03/03/2018

Robin Verehyen quartet - When The Birds Leave - Bozar

Le 23 février dernier, Robin Verheyen venait présenter à Bozar When The Birds Leave, le dernier album qu’il vient de réaliser avec son quartette américain (Drew Gress, Billy Hart, Marc Copland) chez Universal.

bozarn universal, robin verheyen, drew gress, billy hart, marc copland, clemens van der feen, eric mcpherson

Des quatre musiciens, seuls deux sont présents ce soir : Robin et Marc. Les deux autres, suite à quelques douloureux problèmes familiaux ont dû déclarer forfait et ce sont Clemens van der Feen (cb) et Eric McPherson (dm) qui donnent le change au saxophoniste et au pianiste.

Sobrement, les quatre musiciens prennent possession de la scène et entament un groove feutré. Le batteur semble tirer le groupe, il joue presque en avant sur le temps, ce qui n’empêche pas Marc Copland, tout en maîtrise et retenue, de poser les mélodies avec beaucoup de détachement. Au soprano, Robin Verheyen alterne le son pincé et gras. Il est passé maître dans l’utilisation de cet instrument réputé assez difficile. Il a trouvé un son bien à lui, toujours en équilibre avec la rupture et la délicatesse. Avant de continuer à jouer principalement les morceaux du récent album (un fiévreux mais délicat «Jabali’s Way» ou un très aérien «Stykkishölmur», par exemples) le quartette s’amuse à improviser autour de «Honky Monkish» (?) écrit par Robin Verheyen à l’occasion du centenaire de l’inimitable Thelonious Monk. Et chacun y va de son chorus : vif et romantique, avec quelques notes bluesy, pour Marc Copland, ondoyant pour Clemens van der Feen, affirmé pour Eric McPherson et virevoltant pour Robin Verheyen.

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Au ténor, le leader impose également son jeu : franc et bourré de nuances. On dirait qu’il se faufile autant qu’il tisse les mélodies. Celles-ci sont parfois mystérieuses («Rest Mode»), ou complexes («Traveling Dreams ») mais elles ne manquent jamais ni de lignes conductrices ni d’ouvertures.

L’écriture est fine et permet beaucoup d’échanges et donc pas mal de surprises.

En une bonne heure et demie, Robin et ses complices nous ont offert un concert plein de nuances et de contrastes, tantôt contemplatif, tantôt assez contemporain, gardant toujours une base presque traditionnelle. Un vrai talent et de la très, très, belle ouvrage.

Chapeau messieurs.

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28/11/2017

Fred Hersch Trio à Flagey

Le pianiste Fred Hersch vient de sortir un album solo sublime, Open Book, dans lequel il se dévoile peut-être encore un peu plus. Gay, séropositif, deux mois dans le coma suite à une complication… ce n'est plus un secret depuis longtemps et l'homme assume, revendique, en fait un combat, une force. Le film «The Balad Of Fred Hersch», projeté juste avant le concert à Flagey - et que je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de voir - retrace et parle de tout cela, de tout ce qui lui a forgé un sacré caractère.

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Fred Hersch, c'est de la finesse et de la sensibilité au bout des doigts. On a parfois rapproché son style de celui d'un Bill Evans, mais il a su - surtout depuis qu'il a échappé à la mort - forger son style. «You don’t have to reinvent the wheel all the time. If there is one little aha moment during a concert, it is more than enough.» lui souffla un soir à l’oreille Stan Getz.

C'est ce que Fred Hersch a fait ce soir à Flagey. Et des «aha moments», il y en a eu plus d’un.

Frêle, presque timide devant son piano, entouré de ses deux amis de longue date, John Hébert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie, le leader démarre un morceau de Kenny Wheeler «Everybody’s Song But My Own».

Même quand il joue ce morceau de façon plutôt déliée, presque décharnée, très tachiste, il y a un lyrisme diffus qui en émane. La batterie suit pas à pas le piano et rebondit sur les notes. Puis la contrebasse prend le pas et Fred Hersch la laisse s'exprimer, seule. Du grand art. On est en suspend.

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Le trio joue les surprises et les fausses fins. C’est un superbe numéro d’équilibristes. Les tensions et les percussions se mêlent à la fragilité des mélodies et des harmonies.

Sans jamais casser la magie, Fred Hersch prend le temps de présenter les morceaux. «Skipping», «Snape Maltings»… Le climat est intimiste, fragile et à la fois tranchant.

Eric McPherson joue sur toutes les surfaces de sa batterie, sur les pieds, les bois des fûts, les tiges. C’est d’une finesse et d’une justesse incroyables. Quant à John Hébert, il est toujours à l’affut. Il prend à sa charge une longue partie mélodique, presque en solo, d’un morceau plus «nocturne» et mélancolique. Douceur, volupté… le son est absolument parfait. Le niveau sonore est assez bas et permet à la musique de prendre tout l'espace de ce magnifique Studio 4. C'est pratiquement un concert acoustique. Feutré et brillant.

Le trio joue, invente et réinvente. Un hommage à Rollins, façon calypso, des variations sur «Serpentine», un très gershwinien «Big Easy Blues», «Miyako» de Wayne Shorter, «For No One» des Beatles ou un dernier thème de Monk qu'il va chercher dans les profondeurs du piano, comme s'il y était enfoui, comme s’il fallait creuser pour le déterrer. Fascinant.

Fred Hersch possède un sens de la narration très personnel, bien actuel, plein d'ellipses, de contrepoints, de mélanges de points de vue, de pulsations. L’approche est très contemporaine mais toujours mélodique.

Il nous a offert une heure et demie de concert en gris et bleu, plein d'ambiances et d'atmosphères. Un peu doux amer. Il a subjugué le public.

Pour le «encore», Fred Hersch revient en solo, une fois, deux fois, trois fois et nous offre «And So It Goes» de Billy Joël, une impro qui se frotte à «Blue Monk» et, finalement, le touchant «Valentine».

Magnifique panorama des talents, de l'esprit et des lointaines influences qui font que Fred Hersch est Fred Hersch… et personne d'autre.

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Merci à ©Pieter Fannes pour les superbes illustrations !

Pieter présentera avec Yann Bagot, le livre «Live. Jazzconcerten op papier», qui rassemble des dessins de concerts de jazz. Cela paraitra chez Bries. Il y aura une présentation, le 14/01/18 à Flagey, accompagné d'un concert dessiné. Notez déjà le rendez-vous, ça vaudra la peine. Toutes les infos ici

 

 

 

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