02/02/2018

Tournai Jazz Festival - Day 1 and 2

Day 1

C’est dans le très joli et très cosy Magic Mirrors, installé sur la Grand Place, que s’ouvrait ce mercredi 31 janvier la septième édition du Tournai Jazz Festival.

Une mise en bouche plutôt festive - c’est le cas de le dire avec le «concept» Frit Jazz (une frite offerte à l’achat d’une place) - avec trois concerts au menu.

Et pour le plus grand plaisir des organisateurs (voire même leur surprise), c’était sold out !

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C’est la chanteuse Elia Fragione, que j’avais vue lors d’une précédente édition en 2014, qui a l’honneur d’ouvrir les festivités.

Ce soir, elle est entourée de trois excellents musiciens. Il y a d’abord Lorenzo Di Maio, présence indispensable, jeu clair et vif, aussi inventif dans les blues que dans les registres plus pop ou funk. Ses attaques sont franches, son phrasé est fluide et il étonne lors de chaque intervention. C’est sans doute l’un des meilleur guitariste belge actuel. Il y a aussi le batteur Fabio Zamagni, habitué des scènes jazz et pop (Typh Barrow, entre autres) et le multi-instrumentiste, arrangeur et producteur (allez écouter le très beau disque de Chrystel Wautier) à la contrebasse, Cédric Raymond.

Le répertoire oscille entre jazz, blues et parfois même une pointe de pop. «How We Love» de Gretchen Parlato, «Its A Good Day», «Love Me Or Leave me» ou encore «Miss Celie’s Blues» sont délivrés avec un bel aplomb. Il y a aussi une belle revisite de «Off The Wall» (Michael Jackson), un peu de bossa («Samba em preludio») et une excellente version de «Precious» (Esperanza Spalding). Elia a du charisme et elle rayonne sur scène. La voix est fine, claire et affirmée. Il y a du soleil dans son chant… et surtout du swing ! Elle contrôle avec beaucoup d’élégance ses inflexions bluesy - parfois canailles, parfois mélancoliques, parfois sensuelles - sans jamais appuyer aucun effet. Et en plus elle scatte ! Bref, c’est de la fraîcheur et du talent. Un talent avec qui il faudra compter à l’avenir.

Place ensuite aux Bandits de Belleville qui viennent, comme le nom ne l’indique pas, de Gand et qui sont cinq : Florian De Schepper et Jonas De Meester aux guitares, Jelle Van Cleemputte à la contrebasse, Pablo Golder au bandonéon et Margot De Ridder au chant, clavier et glockenspiel pour enfants. Sur une base swing manouche, le groupe mélange les traditionnels («Hora lautareasca») mais aussi les standards («It Don’t Mean A Thing»), la chanson française («Le jazz et la java» de Nougaro) et quelques compositions personnelles dont le très drôle «#Swing» ou un léger «Upside Down» inspiré sans doute de «On The Sunny Side Of The Street». Un beau spectre de styles, assuré avec conviction et une belle présence sur scène de la chanteuse au joli grain de voix. Alors, avec bonheur, on clappe des doigts, et on tape du pied.

Mais le plus «festif» reste à venir avec le groupe du nord de la France, Zazuzaz, qui rend hommage aux orchestres des années ‘30, ceux du Cotton Club et de Cab Calloway. Mais aussi à Boris Vian.

L'orchestre, qui se présente comme un big band informel, n'est pas venu seul mais avec une belle bande de danseurs attifés comme à l'époque (les membres de Danses & Cie). Et c’est parti pour swinguer, danser et chanter. Jonathan Bois, au piano et au chant, Jessy Blondel au sax et toute la bande ne ménagent pas leurs efforts pour installer une ambiance qui monte rapidement. «Just A Gigolo», «It Don’t Mean A Thing», «On n’est pas là pour se faire engueuler», «Sing Sing», un madison… Tout y passe ou presque et le public, ravi, participe avec entrain. Idéal pour clôturer avec le sourire cette première soirée.

Day 2

Pour le second jour, qui affichait complet également, on se partage entre jazz, un peu de variété et un peu de pop.

Du jazz d’abord avec le quartette du tromboniste Phil Abraham qui propose un set plutôt transitionnel joué avec beaucoup d'élégance et de raffinement. Un «Charlie et le pam», plutôt bop et un «Watermelon Man» revisité tout en mystère, permettent à chaque musicien de profiter de beaux espaces.

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Fabien Degryse d’abord, dans un jeu à la Grant Green fait merveille. Le phrasé est souple, virtuose, précis et tout en rondeur. Sal la Rocca, solide pilier, à la contrebasse très mélodieuse et ondulante, soutient et lie l'ensemble avec autant de souplesse que de fermeté. Aux drums, Thomas Grimmonprez distille un groove de velours, en jouant des balais ou simplement à mains nues. Autant dire qu'avec cette équipe, Phil Abraham se balade avec sérénité. Le jeu est lumineux, avec juste ce qu’il faut de sensualité et d’humour. Pas de glissando ni de growls, mais un jeu pur et bien dessiné qui donne toute sa force aux mélodies. «Esquisses», une ballade qui rappelle un peu Michel Legrand, «New Orleans Comphilation» qui plonge dans les racines du jazz ou un «Oui, mais bon» swinguant doucement, nous font passer un très agréable moment de jazz capiteux.

