20/02/2017

Tournai Jazz Festival 2017

Privé des habituelles salles de la Maison de la Culture, à cause de travaux, le Tournai Jazz Festival se devait de trouver un nouvel endroit pour sa 6ème édition. Quand on sait que les salles de spectacles ne sont pas légion dans cette ville, ce n’était pas gagné.

Face à l’adversité, certains auraient jeté l’éponge, mais c’était sans compter sur l’énergie et l’enthousiasme débordant d’une équipe de bénévoles dévouée au jazz et à la bonne cause (rappelons que la plupart des bénéfices sont reversés, via le Fifty One Club, aux plus démunis).

C’est donc en plein centre de la ville, sur la Grand Place, que le festival s’est installé. Et pour cinq jours ! D’une part sous le beau chapiteau du Magic Mirrors et d’autre part à la Halle aux Draps. Le résultat : carton plein ! Le public tournaisien – et même celui venu de bien plus loin - a répondu présent, et le festival a affiché complet du mercredi au dimanche.

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Comme chaque année, les organisateurs avaient alternés concerts de groupes locaux, belges et internationaux. Ce sont les français de Polvèche Quintet qui ont d’abord partagé la scène avec les tournaisiens d’Uncle Waldo et de Glass Museum.

Le lendemain, c’est l’Âme des Poètes qui a émerveillé le Magic Mirrors avant de laisser la place, à la Halle aux Draps, à CharlElie Couture. C’était, pour ce dernier, le seul et unique concert en Europe. Concert bien légitime dans le cadre de ce festival , quand on connaît l’excellent album blues « Lafayette » que le célèbre chanteur français, expatrié à New York, vient de sortir. Et, en trio, ce soir, on peut dire qu’il a conquis tout le monde.

En fin de soirée, Récital Boxon, emmené par la chanteuse Maïa Chauvier, bousculait un peu le public avec ses chansons engagées à la poésie incisive, dans un mélange de jazz, de folk, de rock et de spoken words. Un groupe à suivre.

Vendredi, déjà le troisième jour !

Le Magic Mirrors est l'écrin idéal pour la musique scintillante, groovy et poétique de Lorenzo Di Maio. Le quintette du guitariste a sorti un premier album (Black Rainbow) très réussi qui a été salué par une presse belge et internationale unanimes. Ce soir encore, le groupe démontre tout son potentiel et ses qualités. Du groove d'abord avec « Lonesome Traveller », puis le nerveux « No Other Way » dans lequel Nicola Andrioli (p) et Jean-Paul Estiévenart (tp) surenchérissent de maestria. Les doigts du pianiste s'affolent sur le clavier pour provoquer le trompettiste qui n'attend que ça. Estiévenart invente, malaxe, tord, étire et hache les notes avec un appétit féroce. « Black Rainbow » ou « Détachement », tout en douceur et en esprit americana, laissent divaguer la guitare chaude et languissante de Di Maio, soutenue par la basse sensuelle de Cédric Raymond. On ressent chez ce denier le côté multi instrumentiste qui lui permet de sortir des plans auxquels on ne s’attend pas. Il joue vraiment avec le groupe. C'est un peu pareil pour Antoine Pierre aux drums, qui découpe, précède ou construit, presque abstraitement, les thèmes en gardant une pulsation précise. Avec le très milesien « Open D », boosté par un intenable Nicola Andrioli au Fender Rhodes, suivi du jubilatoire « Santo Spirito », Lorenzo Di Maio Quintet conclu un concert de grande efficacité.

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Le temps de traverser la Grand Place et nous voilà à la Halle aux Draps. Soulignons le travail remarquable sur l’acoustique faite par toute l’équipe de techniciens de la Maison de la Culture. Pas facile, en effet, de sonoriser la cour intérieure couverte, d’un édifice tout en pierres datant de la Renaissance. Mais l’endroit est sublime et se prête, ici aussi, merveilleusement bien à la musique toute en atmosphère d'Anouar Brahem. Le oudiste, accompagné par Björn Meyer à la basse, Klaus Gering à la clarinette basse, François Couturier au piano et par l’Orchestre de Chambre de Wallonie conduit par Frank Braley, entame un long morceau contemplatif dont il a le secret. Le tunisien reprend principalement le répertoire de son album « Souvenance », sorti chez ECM en 2015. La basse électrique, au son très mat, fait écho au oud, léger comme le vent. Tandis que les cordes déroulent un tapis ondulant et mouvant, la clarinette basse sonde les mystères de la mélancolie. Le piano quant à lui, dialogue sobrement avec l’orchestre et amène une pointe de fraîcheur. Nous sommes à la croisée de la musique arabe, du jazz et du classique. Quelques rares interludes improvisés des solistes permettent les transitions bienvenues entre les morceaux qui, malgré leur éblouissante écriture, semblent parfois s’étaler juste un peu trop. On voyage dans un grand paysage harmonique, jamais grandiloquent ni étouffant, on plane et on se recueille presque. Il faut remarquer et saluer aussi la qualité d'écoute d’un public subjugué, respectueux, attentif et très enthousiaste. Ce qui est toujours agréable.

La transition est parfaite entre la musique d’Anouar Brahem et celle de Quentin Dujardin et Ivan Paduart, qui présentaient « Catharsis » en quintette, dans un Magic Mirrors noir de monde. Ici aussi, il s’agit de tirer un trait d'union entre la musique méditerranéenne, défendue par le guitariste, et le jazz plus affirmé délivré avec vigueur par le pianiste. Au duo de base, s’ajoutent le magnifique trompettiste Bert Joris – qui vient de sortir une perle avec le BJO - le bassiste électrique Théo de Jong et le batteur Manu Katché. Ici, c’est le groove et le swing moderne qui prennent rapidement le dessus. « Délivrance » puis « Far Ahead » donnent le ton. Les échanges sont vifs mais nuancés. « Retrouvailles » est plus intimiste et la guitare de Dujardin est bien mise en avant. Le jeu est fin, équilibré et brillant. Tout comme Paduart, Dujardin ne cherche pas nécessairement les accords complexes, du moins en apparence, mais essaie toujours de faire passer l'émotion au travers d’un jeu subtil et vivant. Associés au son enrobant mais toujours limpide de Bert Joris, les morceaux délivrent toutes leurs saveurs, à la fois épicées et sucrées. Entre Manu Katché, au jeu sec et tendu et Ivan Paduart, plus aérien mais aussi parfois très percussif, l’entente est parfaite. La musique bouge, se transforme, se déplace. Le jazz se mélange aux rythmes hispanisants et dansants, voire funky, comme sur un « Human Being », par exemple, dans lequel Théo de Jong fait éclater tout son talent avant que Katché ne conclue la soirée d’un solo époustouflant.

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Samedi, ça ne fait que commencer !

