14/09/2017

La Chambre Verte

Souvent, je les croise lors de concerts. Souvent, ils sont sont là bien avant le concert. Ils sont là pendant la balance.

Un peu avant aussi.

Ce sont Bastien Paternotte et Vincent Dascotte, casque sur les oreilles, micro à la main.

C’est Arnaud Ghys l’œil collé à l’objectif.

la chambre verte,

Ils captent l’ambiance avant que les musiciens ne montent sur scène, en toute décontraction. Ils échangent.

Puis ils partagent.

C’est du son et des images fixes. Un montage subtil, intelligent et impressionniste, qui révèle l’artiste. Un moment… différent.

C’est La Chambre Verte.

Il y a d’abord eu Erik Truffaz, lors de son passage à Flagey (il a eu droit à son "webdocumentaire" et on espère que les autres jazzmen y auront droit aussi). Puis il y a eu David Linx lors de son concert au Théâtre Marni ensuite Ivan Paduart, Quentin Dujardin et Manu Katché au Tournai Jazz Festival

Maintenant c’est au tour d’Antoine Pierre d’entrer dans la Chambre Verte. C’était lors de son passage à la Jazz Station en mars dernier.

Assez complémentaire avec ce que vous lisez chez Jazzques, non ?

Assez parlé. Assez lu.

Allez écouter. C’est ici !

 

Photo © Arnaud Ghys.

A+

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04/01/2017

Malcolm Braff Trio à l'Archiduc

On n'a pas souvent l'occasion de voir et d’entendre Malcolm Braff en Belgique. Qui plus est en trio ! Ce pianiste m’a toujours impressionné, que ce soit avec Erik Truffaz, Samuel Blaser ou avec ses amis africains et autres. La dernière fois que je l’ai vu, c’était avec Stéphane Galland (et son projet LOBI) au Jazz Middelheim en 2013.

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Ce dimanche soir (le 18 décembre), il était à l’Archiduc avec Reggie Washington (eb) et Lukas Koenig (dm).

Ce trio existe depuis cinq ou six ans déjà mais n'a pas joué très souvent, ou, en tous cas, trop rarement, malgré l’enregistrement d’un album sorti chez Enja Records en 2011 et qui, je l’avoue honteusement, m’avait échappé.

Malcolm Braff, c’est un jeu intense, sec et puissant. Toujours à la recherche - souvent en tous cas – d’une rythmique percussive. Avec lui, les sons claquent et les phrases sont courtes, précises, concises, presque sèches. Pourtant, même quand il bloque les cordes, cela ne l'empêche pas de dessiner des paysages harmoniques pleins de brillance. C'est un des paradoxes qui font sa personnalité.

Avec ce trio, les tableaux qu’il propose grouillent d'une foule de personnages invisibles, de ciels changeants, de vents chauds, de courses échevelées, de rage, de folies et de poésie. Avec Reggie Washington, qui module chacune de ses lignes de basse, qui pousse, anticipe et fait bouillir l'ensemble, et Lukas Koenig qui groove un maximum en alternant les break, les accélérations et les temps suspendus dans un jeu hyper sec et tendu, Malcolm Braff invente, s’envole, s’échappe.

Il y a une dynamique incroyable entre les trois musiciens. Il faut entendre comment ils découpent « Poinciana » (ou du moins un thème qui lui ressemble), comment ils le réinventent, le malaxent, le tordent. La musique est très ouverte et laisse des espaces immenses à l’improvisation que chaque musicien utilise avec intelligence et maîtrise. Plusieurs fois, on se demande comme ils (et surtout Braff) choisissent leurs notes. La musique est toujours là où on ne l’attend pas : elle est surprenante, puissante, déterminée.

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Braff joue avec le jazz comme un ours joue avec une souris. Il en fait ce qu’il veut. Il introduit quelques citations de « A Love Supreme » par-ci ou prend des chemins de traverses par-là. Comme sur « Berimbau » (de Baden Powell et Vinicius de Moraes), retravaillé façon soul et reggae (je sais, ça n’existe pas, et pourtant je l’ai entendu !). Et puis le trio est innervé par un funk souterrain de Reggie Washington, qui n’a pas son pareil pour faire onduler la rythmique. « Sexy M. F. » de Prince (mélangé à quelques riffs de « Sex Machine » de James Brown) nous emmène sur des routes accidentées et des dérives hallucinantes. Chaque morceau monte en puissance. Toujours. On passe des paliers que l'on n'ose imaginer. Rien ne nous laisse indifférent. Surtout pas ce blues introspectif (« Empathy For The Devil » ) dans lequel on pourrait entendre des échos d'un Lennie Tristano, bourré d'âme, de sang et de larmes. La musique fait feu de tout bois et passe de l’Afrique au Brésil, du blues au funk, du jazz contemporain à la musique des îles, celle qui n'est pas édulcorée, celle qui a vécu, celle qui est charnelle, voire brutale. Quelle claque, quel bonheur !