Devant la Halle aux Draps, une file énorme s’est formée pour assister au concert de Michel Jonasz en duo avec son pianiste Jean-Yves d'Angelo. Jonasz et le jazz, c'est un malentendu. Tout cela à cause de sa «Boîte de jazz». Ce soir, on a donc droit à un best of de ses chansons tristes délivrées avec une pointe d'humour («Lucille», «Super nana», «Du blues, du blues, du blues» et autres «Je voulais te dire que je t'attends»).  Il y a bien un court interlude blues (celui du «dentiste»), un peu de samba et un morceau de boogie au piano... mais de jazz, point.

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J'étais un peu sceptique aussi quant à la programmation de Sacha Toorop dans un festival de jazz. Mais le chanteur pop-rock à l’univers intriguant et très singulier s’est entouré des musiciens de Music For A While. Et sur la base des chansons de Toorop, l’extraordinaire pianiste Johan Dupont a revu quelques arrangements. Et voilà donc qu’il insuffle un petit air de liberté dans ce canevas bien précis. Il faut un peu de temps pour s'en rendre compte mais, au final, ça fonctionne. Bien sûr, il ne faut pas s'attendre à un swing effréné, quoique, sur certains titres, Jean-François Foliez (cl), en particulier, se fend de quelques échappées improvisées bien tranchantes. Et puis, on décèle ici et là une pointe de blues, un peu de jazz folk. Et derrière, André Klenes (cb), Martin Lauwers (violon) et Stephan Pougin (dm) font plus qu’assurer. Belle surprise.

Alors, maintenant que le festival est lancé, on s’apprête à déguster la suite avec impatience.

A+

Merci à ©JC Thibaut pour les images.

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19/11/2017

Fabien Degryse & Joël Rabesolo Duo - Au Marni

À gauche, Fabien Degryse, guitariste droitier, et à droite, Joël Rabesolo, guitariste gaucher

Ils étaient tous deux sur la scène du Marni ce jeudi 16 novembre pour présenter leur tout nouvel album Softly… .

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Joël Rabesolo vient tout droit de Madagascar. Il est arrivé à Bruxelles pour y poursuivre ses études et approfondir sa connaissance du jazz au conservatoire. C’est là qu’il rencontre Fabien Degryse.

L’élève et le maître ? Pas vraiment car le Malgache a emporté avec lui un joli bagage (un premier prix de guitare jazz, une collaboration avec les meilleurs musiciens de son pays au sein du Malgasy Guitar Masters et une série de concerts avec Linley Marthe). Entre Joël et Fabien, la connexion se fait rapidement et chacun voit et entend ce que l’autre peut lui apporter.

Le bar du Marni a fait le plein, la lumière est tamisée et les deux musiciens entament en toute simplicité «Vonianvoko», une chanson populaire malgache, puis une belle version, toute en légèreté, de «Stompin’ At The Savoy».

Les échanges entre les guitaristes sont étonnants de fluidité. Degryse assure d’abord la basse puis les rôles s'inversent en souplesse. Et ensuite tout se mélange, les questions, les réponses, les non-dits. Le dialogue est subtil et vif. C'est un brillant voyage sur une petite route de campagne dans un soleil couchant. Il y a comme un petit parfum de Toots qui flotte, un peu de Grappelli aussi…

La prise de guitare «à l'envers», c’est à dire que les cordes graves se trouvent en dessous, offre un phrasé particulier à Rabesolo. Quant à la maîtrise du finger picking de Degryse, elle n’en est pas mois surprenante.

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«{Six-(E[ight} Bar] Blues)» évoque le sud avec un son comme étouffé par une chaleur sèche alors que la mélodie perle sur les cordes comme autant de gouttes de sueurs. Puis, un autre morceau se fait plus folk. Et un autre plus jazz. Il y a des regards, des échanges, des encouragements et beaucoup de respect. Tout cela se sent. Fabien laisse d’ailleurs le soin à Joël de présenter les titres, de raconter un peu son parcours, de dire qu’ils s’amusent. Et Joël de s’arrêter de jouer pour écouter Fabien improviser du bout des doigts sur la caisse de sa guitare sur «Naufrage en Drôme».

On sent une vraie tendresse entre les musiciens et un réel plaisir à jouer ensemble, à se surprendre, à s'écouter. On cache la virtuosité - ou, en tout cas, elle n'est pas mise en avant – même si elle est indispensable pour pouvoir servir cette musique apparemment simple mais tellement sophistiquée.

«Pagalana» alterne la douceur et le joyeux, «Muir Woods» se fait mélancolique et introspectif. Puis, Rabesolo improvise, en solo, un long morceau qui respire l’Afrique. Et Degryse enchaine à son tour, en solo et en clin d’œil, avec «(In My) Solitude».

Il y aura encore un «Bye Bye Blackbird» touchant et un sifflotant «O17». Et en rappel – les deux musiciens nous épargnant avec humour le coup de la sortie de scène – on aura droit à un emblématique «Softly As In A Morning Sunrise».

Pourquoi s'encombrer de fioritures et de conventions, tout est dans la musique. Et nos deux jazzmen nous l’ont offerte avec beaucoup de générosité et d'élégance.

 

Merci à mon duo de photographes (©Olivier Lestoquoit – pour Joël Rabesolo et ©Roger Vantilt pour Fabien Degryse) pour les jolies images…

 

 

A+

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09/06/2014

Brussels Jazz Marathon 2014 (part2)

Le 25 mai, au Brussels Jazz Marathon, c’était le dimanche des Lundis.

En effet, depuis près de 18 ans, la scène de la Grand Place est réservée, le dimanche après-midi, aux concerts programmés par l’association des jazzmen (Les Lundis d’Hortense).