Le pari était plutôt osé de programmer le premier concert de samedi à 15 h30. Mais, bonne surprise : même si le Magic Mirrors n'est pas rempli au début du concert, il se comblera très vite pour accueillir le Heptatomic de Eve Beuvens ! Voilà qui confirme une réelle curiosité et un engouement certain du public tournaisien pour le jazz. Au fil du temps, le projet de la pianiste a pris du corps. A l'esprit migusien qui en avait surpris plus d'un lors de sa création au Gaume Jazz en 2013, Heptatomic semble y avoir ajouter une pointe George Russel, de Lennie Tristano ou même peut-être de Gunter Shuller. Toutes ses influences, conscientes ou pas, nourrissent un jazz moderne, acéré et franchement jubilatoire. La musique est angulaire mais ne manque certainement pas de swing. Elle rebondit, elle fonce, elle attend, elle recule pour mieux sauter. Et c'est tout bonus pour les solistes. Sam Comerford (ts), Grégoire Tirtiaux (as) et Jean-Paul Estiévenart se relaient tour à tour pour emmener la musique toujours plus loin. Benjamin Sauzereau inocule l’ensemble de riffs diaphanes dans un jeu très personnel, quant à Manolo Cabras, faisant claquer les cordes de sa basse et Lionel Beuvens à la batterie, ils assurent une rythmique des plus efficaces. Mélangeant nouveaux et anciens thèmes, Eve Beuvens et sa troupe arrivent à capter l'attention du public et à rendre toute cette émotion, énergique ou fragile, avec assurance. Bien équilibré et bien pensé, entre complexité et sensibilité, le set se prolonge par un rappel auquel Eve elle-même ne s'attendait pas, prouvant ainsi la qualité du projet et l’intérêt du public pour celui-ci.

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Vers 17h30, la Halle aux Draps a fait le plein pour accueillir le duo du pianiste Jacky Terrasson et du buggliste Stéphane Belmondo. Ceux-ci présentent le très intimiste album « Mother » sorti l'année dernière. Entre ballades originales et standards, joués sobrement et avec une pointe d'humour, la musique berce l'auditoire avec bienveillance. Il faut un petit temps pour que le concert trouve sa voie, mais quand l'inspiration vient, on sent les deux musiciens totalement complices. Ils n'hésitent pas à parsemer les thèmes de citations. Ils déconstruisent et remontent à leur façon des airs que l’on connaît presque par cœur. Le duo mixe les moments de mélancolie et les moments de totale désinvolture. Le jeu de Terrasson est à la fois romantique et rythmiquement ferme. Belmondo n'hésite jamais à désamorcer la tension qui risquerait d’envahir un peu trop la musique. Du coup, après l’émouvant « You Don’t Know What Love Is » et surtout « La chanson d’Hélène », délivrés avec une sensibilité à fleur de peau, « Les valseuses », « Fun Key » ou encore « Pompignan » se dégustent avec un plaisir non feint.

Sur les coups de 19h 30, la salle est archi comble lorsque Kyle Eastwood monte sur scène. Le démarrage est explosif et ne donne aucun doute sur l'objectif de la musique que le contrebassiste défend. « Proceco Smile » et « Bullet Train » déboulent avec furie. C’est clair, Eastwood veut, comme il le dit lui-même, payer son tribu à la musique des années ‘50, celle des Blakey, Morgan et Silver. Loin d'en faire une simple copie, Eastwood et ses compagnons insufflent un son bien actuel et décomplexé. Quentin Collins à la trompette et Brandon Allen au sax se relaient pour faire monter l’intensité. Ça y va à l'énergie. Franck Agulhon fouette et frappe dans un pulse toute maîtrisée ses fûts, tandis qu’au piano, Andrew McCormack distille des phrases bop bien senties. Le leader impressionne aussi dans son jeu à l’archet, sur « Marrakech » notamment. On le préfèrera à la basse acoustique qu’à l’électrique, qui est pourtant son instrument de prédilection. En effet, la version de « Dolphin Dance » un peu trop respectueuse et « Letter From Iwo Jima » en duo basse électrique et piano, font légèrement baisser l’enthousiasme. Après ce passage un peu plus faible et d’autres moments presque trop pop, le groupe reprend des forces avec « Caipirinha » et un « Big Noise From Winnetka » enflammé. Quant au « Boogie Stop Shuffle » en rappel et entamé en solo, il sera concis, direct et intense comme on l’aime.

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A son tour, Manu Katché a fait salle comble et a soigné la mise en scène. Arrivée de star dans la pénombre tandis que le groupe entame l’intro d’ « Unstatic », du nom du très bon album sorti récemment. Comme sur le disque, Katché suit fidèlement l’ordre des morceaux. Il laisse juste l’espace qu’il faut aux saxophonistes, Raffaele Casarano et Torre Brunborg, pour improviser. Jim Watson se partage entre le piano et le Fender, distillant des notes plus soul. Quant à Jérôme Regard, il assure avec fermeté un tempo solide. Il faut quand même laisser à Manu Katché un style et un son particuliers, reconnaissables entre cent. Sa façon de faire sonner les cymbales, de redoubler les coups sur les caisses claires et les toms, tout en gardant un gros son bien marqué, est assez unique. « City », Blossom » ou « Daze Days » défilent. Le groupe reste assez proche des mélodies, très écrites, enregistrées sur l'album. Cela en rassure certains et laisse un petit goût de trop peu à ceux qui aiment les surprises. Mais en rappel, l’éternel « Cherokee » permet à tous de vraiment se lâcher. Et c’est bon ! Trois rappels se succèdent alors pour combler un public très enthousiaste.

Et comme si cela ne suffit pas, le festival a encore prévu un concert ! Il est près de minuit quand le Nu Jazz Project du trompettiste François Legrain monte sur la scène du Magic Mirrors qui ne désemplit pas. « Do You Know Where You’re Coming From ? », « Siegfried », « Keep Me In Mind » s’enchainent. Le public est toujours là et danse sur les rythmes jazz, drum ‘n bass et hip hop du collectif. Le mélange fonctionne assurément bien. Les cuivres sonnent ( Dominique Della-Nave au trombone, Maayan Smith au sax), le drumming de Sylvio Iascio est puissant, DJ Odilon crache les scratchs, soutenu par Brieuc Angenot à la basse. Quant à Dorian Dumont au piano électrique, il s’immisce entre les voix de Soul T et Angela Ricci qui assurent un flow parfait.

 

Come Sunday.

Pour les insatiables et les lève-tôt, l’organisation avait prévu, dès 11h du matin, une série d’animations et de concerts gratuits ! A commencer d’abord par une évocation de Boris Vian, puis des concerts des élèves du conservatoire de Tournai. Vers 16h. c’est le big band JMO, sous la houlette du jeune pianiste Gilles Carlier, qui propose ses compositions originales et des standards peu joués, dans des arrangements qui ne craignent pas la sophistication. Plutôt osé pour un band d’amateurs. Mais le travail et l'audace paie. On remarquera ainsi quelques bons solistes tels que le saxophoniste Thomas Van Ingelgem sur un « Chronométrie » assez complexe, un trompettiste sur « Walkin' Tiptoe » de Bert Joris ou encore l’excellente chanteuse Sarah Butruille, sur « Avalon » de Natalie Cole, entre autres.

