01/05/2017

David Linx & Michel Hatzigeorgiou - The Wordsmith - Jazz Station

 

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Un duo bassiste électrique et chanteur peut-il tenir en haleine un public pendant tout un concert ?

Quand il s’agit de Michel Hatzigeorgiou et David Linx, on se dit qu’il n’est plus question de défi, mais de simple formalité.

Pourtant, les deux musiciens ont le trac. Ils ont le trac comme s’ils montaient pour la première fois sur une scène. Ils ont le trac car, ce mercredi soir à la Jazz Station, ils présentent en avant-première The Wordsmith, un projet qui flottait dans l'esprit des deux musiciens depuis près de 25 ans. Plus qu'un projet : une terrible envie de se retrouver. Une envie de mélanger des mots finement choisis à des mélodies sophistiquées. Une envie qui se concrétise bientôt sur disque et enfin sur scène. De quoi avoir le trac.

Les deux hommes se regardent, se sourient, hésitent encore un quart de seconde.

Première note.

La magie opère.

La musique libère.

Et le duo nous emmène aussitôt avec lui.

La plupart des chansons racontent de vraies histoires, de vrais sentiments, pleins de réflexions et de poésies. David Linx jongle avec les mots et l’on comprend que le titre, «The Wordsmith», n’a pas été choisi au hasard. Il jongle avec les sons, avec les mélodies, avec les harmonies. Il écoute le chant de la basse d’Hatzi. Il le fait chanter. Ce sont de véritables échanges qui se produisent sur scène. Aucune démonstration de l’un ou l'autre musicien, chacun est là pour servir la musique et enrichir le propos. Il y a une telle profondeur et une telle vérité dans le chant et dans le jeu, qu’elles nous subjuguent.

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Ces deux-là nous invitent chez eux à partager des moments de véritable intimité et partager un peu de leurs vies au travers de morceaux comme «No More Unfinished Business», «I Walk Alone», «Downriver Bound». Pour partager un peu de Toots («Song For Jessica»), de Joni Mitchell («Black Crow») ou encore de Thelonious Monk («Round Midnight»). En les écoutant, ce sont mille images qui viennent et reviennent en tête. Comme lorsqu'on sirote un excellent whisky qui laisse se révéler des arômes insoupçonnés.

On se demande parfois d'où leur vient l'idée d'associer ces accords sortis d'on ne sait où ? Comment est-il possible de moduler avec autant de précision la voix, de faire s'épouser la respiration et les mots avec une telle justesse ? Tout à un sens. Tout prend son sens. Et c'est bien pour cela que nos deux musiciens peuvent se permettre de nous emmener sur de fausses pistes et de nous en faire découvrir d'autres... Et ainsi de nous captiver d'avantage. 

Ils nous remuent l’âme. Nous montrent encore une autre facette du jazz. Nous le font redécouvrir. Ils nous font vibrer, réfléchir et puis rire.

Une voix et une basse électrique… Est-ce possible ?

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Michel Hatzi le rappelait dans une émission de Philippe Baron : la basse électrique est avant tout… une guitare. Et le musicien nous démontre combien elle peut être musicale, chantante, harmonique… Avec talent, simplicité et évidence. A lui seul, il dessine les mélodies, les lignes rythmiques et encourage les scats de David Linx.

Linx ! Y a-t-il plus singulier que lui dans le monde des chanteurs de Jazz ? Dans le monde musical en général d'ailleurs ? Et finalement, ces deux musiciens sont-ils bien de ce monde ? C'est en tout cas dans celui-là que l’on aimerait vivre.

Alors, pour prolonger encore un peu le plaisir, le duo remonte une dernière fois sur scène pour nous offrir une somptueuse version de «Three Views Of A Secret». Jaco, Toots, David, Michel...

Oui, un duo bassiste électrique et chanteur peut tenir en haleine un public pendant tout un concert. Et bien au-delà.

Merci à © Olivier Lestoquoit pour les images !

A+

 

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02/04/2016

Jean-Charles Thibaut - Photographe - Interview

Vous avez peut-être déjà vu quelques-unes de ses photos sur mon blog ou sur Jazzaround, illustrant certains concerts de jazz. Jean-Charles Thibaut est un grand gaillard qui a commencé par vouloir faire de la peinture avant de se diriger vers la photo. Puis tout abandonner. Puis faire un peu de scène en tant que crooner dans un band. Et puis revenir à la photo.

Rencontre.

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J’ai commencé mes études aux Beaux-Arts à Tournai, en 91, en section peinture avec Christian Rolet. Je peignais surtout des nus que je mélangeais avec des images d’acteurs de cinéma. J’avais aussi des cours de photos et c’est mon professeur de gravure, Alain Winance, qui m’a poussé à prendre des photos de nus moi-même, plutôt que d’aller les chercher dans des magazines. Comme il y avait un studio a disponibilité, j’en ai profité. J’utilisais ces photos pour faire mes peintures. Mais, finalement, mon travail photo était plus intéressant que mes peintures elles-mêmes. Au jury de fin d’année, j’ai d’ailleurs montré plus de photos que de peintures. J’avais fais un travail, style «Le Nouveau Détective», dans lequel je m’étais mis en scène. Je mélangeais photos et gravures sur linoléum. Je mélangeais le vrai et le faux, tant du point de vue des textes que des images. Et j’ai été recalé. Entretemps, un ami qui voulait se lancer dans le mannequinant à Paris avait besoin de photos pour son book. C’est un peu comme cela que tout a démarré. Et je me suis retrouvé comme photographe freelance à l’Agence Dominique à Bruxelles.

Le fait d’avoir fait de la peinture et du dessin t’a permis d’avoir un certain sens du cadrage, des lumières…

Oui sans doute. Le côté non conventionnel aussi peut-être. Je refusais le «commercial». Ce qui n’était pas évident quand il fallait «vendre» un mannequin, avec le grand sourire et les poses convenues. Moi, j’aimais les contrastes, les anachronismes. J’emmenais mon mannequin en robe de soirée dans un supermarché, par exemple. Parfois on ne voyait même pas son visage (rires). Cela n’a pas toujours été bien compris.

Puis tu t’es dirigé vers des photos de concerts ?

Pas du tout. Quand le digital est arrivé, j’ai tout arrêté. On pouvait tout refaire et trafiquer en studio ou en retouches. Ma photo au supermarché aurait été plus simple à faire, mais je ne voyais plus la démarche photographique. Il me manquait le contact avec les gens, l’organisation, les émotions. J’avais un peu de mal avec ça. J’ai tout arrêté.

Qu’est ce qui t’a poussé à revenir à la photo ?

C’était lors du premier festival Tournai Jazz en 2011. Geoffrey Bernard, l’organisateur, que je connaissais depuis longtemps, m’a demandé si je voulais «couvrir» l’événement. Je n’avais plus que mon vieil appareil «argentique». Je n’avais aucun matériel digital. J’ai hésité un peu, en lui disant que si je ratais mes images, il n’aurait rien du tout. C’était un risque, mais il a insisté en me disant qu’il y aurait Toots Thielemans, David Linx, Philip Catherine… Je me suis dit que je pourrais approcher ces musiciens, leur parler… J’ai acheté un appareil, avec un objectif pas trop cher, pas très lumineux… Mais j’ai fait les photos et je me suis dit : «C’est ça ! Je veux capter l’instant, faire des photos de gens». Il y avait le défi de la lumière, de savoir comment cela va se passer sur scène, comment j’allais capter l’émotion.