Dès 15 heures, sous un beau soleil, Greg Houben (tp) et Fabian Fiorini (p) présentent Bees and Bumblebees, leur dernier album (avec Cedric Raymond à la contrebasse et Hans Van Oosterhout aux drums) paru chez Igloo.

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La rencontre entre Greg et Fabian semble étonnante, elle est pourtant évidente. Voici deux univers qui se rejoignent dans la joie et le bonheur pour faire du jazz ensemble. C’est l’alliage brillant du bop traditionnel et du jazz plutôt avant-gardiste. C’est clair, c’est simple et cela se ressent sur le disque. Mais plus encore sur scène.

Greg dessine les mélodies, avec un plaisir gourmand, qui permet à Fabian de les démonter, de les découdre, de les mélanger et de les reconstruire comme il l’entend. Le pianiste sait attendre et construire ses solos pour les terminer de façon explosive. De son côté, Hans Van Oosterhout fouette les fûts et les cymbales avec un feeling incroyable. Il y a de la liberté dans son jeu et, en même temps, un sens du timing imparable.

Puis, le moelleux de la trompette de Houben se fond aux claquements languissants des cordes de la contrebasse de Cédric Raymond, toujours attentif et créatif. Alors, on ne peut s’empêcher de se dandiner sur l’irrésistible «Habanera», de battre du pied sur «Yes, I Didn’t» et de sourire et de claquer des doigts au son de «Middle Class Blues», qui rappelle un peu les Messengers du grand Art Blakey. Le quartette Houben – Fiorini nous offre, en cette chaude après-midi, un cocktail très rafraîchissant de jazz intelligent et de plaisir franc. Autant en profiter sans modération.

Après un rapide changement de mise en place, c’est un autre groupe du label Igloo qui monte sur scène : L’Âme des Poètes.

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Après avoir visité et revisité quelques grands répertoires de la chanson française (Brel, Brassens, Trenet mais aussi, Adamo, Paul Louka et même le Grand Jojo), le trio s’attaque cette fois à un nouveau concept : répondre, en chansons, aux questions de la célèbre et unique interview qui avait réuni, en 69, Brel, Brassens et Ferré.

Normalement, le spectacle est supporté par une mise en scène (que l’on imagine à la fois drôle et touchante), que le groupe n’aura pas l’occasion de montrer aujourd’hui pour des raisons – logiques - de logistique. Qu’à cela ne tienne, Pierre Vaiana (ss), Fabien Degryse (g) et surtout Jean-Louis Rassinfosse (cb) sont capables de faire le spectacle sans cela.

Si Jean-Louis truffe de jeux de mots et improvise ses textes de présentation, il en fait de même avec sa contrebasse, et ses citations, parfois improbables, sont légion. Rien ne semble sérieux et pourtant, il faut reconnaître une précision diabolique dans l’interaction et le jeu de ces trois musiciens exceptionnels. Les interventions de Degryse à la guitare (adapte du finger picking) sont éblouissantes d’inventivité et de justesse (sur «J’ai rendez-vous avec vous», notamment, ou encore sur «La valse à mille temps», pour ne citer que ceux-là). De son côté, Pierre Vaiana n’est pas en reste. Après avoir dessiné le léger contour des mélodies, il s’envole, dans un jeu tourbillonnant et ensoleillé.

Mais il sait aussi sonder la profondeur de thèmes plus sombres avec délicatesse et légèreté («La Quête» ou «Avec le temps», par exemples). Une fois de plus, L’Âme Des Poètes démontre que la chanson française (comme toutes les musiques) peut, elle aussi, swinguer…

Peu avant 19 heures, c’est le quartette de Jean-Paul Estiévenart qui investit la scène. En fait, il s’agit du trio du trompettiste (Antoine Pierre aux drums et Sam Gerstmans à la contrebasse) augmenté du saxophoniste Espagnol Perico Sambeat (Tete Montuliou, Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel, etc.). Et celui-ci imprègne tellement le groupe de sa présence qu’il est bien plus qu’un invité. Le disque (Wanted, sorti l’année dernière chez De Werf) est une belle claque, bourré de jazz très actuel et sans complexe. Un jazz qui n’a rien à envier à celui que l’on entend dans les clubs et bars branchés de New York.

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La musique d’Estiévenart s’inspire sans aucun doute de cette énergie-là, mais le trompettiste est capable d’aller au-delà et de révéler toute sa personnalité dans des compositions charnues, vives et sans faille. Le set, cet après-midi, est, lui aussi, extrêmement bien construit, preuve d’une maturité évidente.  On y décèle d’abord la force tranquille d’un groove tendu, retenu, qui ne demande qu’à éclater. Le trompettiste slalome entre le drumming acéré d’Antoine Pierre et le jeu dense de Sam Gerstmans («Am I Crasy », «The Man»). Puis les solos se construisent et se métamorphosent au fil des échanges entre le trompettiste et le saxophoniste. «Bird» s’enflamme, «Witches Waltz» tangue, vacille et renaît plus puissant, plus inébranlable. Finalement, la grosse heure passe rapidement, on ne s’est pas ennuyé un seul instant. Et l’on se dit qu’on aimerait revoir encore et encore ce trio/quartette en club… En Belgique... ou ailleurs en Europe, car il en a vraiment tout le potentiel.

Pour l’instant, la programmation est un sans faute et ce n’est pas Eve Beuvens qui va gâcher la fête. La pianiste présente ce soir les fruits de la carte blanche qu’elle avait obtenue l’été dernier au Gaume Jazz festival, et qui avait impressionné pas mal de monde, dont moi : Heptatomic.

