18/08/2016

Deux jours à jazz Middelheim ( Part 2/2 )

15 août, c’est la fête des mères à Antwerpen et la fête du jazz au Middelheim.

Retour, toujours sous le soleil, au Parc Den Bandt pour la dernière journée du festival.

Le monde commence déjà a affluer, vers 11h30, tandis que Ashley Kahn évoque une autre facette d'Ornette Coleman avec David Murray (encore lui) et Geri Allen.

On retrouvera les deux musiciens tout à l’heure sur scène en compagnie de Terri Lyne Carrington. Pour l’heure : piano solo !

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Main Stage

Il est 12h30 lorsque Craig Taborn s’installe devant son piano. Il entame une première et longue improvisation, qui tourne autour d’un motif court, cinq notes à peine, et place la barre très haut. Ce leitmotiv, répété à l’envi et ornementé de brillante façon, évoque tantôt Bartok tantôt Stravinsky. Et parfois, en écho, on perçoit quelques pointes de douceurs ellingtoniennes. On est soufflé. La deuxième impro est nettement plus free. Taborn, très concentré, fait gronder le piano après avoir provoquer les notes aiguës. Il plaque les accords, frappe les cordes, fouette les touches, écrase du coude le clavier à la Don Pullen ou à la façon d’un Cecil Taylor. C’est bref, intense et impressionnant. Tandis que le troisième morceau est peut-être le plus « jazz » de tous, plutôt bop à la Monk, la dernière intervention de Craig Taborn lorgne du côté de la musique concrète, parsemée de respirations romantiques. Toutes ces influences, mêlées avec intelligence, font sans doute de Craig Taborn l’un des pianistes les plus excitants du moment. Cette standing ovation et ce rappel n’ont certainement pas été usurpés. Seul sur la grande scène du Middelheim, il a réussi un véritable tour de force. Grand coup de cœur.

Le batteur belge Dré Pallemaerts a sorti récemment un superbe album (Coutances) qui lui ressemble bien : subtil, habile et impressionniste. Et ce sont la plupart de ces morceaux qu’il présente aujourd’hui sous le nom de « Seva » (l’une des compos de l’album) avec un line-up légèrement différent. Nic Thys s’est ajouté au groupe et Robin Verheyen a pris la place de Mark Turner. Derrière le piano, on retrouve Bill Carrothers et au Fender Rhodes Jozef Dumoulin. Le set est extrêmement bien construit, tout en paliers, en douceur et sans aucune monotonie. On flotte entre deux mers, à la fois brumeuse et indocile. Tout se fait en souplesse, à l'image du jeu, fluide et sensuel de Dré. Le phrasé romantique et lumineux de Carrothers, s’oppose aux notes plus acides et nébuleuses de Jozef. Robin Verheyen, lui, est toujours à la limite de la cassure, toujours sur le fil du rasoir. Parfois rauque au ténor et d'une rondeur acide au soprano. Et tout ce beau monde peut compter sur la basse chantante et discrète de Nic Thys (fini la barbe hipster !). Il y a de la tendresse dans les compositions de Dré (« For Anne », « Mood Salutation ») et de la volupté, comme sur « Where Was I », cette milonga extraite de son précédant album, Pan Harmonie, sorti il y a neuf ans déjà (et « must » également !). De la complicité, de l’interaction… du jazz. Et puis, après une visite à Satie (« Première pensée rose + Croix »), on swingue et on danse sur « Waltz Macabre » ou « Swing Sing Song »… Un très beau concert, maitrisé, plein d'inventivité et de finesse. Un étrange mix entre tradition, désuétude et contemporanéité qui rend la musique de Dré Pallemaerts très personnelle, singulière et très attachante.

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Le Power Trio Geri Allen, Terri Lyne Carrington et David Murray monte sur la scène sous un tonnerre d’applaudissements et démarre en trombe avec « Mirror Of Youth » ! La plupart des morceaux sont extraits de l'album Perfection, enregistré quelques jours après la mort de Ornette Coleman. Si « Perfection » est un morceau de Coleman à qui l’album rend hommage et qui sera joué plus tard, le trio a également une pensée pour Charlie Haden, Marcus Belgrave ou encore Peter O’Brian et son funky foxtrot « For Fr. Peter O'Brien ». La complicité est évidente, mais elle se remarque surtout entre Geri Allen et Terri Lyne Carrington sur « Geri-Rigged » par exemple. L’intensité est forte, Carrington ne quitte pas du regard Geri Allen et la pianiste enchaîne les chorus avec détermination. C’est bouillonnant. Le trio alterne les moments groovy (« The David, Geri & Terri Show », annoncé avec humour) avec d’autres, plus souples (« Barbara Allen »), qui permettent à David Murray de montrer son côté plus suave et moelleux à la Coleman Hawkins. Finalement, le trio se lâche complètement sur une version débridée de « Perfection ». Bel hommage, en effet.

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On attendait beaucoup de Pharoah Sanders. Le disciple inaltérable de Coltrane.
Entouré du pianiste Joachim Kühn et du percussionniste Zakir Hussain, le saxophoniste à la belle barbe blanche semble être bien assagi. Il laisse d’ailleurs beaucoup d’espace à ses partenaires. L’entrée en matière se fait de façon douce, sur une rythmique mystérieuse et psalmodiante. Le son du sax, unique, acre et pincé, est quand même bien là. Les phrases sont sinueuses et semblent se chercher un chemin entre les rythmes indiens de Zakir Hussain et les rivières de notes qui déferlent sous les doigts de Kühn. Le rythme est répétitif, comme une transe. Le dialogue entre Hussain et Kühn a quelque chose de fascinant. Mais c'est le long solo du joueur de tablas qui est plus surprenant. Chants et incantations se mêlent à un jeu d’une incroyable virtuosité. Et tout cela avec pas mal d’humour en plus. Les morceaux s’enchainent, Sanders esquisse quelques pas de danse, chante dans le pavillon de son sax, laisse à nouveau la place à Hussein, puis à Kühn… Le meilleur est passé. On attend un peu, mais… Il y avait trois personnalités sur scène plutôt qu'un vrai trio. Un peu dommage.

 

Club Stage

Et pendant ce temps-là, entre chaque concert sous la grande tente, le Club Stage fait le comble, lui aussi. Et pour ce dernier jour de festival, c’est Ben Sluijs qui nous offre quatre splendides concerts.

D’abord en duo avec son vieux complice, le pianiste Erik Vermeulen.

Que dire ? Que dire sinon qu’on est envoûté par tant de justesse, de beauté et d’humanité. Le couple reprend des compos personnelles (« Broken », « Little Paris », « Parity ») et quelques « standards » ( « Goodbye », « The Peacocks ») avec la même grâce et élégance. On laisse le temps à la mélodie de s'installer, on joue avec les respirations, le phrasé de Vermeulen est brillant, incisif sans être agressif. Ben Sluijs va chercher au fond de son sax les dernières notes comme on gratte le fond d'un plat pour en extraire les derniers sucs. Le duo ne tombe jamais dans le mielleux et garde toujours cette flamme, cette âme, cette vérité…

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Avec Marek Patrman (dm) et Manolo Cabras (cb), la musique est plus nerveuse, plus rugueuse parfois. Mais elle garde toute son intériorité ! Après un fiévreux et sinueux « Unlike You », « A Set Of Intervals », comme son nom l'indique, nous embarque dans un voyage exceptionnel sur les échelles de notes. Avec une sorte de pédagogie, Ben Sluijs expose le motif avant que le trio ne l'éclate, ne l'étire petit à petit et ne l'explose pour revenir au pont de départ. Magnifique ! Avec ces trois-là, le jazz prend quand même une sacrée dimension.

Toujours en trio, mais avec 3/4 Peace cette fois, c’est-à-dire Brice Soniano (cb) et Christian Mendoza (p), Ben Sluijs revient pour la troisième fois. Ici, c’est une certaine idée de douceur et de swing qui est mise en avant. De façon hyper délicate, en mouvements lents et rassurants, chaque instrument vient prendre sa place en douceur. Et la magie opère. « Hope », l’insouciant, « Arad », le mystique, « Still », l’élégiaque… Le frisson est garanti. Grand moment de délicatesse.

Pour le quatrième et dernier rendez-vous, il y a toujours autant de monde au Club Stage. Le saxophoniste propose une toute nouvelle formation : au piano Bram De Looze, à la contrebasse Leenart Heyndels et à la batterie Dré Pallemaerts ! « Call From The Outside » fonce et fricote un peu avec le Free Bop. On y entendrait presque les influences d’Eric Dolphy. C’est un peu rubato, avec de faux démarrages, des rebondissements, mais toujours proposé avec la souplesse d'un swing. L’intro de Leenart Heyndels est à la fois introspective et forte sur « Song For Yussef », sorte de marche lente sous une lune orientale. Cela permet à la flûte de Ben de planer bien haut. Puis, il y a aussi « Miles Behind » et sa mélodie qui renaît à chaque fois d'on ne sait où, et une version de « Mali » plus sinueuse que jamais. Standing ovation. Rappel mérité. Un sans faute !

De quoi rentrer à Bruxelles, des étoiles dans la tête.

 

 

 

A+

Merci à ©Bruno Bollaert (WahWah) pour les images.

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21/04/2014

Ben Sluijs - Erik Vermeulen Duo au Bravo.

 

Concert au Bravo ce jeudi 10 avril, pour la sortie du tout nouvel album Decades (chez De Werf), du duo Ben Sluijs (as) et Erik Vermeulen (p).

Decades s’écrit-il au pluriel parce que le pianiste et l’altiste cherchent et travaillent ensemble depuis bientôt vingt ans sur les mystères de la musique en général et de l’improvisation en particulier ? Peut-être.

En tout cas, ce troisième disque franchit un échelon et est, une fois de plus, une belle réussite.

