11/11/2017

Kris Defoort Diving Poet Society - Jazz Station

Ai-je déjà été aussi ému par un concert ?

Oui, sans doute. Mais ce dernier concert de Kris Defoort à la Jazz Station m’a quand même bien remué. Pas nécessairement par l’énergie, la force ou le groove, (quoique)… mais par l’émotion, la délicatesse et l’adrénaline qu’il provoque.

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C’est un peu comme si une aiguille fine était venue toucher une terminaison nerveuse jusqu’alors inconnue. Douce sensation.

Kris Defoort présente donc son dernier projet Diving Poet Society avec son trio habituel (Nic Thys à la basse électrique et Lander Gyselinck aux drums) augmenté de deux invités de choix : Guillaume Orti au sax tenor et Veronika Harcsa au chant.
Le disque m’avait déjà fasciné dès la première écoute. La sensation s’est renouvelée et s’est confirmée en live.

Avec une poignée de notes abstraites, jetées on ne sait comment et qui retombent on ne sait où, le pianiste trace quelques lignes de pure mélancolie, tout en économie. «Le vent des Landes» flotte dans la salle puis se lève peu à peu. Du bout des baguettes, Lander insuffle alors un groove sec, la basse électrique galope, le piano répète un motif qui se balance de haut en bas. «Tokyo Dreams» se révèle doucement. C’est puissant mais tellement léger…

Et soudain, comme venu de nulle part, Guillaume Orti, du fond de la salle, lâche quelques notes. La musique prend une autre dimension. Le mystère s’épaissit, Kris et son groupe jouent avec l’espace, comme pour nous déconcerter… ou nous rendre plus attentif.

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Veronika Harcsa rejoint alors le reste de la troupe. On entre dans le vif du sujet avec 3 morceaux, presque une suite, («The Pine Tree And The Marching», «The Pine Tree and The Fire» «Liquid Mirors») extraits de l’album et basés sur les poèmes de Peter Verhelst.

La voix de Veronika Harcsa est un instrument d’une justesse incroyable. Les paroles sont découpées avec une précision étonnante, chaque mot se charge de sens. Parfois aussi, elle laisse traîner le souffle comme le ferait un shruti box indien. Elle maintient la note, basse, presque inaudible et pourtant bien présente. Pendant ce temps, les mesures se mélangent, les cycles rythmiques s’entrelacent. C’est passionnant.

«Diving Poets», qui donne le nom à l'album et qui est dédié à la mémoire de Pierre VanDormael avec qui Kris eut de très longues et profondes discussions, est un chant intime et presque hypnotique. Les peaux craquent, le sax crachote, le piano égraine quelques notes éparses. On est dans les nuages, dans le coton, dans un autre monde. Orti improvise avec finesse et épouse le chant d’Harcsa, à moins que ce ne soit l’inverse. La voix est sur la même, mais alors vraiment la même (!), fréquence que celle du sax ou du piano. Ça chante à l'unisson pour mieux se diluer par la suite. On est sous le choc. On en pleurerait presque. Et l’on remarque à ce moment la qualité d'écoute du public. Un vrai bonheur.

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Pour ne pas casser la fragilité de l’instant, tout se joue en un seul et long set.

«Deepblauwe Sehnsucht» et «New Sound Plaza» se confondent. On se croirait perdu dans les brumeuses divagations d’un Leoš Janáček. Veronika Harcsa aurait pu être chanteuse d’opéra… ou de rock. Car ça éclate soudainement. Sur un motif répétitif, Lander Gyselinck provoque un incendie, Guillaume Orti, en bon pyromane, attise le feu, Kris tisonne et Nic Thys souffle sur les braises. Ce dernier joue de sa basse électrique comme si elle était acoustique. Il y met de la chaleur, de la profondeur, du boisé. Le son est monstrueux de force contenue, de beauté et d'intensité. Le tourbillon ascendant semble aller vers l'infini. Le moment est incroyable, hypnotique et émouvant.

Emouvant comme cet hommage à Billie Holiday, presque fantomatique («Heavenly Billie»). La chanteuse prend son temps pour déclamer, pour respirer. Les pianiste, bassiste, saxophoniste et batteur jouent les peintres de la musique. Ils jouent avec les nuances, les traits fins, les pleins et les déliés… Fascinant.

Tonnerre d’applaudissements.

En rappel, car on en veut encore, le quintette nous livre un morceau brûlant et nerveux comme un «Music Is the Healing Force of the Universe» de Albert Ayler. Eclaté et pourtant terriblement concis. C’est comme une boule à neige que l'on secoue avec excitation et dont les flocons, prisonniers du globe, s’affolent et finissent par retomber, épuisés.

La plongée au cœur de cette étrange «Society » est décidément une expérience poétique incroyable que l’on se souhaite de revivre au plus vite... En sachant que ce sera sans doute différent mais que ce sera certainement tout aussi fort.

A très vite, donc….

(Merci à ©Roger Vantilt pour ses merveilleux clichés)

 

 

A+

 

 

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01/01/2017

Chris Joris & Family in Mechelen

C’est tout de blanc vêtu que le maître de cérémonie monte sur scène, entouré de ses enfants (Yassin, Saskia et Naïma) et de ses amis, (Free Desmyter, Bart Borremans, Christof Millet, Lara Roseel et Sjarel Van den Bergh) qui font quasiment partie de la famille aussi.

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Chris Joris est fier et heureux – et c’est bien légitime – de présenter au public du CC Mechelen, ce samedi 17 décembre, son tout dernier bébé : Home And Old Stories (De Werf). Un album généreux et éclectique, rempli de musiques influencées par un parcours personnel riche mais aussi par celui de ses enfants. On touche au blues, à la musique africaine, au folk, à la pop et au jazz bien sûr. Aussi diversifié qu’il soit, ce projet garde une belle ligne de conduite, un fil rouge fragile, subtil et plein d’âme, qui le rend plus qu’attachant.

On connaît Chris leader, percussionniste parmi les percussionnistes, sideman des plus grands, chroniqueur, artiste peintre, philosophe aussi sans doute, figure emblématique du jazz belge et, sans conteste, l’une des fiertés de Malines. Le concert, organisé par Jazzzolder, a donc fait salle comble !

Accompagné à l’harmonica par Sjarel Van den Bergh, Chris entame une impro au likembe. L’Afrique et blues se mélangent pour rappeler ce que sont les vraies racines de la vraie musique. Et puis c’est parti, avec une certaine désinvolture, une dose de légèreté, un peu d’insouciance et un vrai sens du partage pour deux beaux sets de musique vivante.

« My Way », chanson incantatoire nous tire vers le haut, « Brocante » vacille entre milonga, bop et musique afro cubaine. Bart Borremans tire des pleurs et des rires de son sax et la marche éthylique nous amène vers un thème joyeux, permettant à Free Desmyter de lâcher des impros grondantes et volubiles. Chris passe des congas à la batterie puis au berimbau… Le programme semble changer suivant l'humeur du leader dans un joyeux et tendre bordel. C'est un vrai concert en famille auquel nous sommes invités.

Chris laisse beaucoup de libertés à chacun de ses musiciens. Il leur fait confiance. C’est réciproque et cela ressent dans la musique. Alors, il y a « Both Sides Know », superbe et touchant morceau de Joni Mitchell, magnifié par Naïma Joris, chanteuse exceptionnelle et magnétique. Avec détachement et simplicité, sans aucune gestuelle exagérée, maîtrisant admirablement une voix chaude et légèrement brisée, elle met au premier plan les vraies émotions. Frissons garantis. Et les bonheurs s’enchaînent, avec un Monk revisité et déglingué, avec « Far Away » - chanté avec délicatesse par Yassin Joris – qui montre qu’il n’est pas seulement qu’un excellent et inventif guitariste. Un peu avant la pause, il y aura encore un thème, nouveau et vénéneux, dans lequel on perçoit une touche de Pharoah Sanders dans le jeu enflammé de Borremans. Ensuite « Eventide » qui met en avant la basse profonde de Lara Roseel, puis l’envoûtant « Grinnin’ In Your Face », puis des joutes entre percussionnistes, des moments plus rock, d’autres plus roots… Et toujours plein de plaisir à partager.

Comme il faut se laisser le temps de se laisser prendre par le disque, afin de profiter de toutes ses richesses, il faut se laisser porter par un concert de Chris Joris. Lui faire confiance. C’est simple, ça vous rentre dans la peau et ça fait un bien fou.

A+

 

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15/09/2016

September Jazz à Bruges

September Jazz à Bruges, c'est un peu le mini festival qui lance la saison du jazz à Bruges et du Werf en particulier. On annonce pour cette fin 2016, par exemples, des concerts de Louis Sclavis, Urbex, Aka Moon, Barry Altschul, Joe Fonda, Nathalie Loriers et surtout une Label Night au Concertgebouw avec une pléiade de jazzmen maison (Kris et Bart Defoort, Trio Grande, Schnitzl, Chris Joris, MikMâäk, Steven Delannoye et d’autres encore…).

Mais revenons dans la cour de l'école primaire du Ganzenveer.

L'air est encore doux par cette belle soirée de septembre et il y a vraiment pas mal de monde. Sur la scène, dans le fond de la cour de récré, Too Noisy Fish a déjà entamé son set.

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Peter Vandenberghe (p), Kristof Roseeuw (cb) et Teun Verbruggen (dm) proposent une musique aux structures qui paraissent, si pas complexes, presque chaotiques. Les trois musiciens semblent rebondir et se cogner contre des murs invisibles. La musique vacille entre furie et folie contrôlée. A tout moment, elle peut prendre une autre route. Too Noisy Fish réalise une sorte de raccourci entre un bop effréné et un jazz contemporain aux accents rock non dénué d'humour (et qui n'aurait pas déplu à un certain Zappa) et font aussi références à Spike Jones ou aux musiques de vidéo games. Les arrangements et les effets parfois bruitistes sont très évocateurs et bâtissent des atmosphères qui définissent presque un cadre. Tout est musique et, avec ce jazz parfois très libre, presque abstrait, aux changements de tempos et de directions brusques, les trois musiciens se doivent d’être hyper complices. Ils peuvent ainsi donner vie à « Segmenten » (emprunté partiellement à Charlie Parker) ou entretenir le mystère de « PTMA » (Rosseeuw, excellent à l’archet) dans une dramaturgie sombre et un final rageur. « In Dust We Trust » profite d'un motif répétitif léger, tout en clin d'œil, qui laisse l'impro s'emparer finalement du morceau. Quant aux titres « Turkish Laundry » ou « Defenestration », ils parlent (presque) d’eux-mêmes tant cette musique est imagée.