Bien décidée à sortir un peu plus encore du cadre dans lequel on la confine trop volontiers, Eve a réuni autour d’elle une belle brochette de jazzmen aux idées bien larges : Laurent Blondiau (tp), Grégoire Tirtiaux (as, bs), Gregor Siedl (ts), Benjamin Sauzereau (g), Manolo Cabras (b) et João Lobo (dr).

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Et d’entrée de jeu, ça sonne et ça fuse. Heptatomic joue la déstructuration, explore les sons et les rythmes, et flirte presque parfois avec le free. C’est pourtant une liberté bien canalisée que propose Eve dans ses compositions. C’est une démocratie mélodique et harmonique libre, superbement maîtrisée. On pense parfois à l’Art Ensemble de Chicago ou à l’esprit d’un certain Mingus. Cela fait le bonheur de Laurent Blondiau qui n’hésite pas à pousser Tirtiaux et Siedl vers des chemins escarpés et rarement empruntés. Ça bouge, ça voyage, ça rebondit… Et quand Manolo Cabras a bien malaxé en tout sens sa contrebasse, on passe à des moments plus sobres qui permettent non seulement à la pianiste de s’exprimer mais aussi à Sauzereau d’éclater son jeu par touches ou à Lobo d’explorer de nouveaux sons. On se ballade alors dans des univers étranges et inquiétants où se mélangent de fragiles espoirs et de lumineuses certitudes. Un disque est en préparation, je pense, mais c’est sur scène que l’Heptatomic d’Eve Beuvens donne sans doute tout son jus… Alors, messieurs les programmateurs, ne soyez pas frileux, cette musique peut incendier bien des salles.

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Il est 22 heures, j’aurais pu rentrer tranquillement, mais je ne peux pas m’empêcher d’aller écouter Axel Gilain au Bravo. Ici, l’ambiance est plus recueillie malgré le monde qui a envahi le sous-sol du club. L’atmosphère est feutrée mais le jazz est enflammé. Il y a autant de la retenue que d’intensité. Tout en sensualité, la musique ne cesse de se transformer.

Bram De Looze, au piano, fait dévier le blues dans un sens, tandis que Nicolas Kummert trouve d’autres ouvertures. Tout évolue avec sérénité et élégance. C’est comme du vent qui déplace doucement des murs fragiles, c’est comme la chaleur du soleil qui déforme des objets flasques. Lieven Venken (dm) balaie et ponctue les rythmes, accélère ou suspend le tempo. Axel Gilain fait chanter sa contrebasse… avec réserve et beaucoup de sentiment.

Alors, Fatou Traoré et Yvan Bertrem ne peuvent s’empêcher de venir danser au devant de la scène. Leurs corps se déforment et se transforment sous l’impulsion de la musique. Le moment est magique, étrange, unique. Beau.

Axel Gilain vient de publier un album, Talking To The Mlouk (en vinyle ou téléchargeable ici) qui permet de prolonger ce moment rêvé… et qui s’écoute en boucle…

Pouvait-on imaginer plus belle façon de terminer cet excellent marathon 2014 ?

 

 

A+

 

 

 

 

 

03/09/2011

Fabien Degryse Solo - Cercle des Voyageurs

 

Jai redécouvert mes doigts quand j’ai abandonné le plectre”.

C’est ce que dit Fabian Degryse qui prépare un nouvel album en guitare solo, dont la sortie officielle est prévue au Théâtre Marni le 26 novembre.

Entretemps, il rodait la formule au Cercle des Voyageurs. J’y suis allé mardi 30 août.

Perché sur son tabouret, Fabien Degryse revisite à sa manière quelques-uns des plus célèbres standards de jazz. Ceux qui le touchent en particulier: “Fly Me To The Moon”, “All Blues”…

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S’il s’est lancé dans cette aventure solo, c’est aussi pour effacer une vieille frustration: jouer seul les différentes lignes mélodiques et rythmiques, sans aucun artifice, à la manière d’un Marcel Dadi ou d’un Tommy Emmanuel (son modèle).

Il a donc redécouvert ses doigts et il s’en sert admirablement.

Degryse évoque les thèmes puis se balade autour, un peu comme lorsqu’on visite une vieille maison de campagne. Il laisse aller son humeur, s’évade dans ses rêves, s’attarde sur un détail, l’adapte à sa manière. Il nous emmène, doucement, simplement. Son discours est tendre, souple et d’une incroyable fluidité.

Les rythmes font des clins d’œil au folk, au blues, à la bossa.

La virtuosité se cache derrière la finesse de l’exécution, et c’est surtout la musique qui est mise en valeur.

“In My Solitude” se balance doucement, comme assommé par un soleil trop brûlant, “All The Things You Are” - découpé, détaillé -  est plus enlevé, “Don't Get Around Much Anymore” joue avec les tempos…

Fabien Degryse relit à sa façon les plus belles pages du jazz, avec beaucoup de classe et de personnalité. Et ça fait un bien fou.

 

A+

14:26 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fabien degryse, marni, cercle des voyageurs |  Facebook |

16/01/2011

Winter Jazz Festival - Marni-Flagey

Ça y est, c’est reparti pour une nouvelle saison.

 

Premier festival de l’année: le Winter Jazz Festival, qui commence ce 19 janvier.

Le Winter Jazz Festival - ex Festival Jazz Marni Flagey - se déroule, comme son nom ne l’indique plus, en partie à Flagey et en partie au Théâtre Marni.

