17/06/2014

Zola Quartet au Roskam - Et presque Veronika Harcsa à l'Archiduc.

Dimanche 8 juin, j’avais décidé de «faire» deux concerts.

Le premier, à l’Archiduc. On m’avait parlé de cette chanteuse hongroise à la voix de sirène, Veronika Harcsa. Elle jouait cet après-midi avec Tom Bourgeois (ts, bcl) et Florent Jeunieaux (g) sous le nom de Tó Trio. Le problème, c’est que je me suis trompé dans l’heure. Et je suis arrivé à la fin du concert…

C'est malin !

Je n’ai entendu que le dernier morceau (merveilleux) et tout le monde (car c’était plein à craqué) a bien pris soin de me faire regretter mon erreur. Veronika Harcsa, qui faisait un Erasmus d’un an à Bruxelles, s’est envolée pour Berlin où elle va y vivre… Mais elle m’a promis de revenir. J’attends déjà cela avec impatience.

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Pour le second concert, Zola Quartet, pas de problème j’étais là bien à l’heure au Roskam.

Zola Quartet est le groupe de Gonzalo Rodriguez (g), qu’accompagnent Mathieu Robert (ss), Didier Van Uytvanck (dm) et Nicola Lancerotti (cb). Le groupe était passé à Jazz à Liège en mai de cette année. Mais je n’y étais pas.

Si la musique de Zola, chaude et vive, est souvent inspirée des rythmes flamenco («Patio» ou «Jaleo» par exemples), Gonzalo Rodriguez, auteur de la majorité des titres, n’en fait pas une caricature. Il ne force pas le trait, mais s’attache surtout à faire vivre ces rythmes dans un jazz contemporain.

Certains morceaux respirent les grands espaces, l’amplitude, le souffle. La plénitude. On pense un peu à Bill Frisell, dans la façon qu’a le guitariste espagnol à laisser parfois trainer des accords dans un sorte de fausse reverb. Gonzalo Rodriguez m’avouera pourtant ne pas avoir beaucoup écouter son condisciple américain.

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Et puis, l’originalité du groupe, ce son particulier, réside aussi peut-être dans le jeu de Mathieu Robert au soprano. Un phrasé sinueux, chaud et parfois légèrement acide. Son solo sur «Bouncin» est assez incandescent, tout comme son intervention sur (?)«Tune 15».

Et la rythmique n’est pas en reste, la frappe de Didier Van Uytvanck est énergique à souhait et ses solos sont des plus efficaces, tandis que Nicola Lancerotti galope, soutient, pousse parfois, et ne laisse jamais rien trainer.

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Si «Where We Go» est d’une nostalgie toute hispanique, «Matongué» s’inspire de rythmes africains. Mais, ici encore, le quartette évite de forcer le trait. Ce dernier titre évoque bien l’énergie de ce quartier de Bruxelles, mais raconte aussi ses mélanges, ses échanges, ses rires, son bruit… et sa nonchalance.

Le jazz de Zola Quartet est plutôt métissé et festif. C'est un jazz de plaisir. Et c’est bien agréable.

 

 

A+

 

 

11/03/2012

Jazz Tour Festival à Hannut

 

Joli succès pour la deuxième édition du Jazz Tour Festival au Centre Culturel de Hannut.

Ce n’était ni à l’habituel Henrifontaine ni à la Salle Jean Rosoux qu’il se tenait, mais bien au Centre de Lecture Publique, pour des raisons pratiques.

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Et sur les coups de 16 heures, ce samedi 3 mars, pas mal de curieux et d’amateurs étaient déjà présents pour écouter Unexpected 4.

Les lauréats du concours  du Festival Dinant Jazz Nights 2010 – que j’avais eu l’occasion de voir à la Jazz Station – présentaient un nouveau line-up. Il ne s’agit pas d’un changement radical mais l’arrivée de Bas Cooijmans à la contrebasse, à la place de Vincent Cuper et de sa basse électrique, change quand même l’optique du groupe. On sent l’ensemble encore plus ramassé et une nouvelle dynamique se dessine. L’incisif Jeremy Dumont (p), dont l’entente avec Vincent Thekal est évidente, ouvre souvent les espaces. Le drumming d’Armando Luongo se veut toujours enflammé. Avec l’arrivée de Cooijmans, ils pourront sans doute se lâcher encore un peu plus et sortir d’une voie qui reste parfois encore un peu sage. Car, c’est clair, on imagine aisément que Unexpected 4 en a encore sous le pied.

Le trio de Thomas Champagne ensuite, sur sa lancée d’une année “anniversaire” (le groupe fêtait ses dix ans en 2011 avec une longue tournée dont j’ai palé ici et ), se présentait avec un invité: le guitariste Guillaume Vierset. Ce dernier aura l’occasion de se mettre plusieurs fois en valeur (notamment sur “One For Manu”) et de démontrer un jeu d’une belle sensualité non dépourvu d’accents plus mordants. Guillaume Vierset travaille actuellement sur une relecture des compositions de musiciens liégeois (Jacques Pelzer, René Thomas et d’autres) qu’il présentera au prochain festival Jazz à Liège avec des musiciens… liégeois. On est curieux et déjà impatient d’entendre le résultat.