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Le saxophoniste italien Francesco Bearzatti et son Tinissima Quartet présentent le nouvel album dédié, cette fois-ci, à Woody Guthrie. Après Malcolm X, Monk ou Tina Modotti, le groupe continu à mettre en avant ou à faire revivre la mémoire de personnages qui se sont battus, à leur manière, contre les dictatures, le racisme, le fascisme ou certains dogmes. Avec Woody Guthrie, la musique du quartette prend évidemment de nouvelles couleurs. Bien sûr, le country folk est très présent mais, comme à chaque fois, Bearzatti arrive à englober cela dans l'idiome jazz. Sur ces blues folk, il aménage des plages d'impros dans lesquelles Giovanni Falzone ou Bearzzatti lui-même peuvent laisser libre cours à leur imagination. Le trompettiste en profite un maximum, pour notre plus grand bonheur. Le son est hyper clair et brillant, et Falzone n’est pas avare d'effets growl ou d’effets de langue. Il répond à Bearzatti, va le provoquer, il prend la poudre d’escampette puis revient. Puis ce sont des duels entre trompette et sax où chacun envoie et surenchéri sur des tempos d'enfer. Bearzatti ne demande que ça, il accentue les intervalles, fait grincer son sax ou, au contraire, va fouiller dans les graves comme on creuse le sol gras pour chercher de l'or. Zenno De Rossi fait galoper sa batterie et Danilo Gallo accentue les effets bluesy avec ses cordes « lâches » et très vibrantes. « Dust Bowl », « Okemah », « One For Sacco And Vanzetti » nous font voyager à travers tous les États-Unis et dans toutes les époques. On imagine les étendues arides, brûlées par le soleil de l'ouest américain, on passe du blues au swing en faisant un crochet par le stride et le rock & roll. On pousse presque une pointe jusqu’à la Nouvelle Orléans. L’énergie fait parfois place à des moments légèrement plus apaisés, mais toujours tendus. Si il y a de la rage, il y a aussi des pointes d’amertume, de fatigue et de lamentations… qui redonnent pourtant de l’espoir. «This Land Is Your Land », le morceau emblématique de Guthrie pousse les deux soufflants à se mélanger au public qui chante et clappe des mains. Rien n’est perdu, il faut se battre et il faut fêter ça !

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La fête, c'est aussi Raf De Backer et son soul jazz, en trio avec Cédric Raymond et Dré Pallemaerts. On n’a pas si souvent l'occasion d’entendre Dré dans ce registre (on se rappelle quand même quelques concerts avec Eric Legnini) et il est, ici aussi, merveilleux et d’une efficacité redoutable. Il y a tellement de souplesse, de groove et de nuance dans son jeu, que c’en est presque incroyable. Du coup le jeu de Raf en est presque magnifié. On s'imagine être à l'époque des Ramsey Lewis et Les McCan. Cedric Raymond impose une basse chantante et ferme à la fois. Le toucher de Raf est brillant clair et vif. Sans avoir l'air d'y toucher, tout cela ondule avec sensualité. Il y a du relief dans chacun des morceaux, des nuances de bleu et d’orange. On reconnaît « Oh The Joy », « Joe The Farmer »… On reconnaît... car Raf ne parle pas au public et c’est bien dommage, car cela enlève peut-être un tout petit peu de la complicité que cette musique procure.

Il est tard, il y a encore du monde dans la cour de l’école, on prend un dernier verre et on se promet de revenir très vite du côté de Bruges.

A+

Merci à ©Willy Schuyten pour les photos !

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21/01/2015

Charles Gayle - De Werf à Bruges

 

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Charles Gayle a été découvert sur le tard (le premier enregistrement sous son nom date de 84, il avait déjà 45 ans…)

Pourtant, très tôt, du côté de Buffalo où il a grandi, il était l’un des pionniers de la New Thing. Dans les années 60 déjà, il se frottait à Archie Shepp ou Pharoah Sanders et prenait des cours avec Charles Mingus

Ensuite, il erre pendant près de 20 ans dans les rues de New York, en véritable homeless. Il joue dans les couloirs du métro ou quelques rares fois dans des clubs underground de la Grosse Pomme.

Il faut être bougrement épris de liberté et y croire à fond pour vivre comme ça. On comprend que cela marque son homme… et sa musique. Alors, logiquement, on retrouve dans le chant déchirant et les incantations féroces de sa musique, de la ferveur, de la violence, mais aussi une grande spiritualité inspirée du gospel.

Sur scène, Charles Gayle s’affuble d’un costume de clown, autant pour faire passer ses messages et les mettre en valeur, que pour passer inaperçu (si,si…).

Ce soir, à De Werf, il est accompagné de Manolo Cabras (cb) et de Giovanni Barcella (dm), avec qui il a déjà joué précédemment et qui en connaissent un rayon, eux aussi, côté free jazz.

Parfois, c'est Gayle qui amorce le thème et lance le trio. Il s’agit d’une courte phrase ou d’un début de discours qui laissent rapidement aux autres toute la liberté d’étayer le propos. Cabras et Barcella accompagnent et soutiennent le saxophoniste un certain temps. Puis, celui-ci se retire et laisse le batteur et le contrebassiste improviser. Cabras tire comme un fou sur ses cordes, il balance la tête de droite à gauche, secoue son instrument, le fait chanter puis hurler. Il fait glisser les doigts sur le vernis de la caisse, frappe, caresse, griffe. Il répond coup pour coup aux assauts de Barcella, à la fois brutal et précis.

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Parfois, avant de jouer, Gayle donne juste une simple indication - un mot ou un signe - et ce sont Barcella et Cabras qui se jettent dans le vide. Le saxophoniste les observe un moment puis saute à son tour. Explosif.

Le ténor de Gayle pleure autant qu'il rit, comme pour se moquer de la vie. Le son est rauque, éraillé, incandescent. La musique se tord sur elle même et se débat, mais trouve toujours la sortie de secours. On ne s’éternise pas, quand l’essentiel est dit, on casse tout et on reconstruit autre chose.

Au piano (car il joue également du piano), Gayle prend son temps avant d’écraser les premiers accords, souvent dissonants, qu'il ponctue de larges plaquages de l’avant-bras et du coude.

On est plus proche de Xenakis et de Russolo que de Duke. Pourtant il y a un fond de Tatum ou de Monk. La fougue fait place à la mélancolie et au recueillement, Cabras et Barcella dialoguent sobrement, profondément. La musique est en suspens.

Alors, il y a cette longue improvisation en solo de Cabras qui use de l'archet comme d'un pinceau sec, puis qui fait couiner les cordes, les fait crier, puis qui fait résonner la contrebasse. Grand moment !

Et ça rue à nouveau dans tous les sens. Le piano se fait plus brutal que jamais.

Tout le monde en redemande et Gayle n’est pas avare de musique. On dirait qu’il n’en a jamais assez. En rappel, il entame une dernière complainte à la fois déchirante et tonitruante, comme pour saluer la mémoire d'Albert Ayler, John Coltrane et tous les musiciens à l'esprit libre. Bref, on se prend une belle claque.

Le trio sera ce vendredi au Recyclart (le 23) et au Pelzer à Liège samedi 24. N’hésitez pas une seconde, allez vous faire bousculer, vous ne le regretterez pas.

 

Charles Gayle trio: Charles Gayle, Manolo Cabras & Giovanni Barcella from diederick on Vimeo.

 

 

 

A+

 

11/01/2015

Satelliet Session - De Werf à Bruges

A De Werf, à Bruges, on a offert une résidence au jeune batteur Lander Gyselinck.

Celui-ci a proposé, 4 fois par ans, non seulement de présenter ses différents groupes ou travaux, mais d’inviter également des artistes qui font partie de la grande nébuleuse qu’est le jazz. Il a nommé ces rencontres «Satelliet». L’idée est de créer – ou plutôt de resserrer - les liens entre le jazz et toutes autres formes de musiques, et de s’interroger sur la façon dont le jazz pourrait sonner à l'avenir. Pas d’œillère donc, pas d'à priori, pas de sectarisme. Direction De Werf, ce vendredi soir pour la première et pour s’ouvrir un peu plus encore l’esprit.

Pour le coup, la configuration de la salle a été adaptée. Entre un esprit Stones à NY et les salles alternatives rock. Ce soir, c'est concert debout, et il y a du monde au rendez-vous.

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Le premier acte est assuré par Lynn Cassiers. Son court concert est une véritable performance artistique, vocale et sonique. La chanteuse - mais pas que - nous embarque rapidement dans son univers fantasmé, singulier, onirique et déroutant.

Avec sa seule voix, un korg, quelques instruments musicaux enfantins (tambourin, sifflet, hochet...) et de multiples filtres, transformateurs, harmonizer ou equalizer, elle triture les sons, les transforme, les coupe, les rythme. Dans nos têtes les références se bousculent, on pense parfois à Sidsel Endresen ou à Laurie Anderson. Parfois on lorgne du côté de Tangerine Dream. Mais Lynn produit tout cela toute seule, sur le moment même. Les histoires se construisent petit à petit. Elle improvise et joue autant avec les mots qu'avec les sons. De ce maelstrom, dosé avec raffinement et habileté, jaillissent des comptines désenchantées, souvent sombres, mais toujours hypnotiques et d'une rare beauté (comme «Rose» par exemple). Magique et envoutant.

Je vous recommande bien entendu ce merveilleux disque sorti en 2013 chez Rat Records «The Bird the Fish and the Ball» (dont j'avais parlé ici ) mais, si vous avez l'occasion d'assister à un concert (concert ?) de Lynn, n'hésitez pas une seule seconde.

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Après une courte pause, Stuff monte sur scène. Le groupe de Lander Gyselinck propose une musique qui, elle aussi, tourne autour de l'astre jazz. Mais ici, on attaque le côté rock, dance ou funk avec beaucoup de puissance et d’énergie. L'esprit est très électro-acoustique, voire très électrique même (ce n’est pas pour rien que Stuff s’est déjà retrouvé sur des scènes rock, comme celle de Dour, par exemple).

Lander imprime des tempi lourds et flottants à la fois. On sent une grande maîtrise et une véritable liberté dans son jeu et on se dit que tout peut basculer d'un moment à l'autre.

D'un côté il y a Andrew Claes, à l'EWI principalement, et Mixmonster Menno aux platines. De l'autre, il y a Dries Laheye à la basse électrique et Joris Caluwaerts aux claviers électriques. Et chacun profite du moindre espace pour s'échapper et improviser (Andrew Claes, intenable, fait le relais avec les interventions furieuses de Caluwaerts). Mais l'envie de faire bouger et de danser sur des tempi hallucinés sont bien là («D.O.G.G.» ou «Free Mo»). Et on se balance et on se déhanche dans la salle. Et on secoue la tête comme dans une transe psychédélique. Parfois, ça vire hard rock («Stoffig» ?) avant de replonger dans l'électro funk, comme sur ce «Planet Rock» (mix d’Afrika Bambaataa et de Kraftwerk) revisité et dynamité comme jamais.