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Cette année, c’est la voix qui est mise à l’honneur et c’est Robin Mc Kelle qui ouvre les festivités. Robin Mc Kelle est originaire de Rochester et son style oscille entre jazz, soul et R’nB. C’est souvent énergique même si, à Flagey, elle viendra entourée d’un trio plus “jazz” (Reggie Washington à la contrebasse, Marc Mc Lean aux drums et Sam Barsh au piano). Sa voix, légèrement graineuse, son phrasé sensuel et son sens de la scène devraient nous faire passer un bon moment.

Le lendemain, au Théâtre Marni cette fois, Mélanie De Biasio se présentera en trio (avec Sam Gestmans (cb) et Pascal Mohy (p) ). Je ne vais pas vous redire une énième fois tout le bien que je pense d’elle, il suffit d’aller relire quelques articles ici, ici ou encore . A ne pas rater, bien sûr…

Samedi 22, toujours au Marni c’est Tutu Puoane qui viendra assurement nous charmer. Tutu est née en Afrique du Sud. Venue en Belgique pour parfaire son cursus musical, elle a rencontré le pianiste Ewout Pierreux et, depuis, est restée chez nous. On l’a déjà entendue avec le BJO, pour un projet en hommage à Myryam Makeba (“Mama Africa”), et on la retrouvera cette fois en quartette (Ewout Pierreux, bien sûr, Lieven Venken (dm) et Nic Thys (cb) ), pour nous dévoiler les beautés sensuelles de son dernier album “Quiet Now”.

Il y aura encore des voix à découvrir autour du trio d’Anne Wolf, qui présentera par la même occasion son nouvel album “Moon At Noon”. Amateurs de musiques chaudes et brésiliennes, rendez-vous à Flagey le 26.

Et puis, le 28, un des clous du festival: la première de “A Different Porgy And Another Bess”! Maria Joao, David Linx et le Brussels Jazz Orchestra revisitent le célèbre opéra de Greshwin. Si vous vous souvenez de la précédente collaboration de Linx avec le BJO (“Changing Face”) et si vous avez entendu le fantastique “Follow The Songlines” (avec Maria Joao, Mario Laginha et Diederik Wissels), vous pouvez peut-être - car avec David Linx, on n’est jamais au bout de ses surprises -  imaginer ce que donnera ce nouveau challenge…

 

D’autres concerts vous laisseront peut-être sans voix, ce sont ceux où il n’y en a pas.

J’ai retenu pour vous le retour de Rêve d’Eléphant, qui présentera son nouvel album “Pourquoi pas un scampi?”. Tout un programme! Quand on connait le côté onirique et follement inventif de cette bande de doux poètes déjantés, on ne risque certainement pas de s’ennuyer le 21 au Studio 1.

Autres moments à ne pas rater seront aussi les concerts de Fabien Degryse (dans le cadre d’une collaboration avec les Djangofolllies), qui proposera un programme “manouche” avec ses amis Peter Hertmans et Jacques Piroton aux guitares, Nic Thys à la contrebasse et Yves Teicher au violon; ainsi que le dernier projet de Steve Houben (as), entouré d’une belle brochette de “jeunes” jazzmen (Greg Houben (tp), Julien Delbrouck (bs, clar b), Quentin Liégeois (g), Antoine Pierre (dm) et Cedric Raymond (b, eb). Ça promet.

 

Et puis il ne faudrait pas oublier les 2 concerts “Piknikmuzik” des vendredis midis avec le très jeune et très talentueux Bram de Looze qui jouera une première fois avec Nic Thys et une seconde avec le Momentum Jazz Quartet.

 

Enfin, cerise sur le gâteau: Fabien Fiorini (p) mettra en musique deux chef-d’œuvres de Buster Keaton (“The General” et “Sherlock Jr.”), en duo avec Erik Vermeulen d’une part et avec Jozef Dumoulin de l’autre.

A vos agendas… l’hiver sera chaud!

 

A+

 

22/02/2010

Fabien Degryse Trio à la Jazz Station

Mercredi 3 février, Fabien Degryse était en trio à la Jazz Station. Il venait présenter le deuxième chapitre de «The HeArt Of The Acoustic Guitar».

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Dans le club, bien rempli comme souvent, je discute d’abord avec Bart De Nolf. Je n’étais pas allé écouter ses concerts avec Dré Pallemaerts et Andy Sheppard, dans le cadre des Jazzlab Series. 9 concerts! Et je n’ai pas eu l’occasion d’en voir un seul! Vous parlez d’une malchance! Pourtant, un projet comme celui-là, valait le coup d’être vu, non? Et ce n’était pas l’envie qui me manquait. De ce trio, je n’ai eu l’occasion que d’entendre quelques morceaux lors de leur passage chez Jef Neve, sur Klara. Et le peu que j’en ai entendu m’avait mis encore plus l’eau à la bouche.

Outre le phrasé incomparable de Sheppard sur ses compositions originales ou celles de Bart De Nolf (lui qui me dit pourtant ne pas être un « vrai » compositeur possède quand même un bien beau talent), on découvre aussi une approche originale et une envie de décomplexer la musique. Bart s’essaie, par exemple, au «scratch». Oui, oui, avec une platine comme un DJ. C’est en Thaïlande, lors d’une série de workshops qu’il donnait là-bas, qu’un(e) DJ lui a appris les principes. À l’invitation de Sheppard, il a intégré cette idée dans le trio.