Après ce très bon set, intense et bien équilibré (Champagne (as), Yates (cb) et Van Uytvanck (dm) s’entendent à merveille pour faire monter la pression), c’était au tour de Collapse de montrer de quel bois il se chauffe.

Le groupe de Cedric Favrese (as) et Alain Deval (dm) prend décidément de l’assurance et propose un jazz des plus intéressants. On (ou “je”?) a fait souvent le parallèle entre la musique de ce quartette et celle d’Ornette Coleman. Bien sûr, on y sent l’esprit, mais il faut bien admettre que Collapse arrive à s’en détacher et à créer sa propre vision. Entre post bop et free, éclaboussé de klezmer et de musiques orientales, le groupe explore les sons, ose les couinements et les grincements avant de se lancer dans des thèmes haletants. Le travail - faussement discret - de Yannick Peeters à la contrebasse est souvent brillant et d’une telle intelligence qu’on aurait tort de ne pas le souligner, car il est réellement indispensable. Les longues interventions de Jean-Paul Estiévenart sont en tous points remarquables : il y a de la fraîcheur, de la dextérité et toujours une énorme envie de chercher, de prendre des risques et d’éviter la facilité. C’est cela qui est excitant dans ce groupe - à la musique à la fois complexe et tellement évidente - c’est cet esprit de liberté qui flotte et se transmet de l’un à l’autre. A suivre, plus que jamais.

Dans un tout autre genre, Chrystel Wautier livrait son dernier concert de sa série “Jazz Tour”. Entourée de Boris Schmidt à la contrebasse, de Quentin Liégeois - très en forme - à la guitare et de Ben Sluijs - toujours aussi fabuleux - au sax et à la flûte, la chanteuse a ébloui le très nombreux public. La voix de Chrystel fut, ce soir plus que jamais, parfaite. Avec décontraction, humour et sensibilité, elle nous embarque à bord de ses propres compositions ou nous fait redécouvrir des standards (de “Like Someone In Love” à “Doralice”) sous une autre lumière. Elle chante, elle scatte et… elle siffle même ! Et là où cela pourrait être, au mieux ringard et au pire vulgaire, elle fait de « I’ll Be Seeing You » un véritable bijou. On appelle ça le talent.

Retour au hard bop plus « traditionnel » pour clore la journée, avec le quartette de Michel Mainil (ts). On sent dans ce groupe, qui a déjà de la bouteille, une certaine jubilation à jouer pour le plaisir… même si cela manque parfois de fluidité dans l’ensemble. On remarquera les belles interventions de José Bedeur à la contrebasse électrique (je me demande toujours pourquoi ce choix « électrique » dans un tel contexte ? Mais cela n’engage que moi), la frappe « carrée » d’Antoine Cirri et surtout le jeu très alerte et précis d’Alain Rochette.

Il est plus de minuit, Xavier Lambertz et toute l’équipe du CC Hannut peuvent être heureux, le contrat est plus que rempli. Rendez-vous l’année prochaine.

A+

 

23/01/2012

Thomas Champagne Trio & Bart Defoort au Cercle des Voyageurs

Voilà, la boucle est bouclée. Le trio de Thomas Champagne termine ce 15 décembre, au Cercle des Voyageurs, un an de tournée qui célébrait le dixième anniversaire de la naissance de son trio. Rappelez-vous, on en avait déjà parlé sur Jazzques.

Un an – avec une moyenne de quatre concerts par mois, voire plus parfois – pendant lequel l’altiste a fait de la place à différents invités. On y a vu, dans le désordre, Lorenzo Di Maio (g), Pierre Vaiana (ss), Ben Prischi (p), Dree Peremans (tb), Jean-Paul Estiévenart (tp) et, pour terminer, Bart Defoort (ts).

C’est lui, en effet qui clôturait ce long périple jazzistique.

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Dans l’intimité de la cave du Cercle, le public s’est pressé autour du groupe.

Les premières notes de contrebasse résonnent. Nicholas Yates initie un rythme chaloupé, aussitôt suivi par le frottement sourd des balais de Didier Van Uytvanck sur ses tambours. «The Renegade» se dessine sous les ondulations lyriques des deux saxophonistes. L’ambiance est moite et sensuelle. Et le trio enchaîne avec un air qui serpente encore, emprunté à Sylvain Bœuf cette fois : «Le Départ». Les mélodies s’enroulent comme autour d’un bâton. Le groupe joue les psylles égyptiens et entre Thomas Champagne et Bart Defoort, les échanges naissent, évoluent, grandissent puis s’évaporent…

Chaque intervention du ténor est lumineuse, déterminée, précise. On remarque chez Bart Defoort certaines inflexions à la Joe Henderson, au travers d’une tranquillité suave et nerveuse à la fois. C’est plus évident encore lorsque le groupe reprend, de fort belle manière, «Beatrice» du regretté Sam Rivers.

