Legnini. Et je suis tout aussi prêt à parier que l’ensemble a été conquis par Fabian Fiorini.

Particulièrement en forme et visiblement très heureux d’être sur cette grande scène, Fabian Fiorini (p), Chander Sardjoe (dm) et Jean-Luc Lehr (eb) nous ont servi un set de toute grande facture. Cohérent, intelligent, vif, élaboré et accessible.

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Pourtant, on le sait, la musique de Fabian est parfois complexe. Cependant, ce soir, on dirait que le trio s'est adapté à la salle, que le pianiste a élaboré un programme qui tient compte de l’espace. Sans pour cela céder aux concessions, au contraire.

Le jeu souvent percussif de Fiorini se décline de différentes façons, évoquant tantôt l’approche stride d’un Art Tatum, la profusion harmonique d’un Andrew Hill et bien sûr le sens de l’espace d’un Monk. En deux mots: «ça prend aux tripes».

On entre tambour battant dans le concert avec «Contre Stellation» (?), suivi de «Straight, No Chaser» (on parlait de Monk?).

Puis, c’est une relecture magnifique du célèbre «Strange Fruit», couplé à une composition personnelle «Strange Root». Fiorini Découpe ses phrases, joue les silences, alterne fulgurance et le minimalisme. Il mélange la sauvagerie et le fatalisme. Il suspend le mouvement comme on suspend une vie. Jean Luc Lehr joue la mélodie, comme dans un écho. Chander Sardjoe ponctue les moments forts. Et puis, tout devient flamboyant, nerveux, révolté. Les «roots» se rebellent. Comme pour prouver que jamais ils ne mourront.

Chaque morceau est joué avec conviction et avec une énergie communicative. La musique coule entre les trois musiciens. Une ballade romantique, «Entre ici et là», n’a rien de banale. Un tempétueux «Superposition»  trouve l’équilibre entre transe et urgence. Et «Tzärr» est travaillé comme une longue suite où pulsions, tensions et relâchements se relaient avec une fluidité formidable.

Ce trio, dont j’avais chroniqué l’album «Something Red In The Blue» (sorti chez Cypres) et que je vous recommande chaudement, mériterait de tourner beaucoup plus. Sur les grandes scènes, comme dans les clubs. En Belgique, comme à l’étranger! À bon entendeur…

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Après un court break, c’est au tour du trio d’Eric Legnini d’investir la scène. À la batterie Franck Agulhon et à la contrebasse Thomas Bramerie (à la place de Matthias Allamane, en tournée avec Christophe Astolfi, entre autres).

Sans une ni deux, on est dans le soul jazz qu’affectionne tant Legnini.

Ça balance et ça swingue avec «Con Alma», «Trastevere», «Casa Bamako»….

Le trio se connaît et se trouve les yeux fermés. Sur les ballades, on retrouve, dans le toucher sensuel de Legnini, celui des pianistes des années ’50, un peu à la Erroll Garner, avec une main gauche libre et légère.

Puis, Legnini abandonne le piano pour le Fender. Et c’est  «Rock The Day», «Trippin» et «Home Sweet Soul». Le son devient plus funky. Plus churchy aussi. Legnini ne trafique pas l’instrument. Il l’utilise «comme au bon vieux temps», comme pour en retirer l’essence originale. Franck Agulhon se lâche sur quelques solos retentissants, la frappe est ferme et sèche. Thomas Bramerie reste plus discret.

Ça donne envie de bouger, de danser. Et de réécouter le disque.

Après avoir tant jouer à travers toute l’Europe, le trio n’a rien perdu de son enthousiasme. Tout s’enchaîne avec un bonheur égal.

Alors, en bouquet final, c’est «Back Home»: jubilatoire!

Eric, tu reviens à la maison quand tu veux !

 

A+

 

01/01/2009

Keyko Nimsay & Motives Festival sur Citizen


Oups ! Passées entre les mailles du filet !
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Hé oui, je n’avais pas remarqué que ma chronique de l’album de Keyko Nimsay était parue fin novembre déjà sur Citizen Jazz.

Vous pouvez la lire en cliquant ici.

Et puis, pour être complet, vous pouvez lire également le compte-rendu du Motives Festival.
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Et hop, c’est parti pour 2009.
Bonne année à tous !

A+

21:34 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : festival, chronique, citizen jazz, keyko nimsay |  Facebook |

17/11/2008

Motives Festival (3) - John Scofield - Philip Catherine

Salle comble à Genk ce dimanche pour la troisième et dernière soirée de cet excellent festival à la programmation singulière et pertinente.

Après avoir fait la part belle aux batteurs (Jack DeJohnette, Manu Katché ou encore Eric Thielemans), la scène était ouverte à deux des plus grands guitaristes du jazz actuel: Philip Catherine et John Scofield.
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Philip Catherine d’abord.
Détendu, souriant et blagueur, il explique avec beaucoup d’humour comment il joue en solo… avec lui-même.

Maîtrise totale de la technique de l’overdubbing.
L’exercice n’est pourtant pas aussi simple qu’il y paraît, surtout quand la musique est aussi sophistiquée, quand elle joue sur des ruptures rythmiques ou en rubato.

Mais au-delà de ça, on est subjugué par l’émotion que le guitariste belge parvient à faire passer au travers de ses mélodies.
«Méline», «Toscane», «Béa» ou «Homecomings» défilent.

Du grand… du très grand art !

Scofield n’hésitera pas d’ailleurs à rendre un très bel hommage à Philip à la fin de son propre concert.
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Avec Scofield, justement, on plonge au plus profond du blues New-Orleans.

Le Piety Street Band déverse un swing poisseux et authentique.
Le quartette retourne aux racines du blues, du gospel et du rythm ‘n blues.

Jon Cleary, entre piano et orgue Hammond, chante corps et âme des «Something’s Got A Hold On Me», «I Don’t Need No Doctor», «Never Turn Back» ou encore «I Feel Like A Motherless Child» enflammés !
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George Porter Jr., à la basse puissante et profonde, se fait complice du batteur, au visage impassible, Ricky Fataar.

Le visage impassible, ce n’est pas ce qu’affiche John Scofield.
Il accompagne tous ses riffs délirants, ses accords parfaitement maîtrisés et ses distos subtilement dosées de petits rictus et de grimaces expressives.
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Ça sent le Sud à plein nez.
Ça sent le blues et la terre.

Ça sent le plaisir.

Un disque devrait sortir bientôt et John Scofield et son Band devraient revenir en Europe l’été prochain.
Il ne faudra pas manquer ça !

A+

16/11/2008

Motives Festival (2)

On sait que le Motives Festival est assez attaché à la scène scandinave: Bugge Wesseltoft, Nils Petter Molvaer ou encore Tord Gustavsen sont déjà montés sur la scène du Casino Moderne à Genk.

Arve Henriksen fut plusieurs fois invité aussi (avec Dhafer Youssef et Supersilent) mais avait dû chaque fois renoncer pour cause de maladie.
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Cette fois-ci, il était bien là pour présenter son dernier album en duo avec Jan Bang.

Ce fut un concert d’une incroyable poésie, d’une délicatesse hypnotique.

À l’instar d’un Jon Hassel, le trompettiste norvégien crée des ambiances et des univers tout en apesanteur.