Et pour conclure ces cinq jours intenses, Fabrice Alleman met un point d’honneur à offrir un concert sublime et sans faille, malgré un léger problème technique et une courte panne qui prive le chapiteau de lumière, mais pas de musique, pendant quelques minutes. « Obviously » est sorti en 2013 déjà, et ne cesse de bonifier. Ce projet qui allie jazz sensuel et rythmes groovy n’oublie pas la tendresse dans les compositions magnifiées par le jeu aérien et à la fois déterminé de Nathalie Loriers. « Regard croisés » se développe tout en douceur et volupté. « Suite Of The Day » qui se décline en trois parties reste un must du répertoire d’Alleman. Le sax se déploie, crie puis s'amuse et laisse la place au Fender Rhodes, très soul et groovy, de Nathalie Loriers. Et le final, plus funk jazz et un peu canaille, embrase la salle. Lionel Beuvens et Reggie Washington assurent une rythmique parfaite. « Take It As It Is », en duo piano/soprano, et même sifflée, est une ballade sensible et romantique d’où s’échappent de belles notes bleues. Pour terminer, « Open Your Door », rageur et revendicatif, et « Crazy Races », tendu et galopant, vont titiller les limites du « out ». Ces nouveaux morceaux donnent encore plus de corps à un projet qui mêle humanisme et rage, bonheur et inquiétudes. Et qui devrait continuer à évoluer.

Une fois de plus, le Tournai Jazz festival a tenu toutes ses promesses. Il y en a eu pour tous les goûts ! C’était un cadeau pour ceux qui ne connaissaient pas le bon jazz, ou s’en faisait une fausse idée, et pour ceux qui ne jurent que par lui.

On se donne déjà rendez-vous en 2018 avec le même plaisir et la même gourmandise.

 A+

Photos : © JC Thibaut

 

06/09/2015

Belgian Jazz Meeting 2015

Troisième du nom, le Belgian Jazz Meeting s’est tenu à Bruges cette année.

Le Belgian Jazz Meeting ? C’est quoi ?

Organisé en collaboration avec Jazz Brugge, De Werf, Kunstenpunt, MUSEACT, Les Lundis D’Hortense, WBM, et JazzLab Series, ce meeting de trois jours a pour but de promouvoir le jazz belge hors de ses frontières.

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Le Belgian Jazz Meeting ? Qu’est ce qu’on y fait ?

On y écoute du jazz, bien sûr !

On y retrouve 14 groupes belges sélectionnés parmi plus de 160 candidatures.

On rencontre des journalistes, des programmateurs, des agents, d’Europe et du reste du monde.

On parle anglais, français, néerlandais, italien, allemand, finnois… parfois tout en même temps, dans une même conversation.

On noue des contacts.

On écoute du jazz !

On boit une bière. Ou deux. Ou plus.

On va se coucher trop tard. On se lève trop tôt.

On écoute du jazz !

On se balade sous la pluie.

On découvre des projets.

On discute, on s’interroge, on s’échange des avis.

Mais surtout… on écoute du jazz…

On écoute d’abord Lab Trio. La musique est acérée, les compos ciselées. L'ensemble est peut-être un peu trop cérébral. Le drumming de Lander Gyselinck, fin et précis répond parfaitement au jeu très inspiré de Bram Delooze. Quant à Anneleen Boehme (cb), elle maintient le cap avec juste ce qu’il faut de robustesse et d’ouverture.

On est soufflé par la prestation de Jean-François Folliez Playground. Le clarinettiste a réuni autour de lui une rythmique d’enfer (Janos Bruneel à la contrebasse, Xavier Rogé aux drums et Casimir Liberski au piano), et ça trace ! Pas un seul moment faible. Les compos sont pleines de surprises, avec des changements de directions qui surviennent sans crier gare et des solos qui racontent des histoires. Ceux de Casimir Liberski, par exemples, sont d’une fougue et d’une force surprenantes. Un groupe à suivre de très près !

On se laisse emporter par l’Heptatomic d’Eve Beuvens. Le lyrisme côtoie l’exaltation. Le bop se fait bousculer par le free. Les interventions de Benjamin Sauzerau (eg), Laurent Blondiau (tp) ou encore Sylvain Debaisieux (ts) sont toutes au service d’une musique très… vivante.

On se laisse bercer par le Kind Of Pink de Philippe Laloy (as, flûtes, voc). Les thèmes de Pink Floyd sont recolorés avec beaucoup de subtilité et d’intelligence pour en garder tout l’esprit et éviter la mauvaise copie.

On en prend plein le plexus avec MikMäâk. Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (as) réussissent sans cesse à renouveler la musique du combo, tout en lui gardant son identité. La musique semble se jouer par grappe : tantôt les cuivres, puis les anches, puis les cordes. Et tout est d’une cohérence et d’un groove étonnants. On retient, par exemple, le travail de Pascal Rousseau (tuba), Gregoire Tirtiaux (bs) – et son long solo tout en respiration circulaire est bluffant – Pierre Bernard (flûte) ou encore Claude Tchamitchian (cb).

On se repose comme on peut et, le lendemain, à onze heure du matin…

... on se concentre et on se laisse dériver par la musique très intimiste et très minimaliste de Joachim Badenhorst (cl, bcl) et Brice Soniano (cb). Le feulement, les respirations, les sons étouffés, les rythmes cachés et parfois déstructurés : voilà les ingrédients. Bien sûr, c’est un peu ardu… Mais quelle écoute. Quels échanges. Quelle qualité musicale !

On se fait plaisir avec le trio de Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (cb) et Tineke Postma (as, ss). Avec ces trois-là, la musique circule avec aisance. Les mélodies se développent avec autant de délicatesse que de fermeté. Le trio (sans batterie) arrive toujours à maintenir la tension, aussi bien dans les moments enlevés que dans les ballades. La classe.

On se balade dans le grand hall du Concertgebouw où se sont installés les différents acteurs du jazz belge (agents, maisons de disques, musiciens, associations) pour tenter d’accrocher les invités étrangers.

On vit l'installation "Loops" de Bart Maris.

On remet le prix Sabam au jazzman confirmé (l’incontestable Laurent Blondiau) et au jeune jazzman (Antoine Pierre est enfin récompensé, à juste titre, pour son travail avec Philip Catherine, LG Jazz Collective, TaxiWars et autres. On attend avec impatience son projet personnel, Urbex, qu’il présentera au Marni le 10 et à Liège (Cinéma Sauvenière) le 17. Et puis, on récompense aussi l’infatigable et incontournable Jean-Pierre Bissot (Jeunesses Musicales, Gaume Jazz et bien d’autres choses encore).

 

 

On applaudit Pierre De Surgères (p) et son trio. En se disant peut-être que le choix des morceaux rendait sa prestation un peu disparate.

On reprend un peu de LG Jazz Collective. Toujours impeccable. Concis, puissant et de mieux en mieux rôdé. Et puis, le groupe nous réserve toujours des petites surprises.

On prend une belle claque avec De Beren Gieren ! Le groupe de Fulco Ottervanger (p), Lieven Van Pée (cb) et Simon Segers (dm) vient de publier son dernier album chez Clean Feed. Cela donne une idée de l’esthétique musicale. Le trio est impressionnant, alliant complexité rythmique et harmonique avec une énergie débordante. De Beren Gieren mélange le jazz, le rock et les bidouillages électro. Et c'est très fort !