Stuff fait feu de tout bois et n'a vraiment pas peur de mélanger les genres. Sa musique reflète bien une facette de son époque : inventive, fluctuante, décomplexée, chaotique et… incertaine. Il fait le pari que tout peut arriver et que tout est possible. Il suffit, pour cela, de ne pas être frileux, d'être ouvert et… d’avoir du talent.

A+

 

21/04/2014

Ben Sluijs - Erik Vermeulen Duo au Bravo.

 

Concert au Bravo ce jeudi 10 avril, pour la sortie du tout nouvel album Decades (chez De Werf), du duo Ben Sluijs (as) et Erik Vermeulen (p).

Decades s’écrit-il au pluriel parce que le pianiste et l’altiste cherchent et travaillent ensemble depuis bientôt vingt ans sur les mystères de la musique en général et de l’improvisation en particulier ? Peut-être.

En tout cas, ce troisième disque franchit un échelon et est, une fois de plus, une belle réussite.

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On se souvient du premier et magnifique album, Stones, sorti en 2001, ainsi que du non moins brillant Parity (2010), qui rassemblaient les deux musiciens autour de compositions personnelles, de courts impromptus et de quelques standards revisités de manière plutôt originale. Decades creuse le sillon… et s’en éloigne tout autant.

Au sous-sol du Bravo, le silence se fait, le public s’étale en arc de cercle autour des deux instrumentistes, et Ben Sluijs souffle les premières notes.

Ce sont comme des papillons qui s’envolent - d'une façon un peu désordonnée - dans une ondoyante dérobade à laquelle Erik Vermeulen accroche aussitôt ses accords singuliers.

La musique du duo naît d’un véritable travail d’équilibriste. On vacille entre l’abstrait et le romantisme. Entre la chaleur et la réserve, entre le lumineux et l’énigmatique.

Les deux hommes s’écoutent et se répondent dans un dialogue particulier. Ils sont tellement attachés et tellement détachés, tellement différents et tellement complémentaires qu’ils ne proposent jamais de simples juxtapositions mélodiques ou d’accompagnements classiques mais plutôt une véritable fusion, particulière, étrange, unique.

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Cette musique a un sens et, pour l’apprécier et l’appréhender au mieux, il faut l’écouter par le début. Alors, elle devient vénéneuse, elle s’infiltre en vous et vous transforme. Le public l’a bien compris, il est attentif et scrute les moindres variations pour ne pas se faire surprendre... et se fait avoir quand même.

«Little Paris» se déploie comme une tendre ballade, dans laquelle s’immiscent quelques surprises, «Pretty Dark» nous emmène dans un voyage troublant et instable et «Decades» se raconte en pointillés. Puis il y a le thème très peu joué de Monk, «Light Blue» et un «April In Paris» revu et corrigé d’étonnante façon. Et puis il y a aussi une version intense de «The Man I Love».

On devine l’héritage de Tristano, de Waldron et bien sûr de Monk chez Vermeulen, qu’il a utilisé, fouillé, démonté puis jeté pour construire son propre style, unique et très reconnaissable. On sent la poésie un peu amère d’un Konitz ou la turbulence d’un Ornette Coleman épicer subtilement le jeu très personnel de Sluijs. Tout cela dans une optique très contemporaine.

Les compositions originales se fondent aux standards. Et inversement. Elles sont, les unes et les autres, transformées, malaxées, métamorphosées et, finalement, totalement absorbées par le duo.

Avec Decades, Sluijs et Vermeulen démontrent une fois de plus qu’ils font partie des musiciens belges – voire européens – qui ont véritablement quelque chose à dire. Et franchement, on devrait les voir bien plus souvent sur scène. Au nord comme au sud du pays… et même en dehors.

A bon entendeur...

 

 

 

A+

 

 

 

21:30 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ben sluijs, erik vermeulen, bravo, de werf |  Facebook |

07/11/2012

Bart Quartier - Profiles

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24 petites pièces. 24 petites pépites. 24 essais pour vibraphone et piano.

Dans ce nouveau disque, Profiles (chez De Werf), Bart Quartier fait le tour des sentiments humains. Avec délicatesse et sans jamais forcer le trait.

Tout est évoqué, esquissé. Rien n’est surligné, rien n’est grossier. Chaque titre – définit par un seul mot ("Calm", "Excited", "Sloppy", etc.) - révèle une attitude, une sensation, une humeur. On passe de la timidité à l’exaltation, de l’excitation à la tristesse, de la tendresse à l’hostilité.

Le vibraphoniste échange toutes ses idées et dialogue avec le pianiste Bart Van Caenegem, avec beaucoup de pudeur et de justesse. Ensemble, ils donnent vie à leurs réflexions.

Quartier et Van Caenegem se sont rencontrés lors d’un travail basé sur les «Lyric Suite For Sextet» de Chick Corea et, très vite, se sont trouvés sur la même longueur d’onde. Rien de plus normal, dès lors, que Bart ait invité l’autre Bart à partager ce nouveau projet. Surtout que - il ne s’en cache pas - le vibraphoniste s’est inspiré des Children’s Songs de Chick Corea pour composer ce Profiles. Mais, au-delà des souvenirs d’enfance, les deux musiciens nous entraînent peut-être dans un monde un peu plus adulte.

Mises les unes à la suite des autres - de manière brève (certaines pièces ne dépassent pas la minute) ou de manière plus ample et plus fouillée - le duo nous fait voyager intérieurement et arrive à exhumer des sentiments enfouis en nous.

Ils explorent les sons de leurs instruments, jouent la résonance ou l’étouffement. Ils jouent la note solitaire, la dissonance ou l’accord parfait.

Ensemble, ils explorent aussi les différentes facettes de la composition, se fixant des objectifs et des points de chutes. La connivence fait le reste et leur permet quelques improvisations qui donnent de la consistance au dialogue. Le duo se sert autant du jazz, que du classique - parfois contemporain, parfois romantique - pour créer différentes atmosphères.

Si les 24 pièces possèdent leurs identités propres, l’ensemble est d’une belle cohérence grâce à un minutieux travail sur les nuances.

Un conseil, faite le vide autour de vous, installez-vous comme si vous alliez lire un bon livre et laissez la musique vous envahir et vous guider. Vous y verrez des images, vous entendrez des histoires et, qui sait, vous serez peut-être ému.

PS: le duo sera en concert ce mardi 13 novembre au MIM, à 12h30.

A+

 

 

 

22/10/2012

Rudresh Mahanthappa - Samdhi - De Werf

Samdhi, le dernier album de Rudresh Mahanthappa, est le produit du travail que le saxophoniste a réalisé suite à l’obtention d’une bourse (Guggenheim) lui permettant d’approfondir et d'explorer plus encore la fusion entre le jazz, l’électro, le jazz-rock et la musique indienne bien entendu. S’il est dans la lignée des travaux antérieurs, Samdhi révèle donc une autre facette du travail de Mahanthappa. Et celle-ci n’en est pas moins intéressante.

Si le disque est en tout point remarquable, c’est surtout en live que la musique prend toute son ampleur. Le quartette – Rudresh Mahanthappa (as), David Gilmore (eg), Rich Brown (eb) et Gene Lake (dm) - est venu en faire la démonstration à Bruges (De Werf) ce vendredi 19 octobre.

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À partir d’une boucle en forme de valse lancinante et légèrement surannée, lancée à partir de son laptop, Rudresh Mahanthappa, le son âpre et pincé, dessine des vagues ondulantes et charmeuses.

Et soudain, ça claque !

Gene Lake (dm) formidable de puissance sèche, lâche les coups. Il redouble de fureur. Tout s’emballe en une explosion instantanée. Mahanthappa file alors à cent à l’heure et propulse David Gilmore vers des solos virtuoses. Le phrasé est rock, les riffs s’intègrent aux accords plus complexes, des accents parfois funky, parfois bluesy, s’échappent et des essences indiennes viennent parfumer le tout. Le quartette montre toute sa puissance dans un magma de notes – toutes bien dessinées – qui déferlent à toute vitesse. «Killer» porte bien son nom. On se dit que l'on suit l’itinéraire du disque, mais bien vite tout se mélange.

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Coup de génie ! Mahantappa enregistre quelques accords sur son Mac que celui-ci lui renvoie (en mode aléatoire) sous formes d’harmonies redessinées et transformées, comme passées par le prisme d’un kaléidoscope. La machine coupe les sons, diffère les intervalles, mélange les silences. Elle semble improviser et oblige l’altiste à la comprendre et à dialoguer avec elle. Et Mahanthappa prend un malin plaisir à rebondir et à inventer sur ces bribes de musique parfois chaotiques.

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La polyrythmie bat son plein. Les lignes s’entrecroisent, courent, ralentissent, sautent et s’arrêtent pour mieux repartir. À pleine vitesse ! C’est plein de fluidité et d’aisance dans des dialogues aussi lumineux qu’insensés. On pense parfois aux travaux d’Aka Moon ou à ceux de Steve Coleman… mais il y a toujours la «Rudresh touch» ! Inimitable !

David Gilmore, lui aussi, s’amuse le temps d’une longue intro, à s’auto-sampler. Redoutable virtuose, d’une efficacité incroyable, il enchaîne les phrases et construit, couche par couche, une histoire riche en rebondissements. On le sent toujours prêt à pousser plus loin les limites. Par la suite, ses échanges avec Rich Brown - qui groove solide sur sa basse électrique à six cordes - et Rudresh Mahanthappa sont jouissifs. Les musiciens sont extrêmement complices. On voit dans leurs yeux la brillance, l’étonnement, le rire. Ils se lancent des défis tout le temps, jouent les questions-réponses. Ils s’amusent presque à se glisser des peaux de bananes sous les solos des uns et des autres. Tout le monde participe. Et Gene Lake n’est pas en reste, il double et redouble les tempos en usant de ses doubles pédales de grosse-caisse. Il distille un groove musclé, souple et virevoltant avec un timing inébranlable. La tension est permanente. Tout bouge tout le temps et rien ne faiblit jamais.

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La musique de Rudresh Mahantappa est incroyablement personnelle et tellement inventive ! Parfaitement balancée entre finesse lyrique (voire romantique) et puissance rythmique. C'est un mélange continu de cadences et d’harmonies venues des quatre coins du monde… et des cinq sens!

On passe en revue la plupart des titres de l’album («Ahhh», «Rune», «Richard’s Game» - avec intro époustouflante de Rich Brown – ou encore le jubilatoire «Breakfastlunchanddinner»!).

Chaque histoire est différente. Aucune ne se raconte jamais de la même façon. Les schémas narratifs sont chaque fois uniques. Et toujours passionnants.

Les deux sets passent à la vitesse d’un TGV qui ne s’arrête pas en gare. Deux heures intenses et pas une seule minute d’ennui.

Bref, un concert plein et dense comme on en rêve.