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Tu travailles avec quels objectifs ?

Un 17/50 ou un 70/200. Je travaille souvent en ouverture complète, à 2.8, pour obtenir toute la lumière qu’il me faut. Je ne me concentre ainsi que sur l’obturateur. Je retravaille très peu mes clichés ensuite. Je ne travaille même pas avec Lightroom. Et puis, je dois sélectionner rapidement mes images, surtout quand je travaille pour un quotidien. Je dois vite savoir laquelle me plait, celle qui raconte l’histoire. Savoir si je dois la recadrer ou pas, décider entre la couleur et le noir et blanc…

Qu’est ce qui motive le choix de tes images ?

C’est un coup de cour émotionnel d’abord. Souvent, lorsque je shoote, je sens si j’ai la bonne image. Et c’est souvent celle-là que je vais aller sélectionner. Il y a «l’instant» qui est passé dans le viseur. On le sait, on le sent. C’est très rare que la bonne image arrive dans les 10 premières minutes d’un show. L’artiste n’a pas encore eu le temps de «rentrer dedans». C’est pourtant le temps que l’on donne aux photographes de concerts. Heureusement, au Tournai Jazz, j’ai toute liberté, au Béthune Retro aussi, où certaines photos backstage sont très intéressantes et étonnantes. Je ne les publie pas pour l’instant mais je les garde précieusement. Puis il y a des concerts pour lesquels je n’ai pas d’accréditations, je paie ma place, j’essaie d’être aux premiers rangs. Je dois encore faire mes preuves, je dois encore tricher avec l’organisation…

Tu n’as jamais eu d’ennuis, de réclamations ?

Si, une fois, lors d’un concert de Neil Diamond. J’étais dans le public et par deux fois on m’a demandé d’arrêter. J’ai attendu la fin du concert. J’ai eu ma photo. De toute façon, cette photo n’ira pas bien loin, pas en Amérique… J’avais eu une accréditation pour Vanessa Paradis, qui a été annulée le jour du concert ! La prod avait tout refusé et, ce soir-là, il n’y avait même pas de couloir presse. Aucuns photographes n’étaient acceptés. J’ai quand même pris mon appareil, mon but n’est pas de faire une photo qui nuit à l’image de l’artiste. Au contraire. Mais quand je vois tous les gens dans le public qui prennent d’hyper mauvaises photos et qui les publient, je ne comprends pas pourquoi on refuse les photographes pros. Sinon, j’ai eu l’accréditation pour Selah Sue, par exemple. Mais on n'a droit qu’aux trois premières chansons, puis on doit partir. Alors que c’est plus intéressant d’être «dans» le concert. Il paraît que la règle des trois photos viendrait de l’époque de Joan Baez. Le bruit du rideau de l’appareil photo était assez gênant pour la chanteuse qui chantait du folk assez intimiste. Lors d’un concert, elle a demandé aux photographes d’arrêter de prendre des photos après trois chansons. Cette règle continue maintenant, mais quand on entend le niveau sonore, ce n’est pas le bruit de l’appareil qui est gênant. Maintenant, il y a le droit à l’image ou le fait que certains photographes gênent le public…

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On sait combien le «contrat photo» est devenu strict avec certains artistes.

Oui, mais je joue parfois les rebelles. Pour Tom Jones, au Lokerse Feest, je n’avais pas d’accréditation, je suis entré avec mon reflex dans mon sac. Ils l’ont vu à l’entrée, mais ne m’ont rien dit. J’étais juste derrière le couloir presse. Et j’ai pu photographier comme je le voulais ou presque, en tous cas, bien après les trois chansons autorisées. Et j’ai pu faire une photo dont je suis fier. J’ai envoyé mes photos à Tom Jones, mais, va savoir dans quelles mains elles tombent ! Le manager, la secrétaire ? J’envoie mes photos aux artistes. Parfois j’ai des retours. Toujours positifs. Manu Katché a bien aimé mes images. Triggerfinger aussi. Maintenant, si je n’ai pas de retour, ce n’est pas grave.

Quel est ton objectif alors, ton souhait, ton rêve ?

J’ai auto-produit mon livre. Je ne gagne rien dessus, au contraire. De toute façon, ce n’est pas le but. Moi, je veux que mes photos circulent, qu’elles soient vues et commentées. Qu’elles témoignent. Je ne fais pas des photos pour moi. C’est comme une peinture, on a besoin de partager, de montrer. J’espère un jour trouver un éditeur.

Y a t-il des photographes que tu aimes en particulier, qui t’ont influencé ?

Oui, plein. Pas nécessairement des photographes de scène, bien sûr. Ce sont les Avedon, Newton, Lindbergh… Mais j’aime aussi William Claxton, bien sûr, ou Herman Léonard. Je préfère d’ailleurs ce dernier. Herman Leonard a une certaine vision. Il a photographié les chaussures de Duke ou Billie Holiday par exemples. Il s’attache à certains détails qui révèlent la personnalité des musiciens. Il y a aussi Paul Coerten, un belge, qui a fait beaucoup de belles images dans le rock dans les années 70, ou Baron Wolman qui a été l’un des premiers photographes du magazine Rolling Stone.

Quel est ton meilleur souvenir ?

C’est plus qu’une histoire de photo. Il s’agit du concert de Tony Bennett au Cirque Royal. J’étais au premier rang et je faisais plein de photos. Après avoir chanté «I Left My Heart In San Franciso», le public s’est levé, Tony Bennett a posé le micro sur le piano, est venu droit sur moi et… il m’a donné la main. Rien qu’à moi ! Je suis resté béat. Sinon, ma rencontre avec Manu Katché est un bon souvenir aussi, ou celle avec David Linx qui a fait semblant de chanter pour moi, dans les coulisses. La photo de Kenny Garrett et de Guillaume Perret ensemble a fait son petit bout chemin… Moi je fais le mien. Tout doucement, j'avance.

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30/01/2016

David Linx, BJO & Brel - Flagey

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Il y a des monuments auxquels il n'est pas aisé de s'attaquer. Jacques Brel fait certainement partie de ceux-là. Mais quand on s'appelle David Linx et que l’on est entouré de l’un des meilleurs big band du monde (le Brussels Jazz Orchestra), on est en droit de se le permettre.

N'empêche, Brel c'est Brel.

Et mercredi 20 janvier, à Flagey, il y avait un maximum de monde qui était curieux d'entendre à quelle sauce allaient être mangées les bonbons ou les frites de chez Eugène, comment allait être consolé Jef, comment allaient se réveiller les paumés du petit matin ou comment, pour la Fanette, on allait chanter la chanson ?

Bref, comment cela allait-il être chez ces gens-là ?