Mais le trio de Thomas Champagne trouve sa singularité dans cette façon de tempérer et d’équilibrer les rythmes bien trempés avec des mélodies savamment ciselées.

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«February» est une sorte de blues lent, sensuel, presque voluptueux, tandis que « Sans fin » fait ricocher les éclats des saxophones. Les souffleurs se renvoient la balle, se heurtent, s’encouragent. Il est clair que Defoort tire encore un peu plus le groupe vers le haut. Ça sonne ferme et c’est musclé comme il faut. Dans cette énergie contenue, on y décèle toujours cette envie de liberté, d’ouvertures, d’appels d’air. On fait du pied à Ornette Coleman ou à John Coltrane.

Van Uytvanck assure un drumming franc où la tradition fait parfois place aux accents binaires qu’affectionne aussi le bassiste.

«Phlogiston» permet à Defoort de se lancer dans un extraordinaire solo fougueux et frénétique. Il donne le ton, il montre le chemin à Yates, puis à Van Uytvanck et finalement à Champagne. Ce morceau très ouvert permet pas mal de variations et, forcement, pas mal de longs échanges, pour notre plus grand plaisir.

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Il y aura encore «Petit Nain Rouge», le doux «Respiro» ou encore un «Silcone» à l’esprit bouillant et libertaire, qui rappelle, une fois encore Ornette. Et puis, en rappel, un thème de Charlie Parker mené tambour battant.

Il est évident que cette longue tournée, parsemée de belles rencontres, a fait mûrir le trio et l’a fait évoluer vers jazz plus déterminé encore. Et 10 ans, ce n’est qu’un début ! Il serait bête de ne pas miser sur ce groupe à l’avenir, car il peut amener encore pas mal de fraîcheur à notre jazz belge. Allez, c’est reparti pour dix ans ?

A+

 

14/01/2011

A Kind Of Mess Trio - Sounds

 

Jeudi 30 décembre, Mess Trio au Sounds… ou plutôt A Kind Of Mess Trio

Mess Trio c’est le groupe du batteur Didier Van Uytvanck, avec Cédric Raymond à la contrebasse et Fred Delplancq au sax. Ils se sont encontrés au Chat-pitre. Ou, du moins, c’est là qu’ils ont décidé, après quelques jams, de former le groupe.

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Ce soir, au Sounds, Fred n’est pas là. Et le trio ne jouera donc pas son “jeune” répertoire. Et puisque c’est comme ça, Cedric Raymond a plutôt envie de jouer du piano que de la contrebasse. Alors, on a redistribué les rôles, on a invité Boris Scmidt à la contrebasse et Nicolas Kummert au sax... on aurait pu tirer de plus mauvaises cartes!

Et ce soir, veille du réveillon de nouvel an, on a décidé de se faire plaisir… differement.

On revoit quelques standards (“In A Sentimental Mood” , “It Could Happend To You”) avec lesquels on prend toutes les libertés. Et rapidement, Nicolas Kummert s’enflamme, propulse et lance Cedric Raymond. Celui-ci n’en demande pas tant. Dans son jeu, on perçoit les effluves d’un Thelonious Monk, une pointe d’accent à la Oscar Peterson et même des éclats à la Junior Mance. Cédric Raymond, c’est plein de surprises, d’accidents et de clins d’œil. “Cherokee” est totalement redessiné. Le thème s’esquive, se cache ou semble prendre la fuite. Boris Schmidt se fait lyrique, s’échappe, revient, passe la main à Didier Van Uytvanck. Un solo, rammassé, touffu, concis et jubilatoire… C’est très jazz, c’est très club.

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“The Days Of Wine And Roses” nous ramène à plus de douceur. Kummert enrobe le son, c’est presqu’un hommage à Getz. Je me surprends même de l’entendre jouer de la sorte, presque dans la tradition. Il y a tant de douceur, relevée par une pointe d’amertume. Et quand il introduit “All The Things You Are” de façon assez déconcertante - comme s’il était entré par la cuisine, plutôt que part la porte d’entrée - cela donne à nouveau des ailes à Cedric Raymond. Le thème est tellement démonté, tellement ouvert, qu’on se demande si c’est bien celui-là qu’on entend.

“Someday My Prince Will Come”. Kummert est amoureux. Ça s’entend dans la façon dont il joue, c’est lumineux, détaché, loin des clichés, légèrement bossa, totalement personnel.

Alors, pourquoi ne pas reprendre “Body And Soul” ? Au point où on en est. On est là pour s’amuser et à tourner sérieusement autour de thèmes éternels. Pas question, cependant, de manquer de respect. D’ailleurs, quand Cedric Raymond s’aventure à lâcher quelques citations, ce ne sont pas n’importe lesquelles: “Clair De Lune” de Debussy… la classe.