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On se souvient du premier et magnifique album, Stones, sorti en 2001, ainsi que du non moins brillant Parity (2010), qui rassemblaient les deux musiciens autour de compositions personnelles, de courts impromptus et de quelques standards revisités de manière plutôt originale. Decades creuse le sillon… et s’en éloigne tout autant.

Au sous-sol du Bravo, le silence se fait, le public s’étale en arc de cercle autour des deux instrumentistes, et Ben Sluijs souffle les premières notes.

Ce sont comme des papillons qui s’envolent - d'une façon un peu désordonnée - dans une ondoyante dérobade à laquelle Erik Vermeulen accroche aussitôt ses accords singuliers.

La musique du duo naît d’un véritable travail d’équilibriste. On vacille entre l’abstrait et le romantisme. Entre la chaleur et la réserve, entre le lumineux et l’énigmatique.

Les deux hommes s’écoutent et se répondent dans un dialogue particulier. Ils sont tellement attachés et tellement détachés, tellement différents et tellement complémentaires qu’ils ne proposent jamais de simples juxtapositions mélodiques ou d’accompagnements classiques mais plutôt une véritable fusion, particulière, étrange, unique.

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Cette musique a un sens et, pour l’apprécier et l’appréhender au mieux, il faut l’écouter par le début. Alors, elle devient vénéneuse, elle s’infiltre en vous et vous transforme. Le public l’a bien compris, il est attentif et scrute les moindres variations pour ne pas se faire surprendre... et se fait avoir quand même.

«Little Paris» se déploie comme une tendre ballade, dans laquelle s’immiscent quelques surprises, «Pretty Dark» nous emmène dans un voyage troublant et instable et «Decades» se raconte en pointillés. Puis il y a le thème très peu joué de Monk, «Light Blue» et un «April In Paris» revu et corrigé d’étonnante façon. Et puis il y a aussi une version intense de «The Man I Love».

On devine l’héritage de Tristano, de Waldron et bien sûr de Monk chez Vermeulen, qu’il a utilisé, fouillé, démonté puis jeté pour construire son propre style, unique et très reconnaissable. On sent la poésie un peu amère d’un Konitz ou la turbulence d’un Ornette Coleman épicer subtilement le jeu très personnel de Sluijs. Tout cela dans une optique très contemporaine.

Les compositions originales se fondent aux standards. Et inversement. Elles sont, les unes et les autres, transformées, malaxées, métamorphosées et, finalement, totalement absorbées par le duo.

Avec Decades, Sluijs et Vermeulen démontrent une fois de plus qu’ils font partie des musiciens belges – voire européens – qui ont véritablement quelque chose à dire. Et franchement, on devrait les voir bien plus souvent sur scène. Au nord comme au sud du pays… et même en dehors.

A bon entendeur...

 

 

 

A+

 

 

 

21:30 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ben sluijs, erik vermeulen, bravo, de werf |  Facebook |

11/11/2013

Bambi Pang Pang à l'Archiduc

 

J’avais déjà entendu le nom de Seppe Gebruers circuler dans le milieu du jazz. J’avais aussi vu la toute fin de sa prestation sur la grande scène de Jazz Middelheim (!) cet été avec… Andrew Cyrille (!!!). C’est d’ailleurs à cette occasion qu’est né Bambi Pang Pang.

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Bambi Pang Pang, ce sont en partie les membres de Ifa y Xango (qui avait remporté le prix jeunes talent au Gent Jazz Festival en 2011), c’est à dire - outre Seppe Gebruers (p) - Laurens Smet (cb) et Viktor Perdieus (ts), mais aussi Jakob Warmenbol (dm).

Ce samedi 9, novembre à l’Archiduc, l’occasion m’était enfin donnée d’entendre un concert complet de Bambi Pang Pang.

L’Archiduc, en fin d’après-midi, un samedi après le shopping, ça peut être bruyant. Cependant, Bambi Pang Pang arrive à faire passer sa musique. Il faut dire qu’elle n’a rien de «tendre».  Pourtant, si le premier morceau est aussi éclaté qu’éclatant, le second est plus dépouillé. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas moins puissant.

Le jeu de Seppe Geruers est ferme, à la fois découpé et détaché. Il pousse ses ostinati au paroxysme, jusqu’à les vider de leurs sens. Il est capable de phrases extrêmement articulées qui, soudainement, deviennent très abstraites. A l’instar d’un Cecil Taylor ou d’un Don Pullen, il écrase les accords d’un roulement de poignet, fait le grand écart entre les graves et les aigus, martèle furieusement le clavier. Puis revient esquisser quelques mélodies.

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Viktor Perdieus s’infiltre dans cet écheveau de notes à l’aide des phrases courtes, percutantes et répétitives. Il explore l’esprit modal le plus radical dans un flot musical circulaire et ascendant. Puis il rebondit sur les accords cassés, décollés et décalés du pianiste.

Laurens Smet et Jakob Warmenbol assurent, quant à eux, une rythmique hyper mobile et mouvante. Attentifs aux moindres soubresauts et changements de directions – et ils sont nombreux – des solistes. On est pris entre la transe, la recherche de la syncope absolue et les accords erratiques. On est entraîné dans une sorte de danse tribale.

Mais la musique, robuste et sans concession, peut aussi se faire plus délicate, et l’on perçoit peut-être alors une lointaine influence d’un Igor Stravinsky.

Bambi Pang Pang va parfois assez loin dans l’exploration sonore. Gebruers plonge alors dans le piano,  Warmenbol fait crisser les cymbales, Smet malaxe les cordes et Pardieus fait couiner et geindre son ténor. Et, de ce magma sonore, il en ressort petit à petit une musique puissante et presque dansante.

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A force de remuer les sons, Bambi Pang Pang risque bien de trouver quelques nouvelles voix dans un free jazz qui se joue résolument avec les tripes et avec une sensibilité à fleur de peau.

Pour continuer à explorer l’univers de ses jeunes jazzmen très prometteurs, allez écouter l’album «Abraham» de Ifa y Xango mais aussi l’incroyable «Antiduo» de Seppe Gebruers en compagnie d’un autre maître… Erik Vermeulen.



A bon entendeur.

A+

 

14/02/2012

Paul Van Gysegem Quintet au Singer

 

Je vous avais déjà parlé d’ «Aorta», le disque de Paul Van Gysegem Sextet, sorti en 1971 et réédité récemment chez Futura et Marge. Depuis cette re-sortie, les deux principales chevilles ouvrières du sextette original ont repris du service. Bien sûr, Paul van Gysegem (cb) et Patrick De Groote (tp) n’ont jamais vraiment cessé de jouer ensemble, mais ces dernières années ont été un peu plus intensives et on a pu les voir à Gand, Anvers ou encore Courtrai.

Ce samedi 21, au Singer à Rijkeoorsel, c’était l’occasion plus «officielle» de fêter la réédition - presque inespérée - de cet album culte... Oui, oui, culte !

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Sur scène, certains membres (Jasper Van ’t HofNolie Neels, Pierre Courbois) ont laissé la place à la «jeune» génération, particulièrement sensible à cette musique : Erik Vermeulen (p), Jereon Van Herzeele (ts) et Giovanni Barcella (dm).

Le club a quasiment fait le plein et sur scène, Jeroen Van Herzeel lance la première improvisation. Oui, ce soir, comme il y a 40 ans, on improvise. Totalement, intensément.

Les première notes de «Jupiter» de Coltrane retentissent – "Il faut bien commencer par quelque chose", me dira plus tard Jereon. C’est un «thème» qu’il affectionne particulièrement, qu’il aime jouer, qui le propulse très loin… et qui entraine les autres dans son tourbillon.

Le tout, dans ce genre d’exercice, c’est de canaliser les énergies. C’est Van Gysegem qui assume ce rôle et qui, derrière sa contrebasse, donne ses indications d’un petit signe de la tête, d’un bref geste de la main, de quelques inflexions à l’archet. Finement, mais fermement, il indique les chemins à prendre, ou a éviter. Et le fluide passe entre les musiciens, pareil à du sang frais qui coule dans les veines.

Les chants se construisent, les rythmes se croisent, les notes se rejoignent. Le premier morceau s’étend, s’allonge, s’enrichit. Toutes les idées s’enchevêtrent et s’accrochent les unes au autres. La fureur des uns est à peine calmée par les réponses des autres. Barcella fait rouler les tambours, Patrick Degroote fait geindre sa trompette, Vermeulen martèle son piano. Un Maelstrom musical entraine tout le quintette. Mais Van Gysegem, une fois encore, contrôle la situation et ramène tout le monde à bon port.

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Le deuxième thème est également initié par Jereon. Cette fois-ci, il joue dans le piano. Il joue avec la résonnance des cordes qu’ Erik Vermeulen pince, frappe ou griffe. Les vibrations du sax installent une ambiance brumeuse, sombre et étrange. L’improvisation est douce et évolutive. Elle tourne un peu sur elle-même. Puis s’arrête brusquement. Il ne faut pas chercher pour chercher. Il ne faut pas forcer les idées. On sent quand elles arrivent, quand elles ont une raison, quand elles sont intéressantes. Une fois que tout est dit, Van Gysegem a assez d’intuition, de métier et, en tous cas, assez d’intelligence pour y mettre un point final.

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Au début du deuxième set, Jereon, croise cette fois le fer avec le contrebassiste. L’intro sonne comme un indicatif, puis le morceau se bâtit sur quelques explosions de batterie et se charge d’énergie. Une énergie incroyable, une puissance sèche, une force brute. Van Herzeele monte dans les aigus, crache des flots de notes et se dissout petit à petit dans une transe incontrôlable. Tout là-haut, il éructe, il crie, il échange, il converse avec Degroote. Et le trompettiste fait crisser et couiner son instrument. De Groote alterne bugle et trompette (mutted ou non.) Toujours dans le flux. Le souffle est continu, ininterrompu

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Dans une organisation mystérieuse et innée, le quintette partage les moments, l’espace et les plages, laissant le son venir à chaque musicien. Et chacun d’eux prend - le temps d’un instant - une direction et va explorer les idées.