Ce trio possède un son hors du commun et une énergie débordante qui donnent une pêche incroyable.

Braff, Washington et Koenig, c’est une certaine façon d'envisager le trio jazz. Et il est urgent de l’entendre.

Dire que j’aurais pu passer à côté de ça ! A revoir vite !

 

 

A+

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21/05/2011

Jazz à Liège 2011

Avant de revenir sur quelques concerts plus anciens (Mâäk’s Spirit, The Sisters) et avant de parler de ceux qui ont suivi - ce qui est assez logique – voici un petit tour d’horizon de mon passage à Jazz à Liège (en attendant un article sur Citizen Jazz).

La foule arrive petit à petit au Palais des Congrès, ce vendredi 13 mai.

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Mon premier objectif est d’aller voir et écouter le quartette de Greg Houben avec Pierrick Pedron. Je les avais entendus (un set seulement) lors de leur dernier passage au Music Village. La rencontre entre le trompettiste belge et le saxophoniste français est une belle réussite. D’abord ça swingue, puis c’est tendre, puis ça claque à nouveau. Les cinq musiciens s’entendent à merveille et chacun d’eux arrive à pousser l’autre plus loin. Ou ailleurs. Après le concert, je passe un moment avec Greg et Pierrick pour une interview (à lire prochainement sur Citizen Jazz). Simplicité, second degré, humour et complicité… pareil que sur scène.

Du coup, je ne suis pas allé écouter The Sisters (Hatzi et Galland) que j’avais vu quelques semaines auparavant au Sounds lors d’un concert détonnant. Il paraît que ce vendredi, au Club Maison du Jazz, c’était tout aussi brûlant. M’étonne pas.

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Je vais voir Neil Cowley (p) dans la grande salle. J’avais vu ce trio lors du Motives Jazz Festival à Genk en 2008. Basé, la plupart du temps, sur des longues montées en puissance, le trio reste un peu trop dans le systématisme. Neil ne manque pas de charisme et l’interaction entre les trois musicien est forte…

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Je préfère aller écouter un jeune qui promet (encore!?): Igor Gehenot. Accompagné à la contrebasse par Sam Gerstmans et à la batterie par Antoine Pierre, Igor démontre un sens inné du rythme. Son jeu est clair, vif et précis. Il y a chez lui autant de lyrisme et de sensibilité qu’il  y a de fougue et d’exaltation. Le trio mélange habilement standards et compositions originales qui ne manquent pas de personnalité. À suivre.

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Retour dans la grande salle, bourrée, pour écouter Erik Truffaz. Avec son “nouveau” claviériste, Benoit Corboz, le groupe laisse un peu de côté le rock pour se rapprocher peut-être de la soul ou même du funk… à la sauce Truffaz bien sûr, entre groove et moments plus éthérés. Ce n’est qu’en rappel qu’on aura droit aux morceaux chantés, non pas par Sophie Hunger comme sur l’album “In Between”, mais par Anna Aaron à la voix graineuse et légèrement voilée, dont l’univers est à découvrir assurément.

Je retrouve Erik Truffaz et sa bande et j’en profite pour faire une courte interview (à lire bientôt sur Jazzques).

Puis, je rejoins la fameuse péniche pour assister à la jam. L’ambiance est chaude et les musiciens se succèdent sur la petite scène. Ambiance.

Mais il commence à se faire très tard…

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Samedi 14, Oran Etkin est sur scène. Oran avait fait sensation l’année dernière à Comblain avec sa musique qui mélange jazz, klezmer et musique malienne. C’est joyeux, parfois étonnant et toujours prenant. Oran arrive à trouver l’équilibre entre ces mondes et à fabriquer son univers propre. J’en discute avec lui après le concert et vous pourrez bientôt lire son interview… En attendant, si vous voulez le découvrir, amis français, rendez-vous au Sunside et au Sunset à Paris, fin juin.

 

Stefano Di Battista, un peu enrhumé, était venu présenter son dernier album “Woman’s Land”, entouré d’une belle équipe (l’efficace Jeff Ballard (dm), le jeune et impétueux Julian Oliver Mazzariello (p), Francesco Puglisi (cb) et Jonathan Kreisberg (g) ). Ça swingue rondement. C’est enlevé et ça tourne bien. Stefano entretient la tradition jazz avec toute la chaleur et le charme italien.