De sa trompette, il tire des sons diaphanes qui peuvent s’apparenter parfois à ceux de la flûte.
On est au plus près du souffle, au plus près de la respiration lente et profonde.
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Jan Bang, de son côté, sample en temps réel les motifs que verse délicatement Henriksen dans les différents micros filtrés spécifiquement.

Les ballades froides et dénudées flottent sur un tempo languissant qui agit comme un roulis calme et apaisé.

Parfois, Arve chante de sa voix haut perchée des paroles en norvégien qui rappellent un peu Jón Pór Birgisson de Sigur Ros.

Tout cela est d’une originalité et d’un lyrisme merveilleux.

Avant cela, Eric Thielemans proposait de découvrir (dans le noir) son Orchestra dans lequel on retrouve Jozef Dumoulin (p, Rhodes), Peter Jaquemyn (b), Hilary Jeffery (tb) et Jean-Yves Evrard (g).

Il s’agit ici d’une unique et longue improvisation qui évolue lentement, telle une coulée de boue qui envahit peu à peu un paysage fantomatique.

Le voyage est vertigineux et parfois éprouvant, car la tension est toujours présente.
Un roulement de caisse claire interminable (marque de fabrique de Thielemans) sert de tapis aux musiciens qui viennent le lacérer de riffs de guitare, le couvrir de postillons gras de trombone, le saupoudrer d’énigmatiques notes de piano. On passe de la douceur à la furie. On frôle parfois aussi le dröne.

Musique inclassable et sens de la performance.
Ce qui ne semble pas avoir plu à tout le monde.
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Plus accessible, Manu Katché, et son groupe Playground, clôtura cette seconde journée.

La plupart des morceaux sont assez courts et tournent souvent autour de la ballade simple aux thèmes très construits.
Cela donne sans doute peu de possibilités aux solistes d’improviser.
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Cependant, sur des titres plus groovy, l’excellent saxophoniste Petter Wettre emballe quelques solos puissants et inventifs.
Il est suivi par Alex Tassel, au bugle, qui donne un esprit un peu soul à la musique.
Les solos de batterie du leader sont incroyables d’énergie!
Jason Robello, au piano, est très complice du batteur et leurs échanges sont efficaces.

Contrairement à DeJohnette la veille, Manu Katché est très présent tout au long du concert en usant et abusant presque de ses toms et cymbales.
Ceci dit, tout est efficace et excessivement bien exécuté. Trop bien peut-être?
Cela enlèverait-il un peu de la spontanéité et de la surprise qui donnent au jazz ce sentiment unique?

A+

15/11/2008

Motives Festival (1) - Jack DeJohnette

C’est quoi un bon batteur ?

Je ne sais pas si cela s’explique.
Et en tout cas, c’est difficile à mettre en mots.

Par contre, lorsqu’on entend un bon batteur: il n’y a rien à dire, tout est évident !
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Et hier soir au Motives Festival à Genk, toutes ces questions se sont envolées.
L’évidence était là !
Jack DeJohnette.
«Bon» batteur… le mot est faible dans ce cas-ci.

Son récent groupe, «Intercontinental», rassemble autour de lui la chanteuse sud-africaine Sibongile Khumalo, le pianiste Billy Childs et le bassiste Jerome Harris, auxquels s’ajoutent deux soufflants: Byron Wallen (tp et fl) et Jason Yarde (ss et ts).

Fabuleux de bout en bout.
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Une entrée à pas feutrés, toute en douceur.
Chacun des musiciens vient trouver sa place et la voix de Khumalo, entre traditionnel, jazz et opéra, vous cristallise.

Guidée par Monsieur DeJohnette, la musique se fraie un chemin jusqu’au bop après être passée par les rythmes sud-africains, le modal ou le contemporain.
Tout en délicatesse et toujours en groove.

DeJohnette possède une gestuelle magnifique qui se retrouve dans sa musique.
C’est ample, souple et sec à la fois.
C’est d’une précision diabolique et d’un équilibre subjuguant !
DeJohnette est  toujours au service de la musique.
Il reste d’une humilité confondante.
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Et quand vient le moment de son solo, il prend le temps de l’installer, de le faire «monter», de l’équilibrer, de le façonner pour le tendre au maximum.

Un son unique, un toucher exceptionnel.
Pas d’esbroufe, pas de clinquant: de la justesse.
Celle qui semble si simple et qui est pourtant si difficile à atteindre.

Brillantissime !

Avant cela, le Motives nous a présenté le groupe du bassiste électrique Roman Korolik (que je ne connaissais que très peu).
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Intéressant quartet où l’on trouve Dirk Schreurs au piano (que l’on voit trop peu souvent), Jan Servaes aux drums et Roeland Alen à la guitare électrique.

On pense un peu au Pat Metheny Group mais aussi à Bill Frisell parfois. Le quartette se balade entre fusion et post-bop mais glisse aussi légèrement funky par moments.

On a découvert aussi un trio anglais.
Un «power Trio» comme on dit.
Bourré d’énergie, Neil Cowley joue du piano avec nervosité (pratiquement hyperkinétique), Richard Sadler pétri vivement sa  contrebasse et Even Jenkins tape comme un sourd sur sa batterie.
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Ils jouent le «stop and go» de façon assez systématique ou s’embarquent dans de longues répétitions de phrases en rubato.
On est en plein dans le jazz-pop, influencé par le rock et fortement inspiré par E.S.T des dernières périodes ou par The Bad Plus
De l’énergie qui étouffe
, peut-être, l’originalité ?
Sentiments mitigés.

Mais vous lirez tout ça en long et en large plus tard sur Citizen Jazz, moi je retourne écouter la suite.

A+

18/10/2008

Dinant Jazz Nights 2008 sur Citizen Jazz

C’était à la mi-juillet de cette année et ça se passait à Dinant.
C’étaient les onzièmes Jazz Nights.
L’article est paru cette semaine sur Citizen Jazz.
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À cette occasion, j’avais pensé parler des jeunes groupes qui s’étaient présentés au concours «Jeunes Talents» pendant le festival…
Mais voilà, je cours à gauche et à droite, j’essaie de faire tout ce que je dois faire et je m’aperçois que les journées n’ont que 24h.
Juste un peu trop court !
Bref, mes notes sont rassemblées, il faut que je remette encore un tout petit peu d’ordre là-dedans et surtout que je trouve un peu de temps pour taper tout ça.

Patience, donc.


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En attendant, vous remarquerez que l’article sur Citizen Jazz est illustré, cette fois-ci, par les photos de Christian Deblanc.
J’en profite pour le remercier encore et vous rappeler qu’il y a quelques années, Christian avait réalisé avec le journaliste Bernard Legros un très joli et intéressant recueil intitulé «Musiciens de Jazz», paru chez Versant-Sud.
Jetez-y un œil, ça vaut la peine.

Tiens ! Voilà déjà une idée de cadeau pour les fêtes…
Pensez-y déjà… le temps passe si vite.

A+

12/10/2008

Musicalix Festival - 27-09-2008

Le Parvis Ste-Alix n’est certainement pas l’endroit le plus animé de Bruxelles.
Cependant, sur l’agréable petite place, un peu excentrée, de la sage commune de Woluwe St-Pierre, Leila Radoni a eu la belle (et folle) idée d’y organiser un festival de jazz.

Quoi?
Pour faire vivre un quartier, on peut faire autre chose qu’une braderie?
La preuve que oui.