On sent la fébrilité et l’émotion lorsque Nathalie Loriers (p) égraine les premières notes de «Quand on n’a que l’amour». Est-ce parce que c’est Brel ? Est-ce parce que c’est Bruxelles que l'on retient son souffle ? Alors, David Linx dépose les premières phrases et puis l’orchestre s’immisce. Et Kurt Van Herck offre son solo. Et tout s’illumine. Et tout finit par swinguer doucement. Et on respire.

Linx, rayonne de bonheur, échange quelques mots avec le public, puis enchaîne.

Le BJO nous emmène alors dans un voyage entre «Vesoul» et «Amsterdam» où tout démarre en un swing joyeux, excité par un solo tonitruant de Nico Schepers, avant de se fondre en une valse mélancolique et crépusculaire, autant rageuse que désespérée. «La chanson des vieux amants», introduite a capella, ressemble presque à un blues...

Le placement, les inflexions et le timing de David Linx sont très personnels. Il n’imite pas, il est. Il donne sa vision de Brel, avec tout le respect et la distance qu’il faut. Et tout le talent.

La plupart des arrangements sont tirés au cordeau, évitant autant l’évidence que la complexité inutile. Bien sûr, on préfèrera certains morceaux à d’autres. Parce qu’ils «collent» plus à la chanson originale ou, au contraire, parce qu’ils s’en éloignent un peu plus. «Mathilde», aux parfums légèrement latins et qui laisse entendre un solo impérial de Nathalie Loriers, ou «Chez ces gens-là» et le solo profond de Bo Van der Werf au sax baryton, sont, par exemples, de parfaites réussites. Bien sûr, il y a aussi un «Ne me quitte pas» tout en sobriété ou encore un «Bruxelles» folâtre avec le solo frénétique de Frank Vaganée (as). Bien sûr, il y a aussi «Isabelle», «Rosa» ou «Le plat pays» (à mon avis, l’un des titres encore plus «casse-gueule» que le reste, à reprendre dans le répertoire de Brel).

Le BJO prend des risques, change certains rythmes et s’amuse de certaines harmonies. Mais il conserve l’esprit.

Et puis, on ne soulignera jamais assez l’intelligence des arrangements (Lode Mertens, Pierre Drevet, Giury Spies, Frank Vaganée, Nathalie Loriers ou Dieter Limburg) ni la qualité d’ensemble des musiciens et encore moins des solistes.

Oui, David Linx, le BJO et Jacques Brel ont bien mérités, ce soir, les trois rappels.

 

A+

 

28/09/2015

Jazz Station. Ten Years After.

Ils aiment à le répéter : « La Jazz Station n’est pas un club de jazz, c’est un lieu de jazz !! ».

Il faut dire que la Jazz Station était, au début, destinée à devenir un endroit de rencontres et d’archivage du jazz belge. Ce projet, initié par Jean Demannez, le très actif bourgmestre de Saint-Josse-Ten-Noode de l’époque, a quelque peu dévié de sa trajectoire – pour notre grand plaisir – et est devenu un lieu incontournable de concerts de jazz. En dix ans, il s’en est passé des choses ! Et ce n’est pas fini, puisqu’on nous annonce Magic Malik, Full Moon Orchestra, Marc Lelangue, Sofia Ribeiro, Tutu Puoane & Tineke Postma, Airelle Besson, Aka Moon, Roberto Negro, le Jazz Station Big Band, et beaucoup d’autres encore (Philip Catherine est déjà passé le 19 pour ouvrir la saison.)

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Mercredi 30 septembre, la Jazz Station fêtera officiellement ses dix ans.

L’occasion était trop belle pour demander à Yannick Carreyn (l’ancien) et Kostia Pace (le nouveau) de répondre à… 10 questions.

Où étiez-vous et que faisiez-vous, il y a 10 ans ?

Yannick : Il y a 10 ans, je suis rentré dans un superbe bâtiment, la Jazz Station en l’occurrence, et j’ai pu constater immédiatement que ce bel écrin n’était qu’une boîte vide, une belle boîte, mais vide. La Maison du Jazz ne possédait aucune archive, aucun document, aucune collection qui pouvait justifier la volonté des initiateurs d’en faire un outil muséal à l’instar de la Maison du Jazz de Liège. Rien, nada ! Cela aurait tout aussi bien pu être une Maison du Rock, ou de la dentelle. J’avais préparé avec Jean-Marie Hacquier et Nicolas Renard (le premier directeur) l’inauguration de la Jazz Station et ce durant 3 mois. La fête fut grandiose mais une fois passée, il ne restait que le bâtiment qu’il fallait exploiter avec un bar, une belle salle, du matériel d’amplification et d’éclairage et de nos envies ! Il y a 10 ans, Nicolas et moi avons donc commencé l’aventure Jazz Station !

Kostia : Moi, j’étais en France, à Besançon, j’avais quinze ans, et je commençais tout juste le lycée… Oui, oui, je suis encore un bébé.

 

Comment se passe une journée type à la jazz station ?

Yannick : Difficile de répondre à cette question, il n’y a pas de journée type ou bien alors chaque journée est une journée type différente de la précédente… mais bon ! En gros, chacun consulte ses emails, et y répond si besoin est. Ensuite, petites discussions informelles afin de cerner les urgences.

Kosta : On arrive à 11h, on se dit bonjour dans la bonne humeur (c’est le plus important). En général, nous avons une ou deux répétitions, donc il faut veiller à ce que le lieu soit accueillant.

Yannick : Nettoyer la salle, si le nettoyeur n’est pas venu (ce qui arrive), puis le nettoyage de la scène, rangement du matériel et la mise en place de la salle. Rediscussions informelles orientées programmation, ce qu’on a écouté, ce qu’on voudrait, ce que l’on ne veut pas. Réalisation du dépliant pour le mois suivant, mise à jour du site. Répondre au téléphone (non monsieur, il n’y a pas de réservation pour le concert !). Accueil des musiciens pour le concert du soir, servir du café, rerépondre au téléphone (oui, rdv mardi prochain), faire le soundcheck, reregarder les mails, rerépondre. Puis vérifier si tout est ok pour le concert.

Kostia : On épluche les boîtes mails et les réseaux sociaux. On fait de l’administration, du secrétariat, de la compta, beaucoup de communication (communiqués de presse, brochures, réseaux sociaux). On travaille au bureau en écoutant de la musique, donc une petite partie de la programmation se fait aussi au fur et à mesure, au jour le jour, selon les coups de cœurs de l’équipe. Ensuite on répare ce qui doit être réparé, on fait un peu d’électricité, un peu de régie. Les musiciens arrivent en général vers 17h. Yannick s’occupe du soundcheck, moi des lumières.

Yannick : On prépare la caméra et la table pour l’enregistrement son. Puis c’est l’accueil du public, le concert, le bar, ensuite c’est le rangement de la salle après le concert… Et j’en oublie !!! Bref, tout ce qu’il faut faire en background pour que tout le monde soit content et heureux d’avoir passé une bonne soirée. Et tout cela sans donner l’impression que tout un travail est effectué à longueur de journée. Simplement pour donner du plaisir !