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J’en profite pour interviewer Jonathan Kreisberg (je l’avais découvert au Sounds en 2009 et j’avais raté le rendez-vous qu’on s’était donné au Jamboree à Barcelone récemment). Guitariste à découvrir.

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David Murray sur scène, c’est magnifique. Avec son Black Saint Quartet, il met le feu à une salle comble. Démarrage tonitruant, passage obligé par la musique des îles et retour à la tendance free (quand Murray fait dire ce qu’il veut, dans tous les tons, à son saxophone, on reste scotché.) Autour de lui il y a l’impassible et excellent pianiste Steve Colson, le puissant Chris Beck aux drums et Jaribu Shahid à la contrebasse. Quartette exceptionnel.

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Un petit passage chez Jacques Schwarz-Bart et un coup d’œil chez Tony Allen et Jimi Tenor. Tout ça balance bien. Et il y a du monde partout..

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Il y a beaucoup de monde aussi dans le club où se produit Rétroviseur.

Ha! La belle révélation! Une bande de jeunes français qui détourne les instruments et balance un jazz à la limite du rock et de l’expérimental. Tout cela avec une ligne de conduite bien précise et une liberté insolente. C’est intense et fascinant. Ça joue fort, c’est plein de surprises et ça fait un bien fou.

Une belle façon de clôturer un très bon festival.

À suivre, donc…

 

À+

11/11/2010

Coup de cœur de dernière minute

 

C-Mine Jazz Festival (ex Motives Festival Genk).

 

J’aime beaucoup ce festival. J’essaie de m’y rendre chaque année. D’ailleurs, je n’ai raté que la toute première édition. J’essaierai encore d’y être cette fois-ci, malgré un emploi du temps plus que chargé… c’est pas gagné.

 

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Au programme: Geri Allen, Marilyn Mazur, Erik Truffaz, Hamid Drake, Portico Quartet, Nicolas Kummert, Dan Berglund ou encore Gianluca Petrella, pour ne citer que quelques noms.


Cette année, le festival a déménagé. Exit le Casino, welcome to the C-Mine, ancienne friche minière totalement réaménagée pour accueillir différentes disciplines artistiques et culturelles (concerts, expositions etc.). Un bien bel endroit qu’il me tarde de visiter. Autre changement également, le festival se déroule sur deux jours seulement… mais dans différentes salles qui permettent d’enchaîner les concerts sans perdre de temps et sans rien rater de ceux-ci…

 

Ce sera les 12 et 13 novembre... là, maintenant.


On y va ?

 

A+

 

08/09/2010

Trompettes communes.

Retour sur quelques disques de trompettistes.

 

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Il y a pas mal de temps déjà, Greg Houben (tp, bugle) sortait chez Igloo «How Deep Is The Ocean» avec Sam Gerstmans (cb) et Quentin Liégeois (g). C’était il y a presque un an, mais il n’est jamais trop tard pour en parler. Surtout qu’un disque, tel que celui-là, se déguste, se sirote, se laisse le temps de l’écoute. Pas besoin de se presser, il faut savoir en profiter. C’est une musique qui se veut accessible tout de suite et qui pourtant doit prendre le temps de s’installer. Dès les premiers accords, on pense évidemment à Chet Baker. Greg Houben ne s’en cache pas et lorsqu’il reprend de sa voix légèrement voilée «Daybreak », ce n’est pas pour imiter son maître mais plutôt de lui rendre hommage. Évidemment, la configuration - guitare, drums et bugle - rappelle automatiquement le trio «belge» de Chet, avec Philip Catherine et Jean-Louis Rassinfosse. On y pense et puis… on oublie, car le trio possède sa propre personnalité. La nonchalance de Quentin Liégeois à la guitare, qui se hâte lentement, dégage une énergie sans agressivité. Son jeu est souple et virtuose. La fluidité de son phraser vient s’enrouler sensuellement autour des divagations du bugle. Sam Gerstmans, comme un barreur discret à l’arrière d’un bateau, semble «guider» le trio sur les flots onduleux qu’empruntent les deux solistes. Le son de Greg Houben oscille entre le moelleux, le brumeux et la clarté. On vogue sur une mer peu agitée, au gré de quelques standards («With A Song In My Heart», «For Minors Only»…) et de compositions originales qui se fondent avec élégance et raffinement dans l’ensemble. Un disque qui swingue tranquillement et qui rappelle le parfum nostalgique d’un certain jazz West Coast. Greg Houben va sortir bientôt un nouvel album avec le saxophoniste français Pierrick Pedron (concerts les 28 et 29 octobre au Duc Des Lombards, à Paris), chez Plus Loin Music.