A+

21/09/2012

Nathalie Loriers Trio - Les trois petits singes

On l’attendait depuis longtemps cet album en trio. On se souvenait avec émotion de Walking Trough Walls, Walking Along Walls et de Silent Spring (chez Igloo). Deux excellents albums que Nathalie Loriers avait mitonné avec Sal La Rocca et Hans Van Oosterhout. La pianiste avait ensuite tenté, avec bonheur, l’aventure en quintette avant de suivre d’autres chemins aux accents orientaux (L’Arbre Pleure). Puis elle s’était entourée d’un quatuor à cordes dans Moments d’Eternités. En parallèle, elle avait aussi – et elle continue – participé à l’aventure très prenante du Brussels Jazz Orchestra.

Tout cela l’avait un peu éloigné la Sainte Trinité du jazz. Pourtant, lors des J.O. de Pekin, en 2008, elle avait participé à un disque collectif (Jazz Olympics), et avait proposé «Confidence», en trio (avec Philppe Aerts et Stéphane Galland). C’était une pure merveille. C’était un choc. Pour nous. Mais pour elle aussi sans doute. Il était clair et évident qu’elle devait revenir aux fondamentaux.

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Quatre ans plus tard, Les Trois petits singes (De Werf)nous comble enfin. Et bien sûr, le morceau «Confidence» (rebaptisé ici «Jazz At The Olympics») y figure en bonne place. Que du bonheur !

Nathalie a bien fait de nous faire attendre et de peaufiner ce projet car, il faut bien l’avouer, cet album est d’une fraîcheur et d’une richesse incroyables. Et l’on n’y décèle aucune faiblesse. Nathalie Loriers s’y exprime en un discours pertinent, dépourvu de tout de bavardage inutile. Elle donne de la place à la musique, fait résonner les silences, laisse respirer le rythme. On retrouve chez elle, ce toucher très personnel, cette façon de faire dialoguer la main gauche avec la main droite. D’amener les autres à participer à l’aventure. L’entente est parfaite avec Philippe Aerts, à la contrebasse - chantante comme jamais - et avec Rick Hollander, aux drums, qui colore chaque morceau de façon différente et toujours surprenante. Il y a, dans ce trio, l’essentiel du jazz et du swing.

Allez écouter ce «God Is In The House» (Duke ? Oscar ? Lennie ?),  ce lumineux «Moon’s Mood», cet énigmatique «Les Trois Petits Singes»… Tout cela est décidément parfait !

Il y a, bien sûr, le romantisme de Loriers – libéré de tout poncif - dans «L’Aube De L'Espérance» ou «La Saison Des Pleurs». Il y a aussi des airs plus ensoleillés, qui flirtent avec des rythmes Afro-Cubain ou latino, comme «Cabeceo» par exemple. Il y a toutes ces couleurs, toutes ces influences, mais rien, jamais rien n’est surligné. Et c'est cela qui est magique. C’est cela qui fait un grand disque. C'est ce que l’on pourrait appeler la maturité. La maturité de quelqu'un qui sait comment se faire entendre et se faire comprendre, parfois à demi-mot, mais toujours avec justesse.

Arriver à allier une simplicité du discours avec une telle richesse harmonique - et un sens de la mélodie et du groove - est un tour de force que seuls quelques grands ont réussi. Et Nathalie Loriers fait partie, sans aucun doute, de ce petit cercle d’élus.

Les Trois Petits Singes est l’un des albums les plus swinguants et des plus brillants sorti actuellement et certainement l'un des meilleurs de Nathalie Loriers.

Un dernier conseil : ne ratez pas les concerts que le trio donne actuellement (dans le cadre des JazzLab Series) ou un peu plus tard (pour le Jazz Tour des Lundis d’Hortense). Un trio jazz de cette qualité ne court pas les rues.

A+

 

 

 

 

05/08/2012

Del Ferro - Vaganée Group à la Jazz Station

Samedi 16 juin, après une bonne série de concerts en Flandre (dans le cadre des JazzLab Series), Frank Vaganée et Mike Del Ferro venaient présenter, à la Jazz Station, leur disque “Happy Notes”, sorti récemment chez De Werf.

Une chose est sûre : le titre de cet album porte plutôt bien son nom tant la plupart des compositions sont optimistes et résonnent du plaisir des retrouvailles. Hé oui, dans les années ’90, les deux musiciens jouaient déjà ensemble (ils se souviennent d’ailleurs de soirées mémorables au Swing Café à Anvers) et avaient sorti deux albums (“Introducing” et “Live”).

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Si l’on ne présente plus Frank Vaganée (leader du célèbre Brussel Jazz Orchestra), rappelons brièvement le parcours de Mike Del Ferro. Après tout, on ne le voit pas si souvent chez nous.

Le pianiste Hollandais a joué avec Randy Brecker, Norma Winston, Toots Thielemans, Jack DeJohnette, Jorge Rossy… Il a enregistré quelques belles plaques (pas toujours faciles à trouver) dans des styles parfois très différents (opéra, bossa, early jazz...). Bref, un homme éclectique et très actif.

Et puis, Del Ferro a aussi beaucoup voyagé à travers le monde pour le compte d’American Voices (le Vietnam, la Birmanie, le Koweït, l’Afrique du Sud, les pays de l’Est…) ce qui lui a donné l’idée d’enregistrer, l'année dernière, avec Bruno Castellucci (dm) et Jeroen Vierdag (cb) un album justement intitulé “The Journey”.

Voilà sans doute quelques-unes des raisons qui ont éloigné Frank et Mike pendant près de quinze ans.

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Ce soir, à la Jazz Station, Jos Machtel (cb) et Toni Vitacolonna* (dm) complètent le quartette qui entame le set par les tendres “Pat” et “Seconds”, avant de faire éclater le fantastique “Triolette”.

Swing endiablé, variations rythmiques, ponctuations décidées du pianiste, frappe tranchante du batteur, “Triolette” - qui rappelle la grande époque du bop et du cool - est le tremplin idéal aux solos vertigineux de Vaganée : clairs, limpides, efficaces et d’une maîtrise incroyable.

Le concert est lancé, le ton est donné.

Toni Vitacolonna fouette les cymbales et fait vibrer les tambours en un jeu à la fois souple et vif… un jeu “dégraissé”.  La connivence avec Jos Machtel - au groove solide et profond - est évidente. Ces deux-là se connaissent bien, puisqu’ils jouent ensemble au sein du BJO ainsi que dans l’autre quartette de Frank Vaganée.

Si le concert est énergique, il ne manque cependant pas de lyrisme non plus (“I'll Wait For You”, Kenya) ou de délicatesse, comme sur “Frankly My Dear” qui flirte avec l’esprit de Jobim ou de Getz.

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Mike Del Ferro affectionne peut-être plus les ballades, tandis que Vaganée recherche l’explosivité. La réunion des deux ne peut être qu’équilibrée et passionnante. La jubilation d’être ensemble sur scène se ressent. On joue pour le plaisir et l’on s’amuse à se surprendre. En plus, Frank n’est pas avare d’anecdotes et se plait à raconter avec beaucoup d’humour et de sincérité l’amitié qui le lie à Del Ferro. Amitié et bonheur qui se traduisent en musique sur le joyeux "Reunification" ou s’improvisent longuement et avec bonheur sur "Happy Notes" (thème pourtant très court sur l’album – 58 secondes à peine – mais qui semble justement prévu pour s’offrir à toutes les libertés possibles et (in)imaginables).

Résultat, le plaisir se voit autant sur scène qu’il ne s’entend sur disque.

Espérons ne plus devoir attendre quinze ans avant de revoir cette belle équipe sur les planches.


A+

* Sur l’album, c’est Jens Düppe (batteur du quartette de Pascal Schumacher) qui tient les baguettes.

 

 

13/05/2012

Episodes manquants

Je ne trouve pas toujours le temps de parler de tout que je vois (concerts et performances) et entends (démos, cd’s, interviews) et ça m’énerve. Il faudra vraiment que je trouve une solution, car le temps, malheureusement, n’est pas extensible.

Résumé des épisodes manquants.

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Je ne vais pas vous dire à nouveau tout le bien que je pense du duo de Ben Sluijs (as) et Eric Vermeulen (p) car je risquerais de me répéter. Mais, rien à faire, quand la musique touche de cette manière, il serait dommage de la garder pour moi. Le concert qu’ont donné les deux musiciens au Pelzer à Liège le 11 avril était… sublime. Le club était plein et le public très attentifs aux échanges entre le saxophoniste et le pianiste. L’émotion, l’intensité, la légèreté et l’humour parfois, étaient bien présents. Vermeulen, en grande forme, s’amusait à répondre avec une intelligence rare aux propos de Sluijs, l’obligeant tout le temps à se dévoiler encore un peu plus, à chercher plus loin, à creuser plus profondément. Et bien sûr, en retour, Sluijs pousse Vermeulen à se définir plus encore… Je ne vous refais pas le détail de la soirée, mais je vous conseille encore et toujours le CD « Parity », paru chez De Werf.

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Le week-end suivant, 13 et 14 avril, j’étais au C-Mine Festival à Genk, dans la très belle et impressionnante mine désaffectée de Winterslag (au nord de Genk). L’endroit a été magnifiquement réhabilité en un espace de culture (conférences, expos, concerts).

Le programme du festival était assez alléchant. Mais je n’ai pas pu tout voir à cause de la simultanéité de certains concerts. Il a fallu faire des choix. Le vendredi, j’ai vu le projet de Frank Vaganée & Cyclop Max, qui allie jazz et projections de dessins (style BD) en temps réel. Un mélange parfois perturbant, malgré la qualité des dessins et surtout de la musique.

J’ai découvert aussi Matthew Halsall, un trompettiste anglais à l’univers particulier, entre jazz modal et ambiant. Il était accompagné, entre autres, de Nat Birchall au sax et d’une jeune harpiste (!!) Rachael Gladwin. Beau moment.

Puis, il y a eu l’élégante Lizz Wright, ensuite le très prometteur quartette de Frank Deruytter (avec Bart De Nolf, Eric Legnini et Peter Erskine) à l’esprit très funk et soul et, pour finir, l’excellent trio de Monty Alexander.

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Le samedi, c’est l’étonnant groupe Phronesis qui ouvrait le bal. Un trio anglais – même si le leader, Jasper Høiby, est danois – qui risque de faire parler de lui à l’avenir (à mon avis, il est bien plus intéressant que le sont ses compatriotes Portico Quartet ou Neil Cowley Trio).

Puis, Mimi Verderame nous en a mis plein les oreilles avec son quintette. Du hard bop jubilatoire de premier ordre. Bien plus excitant que la décevante prestation du pourtant très attendu (trop attendu ?) Trio Fly, avec Larry Grenadier (cb), Jeff Ballard (dm) et Mark Turner (ts). Trop dispersés sur la grande scène - qu’avait illuminé juste avant Mulatu Astatke et son ethio-jazz chaleureux – le trio a livré un concert qui manquait cruellement d’âme. Vous pourrez lire très bientôt sur Citizen Jazz un compte rendu bien plus complet.