Le “vrai” groupe de Didier Van Uytvanck, avec leurs propres compositions, je l’entendrai une autre fois - le Mess Trio joue tous les jeudi au Sounds et on en reparlera, sans aucun doute.

 

A+

 

09/01/2011

10 ans ? Champagne !

 

Cette année 2O11, le saxophoniste Thomas Champagne fête les dix ans de son trio.

10 ans, c’est un bail.

10 ans, ça permet de mûrir sa musique, d’affiner ses objectifs, de faire germer ses idées… ou d’en abandonner certaines.

Ça permet aussi de mettre à l’épreuve l’amitié.

Thomas Champagne, Nicholas Yates (cb) et Didier Van Uytvanck (dm) ont passé toutes ces épreuves avec grâce, en construisant petit à petit leur univers.

En 2008, il y a même eu une première consécration: la sortie de leur premier album “Charon’s Boat” (chez Igloo New Talent) qui a reçu un accueil critique des plus positifs. Se sont alors enchaînés quelques belles dates (Jazz à Liège, Gaume Jazz Festival, des tournée en Allemagne et quelques-unes en France). Et l’histoire n’est pas finie.

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Pour marquer le coup et pour ne pas faire qu’un seul concert évènement, le trio a préféré fêter cet anniversaire durant toute l’année. Comment? En jouant deux fois par mois (une fois au Muze à Antwerpen et une fois au Cercle des Voyageurs à Bruxelles) et en accueillant chaque fois un nouvel invité (Dré Peremans (tb), Benjamin Prischi (p), Jean-Paul Estiévenart (tp) et d’autres encore à confirmer).

Bien sûr, si d’autres lieux sont prêts à participer à la fête (À Liège? À Gand? À  Namur ?  Ou même hors de nos frontières ?), Thomas Champagne ne dira pas non… et le public non plus.

 

A  cette occasion, j’ai rencontré Thomas Champagne.

 

Thomas, raconte-moi comment s’est formé ce trio?

Il y a plus de dix ans donc, je jouais avec Nicholas Yates dans un sextette, qui était l’ancêtre d'un autre projet, “Utz”, et un jour, on s’est dit qu’on aimerait jouer des standards ensemble. Comme je connaissais Didier Van Uytvanck, avec qui j’avais fait le conservatoire, je lui ai proposé de nous rejoindre. On a commencé par jouer des trucs de Joe Henderson, de Wayne Shorter, etc… Des vieux standards et des plus modernes auxquels on a intégré, petit à petit, nos propres compositions.

 

Je pensais que vous vous étiez rencontré au conservatoire…

 J’ai connu Nicholas au conservatoire également, mais il y était quelques années avant moi. Il avait commencé la guitare avant de changer pour la contrebasse qu’il a appris en autodidacte. Par contre, je jouais avec Didier dans le Big Band du conservatoire.

 

Quels ont été tes premiers contacts avec le jazz?

J’ai commencé le saxophone à huit ans. Pourquoi? Ce n’est pas très clair. Je ne suis pas issu d’une famille de musiciens, mais j’ai toujours été attiré par la musique. A l’époque, et comme dans toutes les familles, les parents te proposent de t’inscrire dans un club de sport, ou de faire du théâtre, ou de la musique. Moi, j’ai choisi la musique. J’hésitais entre la batterie et le saxophone, mais comme mes parents étaient séparés, on a opté pour le saxophone… c’est plus facile à transporter (rire). Mon professeur aimait déjà nous faire jouer d’oreille. Il nous faisait jouer des thèmes dans tous les tons. Je me souviens avoir joué des phrases de Parker dans tous les tons. Tout doucement, bien sûr. Plus tard, vers quinze ans, je suis allé à l’académie d’Evere qui venait d’ouvrir une section jazz. A l’époque, mes profs étaient Nathalie Loriers (p) et Fabien Degryse (g). Depuis, Michel Paré (tp), Stéphane Mercier (s) et d’autres y donnent cours aussi. Ensuite, j’ai suivi les stages de l’AKDT à Libramont, avec Pierre Vaiana (ss) et Bart Defoort (ts). Ensuite, je suis allé suivre les cours de Garrett List à Liège pendant un an, avant de rentrer au conservatoire flamand de Bruxelles avec Jeroen Van Herzeele (ts). Puis j’ai terminé mes études au conservatoire francophone.

 

Comment travaillez-vous vos compositions en trio? Et quels sont les musiciens qui t’ont influencés?