Kostia : Je prends aussi des photos quand j’en ai le temps. Je prépare les caisses, les fiches SABAM, j’installe la billetterie. Je fais souvent les entrées, Yannick le son, et on a une ou deux barmaids selon les concerts. Une fois que la billetterie est close, je passe au bar. A la fin du concert, on boit un verre avec les musiciens ou le public restant, on range la salle, on ferme le bar. On finit vers minuit, une heure du matin. Après… on dort.

 

Quels sont les critères pour pouvoir jouer à la Jazz Station et quel style de jazz défendez-vous?

Yannick : Nous avons toujours voulu des concerts de haute tenue, des concerts imprégnés de professionnalisme. Mais, les critères sont multiples ! Nous visons plutôt la scène du jazz actuel, le jazz moderne (je sais cela ne veut pas dire grand-chose). Cette scène est multiple et peut aller jusqu’au jazz d’avant-garde et le terme « swing » n’est pas notre principal soucis. En cela, Kostia et moi sommes plutôt complémentaires, il « privilégie » d’abord ce qu’il aime, ce qu’il le touche. Je privilégie d’abord la qualité du projet. Il a une écoute globale et moi j’ai plutôt une écoute sélective. J’entends chaque musicien indépendamment. Et je discerne s’ils sont bons ou pas… techniquement… si ça joue ! C’est d’ailleurs un peu dommage. J’aimerais bien parfois avoir d’abord une écoute globale… mais bon. C’est évidemment très simpliste et le réalité est plus floue. Mais je généralise. Cela dit, c’est en cela que nous sommes complémentaires et que nous pouvons alors confronter nos impressions. Et nous arrivons toujours à nous entendre !

Kostia : C’est difficile de donner un critère précis de sélection, étant donné que l’on cherche souvent à faire découvrir ce que l’on a eu comme coups de cœur. Mais il y a avant tout un critère de « qualité ». Notre lieu est un haut lieu du jazz, réputé pour sa programmation rigoureuse, et les groupes que l’on invite proposent à chaque fois l’excellence. Certains spectateurs habitués viennent même sans savoir ce qui se joue le soir même !

Yannick : Un des critères est aussi la nouveauté, ce que le projet apporte de neuf dans le paysage musical. Cela ne m’intéresse pas de programmer cinq fois dans l’année le même projet, même s’il est excellent. Nous nous mettons aussi à la place du public, et nous nous demandons si le projet ne va pas les ennuyer.

Kostia : Si l’on doit faire un aperçu général de notre programmation, disons que nous sommes ancrés dans un jazz d’avant-garde. Mais c’est aussi que le jazz belge actuel est un jazz d’avant-garde, jeune et dynamique. C’est ce que l’on veut montrer. Chaque saison, on essaie de poser cette question : Qu’est-ce que le Jazz aujourd’hui, en Belgique et ailleurs ? Enfin, nous sommes très complémentaires avec Yannick. Je m’interroge toujours : est-ce que je voudrais payer 10 euros pour voir ce groupe ? Est-ce que je tiendrais deux heures ? Ce groupe me fait-il voyager ? J’ai davantage un point de vue de spectateur que de technicien. Pour moi, un groupe doit me raconter une histoire. Si ce n’est pas le cas, si je ne comprends pas la musique que j’écoute, je suis souvent réticent. Je défends un jazz généreux, et surtout ouvert.

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Comment avez-vous concocté les concerts « spécial 10 ans » ? Pourquoi ce programme et ces musiciens ?

Yannick : Je pense que l’on peut envisager 3 axes de réflexion qui nous ont guidés pour la programmation. D’abord, c’est la fête donc il allait qu’on s’amuse. C’est le cas de la soirée du 30 octobre qui rassemblera, je l’espère, beaucoup de musiciens qui ont fait la Jazz Station, dans une belle jam-session avec un drink et une exposition. Comme des potes qui se retrouvent ensemble… au même moment pour une fois !

Kostia : Nous avions envie de surprendre les gens. De leur dire : nous sommes un lieu vivant, géré par des êtres vivants. Et que donc, nous pouvons changer, évoluer, surprendre. Montrer que nous avons dix ans, certes, mais que dix ans c’est l’âge de l’enfance, des découvertes, de la liberté. Nous voulions aussi montrer que dans dix ans, le jazz sera encore là.

Yannick : C’est le même état d’esprit qui nous anime d’ailleurs pour la « Groove Party » du vendredi. Une belle soirée dansante ! Ensuite, il y a notre volonté de montré que le jazz n’est pas figé dans un genre qui est ce que certains pense comme étant… LE Jazz. Le jazz est multiple et, actuellement, il est transversal. Il s’accapare les « autres genres » et évolue sans cesse avec la musique électronique, le folk, le blues, le rock, la pop, les musiques urbaines et même la musique classique ou d’avant-garde. C’est ce que nous allons montrer tout au long de cette 10ème année.

Kostia : Nous avons voulu exploser les frontières de notre programmation, en proposant dix concerts pendant dix mois, qui font flirter le Jazz avec d’autres univers. Que ce soit de Roberto Negro à Sofia Ribeiro, en passant par Magic Malik, Tutu Puoane, ou encore Marc Lelangue.  Autour de ces dix concerts, nous avons aussi voulu programmer des musiciens emblématiques du jazz Belge : Philip Catherine en ouverture, et nous aurons aussi Aka Moon en 2016.

 

Quels ont été les dix concerts qui ont le mieux marché (en terme d'affluence) ? Pour quelles raisons, à votre avis ?

En termes d’affluence, nous avons eu une saison vraiment excellente l’an passé. Les quatre concerts qui ont le mieux marché sont sans surprise ceux du River Jazz Festival (Tricycle, Philippe Aerts, Peter Hertmans et Manu Hermia), le festival que nous avons créé en 2015 avec le Marni et le Senghor. Ensuite, il ya aussi nos concerts de gala, vers Noël, avec David Linx en quartet ou Tutu Puoane en sextet, l’an dernier. Enfin, les cinq semaines pour les 20 ans d’Aka Moon en 2012 ont été aussi remplies chaque soir. Il y a aussi quelques concerts ponctuels qui marchent très bien, ce qui est souvent  dû au répertoire des musiciens : Michel Mainil et son projet autour de Miles Davis, par exemple.

 

Quel événement vous a-t-il le plus marqué ?

Yannick : Perso, c’est une exposition fabuleuse qui s’est déroulée en novembre 2009 et qui rassemblait un forgeron/sculpteur – Daniel Dutillieux (c’est lui qui a réalisé tous les travaux métallique de la Jazz Station) qui présentait ses sculptures musicales dans la jazz station. Il y avait même une vraie fontaine en fer forgé et « in the same time » Christian Soete avec ses représentations artistiques de vibrations musicales. Fabuleux ! Je pourrais citer aussi l’exposition de Jean Claude Salemi qui, en outre d’être un dessinateur exceptionnel, nous offert en février 2015 un concert soldout en guise de vernissage avec lui-même à la guitare… Un concert à la Django Reinhardt - avec que des compos originales - enregistré par « votre serviteur » et immortalisé par la réalisation d’un CD.