Plus de deux heures de concert intense.

C’est sûr, le quintette n’a rien perdu de sa force depuis ce fabuleux moment de 1971 gravé sur ce disque que chaque amateur de free jazz se doit de posséder.


 

A+

 

 

16/01/2011

Winter Jazz Festival - Marni-Flagey

Ça y est, c’est reparti pour une nouvelle saison.

 

Premier festival de l’année: le Winter Jazz Festival, qui commence ce 19 janvier.

Le Winter Jazz Festival - ex Festival Jazz Marni Flagey - se déroule, comme son nom ne l’indique plus, en partie à Flagey et en partie au Théâtre Marni.

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Cette année, c’est la voix qui est mise à l’honneur et c’est Robin Mc Kelle qui ouvre les festivités. Robin Mc Kelle est originaire de Rochester et son style oscille entre jazz, soul et R’nB. C’est souvent énergique même si, à Flagey, elle viendra entourée d’un trio plus “jazz” (Reggie Washington à la contrebasse, Marc Mc Lean aux drums et Sam Barsh au piano). Sa voix, légèrement graineuse, son phrasé sensuel et son sens de la scène devraient nous faire passer un bon moment.

Le lendemain, au Théâtre Marni cette fois, Mélanie De Biasio se présentera en trio (avec Sam Gestmans (cb) et Pascal Mohy (p) ). Je ne vais pas vous redire une énième fois tout le bien que je pense d’elle, il suffit d’aller relire quelques articles ici, ici ou encore . A ne pas rater, bien sûr…

Samedi 22, toujours au Marni c’est Tutu Puoane qui viendra assurement nous charmer. Tutu est née en Afrique du Sud. Venue en Belgique pour parfaire son cursus musical, elle a rencontré le pianiste Ewout Pierreux et, depuis, est restée chez nous. On l’a déjà entendue avec le BJO, pour un projet en hommage à Myryam Makeba (“Mama Africa”), et on la retrouvera cette fois en quartette (Ewout Pierreux, bien sûr, Lieven Venken (dm) et Nic Thys (cb) ), pour nous dévoiler les beautés sensuelles de son dernier album “Quiet Now”.

Il y aura encore des voix à découvrir autour du trio d’Anne Wolf, qui présentera par la même occasion son nouvel album “Moon At Noon”. Amateurs de musiques chaudes et brésiliennes, rendez-vous à Flagey le 26.

Et puis, le 28, un des clous du festival: la première de “A Different Porgy And Another Bess”! Maria Joao, David Linx et le Brussels Jazz Orchestra revisitent le célèbre opéra de Greshwin. Si vous vous souvenez de la précédente collaboration de Linx avec le BJO (“Changing Face”) et si vous avez entendu le fantastique “Follow The Songlines” (avec Maria Joao, Mario Laginha et Diederik Wissels), vous pouvez peut-être - car avec David Linx, on n’est jamais au bout de ses surprises -  imaginer ce que donnera ce nouveau challenge…

 

D’autres concerts vous laisseront peut-être sans voix, ce sont ceux où il n’y en a pas.

J’ai retenu pour vous le retour de Rêve d’Eléphant, qui présentera son nouvel album “Pourquoi pas un scampi?”. Tout un programme! Quand on connait le côté onirique et follement inventif de cette bande de doux poètes déjantés, on ne risque certainement pas de s’ennuyer le 21 au Studio 1.

Autres moments à ne pas rater seront aussi les concerts de Fabien Degryse (dans le cadre d’une collaboration avec les Djangofolllies), qui proposera un programme “manouche” avec ses amis Peter Hertmans et Jacques Piroton aux guitares, Nic Thys à la contrebasse et Yves Teicher au violon; ainsi que le dernier projet de Steve Houben (as), entouré d’une belle brochette de “jeunes” jazzmen (Greg Houben (tp), Julien Delbrouck (bs, clar b), Quentin Liégeois (g), Antoine Pierre (dm) et Cedric Raymond (b, eb). Ça promet.

 

Et puis il ne faudrait pas oublier les 2 concerts “Piknikmuzik” des vendredis midis avec le très jeune et très talentueux Bram de Looze qui jouera une première fois avec Nic Thys et une seconde avec le Momentum Jazz Quartet.

 

Enfin, cerise sur le gâteau: Fabien Fiorini (p) mettra en musique deux chef-d’œuvres de Buster Keaton (“The General” et “Sherlock Jr.”), en duo avec Erik Vermeulen d’une part et avec Jozef Dumoulin de l’autre.

A vos agendas… l’hiver sera chaud!

 

A+

 

17/12/2010

OPen Source - Hot Club De Gand

 

Dernièrement,  Joe Higham a eu la bonne idée de mettre en ligne le concert qu’il a donné au Hot Club De Gand le 7 novembre dernier.

Bien sûr, l’idéal est d’aller écouter un concert in situ. Rien de mieux, en effet, que de voir les musiciens en chair et en os, de sentir l’ambiance, la chaleur et les odeurs pour vivre encore mieux la musique. Ceci dit, comme je n’ai pas eu l’occasion d’aller écouter ce concert live, je n’allais pas refuser le cadeau de Joe. Vous pouvez, vous aussi, downloader les deux sets en vous rendant sur son site Cardboard Music. (Juste pour info, Domenico Solazzo et son collectif PaNoPTiCoN, procède de la même manière. Poussant même le processus à mettre en ligne tous les concerts du groupe. Je vous conseille d’ailleurs d’allez y jeter une oreille attentive, ça vaut la peine.)

Bref, après l’avoir écouté plusieurs fois au casque, la nuit venue, intrigué et embarqué par la musique du quartette OPen Source de Joe Higham (ts,cl), (avec Augusto Pirodda (p), Hugo Antunez (cb) et Antonio Pisano (dm)), j’ai laissé un premier commentaire sur le blog. Cela s’est rapidement mué en mini interview improvisée.

joeok.jpg

J'ai été surpris de t’entendre jouer comme ça. C'est vraiment bien. Comment définirais-tu ce genre de «jazz»? «Musique improvisée »? « Free jazz »? «Jazz contemporain»? (Oui, j'aime «étiquettes» :-)))

Oui, je l'appelle tout simplement musique improvisée.

Comment improvisez-vous? Sur une gamme? Sur un mode? Quel est votre «truc»? Comment trouvez-vous votre chemin?

Je pense qu’il suffit de mélanger tout ce tu connais à propos du rythme, des gammes, des sons, etc., et ensuite, de garder les oreilles (très) grandes ouvertes sur ce que font les autres. C'est assez difficile, en effet, et très fatiguant aussi, car il faut rester très concentré. Curieusement il est plus difficile de jouer ce style de musique que de la musique plus «balisée» - avec des progressions d’accords, etc. - au moins, là tu as des repères, c’est moins exigeant et cela nécessite moins d'imagination. Les deux sont amusants, mais je dois dire de se lever et monter sur scène sans idées préconçues, c’est grisant.
Un autre problème est… de trouver un engagement pour faire ce type de musique. Mais c'est une autre histoire.

Précisément, si il n'y a pas d'idée « précise » pour commencer, comment pouvez-vous démarrer? Qui «lance» l'idée en premier? N’êtes-vous pas tenté de replonger sur des thèmes familiers? Êtes-vous tous dans le même état d'esprit? L'ambiance, le public, l'emplacement, le temps influencent la musique?

Eh bien, je suppose que je devrais écrire un petit post sur mon blog avec quelques remarques sur nos improvisations, et comment nous nous y prenons. C’est à la fois très facile et difficile. C’est un peu comme regarder un magicien. Cela paraît plus simple que cela ne l’est (mais ça fait partie de la magie).
La musique commence simplement. L’un de nous (ou tous en même temps) joue et… «voilà», le groupe se met en route. C’est un peu comme pour le dessin ou la peinture, il faut parfois avoir juste le courage de mettre le crayon sur le papier et de faire le premier trait.
En ce qui concerne l’état d’esprit, je suppose que nous avons tous le même objectif en tête : la création d'un certain type de musique. Comme tu peux le constater il y a beaucoup de différents styles de musiques «free». L'atmosphère de la salle a certainement une influence, de même que les personnes qui sont présentes, ce qui est plus ou moins la même chose.


Lorsque vous répétez avant un concert, vous «préparez» des «plans» pour les jouer sur scène ou, au contraire, pour les éviter?

Concernant les répétitions, nous jouons et nous discutons quelques idées, parfois avant et parfois après. Nous envisageons parfois d'ajouter certains thèmes, avec ce groupe, mais pas nécessairement pour démarrer la musique. Et nous n’esquivons absolument rien. Ce serait contre-productif. Je pense que nous nous éclaterions moins sur «Now's the Time», mais qui sait!

Depuis combien de temps jouez-vous ensemble, avec Augusto, Antonio et Hugo?

Nous jouons ensemble depuis environ 8 ou 9 mois.
 

Pour cette «nouvelle» expérience (si elle est nouvelle ?), as-tu écouté d’autres saxophonistes (avant ou après)?