J’ai toujours beaucoup écouté les ténors: Joe Henderson, John Coltrane, Wayne Shorter, Sonny Rollins. En ce qui concerne notre façon de travailler, c’est Nicholas et moi qui amenons les compositions. Et lors des répétitions en trio, on améliore, on change, on cherche. Au début, jouer en trio, c’est chouette, on peut aller partout, ce n’est pas trop cher pour les organisateurs et on s’amuse bien. Mais avec le temps, je me suis rendu compte qu’un trio sans instrument harmonique était quelque chose d’assez particulier. On remarque vite que ce n’est pas si simple, qu’il y a intérêt à assurer plus que ce que tu ne penses, parce que, justement, il n’y a pas d’instrument harmonique. Donc il faut vraiment composer en fonction du trio. Il ne faut pas s’imaginer qu’il y a un piano, parce qu’il n’y en a pas. Il est dans la tête, mais… Il y a un vide. Alors, petit à petit, j’ai composé en pensant moins à une grille d’accords, mais plus à une ligne de basse, par exemple. Donc, moi, dans ma tête, j’entends la ligne de basse sur laquelle j’écris la mélodie. Comme je compose beaucoup au piano, j’essaie de faire sonner les thèmes en pensant aux deux voix : sax et contrebasse. On n’a jamais composé en groupe, mais on a souvent arrangé en groupe. Au début, on avait des morceaux assez faciles, en “5”, alors que maintenant on évolue pas mal dans du “7”, du “9”, du “11”… Sans aller vers du Steve Coleman ou du Aka Moon. Je dirais qu’on est plus dans la tendance Dave Holland, peut-être. Des trucs assez mélodiques, qui sonnent “simple”, mais qui sont, finalement, assez complexes.

 

Qu’est ce que cela amène à la musique de vouloir la “compliquer”? Ça amène plus d’ouvertures, de libertés?

Peut-être un peu tout ça. Si on fait un beau morceau en “4”, à un moment, on reste un peu dans la même couleur, dans l’esprit “standard”. Maintenant, en jazz, on a déjà fait beaucoup de choses. On est allé dans le free, dans la fusion avec le rock ou le classique… Le fait de composer comme on le fait nous permet de relever des challenges, en tant que musicien. Tout en gardant une certaine simplicité dans le résultat. Ça nous permet de nous amuser à jouer en “4 ½” ou en “3” des morceaux prévus en “9”. C’est un des avantages du trio, c’est vraiment un groupe de travail. On peut se réunir facilement et travailler plus souvent ensemble et donc évoluer plus vite. Le changement de métrique permet de faire sonner les compositions de manières originales. J’ai toujours été attaché à la mélodie, au lyrisme… même si dans ma tête je suis assez “free”. D’ailleurs, c’est amusant, lorsque je lis les critiques de notre disque ou de nos concerts, on dit que c’est lyrique ou mélodique, alors que, pour moi, dans ma tête, j’imagine Wayne ou Coltrane, j’imagine quelque chose de plus “ouvert”.

 

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Oui, mais on entend quand même dans ta musique des envies d’échappatoires. Ça bouge, ce n’est pas toujours stable…

Oui, mais c’est aussi dû à la formule, je pense. Si on se contente, en trio, d’un simple solo-thème-solo, le public finit par se lasser, car on reste dans le même son. Alors que, lorsqu’on essaie d’interagir et de bouger beaucoup, il y a plus de surprises. Autant pour nous que pour le public.

 

Pour fêter les dix ans du groupe, tu as choisi une formule originale… Comment as-tu choisi tes guests?

Le “plan”, à la base était d’avoir quatre ou cinq endroits. Bon, finalement ce sera deux, fixes et réguliers, pendant un an. Mais on ne désespère pas en trouver d’autres. Il y a déjà d’autres endroits qui nous engagent pour une ou deux dates. Bref, pendant deux mois, on joue avec le même guest. Ça nous permet de travailler un nouveau répertoire et de travailler réellement ensemble. Alors, on a choisi les invités suivant leurs instruments : soit un instrument mélodique soit un deuxième souffleur. Comme j’écoute aussi beaucoup Ornette Coleman, le mélange de deux souffleurs, sans harmonie, m’intéressent beaucoup. En plus, dans ce cas-là, on reste dans l’esprit du trio mais il y a plus de richesse avec deux voix. Avec l’autre formule, le manque de piano ou de guitare dans le groupe pourra être combler et cela pourra amener des idées nouvelles. Puis, le choix des musiciens est fortement humain aussi. Ce sont des musiciens que l’on connait et avec qui on a déjà joué dans d’autres formules ou avec d’autres formations. On avait déjà joué avec Dré Peremans lors de l’inauguration de la Jazz Station. Et puis, l’apport d’un tromboniste rappelle aussi le groupe de Dave Holland, même si chez lui il y a le vibraphone en plus. Avec Ben Prischi, nous avions eu la chance d’avoir été invités pour une carte blanche au Gaume Festival, ce qui nous avait permis de travailler ensemble une semaine. Après, nous avons appris à nous connaître un peu plus, lors d’un échange musical entre la Pologne et la Belgique. Ben est très curieux et il se fond vite dans le groupe. C’est important aussi d’avoir un guest qui s’intègre vraiment au groupe et à l’esprit du groupe. Enfin, on a joué souvent avec Jean-Paul Estiévenart, on se connait bien et on s’apprécie beaucoup. En plus, c’est un excellent musicien, que demander de plus? Pour la deuxième partie de la saison on verra. J’ai déjà quelques noms, mais rien n’est vraiment confirmé pour l’heure. Et pour l’été, on espère bien élargir la formule à deux ou trois guests pour les festivals…

 

Ce seront de nouvelles compos ?