On subit le rock de Nordman. Le son est puissant, la musique est lourde. L’esprit est rock.

On se déhanche avec Black Flower. L’excellent groupe de Nathan Daems (ts, flûtes, kaval) mélange le jazz, la musique éthiopienne et l’afrobeat. C’est un tourbillon rythmique, ondulant et sensuel, avec une bonne dose de personnalité. Du haut niveau.

On se réveille difficilement dimanche matin.

On est subjugué par le talent insolent et la maturité des très jeunes Hendrik Lasure (p) et Casper Van De Velde (dm). Ces deux-là ont du culot, un sens du phrasé, du rythme et de l’échange. La musique est pleine de finesse, d’humour et de surprises. Schntzl (c’est le nom du groupe) est une révélation.

On s’émeut avec le projet « Secrets » de Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tb), Marine Horbaczewski (cello). Le trio a invité la chanteuse d’opéra Claron McFadden à chanter ou déclamer quelques secrets d’anonymes, parfois drôle, parfois très sombres, mais toujours très touchants. Poésie, musicalité, sensibilité. On est frappé en plein cœur.

On s’échange nos dernières impressions.

On se dit que cette édition était d’un tout bon niveau.

On espère que cela portera ses fruits.

Et on se dit que le jazz donne quand même un belle idée de ce devrait être ce pays.

 

 

 

Belgian Jazz 2015 by Belgianjazzmeeting on Mixcloud

 

 
 

 

A+

 

 

 

26/08/2015

Playlist 02 - rentrée 2015 - Selection

Une playlist (et quelques mots) pour une rentrée réussie.

Voici une petite sélection des albums écoutés ces derniers temps.

 

 

Shades Of Blue de Harmen Fraanje (p), Brice Soniano (cb) et Toma Gouband (dm). C’est une certaine plénitude qui émane de cet album. Et en même temps, on y ressent parfois le tourment, le questionnement. Le piano de Harmen Fraanje semble hésiter avant de lâcher les indices d’une piste mélodique à découvrir. La contrebasse et la batterie battent la chamade. Les moments sont suspendus. Superbe album.

God At The Casino de Manu Hermia (saxes), Valentin Ceccaldi (violoncelle), Sylvain Darrifourcq (dm). Brûlant comme un alcool fort ! Un violoncelle qui ne se laisse pas faire, un sax parfois fou, un soupçon d’électro et un drumming hors normes. Et de l’humour dans une musique tantôt furieuse et abstraite, tantôt extatique.

Drop Your Plans de Bambi Pang Pang. Avec Andrew Cyrille aux drums, on pouvait s’attendre à un free jazz explosif. Il n’en est rien. Impros et compos se mêlent dans une étonnante douceur. Tout est pesé, soupesé… Et tout respire. La musique et les silences circulent entre Seppe Gebruers (p), Laurens Smet (cb) et Viktor Perdieus (as). Magnifique de bout en bout.

Cécile McLorin Salvant maîtrise avec une élégance rare la tradition du jazz vocal. Digne héritière de Sarah Vaughan, son dernier album (For One To Love) est un véritable bijou.

Revenons dans le puissant. Alive, de Gratitude Trio (Jereon Van Herzeele (ts), Louis Favre (dm) et Alfred Vilayleck (eb) ). Avec eux, on démarre là où Coltrane s’était arrêté. De la fougue, de la maitrise, de l’adrénaline et des sentiments. Des impros inspirées, une écoute parfaite et des dialogues forts. Un must.

A mi-chemin entre Miles électrique et le soul funk, la trompettiste américaine Ingrid Jensen, épaulée par Jason Miles et une pléiade de musiciens (Gene Lake, Cyro Baptista, James Genus, Jerry Brooks et autres) évoquent l’esprit du Prince des Ténèbres. Si ce n’est pas terriblement surprenant, c’est, en tout cas, extrêmement juste. Un délice.

Et Heptatomic de Eve Beuvens, bien sûr. La pianiste avait fait sensation lors du Gaume Jazz en 2013 avec sa carte blanche qui s’est transformée en véritable groupe. Les références ne manquent pas : Basie, Ornette, Mingus, Tristano et sans doute la musique européenne aussi. Mais tout ça est explosé par Laurent Blondiau, Manolo Cabras, Grégoire Tirtiaux et les autres. Formidable réussite.

Et puis, ce qui ne se trouve pas sur le lecteur mais qui vaut la peine d’être entendu :

Babelouze de Michel Massot et sa bande. Pavane de l’âne fou. Une fanfare blues et funky (genre brass), teintée de rythmes africains et pleine de bonne humeur. Euphonium, trombone, sousaphone, percus en tous genres, mais aussi des voix d’ensemble, semblent déambuler dans une ville imaginaire pour y faire la fête. Et ça marche !

 

Ner6ens from Erik Bogaerts on Vimeo.

 

Lampke de LIop. Ambiance électro acoustique. Mélanges de bruits, de sons et de musique. Une sorte de voyage dans un univers fantasmé, amniotique, plutôt tendre et rêveur. Aux commandes, Jens Bouttery (dm), Benjamin Sauzereau (eg) et Erik Bogaerts (ts). Une expérience improvisée, pleine de surprises et de douceurs. C’est différent, c’est étonnant, c’est envoûtant.

 

 

Et pour finir : Fabian Fiorini en solo. Superbe album, parfois sombre, plutôt introspectif, mais d’une grande liberté d’expression. Entre jazz et musique contemporaine, le piano sonne et résonne avec une profondeur inouïe. Un travail très personnel et remarquable.

A+

 

01/06/2015

Garif Telzhanov Trio à l'Archiduc

Le trio se connaît depuis quelques années et joue de façon plutôt informelle, quand l'occasion se présente. L'occasion, c'était ce samedi après-midi à l'Archiduc.

Garif Telzhanov (cb), Eve Beuvens (p) et Olivier Wery (dm) s’y sont donnés rendez-vous.

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L’occasion, c'est aussi de revisiter quelques standards et des thèmes peu joués. Il y a d’abord «I’ll Be Seeing You», très swinguant, puis «Eiderdown» (de Steve Swallow) vif et rebondissant.

Au piano, Eve trace et enchaine les accords, soutenue par une contrebasse ferme et impeccable et un drumming souple...

C’est dans des moments pareils, de plaisir et de relâchement, que l’on retrouve la quintessence du swing, quand les musiciens se regardent du coin de l'œil rieur à la fin d'un break pour savoir qui va redémarrer, qui est prêt à répondre, qui est prêt à relancer ou à inventer ? Qui va renchérir sur la dernière phrase ? Qui va emboîter le pas...?

Toute la magie du jazz est là, résumée dans ce mini quart de seconde qui va décider de tout. Alors, l’impro s’invite et s’impose, tout en finesse, en attentes et en attaques. C’est idéal pour basculer sur «Elm» de Richie Beirach, un thème mélancolique qui se développe sur des silences et des moments suspendus. Le public se tait.

Ce n’est pas du jazz de bar. C'est bien plus qu'un jazz de bar car les musiciens ne joue pas seulement : ils racontent. Et l'Archiduc est bien plus qu'un bar : c’est un club.