Kostia : L’exposition de Jean-Claude Salemi l’an dernier était incroyable ! L’espace de la Jazz Station était rempli des ses œuvres, croquis, pliages, affiches, et petits objets. C’était une très belle exposition, très vivante et foisonnante. Et elle a amené de très nombreux visiteurs !

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Quel a été le plus beau souvenir jazz depuis que vous êtes à la jazz station? (Pas uniquement musical. Cela peut-être des rapports humains, une rencontre, une anecdote)

Yannick : De prime abord, il y a tellement de chose à répondre à cette question, mais ce qui m’a marqué et me marque encore chaque jour, chaque semaine c’est le rapport que nous avons créé avec les musiciens. C’est le musicien qui me remercie de l’accueil, des conditions du concert et le fait qu’il soit heureux d’être là. C’est le public qui quitte la Jazz Station avec un grand sourire en me remerciant. C’est la qualité d’écoute de ce même public. C’est la petite équipe de bénévoles qui va dans le même sens, sans autre intérêt que celui de la Jazz Station. C’est la rencontre entre un vieux bouc, râleur, qui n’aime soi-disant pas les chanteuses et qui a toujours 20 ans dans sa tête, et un jeune garçon enthousiaste, réfléchi, avec qui j’ai l’impression de former un réel binôme. Et une anecdote si tu veux, la première qui me vient à l’esprit… il y a en a tant ! C’est le directeur d’un Hôtel près de la Jazz Station qui arrive chez nous avec les musiciens qui y étaient hébergés et qui jouaient le soir même. Il ne voulait pas qu’ils se perdent. Alors il les a conduit lui-même. Les musiciens canadiens étaient abasourdis. Ils ne comprenaient pas !

Kostia : Je crois que ce n’est pas un souvenir précis que j’ai eu, mais le souvenir que j’aurai plus tard de ce lieu qui me marque profondément. Ce sont les sourires des spectateurs qui nous remercient de leur avoir fait découvrir un groupe, le fait de manger aux côtés des plus grands noms du jazz belge, de discuter avec eux de tout et de rien, de blaguer, et puis de les retrouver transcendés sur scène. Les rapports humains sont extrêmement forts ici. C’est ce qui fait le cœur de ce lieu, son âme. Ma première rencontre avec Philip Catherine est, je crois, celle qui représente le mieux cet esprit.

 

Quels sont les jazzmen que vous aimeriez accueillir (sans tenir compte du budget... Mais en restant raisonnable quand même)... ?

Yannick : Je ne vais pas être raisonnable pour mon 1er choix… J’aimerais bien avoir Cecil Mc Lorin Salvant… non pas parce qu’elle est très mode en ce moment. Je pense que je la connaissais déjà avant beaucoup d’autres mais parce que j’aime les chanteuses, enfin celles-là. Celles qui ont du « Sarah Vaughan » dans l’âme tout en étant ancrées dans le présent. Il y a aussi Eric Légnini… mais cela va se faire ! Et puis, Esperanza Spalding en solo, Snarky Puppy ou son claviériste Cory Henry. Et puis… Mais, qu’est ce qui est raisonnable !?

Kostia : Et bien… Cécile McLorin Salvant, Esperanza Spalding, Ibrahim Maalouf, pour les plus récents. J’adorerai pouvoir inviter des musiciens comme Richard Bona, Dave Holland, Michael League et Cory Henry (voire tout  Snarky Puppy, en fait), entre autres. Mais nous y travaillons ! Et nous avons aussi quelques autres idées que nous gardons au chaud pour la fin de la saison…

 

Si vous pouviez changer une chose – pour améliorer encore la Jazz Station – quelle serait-elle ?

Yannick : Dans l’immédiat, les moyens de la Jazz Station sont très limités, l’amélioration des choses est donc plutôt difficile. Néanmoins, j’aimerais qu’on puisse aménager une salle (la salle verte en l’occurrence) en une salle lounge/de relaxation où les gens pourraient se poser simplement en écoutant du jazz de leur choix et bouquiner des revues ou des livres sur le jazz (un salon d’écoute quoi !). J’aimerais aussi que l’on puisse proposer aux internautes les concerts de la Jazz Station en streaming ! J’aimerais que les gens puissent acheter à La Jazz Station tout ce qui se fait en Jazz en Belgique (la production discographique en somme !) ou même la louer, en partenariat avec la médiathèque par exemple (pardon, « Point rencontre »). Et puis, il y a aussi l’espace qui commence à vieillir…

Kostia : Il serait génial de pouvoir augmenter un peu le cachet des musiciens, car c’est très dur pour nous de ne pas pouvoir leur offrir plus qu’actuellement. Nous aimerions aussi arranger un peu la Jazz Station, la redécorer, lui offrir une salle d’écoute, un système de captation pour les concerts. La rendre encore plus vivante, somme toute. Mais nous manquons vraiment de moyens, donc pour l’instant ces idées sont sur pause !

 

 

Où serez-vous et à quoi ressemblera la Jazz Station dans 10 ans ?

Yannick : J’espère simplement être encore de l’aventure ! Et que l’esprit que j’ai pu insuffler dans cet espace sera gardé (pour une fois, je laisse ma modestie de côté!) J’espère que la Jazz Station sera encore et toujours ce centre VIVANT du Jazz et que les autorités auront enfin compris que la Jazz Station n’est PAS un CLUB DE JAZZ mais un espace de création, un espace de vie, bref, un espace culturel important

Kostia : Dans 10 ans, j’espère être encore là ! La Jazz Station aura 20 ans, elle sera jeune adulte et continuera à être un lieu accueillant, dynamique, et à l’écoute des besoins des musiciens. Ou alors ce sera peut-être devenu le temple du punk rock. Qui sait ! Mais l’esprit ne changera pas.

 

Happy birthday, Jazz Station !

 

A+

 

 

 

 

 

13/02/2014

Fisrt Floor - Lift

Lift, c’est d’abord la rencontre d’une voix et d’un souffle.

La voix, c’est Emily Allison, le souffle c’est Thomas Mayade.

Elle chante, il joue du bugle.

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Mais Lift est aussi et surtout un véritable groupe dans lequel on retrouve Dorian Dumont (p), Jérôme Klein (dm) et Lennart Heyndels (cb).

First floor est leur premier album. Un album qui vous emmène, avec douceur et souplesse, au-dessus des nuages, là où l'horizon se dégage et s'ouvre à tous les possibles.

Ecoutez la magnifique et bien nommée ballade «Lift», vous comprendrez.

Ensuite, voyagez aux rythmes des humeurs changeantes et des tourbillons mélodiques. Vous irez de surprises en surprises.

Lift se joue des difficultés techniques et harmoniques, et les affronte pour en faire des atouts, des complices. Ce sont dans ces moments-là que la beauté surgit et que tout paraît simple et évident. Pourtant, chaque morceau recèle sa part de mystère et de secret. Si le groupe nous donne quelques clés, il nous invite surtout à pousser certaines portes pour aller explorer, fouiller et finalement s'abandonner. Lift nous invite à la réflexion et au dialogue avec une grande finesse. Les mots sont cousus, malaxés, pétri avec délicatesse. Ils s'unissent poétiquement les uns aux autres et finissent par se mêler au souffle chaud de la trompette qui transforme l'air en un moelleux et irréel tissu de velours.