Leila a rassemblé son courage et son optimisme, a reçu le feu vert de l’échevin Carla Dejonghe, l’aide de l’association des commerçants, le soutien d’amis bénévoles et voilà le rêve qui devient réalité.

Petit chapiteau blanc planté, scène montée, le festival peu commencer.
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Le public est au rendez-vous pour applaudir le premier groupe LM4 de Laurent Melnyk.
Je n’aurais, pour ma part, que l’occasion d’entendre le dernier morceau.
(Promis Laurent, je ferai mieux la prochaine fois…)

C’est au tour de Yasmina Bouakaz de monter pour la toute première fois sur scène.
La pauvre a un trac d’enfer, et il faut attendre «Come Together» (des Beatles) pour la sentir un peu plus à l’aise. Elle peut alors donner toute l’ampleur d’une voix puissante et charnue.
Le répertoire navigue entre pop, rock, soul et un tout petit peu de jazz.
Malgré qu’elle soit entourée de l’excellent Alex Furnelle (cb) et de l’étonnant Jan Rzewski (ss, as) - dont l’album en duo avec Fabian Fiorini vient de sortir – l’ensemble manque de cohésion et de finesse. Les arrangements du pianiste Samir Bendimered sont intéressants, mais un drumming plat et lourdingue flanque tout par terre.
On est plus proche du bal que d’un concert jazz.


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Heureusement, le trio de Chrystel Wautier remet tout le monde sur le bon chemin.
Avec sa voix sensuelle, entre soie et velours, Chrystel revisite les standards («Devil May Care», «East Of The Sun») avec élégance et justesse.
Le jeu vif mais souple de Boris Schmidt (cb) se marie très bien à celui du guitariste Quentin Liégeois. Ce dernier est passé maître dans l’art de ne pas y toucher.
Et pourtant, il y a un foisonnement d’idées dans son jeu.
Entre ces trois-là, l’alchimie est parfaite, c’est fluide, c’est swinguant, c’est un régal.
Et l’on se laisse emmener par «You Drive Me Crasy» aux changements de rythmes incessants, par «Doralice» en samba chaude et lumineuse ou encore par «Let Me Hear A Simple Song» en émouvant  hommage à Paolo Radoni.

Changement de style, ensuite, avec le dernier projet de Paolo Loveri.
A son trio habituel (Bruno Castellucci (dm) et Benoît Vanderstraeten (eb) ), le leader avait invité un vieil ami italien: le guitariste Pietro Condorelli.


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Il y a une grande interactivité entre les deux guitaristes. Les deux jeux, parfois très différents, se complètent magnifiquement. Condorelli est incisif tandis que Loveri joue plus souvent en rondeur.
De ce fait, une dynamique et un groove énergiques en ressort.
Il faut dire que la rythmique emmenée par un Castellucci parfois «tellurique» dans ses solos et par un Vanaderstraeten opiniâtre dans ses interventions ne fait pas baisser la tension.
Le jeu de Benoît Vanderstraeten est d’ailleurs assez singulier: enfin un bassiste électrique qui trouve une tangente à la voix «incontournable» Pastorius. L’esprit y est, mais la personnalité de Benoît prend le dessus.
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Paolo Loveri devrait sortir prochainement un album avec cette formation.
Plaisir en perspective.

Feu d’artifice final!
Le public est toujours présent et nombreux. Et il a eu raison de rester.
Richard Rousselet et son quintette nous proposent un voyage au pays de «tunes» de Miles Davis.
En bon pédagogue, Richard n’oublie jamais de resituer le morceau dans son époque. Et c’est bien agréable.

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En route pour ce fantastique périple en compagnie de pointures du jazz belge !
Au piano, Michel Herr, fantastique dans ses interventions, Bruno Castellucci, diabolique de précision et d’une efficacité terrible aux drums, tout comme Bas Cooijmans au jeu ferme et tendu à la contrebasse. Et puis, il y a aussi Peter Hertmans, discret mais pourtant fulgurant dans les espaces qu’il se crée.
Et pour donner le change à un Richard Rousselet très en verve: Ben Sluijs en invité à l’alto.
Ce quintette, devenu sextette, est un cadeau!
L’interprétation et la relecture de «Summertime», «Eighty-One» ou encore du fougueux «Milestone» sont des perles d’énergie hard bop.
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Ben Sluijs est bouillonnant et intenable. Et ce n’est encore rien par rapport à la suite: un
«In A Silent Way» comme on n’ose en rêver !
Éclatant de maîtrise et de plaisir. Michel Herr réinvente le jeu de Zawinul, Hertmans électrise le thème, Sluijs ne redescend plus sur terre et Richard Rousselet jubile.
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On pensait connaître la musique de Miles, mais l’on se rend compte, à nouveau ce soir, de sa richesse éternelle. Quand elle est jouée aussi brillamment et avec une telle compréhension de l’œuvre, on comprend mieux pourquoi elle a marqué (et qu’elle continue de marquer) le jazz et la musique en général.
Guettez les prochains concerts de Richard Rousselet, vous apprendrez encore des choses.

Les lampions se sont éteints, le premier Musicalix Festival a vécu et l’on attend déjà la prochaine édition avec impatience!

A+

24/09/2008

D'un festival à l'autre

Si vous voulez vous remémorer le Festival Gent Jazz de cet été, vous pouvez lire mon papier sur Citizen Jazz.

Et puis, ce week-end, si vous voulez écouter de chouettes groupes, rendez-vous à Woluwé samedi.
Au Festival Musicalix.


Musicalixim

C’est le premier du nom et il est organisé par Leila Radoni.
Voilà une belle initiative qui mériterait d’attirer du monde.

C’est en plein air, mais c’est couvert, et en plus c’est gratuit !
C’est sur la place Ste Alix… d’où le nom «Musicalix».

Et qui sera sur scène ?
Michel Herr (piano), Bruno Castellucci (batterie), Richard Rousselet (trompette), Paolo Loveri (guitare), Peter Hertmans (guitare), Alexandre Furnelle (contrebasse), Ben Sluijs (saxo), Chrystel Wautier (chant), Quentin Liégeois (guitare), Bas Cooijmans (contrebasse) et d'autres encore, comme Laurent Melnyk (guitare), Bruno Grollet (saxo), Michel Vrydag (basse), Alain Deval (batterie) etc…

Hé oui !
Pas mal, hein ?
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Ce sera l’occasion d’acheter l’excellent  disque de Richard Rousselet  et  Marie-Anne Standaert «Live à la Laiterie» ou celui de Chrystel Wautier «Between Us» par exemples.
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Ou découvrir, comme  moi, la chanteuse Yasmina Bouakaz.

Bref, à partir de 15h, samedi prochain, ça devrait être très sympa du côté de St Alix.
Le programme est ici.

A+

21/09/2008

Un ange à Saint Jazz Ten Noode

J’ai juste eu le temps de me libérer une heure ou deux ce samedi pour faire un saut à Saint Jazz Ten Noode (sans mon appareil photo).

J’ai juste eu l’occasion d’entendre le dernier morceau, bien pêchu, de SymmEtrio.
Ça donne envie d’en entendre plus.
Mais je n’ai pas eu l’occasion d’écouter l’hommage à Al Goyens, ni d’entendre le trio de Philip Catherine, ni celui de Pierre Anckaert.