Alors le trio enchaîne. Et de quelle manière !

Garif Telzhanov serait-il l’un des meilleurs jazzmen à l’archet ? Possible. Il suffit, pour s’en convaincre d’écouter sa façon d’introduire la mélodie crépusculaire de «Infant Eyes» de Shorter. Tout est souplesse et précision. Et c’est bluffant.

Il faut voir aussi comment Eve Beuvens vit chaque note et comment elle porte chaque accord de «Falling Grace». Comment elle détache et égraine les notes de «Never Let Me Go» pour laisser de l'espace aux contrepoints de Garif, décidément toujours inventif.

Le trio, très complice, s’amuse – et nous aussi - et termine sur un joyeux et très enlevé «The Song Is You».

Ça paraît tellement simple le jazz…

A+

 

09/06/2014

Brussels Jazz Marathon 2014 (part2)

Le 25 mai, au Brussels Jazz Marathon, c’était le dimanche des Lundis.

En effet, depuis près de 18 ans, la scène de la Grand Place est réservée, le dimanche après-midi, aux concerts programmés par l’association des jazzmen (Les Lundis d’Hortense).

Dès 15 heures, sous un beau soleil, Greg Houben (tp) et Fabian Fiorini (p) présentent Bees and Bumblebees, leur dernier album (avec Cedric Raymond à la contrebasse et Hans Van Oosterhout aux drums) paru chez Igloo.

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La rencontre entre Greg et Fabian semble étonnante, elle est pourtant évidente. Voici deux univers qui se rejoignent dans la joie et le bonheur pour faire du jazz ensemble. C’est l’alliage brillant du bop traditionnel et du jazz plutôt avant-gardiste. C’est clair, c’est simple et cela se ressent sur le disque. Mais plus encore sur scène.

Greg dessine les mélodies, avec un plaisir gourmand, qui permet à Fabian de les démonter, de les découdre, de les mélanger et de les reconstruire comme il l’entend. Le pianiste sait attendre et construire ses solos pour les terminer de façon explosive. De son côté, Hans Van Oosterhout fouette les fûts et les cymbales avec un feeling incroyable. Il y a de la liberté dans son jeu et, en même temps, un sens du timing imparable.

Puis, le moelleux de la trompette de Houben se fond aux claquements languissants des cordes de la contrebasse de Cédric Raymond, toujours attentif et créatif. Alors, on ne peut s’empêcher de se dandiner sur l’irrésistible «Habanera», de battre du pied sur «Yes, I Didn’t» et de sourire et de claquer des doigts au son de «Middle Class Blues», qui rappelle un peu les Messengers du grand Art Blakey. Le quartette Houben – Fiorini nous offre, en cette chaude après-midi, un cocktail très rafraîchissant de jazz intelligent et de plaisir franc. Autant en profiter sans modération.

Après un rapide changement de mise en place, c’est un autre groupe du label Igloo qui monte sur scène : L’Âme des Poètes.

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Après avoir visité et revisité quelques grands répertoires de la chanson française (Brel, Brassens, Trenet mais aussi, Adamo, Paul Louka et même le Grand Jojo), le trio s’attaque cette fois à un nouveau concept : répondre, en chansons, aux questions de la célèbre et unique interview qui avait réuni, en 69, Brel, Brassens et Ferré.

Normalement, le spectacle est supporté par une mise en scène (que l’on imagine à la fois drôle et touchante), que le groupe n’aura pas l’occasion de montrer aujourd’hui pour des raisons – logiques - de logistique. Qu’à cela ne tienne, Pierre Vaiana (ss), Fabien Degryse (g) et surtout Jean-Louis Rassinfosse (cb) sont capables de faire le spectacle sans cela.

Si Jean-Louis truffe de jeux de mots et improvise ses textes de présentation, il en fait de même avec sa contrebasse, et ses citations, parfois improbables, sont légion. Rien ne semble sérieux et pourtant, il faut reconnaître une précision diabolique dans l’interaction et le jeu de ces trois musiciens exceptionnels. Les interventions de Degryse à la guitare (adapte du finger picking) sont éblouissantes d’inventivité et de justesse (sur «J’ai rendez-vous avec vous», notamment, ou encore sur «La valse à mille temps», pour ne citer que ceux-là). De son côté, Pierre Vaiana n’est pas en reste. Après avoir dessiné le léger contour des mélodies, il s’envole, dans un jeu tourbillonnant et ensoleillé.

Mais il sait aussi sonder la profondeur de thèmes plus sombres avec délicatesse et légèreté («La Quête» ou «Avec le temps», par exemples). Une fois de plus, L’Âme Des Poètes démontre que la chanson française (comme toutes les musiques) peut, elle aussi, swinguer…

Peu avant 19 heures, c’est le quartette de Jean-Paul Estiévenart qui investit la scène. En fait, il s’agit du trio du trompettiste (Antoine Pierre aux drums et Sam Gerstmans à la contrebasse) augmenté du saxophoniste Espagnol Perico Sambeat (Tete Montuliou, Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel, etc.). Et celui-ci imprègne tellement le groupe de sa présence qu’il est bien plus qu’un invité. Le disque (Wanted, sorti l’année dernière chez De Werf) est une belle claque, bourré de jazz très actuel et sans complexe. Un jazz qui n’a rien à envier à celui que l’on entend dans les clubs et bars branchés de New York.

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La musique d’Estiévenart s’inspire sans aucun doute de cette énergie-là, mais le trompettiste est capable d’aller au-delà et de révéler toute sa personnalité dans des compositions charnues, vives et sans faille. Le set, cet après-midi, est, lui aussi, extrêmement bien construit, preuve d’une maturité évidente.  On y décèle d’abord la force tranquille d’un groove tendu, retenu, qui ne demande qu’à éclater. Le trompettiste slalome entre le drumming acéré d’Antoine Pierre et le jeu dense de Sam Gerstmans («Am I Crasy », «The Man»). Puis les solos se construisent et se métamorphosent au fil des échanges entre le trompettiste et le saxophoniste. «Bird» s’enflamme, «Witches Waltz» tangue, vacille et renaît plus puissant, plus inébranlable. Finalement, la grosse heure passe rapidement, on ne s’est pas ennuyé un seul instant. Et l’on se dit qu’on aimerait revoir encore et encore ce trio/quartette en club… En Belgique... ou ailleurs en Europe, car il en a vraiment tout le potentiel.

Pour l’instant, la programmation est un sans faute et ce n’est pas Eve Beuvens qui va gâcher la fête. La pianiste présente ce soir les fruits de la carte blanche qu’elle avait obtenue l’été dernier au Gaume Jazz festival, et qui avait impressionné pas mal de monde, dont moi : Heptatomic.

Bien décidée à sortir un peu plus encore du cadre dans lequel on la confine trop volontiers, Eve a réuni autour d’elle une belle brochette de jazzmen aux idées bien larges : Laurent Blondiau (tp), Grégoire Tirtiaux (as, bs), Gregor Siedl (ts), Benjamin Sauzereau (g), Manolo Cabras (b) et João Lobo (dr).