Mais à propos, comment est-il né, ce trio? De manière très simple et très naturelle. Bart a rencontré Andy Sheppard au sein du groupe du pianiste français Jean-Marc Machado dans lequel ils jouaient tous deux. L’envie de jouer ensemble est née là. Plus tard, à Paris, Bart emmène Andy voir Dré Pallemamerts, qui joue au Duc Des Lombards. Le saxophoniste anglais annonce tout de go à Bart que c’est avec ce batteur qu’il faut former le trio. L’affaire est entendue, ne reste plus qu’à écrire des morceaux, à jouer et à tourner. Jazzlab Series saute sur l’occasion. Quatre ans après, le projet est devenu réalité. Un disque? Peut-être, mais pas tout de suite. (Sheppard va bientôt sortir un album en trio avec le batteur Sebastian Rochford (Polar Bear) et le contrebassiste Michel Benita.) Une nouvelle tournée? En France, Belgique et ailleurs? C’est plus probable. Et c’est tant mieux pour moi, je pourrai enfin refaire mon retard!

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Mais revenons au trio de Fabien Degryse.

Fabien n’est pas un guitariste de jazz tout à fait comme les autres. Ce qu’il aime, c’est le son de la guitare acoustique, celui qui vient de l’intérieur. Il cherche toujours cette résonance qu’il s’obstine à magnifier. Du coup, pas de plectre pour lui. Il veut sentir la vibration, le contact direct de ses doigts (et de ses ongles) sur les cordes d’acier. Et puis, dans ses mélodies, que ce soit dans leurs constructions ou dans la façon de les jouer, on sent toujours cette recherche, ce besoin de «nature» révélé par un côté folk prêt à jaillir. Et à écouter sa musique et à lire les titres des morceaux, on ne doute pas que Fabien se sente très impliqué à la cause environnementale («Painting The Planet», «Tears On A Leaf» ou «Some Scary Future!» en sont des exemples clairs.) Tout se tient.

Bien sûr, il y a le fumet du blues et du swing qui plane, englobé dans une intension assez moderne et actuelle. Fabien ne cache d’ailleurs pas son admiration pour Sylvain Luc, Nelson Veras ou encore le très peu connu (pour ma part en tout cas) Tommy Emmanuel. Parmi ces virtuoses, Fabien Degryse n’a pas à rougir. Il suffit de l’entendre en solo sur «Manzaka Mankoyi» aux accents très africains pour s’en convaincre. Et puis, que ce soit dans les ballades («Dream And Goals» ou le tendre et bluesy «The Mazy-k Place» en hommage au club N’8 Jazz) ou dans des thèmes nettement plus groovy («Alea» ou «The Funny Worm» par exemples) Degryse parvient toujours à phraser avec originalité et à surprendre. Jamais il ne semble à court d’idée et ne s’autorise aucun gimmick «attendu». Mais ce n’est pas pour cela qu’il va occulter le travail de ses acolytes: on parle ici d’un trio, un vrai. Sans apport d’un autre instrument harmonique, il faut que l’entente soit parfaite et que la musicalité de tous soit au rendez-vous. Bart De Nolf dialogue avec tendresse et finesse avec le guitariste. Sa contrebasse joue presque le rôle de seconde guitare. Bruno Castellucci, tempère autant qu’il dynamite certains morceaux. Le batteur est d’une rigueur métronométrique et d’une souplesse déconcertantes. On joue avec décontraction des morceaux finement ouvragés.

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Les trois musiciens sont d’une complicité à toute épreuve. Il n’y manque rien. Pourtant, sur l’album qui vient de sortir, Fabien a invité l’excellentissime John Ruocco à venir illuminer de sa clarinette quelques morceaux, ainsi qu’un jeune et prometteur accordéoniste Thibault Dille.

Avec ces deux hôtes, la musique de Fabien Degryse s’envisage sous un autre angle. Elle prend un autre relief. Toujours subtile et aussi délicate. De quoi apprécier le live d’une certaine manière et de continuer le voyage d'une autre avec le cd.

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Si vous voulez voir le trio, allez vous balader du côté de Alost, Ninove ou Denderleeuw pour le Jazz-Madd le dimanche 7 mars, vous aurez trois occasions d’entendre le trio en une seule journée… (infos ici…)

 

A+

 

26/01/2010

Ceci est l'Âme des Poètes. Théâtre Marni

Se rendre à un concert de l’Âme des Poètes est toujours un plaisir. On y va pour le la musique, bien sûr, mais aussi pour les commentaires et les jeux de mots de Jean-Louis Rassinfosse. C’est son pêché mignon. Il ne peut s’en empêcher. Et il ne s’en prive pas.

Même le plus mauvais des calembours trouve sa place ici. C’est souvent tiré par les cheveux, mais c’est souvent très drôle. Et, bien évidemment, c’est souvent surréaliste. Nous sommes en Belgique, non? Quoi de plus normal dès lors que, pour leur sixième album («Ceci n’est pas une chanson belge», sorti chez Igloo), le trio se soit attaqué aux chansons de notre plat pays. Bien sûr, il y a déjà eu tout un album dédié à Brel. Qu’à cela ne tienne, le Grand Jacques est à nouveau invité! Mais cette fois-ci, il est entouré d’Adamo, Arno, Telex, Pierre Rapsat, Sandra Kim ou encore Le Grand Jojo !! Il n’y manque plus qu’Annie Cordy ! Plus belge que ça… c’est la Mort Subite !

Celui qui n’a jamais entendu l’Âme des Poètes pourrait être perplexe devant un tel programme. Mais s’il l’écoute, il risque d’être surpris. Et plutôt dans le bon sens. C’est que le groupe a le génie de ne pas «jazzifier» bêtement les airs populaires. «Jazzifier»! Quel vilain mot! Il rime avec édulcorer, frelater, débiliter…

Pas question, donc, pour l’Âme des Poètes, de s’en tirer avec un «chabada». Il y a, ici, un véritable travail sur la musique, avec des arrangements aussi magnifiques qu’étonnants.