Par contre, j’étais là pour voir «Can Angels Swing?» de, et avec, Julie Jaroszewski.


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Julie ne fait jamais rien comme les autres et c’est tant mieux.
Julie, c’est une voix particulière dans notre jazz belge.
Et pas dans le sens d’une «simple» voix de chanteuse…

Je l’ai déjà dit, je le répète, je persiste et j’affirme: cette fille a une sacrée personnalité.
Et elle a aussi un sacré culot.
Et sur la scène du Saint Jazz Ten Noode, ce n’est pas elle qui va se défiler.
Alors, elle enfile un tutu noir, se maquille les yeux d’un vert outrancier et ne met pas de gants (outre deux gants de boxe rouges) pour nous emmener au-delà du jazz.

Elle raconte, elle joue et elle chante l’histoire d’une vie, d’une rencontre, d’un amour difficile, voire impossible.
Histoire banale ?
Peut-être, mais pas dans l’évocation !

Au piano, Ben Prischi jette des accords décousus. Audrey Lauro, au sax, envoie ses phrases par bribes. Rui Salgado, à la contrebasse, joue en pointillés…
Il y a du doute, des remises en question, de la peur, du tourment, des désillusions dans le chant et dans les paroles.

Quelques citations de «Fleurette Africaine» de Duke Ellington s’immiscent dans un jazz d’avant-garde et brut.
Un jazz qui bouscule, qui dérange, qui interpelle, qui fascine.
Un jazz libre comme le free qui retourne aux racines du blues et du gospel. Un jazz de colère et de revendications.

Jordi Grognard (st) vient encore ajouter de l’épaisseur au propos. Son jeu rappelle un peu celui d’Archie Shepp. Nicolas Chkifi (dm) rejoint le groupe à son tour. Drumming épuré.

Le bonheur pointe le bout de son nez.
Un cri d’humanité, une déclaration d’amour, une demande en mariage…
Julie enfile une robe blanche.
Le riz vole, des bulles s’envolent, la musique décolle.

On est soufflé.
On est retourné.
On est heureux.

Totalement jazz dans l’esprit, cette heure de spectacle aura sans doute surpris, désorienté ou agacé, mais n’aura certainement pas laissé indifférent.

Je ne sais toujours pas si les anges swinguent, mais en tout cas, celui-ci jouait un rôle purificateur qui n’était pas sans me rappeler celui (exterminateur) du film de Buñuel




Dans un festival comme celui-ci, il fallait oser.
Le pari est réussi.
Alors, «chapeau» aussi aux organisateurs de l’avoir programmé.

Et merci encore, Julie.

A+

28/08/2008

Fin de la récré...

 

La rentrée approche, hein?


Fini les festivals.

Ok, il y a encore Jazz In't Park à Gand, Brussel Summer Festival, Follow de Sounds à Anvers, ou encore Mons en Jazz et le Marni Jazz Rendez-Vous (30 ans du Travers!!... mais j'en reparlerai) et bientôt Jazz à Verviers, St Jazz Ten Noode, Jazz at Home à Malines, Jazz Hoeilaart...

Et plus tard Musicalix... mais j'y reviendrai aussi...

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Non, ne faites pas comme si vous n'aviez rien remarqué: ça sent la rentrée!
Samedi, ce sera la frénésie des derniers achats de gommes, équerres, cahiers Atoma, compas et nouvelles boîtes à tartines...

Alors, pour finir "cool", pourquoi ne pas faire un petit détour du côté de l'Aquamarine à Anderlecht, samedi soir, pour l' "Incredible Jam"???
C'est gratuit, c'est sympa, les amateurs se mélangent aux pros...
Que du bonheur!

Et si vous êtes du côté de Liège dimanche, pourquoi ne pas aller à la Garden Jam du Pelzer Jazz Club à partir de 14 ou 15 heures?
En compagnie de "Mr Pringle's" et de "Rue des Pêcheries"... hum?

Allez, en rang par deux et préparez-moi une bonne rentrée!


A+

13:26 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : festival, pelzer, incredible jam |  Facebook |

01/08/2008

Pendant ce temps, sur Citizen Jazz

Marcin Wasilewski est le pianiste qui a longtemps accompagné Tomasz Stanko.
Je dis «accompagnait», car je pense qu’actuellement, le trompettiste polonais tourne avec un nouveau projet où l’on retrouve notre ami fino-belge Alexi Tuomarila.

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Bref, ma chronique de «January», sorti chez ECM, est à lire sur Citizen Jazz.

Et toujours sur Citizen, vous pouvez également lire mon article sur le festival Jazz à Liège 2008.
Il suffit de cliquer ici.

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A+

31/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 3)

Dimanche, vers 15h, rendez-vous dans l’Abbaye Notre Dame de Leffe.

Il y a du monde.
Ça sent la cire et l’encens.

Assise devant les 56 touches et les 1532 tuyaux de l’orgue majestueux de l’abbatiale, inspiré par les instruments construits au début du XVIIIe siècle par le facteur d’orgues Gottfried Silbermann (qui vivait à la même époque et dans la même région que Bach), Rhoda Scott entame la «Toccata» de Bach.
Quoi de plus normal?
Surtout quand on se souvient aussi que l’organiste avait sorti en son temps un superbe album: «Come Bach To Me».

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Mais très vite, Rhoda Scott prend le chemin de «Summertime».
Steve Houben, au sax alto, emboîte le pas et nous voilà parti pour un voyage éblouissant entre gospel, baroque, blues, jazz et soul.

Les thèmes défilent avec élégance, avec vivacité, avec bonheur.
La rencontre entre l’orgue et le sax est majestueuse.
L’heure passe beaucoup trop vite et c’est déjà «Let My People Go».

Applaudissements à tout rompre.
Les musiciens reviennent pour un rappel.
Magnifique!
Sans aucun doute un des plus beaux concerts de ce festival !

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Retour sous la tente pour écouter le délicat duo entre Pascal Mohy (p) et Quentin Liégeois (g).
La musique est très intimiste, mais ne manque cependant pas de swing.
Le duo revisite quelques standards («‘Round Midnight», «Like Someone In Love»), mais propose aussi quelques compositions originales dont «6,4,2» aux motifs répétitifs ou le très sensible «Jojo», équilibré à la manière d’une valse.

Mohy et Liégeois: deux excellents musiciens à suivre et à revoir dans l’intimité d’un club.
Bonheur assuré!

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Changement de style ensuite avec le tonitruant Big Boogaloo Sextet d’Eric Legnini.
Au trio de base - Frank Agulhon (dm) et Fabrice Allamane (b) - se sont joints Flavio Boltro (tp), Stéphane Belmondo (tp) et Julien Lourau (ts).

Les deux trompettistes sont intenables.
Ils dynamitent un set pourtant déjà très explosif à la base!
«Miss Soul» doit bien se tenir entre «Mojito Forever» et «Sugar».

Chacun y va de son chorus, chacun tente de déstabiliser l’autre.
C’est bourré de surprises, de croche-pieds et de bonne humeur.

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David Linx, de passage, s’invitera à la fête pour un émouvant «Autour De Minuit» en hommage à Claude Nougaro.

Et pour clore ce décidemment très sympathique festival: Toots Thielemans et son trio.

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Toujours blagueur, toujours de bonne humeur et toujours aussi bon lorsqu’il souffle dans son harmonica, Toots  fait à nouveau l’unanimité.