 

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Ambiance totalement différente avec dernier opus d’Erik Truffaz, invité cette fois-ci par le saxophoniste turc, basé à New York et propriétaire du Nublu, Ilhan Ersahin (dont je vous invite à écouter la série Wax Poetic). On connaît l’esprit voyageur et le goût des mélanges de Truffaz. Il n’est donc pas étonnant que ces deux-là ce soient rencontrés. Ce qui frappe d’entrée de jeu, sur cet album, c’est bien sûr la rythmique turque. Les percussions sont aussi nerveuses que puissantes, aussi musclées que souples. Alp Ersonmez (eb), Izzet Kizil (perc) et Turgut Alp Berkoglu (dm) donnent une énergie incroyable à l’ensemble. Une énergie chaude et grasse. Ce qui est étonnant aussi, c’est le côté éclectique des rythmes et des thèmes qui se fondent pourtant entre eux avec une homogénéité incroyable. On passe des influences drum ‘n bass au rock en faisant un détour par le reggae, le folklore des Balkans ou par des moments plus atmosphériques. Ilhan Ersahin canalise l’ensemble avec une maîtrise assumée. Son jeu est enflammé, parfois âpre, présent et effacé à la fois.  Avec ferveur, il ouvre les espaces qui invitent à l’improvisation sans pour autant franchir les limites du free. Erik Truffaz, quant à lui est d’une justesse imparable. Pas d’effets envahissants, pas tentatives hésitantes, pas de clichés, Truffaz n’avait plus sonné aussi «jazz» depuis longtemps, et ce, malgré ce contexte très underground et éclaté. Ça groove tout le temps, c’est moderne et pourtant, ça sent les roots à plein nez. Bref, c’est une totale réussite.

 

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Allons maintenant nous perdre quelque part dans la fraîcheur des bois humides du sud de la Belgique. C’est un peu ce qu’évoque, à la première écoute, l’ambiance du très bel album «Insight Pictures» de Marc Frankinet (tp) et Georges Hermans (p). Pourtant, à bien l'écouter, se dessinent, ici et là, bien plus de couleurs d’âme qu’il n’y parait. Nos deux hommes, humbles et discrets, dialoguent avec une sincérité non feinte sur des mélodies parfois mélancoliques, parfois sombres, mais parfois aussi folâtres. Il y a, dans cet album, autant d’envie de liberté et de partage que de recueillement. Et cela fait plaisir à entendre.

Marc Frankinet et Georges Hermans ne sont pas de nouveaux venus. Le premier a joué avec Garrett List, ainsi qu’au sein du groupe Sinequa ou Jojoba, et le second a sévi aux côtés de Stéphane Mercier, Jereon Van Herzeele ou Michel Magalon, entre autres.

On perçoit chez le trompettiste une certaine approche «classique» dans le jeu : une précision dans l’attaque, une aisance dans la tenue de note. On pourrait penser à Maurice André, mais c’est surtout Enrico Rava qui vient à l’esprit. Du côté du pianiste, le toucher est franc mais empreint également d’un lyrisme détaché (écoutez le superbe «Contrevalse», par exemple). Sur certains titres, la contrebasse de Jean-Louis Rassinfosse ajoute de l’épaisseur au propos. On se rapproche parfois d’une esthétique à la ECM et un frisson vous parcourt l’échine à l’écoute de «Souvenirs» ou de «Ray In The Darkness». On flotte dans une ambiance de rêve éveillé, de douceur mélancolique. Pourtant, les touches de noir et de blanc n’ont jamais été aussi colorées et l’on se surprend à se dandiner aux sons de «Samba» ou de «Thanks Mister J.C.». Au swing toujours présent mais jamais surligné, se mélangent la tendresse, la joie, l’amitié.

Il ne faudra pas manquer les prochains concerts du duo, souvent rehaussés de la présence de Raphaël Demarteau qui vient peindre en «live». Un spectacle artistique complet, en somme.

 

A+

 

29/11/2008

Braff - Blaser au Hot Club De Gand

La première fois que j’ai entendu parler de Malcolm Braff, c’était au début des années 2000, avec Erik Truffaz.
À l’époque, Erik préparait, avec Malcolm et le poète Joël Bastard le projet «Ecritures de concert»: mélange d’improvisations à partir de notes de piano, de trompette et de mots.

Plus tard, nous avions eu de longs échanges au travers d’un forum (toujours avec Erik Truffaz, Michel Benita et d’autres amis) à propos du «flow» (état de concentration dans lequel se trouvent les musiciens lorsqu’ils jouent), ou encore à propos du côté éphémère de la musique: «La musique est l’art du temps… on ne peut pas “l’emprisonner” dans un disque…».