Le swing nonchalant, le groove sensuel et les rythmes ralentis nous bercent («Lift», «Kaléidoscope»), mais les accélérations subites ou les agitations soudaines («For Jan» ou «For All We Know») nous empêchent de nous appesantir. Lift n'a pas peur de retourner les idées ni de ressasser les souvenirs, mais il aime aussi provoquer l’avenir. Comme une horloge qui aurait perdu la notion du temps.

La contrebasse de Lennart Heyndels claque autant qu'elle rassure. Le drumming de Jérôme Klein souligne la crête de paysages imaginaires ou tente de définir des silhouettes furtives. Le jeu lumineux et étincelant de Dorian Dumont agit comme la caresse d’un fouet lors d’une étreinte furieuse. Il alterne fougue et tendresse.

Quant aux compositions, elles sont raffinées et s’enveloppent dans l’écrin d’arrangements finement ciselés. Et comme si cela ne suffisait pas, Lift invite trois amis à les accompagner.

Il y a d’abord David Linx, qui joue presque autant le rôle de passeur et d'éclaireur que compagnon de route. Il rehausse de son inimitable timbre «Dreamscape» et «Solstice». Il y a aussi le saxophoniste Christophe Panzani (qui a joué avec Carla Bley, Da Romeo, Hocus Pocus ou Drops) qui raffine «Dreamscape» et «Clin d’œil» d’un supplément d’âme. Et puis, il ne faudrait pas oublier Sandrine Marchetti qui, le temps d’un morceau («Sur le fil»), installe au piano son jeu poétique et diaphane.

First Floor n’est qu’un premier palier dans l’univers très personnel et singulier de Lift, et après plusieurs écoutes, il ne donne qu’une seule envie, aller encore plus haut.

 

Teaser LIFT - 1st Floor from LIFTmuzic on Vimeo.

 

 

A+

13/07/2013

Fabrice Alleman Obviously et Big Noise - Festival au Carré à Mons

 

Soirée jazz au Festival au Carré à Mons.

Ce mardi soir, le soleil chauffe encore l’esplanade du Théâtre du Manège. L’air est doux, le public est nombreux et réuni autour de la scène pour écouter Big Noise.

Big Noise ! Rien de tel pour mettre tout le monde de bonne humeur. Big Noise - j’en ai déjà parlé ici – ce sont quatre gaillards qui revisitent le blues, le marching jazz et le jazz New Orleans avec une énergie débordante. L’esprit est bien présent, pas de doute là-dessus. Le respect aussi. Mais il y a juste ce qu’il faut de d’irrévérence, de plaisir, de bonheur et de sincérité pour en faire une musique qui n’a pas peur de se frotter à la modernité.

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On est toujours impressionné par la faculté qu’a Raphaël D’Agostino à passer de la trompette au chant avec autant ferveur que de justesse. On est étonné aussi par le jeu toujours vigoureux de Laurent Vigneron (dm) ou par la technique et l’explosivité de Johan Dupont (p). (Johan Dupont qui vient de publier chez Igloo, avec Music For A While, un album surprenant et totalement différent de Big Noise puisqu’il s’agit d’un savant mélange d’impros et de relecture sur musique baroque du XVIème siècle – Dowland, Purcell, etc. - A découvrir). Et puis, il y a Max Malkomes à la contrebasse, solide, puissant et très mélodique. Bref, une fois de plus, on n’est pas déçu. Et le public non plus, qui en demande encore un peu plus. Mais il est temps de se diriger vers la salle de répétition du Manège pour écouter Fabrice Alleman.

La dernière fois que j’ai vu Fabrice sur scène, c’était à la Jazz Station, bien avant l’enregistrement de ce superbe album qu’est “Obviously”, une petite perle de sensibilité et de groove mêlés.

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Ce soir, c’est sold-out (un concert supplémentaire sera même proposé le lendemain, pour contenter tout le monde). Pour l’occasion, le saxophoniste a eu la bonne idée d’inviter David Linx. Plus qu’un simple guest, le chanteur s’est investi dans le projet en écrivant des paroles originales sur certains thèmes, poussant même Alleman à revoir quelques-uns de ses arrangements.

Mais avant que Linx ne les rejoigne sur scène, c’est le saxophoniste qui chante – et très bien – sur “Morning” et “Afternoon”, tout en échangeant avec Lionel Beuvens (dm) et en groovant avec Reggie Washington (cb, eb) ou Nathalie Loriers, qui se partage entre piano et Fender Rohdes. Il laisse ensuite s’envoler Lorenzo Di Maio, formidable de swing - mâtiné de riffs rock - sur un “Three Or Four” du tonnerre.

David Linx arrive alors pour “Regards croisés”, rebaptisé “Come Up The Stairs”. Dès les premières mesures, Linx impose sa griffe. Le chant est parfait, reconnaissable entre mille. Avec Fabrice Alleman, la connivence est immédiate.

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Si le chanteur et le saxophoniste (qui utile aussi bien la clarinette basse, le soprano et le sax ténor) sont à l’avant-plan, ils n’hésitent jamais à laisser de beaux espaces à la basse ronde, profonde et sensuelle de Reggie Washington, ou à Nathalie Lorriers, éblouissante lors de son impro sur “Hope For The World”. Ses enchaînements d’accords sont d’une fraîcheur et d’une brillance incroyables. Et sur “Jay Jay”, elle se lâche encore. D'ailleurs, sur ce dernier morceau, chacun se lance des défis. Et ça enfle, et ça bouge, et ça tangue de tous côtés.

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Et puis le dialogue s’emballe de plus belle entre Linx et Alleman sur “Don’t Say It’s Impossible”. Le sax soprano et le scat si particulier et unique du chanteur ne font qu’un. Rien ne les arrête. Alleman avait raison, rien n’est impossible.

Ce projet, “Obviously”, réussit le mélange parfait enter lyrisme et groove avec tellement de simplicité et de spontanéité que, oui, tout cela semble évident.

Pour le plaisir... le clip "Hope For The World".


Hope for the World - Fabrice Alleman from Bernardo Camisão on Vimeo.


A+

 

06/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 1)

 

22 novembre 2012. Bruxelles. Jazz Station. Le club est plutôt bien rempli. Le public se presse au bar ou se cherche une pace dans la salle. Ça bouillonne déjà, c’est électrique. Il est plus ou moins 20h30. Ça y est, coup d’envoi d’une série de concerts qui vont célébrer les 20 ans de carrière d’Aka Moon.

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L’inséparable trio monte sur scène dans un tonnerre d’applaudissements. Après quelques mots d’une brève introduction pleine d’émotion, Fabrizio Cassol, Michel Hatzigeorgiou et Stéphane Galland plongent et replongent dans le répertoire fondateur du groupe.