Pour la plupart, oui. Disons que là, pour l’instant, on est au trois quart du chemin. On a déjà arrangé sept ou huit morceaux. Principalement pour le trombone. Ce que l’on fera avec Jean-Paul sera arrangé autrement. Ou alors, nous ne jouerons pas les mêmes morceaux. Puis, oui, il y aura de nouvelles compos. Et pour l’instant, elles sont faites pour le trombone. Des trucs à deux voix, trombone et contrebasse ou trombone et sax, soit avec le thème qui vient au-dessus ou deux voix mélodiques… Ce sont des choses qui ne marcheront peut-être pas avec la trompette, par contre. On a envie de composer pour la formule. C’est ce qui est amusant avec ces nombreuses dates : on va pouvoir faire plein de choses différentes. Puis, ça nous remet en question. Quand on compose en trio, on adopte certains automatismes. Ici, on se pose des questions : est-ce que je fais un contre-point ? Une mélodie basée sur la contrebasse ?... Avec le trombone, c’est assez intéressant car il peut aller dans le côté rythmique, pour soutenir la basse ou la batterie, par exemple, ou il peut être en haut avec moi, pour faire les mélodies, ou des questions-réponses. Bref, on se pose la question essentielle : le guest est là et il y a une raison. Avec le piano, c’est également intéressant car on pourrait se contenter de prendre tous les morceaux et y mettre des accords, puisqu’il n’y en a pas pour l’instant, mais ce serait un peu trop facile. C’est comme si on ajoutait un musicien en plus, sans raison réelle. Il faut au contraire profiter de cette richesse supplémentaire pour aller ailleurs.

 

Pour la seconde partie de l’année, tu es tenté par quels autres instruments ?

Je pense à un autre saxophoniste, sans doute soprano. J’aimerais aussi inviter un trompettiste allemand, très peu connu ici. Et puis, ce qu’on n’a pas encore essayé, c’est avec une guitare, ce sera l’occasion. Une guitare plutôt électrique, pour tenter quelque chose de plus rock. Ou alors des trucs à la Tomassenko, avec des guitares qui jouent sur l’ambiance. Dans l’esprit d’un Frisell par exemple.

 

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Un enregistrement est prévu ? Pendant ou après ?

On va, de toute façon, enregistrer tous nos concerts. Cela pourrait être mixable, mais c’est surtout par curiosité et pour nous entendre. Pour retravailler les morceaux s’il le faut. Mais nous aimerions quand même refaire un enregistrement studio. Le premier disque a été bien reçu et il nous a permis d’être crédible sur le « marché ». Cela nous a permis d’avoir un retour critique et de pouvoir nous « construire » à partir de cela aussi. Le but est évidemment d’en faire un autre et de proposer de nouvelles choses.

 

Au delà du trio tu as d’autres projets en cours?

Oui, je joue avec les Sidewinders, un quintette de hard bop, avec Michel Paré (tp), Eve Beuvens (p),  Toon Van Dionant (dm) et toujours Nicholas Yates (cb). On fait des reprises des années ’50, Lee Morgan, Hank Mobley etc… On jouera prochainement à l’Os à Moelle, au Lokerse Jazz Club, à la Jazz Station et peut-être au Gouvy cet été. Et puis l’autre projet c'est Utz, le septette de Renato Baccarat, qui est aussi le chanteur et le guitariste. Je ne dis pas que c’est un groupe brésilien sinon tout le monde s’imagine un certain type de musique. Alors je dis que c’est un septette pop rock brésilien. C’est assez festif. Il y a quatre souffleurs et une rythmique d’enfer. On joue le 15 janvier au Jacques Franck.

 

Pour ne rien rater des concerts du Thomas Champagne Trio, rendez-vous sur leur MySpace.


 

 

 

A+

 

19/06/2010

SymmEtrio au Sounds

Depuis le temps que je promettais à Mathieu De Wit (p), Nicola Lancerotti (cb) et Didier Van Uytvanck (dm) de venir écouter leur groupe SymmEtrio, je suis persuadé qu’ils n’y croyaient pratiquement plus. Mais je suis un homme de parole (vous en doutiez?) et j’ai finalement eu l’occasion d’honorer ma promesse le 4 juin au Sounds.