Pour l’accompagner ce soir, il y a l’excellent pianiste hollandais Karel Boehlee, le fidèle Hans Van Oosterhout aux drums et le jeune Clemens van der Feen (déjà entendu avec Robin Verheyen) à la contrebasse.

Le répertoire est connu, mais la magie opère toujours.

Quelle pêche! Quel esprit! Quel talent!

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Toots est éternel.
Et il sera le parrain de l’édition 2009 du Dinant jazz Nights!

On parie que l’affiche sera flamboyante ?

A+

30/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 2)

Et le deuxième jour à Dinant Jazz Nights, c’était comment ?

Hé bien, c’était bien !
Après avoir un peu flâné dans la ville et ses environs, après avoir eu le temps le temps d’écrire quelques lignes pour Citizen Jazz et après avoir eu l’occasion de lire le très long et très intéressant article de Brad Mehldau à propos de la créativité musicale dans Jazzman (je vous en recommande la lecture), je suis retourné sur le site du Festival.

Je faisais, en plus, partie du jury pour le concours des jeunes talents jazz, en compagnie de Jean-Pierre Goffin (Vers l’Avenir / Showcase) et de Jean-Marie Hacquier (Jazz Hot). Mais je vous en parlerai plus tard, dans un billet spécial.
Ça vaut bien ça.

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En attendant, se produisait sur scène le groupe de Greg Houben et Julie Mossay.
Leur projet, que j’avais découvert en 2006 lors du festival Jazz à Liège, est bâti en partie sur des œuvres de Fauré et de Debussy.
À cela, ils ont mélangé des chansons brésiliennes (Buarque, Jobim…) ainsi que du jazz.

Le résultat m’avait déjà emballé la première fois et je suis encore resté sous le charme de cette belle idée, intelligemment mise en musique.

Greg et Julie, entourés de Pascal Mohy (p), Stephan Pougin et Lionel Beuvens (dm), Quentin Liégeois (g), Mathieu Vandenabeele (Rodhes) et Sal La Rocca (cb), avaient aussi invité Steve Houben (fl) sur un ou deux thèmes.

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Le résultat est magnifique, lyrique (voix merveilleuse de Mossay), sensuel (le chant et la trompette de Greg Houben), groovy (les percus), poétique (le piano et la guitare) et bien dans son temps (les effets électro justes de Mathieu).
Une fusion originale qui exclut avec brio les clichés.

Autre grand moment très attendu: Rhoda Scott et Eric Legnini en duo.

Même Guy Le Querrec ne voulait pas rater ce moment.

2003

Piano et orgue Hammond.
Jazz, soul et gospel.
L’interaction est idéale dès le début.
Rhoda déroule d’abord le tapis sous les notes enivrantes de Legnini («Trastevere», «It Could Happend To You») avant que le pianiste ne renvoie l’ascenseur sur «I Love The Lord»...

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Ça swingue, ça chauffe et tout le monde s’amuse.
Même Toots Thielemans montera sur scène pour accompagner nos deux claviéristes pour un brillant «Sunny Side Of The Street».

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Pour clôturer la soirée, et en remplacement de Milton Nascimento qui avait donc déclaré forfait la veille du festival, Tania Maria et son quartette feront danser gentiment le chapiteau.

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Mélange de classiques («One Note Samba» ou «Agua de Beber») et de compositions originales, l’ensemble est servi avec élégance par Marc Bertaux (eb), Tony Rabeson (dm) et toujours l’excellent Mestre Carneiro (perc).

Toots, toujours dans le coin et toujours bon pied bon œil, fera à nouveau un passage sur scène pour notre plus grand plaisir.

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Moins délirante que la dernière fois où je l’ai vu (Jazz Middelheim), la pianiste brésilienne nous a quand même offert un excellent concert, frais et joyeux.

2006

Allez, une bonne Leffe au fut, quelques discussions et fous rires avec musiciens et amis et… au lit (la journée commence tôt dimanche: 15h à l’Abbaye pour un duo absolument magique – oh oui ! - entre Rhoda Scott (sur les grandes orgues) et Steve Houben au sax).

A+

28/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 1)

Et Dinant Jazz Nights, c’était comment ?

Avant un compte-rendu plus détaillé sur Citizen Jazz prochainement, voici un petit aperçu de mes trois jours dans la cité d’Adolphe Sax.

J’arrive vendredi soir du côté du Parc St Norbert, près de l’Abbaye de Leffe.
À l’entrée, Jean-Claude Laloux m’accueille chaleureusement…
Seulement, il semble un peu contrarié.
Je le comprends lorsqu’il m’explique que Milton Nascimento ne sera pas présent au festival.
Le groupe des frères Belmondo et du chanteur brésilien sera remplacé par Tania Maria.
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En attendant, le premier concert débute.
Il s’agit de Brazzaville, jeune groupe anversois qui a remporté le concours «Jong Jazz Talent 2007» organisé par le Gent Jazz festival.

Brazzaville, c’est deux souffleurs (Vincent Brijs, sax baryton et Andrew Claes au ténor), un guitariste au look de cow-bow (Geert Hellings) un pianiste, qui joue aussi du Rhodes et - puisque Rhoda Scott est programmée au festival - de l’orgue Hammond (Jan Willems), un batteur (Maarten Moesen) et un bassiste (Nicolas Rombouts

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Les présentations sont faites, que la fête commence !
La fête oui, car leur musique, c’est du funk, de la fusion, de la soul, de l’afro beat et bien d’autres choses encore.
Et c’est excellemment joué !
Et sur disque, ce n’est pas moins bon. Je vous le conseille déjà ! (Cherchez par-là)

Le set est enlevé, net, fort.
Pur plaisir.
Ça groove et ça ne se prend pas au sérieux.

Pas plus sérieux ensuite avec Sanseverino.

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Venu avec deux accordéonistes magnifiques: Didier Ithursarry (déjà vu avec l’ONJ de Claude Barthelemy au Théâtre Mani, par exemple) et Vincent Pierani (entendu aux côtés de Manu Codjia, Olivier Calmel, etc…), Sanseverino joue avec les mots à la manière d’un Boby Lapointe et les aiguise comme un François Béranger.

Il s’accompagne à la guitare et donne de grands coups de pieds sur les cymbales disposées devant lui.
Il s’amuse de commentaires parfois douteux (toujours prêt à faire un bon mot, il dérape quand même quelque peu sur la délicate situation politique en Belgique… Mais heureusement, il ne s’y étend pas), il écorne un peu l’église (à l’Abbaye de Leffe, faut oser) et un peu Sarko (un peu facile). Bref, il caricature la société.

C’est de la chanson manouche, swinguante et amusante.
Eric Legnini (parrain du festival) viendra l’accompagner au piano pour une chanson.

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Mais le moment le plus intense restera quand même ce très beau solo à l’accordéon de Pierani, quand il s’accompagne d’un chant plaintif.

Bonne première soirée...

Demain, on continue.

26/07/2008

Gent Jazz Jazz Festival - Day 4

Dimanche 13 juillet.
Brosella – Gent Jazz Festival (jour 4).
Bruxelles – Gand.
Temps clair et route dégagée.