Je me suis vraiment replongé dans ce que j’avais toujours écouté. Les choses que j'ai écoutées plus récemment ont été Mujician et Atomic. Puis, de nouveau, il y a eu l'influence d'Augusto et les conversations que nous avons eu ensemble en traversant la Belgique. Augusto a été très important dans le développement de ce groupe. Je lui avais parlé de ce désir et il m'a proposé d’essayer. Je dois dire que je ne connaissais d'autres personnes, ici, qui étaient vraiment «dans» ce courant musical aussi, ou tout au moins désireux de jouer (Erik Vermeulen, Jereon Van Herzeele pour ne citer qu’eux. Mais il y en a d’autres. Suffisamment pour organiser un petit festival intéressant). Augusto a enregistré avec Paul Motian et est très influencé par la musique de Paul Bley également. Nous avons aussi parlé de Kikuchi, un joueur de piano incroyable qui a travaillé avec Paul Motian (on peut trouver ses vidéos sur You Tube). En fait, si Augusto n'avait pas été aussi enthousiaste, je n’aurais jamais essayé ce truc (j’en aurais simplement rêvé).
En dehors de cela, je suis aussi un grand fan de Jimmy Giuffre, qui est presque le «parrain» de ce type de musique - la liberté mélodique - bien qu’il y ait beaucoup de groupes qui suivent les mêmes principes (les deux groupes que j’ai mentionné plus haut par exemples). De plus, cette musique est assez populaire en Angleterre, je pourrais citer des dizaines de noms.

Peut-être que je me trompe mais, pour ce genre de musique (du moins pour ce concert) tu joues souvent les notes basses (profondes ou sombres, devrais-je dire). Est-ce un point de vue délibéré, une option ou tout simplement le sentiment du moment?

En ce qui concerne les notes graves, non, je pense que j’essaie juste de jouer dans différentes régions du saxophone et de donner une coloration différente à la musique. Parfois, en jouant dans le registre du milieu, cela donne une impression de jouer des «solos». Jouer les notes basses ou très élevées n’est pas si évident, le saxophone est difficile à utiliser comme instrument de percussion.

As-tu le sentiment de jouer de manière différente que dans d’autres contextes?   

Tu veux dire: dans d'autres contextes musicaux? Si oui, en effet, une fois que tu commences à jouer plus ouvertement, cela t’influence à jouer dans un autre esprit.



___________________________________

 

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Dans le même ordre d’idées, je ne peux que vous conseiller d’écouter également le dernier album de Manu Hermia (avec Manolo Cabras et Joao Lobo) «Long Tales And Short Stories» paru chez Igloo. Mais on en reparlera bientôt. Promis.

 

A+

 

 

 

27/11/2010

Time...

 

Un peu (beaucoup) dans le "jus" en ce moment.

Depuis ma dernière mise en ligne (le 18) je n'ai pas eu le temps de relever la tête, de respirer un peu, de souffler, d'écouter attentivement de la musique, encore moins d'aller écouter du jazz (je dois encore parler d'un concert d'Augusto Pirodda vu au début du mois à la Jazz Station), de passer un petit moment en famille, ni même de répondre à mes mails (mes excuses à tous ceux qui m'en ont envoyé, je vais essayer de refaire mon retard)...

Mais pour ne pas laisser ce blog trop longtemps en rade, voici juste une petite video de l'un des pianistes qui me fascinera toujours... Erik Vermeulen.

Dans cette video, tout est dit.

Bravo à l'auteur d'avoir su capter ce moment magique et de l'avoir aussi subtilement mis en musique.

 

 

 

 

Rien à ajouter...


A+

12:00 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : erik vermeulen, muze, manolo cabras |  Facebook |

14/11/2010

Ben Sluijs & Erik Vermeulen - Parity - Rataplan Antwerpen

 

J’avais raté les prestations de Ben Sluijs et Erik Vermeulen à Gand et à Bruges pour la sortie de leur dernier CD en en duo Parity. Dernier, parce qu’il y en avait eu un autre avant: Stones. Un merveilleux album sorti aux débuts des années 2000 chez Jazz Halo et réédité l’année dernière par De Werf. L’idée de “Stones” avait germé après les improvisations solos que Ben Sluijs avait réalisé à l’occasion d’un parcours guidé entre les sculptures du Parc du Middelheim à Anvers. Emile Clemens avait ensuite écrit quelques poèmes autant inspirés par les œuvres d’art que par la musique. Puis, c’est Erik Vermeulen qui s’est immiscé dans le projet. Le pianiste et le saxophoniste ont alors remis de l’ordre entre compos et impros. Puis, ils ont enregistré. Et le résultat fut magnifique. Allez réécouter “Gargoyles”,  “Minor Problems”, “Glow” ou le sublissime “Still” et vous ne regarderez plus jamais les pierres comme avant…

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Pour Parity, l’optique est quelque peu différente. Ben et Erik ont enregistré sporadiquement, depuis deux ou trois ans, des standards, des improvisations ainsi que leurs propres compositions. Ils les ont collecté, réécouté, jeté, gardé et en ont finalement sélectionné 14 pour l’album. Des pièces parfois très courtes (entre une et deux minutes) et d’autres plus longues. Le tout est d’une immense poésie, d’un lyrisme parfois sombre mais d’une musicalité toujours lumineuse. Le romantisme flirte avec l’impressionisme et la liberté avec le respect. Parity est un recueil de musiques qui parlent à l’âme.

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Rendez-vous ce 29 octobre au Rataplan à Borgerhout, dans la banlieue d’Anvers, pour entendre la version «live».

 

En première partie d’abord, quatre jeunes musiciens, Marjan Van Rompay (as), Jan Debel (p), Dries Laheye (eb) et Jakob Warmenbol (dm), qui ont eu la chance d’être coacher deux semaines durant par Ben Sluijs, présentaient le fruit de leur travail. “Bye-Ya” de Monk pour commencer et une ballade ensuite, permettent de remarquer rapidement un beau toucher de la part du pianiste. Le jeune quartette se lance alors dans un morceau d’Ornette Coleman. Il ne faut pas se rater. Il y a intérêt à bien s’entendre et à pouvoir canaliser les énergies. Il faut négocier la fulgurance impromptue et le lâcher prise. Pas simple, mais ils y parviennent avec brio. Jakob Warmenbol, que j’ai déjà vu plusieurs fois, opte souvent pour un jeu feutré et équilibré. La basse électrique est souple et le sax de Marjan Van Rompay, assez inspirée, se fait souvent ondulant. Prometteur.

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C’est au tour du duo Sluijs-Vermeulen de monter sur scène. Entre eux, le dialogue est libre et sans entrave. Ils se connaissent si bien. Si bien, que leurs discours ne se répètent jamais. Ils l’inventent à chaque fois. Après un léger “Sweet And Lovely”, “Parity” joue clairement le dialogue, l’échange et les contrastes. Le duo fait un bout de chemin ensemble avant de se libérer l’un de l’autre. Mais ils s’entendent dans les silences et se rejoignent les yeux fermés. Les harmonies semblent se perdre et pourtant elles sont toujours présentes, sous-jacentes, en creux ou en non-dit. C’est tout l’art de ce duo. Rien n’est jamais figé et pourtant tout repose sur des lignes invisibles fortes. Saxophone et piano se croisent, se saluent ou se bousculent un peu. Puis, tandis qu’Erik plaque des accords, Ben s’envole. C’est la terre et c’est le ciel. Et entre les deux, il y a le rêve.

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“Bright Day” (écrit un jour où Erik était d’humeur positive dit en plaisantant Ben) n’a presque rien à voir avec la version de l’album. Le duo évoque et esquisse la mélodie, tout comme il le fera avec “Con Alma” (Dizzy Gillespie). Entre jazz et musique de chambre, entre musique contemporaine et classique, le duo ne cache pas ses influences et “Béla”, en hommage à Bartók, en est la preuve. Vermeulen joue comme en contrepoint, sa main droite invente et parfois reste en suspens… pour laisser parler Sluijs. L’équilibre est fragile, le dialogue est fin, la mélodie est comme susurrée.

 

C’est comme une respiration lente, une respiration parfois irrégulière.

Une respiration qui vous tient en haleine.

 

A+

 

05/04/2010

Chrystel Wautier. Vue à la radio.

Régulièrement, Philippe Baron invite autour du Steinway de Musiq3, dans le cadre de son émission « Jazz » (tous les jours à 18h.), un jazzman. En l’occurrence, ce jeudi 25, c’était une jazzwoman.

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En effet, Chrystel Wautier avait les honneurs de chanter durant une heure, et en direct, sur les ondes de la RTBF. Chrystel chante, mais alors, qui est derrière le Steinway ? Ni plus ni moins que Erik Vermeulen. Musicien parmi les musiciens. Jazzman parmi les jazzmen. Pianiste parmi les pianistes. Je vais m’arrêter là, on va encore dire que j’en fais trop à son égard.

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Le duo, formé pour l’occasion, nous a donc offert un joli petit voyage entre standards bop, bossa et pop. Erik Vermeulen jouant «Balckbird» des Beatles ou «They Won’t Go When I Go» de Stevie Wonder, pour moi, c’était une première. Et bien sûr, le bougre nous surprend lorsqu’il invente des phrases que lui seul peut inventer.

Finalement détendue, souriante comme à son habitude, toujours prête à rigoler et à rebondir sur un bon mot, Chrystel n’en oublie pas de chanter. Sa voix est plus cristalline que jamais, plus chaude et ensoleillée aussi. Le bonheur se lit sur son visage et se ressent dans son chant. Tout arrive naturellement, les scats comme les sifflements.

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On peut réécouter l’émission en Podcast ici, pendant quelques semaines encore, profitez-en.

Chrystel sera à nouveau invitée de «Jazz» ce mercredi 7 pour parler de son dernier album qu’elle présentera d’ailleurs officiellement ce samedi 10 avril au Sounds. Elle sera, ce soir-là, accompagnée de ses acolytes habituels, Quentin Liégeois (g) et Boris Schmidt (cb), ainsi que de deux invités: Ben Sluijs (as) et Cédric Raymond (probablement au piano. On ne sait jamais avec lui, il est capable de tout jouer).

On est impatient de découvrir ça.

 

A+

 

25/04/2009

Manu Hermia Quartet à la Jazz Station

Allez hop, un petit passage éclair (comme je l’ai promis à mes deux filles qui m’accompagnent) à la Jazz Station samedi 11 avril en fin de journée.

Comme d’habitude, il y a pas mal de monde.