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Depuis près de cinq ans, ces trois jeunes jazzmen aiguisent leur répertoire entre standards et compositions personnelles. Plus que l’envie de révolutionner le genre, ils préfèrent sans doute s’inspirer des fondamentaux du jazz et de les relire à leur manière. Mais, ne vous y méprenez pas, SymmEtrio est bien de son époque et s’imprègne des courants actuels (la reprise de «Roads» de Portishead en est une preuve très convaincante). On décèle même parfois une esthétique à la Bad Plus.

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Le groupe entame le concert avec «Dienda» de Kenny Kirkland. Enlevé et foisonnant, le jeu de De Wit me fait irrémédiablement penser à Petrucciani, à la fois raffiné et fougueux. Il remettra ça dans le deuxième set sur une ballade, dont le nom m’échappe, qui mettra aussi en évidence les interventions très chantantes de Lancerotti à la contrebasse.

«Empathy» est légèrement plus torturé et oscille entre brillance et élégie, «Walk Before Dawn» évolue et serpente au gré d’ondulations orientales tandis que la reprise de «Leaving», de Richie Beirach, est de toute beauté.

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Le groupe est bien soudé, s’écoute et s’offre de beaux espaces à l’improvisation. Les interventions de Van Uytvanck sont cependant assez brèves, de même que celles de Lancerotti. Le groupe préfère façonner la mélodie et broder une harmonie d’ensemble. SymmEtrio ajoute à cela une subtilité parfois evansienne ou un romantisme à la française, tendance Debussy ou Ravel. Bien que tout soit souvent swinguant, j’aurais peut-être voulu entendre un morceau nettement plus explosif, histoire que le groupe se lâche complètement ou fasse monter la tension d’une autre manière… Ceci dit, le concert passe très vite et l’on ne s’ennuie pas une seconde. Les trois sets sont emmenés avec entrain, efficacité et bonne humeur. Et la soirée, fort agréable, se terminera d’ailleurs bien plus tard que prévue…

 

A+

 

12/12/2007

Chrystel Wautier - Almadav - T-Unit 7 - Véronique Hocq

Retour sur quelques concerts auxquels j’ai assisté ces dernières semaines.
Malheureusement, pas toujours entièrement.
Un set… ou deux, maximum.
Mais ce n’est pas une raison pour les passer sous silence.

Alors, reprenons.
Dans un ordre plus ou moins chronologique.
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Chrystel Wautier, d’abord.
La chanteuse présentait «Between Us…», son premier album, au Sounds.
Autour d’elle, on retrouve Quentin Liégeois à la guitare et Boris Schmidt à la contrebasse (en remplacement de l’habituel Sam Gerstmans).

Ce soir, il était prévu que quelques guests partagent la scène avec le trio. Malheureusement, des problèmes de santé ont empêché Paolo Radoni (g) et Guy Cabay (vib) de répondre à l’invitation. Jean-Paul Estiévenart (tp) par contre était bien là, bon pied bon œil. Mais je n’ai pas pu assister à sa prestation car je «devais» partir à la fin du premier set…

Chrystel nous a donc offert son swing élégant en trio.
«Show Me», «Easy To Love» ou «Born To Be Blue» se succèdent avec délicatesse. Parfois même avec timidité. Étonnant de sa part. Du coup, la voix perd parfois un tout petit peu d’assurance…
Du côté de la rythmique, par contre, le fluide passe avec aisance et la version de «My Favorite Things» est brillante. Courte, sobre, simple et efficace.
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L’album de Chrystel Wautier est un très joli recueil de ballades fines et de morceaux swinguant tendrement. A déguster au coin du feu cet hiver. Tout y est d’une belle justesse et la belle prise de son ajoute à la volupté.


Quelques jours plus tard, je suis passé au Music Village pour écouter les derniers sets d’Almadav, un des groupes d’Alexandre Cavalière qui  avait reçu carte blanche pour 3 jours dans le club de la Grand Place.
Le public habituel, sans doute moins enclin à entendre un jazz fusion assez ouvert n’a pas trop suivi.
Dommage, car je vous assure, et je le répète, Almadav c’est bien !
Ce soir, Sam Gerstmans remplace Cyrille De Haes parti jouer avec le groupe rock français Treize à Table (pour un bout de temps, semble-t-il), et Jereon Van Herzeele était invité à se joindre au groupe.
Les deux premiers morceaux oscillent entre fusion («Tight») et funk («Ramblin’» ??).
Puis, honneur à l’invité du soir, Jereon improvise et booste une jolie ballade qui invite le guitariste Manu Bonetti à répondre par un très beau solo, carré et solide.
Alexandre, lui, s’amuse visiblement à répliquer aux assauts du saxophoniste.
David Devrieze (tb) prend lui aussi un énergique et puissant solo sur «I See The Time» aux rythmes asymétriques qu’affectionne particulièrement l’excellent batteur Xavier Rogé (d’ailleurs, le morceau est de lui).
J’aime décidément bien l’esprit frondeur qui émane du groupe. Entre une énergie à la Mingus et un jazz contemporain qui joue sur les tensions.