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Le 26 avril, c’était la première des Singers Night au Sounds. Et il y avait du stress… On le sentait dès que l’on avait franchi la porte du club. Du coup, l’envie de bien faire et d’être à la hauteur ont fait perdre leurs moyens à plus d’un chanteur. On retiendra - pour ma part - une bonne prestation d’un certain Stefano (un joli « Tenor Madness »), mais surtout de Karolien, au timbre de voix assez grave (« My Foolish Heart » et « Twisted ») et de Agnese, à la voix plus feutrée, qui chantera magnifiquement « The Days Of Wine And Roses » et « Everytime We Say Goodbye ». Chanter du jazz, c’est franchement pas évident. Rendez-vous le 31 mai pour la deuxième.

Et puis, en dehors des concerts, il y a aussi les promesses d’écrire pour des groupes ou des musiciens. Des promesses que je ne tiens pas … J’en suis parfois (souvent) rouge de honte.

Gratitude par exemple, le trio de Louis Favre (dm), avec Alfred Vilayleck (eb) et Jereon Van Herzeele (ts) qui m’avait conquis et scotché lors de deux prestations aux Jazz Marathon 2011 et 2012. Je leur avais promis d’en parler, en long et en large. J’ai écouté et re-écouté des démos. J’ai aligné des mots. J’ai fait des phrases… mais je ne suis jamais arrivé à écrire  quelque chose de satisfaisant. Pourtant, ce groupe, j’ai envie de le faire connaître. Mais, rien à faire… Blocage. Et les belles promesses que j’avais faites à Louis Favre… je ne les ai pas tenues. J’en suis confus. Encore plus confus maintenant que le disque s’annonce et… s’annonce bien même. Ce sera pour bientôt… et sans mes mots.



Voilà, ce n’est qu’un tout petit exemple de lacunes – car je ne vous ai même pas « parlé » de CD’s ! Ceux de Charles Loos, Gebhard Ullmann, Baloni (coup de cœur pourtant !), Aki Rissanen et Robin Verheyen, Machine Mass Trio, "Rock My Boat" de David Linx, Big Four, Chris Smith… sans compter ceux que j’ai reçu récemment.

Allez, au boulot.

 

A+

18/08/2011

Pourquoi Pas Un Scampi ? Rêve d'Eléphant Orchestra

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Pourquoi pas un scampi ?

C’est ce qu’a demandé un jour un spectateur à Michel Debrulle - une des chevilles ouvrières de Rêve d’éléphant Orchestra - à propos du nom du groupe. On ne connaît pas la réponse, mais toujours est-il que cette interrogation est devenue le titre du dernier album de ce collectif né voici plus de dix ans et qui propose inlassablement de revisiter le jazz et les musiques qui l’entourent de manière très personnelle, voire unique.

La suite de ma chronique est à lire ici, sur Citizen Jazz.

L'album est paru chez De Werf.

 

A+

24/06/2011

Kris Defoort Trio à la Jazz Station

Après avoir longtemps trempé, ces dernières années, dans la composition de musiques contemporaines et d’opéras (dont le fameux «The Woman Who Walked Into Doors», par exemple), Kris Defoort a reformé un trio jazz à la fin de l’année années 2009 pour notre plus grand plaisir.

Je l’avais vu lors du Fast Forward Festival au KVS en juin 2010, mais je l’avais raté plus récemment, lors du dernier Jazz Marathon. Heureusement, je me suis rattrapé samedi 11 juin à la Jazz Station… pour un set seulement, car j’avais d’autres «obligations».

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Mais même pour un seul set, un trio pareil, ça ne se loupe pas car il est fascinant de voir comment il fusionne la musique contemporaine et le swing de façon aussi efficace que personnelle. Tout est légèreté et délicatesse. Et tout est d’une intelligence rare. On peut le dire: Kris Defoort a digéré ces deux genres comme personne.

Chaque morceau est un monde en lui-même. «Butterfly Chronicle» se débat dans l’espace et se moque des changements de rythmes et de respirations. «Meaning Of The Blues» est une étrange ballade dans laquelle le pianiste joue à cache-cache avec Lander Gyselinck. Le jeune batteur que j’avais remarqué la première fois avec Lab Trio, il y a quelques années, est sans conteste un futur grand. Non seulement son drive est d’une clarté et d’une modernité sans faille, mais il maîtrise avec brio les percussions à mains nues, les frottements, les feulements ou les crissements. Son jeu est foisonnant et bondissant et ses réponses au pianiste sont toujours pertinentes.

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Nic Thys, quant à lui, explore un jeu plein de nuances à la basse électrique. Il alterne les longues notes avec des ponctuations nettes et franches. De relief, du relief et encore du relief. Mais rien n’est souligné, rien n’est tracé grossièrement et les échanges s’enchevêtrent avec une souplesse saisissante.


 

 

Defoort fouille le thème de «Laughing Away» puis, minutieusement, le démonte pièce par pièce. Et de chaque petit morceau il en fait un diamant. Qu’il polit, retaille, affine. Il vient ensuite replacer ce caillou, plus brillant que jamais, au sein d'une mélodie qui renaît. Defoort nous offre ainsi une vision incroyablement personnelle du jazz. Une musique très sophistiquée, mais jamais inaccessible. Une musique simplement belle, intelligente et différente. Il suffit d’écouter la façon dont il laisse respirer l’harmonie, dont il associe les couleurs, dont il fait fleurir les mélodies. Ce n’est que du bonheur. Le trio peut alors mélanger tous les genres. On y entend du blues, du post-bop, de la jungle («Le lendemain du lendemain») et même quelques rumeurs de funk. La musique est limpide, rien n’est jamais linéaire ni monotone. Mais rien n’est jamais chaotique non plus, ou encore moins désincarné. Ce jazz a du corps, de la puissance, du caractère.

La finesse du traitement est éblouissante et l’émotion n’en est qu’amplifiée. Mais Defoort ne charge jamais la mule. Il a l’élégance de ne rien nous expliquer mais de tout nous faire comprendre.

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Pour terminer ce premier set, le trio s’offre un rappel. Juste pour Kris, qui ne se sentait pas satisfait. Et les musiciens refont le morceau dans une approche très Monkienne. En véritables trapézistes, les trois complices s’échangent les phrases, se lancent des idées, se mystifient et se rattrapent in extremis… C’est brillantissime.

Je ne peux donc pas voir le deuxième set, dont on me dira, le lendemain, qu’il fut encore plus incroyable, allant encore plus loin, plus vite et plus profondément dans l’exploration des rythmes et des arabesques jazzistiques.

Si ça, ce n’est pas pour m’obliger à ne pas rater le prochain concert du trio…

Kris, Lander et Nic devraient enregistrer fin septembre un album à sortir chez De Werf… Ce sera le centième du label. Et devinez qui avait enregistré le premier en 1993?

Beau cadeau pour Kris, que le monde ne devrait pas oublier aux côtés des Vijay, Tigran, Jason et autres pianistes qui font le jazz actuel...


A+

14/11/2010

Ben Sluijs & Erik Vermeulen - Parity - Rataplan Antwerpen

 

J’avais raté les prestations de Ben Sluijs et Erik Vermeulen à Gand et à Bruges pour la sortie de leur dernier CD en en duo Parity. Dernier, parce qu’il y en avait eu un autre avant: Stones. Un merveilleux album sorti aux débuts des années 2000 chez Jazz Halo et réédité l’année dernière par De Werf. L’idée de “Stones” avait germé après les improvisations solos que Ben Sluijs avait réalisé à l’occasion d’un parcours guidé entre les sculptures du Parc du Middelheim à Anvers. Emile Clemens avait ensuite écrit quelques poèmes autant inspirés par les œuvres d’art que par la musique. Puis, c’est Erik Vermeulen qui s’est immiscé dans le projet. Le pianiste et le saxophoniste ont alors remis de l’ordre entre compos et impros. Puis, ils ont enregistré. Et le résultat fut magnifique. Allez réécouter “Gargoyles”,  “Minor Problems”, “Glow” ou le sublissime “Still” et vous ne regarderez plus jamais les pierres comme avant…

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Pour Parity, l’optique est quelque peu différente. Ben et Erik ont enregistré sporadiquement, depuis deux ou trois ans, des standards, des improvisations ainsi que leurs propres compositions. Ils les ont collecté, réécouté, jeté, gardé et en ont finalement sélectionné 14 pour l’album. Des pièces parfois très courtes (entre une et deux minutes) et d’autres plus longues. Le tout est d’une immense poésie, d’un lyrisme parfois sombre mais d’une musicalité toujours lumineuse. Le romantisme flirte avec l’impressionisme et la liberté avec le respect. Parity est un recueil de musiques qui parlent à l’âme.

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Rendez-vous ce 29 octobre au Rataplan à Borgerhout, dans la banlieue d’Anvers, pour entendre la version «live».

 

En première partie d’abord, quatre jeunes musiciens, Marjan Van Rompay (as), Jan Debel (p), Dries Laheye (eb) et Jakob Warmenbol (dm), qui ont eu la chance d’être coacher deux semaines durant par Ben Sluijs, présentaient le fruit de leur travail. “Bye-Ya” de Monk pour commencer et une ballade ensuite, permettent de remarquer rapidement un beau toucher de la part du pianiste. Le jeune quartette se lance alors dans un morceau d’Ornette Coleman. Il ne faut pas se rater. Il y a intérêt à bien s’entendre et à pouvoir canaliser les énergies. Il faut négocier la fulgurance impromptue et le lâcher prise. Pas simple, mais ils y parviennent avec brio. Jakob Warmenbol, que j’ai déjà vu plusieurs fois, opte souvent pour un jeu feutré et équilibré. La basse électrique est souple et le sax de Marjan Van Rompay, assez inspirée, se fait souvent ondulant. Prometteur.

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C’est au tour du duo Sluijs-Vermeulen de monter sur scène. Entre eux, le dialogue est libre et sans entrave. Ils se connaissent si bien. Si bien, que leurs discours ne se répètent jamais. Ils l’inventent à chaque fois. Après un léger “Sweet And Lovely”, “Parity” joue clairement le dialogue, l’échange et les contrastes. Le duo fait un bout de chemin ensemble avant de se libérer l’un de l’autre. Mais ils s’entendent dans les silences et se rejoignent les yeux fermés. Les harmonies semblent se perdre et pourtant elles sont toujours présentes, sous-jacentes, en creux ou en non-dit. C’est tout l’art de ce duo. Rien n’est jamais figé et pourtant tout repose sur des lignes invisibles fortes. Saxophone et piano se croisent, se saluent ou se bousculent un peu. Puis, tandis qu’Erik plaque des accords, Ben s’envole. C’est la terre et c’est le ciel. Et entre les deux, il y a le rêve.