Que de souvenirs.
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Malcolm était en Belgique en novembre, en duo avec le tromboniste Samuel Blaser.
Je suis donc allé les écouter à Gand, au très chaleureux et très sympathique Hot Club de Gand.

En discutant avec ces deux musiciens, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas bien la scène suisse. (Oui, Blaser est suisse et Braff – bien que né au Brésil – aussi).
Bien sûr, les noms de Susanne Abbuehl, Nik Bärtsch, Gilbert Päffgen, Patrice Moret, Sylvie Courvoisier et évidemment  Gilles Repond ne me sont pas inconnus.
Mais la scène en tant que telle là-bas, mis à part certains festivals, reste pour moi assez floue.
Il faudrait que je m’y intéresse un peu plus.

Bref.

Malcolm, carrure imposante, barbe et look d’Hagrid, s’installe devant le piano droit et plaque les premiers accords de «YaY» (titre éponyme du récent album du duo paru chez Fresh Sounds).
Rythme tournoyant, entre modal et cadences africaines.
Au trombone, Samuel Blaser alterne les phrases courtes et les longues.
Le morceau est intense et lumineux.

On passe ensuite à un thème plus ondulant, puis à un autre plus énigmatique.

La musique se rit des frontières.
Les musiciens mélangent autant les rythmes africains, que le blues ou le gospel.
On y décèle parfois même des effluves de calypso.
Le piano se fait stride par moments.
Il y a dans le jeu très affirmé et assez personnel de Braff un soupçon de Fats Waller, un nuage de Duke Ellington ou encore un parfum de Abdullah Ibrahim.
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Samuel Blaser, quant à lui, possède un son très souple et doux. Parfois sombre aussi.
Tout est dans la nuance, et ses échappées, que l’on pourrait parfois presque classer dans le free, sont pétris de tradition.
Le blues n’est jamais loin. L’esprit New-Orleans non plus («Uncle Sam»).
Pourtant, tout est d’une modernité extrême.

Le duo se réapproprie d’ailleurs dans un esprit très contemporain et avec beaucoup d’intelligence, «Mood Indigo» d’Ellington (mais très éloigné de ce qu'en fait un Gianluca Petrella) ou «Manon» de Gainsbourg.

L’interaction, la connivence et l’écoute entre les musiciens sont évidentes.
C’est amusant d’ailleurs de les voir jouer aussi rapprochés, pratiquement l’un contre l’autre, callés dans le coin de la scène du Hot Club.
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Certes, la musique de Braff et Blaser demande une attention particulière, mais elle se laisse déguster facilement car le duo a le sens de la dramaturgie. Il est capable d’emmener avec lui l’auditeur dans des histoires pourtant pas toujours simples.
Et c’est ça qui est souvent excitant: l’impression de voyager avec eux.

Samuel Blaser sera de retour en Belgique avec HuffLiGNoN : Peter Van Huffel (as), Sophie Tassignon (voc) et Michael Bates (b) avant de retourner s’installer à Berlin…
Que se passe-t-il à Berlin, pour que tant de musiciens aillent s’y établir ces derniers temps?
Il faudra également tenir ça à l’œil…

Quant à Malcolm Braff, j’espère le revoir en Belgique avec, pourquoi pas, Erik Truffaz et son «India Project» (le triple album «Rendez-vous» - Paris, Sly Johnson; Mexico, Murcof et Benares, Indrani, Apurba Mukherjee et Malcolm Braff – est une totale réussite et je vous le conseille…).

A+

26/02/2008

Interview Erik Truffaz - Chronique Andreu Martinez

J’ai profité de son récent passage à Bruxelles pour réaliser une interview d’Erik Truffaz.
Vous pouvez lire le résultat ici, sur Citizen Jazz.
Erik Truffaz_03
C’est toujours un plaisir de rencontrer ce trompettiste, toujours dans sa bulle, mettant parfois un temps fou avant de répondre à une question…
Le stress, il ne connaît pas.


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Dans cette édition, vous pouvez également lire ma chronique à propos de l’album «Fast Food» de l’excellent guitariste espagnol Andreu Martinez.

Bonne lecture.