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Ce mardi 20 janvier, pour la sortie officielle du disque, la salle du Théâtre Marni est remplie. Sur scène, Pierre Vaiana (ss) sifflote et Fabien Degryse (g) tapote patiemment l’éclisse de sa guitare en attendant que Jean-Louis Rassinfosse mette de l’ordre dans ses partitions, chausse ses lunettes, règle le tabouret, ajuste le pupitre…

Le ton est donné: on ne se prend pas au sérieux.

Mais quand les premières notes résonnent on comprend vite que l’on n’a pas affaire à des zieverer.

«C’est ma vie» d’Adamo, est tendre et léger, «Les rêves en nous» de Rapsat, est intime et délicat, puis, «Mon amour pour toi», de Fud Leclerc, qui m’était totalement inconnu, se révèle superbe de dynamisme et de swing. «Fud Leclerc, nous explique Rassinfosse, a représenté la Belgique à l’Eurovision avec cette chanson. Fud, s’appelait Fernand Urbain Dominic, d’où... Fud… Heureusement qu’il ne s’appelait pas Bernard Isidore Thierry !»…

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Et l’on continue avec «Chef un p’tit verre on a soif» dans une version orientale absolument merveilleuse. Avec cet arrangement, on est loin, très loin, de la chanson de guindaille (j’en avais touché un mot ici). Pendant que la guitare égrène les arpèges, le soprano imite presque le pungi des charmeurs de serpents sur des accords ondulants. Au loin, la contrebasse chante doucement la mélodie.

De même, «Tout petit la planète» de Plastic Bertrand (composé par Pierre Van Doormael !!!) est dépouillé, étrange, mystérieux, intriguant… quasi méconnaissable. Le trio accentue une certaine idée de la désolation. Le refrain s’exprime de façon lacunaire, comme s’il était perdu dans l’univers. L'ensemble est presque déstructuré, désintégré…

« J’arrive » de Brel est poignant, «L’amour, ça fait chanter la vie», façon bossa, est ondulant et «Eurovision» de Telex, mixé avec «J’aime la vie» de Sandra Kim, est un bijou de savoir faire…

Entre humour, tendresse et complexité harmonique, le trio fait mouche à chaque coup.

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Rassinfosse capte l’attention, bien sûr, mais il ne faudrait pas oublier la dextérité hallucinante et la musicalité de Fabien Degryse à la guitare. Il est capable de varier les intonations et de créer des univers différents de façon absolument éblouissante. Et Pierre Vaiana parfois doux, parfois âpre, parfois même insolant lorsqu’il joue le vilain canard sur «J’aime la vie», est d’une justesse et d’une maîtrise qui forcent l’admiration.

À écouter sur disque, bien sûr, mais à voir sur scène, sans aucun doute.

Ceci n’est pas un trio ordinaire - nom d’une pipe! - c’est l’Âme des Poètes!

 

A+

 

01/10/2009

Passage éclair à Saint-Jazz-Ten-Noode

Passage éclair à Saint-Josse qui proposait son 24ème festival Saint-Jazz-Ten-Noode ce samedi 19 septembre !

J’arrive trop tard pour entendre Thierry Crommen, mais je ne rate presque rien du concert de l’Âme des Poètes. Je n’ai pas eu l’occasion de voir ce groupe assez souvent et je le regrette.

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Derrière l’humour et une dérision affectueuse de leurs reprises de chansons françaises, il y a la rigueur de 3 excellents musiciens. Trois musiciens qui arrivent à réinventer la vie de chansons populaires mille fois entendues. Avec nos trois gaillards, même une chanson du Grand Jojo passe pour une œuvre majeure de la musique. La reprise de «Chef, un p’tit verre, on à soif!», entièrement retravaillée sur un rythme oriental, est jubilatoire.

Pierre Vaiana, notre Django d’Or 2009, est merveilleusement ondulant. Un véritable serpent des sables, agile, précis et insaisissable.

Fabien Degryse, (dont je vous conseille lle second album « The Heart of the Acoustic Guitar » qui sort sous peu… je peux déjà vous dire qu’il contient quelques petites perles) est épatant à la guitare. Parfois bluegrass, parfois manouche, parfois classique. Une fois nerveux, une fois tendre, une fois lyrique… toujours pétillant. Un régal.

Et puis, il y a Jean-Louis Rassinfosse, toujours aussi facétieux dans la présentation des morceaux - le roi du jeu de mots – qui, lorsqu’il empoigne sa contrebasse, la fait chanter comme personne d’autre en Europe.

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La musique semble simple mais demande assurément une exigence incroyable de la part des musiciens. L’Âme des Poètes devrait bientôt sortir un nouvel album. Cela nous promet bien du plaisir.

Place ensuite à Nathalie Loriers. J’aurais bien voulu assister au concert de Nathalie dont le dernier album vient de sortir chez De Werf (avez-vous écouté la nouvelle version de «Mémoire d’O» ? Rien que pour cela, le CD vaut l’achat!).

Mais un autre rendez-vous important m’attendait (il faut toujours tenir les promesses que l’on fait à ses enfants ;-) ) et j’abandonne le chapiteau qui résonne des premiers accords du quartette.

J’irai écouter Nathalie, de même que Toine Thys et son Hammond Trio qui se produisait un peu plus tard à la Jazz Station, une autre fois … Ça aussi c’est une promesse que je m'oblige à tenir!