Sur scène, c’est Manu Hermia est son quartette Rajazz.
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Pas de nouvelles compos au répertoire pour l’instant (Manu travaille sur différents projets qui vaudront la peine d’être entendus. On en reparlera l’un de ces quatre).
Pas de nouvelles compos, donc, mais toujours un plaisir immense à écouter «Contemplation» de McCoy Tyner ou «Internal Sigh», avec cette fabuleuse progression rythmique.

Pas de nouvelles compos, mais une terrible relecture de «I’m Just Me» introduit au Bansuri par Manu et propulsé par un Erik Vermeulen survolté et contenu à la fois.
Avec aussi un Lieven Venken subtilement énergique aux drums. Ça claque juste et ça caresse quand il faut.

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Manu poursuit au soprano avec exaltation tandis que Sam Gerstmans (qu’on avait plus vu depuis un bout de temps) fait résonner la contrebasse.
Quel son !
C’est encore plus flagrant sur «Awakening»: rondeur, profondeur, attaques franches et puissance…

C’était un passage éclair.
Un seul set.
Je l’avais promis à mes filles.
Pour une fois que j’ai l’occasion de passer un peu de temps avec elles, il faut savoir aussi en profiter.

A+

20/04/2009

Erik Vermeulen Trio - "Live Chroma" De Werf

Vendredi 10 avril, week-end de Pâques.
Direction De Werf à Bruges.
Du monde sur l’autoroute de la mer? Pas vraiment, finalement.
Et c’est pas plus mal.
Du monde à De Werf? Pas mal, finalement.
Même si il y aurait pu en avoir plus.
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Le trio d’Erik Vermeulen, ce n’est pas si souvent qu’on peut l’entendre.
Bien sûr, il y a eu la belle tournée des JazzLab Series, qui a précisément servi à l’enregistrement «live» du nouvel album que le pianiste présentait ce soir.
En effet, certains morceaux ont été enregistrés à Grimbergen, d’autres au Meent ou au Beurs… et quelques solos chez Erik même.

Et comme c’est la présentation de «Live Chroma», Erik a décidé de respecter la set-list et de jouer la plupart des morceaux du disque.

«Three Colors and More», puis «Morphos» pour débuter.
Intimistes et légèrement romantiques, ces deux morceaux me font penser que si Bill Evans avait été encore vivant, il aurait peut-être pu jouer comme cela… avec cette touche contemporaine en plus. Celle qui rend le jeu de Vermeulen unique.
Ce qui laisse un peu dubitatif Erik, quand je lui en parle… mais je persiste.
Sur d’autres morceaux, on entend d’autres influences (Monk ou Tristano, par exemple). Mais le pianiste possède un jeu tellement personnel qu’il serait vain de lui trouver des similitudes avec ses illustres prédécesseurs.

Et puis, que dire de la rythmique?
L’interaction entre Manolo Cabras (cd) et Marek Patrman (dm) est en tout point idéale. Avec eux, Vermeulen est comme un poisson dans l’eau.
L’entente, l’écoute et la compréhension sont parfaites.

Cela permet au trio d’explorer continuellement les espaces ouverts.
Sur «Broken», qui porte bien son nom, le groupe joue les cassures rythmiques accentuant parfois un peu les dissonances. Sur «Three For A Ballad» (qui n’est pas sur l’album), la batterie marque le contrepoint plutôt que de se contenter de jouer un rôle plus conventionnel.
En reprenant «Proposal N°1» (de l’album précédent «Inner City») Manolo Cabras impose un groove qui prend soin d’éviter tout le temps l’ordinaire.
Nous voilà toujours en alerte.
C’est de la musique en trois dimensions qui se crée perpétuellement devant nous.
Une musique intelligente et toujours accessible.
Car si elle parle à l’esprit, elle touche aussi le cœur.
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Alors, il y a aussi cette belle ballade triste «The Old Century», ou ce «2/8» en forme de bop aux virages en épingles, qui nous emmènent obligatoirement hors des sentiers battus.
Du Vermeulen, quoi.

Pour conclure, le trio nous offre «Everything I Love» (de Cole Porter) et en rappel «Re:Person I Knew» de… Bill Evans.
Quand je vous disais que Bill n’était pas loin…

Dois-je vous dire aussi que «Live Chroma» est un must ?

A+

28/10/2008

Rajazz. Le retour.

Dans le cadre du Skoda Jazz Festival (et toujours au Sounds), Manu Hermia était de retour pour un concert «Rajazz» unique.

Unique, car une seule date figure jusqu’à présent à son agenda (et c’est bien dommage), mais unique aussi car le quartette présentait en avant-première le clip «Rajazz», réalisé par Lucas Racasse avec «Les Moyens Du Bords».

Il existe des clips pour le rock, la pop, le rap… et rarement pour le jazz.
Alors, pourquoi pas ?


20 caméras habilement disposées partout dans un studio.
20 caméras qui tournent simultanément.
20 caméras pour un seul plan continu.

20 caméras pour filmer l’instant, filmer la tension, filmer le relâchement, filmer le jazz…

Côté concert, on retrouve à nouveau sur scène Sam Gerstmans (cb), solide et efficace.
Lieven Venken (dm), bonnet vissé sur la tête, sourire désarmant sur les lèvres et jeu plein de finesse.
Erik Vermeulen au piano. Toujours aussi brillant.
Et Manu Hermia, bien sûr, à l’alto, au soprano ou au Bansuri.


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Manu Hermia a tout assimilé de la fulgurance d’un Coltrane, de la richesse du jazz et de la sagesse de la musique indienne. Il nous livre le produit de cette alchimie avec grâce et justesse. On ne peut qu’admirer l’intelligence de cette musique qui joue sur les contrastes et les nuances, et qui allie le groove et l’introspection.

Après une mise en bouche avec le classique «Contemplation» de McCoy Tyner, comme pour fixer le point de départ de sa réflexion, Manu Hermia et son groupe enchaînent les compositions très personnelles («It’s Just Me», «Indian Suite», «Rajazz» etc…) et démontrent ainsi combien la musique de Coltrane, si on l’a comprise, est une base solide à une créativité sans borne.

Les dernières tournées du quartette ont permis de resserrer encore le propos, de le repenser, de e redessiner, de le dégraisser encore un peu plus de tout bavardage inutile.
Alors, le fil se déroule, l’histoire se développe et la musique nous enveloppe.

Rajazz suit son bonhomme de chemin.
Un chemin de vie et d’énergies positives.
Un chemin à suivre les yeux fermés.

A+

21/07/2008

Brosella 2008

Dimanche dernier, le 13, avant d’aller écouter le concert de clôture de la première partie du festival Gent Jazz, je ne pouvais résister à l’attraction de la toute belle affiche du Brosella.

Direction: l’agréable théâtre de verdure, à deux pas de l’Atomium.

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Quelques gouttes de pluie tombent.
Deux fois rien.
Sur la scène, l’orchestre de Maria Schneider s’est installé.
Superbe Big Band dans lequel on retrouve quelques stars du jazz américain actuel.
Voyez plutôt : Clarence Penn, Ben Monder, Donny McCaslin, Rich Perry, Steve Wilson, etc…
Sans oublier les «habituels» de l’orchestre : Ingrid Jensen, Charles Pillow, Frank Kimbrough, pour ne citer qu’eux.
Tout ça pour nous. Et gratuitement! Merci Henri…

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Les compositions, magnifiquement tissées par Schneider, font mouche dès les premières mesures.
D’ailleurs, le soleil revient aussitôt.
Est-ce «Hang Gliding», ce premier thème?
Toujours est-il que la rythmique est soyeuse et swinguante, extrêmement bien mise en place.

Avec «Rich’s Piece», le ton est plus mélancolique et Rich Perry peut développer le thème d’un bout à l’autre.
Sax légèrement plaintif, quelque peu désabusé… magnifique.

Puis, avant de le diriger, Maria prend un plaisir sincère à expliquer le voyage musical qu’inspire le long et fabuleux «Cerulian Skies», tandis que chaque musicien imite le chant des oiseaux.
Donny McCaslin, dans son solo, monte en puissance pour atteindre un paroxysme et une plénitude où vient le rejoindre l’accordéoniste Toninho Ferragutti, dans un jeu dépouillé, retenu, presque mystique…
Tonnerre d’applaudissement d’une foule extrêmement nombreuse.

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À l’opposée de la grande scène, et dégagée cette année-ci du petit bois où elle partageait habituellement le bar et les sandwisheries (ce qui était sympathique mais pas toujours optimal pour écouter la musique), la seconde scène accueillait Mathilde Renault.

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Pour l’occasion, la jeune pianiste avait invité le saxophoniste suédois Jonas Knutsson.
Le quartette (Stijn Cools aux drums et Janos Bruneel à la contrebasse) revisite les compositions de Mathilde: «Merengue», «In a Swedish Mood», etc…
On y retrouve toujours ce mélange original de jazz et de musiques inspirées de tous les parfums du monde (Brésil, Balkans, Orient…).
Les rythmes sont chatoyants, les thèmes évolutifs et parsemés de changements de directions. Mathilde chante dans son langage imaginaire.
Tout ça dans la subtilité et la légèreté.
«Smiles» (de Knutsson) s’insère avec facilité et sans heurt dans ce répertoire plus qu’agréable.

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Transition idéale pour aller écouter Rabih Abou Khalil.
Toujours aussi drôle et ironique dans la présentation de ses musiciens et de ses morceaux, il nous offre la plupart du répertoire de son dernier album «Em Português».

Le fidèle Michel Godard au tuba, Jarrod Gagwin aux percussions, Luciano Biondini à l’accordéon et Gavino Murgia au sax font balancer l’ensemble entre le festif et l’introspectif.

Retour vers la petite scène pour un changement de style assez radical: Ben Sluijs Quintet.
Ce n’est pas parce que c’est un festival que le quintette fait des concessions.
Le groupe fonce tête baissée dans les principaux thèmes des deux derniers albums : «Somewhere In Between» et «Harmonic Integration».