J’arrive sur le site du Bijloke, il y a toujours autant de monde.
Dans l’après-midi, ce sont succédés sur scène, Melody Gardot, dont ont dit beaucoup de bien (pourtant, ce que j’ai entendu de son album ne m’a pas donné envie d’en écouter plus : entre Norah Jones, Madeleine Peyroux et Stacy Kent… pas trop ma tasse de thé), Bert Joris et Enrico Pieranunzi (là, je me dis que j’aurais voulu être Gand) et le Saxophone Summit avec Dave Liebman, Ravi Coltrane et Joe Lovano (là, je râle un peu de ne les avoir pas vu !).

Mais je suis là et bien prêt à écouter le quartette de Wayne Shorter !
La dernière fois que j’avais vu ce groupe, en 2006 à Gand justement, je n’avais pas été vraiment conquis.

Ce soir, ce fut tout le contraire.
Ce fut un concert absolument incroyable.
Sans doute un des plus intenses auxquels j’ai pu assister.
Musicalement et émotionnellement: c’était monstrueux.

Shorter et ses acolytes (Danilo Perez, Brian Blade et John Patitucci) montent sur scène.
Le saxophoniste s’adosse au piano.
Perez lance aussitôt un motif et le quartette démarre au quart de tour.


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Musique libre, improvisée, inspirée, vivante.
Perez s’engouffre dans les grands espaces avec un jeu inventif, vif et pétillant.
Blade impose un groove d’une grande sensibilité.
Patitucci, parfois à l’archet, est de tous les coups.
Et le son de Shorter est un délice.
La musique tourbillonne, s’envole et ne s’arrête jamais.
On passe d’une variation à l’autre sans discontinuité.

Et puis, Shorter abandonne son ténor pour prendre le soprano.
Et là… c’est le drame !
Son instrument lui glisse des mains, l’anche se défile…
Mais la rythmique continue. Ils sont tous hilares. Même Shorter en rigole.
Il tente de réparer son soprano… Mais abandonne et reprend le ténor.

C’est comme si on venait de passer à une vitesse supérieure. On atteint des sommets et le groupe redouble d’idées. Le quartette rebondit sur le moindre incident, comme lorsque Shorter laisse tomber – décidemment ! – le capuchon de son bec de soprano dans le piano !
Ça inspire  Danilo Perez, qui se marre deux fois plus, et qui emmène le groupe encore plus loin !
Brian Blade embraye. Patitucci fait le lien. Il ne sait plus où donner de la tête.
Mais ça joue ! Et comment !
Shorter tente encore de régler son soprano, abandonne à nouveau et reprend le ténor.
Pousse la rythmique vers d’autres lieux.
Brian Blade et Perez se livre un combat intense. Patitucci, un sourire grand comme ça, joue le trouble-fête. Une fois avec le pianiste, une autre fois avec le batteur.

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La musique est bouillonnante.
Clins d’yeux, échanges improbables, hilarité générale… C’est clair, les musiciens ne savent plus où ils sont. Alors ils avancent, encore et encore. Ils inventent une nouvelle musique. L’intelligence de jeu et l’improvisation sont totales.
Le moment est magique.

Et comme s’il était impossible d’aller encore plus loin, Shorter tente le tout pour le tout, empoigne son soprano et, cette fois-ci, se lance à corps perdu dans la musique.

Et là… c’est du délire !
La palette de couleur musicale change encore. L’intensité redouble.
Quinze minutes (ou bien plus, sans doute) de musique extraterrestre !
Explosion de bonheur sur la scène.
La foule se lève.
Standing ovation interminable !

Je suis groggy et heureux !

Je rentre sur Bruxelles.
Et cette fois-ci, je n’écoute pas de musique en voiture, j’essaie de garder ce moment magique en tête.

J’espère qu’une télé aura eu la bonne idée d’enregistrer ce concert d’anthologie.

Inoubliable.

A+

21/07/2008

Brosella 2008

Dimanche dernier, le 13, avant d’aller écouter le concert de clôture de la première partie du festival Gent Jazz, je ne pouvais résister à l’attraction de la toute belle affiche du Brosella.

Direction: l’agréable théâtre de verdure, à deux pas de l’Atomium.

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Quelques gouttes de pluie tombent.
Deux fois rien.
Sur la scène, l’orchestre de Maria Schneider s’est installé.
Superbe Big Band dans lequel on retrouve quelques stars du jazz américain actuel.
Voyez plutôt : Clarence Penn, Ben Monder, Donny McCaslin, Rich Perry, Steve Wilson, etc…
Sans oublier les «habituels» de l’orchestre : Ingrid Jensen, Charles Pillow, Frank Kimbrough, pour ne citer qu’eux.
Tout ça pour nous. Et gratuitement! Merci Henri…

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Les compositions, magnifiquement tissées par Schneider, font mouche dès les premières mesures.
D’ailleurs, le soleil revient aussitôt.
Est-ce «Hang Gliding», ce premier thème?
Toujours est-il que la rythmique est soyeuse et swinguante, extrêmement bien mise en place.

Avec «Rich’s Piece», le ton est plus mélancolique et Rich Perry peut développer le thème d’un bout à l’autre.
Sax légèrement plaintif, quelque peu désabusé… magnifique.

Puis, avant de le diriger, Maria prend un plaisir sincère à expliquer le voyage musical qu’inspire le long et fabuleux «Cerulian Skies», tandis que chaque musicien imite le chant des oiseaux.
Donny McCaslin, dans son solo, monte en puissance pour atteindre un paroxysme et une plénitude où vient le rejoindre l’accordéoniste Toninho Ferragutti, dans un jeu dépouillé, retenu, presque mystique…
Tonnerre d’applaudissement d’une foule extrêmement nombreuse.

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À l’opposée de la grande scène, et dégagée cette année-ci du petit bois où elle partageait habituellement le bar et les sandwisheries (ce qui était sympathique mais pas toujours optimal pour écouter la musique), la seconde scène accueillait Mathilde Renault.

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Pour l’occasion, la jeune pianiste avait invité le saxophoniste suédois Jonas Knutsson.
Le quartette (Stijn Cools aux drums et Janos Bruneel à la contrebasse) revisite les compositions de Mathilde: «Merengue», «In a Swedish Mood», etc…
On y retrouve toujours ce mélange original de jazz et de musiques inspirées de tous les parfums du monde (Brésil, Balkans, Orient…).
Les rythmes sont chatoyants, les thèmes évolutifs et parsemés de changements de directions. Mathilde chante dans son langage imaginaire.
Tout ça dans la subtilité et la légèreté.
«Smiles» (de Knutsson) s’insère avec facilité et sans heurt dans ce répertoire plus qu’agréable.

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Transition idéale pour aller écouter Rabih Abou Khalil.
Toujours aussi drôle et ironique dans la présentation de ses musiciens et de ses morceaux, il nous offre la plupart du répertoire de son dernier album «Em Português».

Le fidèle Michel Godard au tuba, Jarrod Gagwin aux percussions, Luciano Biondini à l’accordéon et Gavino Murgia au sax font balancer l’ensemble entre le festif et l’introspectif.

Retour vers la petite scène pour un changement de style assez radical: Ben Sluijs Quintet.
Ce n’est pas parce que c’est un festival que le quintette fait des concessions.
Le groupe fonce tête baissée dans les principaux thèmes des deux derniers albums : «Somewhere In Between» et «Harmonic Integration».