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“Bright Day” (écrit un jour où Erik était d’humeur positive dit en plaisantant Ben) n’a presque rien à voir avec la version de l’album. Le duo évoque et esquisse la mélodie, tout comme il le fera avec “Con Alma” (Dizzy Gillespie). Entre jazz et musique de chambre, entre musique contemporaine et classique, le duo ne cache pas ses influences et “Béla”, en hommage à Bartók, en est la preuve. Vermeulen joue comme en contrepoint, sa main droite invente et parfois reste en suspens… pour laisser parler Sluijs. L’équilibre est fragile, le dialogue est fin, la mélodie est comme susurrée.

 

C’est comme une respiration lente, une respiration parfois irrégulière.

Une respiration qui vous tient en haleine.

 

A+

 

25/05/2010

Hot week-end...

Le prochain week-end sera chaud. Je ne vous parle pas de météo, mais de jazz.

Une fois n’est pas coutume, et avant de parler des «gros» festivals de l’été, je vous invite à regarder ce qui vous attend à partir de ce vendredi.


 

 

Vous êtes à Bruxelles? Vous n’échapperez certainement pas au Jazz Marathon. Ça démarre le vendredi soir et se termine le dimanche soir par la journée de Lundis d’Hortense. Entre les deux, plus de 125 concerts répartis dans tout Bruxelles. Dites-vous bien que vous ne pourrez pas tout voir. Moi non plus. J’ai pourtant dressé ma «short-list» (dans laquelle je devrais de toute façon sabrer encore). On y retrouve: Mariana Tootsie et ses Chéris d’Amour, Greg Lamy, Slang, Fred Delplancq, Melnyk et Delle Monache, Winchowski Trio, Casimir Liberski, Massot-Florizoone-Horbaczewski, Timescape Project, Chrystel Wautier, Philip Catherine Organ Trio, Ben Sluijs et Erik Vermeulen, PaNoPTiCoN, Jef Neve Trio, Julien Tassin, Sonic Orchestra, Tsu Tsu Trio, Louis Favre Trio, Citta Collectif, Ananke ou encore Flying Fish Jump… je pourrais en rajouter encore (Bruno Grollet, MYH Group, Cash Dedans, Davy Palumbo etc…), mais j’avais dit «short-list»… et la voilà déjà bien longue. Ce qui est sûr c’est que je serai à la Place Fernand Cocq tout le samedi après-midi pour le concours des jeunes talents. Et le dimanche après-midi sur la Grand Place pour écouter Sabin Todorov, dont l’album «Inside Story 2» vient de sortir chez Igloo, Barbara Wiernik et Nathalie Loriers.


 

Mais vendredi 28, vous ne serez peut-être pas à Bruxelles, mais à Huy? Parfait! Le centre Culturel offre une carte blanche à Eric Legnini, l’enfant du pays! Et celui-ci n’a pas hésité. Outre le fait qu’il se produira avec son trio (Thomas Bramerie (cb) et Franck Agulhon (dm)), on y verra aussi Yaël Naïm et David Donatien, Stéphane Belmondo (tp) ainsi que San Severino. Est-ce que cela ne risque pas de balancer un peu de ce côté-là de la Meuse?

Ou alors, ce week-end, vous serez à Liberchies pour la 8ème édition du Festival Django! Django aurait eu 100 ans cette année. De quoi lui faire une plus grosse fête encore!

À Liberchies, son village natal, rappelons-le, vous pourrez y entendre David Reinhardt, Lollo Meier, Fapy Lafertin, le fabuleux John Etheridge (oui, oui, ex-Soft Machine), Les Yeux Noirs et les délirants Doigts de L’Homme… entre autres. Pour les amoureux de Django qui ne pourraient pas se rendre à Liberchies, je vous conseille le coffret CD «Rétrospective» paru chez Saga ou, si vous êtes de vrais malades: «L’intégrale», qui paraît en trois volumes de 14 CD’s, chez Frémeaux. Côté lecture, il y a toujours le très chouette bouquin de Noël Balen aux Editions du Rocher: «Le génie vagabond».

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Quand je pense que vous serez peut-être aussi à Corroy-le-Château, vendredi, pour le concert de Marc Frankinet, Georges Hermans et Jean-Louis Rassinfosse au Théâtre des Deux Marronniers; à Brassages pour le concert de Big Noise; à De Werf pour celui de Michael Musillami; ou à Dinant, à l’F, le samedi pour le concert de François Théberge (qui sera également au Pelzer ce mercredi)… je me demande dans quel état je vais vous retrouver lundi…

 

A+

 

30/01/2010

Rudresh Mahanthappa's Indo-Pak Coalition - De Werf Brugge

Depuis le temps que je voulais le voir en concert !

La première fois que j’avais entendu parler de Rudresh Mahanthappa, c’était à propos de l’album de Pierre Lognay «The New International Edition».

Mais je l’ai découvert réellement – et presque simultanément – sur «Spider’s Dance» de Hubert Dupont, et sur son «Code Book», album en leader, récompensé bien méritoirement d’un Choc Jazzman en 2006. Un choc? Assurément! Et en plus, pour moi, une grande découverte. Depuis lors, je scrute l’agenda du saxophoniste Indo-Américain.

Le vendredi 22, il se produisait à De Werf à Bruges dans la formation Indo-Pak Coalition.

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À gauche, Rez Abbasi à la guitare, à droite Rudresh Mahanthappa et au centre, juché sur un petit podium et dans une position qui paraît parfois assez inconfortable, Dan Weiss au milieu de ses tablas, tambours et cymbales.

Ensemble, ils vont  parcourir la plupart des morceaux de l’excellent album «Apti».

La musique de Mahanthappa est un parfait dosage de musique indienne et de jazz. Mais attention, ce n’est pas une simple juxtaposition ou superposition des genres. Le saxophoniste a travaillé longtemps sur le sens de la musique Carnatique et sur celui du jazz modal. Résultat: une musique très personnelle, nouvelle, différente et surtout captivante.

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«Looking Out, Looking In» installe le décor, à la manière d’un alap, avant de nous faire basculer brutalement dans «Apti». Une sorte de duel s’instaure alors entre le sax et les percussions. C’est rapide, touffu, rebondissant et brûlant. L’interaction est totale et les rythmes fluctuants. On se croirait dans une course-poursuite, avec de courts moments pour reprendre sa respiration. Le son de Rudresh est parfois sec, parfois pincé. Cette urgence dans le jeu est contrebalancée par des nappes fluides et sinueuses du guitariste.

La complicité entre les musiciens est évidente. Tout se joue avec sourire et gourmandise. Chacun se lance des défis insensés. Sur des mesures composées souvent complexes, les trois musiciens gardent une précision rythmique hallucinante. Le trio explore toutes les facettes de cette musique intense. En restant dans le même idiome, ils racontent chaque fois une histoire totalement différente. Avec «Vandanaa Trayee» (de Ravi Shankar), par exemple, Abassi est plus «rocailleux» et Mahanthappa plus aérien. Ailleurs, sur «Palika Market», qui s’engage d’abord sur des fondements chaotiques, déstructurés et presque bruitistes, la mélodie se révèle peu à peu solaire et tournoyante. On y retrouve ce goût unique de «chutney», ce côté «mild», fruité et relevé à la fois. Puis, sur «IIT», Mahanthappa et Abbasi dialoguent avec rapidité sur les intervalles courts. Question-réponse. Ça fuse, ça fonce. Aux tablas, Dan Weiss, hyper attentif et toujours en soutien des solistes, se voit offrir une belle plage de liberté. Son solo est extraordinaire de concision, de profondeur et d’agilité. Étonnant, d’ailleurs, que le seul «non-Indien» joue de l’unique instrument oriental de la formation. Weiss est le seul aussi à «chanter» (vous savez, ces onomatopées qui imitent le son du tabla).

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Mélange des cultures, renversements des idées toutes faites, la surprise est toujours au rendez-vous. Le trio redessine une certaine image du monde. (Le nom du groupe, Indo-Pak Coalition, ne serait-il pas, d’ailleurs, un beau message aux habitants de notre planète?).

Avant un final éclaté, emmené dans une progression voluptueuse, qui frise le free-jazz et rappelle peut-être Albert Ayler ou John Coltrane, «Overseas» explore un côté plus obsédant de la musique indienne. Abbasi ressasse un rythme lancinant à la guitare,  entre mystère et luminosité.

Deux sets éblouissants d’une musique intelligente, accessible et terriblement attachante. Une musique qui donne envie d’explorer toujours plus loin les richesses infinies de l’Inde et du jazz.

Rudresh Mahanthappa sera de retour en mars avec Vijay Iyer (autre musicien important dont j’avais relaté le concert ici et dont vous pouvez lire l’interview ici) au Voruit à Gand pour présenter «Raw Materials». Il ne faudra pas manquer ça! Je vous conseille aussi d’écouter aussi l’excellentissime «Kinsmen» avec le saxophoniste «traditionnel» indien Kadri Gopalnath.

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Et puis, je vous conseille de ne pas vous priver non plus de l’écoute de «Things To Come»  de Rez Abbasi ainsi que de quelques-uns des albums de Dan Weiss, comme «Tintal Drumset Solo» (une suite de «chants» et de compos pour tablas joués à la batterie) ou «Now Yes When» en trio avec Jacob Sacks (p) et Thomas Morgan (cb).

Et l’interview de Rudresh pour Citizen Jazz, ce sera pour bientôt. Patience.

 

A+

 

20/04/2009

Erik Vermeulen Trio - "Live Chroma" De Werf

Vendredi 10 avril, week-end de Pâques.
Direction De Werf à Bruges.
Du monde sur l’autoroute de la mer? Pas vraiment, finalement.
Et c’est pas plus mal.
Du monde à De Werf? Pas mal, finalement.
Même si il y aurait pu en avoir plus.
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Le trio d’Erik Vermeulen, ce n’est pas si souvent qu’on peut l’entendre.
Bien sûr, il y a eu la belle tournée des JazzLab Series, qui a précisément servi à l’enregistrement «live» du nouvel album que le pianiste présentait ce soir.
En effet, certains morceaux ont été enregistrés à Grimbergen, d’autres au Meent ou au Beurs… et quelques solos chez Erik même.

Et comme c’est la présentation de «Live Chroma», Erik a décidé de respecter la set-list et de jouer la plupart des morceaux du disque.

«Three Colors and More», puis «Morphos» pour débuter.
Intimistes et légèrement romantiques, ces deux morceaux me font penser que si Bill Evans avait été encore vivant, il aurait peut-être pu jouer comme cela… avec cette touche contemporaine en plus. Celle qui rend le jeu de Vermeulen unique.
Ce qui laisse un peu dubitatif Erik, quand je lui en parle… mais je persiste.
Sur d’autres morceaux, on entend d’autres influences (Monk ou Tristano, par exemple). Mais le pianiste possède un jeu tellement personnel qu’il serait vain de lui trouver des similitudes avec ses illustres prédécesseurs.