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Ici, on flirte avec l’atonal, la dissonance. On joue pour un public averti.
Sluijs et Van Herzeele bâtissent autour de «The Unplayable», «Squawk», «Close» ou encore «Where Is The Joy?» des improvisations ardues et inspirées.
Erik Vermeulen intervient ponctuellement et arrive toujours à imposer des phrases d’une qualité extrême, oscillant entre le contemporain et le lyrisme.
Quant à la rythmique Cabras et Patrman, elle est toujours aussi solide et bouillonnante.

Dans un coin du parc, Olivier Kikteff et ses amis des Doigts de l’Homme continuent de jammer doucement. Le soleil ne quitte plus le site et l’ambiance est, comme toujours, détendue, familiale et sympathique.
Il y a, bien sûr, toujours quelques égoïstes qui s’emparent d’une chaise, ne la lâche plus et se baladent avec elle pendant tout le festival.
À croire que d’avoir posé leur cul dessus leur donne droit à la propriété exclusive…

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Passons.

La foule est compacte et attentive devant la grande scène pour écouter Paul Bley en solo.
Même si il met de l’eau dans son répertoire (évitant les improvisations intransigeantes), le pianiste ne la joue pas petits bras.

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Plein d’inventivité et sans temps morts, il rebondit sur les standards dont il n’utilise que les premières notes pour se construire des mélodies toutes personnelles.
Il revoit «Somewhere Over The Rainbow» ou «I Loves You Porgy» et joue avec les tensions, joue les temps suspendus, joue rubato…

Il injecte quelques motifs répétitifs qu’il associe à une valse lente, à un blues ou même parfois presque à un léger rag.

Bien sûr, on aurait voulu un Bley un peu moins conciliant. Pour cela il faudra sans doute attendre de le revoir au Ro
ma à Anvers en mai 2009, si mes infos sont exactes.

Paul Bley aurait bien continué encore. Et le public l’aurait suivi… mais le timing d’un festival se doit d’être respecté.
Et il quitte la scène sous une standing ovation.

Quant à moi, il est temps que je rejoigne Gand pour écouter Wayne Shorter.
Mais ça, c’est une autre histoire.

A+

04/06/2008

The Unplayables - Jazz Station

Comme dans un petit avion qui décolle, on quitte doucement la terre.

Les deux saxophonistes, Ben Sluijs et Jereon Van Herzeele, jouent une mélodie douce.
Manolo Cabras, à la contrebasse, marque une pulsation régulière.
Marek Patrman éclabousse le thème de délicats coups de cymbales.
Erik Vermeulen saupoudre l’ensemble de quelques notes cristallines.
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Et puis, ça monte en intensité. Comme si tout se déglinguait.
On se demande si ce morceau va tenir?
Un chaos maîtrisé s’installe… les notes s’éparpillent… puis, retombent comme une fine poussière qui tourbillonne… et trouvent finalement un chemin.
C’était «Close» et «Perfect» extraits de la suite «A Set Of Intervals» sur le précédent album du Ben Sluijs Quartet «Somewhere In Between».

Ça commence fort.
Alors, Manolo et Ben introduisent, dans un esprit très lunaire, ce qui doit être, je pense «Whistling»… Mais Jereon vient jouer les trublions et impose petit à petit une insidieuse mélodie qui se transforme bien vite en improvisation incandescente.

C’est le mariage de l’eau et du feu.
C’est une douceur brute.
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Mais «The Unplayables» (c’est le nom de ce quintet), est capable aussi de lyrisme. Normal, si on connait un peu Ben Sluijs et Erik Vermeulen.
«Scalewise» est très romantique, très printanier.
Bien sûr, on est loin de la banalité.
Les saxes, à l’unisson, lancent le pianiste vers un solo finement ciselé, tendre et subjuguant.
Là où certains jouent beaucoup de notes, Vermeulen les distille avec parcimonie.
Il les laisse respirer, joue avec le silence et son écho…
De même, ses lignes mélodiques, sur «The Unplayables» (merveilleux Ben Sluijs à la flûte), sont des oasis, des petits coins de ciels bleus, des moments de fraîcheur.

Frisson est garanti.

«Major Step», termine le premier set en explosion free, swing et post-bop nerveux.
«Harmonic Integration» ouvre le second sous la forme d’une valse nonchalante, suivi par «Where Is The Joy», qui joue beaucoup plus la carte du free jazz.
Des structures courtes, très ouvertes, des interventions incisives de la rythmique (Marek nous gratifiera plus tard un solo diabolique) et un Van Herzeele toujours prêt à s’échapper…
Le cœur bat vite.
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Alors, le final se joue tout en douceur.
Une flûte aux accents un peu orientaux ou indiens nous ramène dans une ambiance nocturne et introspective…

C’était le 21 mai à la Jazz Station.

A+

03/03/2008

Cordes sensibles - Manolo Cabras

Après avoir célébré quelques grandes dames du jazz, notre gang de blogueurs (Jazz Chroniques et Coups de Cœur, Ptilou’s Blog, Jazz Frisson, Maître Chronique et Jazz à Paris ) remet le couvert pour vous proposer cinq portraits envers et contrebasses.


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MANOLO CABRAS

Les contrebassistes courent de gig en gig.
C’est très important un bon contrebassiste.
Ils sont très demandés les contrebassistes.
Les bons.
Certains tentent de répondre à toutes les invitations, quelques-uns choisissent leurs partenaires… d’autres les cherchent.

Pas simple, la vie avec la grand-mère.

En Belgique, ils sont nombreux, les excellents  contrebassistes: Jean-Louis Rassinfosse, Sal La Rocca, Philippe Aerts, Piet Verbist, Nic Thys, Bart De Nolf, Roger Vanhaverbeke… pour ne citer qu’eux.
La liste est trop longue et je m’arrête ici car je risque d’en oublier… et je ne voudrais pas qu’on me tire la gueule la prochaine fois que je vais en club. (Déjà croisé le regard noir d’un Sam Gerstmans courroucé?)

Depuis 5 ou 6 ans, il y a un contrebassiste qui a pris une place particulière dans le jazz belge: le sarde Manolo Cabras.
Souvent associé au batteur tchèque Marek Patrman, avec qui il forme une rythmique singulière, il est devenu un sideman très recherché.

On peut se demander pourquoi un Italien décide de quitter ce merveilleux pays ensoleillé pour rejoindre la grisaille du notre?
«Il n’y avait pas beaucoup de gigs qui me plaisaient là-bas. Il y avait peu d’intérêt pour le genre de jazz que j’aime, et donc peu de jobs excitants», avoue-t-il.

C’est que Manolo aime Paul Bley, Gary Peacock et Paul Motian ainsi qu’un certain esprit du jazz européen. Un jazz sans doute un peu moins «facile».

Alors, il décide de monter dans le Nord.
Il ne s’arrête pas tout de suite en Belgique, car son objectif c’est d’abord la capitale Hollandaise: Den Haag.
Il sait que, là-bas, il pourra évoluer et jouer la musique qui le fait vibrer profondément.

Sur place, il joue avec Jesse Van Ruller, Eric Vloiemans ou Wolfert Brederode…, mais il rencontre aussi et surtout de jeunes musiciens, venus d’un peu partout en Europe, qui partagent la même vision du jazz que lui: Joao Lobo, Giovanni Di Domenico, Alexandra Grimal, Lynn Cassiers, Gulli Gudmundsson et d’autres encore.

C’est là aussi qu’il rencontre Marek Patrman qui l’entraînera à Anvers pour jouer avec Ben Sluijs et Erik Vermeulen.
L’étincelle jaillit, ici aussi.
Les musiciens se comprennent aussitôt.

Mais quelle est donc cette alchimie qui fait que «ça fonctionne» ?
Trouver les mots pour l’exprimer n’est pas facile.

Marek a bien du mal, lui aussi, à trouver les mots :
«Time and sound», lâche-t-il spontanément avant de réfléchir plus longuement.
Il continue:
«Je ne sais pas, je n’y ai jamais vraiment pensé. C’est un jeu différent des autres. Mais ça vient tellement naturellement entre nous. Je reçois la musique de la même manière que lui. Et quand on la reçoit de la même façon, c’est assez simple de la rendre de la même manière.»

Pas besoin de mots, en quelques sortes.
Voilà une belle illustration du le langage universel et complexe du jazz.

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Une des premières fois que j’ai entendu Manolo, c’était avec le nouveau quartet de Ben Sluijs.
Le saxophoniste alto avait décidé d’orienter sa musique vers un style plus ouvert, lorgnant du côté d’Ornette Coleman ou de… Paul Bley.
Cabras était le contrebassiste tout désigné pour l’aider à mener à bien son projet.

Quand je demande à Ben s’il a une explication à la réussite de cette rencontre, et ce qu’il pense de son contrebassiste il répond:
«Parce qu'il veut me suivre vers les étoiles.
Parce que ça marche tellement bien avec Marek.
Parce qu'il fait des trucs rythmiques qui sonnent décalés, mais qu’il sait (la plupart du temps ! – rires -…)  où il est.
Parce qu'il est parfois difficile mais qu’il se donne toujours à 100% musicalement.
»

Le témoignage est assez éloquent et, on le voit, plein de sensibilité.

De son caractère, de son tempérament et bien sûr de son talent, Manolo Cabras marque indéniablement les groupes dans lesquels il joue: Free Desmyter, Erik Vermeulen, Unlimited et autres…

Mais il est bien plus qu’un sideman. Il a d’autres projets plus personnels qu’il aimerait aussi développer, tel que «Borg Collective», constitué de neuf musiciens rencontré à Den Haag (voir plus haut), avec qui il crée une musique très improvisée et use de sampling, re-recording, effets électros etc...