 

A+

 

28/05/2007

Le Jazz Marathon et une leçon. (Part1)

Bon, si vous le permettez, mon marathon, je vais vous le raconter en plusieurs étapes.
Il faut savoir ménager l’organisme après une telle orgie…

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Vendredi 27, Grand Place, le monde afflue pour assister au premier concert du Jazz Marathon 2007.
Le soleil (qu’on avait pourtant prévu aux abonnés absents) est de la partie. Pour combien de temps ? Suspens…

Sur scène, le trio de Fabien Degryse, avec Bart De Nolf à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie.

La musique est chaude et sensuelle. Couleur un peu bossa mâtinée de blues, le trio propose la plupart des morceaux qui se trouvent sur le récent album : «The Heart of the Acoustic Guitar».
On remarque toujours la belle fluidité de jeu de Fabien, les interventions profondes de Bart De Nolf et le drumming précis de Castellucci.
Fabien enchaîne «Dream And Goals», l’excellent «Da Ann Blues» ou encore la suite «Away From Your Love – It’s A Long Jorney – Back Home» avec une belle élégance.
Un beau moment de bonheur simple qui place le week-end sur une bonne voie.

Direction Place Ste Catherine.
Autre son de guitare : c’est celui de Greg Lamy.
J’arrive pour les deux derniers morceaux, dommage. Il me semblait pourtant que le groupe aurait eu encore le temps de jouer avant de laisser la place à Soul and Soul Band.
J’aime bien la nouvelle mouture du quartet de Greg : ce mélange bop au parfum de musiques antillaises (pas dans la «construction», mais dans le son que Greg donne à sa guitare : un effet «steel drums» des plus judicieux).
Il est entouré par de solides musiciens français : Gauthier Laurent (b), Jean-Marc Robin (dm) et surtout David Prez (s) qui vient de sortir son premier album chez «Fresh Sound New Talent» avec Romain Pilon, Yoni Zelnik et Karl Jannuska.
Je vous le conseille déjà.

Je discute un peu avec les quatres gaillards en écoutant le groupe Soul And Soul Band dans lequel Lorenzo Di Maio (g) a remplacé Marco Locurcio pour l’occasion.
Comme son nom l’indique : c’est de la soul. Tendance parfois funk ou R&B de très belle facture. Santo Scinta impose une pulsion énergique et parfaite tandis que les interventions de Didier Deruyter à l’orgue Hammond rehaussent encore un peu plus le côté dansant et chaloupé de l’ensemble.

Mais je ne m’attarde pas plus et je vais Place d’Espagne écouter Raffaele Casarano.

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Ça groove bien.
Le piano d’Ettore Carucci est fougueux, la contrebasse de Marco Maria Bardoscia est lourde et Alessandro Napoli imprime un rythme bien senti.
Je préfère d’ailleurs le groupe lorsqu’il prend cette option plus musclée que lorsqu’il déroule un jazz plus traditionnel, fait de balades un peu légères et parfois trop romantiques à mon goût.
J’aime bien le jeu du pianiste quand il se fait incisif avec quelques inflexions monkiennes : Raffaele n’en est que plus explosif.
Pas le temps de discuter avec les musiciens comme promis car je fonce à la Jazz Station pour écouter «Love For Trane».

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Ce projet, initié par Yannick et Nico de la Jazz Station, n’a rien à voir avec celui qui sera proposé à Gand au Blue Note Festival, comme je l’avais écrit. (Vous me laissez écrire n’importe quoi ! Heureusement qu’Erik Vermeulen m’a remis dans le droit chemin ! …pour une fois… :-) )
N’empêche, il serait dommage que ce projet n’aille pas plus loin que les deux concerts donnés lors de ce Jazz Marathon.

Pour rendre hommage à Coltrane sans tomber dans les platitudes, Bart Defoort a eu la bonne idée d’inviter Jereon Van Herzeele.
L’eau et le feu, en quelque sorte.
Deux facettes du saxophoniste.
Ajoutez à cela Nic Thys à la contrebasse, qui m’a vraiment «scotché» ce soir, Marek Patrman à la batterie et Erik Vermeulen, au piano et vous pouvez vous imaginer le niveau qu’on est en droit d’attendre de cette bande-là.
Hé bien, on n’a pas été déçu !
L’esprit Coltrane était bel et bien présent. Avec, en plus, toutes les influences du jazz d’ «après Coltrane».
Allons-y pour des relectures éblouissantes, étonnantes, bouillonnantes et fiévreuses de quelques-uns des «tubes» du Grand John.
Ce fut incroyable de swing, de groove, de force et de profondeur.
Nic Thys fut impérial, jouant autant sur les longueurs de notes qu’avec une force brute. Et Marek fut plus jazz que jamais, n’oubliant jamais les éclats surprenants dont il est capable.

Les deux saxophonistes se complètent merveilleusement. Il y a une dynamique qui s’installe et un chemin qui s’ouvre au fur et à mesure que le concert avance. On va toujours plus haut, toujours plus loin.
On ressent un véritable esprit de groupe.
Ce n’est pas pour rien qu’ils jouent resserrés au milieu de la scène. Tout acoustique.
Tout acoustique… mais qu’est ce que ça sonne !
Ce n’est plus un hommage, ça va bien au-delà.
Quelle Leçon…

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Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Je termine ma soirée à discuter avec le groupe jusqu’aux petites heures. Le Sounds et Daniel Romeo, ce sera pour demain.

Dehors il pleut.
On s’en fiche, il fera sec demain !

A+