Et puis, que dire de la rythmique?
L’interaction entre Manolo Cabras (cd) et Marek Patrman (dm) est en tout point idéale. Avec eux, Vermeulen est comme un poisson dans l’eau.
L’entente, l’écoute et la compréhension sont parfaites.

Cela permet au trio d’explorer continuellement les espaces ouverts.
Sur «Broken», qui porte bien son nom, le groupe joue les cassures rythmiques accentuant parfois un peu les dissonances. Sur «Three For A Ballad» (qui n’est pas sur l’album), la batterie marque le contrepoint plutôt que de se contenter de jouer un rôle plus conventionnel.
En reprenant «Proposal N°1» (de l’album précédent «Inner City») Manolo Cabras impose un groove qui prend soin d’éviter tout le temps l’ordinaire.
Nous voilà toujours en alerte.
C’est de la musique en trois dimensions qui se crée perpétuellement devant nous.
Une musique intelligente et toujours accessible.
Car si elle parle à l’esprit, elle touche aussi le cœur.
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Alors, il y a aussi cette belle ballade triste «The Old Century», ou ce «2/8» en forme de bop aux virages en épingles, qui nous emmènent obligatoirement hors des sentiers battus.
Du Vermeulen, quoi.

Pour conclure, le trio nous offre «Everything I Love» (de Cole Porter) et en rappel «Re:Person I Knew» de… Bill Evans.
Quand je vous disais que Bill n’était pas loin…

Dois-je vous dire aussi que «Live Chroma» est un must ?

A+

27/02/2009

Vijay Iyer Trio - De Werf - Brugge

Les dirigeants du Werf sont encore un peu grogy après avoir pris connaissance du préavis négatif du ministère de la culture de la communauté néerlandophone concernant leur «centre culturel».
De Werf a tant fait (et fait encore tant) pour le théâtre, les activités culturelles pour les enfants et pour le jazz, que cette décision reste assez incompréhensible.
Mais Rik Bevernage reprend espoir lorsqu’il m’annonce que déjà plus de 7000 signatures ont été récoltées suite à la pétition «Red De Werf».
Espérons que cette histoire ne soit qu’un vilain couac dans la vie du Werf et que ce dernier puisse continuer son activé sans problème.
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Ce samedi 14 février, les amoureux du jazz sont venus nombreux à Bruges pour écouter le concert en trio du pianiste Vijay Iyer.
Tout comme moi, ils ne voulaient pas manquer ça !

Vijay est né au States, de parents Indiens (d’Inde, pas d’Amérique), et il fait partie de cette toute première génération à avoir grandi là-bas.
Il s’est construit un univers musical aux côtés de Steve Coleman, Roscoe Mitchell, Wadada Leo Smith,… entre autres. Il forme une paire absolument époustouflante avec un autre fils d’émigré indien: Rudresh Mahanthappa (dont j’avais déjà parlé ici). Bref, des noms à retenir (et ce ne sont pas Hubert Dupont, Chander Sardjoe, David Gilmore, Mike Ladd ou encore François Moutin qui me contrediront).

Le trio de Vijay Iyer, c’est Stephan Crump à la contrebasse et le jeune Marcus Gilmore (Petit fils du grand Roy Haynes et neveu du cornettiste Graham Haynes) à la batterie.
Il n’y a pas à dire, ce groupe a trouvé une voix très personnelle et très innovante.
Entre jazz modal et polyrythmie, entre écriture serrée et modulation lâches, entre complexité et évidence. Du vrai jazz moderne.

Soudé et attentif, le trio propose un jeu souvent intense.
Marcus Gilmore redouble les rythmes et semble parfois jouer hors tempo pour accentuer les reliefs, pour mieux «revenir dedans». En toute décontraction et légèreté.
Fascinant.
Son jeu est incisif sans cependant être agressif. Il possède une frappe précise et délicate, d’une profondeur incroyable.
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Chacun des musiciens semble jouer sur une ligne imaginaire différente et pourtant la cohésion est parfaite.

La musique est dense («Aftermath»).
La musique tourbillonne aussi.
Comme sur «Macaca Please» ou «Window Text» qui procèdent par cycles, par couches rythmiques.
Sans jamais tomber dans la démonstration, Vijay Iyer utilise l’indépendance des deux mains avec une facilité déconcertante.
Ses compositions sont toujours très élaborées (peut-être complexes, mais jamais inaccessibles) et ne manquent jamais de groove ni de swing.
Elles sont pleines de rebondissements, de décalages, de temps suspendus.
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Stephan Crump, à la contrebasse, semble chanter sur le tempo du batteur tout en inventant une autre ligne mélodique.
La sienne? Celle du pianiste?
Difficile à cerner.
Et pourtant tout se tient.
Comme des fils de différentes couleurs qui tissent une étoffe riche et brillante.

Le jeu du trio est foisonnant d’idées, de changements de directions, de rythmes improbables.

Rien n’est appuyé ni forcé. Tout est fluide et naturel.
Tant dans les improvisations débridées (et cependant extrêmement maîtrisées) que dans les moments plus intimistes ou lyriques («I’m All Smiles»).

Ce samedi soir à Bruges, Vijay Iyer et son trio nous ont proposé un jazz d’exception, intelligent et neuf.

Après le concert, j’ai eu l’occasion d’interviewer Vijay pour Citizen Jazz.
À lire prochainement.

En attendant le retour du pianiste en Belgique, je ne peux que vous inviter à découvrir (si ce n’est déjà fait) ses différents albums…
Des «must» !


A bon entendeur.

A+

07/02/2009

Sauvons De Werf et Rataplan

Une fois n’est pas coutume.

Avant de trouver un peu de temps pour vous raconter le concert hommage à Pierre Van Dormael au Théâtre Marni (avec Vivaces, Aka Moon, Hervé Samb, Octurn etc…) et le concert de Jereon Van Herzeele au Beurschouwburg (avec Fabian Fiorini, Giovanni Barcella et Jean-Jacques Avenel), je voulais simplement vous inviter à signer la pétition pour sauver De Werf et De Rataplan.

Voici ce que De Werf m’a envoyé hier.
Il me semblait plus qu’utile de vous en faire part.

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Le lien au bas de ce message vous conduit sur notre site De Werf ou nous vous demandons de vous inscrire dans notre action «Sauver De Werf!»

En effet, à notre grande consternation nous avons appris, il y deux jours que la commission de l’évaluation des Centres d’ART (commission qui conseille le Ministre de la Culture du Gouvernement Flamand, Mr. Bert Anciaux) a émis un préavis négatif sur les activités Théâtre et Jazz à De Werf.

 Si le ministre décide de suivre l’avis de sa commission cela voudrait dire que De Werf n’aurait d’autre solution que fermer ses portes DEFINITEVEMENT au 31 Décembre 2009.

En conséquence: fini les productions de Théâtre Contemporain, fini le festival de Théâtre  «Jonge Snaken» pour les plus jeunes, organisé chaque année au mois de Novembre.

Fini les  concerts de jazz pour les musiciens Belges et internationaux. Fini le Festival
JazzBrugge ! Fini le Flemish JazzMeeting. !

Et, last but not least, vingt emplois à plein temps sur la paille !

Concrètement pour le jazz la commission à estimé que De Werf aurait perdu sa fonction «phare» en Flandre et que son rôle aurait été repris par d’autres organisations!

Nous aimerions bien savoir lesquelles !!! Ergo, la commission estime en même temps que De Werf ne s’occupe pas de formes d’art de pointe et actuelles.

Et alors ? C’est quoi le Jazz ??

L’ensemble est argumenté dans un bout de papier A4 dans laquelle  tout juste UNE PHRASE consacrée au jazz.

Pour toutes ses raisons, nous faisons urgemment appel à votre appui et soutien !

Visitez notre site www.dewerf.be et participez à la pétition !

Mieux encore : si, dans le passé, vous avez travaillé avec nous, faites nous part par mail ou par courrier de votre expérience et de vos estimations des activités déployées par De Werf.

 Nous joindrons tous vos commentaires dans le dossier de protestation que nous devons introduire auprès de la commission dans les 7 jours.

 D’avance nous vous remercions tous vivement pour l’action que vous décidez d’entreprendre.

Bien Cordialement,

 Willy Schuyten.

Programmation Jazz De Werf et JazzBrugge Festival
Président ASBL JazzLab Series
 

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Pétition De Werf
Pétition De Rataplan
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A+

16:06 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : de werf, rataplan |  Facebook |

20/12/2008

aRTET - au Sounds

Le boulot, la crise, le rush perpétuel…

Avec tout ça, je ne suis plus «à jour» avec mes comptes-rendus de concerts (du moins ceux que j’ai vu, car j’ai raté Yaron Herman et Avishaï Cohen à Flagey, le concours «International Young Singers» au Music Village - juste eu l’occasion de passer en fin de soirée et de discuter avec David Linx et Diederik Wissels - Saxkartel à la Jazz Station,  ou encore l’
European Saxophone Ensemble au Kaaitheater).

Retour en arrière.
Fin novembre (déjà!) avec aRTET.
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ARTET joue tout acoustique.
C’est peut-être banal, mais ça m’a frappé lors de leur concert au Sounds.

Je ne sais pas pourquoi, mais je m’attendais à voir François Delporte devant une série de pédales étalées à ses pieds et Tom Callens amplifiant le son de son saxophone…
Hé bien non.
Formule résolument «jazz».

Sans effets  de distos, de pédales wha wha ou de cry baby, Delporte ne s’empêche pas de tirer des sons «biscornus» de sa Fender. Ainsi, sa guitare se fait presque sitar lorsqu’il nous entraîne, par exemple, aux portes de l’Orient avec «Madrid-Instambul»…

Puis, on flâne en cours de route sur des balades jouées cette fois-ci à la guitare sèche («Rain»).
La plupart des morceaux se donnent d’ailleurs le temps de se développer: aRTET soigne la ligne mélodique.
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Parfois, Tom Callens se fait plus incisif, tout comme le batteur Lionel Beuvens (décidément à l’aise dans beaucoup de registres), même si les structures restent assez claires.
Et Ben Ramos soutient parfaitement l’ensemble au son d’un jeu de basse très moelleux.

Avec «Watt’s Up» (morceau-titre de l’album paru chez De Werf) on sent un petit clin d’œil à Wes. C’est nerveux et pêchu en diable. Tout comme «The Rope», qui lui, fait référence à Hitchcock et se permet, du coup, quelques surprises rythmiques.
«Smoke» est plus «swing», «You Said?», assez langoureux et «Santa’s Funeral» joue la mélancolie parsemée de petites phrases simples et plus optimistes.
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On sent vraiment aRTET à la recherche d’un son de groupe et d’une envie de délivrer un jazz actuel influencé par mille et une musiques. Difficile de les situer dans un courant bien précis.
On y entend aussi bien du rock que des ambiances un peu «ECM» ou encore des rythmes venus des Balkans… Tout ça, enveloppé dans un jazz plutôt traditionnel.
C’est tout l’art d’aRTET.