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Et d’entrée de jeu, ça sonne et ça fuse. Heptatomic joue la déstructuration, explore les sons et les rythmes, et flirte presque parfois avec le free. C’est pourtant une liberté bien canalisée que propose Eve dans ses compositions. C’est une démocratie mélodique et harmonique libre, superbement maîtrisée. On pense parfois à l’Art Ensemble de Chicago ou à l’esprit d’un certain Mingus. Cela fait le bonheur de Laurent Blondiau qui n’hésite pas à pousser Tirtiaux et Siedl vers des chemins escarpés et rarement empruntés. Ça bouge, ça voyage, ça rebondit… Et quand Manolo Cabras a bien malaxé en tout sens sa contrebasse, on passe à des moments plus sobres qui permettent non seulement à la pianiste de s’exprimer mais aussi à Sauzereau d’éclater son jeu par touches ou à Lobo d’explorer de nouveaux sons. On se ballade alors dans des univers étranges et inquiétants où se mélangent de fragiles espoirs et de lumineuses certitudes. Un disque est en préparation, je pense, mais c’est sur scène que l’Heptatomic d’Eve Beuvens donne sans doute tout son jus… Alors, messieurs les programmateurs, ne soyez pas frileux, cette musique peut incendier bien des salles.

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Il est 22 heures, j’aurais pu rentrer tranquillement, mais je ne peux pas m’empêcher d’aller écouter Axel Gilain au Bravo. Ici, l’ambiance est plus recueillie malgré le monde qui a envahi le sous-sol du club. L’atmosphère est feutrée mais le jazz est enflammé. Il y a autant de la retenue que d’intensité. Tout en sensualité, la musique ne cesse de se transformer.

Bram De Looze, au piano, fait dévier le blues dans un sens, tandis que Nicolas Kummert trouve d’autres ouvertures. Tout évolue avec sérénité et élégance. C’est comme du vent qui déplace doucement des murs fragiles, c’est comme la chaleur du soleil qui déforme des objets flasques. Lieven Venken (dm) balaie et ponctue les rythmes, accélère ou suspend le tempo. Axel Gilain fait chanter sa contrebasse… avec réserve et beaucoup de sentiment.

Alors, Fatou Traoré et Yvan Bertrem ne peuvent s’empêcher de venir danser au devant de la scène. Leurs corps se déforment et se transforment sous l’impulsion de la musique. Le moment est magique, étrange, unique. Beau.

Axel Gilain vient de publier un album, Talking To The Mlouk (en vinyle ou téléchargeable ici) qui permet de prolonger ce moment rêvé… et qui s’écoute en boucle…

Pouvait-on imaginer plus belle façon de terminer cet excellent marathon 2014 ?

 

 

A+

 

 

 

 

 

10/02/2014

Michael Godée, Eve Beuven Quartet - MEQ au Sounds

Est-ce la mélancolie douce amère qui se dégageait de Noordzee qui a attiré Michaël Godée dans les filets mélodiques tendus par Eve Beuvens ou bien, est-ce le chant ensorceleur du soprano de Michaël Godée qui a séduit la belle pianiste belge?

Toujours est-il que ces deux musiciens se sont trouvés un terrain musical commun.

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Le projet MEQ (pour Michaël Eve Quartet) respire les embruns, les étendues frileuses, la douceur blanche.

Ce soir du 31 janvier au Sounds, le public est très attentif au dialogue subtil qui s’établit entre les musiciens. Le toucher de la pianiste est délicat. Eve effleure le clavier dans une gestuelle large, ample, presque théâtrale. Elle se balance doucement de gauche à droite, elle semble flotter au dessus du clavier, au rythme des mélodies.

Michaël Godée, au devant de la scène, délivre un jeu pur, clair et bien défini. Il va souvent chercher les notes hautes, pour ajouter de la légèreté à la finesse. Son jeu est chatoyant, souple et contorsionnant. Mais il sait aussi être plus virevoltant et certains solos (sur «Nous n’irons plus au bois», par exemple) sont de vraies prouesses.

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«A», un morceau chaloupé et sensuel, ne se laisse pas faire facilement non plus. Les chemins parfois assez tortueux qui mènent au thème donnent l’occasion au soprano de s’affranchir de quelques trouvailles plus incisives encore.

Les deux co-leaders ne sont pas seuls et ils peuvent compter sur une rythmique sobre mais très efficace. Thomas Markusson, contrebassiste au jeu profond et feutré, ne se contente d’ailleurs pas d’un simple accompagnement. Régulièrement, il injecte quelques phrases plus musclées dans le discours poétique de l’ensemble.

Eve en profite pour dialoguer tendrement avec lui avant d’imposer plus autoritairement son jeu, toujours aussi lumineux et aérien. De son côté, Johan Birgenius, derrière sa batterie, use avec beaucoup d’à-propos de balais et de fines baguettes.

Chez MEQ, l’obsession de la mélodie est évidente jusque dans le solo de contrebasse, en introduction à «En Lang Fredag», très inventif et sophistiqué, qui reste cependant d’une très grande lisibilité.

Si le swing ne semble pas être le moteur principal du groupe, il s’infiltre cependant partout dans des compositions évolutives. Un tempo sous-terrain, retenu, serré et sourd se dégage sur «Dokker», tandis que «Silly Sally», est délibérément plus enlevé, plus tendu.

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Chacun des chorus permet d’ouvrir une porte imaginaire vers un autre. Couleurs et rythmes se mélangent avec délicatesse et le groupe fait régulièrement références, par petites touches, à la musique classique, à la tarentelle, à la musique médiévale, à l’orientalisme aussi parfois… Bref, il nous fait voyager.

La musique de MEQ ressemble à ces nuages qui défilent rapidement sur les îles des mers du nord. La luminosité, les couleurs et les températures changent tout le temps. La musique joue les surprises, ne cesse de se renouveler. Les musiciens brassent les sentiments, passent du chaleureux au frissonnant, du spleen à l’insouciance, de l’incertitude à l’évidence. Dans ce faux calme, tout est sensible et doux.

Un joli concert où la sobriété côtoie l’élégance et le raffinement, où le jazz doux, souvent mélancolique, n’hésite pas à laisser entrer quelques jolis rayons de lumière.

Une ode à la tendresse et à la flânerie non dénuées de surprises. Bref, un concert qui fait du bien.

 

 

A+

(Merci à Didier Wagner pour les photos ! )

 

16/09/2013

Festivals d'été (Part 3) - Gaume Jazz Festival 2013

 

Vendredi 9 août, je gare ma voiture au bord d’une petite route de campagne. Je ne suis pas le seul.

Au loin, du jazz résonne.

Dans le très joli parc du Centre Culturel de Rossignol, quelques tentes blanches, semblabes à de grands tipis, entourent un grand chapiteau… blanc, lui aussi.

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L’air est doux, le ciel est encore lumineux.

Je suis au Gaume Jazz Festival.

A l’honneur au programme cette année, le jazz de femmes et le jazz de Hollande.

Tutu Puoane, Nathalie Loriers, Tineke Postma, Eve Beuvens, Anne Paceo, Marine Horbaczewski, Yannik Peeters

Kapok, Nordanians, Tin Men & the Telephone

Et plein d’autres très bonnes surprises.