Il est également co-leader avec Lynn Cassiers (chanteuse atypique à la voix irréelle et somptueuse) d’un groupe qui lui tient particulièrement à cœur.
Un jazz qui combine également les effets électros et l’improvisation non seulement musicale, mais aussi textuelle.
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Manolo redescend parfois un peu vers le Sud, car il est également présent sur la scène française avec le quartette d’Alexandra Grimal. (Nos amis Parisiens ont eu la chance de les entendre souvent au défunt club «La Fontaine» - qui renaît actuellement sous le nom de «Les Disquaires».)

Alexandra est, elle aussi, tombée sous le charme musical et humain de Manolo:
«Manolo Cabras est un des musiciens qui me touchent le plus. Il est entier dans la musique et joue avec une intensité peu commune.
Le son de la contrebasse est brut et profond, il fait chanter l'instrument sur de nombreux registres différents. Il est soliste, mélodiste, rythmicien, en contrepoint permanent. Il est d'une grande générosité, toujours à l'écoute des autres, il ouvre de nouvelles voies instinctivement. Il vit la musique dans l'instant, tout en pouvant se projeter à la fois dans de longues formes improvisées. C'est un improvisateur et un compositeur extraordinaires.
J'aime particulièrement chez lui sa recherche du vrai, le son tel qu'il est, dans sa forme la plus brute, dans l'impulsion qui le crée.
Que dire de plus? Difficile de mettre des mots sur un tel musicien si complet. Il est aussi à découvrir en tant qu'ingénieur du son!
Il faut surtout l'écouter jouer, il est libre et plein de projets, tous plus variés et étonnants les uns que les autres.
»

On le voit, Cabras ne laisse personne indifférent.
Même pas vous, j’en suis sûr.

Ecoutez-le sur quelques rares CD's, comme «Something To Share» de Free Desmyter ou «In Between» de Ben Sluijs…
Mais surtout, venez le voir sur scène lorsqu’il se balance frénétiquement avec son instrument, complètement investi par sa musique…

Allez, je vous fais une place et je vous attends.

A+


Merci à Jos Knaepen pour les photos, à Marek, Ben et Alexandra pour leurs réponses.

13/01/2008

Fiorini-Rzewski Duo et Erik Vermeulen Trio au Beurs.

J’avais raté le concert de Fabian Fiorini et Jan Rzewski lors du dernier festival Jazz à Liège.
J’étais arrivé en toute fin de concert, pourtant programmé très tard.
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Grâce aux Jazzlab Series, j’ai pu enfin écouter le duo, jeudi dernier, au Beursschouwburg.
J’aime bien cette salle du rez-de-chaussée aux allures de «Factory».
Et puis, c’était l’occasion de revoir aussi Erik Vermeulen en trio, puisque Jazzlab, qui ne fait pas les choses à moitié, a eu l’intelligence de coupler deux concerts par soirée.
Deux pianistes, deux approches différentes… pour un même bonheur.

Fiorini et Rzewski attaquent avec «Farfalle» qui semble puiser son inspiration autant chez Art Tatum, Fats Waller ou Monk pour le pianiste, que chez Steve Lacy pour le soprano (enfin, c’est mon impression).
Ce qui est fascinant dans ce duo, c’est cette idée de grand écart entre les racines du jazz et sa contemporanéité. Il y a des allers-retours  dans le temps, tant dans les compositions que dans l’interprétation. On retrouve d’ailleurs ce même esprit dans «Quadrimensionnele Blues».
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D’autre part, il y a aussi le mélange jazz avec la musique classique ou contemporaine.
Fiorini est à la fois lyrique (voire presque romantique) sur des thèmes comme «Tall Crystal» et à la fois percussif, jusqu’à jouer les déstructurations, comme sur «Music For Food» (morceau que le duo jouait pour la première fois en public).
Ce thème, un peu ardu, aux rythmes et tempos fluctuants est plein de nuances, de changements de directions abruptes, de moments de tensions mais aussi de contemplation.
Rzewski passe alors à l’alto, pourtant, je le préfère au soprano, comme sur «Tarentelle de l’amour». Joué sur le ton de l’humour, ce morceau est une sorte de tango espagnol (ça existe?), sensuel et puissant à la fois, avec une mise à mort par un soprano rauque qui vibre comme des banderilles plantées au plus profond de la chair.

Avec ce Jazzlab Tour, le duo va sans doute encore
resserrer les liens et affiner les tensions.
Ça vaudra la peine de l’entendre encore en fin de tournée.

Après une courte pause où j’ai le temps de discuter un peu avec Fabian, Mathilde Renault, Nath ou Ben Sluijs (dont l’album «The Unplayables» sort début juillet), c’est au tour d’Erik Vermeulen de monter sur scène.
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Le trio commence avec « Untitled 1 », une ballade à l’atmosphère légère, aérienne, sobre et dépouillée. Tout est en non-dit, en respirations et en silences.
Le touché d’Erik est délicat, tout comme le jeu de Marek Patrman avec ses balais.
Le batteur va jusqu’à tordre un des fils pour aller griffer la caisse claire et obtenir un son particulier.

Avec «Broken Something» ou «Tricolori», on joue plus sur une construction «évolutive». Une idée en amène une autre.
Les solos de Manolo Cabras, à la contrebasse, sont magnifiques d’intensité et de musicalité.
La connivence certaine entre les membres du groupe rend la musique excessivement vivante et (é)mouvante.
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Il y a toujours chez Vermeulen cette dualité entre la luminosité du propos et la tourmente. Il y a ces tourbillons de notes aussitôt suivis de silences et d’inquiétudes. Un équilibre fragile et sensible. Et c’est encore plus flagrant dans «Untitled 2» et «Untitled 3».
J’essaie parfois de comparer son jeu à ceux d’autres pianistes, mais je n’y arrive pas vraiment, la musique d’Erik est bien trop personnelle.
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«Station Like» (composé à partir d’une improvisation enregistrée lors du concert à la Jazz Station) explore à fond l’improvisation sur un thème très ouvert. Marek et Manolo sont explosifs. Ils frappent, giflent, frottent ou griffent leurs instruments de toutes parts, tandis que le pianiste fait gronder les cordes.

That’s jazz !

Tous les concerts du trio sont enregistrés durant la tournée, dans le but de sortir un CD chez De Werf dans le courant de l’année.
Alors, même si c’est en «live» que cette musique se vit (allez-y, il n’est pas trop tard, il y a encore des dates ce mois-ci), réservez déjà votre exemplaire chez votre disquaire… C’est moi qui vous le conseille.

A+

28/11/2007

Certified 31% Evil - Jazz Station

La Jazz Station se remplit peu à peu pour finalement faire presque salle comble.
C’est plutôt encourageant quand on connaît la programmation habituelle du club et le genre de groupe invité ce soir.
La Jazz Station prouve ainsi qu’elle n’a pas froid aux oreilles et qu’elle n’a pas peur de l’éclectisme.
Tant mieux.

Car ce soir, c’est free jazz.
Et Certified 31% Evil est certifié 100% free.

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Certified 31% Evil est une belle équipe réunie autour du remuant batteur, et initiateur du projet, Teun Verbruggen.
A la contrebasse : Nic Thys, à la guitare : Jean Yves Evrard, au piano : Erik Vermeulen, aux saxes : Toine Thys et Andrew D’Angelo (entendu aux côtés de Jim Black, Kurt Rosenwinkel…ou dernièrement à Jazz Middelheim avec Nic Thys et les 68 Monkeys).

Ce soir, l’impro est donc totale.


Chacun démarre sans savoir où il va.
Puis il écoute l’autre, va poser une phrase, change de chemin.
Tout le monde se cherche et peu à peu le tourbillon prend naissance.
La musique monte en cercles concentriques.
Comme une onde infinie.
Elle fait des circonvolutions.
Se construit sur presque rien. Surtout sur elle-même..
Elle monte en puissance.
Une terrible puissance initiée par un D’Angelo intenable.

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Les musiciens sculptent les sons comme dans un granit brut. Les éclats jaillissent de partout. Toine Thys ponctue les formes brutes du saxophoniste New Yorkais, comme pour polir les angles.

A la guitare, Jean Yves Evrard - tantôt sur la scène, tantôt devant – cisèle le son à la lame de rasoir, tandis que Teun et Nic maintiennent une pression lourde.

Après avoir atteint des sommets quasi orgasmiques, les notes scintillantes et cristallines du piano viennent offrir un contraste saisissant dans un silence soudain.

Erik Vermeulen frotte, gratte, étouffe les cordes de son piano.
On joue sur les couleurs, les sons et les souffles.

Le temps d’un instant, D’Angelo échange son sax contre une clarinette basse.
Le climat change.
Puis, à nouveau, les saxes crient, hurlent et crissent.
C’est exubérant, exaltant, énergisant…sonnant.

Le deuxième set débutera de manière plus intime.
L’énergie est contenue, voire retenue. La forme est plus grasse, plus ronde. Les cycles plus longs.

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Au paroxysme d’un mouvement, le piano s’encanaille avec la batterie.
Le dialogue est sec, rugueux et nerveux.
Tout devient prétexte à faire de la musique : verres, guimbarde, clochettes, grelots, tamtam. Les rythmes se construisent pour s’effilocher aussitôt.
D’Angelo éclabousse tout le monde. Il est omniprésent.

Evrard impose alors un ostinato oppressant et hypnotique.
Et doucement, la fièvre retombe.

Quel voyage. Quelle montée d’adrénaline.

Je prends un peu l’air, discute avec Mwanji, Nath, Céline ou Christine.
Puis avec Erik, pour essayer de comprendre comment ça se passe dans la tête des musiciens, comment ils tressent cette musique totalement libre.

Fascinant mystère.

Tout le monde décide d’aller jammer au
Sounds.
Il est déjà tard, la journée a été longue et la semaine sera éprouvante.
Mais on trouve l ‘énergie où l’on peut…alors je les suis.