Nous voilà en 1992. «Aka Moon», «Aka Earth», «Aka Truth»… Les morceaux du premier album défilent. Avec la même fraîcheur et avec toujours autant d’intensité. On se surprend à re-entendre en live ces morceaux qu’on n’écoutait plus que sur CD. Coups d’accélérateur par-ci, virages en épingle par-là, courses poursuites, queues de poisson, décélérations brutales, tout y est, intact comme aux premiers jours. On jubile.

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Aka Moon attaque le deuxième set avec la période Akasha (1995). «As Known As Venus», «Bagherathi», «Galileo Galilei», «Alakananda». L’énergie est toujours là. Les musiciens se surprennent encore. Il faut voir l’œil d’Hatzi briller à l’énoncer du morceau à venir. Il faut voir le sourire complice de Stéphane Galland, prêt à sortir des polyrythmies encore plus délirantes. Il faut sentir ce bonheur décuplé qui jaillit en notes ininterrompues du saxophone de Fabrizio Cassol. Après 20 ans, la source ne s’est pas tarie. On se croirait dans «La machine à explorer le temps» de Welles. Les paysages défilent à toute allure, les décors évoluent constamment, les souvenirs remontent à la surface. L’excitation est à son comble et le public ne cache pas sa joie. Aka Moon termine le set avec «Bruit» en hommage à Pierre Van Dormael (qui en avait signé la compo) qui fut, on le sait, l’un des éléments déclencheurs de cet incroyable groupe. Et puisque le public en redemande encore, Aka Moon amorce la période Elohim et Ganesh - que le groupe revisitera le lendemain avec David Linx en invité - et nous balance un dernier morceau éblouissant.

On me rapportera d’ailleurs que le concert du vendredi 23 (avec David Linx) fut d’une puissance incroyable. Je n’y étais pas. «C’était Werchter à la Jazz Station!» me confiera Fabrizio quand je le croise le samedi 23 pour le concert en duo de Michel Hatzi et David Linx.

Car oui, en plus de la rétrospective complète des 20 ans, Aka Moon a également fait de l’espace pour des projets parallèles (Conference Of The Birds, Ananke, Les Chroniques de l’Inutile ou encore Pudding oO…). J’en parlerai plus tard.

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Pour l’instant, Michel Hatzigeorgiou et David Linx sont sur scène. Le duo a déjà enregistré ensemble. Il y a plus de quinze ans. Mais ne cherchez pas leur discographie, vous ne trouverez rien : les bandes originales se sont perdues suite à la faillite du studio d’enregistrement. L’occasion était donc trop belle pour raviver le projet et faire, enfin (!), un premier concert.

L’instant a quelque chose de magique.

Qui inspire l’autre? Qui suit l’autre? Qui le devance ou l’attend? Impossible à dire. La connivence est totale. Le souffle, le scat, les respirations de Linx se fondent aux slapping, aux résonances et aux pizzicati d’Hatzi. Tout se noue, se dénoue, s’accélère et se détend, tantôt de façon enlevée et fougueuse, tantôt avec extrême sensibilité. Le duo mélange standards et compositions originales. Le blues, l’Afrique, le rock et le jazz se confondent. «Blackbird» (The Beatles), énergique et ornementé de beaux effets de guitare, précède un «Jessica» où les mots de Linx déferlent en cascade sur une mélodie, sinueuse et vive  à souhait, emmenée par Hatzi. Le bassiste électrique profitera ensuite pour délivrer une version incroyable de «Last Call From Jaco»... haa, ce riff obsédant. On entendra plus d’une fois ce thème lors des différents concerts et, croyez-le ou non, il sera chaque fois réinventé, recoloré, redessiné. C’est ça le jazz, c’est ça l’impro, c’est ça le talent.

Linx et Hatzi reprennent encore «Walk Alone» (le morceau enregistré et perdu), «Black Crow» ou «The Wind Cries Mary» (Jimi Hendrix) avec une telle force et une telle passion que cela devrait les pousser à remettre définitivement ce projet sur pieds. Et mon petit doigt me dit que...

à suivre bien entendu, l'aventure ne fait que commencer…

A+

 

01/12/2012

Aka Moon - 20 ans

Pour fêter les 20 ans d'existence d'Aka Moon, la Jazz Station organise depuis le 22 novembre et jusqu'au 22 décembre une série de concerts "rétrospectives".

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Aka Moon en trio ou avec de nombreux invités (David Linx, Fabian Fiorini, Magic Malik, Benoit Delbecq, Baba Sissoko, Grazzhoppa ou encore Nedyalko Nedyalkov), il y en a pour tous les goûts. Et quand le trio ne joue pas, il invite d'autres groupes (Les Chroniques de l'inutile, Ananke, Pudding oO). Et puis, il y a les lectures de Jean-Pol Schroeder

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Et il ne faudrait pas oublier la très bonne expo qui retrace en photos, affiches, films et documents (des partitions aussi belles qu'étonnantes), cette incroyable aventure!
Bref, allez y faire un tour, vous ne le regretterez pas.

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Bien sûr je vous parlerai très bientôt des concerts qui ont déjà eu lieu… Autant déjà vous dire que c'était… intense.


A+

16/08/2012

Brussels Vocal Project au Cercle des Voyageurs

Vendredi 3 août. L’air est lourd sur Bruxelles.

Il fait chaud dans la bibliothèque du Cercle Des Voyageurs. Il y a du monde. Sur scène, pas de micro, pas d’amplification. Pas d’instrument non plus. Ce soir, c’est a cappella.

Alors, on s’isole un peu plus du bruit extérieur. On ferme la fenêtre.

Il fait encore plus chaud.

Le Brussels Vocal Project est né au conservatoire de Bruxelles. Presque par hasard.

Au début, d’ailleurs, il n’y avait pas que des vocalistes. Mais tout le monde chantait. Petit à petit l’idée a fait son chemin, le groupe s’est resserré, le répertoire s’est affiné. Ils étaient 9 lorsque je les avais vu à Dinant, en 2009. Ils avaient failli remporter le concours des jeunes talents.

Aujourd’hui, ils sont six.

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Le projet s’est encore concentré et le groupe travaille, pour l’instant, autour de l’un des thèmes impérissables du regretté Pierre Van Dormael: «The Art Of Love».

L’idée du Brussels Vocal Project a alors été de demander aux musiciens qui avaient côtoyés de près le guitariste, d’écrire ou d’offrir un thème lui étant dédié.

Fabian Fiorini, Fabrizio Cassol, Nathalie Loriers, Pierre Vaiana, Pirly Zurstrassen, David Linx et Serge Lazarévich ne se sont pas fait priés. Chacun a écrit selon son expérience, son histoire, son vécu, son ressenti, son amour.

Chaque compositeur à posé sa griffe, son style. On reconnaît le lyrisme ou la délicatesse sombre des uns, l’électricité ou les tourments des autres. Et la sensibilité de tous.

Sur chacune de ces compositions, François Vaiana et Anu Junnonen, principalement, ont posé des paroles. On y entend de l’anglais, de l’italien, du français ou du finnois.

Ce qui pourrait paraitre très éclaté, incohérent, voire chaotique, trouve son fil rouge dans les voix et les arrangements.