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Ici, on flirte avec l’atonal, la dissonance. On joue pour un public averti.
Sluijs et Van Herzeele bâtissent autour de «The Unplayable», «Squawk», «Close» ou encore «Where Is The Joy?» des improvisations ardues et inspirées.
Erik Vermeulen intervient ponctuellement et arrive toujours à imposer des phrases d’une qualité extrême, oscillant entre le contemporain et le lyrisme.
Quant à la rythmique Cabras et Patrman, elle est toujours aussi solide et bouillonnante.

Dans un coin du parc, Olivier Kikteff et ses amis des Doigts de l’Homme continuent de jammer doucement. Le soleil ne quitte plus le site et l’ambiance est, comme toujours, détendue, familiale et sympathique.
Il y a, bien sûr, toujours quelques égoïstes qui s’emparent d’une chaise, ne la lâche plus et se baladent avec elle pendant tout le festival.
À croire que d’avoir posé leur cul dessus leur donne droit à la propriété exclusive…

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Passons.

La foule est compacte et attentive devant la grande scène pour écouter Paul Bley en solo.
Même si il met de l’eau dans son répertoire (évitant les improvisations intransigeantes), le pianiste ne la joue pas petits bras.

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Plein d’inventivité et sans temps morts, il rebondit sur les standards dont il n’utilise que les premières notes pour se construire des mélodies toutes personnelles.
Il revoit «Somewhere Over The Rainbow» ou «I Loves You Porgy» et joue avec les tensions, joue les temps suspendus, joue rubato…

Il injecte quelques motifs répétitifs qu’il associe à une valse lente, à un blues ou même parfois presque à un léger rag.

Bien sûr, on aurait voulu un Bley un peu moins conciliant. Pour cela il faudra sans doute attendre de le revoir au Ro
ma à Anvers en mai 2009, si mes infos sont exactes.

Paul Bley aurait bien continué encore. Et le public l’aurait suivi… mais le timing d’un festival se doit d’être respecté.
Et il quitte la scène sous une standing ovation.

Quant à moi, il est temps que je rejoigne Gand pour écouter Wayne Shorter.
Mais ça, c’est une autre histoire.

A+

15/07/2008

Gent Jazz Festival - Day 3

Jour 3

Un 15 tonnes couché aux environs de Ternat et provocant plus de 11 kilomètres de files n’aura, cette fois-ci, pas raison de moi.
Je serai à l’heure à Gand!

J’arrive pile poil pour le début du concert d’Amina Figarova.
La pianiste Azerbaïdjanaise, qui a élu domicile aux Pays-Bas et qui fait le tour du monde plus d’une fois par an, est venue présenter son dernier album «Above The Clouds».

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Autour d’elle, son sextette habituel : Bart Platteau (fl), Kurt Van Herck (ts, ss), Nico Schepers (t), Jeroen Vierdag (b) et le toujours très expressif Chris ‘Buckshot’ Strik aux drums.

Les compositions souvent lyriques et les arrangements ciselés, carrés, bien en place, sont soutenus par un bon groove. Car oui, ça groove et ça swingue plutôt bien.

C’est peut-être un peu ça la nouveauté chez elle ?
On la connaissait assez lyrique, et c’est toujours le cas, mais elle injecte, avec un peu plus d’affirmation
ici, ce léger swing dans les balades («Bagdad Story» ou «Summer Rain»)…
À l’inverse, sur des titres résolument bop («Chicago Split» ou «Blue Wonder»), où chacun des solistes peut dévoiler ses talents, on y retrouve toujours une ligne mélodique forte.

Les échanges raffinés entre le bassiste et le batteur, les solos tranchés de Kurt Van Herck ou de Nico Schepers, les interventions fantomatiques de Bart Platteau et les échappées franches ou romantiques de la pianiste trouvent leur place dans un ensemble à la cohérence parfaite.

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C’est ensuite au tour de FES d’envahir la scène.
Envahir, c’est le mot, car avec leur gros son et leur groove souvent lourdingue, la bande à Peter Vermeersch impose bruyamment une musique qui se veut festive et iconoclaste. Jimi Tenor, en invité, n’ajoute pas à la subtilité.
On est loin de la démarche bien plus raffinée et amusante d’un Matthew Herbert Big Band, par exemple.
On navigue ici entre le brass-band, les beat electro, les clins d’œil aux musiques de James Bond ou des vieilles productions de la Hammer Films.
Petite déception de ce big band qui nous a habitué à bien mieux.

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Pour terminer cette journée (sans pluie!) le site du Bijloke avait fait le plein.
Il faut dire qu’à l’affiche, il y avait Diana Krall.
Et ça, évidemment, ça ramène du monde. Et pas que des amateurs de jazz.
Bien sûr, le concert fut sans surprise.
La belle canadienne est pourtant détendue: elle plaisante, elle raconte sa journée à Gand tout en déroulant les «The Nearness Of You», «Let’s Fall In Love», «Exactly Like You» ou encore «Let’s Face the Music And Dance» avec élégance… mais décidemment sans étincelle.
Le plus intéressant dans l’histoire était sans doute le guitariste Anthony Wilson: précis, vif et inventif.

Un bon jazz de cocktail-party.

A+

12/07/2008

Gent Jazz Festival - Day 1 & 2

Jour 1

Encombrements, embouteillages, accidents disséminés sur la route et une pluie torrentielle m’ont empêché d’arriver à temps à Gand pour voir le concert d’ouverture du festival Gent Jazz.

C’est Pascal Mohy, en trio, le vainqueur des Django 2007 (catégorie Jeunes Talents), qui avait l’honneur d’ouvrir les festivités.
Et il paraît que c’était très bien…

Je suis donc arrivé pour la remise des prix du Django d’Or 2008.
Cette année, la récompense pour les jeunes talents était attribuée à Robin Verheyen.
Logique.
Et pour les «confirmés», c’est Dré Pallemaerts qui a remporté le trophée.
Les autres nominés étaient David Linx et Bart Defoort… (Choix cornélien… mais il ne faut qu’un vainqueur.)
La «Muse» (prix de la Sabam qui récompense une figure active dans le monde du jazz, qu’il soit journaliste, organisateur ou autre) fut remise méritoirement à Jean-Pol Schroeder de la Maison de Jazz à Liège.

C’est Pierre Van Dormael (Django 2007) qui enchaîna avec son groupe.
Hervé Samb à la guitare, Lara Rosseel à la contrebasse et David Broeders à la batterie.
Musique d’inspiration très roots, très blues, avec des accents parfois africains, parfois country-folk.
Musique assez cool et contemplative.
Musique qui coule entre les deux guitaristes qui s’échangent des improvisations mélancoliques et fatiguées.
La rythmique est, elle aussi, chaude, tendre et veloutée.
À entendre dans des endroits plus intimes, peut-être (même si le nombreux public du festival fut très attentif), ou bien calé chez soi… Si un album se réalise un jour (ce qui en vaudrait la peine).

Transition idéale entre la prestation de Van Dormael et celle d’Herbie Hancock qui doit suivre: Lionel Loueke.