A+

28/05/2007

Le Jazz Marathon et une leçon. (Part1)

Bon, si vous le permettez, mon marathon, je vais vous le raconter en plusieurs étapes.
Il faut savoir ménager l’organisme après une telle orgie…

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Vendredi 27, Grand Place, le monde afflue pour assister au premier concert du Jazz Marathon 2007.
Le soleil (qu’on avait pourtant prévu aux abonnés absents) est de la partie. Pour combien de temps ? Suspens…

Sur scène, le trio de Fabien Degryse, avec Bart De Nolf à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie.

La musique est chaude et sensuelle. Couleur un peu bossa mâtinée de blues, le trio propose la plupart des morceaux qui se trouvent sur le récent album : «The Heart of the Acoustic Guitar».
On remarque toujours la belle fluidité de jeu de Fabien, les interventions profondes de Bart De Nolf et le drumming précis de Castellucci.
Fabien enchaîne «Dream And Goals», l’excellent «Da Ann Blues» ou encore la suite «Away From Your Love – It’s A Long Jorney – Back Home» avec une belle élégance.
Un beau moment de bonheur simple qui place le week-end sur une bonne voie.

Direction Place Ste Catherine.
Autre son de guitare : c’est celui de Greg Lamy.
J’arrive pour les deux derniers morceaux, dommage. Il me semblait pourtant que le groupe aurait eu encore le temps de jouer avant de laisser la place à Soul and Soul Band.
J’aime bien la nouvelle mouture du quartet de Greg : ce mélange bop au parfum de musiques antillaises (pas dans la «construction», mais dans le son que Greg donne à sa guitare : un effet «steel drums» des plus judicieux).
Il est entouré par de solides musiciens français : Gauthier Laurent (b), Jean-Marc Robin (dm) et surtout David Prez (s) qui vient de sortir son premier album chez «Fresh Sound New Talent» avec Romain Pilon, Yoni Zelnik et Karl Jannuska.
Je vous le conseille déjà.

Je discute un peu avec les quatres gaillards en écoutant le groupe Soul And Soul Band dans lequel Lorenzo Di Maio (g) a remplacé Marco Locurcio pour l’occasion.
Comme son nom l’indique : c’est de la soul. Tendance parfois funk ou R&B de très belle facture. Santo Scinta impose une pulsion énergique et parfaite tandis que les interventions de Didier Deruyter à l’orgue Hammond rehaussent encore un peu plus le côté dansant et chaloupé de l’ensemble.

Mais je ne m’attarde pas plus et je vais Place d’Espagne écouter Raffaele Casarano.

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Ça groove bien.
Le piano d’Ettore Carucci est fougueux, la contrebasse de Marco Maria Bardoscia est lourde et Alessandro Napoli imprime un rythme bien senti.
Je préfère d’ailleurs le groupe lorsqu’il prend cette option plus musclée que lorsqu’il déroule un jazz plus traditionnel, fait de balades un peu légères et parfois trop romantiques à mon goût.
J’aime bien le jeu du pianiste quand il se fait incisif avec quelques inflexions monkiennes : Raffaele n’en est que plus explosif.
Pas le temps de discuter avec les musiciens comme promis car je fonce à la Jazz Station pour écouter «Love For Trane».

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Ce projet, initié par Yannick et Nico de la Jazz Station, n’a rien à voir avec celui qui sera proposé à Gand au Blue Note Festival, comme je l’avais écrit. (Vous me laissez écrire n’importe quoi ! Heureusement qu’Erik Vermeulen m’a remis dans le droit chemin ! …pour une fois… :-) )
N’empêche, il serait dommage que ce projet n’aille pas plus loin que les deux concerts donnés lors de ce Jazz Marathon.

Pour rendre hommage à Coltrane sans tomber dans les platitudes, Bart Defoort a eu la bonne idée d’inviter Jereon Van Herzeele.
L’eau et le feu, en quelque sorte.
Deux facettes du saxophoniste.
Ajoutez à cela Nic Thys à la contrebasse, qui m’a vraiment «scotché» ce soir, Marek Patrman à la batterie et Erik Vermeulen, au piano et vous pouvez vous imaginer le niveau qu’on est en droit d’attendre de cette bande-là.
Hé bien, on n’a pas été déçu !
L’esprit Coltrane était bel et bien présent. Avec, en plus, toutes les influences du jazz d’ «après Coltrane».
Allons-y pour des relectures éblouissantes, étonnantes, bouillonnantes et fiévreuses de quelques-uns des «tubes» du Grand John.
Ce fut incroyable de swing, de groove, de force et de profondeur.
Nic Thys fut impérial, jouant autant sur les longueurs de notes qu’avec une force brute. Et Marek fut plus jazz que jamais, n’oubliant jamais les éclats surprenants dont il est capable.

Les deux saxophonistes se complètent merveilleusement. Il y a une dynamique qui s’installe et un chemin qui s’ouvre au fur et à mesure que le concert avance. On va toujours plus haut, toujours plus loin.
On ressent un véritable esprit de groupe.
Ce n’est pas pour rien qu’ils jouent resserrés au milieu de la scène. Tout acoustique.
Tout acoustique… mais qu’est ce que ça sonne !
Ce n’est plus un hommage, ça va bien au-delà.
Quelle Leçon…

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Du jazz comme celui-là, on devrait le retrouver multiplié par dix aux quatre coins de la ville pour le prochain Jazz Marathon.

Je termine ma soirée à discuter avec le groupe jusqu’aux petites heures. Le Sounds et Daniel Romeo, ce sera pour demain.

Dehors il pleut.
On s’en fiche, il fera sec demain !

A+

20/04/2007

Erik Vermeulen Trio - Jazz Station

J’ai toujours été fasciné par le jeu d’Erik Vermeulen.
Par le personnage aussi.

Je me rappelle la première fois que je l’ai vu jouer : c’était avec le quartet de Ben Sluijs.
À l’époque de «Candy Century».
Au feu Travers.
D’abord, j’ai pris une belle claque en entendant le groupe, mais en plus, j’étais hypnotisé par le pianiste. Sa façon de jouer, de se tenir, de bouger, de geindre…

Quel jeu ! Quelle personnalité. Quel sens du rythme. Quel sens des silences.
Un maître.

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Samedi dernier, à la Jazz Station, Vermeulen était enfin de retour avec son trio.
Son «nouveau» trio.
Cette fois-ci il était entouré de Marek Patrman et Manolo Cabras (oui, encore eux).

Que va-t-il nous jouer notre Erik ?
Le sait-il lui-même ?
Imprévisible, comme seuls les artistes peuvent l’être, le pianiste décide alors de donner beaucoup de place à l’improvisation à partir d’un « simple » thème de sa composition.
Il aime ça, l’improvisation. C’est sa liberté à lui. Et quand il nous invite à la partager, il ne faut surtout pas refuser ce bonheur.
Il y aura donc deux long morceaux par set.
Des morceaux de premier choix.

Les musiciens jettent les bases du premier thème comme les pièces d’un puzzle qu’il faut assembler. Les doigts et les mains de Manolo courent sur sa contrebasse et impriment un rythme haletant, Marek éclabousse l’espace de ces cymbales… et le trio nous emmène petit à petit vers une mélodie contemporaine lyrique, voire même parfois romantique.
Il y a de la profondeur, de la retenue, de la mélancolie, de la tristesse, mais surtout de la musique comme trop rarement on en entend.

Sur la mélodie, Erik joue avec une dextérité et un touché incomparable.
Bien sûr on pourrait citer John Taylor ou Keith Jarrett par moments.
Mais ce ne sont là, sans doute, que quelques tentatives vaines de ma part pour définir le jeu unique d’Erik.

Marek joue sur la peau de ses tambours par simple pression des doigts, il griffe subtilement les cymbales, les effleure avec les balais, les fait scintiller en les frappant sur la tranche, joue avec une petite cymbale placée sur le tom. Il crée un univers éblouissant fait de rythmes mouvants et riches.
Sans jamais oublier un swing sous-tendu.
Il y a une écoute et une entente formidables entre les trois musiciens.
Le jazz est vraiment présent.

Contrairement au concert de la veille avec Jereon Van Herzeele, la musique est moins «free», même si elle reste très ouverte et très improvisée. Elle est moins agressive aussi, sans doute. On lorgne d’ailleurs plus vers la musique contemporaine genre Margaret Leng Tan… avec des fulgurances en plus.
Erik distribue les notes avec un sens parfait du timing. Il alterne les moments intenses ou les déboulés nerveux avec des mélodies très … lunaires.
Les influences «classiques» (Bartok ? Mozart ?) se font aussi ressentir par moments.
Un véritable bouillonnement d’idées. Exposées avec brillance.

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Si la musique d’Erik Vermeulen peut sembler parfois «difficile» pour certain, c’est sans doute parce que nous n’avons pas l’occasion de l’entendre assez souvent. Car finalement, elle est très pure, très humaine.
C’est un langage auquel il faut s’habituer un peu.
Un langage qui, pour peu qu’on lui laisse le temps de s’immiscer en nous, amène des émotions fortes.

Par exemple sur «No Comment» écrit par Manolo, le trio joue, sur un tempo lent, un thème élégiaque parsemé d’inflexions incertaines.
La basse hypnotique entraîne le groupe vers une improvisation très inspirée, jusqu’au défoulement total. On joue sur les moments suspendus, des «bruits» de musique décharnée, des colorations éclatantes.
Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris.
Mais en tout cas, j’ai tout ressenti.

En rappel, le trio se réapproprie «Up Too Late» de Steve Swallow avec une maestria et une personnalité enivrantes. Ça improvise, ça dérape, ça joue, ça s’amuse.
C’est… bluffant.

Ce trio de toute grande classe mérite cent fois (que dis-je: mille fois !!) les scènes des clubs européens.
Et aussi, beaucoup plus de passages sur nos scènes belges.
Ça, c’est mon petit conseil aux patrons de clubs… ;-)

A+