A+

22:01 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : erik truffaz, andreu martinez, citizen jazz |  Facebook |

28/01/2008

Babel Live au Cirque Royal

Autour de Babel est un programme diffusé le vendredi soir sur Musiq 3, entre 22 et 24 heures.
Comme son nom le laisse supposer, cette émission mélange tous les genres de musiques et de langages. Peu de mots, cependant, mais beaucoup de sons.
Cela va de la musique contemporaine à l’opéra en passant  par le rock, les musiques ethniques, le jazz etc…

Si vous n’avez pas toujours l’occasion d’écouter ces émissions en direct, faites comme moi, réécoutez-les via les podcast. Ça en vaut souvent la peine…
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Ce vendredi soir, au Cirque Royal, on soufflait la première bougie d’Autour de Babel et on avait invité un joli bouquet de musiciens.
Et à 20h. précise, diffusion radiophonique oblige, ils sont placés en cercle au centre de la salle.

L’Ensemble des Musiques Nouvelles siffle le départ de ce curieux voyage tout en surprises et découvertes.
Chaque musicien a amené quelques compos et Jean Paul Dessy a réussi le tour de force de lier le tout avec une belle cohérence.

L’orchestre propose d’abord une pièce classique, entre musique de chambre et baroque.
On glisse alors vers quelques tempos électro –atmosphériques distillés par Franz Treichler (Young Gods), alors qu’Erik Truffaz y dépose de longues notes brumeuses.
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Aussitôt, Boyan Vodenitcharov entame une valse contemporaine, accompagné par des violons aux sons décadents et incertains.

Et on continue ainsi la ronde sans pause ni temps morts.
Tout s’enchaîne avec élégance: l’Ensemble des Musiques Nouvelles créant le lien entre les différents styles de musiques. Bien sûr, parfois, ça manque de rebondissements ou de nerf.
On attend les trublions.
Les voilà.

An Pierlé, accompagnée de son fidèle guitariste Koen Gisen propose une plaintive chanson pop. Le chant est presque romantique. Et c’est émouvant quand le premier violon la reprend sur une note haute pour basculer dans une autre ambiance.
Cet autre univers, c’est celui de Pascal Comelade, avec sa panoplie de minis instruments : violons et piano d’enfants, ukulélé, mélodica…
Sa musique évoque l’enfance, le jeu, l’insouciance… mais aussi les craintes et les peurs.
Moment d’une merveilleuse fraîcheur.
(Pascal Comelade a inspiré un collectif japonais, «Les Pascals», dont je vous recommande l’album «Abiento».)
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Et l’on continue ainsi le voyage avec un morceau de Rachmaninov à la suite duquel Boyan Vodenitcharov improvise de façon magistrale.
(Boyan avait sorti «Les Valses», voici quelques années, en duo avec Steve Houben où se mélangeaient jazz et classique. Un bijou !)
Ici, il improvise avec force et fermeté (quelles attaques!) de façon «classique», avec quelques inflexions jazz. Il invite ainsi Truffaz à interpréter une merveilleuse pièce, «Le Père Avant l’Aube» (écrite par le trompettiste), qu’accompagne l’orchestre.
C’est lumineux et brillant.
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Avec Dhruba Ghosh et son sârangî, nous voilà plongé au cœur des rues de Bombay.
Son instrument chante sous son archet tandis que l’Ensemble joue le rôle du tampura.
Le dialogue entre sârangî et violoncelle est lui aussi un beau symbole de rapprochement, d’échange et d’ouverture. Truffaz intervient à nouveau pour continuer en duo avec le musicien indien.

Et nous voilà reparti pour un tour avec Comelade qui reprend à sa manière, entre valse et musette, un morceau de P.J. Harvey, «Love Too Soon», chanté par An Pierlé.
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Et petit à petit, tout se mélange.
Franz Treichler ponctue la musique d’effets électros et la soprano Elise Gäbele vient chanter magnifiquement un air d’opéra contemporain.
Grand frisson.
Puis, un air de Debussy s’invite à la fête avant le grand final joué par tous les protagonistes.
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Merveilleuse expérience qui prouve une fois de plus que la musique n’a pas de frontière.
Au contraire, elle a ce don particulier de réunir entre eux les hommes et les différentes cultures… Encore faut-il savoir l’entendre.

Ma soirée se termine avec quelques amis et Erik Truffaz à rire et «babeler» (hé, hé…) musique, voyage, littérature (j’étais assez largué, sur ce coup-là…) et art jusqu’à... tard…
De quoi refaire le monde, en quelque sorte…

A+

13/07/2007

Blue Note Festival 2007 - 04

Après une journée «off» lundi (le festival avait laissé la place à l’arrivée du Tour de France), je suis retourné mardi à Gand pour écouter Stacey Kent.

Normalement, j’aurais voulu entendre aussi E.S.T., mais je ne pouvais pas être sur place plus tôt.
Dommage, car on m’a dit que c’était mieux qu’à Liège.