Le Béninois, seul en scène avec sa guitare Godin, dont il exploite magnifiquement toutes les possibilités avec une subtilité et une sensibilité étonnantes, chauffe la salle doucement.
Entre compositions personnelles et re-travail sur des traditionnels Africains, il nous offre une somptueuse palette de couleurs. Auto-sampling, effets de voix, chants de griots, onomatopées, silences, nuances… Loueke se nourrit de jazz, de folk et de souvenirs pour libérer sa belle musique intérieure…

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Place ensuite à Herbie Hancock.
Plutôt que de nous servir l’entièreté de son dernier album «River, The Joni Letters», le pianiste préfère nous inviter à partager plus de 40 ans de carrière.
Ce qui n’est pas pour me déplaire.
Début tonitruant avec «Actual Proof» (époque funk/fusion) avant de présenter ses musiciens : Loueke, bien sûr, Chris Potter (sax), Vinnie Colaiuta (dm), Dave Holland (aussi magnifique à la basse électrique qu’à la contrebasse) et les deux chanteuses, Amy Keys et Sonya Kitchell.

On a droit alors à deux titres tirés de «River».
Autant la voix de Kitchell est très typée FM, autant celle d’Amy Keys est très soul et R&B. À deux, elles mettent le feu quand même sur un «When Love Comes To Town» (de U2) dynamité !
Loueke est délirant. Colaiuta drive avec fougue, son jeu est plein de reliefs et de puissance. Potter déploie un son parfois acide, parfois rond, toujours vigoureux. Herbie s’amuse vraiment, passant du piano au Korg et injectant ponctuellement des phrases aussi groovy que vintage.
Quant à Holland, il est impérial.
Normal qu’on lui laisse l’entièreté de la scène après ça, pour un long morceau en solo.

Sans aucun artifice, sans sampling, sans effet, seul avec sa contrebasse, Holland déroule une improvisation des plus somptueuses.
Très grand moment !

Et puis, c’est le retour du groupe avec «Maiden Voyage», «Cantaloupe Island» et l’indétrônable «Chameleon» pour lequel Hancock ressort son Roland AX-7, comme au bon vieux temps des Head Hunters.
Que du bonheur !


Jour 2

Toujours autant d’embouteillages, Ring bouché et encore plus d’accidents sur l’autoroute !
Voilà qui m’empêche de voir Stefano Di Battista avec Greg Hutchinson (dm), Baptiste Trotignon (à l’orgue Hammond !) et Fabrizio Bosso (tp).
Je n’ai entendu que le dernier morceau.
Énergique à souhait… Entre Adderley et Horace Silver.
Frustrant !
Georges Tonia Briquet, hésitant à accentuer ma frustration, finit par m’avouer que ce fut bel et bien un concert fantastique. Ce que me confirma Jean-Pierre Goffin…
(Mais que faisaient tous ces gens sur l’autoroute !!??)

Heureusement, Trio Grande me rendit le sourire.
Je fus pourtant assez étonné de constater que leur prestation musicale fut très proche de l’album. Je m’attendais à plus d’impros.
Comme quoi, cette musique très éclatée, festive et sensible à la fois, est très écrite.
Devant un public assez étonné d’entendre ce genre de jazz hybride, Trio Grande impose petit à petit son univers.
Laurent Dehors jongle avec les clarinettes, flûtes, clarinettes basses et même une cornemuse plumée comme une oie…
Matthew Bourne plaque les accords délirants au piano, Michel Massot passe allègrement du trombone au tuba et Michel Debrulle déploie tout son savoir-faire aux percussions.
Il flotte un agréable parfum de bal populaire onirique sous la grande tente blanche.

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Et voilà Pat Metheny !
A côté de la scène, un stand avec casquettes, t-shirts et mugs à l’effigie du guitariste est déployé.
Welcome to «jazz-business» !
Le vendeur fait aussi office de chien de garde et de délateur, scrutant pendant tout le concert les petits délinquants qui oseraient prendre une photo! Il n’hésite pas à les dénoncer! Car les photos sont interdites. Même pour les pros!
Imaginez que l’on retrouve la tête de Pat sur le fond d’une assiette à spaghettis ou sur un camée scellé dans une coquille d’huître au bout d’une jolie chaîne en laiton pour en faire un joli pendentif!
Tout ça, sans l’accord du businessman virtuose!? Impensable!
Son image est aussi protégée que celle de Tintin ou Mickey.

Reste la musique.
Après trois morceaux en solo (histoire de montrer sa belle collection de guitares), voilà enfin Antonio Sanchez (dm) et Christian McBride (b).
Et là, (ouf !), il y a du jazz.
Et du bon.
Du qui groove, qui pulse, qui s’échange, qui s’amuse.
Voilà le Pat Metheny que j’aime. Celui qui se défait du côté démonstratif. Celui qui va droit à l’essentiel.
Bien sûr, il joue beaucoup de notes et il ne laisse aucun espace, aucune respiration. Il est toujours à l’attaque. Il est sur tous les coups. Mais que c’est bon.

Et c’est encore meilleur quand Christian McBride sort du bois (et il ne faut pas grand-chose pour l’y pousser).
Quel jeu! Bluffant!
Il allie virtuosité, puissance et groove avec une aisance incroyable.
Pour un peu, c’est lui qui prendrait la vedette.

Mais Pat Metheny est aussi généreux… très généreux, car le concert, qui était sensé se terminer à minuit, se prolongea jusqu’à plus d’une heure du matin.

L’orage aura beau gronder très fort au-dehors, c’est à l’intérieur que le tonnerre éclata.
Et longuement.

(À suivre)

A+

07/07/2008

Trois festivals et un portrait.

Vous irez sans doute au festival Gent Jazz ?
L’affiche est belle, non ?

Mais… vais-je être conquis par Herbie Hancock? A part les morceaux avec Tina Turner, Wayne Shorter et surtout Leonard Cohen, je ne suis pas trop «fan» de son dernier album, pourtant encensé par une bonne partie de la critique. Heureusement, il paraît que pour cette tournée, il injecte quelques bons «tubes» d’antan.

 

 

Et Metheny? Vais-je enfin succomber?

J’avoue que ce que j’ai entendu de son dernier album m’a plutôt laissé une bonne impression…. Wait and see.

Bon, ça, c’est pour les petites interrogations. Pour le reste: Amina Figarova, Trio Grande, Saxophone Summit (avec Liebman, Lovano et Coltrane) FES & Jimi Tenor, ou encore Wayne Shorter… je m’y rends avec excitation.

 

Mais, vous serez peut-être au Brosella?

 

 

J’y serai aussi.
Si si… Le dimanche.
Il va quand même falloir jouer serré pour être l’après-midi près de l’Atomium et le soir au Bijloke.
Ici aussi, l’affiche est belle. Voire exceptionnelle !
Maria Schneider Orchestra, Rabih Abou Khalil… et… Paul Bley !! Immanquables !
Et aussi Mathilde Renault, Ben Sluijs, Les Doigts de l’Homme

 


Et la semaine suivante, vous serez aux
Dinant Jazz Nights?

 


 
 
Brazzavile, San Severino, Greg Houben et Julie Mossay, Rhoda Scott, les frères Belmondo et Milton Nascimento, Eric Legnini et… Toots Thielemans.
Tout ça, sur trois soirs. Dans le parc de l’Abbaye de Leffe.
Il y a des endroits plus sinistres, non ?
 
Puisqu’on parle des Dinant Jazz Nights, je vous invite à lire l’entretien que j’ai eu avec Jean-Claude Laloux.
C’est ici, sur Citizen Jazz.

Bon, on se rencontrera bien quelque part?

A+