Le compte-rendu complet, à lire sur Citizen Jazz.

A+

 

03/05/2011

Kroon Trio - Opatuur Gent

Ils s’appellent Kroon Trio car ils répètent ensemble du côté de la Rue de la Couronne (Kroonstraat) à Bruxelles et parce qu’il fallait bien trouver un nom au groupe. Ils n’ont pas encore eu l’occasion de faire beaucoup de concerts ensemble. Le premier a eu lieu, un peu par hasard, au Murmure Café, près de la place Flagey il y a quelque temps déjà, puis il y a eu le CC Ten Weyngaert à Forest et le Hot Club à Gand et… c’est à peu près tout. Ils étaient au Opatuur à Gand, ce dimanche 20 mars.

J’étais curieux d’entendre le mélange de ces trois univers. On dit que la magie ne s’explique pas. Ça marche ou ça ne marche pas. Et entre ces trois-là - Eve Beuvens (p), Jordi Grognard (ts, bc, cl) et Nicola Lancerotti (b) - on peut dire que l’alchimie fonctionne.

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Le public s’installe, dans le calme. Il y a une douceur qui règne.

Les trois musiciens montent sur scène. L’ambiance est plutôt méditative et la musique prend le temps d’évoluer et de construire des atmosphères. Ici, on suggère encore plus qu’on évoque. On flotte dans une esthétique à la ECM. La musique est intime, fragile, faite de respirations lentes.

On emprunte un peu à Purcell («If Music Be The Food Of Love») tout en effleurant une citation de «Caravan»… tout en douceur, tout en lenteur.

Puis, sur «La Quiete Prima Della Tempesta», ça s’ébroue et ça se ravive. La contrebasse s’enroule autour d’un long ostinato de piano, obsédant et récurant. Le sax s’envole, explore l’espace, sans le remplir totalement. Tout respire.

Et nous voilà arrivé chez Monk avec un «Evidence» à la grille éparpillée. Le trio déglingue intelligemment le morceau, évite l’imitation, s’éloigne de ce monument mais en garde tout l’esprit. La clarinette basse de Jordi Grognard accentue certaines phrases comme on sème des cailloux blancs sur un chemin pour donner quelques points de repère à ses compagnons et les inviter à le rejoindre. Mais une fois qu’ils y sont, il file ailleurs. À ce jeu, se dégage un swing lumineux, jamais trop présent, jamais trop appuyé.

À la fin de ce premier set, on a déjà pas mal voyagé et je suis assez surpris d’avoir entendu Eve Beuvens jouer de la sorte. C’est une facette de son jeu que je ne connaissais pas vraiment. Bien sûr elle garde tout son lyrisme, mais elle va beaucoup plus loin, dans un jeu autant affirmé que risqué. Elle joue vraiment avec le piano en bloquant ou en pinçant les cordes, elle déstructure les harmonies, laisse parler le silence, ponctue de façon originale.

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Et en ce qui concerne Jordi Grognard, je m’attendais à un jeu beaucoup plus éclaté ou du moins plus «free». Ici, tout en gardant un jeu très ouvert, il caresse les mélodies, sculpte les harmonies… sans gentillesse ni préciosité, mais avec justesse. Parfois, cela me fait penser à John Surman (époque Road To St Ives) lorsqu’il monte dans les aigus sur sa clarinette basse. Quant à Nicola Lancerotti, très investi, lui aussi, dans cette matière sonore délicate, mystérieuse et lumineuse à la fois, il laisse parler les notes, laisse résonner les sons, les étire pour mieux les stopper.

À l’instar du travail fait sur «Evidence», Kroon Trio revisite aussi «Like Someone In Love» de façon bien personnelle. Ici aussi, on se rapproche d’un jeu de piste. Un peu comme dans ces dessins pour enfants où n’existent que quelques points qu’il faut relier pour découvrir le sujet. C’est ludique et intellectuel à la fois.

Et comme pour prendre, une fois de plus, tout le monde à contre-pied, Kroon Trio va rechercher un titre «un peu à part» dans l’œuvre d’Ornette Coleman pour terminer le concert: «Latin Genetics».

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Sobre, délicat et fin, teinté de tensions et de variations subtiles, Kroon Trio est une belle aventure qui commence. La rencontre de ces trois musiciens semble évidente même si je pense qu’ils se surprennent eux-mêmes et découvrent ainsi des chemins plutôt inattendus. Tant mieux, car de toute façon, nous, on ne demande que ça et on attend la suite.

A+

06/01/2010

Eve Beuvens Noordzee - Sur Citizen Jazz

Après le frère… voici la sœur.

Dans la famille Beuvens on est tous musiciens car, si je ne me trompe pas, le papa a, lui aussi, tâter d’un instrument de musique (le sax ?).

Eve est pianiste. Avec son frère Lionel à la batterie, Yannick Peeters à la contrebasse et Joachim Badenhorst (qui est plus souvent aux States que chez nous) au sax et à la clarinette basse, elle a sorti un très bel album (chez Igloo) que j’ai eu la chance de chroniquer.

C’est ici, sur Citizen Jazz.

 

eve noor-2


Très très bonne écoute…

 

A+

 

14/12/2008

Igloo, trente ans, rien que du bonheur.

On avait mis les petits plats dans les grands pour fêter les 30 ans d’Igloo.
Le Théâtre Marni avait fait le plein et l’on y croisait du joli monde.

En attendant l’article à paraître sur Citizen Jazz bientôt, je vous fais part de mes coups de cœur de la soirée…
0001

J’ai bien aimé le sourire de Greg Houben quand il m’a vu au bord de la scène.
Et puis, j’ai bien aimé son nouveau trio, sa manière d’intégrer la pop dans le jazz.
«For No One» des Beatles, par exemple, est une belle réussite.
Tant mieux, parce que les Beatles, pour moi, c’est sacré !

J’ai bien aimé le sourire et l’accueil de Christine Jottard, attentive à ce que tout le monde soit content.
002

J’ai bien aimé les sourires et la complicité entre Etienne Bouyer et Cécile Broché.
L’album «Soundscapes» est passionnant de bout en bout et leur mini-concert de ce soir était subjuguant. Cette musique que l’on pourrait croire «difficile» est en fait très accessible  tellement elle est intelligemment composée, arrangée et jouée.
Le résultat est éblouissant.
Et bien sûr, j’ai bien aimé aussi la conversation avec Cécile en fin de soirée.
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J’ai bien aimé le concert solo de Mathilde Renault.
Son univers un peu baba…
Son envie de chanter malgré sa voix cassée.
004

Je n’ai pas aimé, mais j’ai adoré, les quelques morceaux qu’Eve Beuvens nous a présenté ce soir.
Je pense qu’elle a vraiment trouvé un son et une voix particulière avec son trio.
Et ce n’est pas facile de se distinguer avec une telle formule.
Les compositions sont inspirées, subtiles et d’une telle fraîcheur !
La connivence entre Eve, Lionel et Yannick se ressent tellement dans cette musique que celle-ci en ressort plus forte encore.
Magnifique.
005

J’ai bien aimé l’attitude cool de Joost van Schaik, préparant sa batterie pendant que Jules meublait.
Et bien sûr, j’ai bien aimé le trio de Pascal Mohy.
Musique de velours aux reflets brillants. La classe.
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Et puis, j’ai beaucoup aimé le trio de Thomas Champagne.
Ça cogne, ça trace, c’est terriblement actuel.
Et l’album tient toutes ses promesses.