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Stacey Kent, donc…
Il y a un petit côté suranné, un peu désuet, chez cette chanteuse.
Ce qui ne manque pas de charme, bien sûr, surtout quand elle interprète – très joliment – une vieille chanson de Gainsbourg.
La diction de la chanteuse anglo-américaine est charmante en français et parfaite en anglais (sur «If I Were A Bell» en particulier).

Souvent sur des mid-tempos, elle laisse son mari de saxophoniste, Jim Tomlinson, développer des solos moelleux qui ne feraient pas tache dans le lounge d’un grand hôtel de luxe où l’on s’ennuie en buvant un cocktail…
Maniant avec habileté second degré et humour, Stacey Kent sait aussi se faire sensuelle, comme sur «The Surrey With The Fringe On Top». Par contre, elle n’arrive pas, à mon avis, à mettre une réelle émotion sur «Never Let Me Go»...
N’est pas Shirley Horn qui veut…

Bref, du jazz qui ne fait de mal à personne. C’est bien là l’ennui.

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Dernier concert de ce mardi: Charlie Haden qui venait fêter les 21 ans de son Quartet West.

À la place du regretté Billy Higgins, c’est Rodney Green qui tient les baguette.
Pour le reste, il s’agit du groupe d’origine: Ernie Watts au sax et l’excellent Alan Broadbent au piano.

Après un démarrage en souplesse et en douceur qui permet d’entendre une ou deux longues interventions du contrebassiste, le concert décolle un peu quand le groupe attaque «Child’s Play» dans un style «calypso».
Ernie Watts, qui me rappelle parfois Georges Coleman, s’emballe, lui aussi, dans un solo plein de ferveur.

Mais avec «Lonely Woman» on passe vraiment à la vitesse supérieure.

03

Le sax flirte avec le free tandis que Broadbent, dans une approche très ouverte aussi, s’engouffre dans une longue improvisation.
Après une attaque assez contemporaine, le pianiste déstructure totalement le thème avant de revenir vers un vamp exaltant.
Haden renchéri et Rodney Green se fend d’un solo puissant.

Le «West» a 21 ans et il se porte très très bien…

04

Mercredi, dans un chapiteau bien rempli où l’on avait retiré les chaises («All That Jazz ?» avec un «?» oblige) Erik Truffaz amorce son concert avec «Akiko» vitaminé à la jungle, puis invite Ed Harcourt pour «Red Clouds».
Le son est énorme et ça aide à faire passer le côté pop du projet.

Après «Snake Charmer Man» et «Next Door», le groupe propose un nouveau morceau, me semble –t-il.
Sur celui-ci, Marcello Giuliani s’offre un grand moment de basse qui donne des idées à Patrick Muller qui frappe son Fender «décapoté» avec frénésie.

Dans ce grand délire très libre, Marc Erbetta en profite pour expérimenter ses «sons de bouche».
Mi pitre, mi batteur, il n’en oublie pas d’imprimer un groove terrible.

A nouveau avec Ed Harcourt, le groupe interprète une version assez «roots» de «Nobody Puts The Baby In The Corner» qui évoque un peu la musique des bordels de la Nouvelle Orléans.
Retour à la gentille pop d’«Anonymous» avant le final un peu foutoir mais énergique à souhait: «Miss Kaba».
Un foutoir comme j'aime.
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Ambiance planante et jazz atmosphérique, ensuite, avec Cinématic Orchestra.

Sur des thèmes très écrits et évolutifs, le saxophoniste (Tom Chant?) prend quelques libertés bienvenues avant que Heidi Vogel ne rejoigne le groupe.
La voix de la chanteuse est belle, très «lounge», ce qui sied très bien à cette musique aux tempos lents.

La plupart des morceaux joués ce soir sont tirés du dernier album du groupe: «Ma Fleur».
Sous l'impulsion de Jason Swinscoe, caché derrière son laptop, «To Build A Home», «Breathe» et autres chansons intimistes et mélancoliques rythment la soirée.

De temps à autre, le batteur Luke Flowers et le bassiste Phil France se permettent quelques dérives «soul/bop».

C’est sur la toute fin, et juste après leur tube «Evolution», que le Cinematic Orchestra laisse éclater quelques furieux groove… histoire d’annoncer DJ Shadow pour le dernier concert de la soirée (que je ne verrai pas... car parfois, il faut dormir.)

A+

04/05/2007

Truffaz, Keren Ann et Abd Al Malik - Nuits Botaniques

30 avril, ouverture des Nuits Botaniques au Cirque Royal.
Au Programme, Keren Ann, Abd Al Malik et Erik Truffaz.
Devinez pour qui j’y allais ?