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Quelques jours plus tard, je suis à la Jazz Station pour écouter le deuxième set de T-Unit 7, le septet du saxophoniste Tom Van Dyck.
«The Chase» est un morceau chaloupé qui prend le temps de s’installer.
La cadence monte petit à petit et me fait un peu penser à l’ambiance «Star People» de Miles Davis… en moins électrique. Le saxophoniste emmène son petit monde entre soul et funk.
Ewout Pierreux, jusque-là aux Rhodes, rejoint son piano et amorce, de façon très lyrique et inspirée, une ballade délicate.
Mais les changements de rythme et de tempos, les brisures et les surprises ne se font pas attendre. Michel Paré (tp) et Fred Delplancq (ts) sont là aussi pour donner du piquant et faire éclater les thèmes.
Il faut aussi souligner les très belles interventions, aux accents parfois un peu boogaloo, du jeune tromboniste Peter Delannoye, qui remplaçait quasi au pied levé Andreas Schikentranz.
T-Unit 7 voyage au travers de différentes contrées d’un jazz tantôt blues, tantôt soul et au groove  parfois nonchalant mais toujours présent.
Belle équipe à revoir et réentendre.

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Pour terminer mon périple, retour au Sounds, quelques soirs plus tard pour écouter Véronique Hocq que j’avais raté au Music Village deux ou trois semaines auparavant.
La voix un peu plus voilée qu’à l’habitude et accompagnée du très lyrique pianiste Mathieu De Wit, la chanteuse nous fait un mini concert très intimiste.
Son timbre colle à merveille sur un «Never Let Me Go» d’une très belle sensibilité.
Sans doute le morceau le plus réussi ce soir.
Quand elle scatte sur des thèmes plus enlevés comme «Whisper Not», on la sent encore un tout petit peu mal à l’aise… Mais au moins, elle ose.
On aimerait cependant que la voix projette plus dans ces moments-là.
C’est d’ailleurs ce qu’elle arrive à faire sur un morceaux plus swinguant («Billie’s Bounce» ??), quand Nicola Lanceroti (cb) et Didier Van Uytvanck (d) viennent prêter main-forte sur scène…

A suivre.

A+

13/03/2007

Jam au Comptoir

Mercredi dernier, j’étais bien décidé à aller écouter le Trio Ypsilon au Comptoir des Etoiles.
A 19h.
C’est tôt pour un concert, mais c’est «faisable».
Sauf si on quitte le bureau vers 22h…

jam-comptoir

Quand j’arrive, le concert était terminé, bien sûr. Mais dans ce bar du quartier de la Place du Châtelain, les jam’s sont fréquentes.
On n’y vient jamais pour rien…

Je l’ai déjà dit: cet endroit sympathique est tout petit. Il me fait souvent penser aux photos prises dans ces caves minuscules et bondées de St Germain des Près dans les années ’50 et ’60 où le jazz résonnait toutes les nuits...
On y respire cette effervescence. On la hume. On s’y frotte littéralement. On s’y bouscule même.
D’ailleurs, c’est Michael Blass qui me bouscule.
Il est venu écouter la jam, lui aussi. On prend un verre. On discute.

Alors, Laurent Melnyk prend sa guitare, Yannick Lodahl reprend sa basse, Jordi Grognard son sax et Didier Van Uytvanck s’installe à la batterie.
Ils se lancent dans «Afro Blue». Avec enthousiasme, verve et passion.

D’autres standards se mêlent au brouhaha du bar. Tout le monde est serré autour des musiciens, dans une lumière très intimiste.
Certains parlent, d’autres écoutent… et les musiciens jouent. Ils jouent pour les gens, pour eux, pour le plaisir.
J’imagine qu’un endroit comme La Fontaine à Paris est né de la même ferveur.
Espérons que le Comptoir ne connaisse pas de fin, lui.

Poussé par l’excellent jeu de guitare de Laurent Melnyk, Jordi ose quelques extravagances. Il y a du groove, il y a du swing et c’est bien.
Puis, le quartet enchaîne avec «Misty». Ralentissant le tempo pour faire éclore toute la sensibilité de ce morceau…
Touchant

Ensuite, comme dans toutes jam’s qui se respectent, le quartet cède sa place à d’autres jeunes jazzmen.
Les styles changent, on passe du blues au (presque) funk en faisant un détour par la soul.
Une jeune femme, dans un état assez «avancé» il faut le dire, pousse quelques cris, quelques hoquets. Elle parle avec des esprits (sic) qui lui demandent de chanter «La Vie En Rose».
… Elle restera devant son vin blanc à commenter les musiciens.
Rigolo et pathétique à la fois.

Mais le jazz continue et la musique est bonne. Elle est libre, improvisée, inventive. Pas toujours précise, certes, mais possédant toujours une âme.
Et ça, ça fait beaucoup.

Je pars aux petites heures, mais on me confirmera que la jam a duré bien plus tard encore.


A+