À suivre.

A+

27/04/2008

Sabin Todorov Trio - De Werf

On connaît bien Sabin Todorov comme excellent accompagnateur de chanteurs et chanteuses (il a longtemps sévi dans les Singers Nights au Sounds et lors du International Young Jazz Singers du Music Village).
Ils le disent tous: Sabin les soutient et les porte grâce à une qualité d’écoute exemplaire.

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L’homme est sensible, fin, raffiné… presque timide.
Mais ce n’est pas parce qu’on est timide, qu’on n’a rien à dire.
Et Sabin a quelque chose à dire et à raconter.
C’est évident.
Alors, discrètement, au fil des années, il a choisi son trio et choisi ses thèmes. Il a rodé la formule l’année dernière lors des Jazz Tour des Lundis d’Hortense.
Et le voilà aujourd’hui avec un premier album et une tournée des JazzLab Series.

Direction De Werf, à Bruges pour découvrir son univers.

Le trio attaque avec un traditionnel Bulgare («Krivo»), très sautillant, entraînant et dansant, avant d’enchaîner avec «Red Carpet», une ballade lyrique aux notes scintillantes.

Le jazz de Sabin Todorov est fortement influencé par ses origines slaves.
On lui en voudrait, d’ailleurs, de ne pas en injecter dans sa musique.
C’est cela qui lui donne toute sa personnalité.

Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser aussi à Bojan Z, parfois. Sur «The Field», par exemple. Ce morceau incisif souligne la cohésion du groupe, révèle le jeu sec et tranchant de Lionel Beuvens à la batterie, et met bien en valeur la basse ondulante, grave et sensuelle de Sal La Rocca.
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Le trio se connaît bien et on le sent prêt à prendre des libertés, à se surprendre et à nous surprendre.
À ce titre, «Carambol» ou « Mirage » sont exceptionnels.
Ce dernier morceau, introduit magnifiquement par Sal, évoque la solitude, l’abandon et la froideur d’une nuit dans le désert.
Puis, comme un vent qui se lève, le piano et la batterie viennent rejoindre la contrebasse.
L’ouragan s’approche mais n’éclate pas et seul le piano reprend à son compte les fines notes orientales et nostalgiques du thème.
Puis tout s’agite à nouveau et le trio repart dans un jazz énergique et musclé.
Les improvisations sont riches en rebondissements, et se terminent cette fois par un solo de batterie. Un solo fabuleux qui reste dans l’esprit du morceau: groovy, nerveux et chaloupé.
Retour au thème et final explosif.
Brillant.
Magnifique.
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Le deuxième set débute en piano solo.
Dans ces moments plus intimes, toujours mâtinés d’un esprit balkanique, Todorov révèle un touché sensible qui flirte avec Bill Evans ou Lennie Tristano.

On retrouve un peu cette influence, lors du rappel, sur «Eclipse», un morceau extrêmement dépouillé, très contemporain et assez débridé dans sa construction.
Tout cela est joué sans maniérisme, sans cliché mais avec une vraie personnalité.

Un trio à suivre, assurément.

Le disque de Sabin Todorov («Inside Story») vient de sortir chez Igloo.
Le groupe sera en concert au prochain festival Jazz à Liège dont l’affiche est, cette année encore, plus qu’alléchante.

Il faudra y être.

A+

03/11/2007

Dr. Lonnie Smith - De Werf - Brugge

Je n’avais plus remis les pieds depuis un petit temps au Werf à Bruges.
Le bar à été rafraîchi, re-décoré, re-agencé.
C’est plus lumineux et encore plus sympathique.


Sur l’un des murs blancs, pendant que le public envahit peu à peu l’espace, est projeté un film où je reconnais Jean-Louis Rassinfosse (tout jeune) accompagnant Chet Baker lors d’un festival. Au piano, je pense qu’il s’agit de Michel Graillier.
Il y a aussi un vibraphoniste qui empreinte, un moment, l’archet du contrebassiste pour frotter les lames de son instrument.
En cherchant un peu, il devrait s’agir de Wolfgang Lackerschmid (que j’avoue ne pas connaître).
A vérifier…

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La salle est archi bondée. On a même dû ajouter des chaises
Ici aussi petite amélioration: il y a une vraie scène et la vue n’en est que meilleure.

Turban noir sur la tête, barbe blanche, sourire éclatant, œil brillant et costume élégant, Dr. Lonnie Smith s’installe avec plaisir derrière son Hammond B3.

Autour de lui, le guitariste hollandais Martien Oster (qui est un peu à l’origine de cette tournée européenne, puisqu’il avait proposé à l’organiste de jouer avec lui voici trois ou quatre ans… Si j’ai bien compris ce que Lonnie Smith m’a raconté après le concert), Miguel Martinez (as) et Gijs Dijkhuizen (dm) forment une rythmique dynamique.

Dès les premières notes, le groove saute aux oreilles.
Même sur la ballade très soul «Sweet and Lovely» où le guitariste lance le claviériste vers un solo explosif.
Ça groove toujours sur «Back Track» aux accents sensuels et bluesy. Un boogaloo ralenti et lascif. Dr. Lonnie Smith donne les impulsions en faisant gronder les basses. Des basses infernales  qui semblent émerger du plus profond de la terre.
Lonnie chantonne, grogne, respire.
C’est chaud.

Ça devient torride avec le morceau suivant.
Très rapide. Boogaloo en plein !
On tape du pied, on claque des doigts, on agite la tête.
Le guitariste et le sax prennent chacun un solo. C’est parfois un peu confus et pas trop net tellement la barre est placée haut par Smith.
Difficile de faire courir les doigts aussi vite et aussi précisément que lui.
N’empêche, quel plaisir, quelle énergie.
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Mais quand il annonce, avant la pause, «Come Together» des Beatles, on se raidit un peu.
Mon voisin lâche un «oops» dubitatif.
On demande à voir et à entendre.
Mais le Docteur est intelligent et il connaît sa musique !
Le groupe utilise la grille de base avant d’aller explorer le thème de manière totalement originale. Et à la sauce Soul et R&B, ça fonctionne à merveille.

Toujours aussi joyeux et facétieux, Lonnie Smith entame le second set par une improvisation sur «Un Américain à Paris» de Gershwin avant d’être rejoint par le guitariste et le saxophoniste pour dériver au fil de leurs idées sur une ballade nocturne. Un peu fatiguée, un peu éthylique…

Et puis, retour au funk explosif.
C’est le batteur qui en profitera pour se montrer !
Et on enchaîne avec un standard bop dont le nom m’échappe avant de terminer avec «Witch Doctor» plus soul et bouillant que jamais.
Lonnie Smith joue l’accélération, puis le temps suspendu avant de reprendre de la vitesse.
Il joue avec les silences, les respirations. Tout prend du relief sous ses doigts.
Et ses yeux brillent encore plus !

Rappel obligatoire avec le fameux «Play It Back».
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Que du bonheur.
La salle se vide doucement et j’en profite pour aller échanger quelques mots avec Lonnie Smith. Il est d’une douceur exquise. Affable et souriant…

Sur la route du retour, pas encore rassasié, je m’écoute «Alligator Boogaloo» de Lou Donaldson. Il faut dire que c’est avec cet album que j’avais découvert Lonnie Smith… qui n’était pas encore docteur à l’époque.

A+

23/10/2007

Free Desmyter Quartet - Hopper Antwerpen

J’étais très curieux d’entendre Free Desmyter en concert avec son nouveau projet.
(Oui, avant on écrivait "Fré"... maintenant c'est "Free", car il n'y a pas d'accent en flamand. Bref, ça se prononce toujours "Fré" et ça s'écrit "Free"...)

Mercredi dernier, je suis donc allé au Hopper à Anvers pour l’écouter.
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J’adore quand un groupe décide de lancer toute sa musique au milieu de la scène et que chaque musicien vient y prendre ce qui l’intéresse.
C’est l’effet que je ressens en écoutant le premier thème du quartet.
Enfin, thème… C’est plutôt de l’impro me semble-il.
Une musique très ouverte et généreuse qui me rappelle un peu celle d’Andrew Hill.
Pourtant, en discutant avec Free, il m’avouera ne pas connaître la musique du musicien américain. Et même plus, il écoute très peu de jazz, mais plutôt du classique.
Serait-ce cela le secret de sa musique ?

Le deuxième morceau (dont je n’ai pas retenu le nom) est joué sur un rythme effréné.
C’est touffu et intense.
John Ruocco n’a pas son pareil pour incendier le thème. Suivant toujours une ligne assez claire, il le nourrit de milles idées.
Quant à Marek Patrman, à la batterie, il est explosif.
Tout à fait à l’opposé du jeu qu’il développe sur le morceau suivant: «In Memory», une ballade triste.
Là, Marek utilise des baguettes ultra fines. Le son est fragile, aérien.
Il me dira plus tard, en sirotant son thé, que ce sont … des pailles!
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Les arrangements sur ce morceau sont étonnants. On part sur ce que l’on croit connaître avant que le quartet nous perde. Chacun semble prendre une direction pour donner un point de vue personnel à l’histoire.
Manolo Cabras propose un discours sensible et profond à la contrebasse et John Ruocco développe des lignes déchirantes à la clarinette, sans longueur.
Free, quant à lui, laisse beaucoup d’espaces et de respirations.
Il distribue les notes par vagues, ne se laisse jamais gagner par un romantisme facile.
Il y a de la dignité et de l’intelligence dans son jeu.
Tout le monde s’écoute, le langage musical semble s’inspirer des travaux de Messiaen
Beau moment.

Au deuxième set, le quartet entame une sorte de Calypso… avec grand écart entre bop et moments très libres.
Ruocco termine souvent ses interventions de manière abrupte comme pour provoquer le pianiste. Et les interventions de Free sont souvent courtes, souvent en contrepoints du saxophoniste.
Entre les deux, Manolo et Marek trouvent chaque fois une voie pour ricocher, pour raviver et pimenter le propos. Autant pour le resserrer que pour l’écarteler.
Sur «Thrill» (il me semble), le quarte fait monter la tension d’un cran, en gardant toujours une ligne mélodique forte.
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Le concert se termine avec «Doo The Bop».
Je crois reconnaître un morceau de Parker…mais non.
Monk ? Lacy ? Non plus…
Bien vite, le quartet s’envole. Free Desmyter propulse Manolo vers un solo monstrueux et Ruocco fait taire tout le monde…
Et chacun se retrouve dans un final tendu.
La tension! Toujours garder la tension!

C’est bien ce qu’il fait, Free Desmyter, je vous le conseille.
En plus, son album vient de sortir chez De Werf.

Une dernière «bolleke» avec les musiciens et quelques amis avant de rentrer sur Bruxelles en écoutant le dernier album – magnifique - de Robert Wyatt: «Comic Opera».

A+