Pour Truffaz, bien sûr.
Mais Al Malik m’intéressait fortement aussi.

02

J’avais vraiment bien accroché à son album «Gibraltar».
Entre rap, hip-hop, jazz, chanson et slam, le type sait y faire. (Autre chose qu’un Grand Corps Malade, si je puis me permettre.)
Abd Al Malik a des lettres en plus. Il cite Sartre, Carver, Epictète, Sénèque, Camus en passant par Franzen etc…

C’est un mec qui a failli mal tourner.
Genre à se laisser dériver vers l’Islamisme radical.
Heureusement, il rencontre Sidi Hamza Al-Qadiri et s’oriente vers le Soufisme.
Ouf.
Côté musique, il écoute Brel, Coltrane, Miles ou encore The Last Poets.

Et pour son concert, ce soir, il est entouré de pointures telles que Laurent deWilde (piano et fender rhodes), Julien Charlet (d), Manuel Marchès à la basse…Et Bilal aux précieuses platines…

Abd a quelque chose à raconter.
Il a un message intelligent à faire passer.
Et intelligemment, il arrive à le délivrer.
Il a le goût du contact avec le public. Il chante, joue, parle.
D’entrée de jeu, il annonce la couleur.
Et voilà «Soldat de plomb», «Rentrer chez moi» ou «La gravité» qui défilent…
Et bien sûr : «Les autres» qui trouve ses racines dans «Chez ces gens-là» de Brel, dont il chantera un extrait avec sensibilité, force et humour…

«Vive la Belgique arc-en-ciel, unie et débarrassée de toutes ses peurs», criera-t-il.
A revoir aux Francofolies cet été.
Un must.

Ce fut un beau et grand moment de musique et de partage.

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Ça contrastait avec la folk-pop bien sage(voire mole) de Keren Ann.
Pourtant, elle aussi était entourée d’excellents musiciens : Albin De La Simone aux claviers (et Ondes Martineaux), Thomas Semence à la guitare, Toby Dammit à la batterie et le très bon Avishai Cohen à la trompette.

Keren déroule les jolies chansons de son dernier album, tout en anglais, ne s’adressant au public que pour quelques timides «mercis» et un «au revoir».
Heureusement, pour le rappel (hé oui, quand même…) elle interprètera superbement, a cappella et dans la pénombre, «Manha de Carnaval».

03

Pour le troisième concert, une partie du public avait déclaré forfait.
Il était déjà tard et il faisait une chaleur étouffante dans la salle.

Erik Truffaz est venu présenter son dernier album «Arkhangelsk» avec le chanteur Ed Harcourt.

Personnellement, je n’étais pas trop convaincu de la démarche sur l’album.
Et j’en avais déjà touché un mot à Erik.
Mais je lui pardonne beaucoup, car ce trompettiste est quelqu’un que j’admire vraiment.
Et depuis longtemps, j’aime son ouverture d’esprit.
Son côté «éponge».
C’est ce qu’on lui reproche parfois: aller voir du côté du rap, du rock, de Miles, de la pop, de la chanson…
Et souvent, ça marche (j’avais adoré son projet «Ladyland» avec Benita, Codjia et Garcia, ou avant ça, à l’époque «Bending New Corners» avec Muller, Giuliani et Erbetta: le groupe sur scène ce soir…)

Avec Harcourt, donc, j’avais l’impression qu’il avait été un peu «vampirisé».
Harcourt prend un peu trop de place à mon goût (ce que ne fait pas Christophe sur le cd, qui se fond merveilleusement bien dans l’univers Truffazien).
Mais Erik assume ce choix, comme il me le dira après le concert.

C’est une autre voie.

04

Harcourt, chantera d’abord «Red Clouds» et «Anonymous», puis le quartet jouera seul «Akiko» avant d’inviter Abd Al Malik sur «Tik Tok», qui n’est autre que «Trippin’ The Lovelight Fantastic».
Ici, l’impro est totale pour Al Malik.
Et le résultat est éblouissant.
Ça c’est du Truffaz comme je l’aime.
Comme lorsque le groupe reprend «Sweet Mercy» ou «The Walk Of The Giant Tuttle»…

Mais je dois avouer que, sur scène, quand revient Harcourt pour chanter «Snake Charmer Man» ou «Nobody Puts The Baby In The Corner» (et son message anti-Sarko), ça fonctionne plutôt pas mal…

Allez, Erik, on se revoit au Blue Note Festival à Gand cet été…

A+

01:18 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : erik truffaz, botanique, keren ann, abd al malik |  Facebook |