Et puis, j’ai aimé revoir Jos Knaepen ! Et Christine et Jean-Pierre et Laurent et Philip et André et Babila et Uxia et Georges et Morgane et Nicolas et Fabrice et Mélanie et Jacobien et… et… et…
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Quel bel anniversaire.

A+

23/09/2007

Klara Festival - Pierre Vaiana

Dans la série des concerts du Klara Festival, Pierre Vaiana avait également été convié à une «carte blanche» pour les « Late Nights ».

Pierre en a profité au maximum en présentant un « groupe » à géométrie variable. Il avait décidé, en effet, de faire des mélanges et de jouer les métissages. Chose qu’il adore et qu’il fait avec beaucoup d’inspiration.

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Après une mise en bouche en trio, avec Felix Simtaine (dm) et Nic Thys (cb), Pierre invitait le fidèle Fabian Fiorini pour interpréter «Aljazaïr» (c’est le nom d’Alger en arabe… et ce n’est pas mon ami Mouloud qui me contredira ;-) ).
La musicalité de ce thème est tantôt incertaine, tantôt évidente sous les doigts du pianiste. Fabian a cette faculté d’inoculer les morceaux de touches personnelles tellement créatives qu’il me surprend toujours. Par exemple, sur un autre morceau plus rapide, il explose le thème et emmène dans son sillage Felix Simtaine qui, tout heureux, n’en demandait pas tant. Impressionnant.

Puis, c’est au tour de François Vaiana (voc.) de monter sur scène pour interpréter «Duke Ellington Sound Of Love» de Mingus.
Et puisqu’on parle de Mingus, on aura droit à deux contrebasses (il faut bien ça pour ce bon Charlie). Lara Rosseel fera donc équipe avec Nic.

C’est ensuite Eve Beuvens qui succède à Fabian au piano pour un «Broken Wings» (en hommage à Chet Baker) de Richie Beirach. Au chant, François Vaiana me paraît bien plus à l’aise que lors de certains concerts où je l’ai entendu. J’ai l’impression que le swing lui va bien. Et avec «Lester Left Town», il est servi.

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Pierre Vaiana, quant à lui, est d’une fluidité et d’une précision redoutables. Tant dans les mélodies complexes en mid-tempo que dans les débits rapides.

Après avoir entendu 2 contrebasses, pourquoi pas deux pianos ?
Fiorini – Beuvens, 2 styles complètement différents qui donnent du goût à un dialogue improvisé, vif et relevé.

Et puis vint David Linx.
Ses impros a cappella (scat ou vocalese?) sont toujours aussi impressionnantes.
Il possède décidément une tessiture incroyable et un sens du timing, du swing et du rythme redoutables.
Ça c’est pour le côté «groove».
Pour le côté «ballade», il n’en est pas moins brillant.
Une version intime et sensuelle de «Luiza», de Jobim, en est la preuve…

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Ce beau concert «patchwork», et à rebondissement, se termina avec le morceau envoûtant: «Chiàchiara Ccu Mia», qui oscille entre prière, psalmodie et transe à la «A Love Supreme», sur des paroles scandées en sicilien.
Chair de poule garanti.
C’est brûlant et enivrant.

Dans le bar du KVS Box, je croise plein de musiciens avec qui je parle de leurs projets (et il y en a !) comme Nelson Verras, Magic Malik, Robin Verheyen, Laurent Melnyk, Fabrizio Cassol, mais aussi Felix Simtaine, David Linx et bien sûr Pierre Vaiana…

Bien belle soirée, donc.
Dommage que je n’ai pas eu l’occasion de participer aux autres concerts prévus… grrr…

A+

16/09/2007

Eve Beuvens - Théâtre Marni

Il y a des années que je me promets d’aller écouter le trio de la pianiste Eve Beuvens.
Mais chaque fois que l’occasion se présentait, j’avais un empêchement.

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Cette fois-ci, je n’ai pas raté cette opportunité.
Il faut dire, à ma décharge (si, si…), que ce groupe ne tourne pas énormément non plus…
Heureusement, dans le cadre des «rencontres jazz» au Théâtre Marni, Jules Imberechts a eu la bonne idée de programmer le «nouveau» trio d’Eve (son frère, Lionel Beuvens a pris la place de Jérôme Colleyn).
Du côté de la contrebasse, pas de changement, il y a toujours Yannick Peeters.

Connaissant Eve, pour l’avoir vu jouer dans différentes formations ou lors de jams, je m’attendais à entendre un trio évoluant dans un esprit Evansien.
Bien sûr on entend, ici et là, quelques influences du pianiste américain, mais, plus d’une fois, le trio s’en éloigne et va plutôt flirter du côté d’un Eric Watson ou d’un John Taylor.
Pour preuve, et pour souligner l’apport de ce dernier dans la démarche musicale d’Eve, le groupe reprend, en fin de concert, un morceau du pianiste.

«Compo 2», écrit par Eve, est d’ailleurs un peu pensé dans cet esprit.
Un peu lunaire, assez intimiste, gardant toujours une délicatesse vacillante, une stabilité quelque peu trouble.

Sur d’autres morceaux, les musiciens n’hésitent pas à ouvrir encore un peu plus le jeu, à improviser de manière assez libre. A oser s’aventurer dans l’inconfort, à créer de surprises. Comme sur le passionnant «Bij Mij» écrit par Yannick Peeters, qui joue les silences et les structures «flottantes».

Les moments intenses - comme pour «North Sea» où Eve joue avec la matière du piano (elle fait craquer le bois, fait crisser les cordes, grincer la pédale, créant ainsi un univers minéral, frissonnant et mélancolique) – se succèdent aux instants plus romantiques et lyriques.
On retrouve alors parfois un touché à la Brad Mehldau ou un groove à la Esbjorn Svensson de la bonne époque (du temps de «From Gagarine’s Points Of View» ou «Good Morning Susie Soho», par exemple).
b
Quelques standards sont intelligemment revus et arrangés, comme «Everything I Love» de Cole Porter ou «Alone Togheter». On perd par contre un peu le fil sur «All The Things You Are»…

Avant le très «soul» et joyeux «Little Scorpions», il y eut, à mon avis, un des plus beaux morceaux de la soirée : «Fragile» (écrit par Lionel).
On sentait là tout le potentiel du trio. La musique passait entre les musiciens tel un fluide. Chacun ajoutant sa touche. Un dialogue merveilleux s’installait entre eux.
Excellent.

On sent que ce trio est en train de se découvrir petit à petit un langage personnel.
Et ça, c’est plutôt intéressant.
Alors, tenez-le à l’œil et à l’oreille.
Moi, en tout cas, c’est ce que je vais faire. En espérant ne plus être contrarié dans mon agenda…

A+