Les six vocalistes ont façonné un équilibre parfait. Un soprano (Frédérike Borsarello), une basse (Wouter Vande Ginste), un ténor (Jonas Cole), deux altos (Anu Junnonen et Elsa Gregoire) et un baryton (François Vaiana).

Tous ne viennent pas du jazz, certains viennent du classique ou du rock. Voilà qui ajoute encore à la richesse du projet.

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Avec une maîtrise quasi parfaite, le Brussels Vocal Project ne succombe pas à la démonstration mais fait affleurer l’émotion. Et c’est parfois très impressionnant.

C’est la version moderne, très actuelle et très personnelle, des grands groupes vocaux auxquels on pourrait peut-être faire référence comme Les Double Six, Lambert, Hendricks & Ross ou Manhattan Tansfert des bonnes années… Mais au swing de ceux-ci, il faut ajouter des harmonies complexes et très contemporaines. Les thèmes sont riches de nuances et ne se cachent jamais derrière la facilité.

La musique circule, se transmet et s’échange entre les vocalistes. Chacun tient son rôle à la perfection. Ils s’écoutent, se répondent, se laissent le temps de respirer, de souffler, de s’épanouir. On passe de l’intimiste au swinguant. Du mystérieux au lumineux. Du tendre au mordant. En toute poésie.

Puis le concert s’arrête. Un enfant pleure dans la salle à côté et a besoin de sa maman. Sa maman c’est Elsa. Alors, avec naturel et générosité, on fait une pause.

On ouvre les fenêtres. On laisse rentrer l’air.

On craint un instant que la magie va être rompue. Mais non. Ce petit interlude permet de nous rendre encore mieux compte de la performance des chanteurs, de l’univers dans lequel ils nous ont emmené et de l’humanité partagée.

Lorsque le concert reprend, le rêve est intact. Et l’on voudrait qu’il dure longtemps.

Dehors, il fait toujours aussi chaud. Mais intérieurement, le Brussels Vocal Project nous a vraiment rafraîchi.



Le Brussels Vocal Project compte enregistrer prochainement. Puis tenter de chercher une maison de disques. Et puis de trouver d’autres concerts.

Nos oreilles et notre cœur n’attendent que ça.

Le projet est audacieux et original, il serait vraiment dommage de passer à côté.

 

A+

10/08/2012

Nguyên Lê. L'interview.


L'excellent guitariste Nguyên Lê sera en concert au Festival d'Art Huy ce 19 août.

Un concert qu'il ne faudra pas manquer si vous aimez le jazz, le rock et les musiques ethniques. Il a sorti chez ACT Music le très bon album ("Songs Of Freedom") qui mélange allègrement et intelligement quelques-uns des morceaux emblématiques du rock et de la pop (Led Zeppelin, The Beatles, Janis Joplin, Iron Butterfly ou encore Stevie Wonder) avec les musiques indiennes, vietnamiennes ou nord-africaines. Une réussite ! Bien loin des clichés "habituels".

Lors de son passage à l'Espace Senghor à Bruxelles, j'ai eu l'occasion de le rencontrer.

Nguyen Le_01.jpg

Il y a eu “Purple”,  il y a eu aussi, avant et après, des projets basés plus spécifiquement sur la musique vietnamienne … Peut-on dire que “Songs Of Freedom” est la suite de “Purple” ou bien est-ce une parfaite fusion entre rock, jazz et musique asiatique?

Il y a eu des tentatives avant “Purple”. Mais c’est vrai que “Purple” a été déclencheur. Il y avait longtemps que je voulais travailler sur la musique de Jimi Hendrix. J’y pensais déjà en '93, avec le groupe que j’avais à l’époque.

Ultramarine?

Non, non, c’était après, avec Richard Bona, avant qu’il ne devienne la star qu’il est devenu. Je m’intéressais à l’énergie du rock. J’ai toujours adoré ça et je voulais développer cet élément. D’ailleurs, c’est quelque chose que j’ai toujours essayé de garder dans ma musique, quel que soit le projet. Au départ, c’était pour jouer, pour la joie que cela procure sur scène, la joie de sentir le retour" du public. Puis, il y a le passage au disque. Et pour cela, il faut plus que du plaisir, il faut du “concept”. Ce concept, je l’ai découvert avec une version de “Voodoo Chile. Il y avait une lecture ethnique, une lecture africaine sur un morceau rock. Je voulais relier plein d’éléments avec le morceau original. Autant par le texte que par la musique. Relier tous les symboles qui sont transportés par l’histoire d’Hendrix. Il était assez naturel, pour moi, de faire le rapport entre la transe Gnawa et la transe d’Hendrix. Pour moi, Hendrix a toujours été ne musique de transe. Et c’est comme cela que j’essaie de la jouer d’ailleurs. J’ai poussé le concept de cette fusion jusqu’à traduire les paroles d’Hendrix en Bambara. J’ai aussi invité le musicien algérien Karim Ziad pour jouer les percus. J’ai gardé l’énergie rock et l’esprit d’ouverture et d’improvisation typiquement jazz. Mais cela, c’était seulement pour un seul morceau. Et j’aimais ce concept et je voulais le pousser plus loin. Puis, Siggi Loch, le patron de ACT Record m’avait demandé de faire un deuxième volume sur la musique d’Hendrix. Alors, j’ai commencé à travailler, et puis j’ai réfléchi et je me suis dit que je ne devais pas me limiter à Hendrix. J’étais très excité d’aller voir plus loin, avec d’autres morceaux rock.

Est-ce une musique qu’il a fallut “réinventer” cette musique ? Car  ce mélange ethnique n’est peut-être pas toujours aussi évident que dans “Voodoo Chile ou dans la musique d’Hendrix en général ?

Oui. Mais au départ, avec le projet Hendrix, il y avait aussi une idée de “simplicité” volontaire. L’idée n’était pas de réécrire des choses, de les re-arranger. A l’opposé, dans Songs Of Freedom, j’ai voulu pousser le côté écriture beaucoup plus loin. Et ce groupe est,  pour moi, comme un mini Big Band. C’est pour cela que j’avais besoin d’un instrument harmonique, comme le vibraphone, par exemple. Ce que joue Illya Amar est très écrit. Cela n’en a peut-être pas l’air, mais c’est assez précis. Et le vibraphone donne une autre couleur que le piano ou le synthé ! Cela donne une lumière, une certaine clarté à l’ensemble

Pourquoi ne pas avoir voulu créer un groupe très rock dans l’instrumentation de base et jouer la couleur avec différents invités ?

C’est un peu la démarche que j’avais faite avec “Purple”. Sauf que je ne chante pas et qu’il me paraissait essentiel qu’il ya ait du chant dans ce projet. Donc, par rapport au quartette de “Purple”, j’ai ajouté une couche harmonique.

Tu as revu aussi le line-up du groupe par rapport à « Purple », il y a des raisons particulières ?

Disons que Stéphane Galland et Linley Marthe sont des musiciens qui ont fait partie de la dernière génération de mon groupe Hendrix. On a beaucoup tourné la musique d’Hendrix avec cette rythmique-là. Et comme ça marchait très bien, qu’on était sur la même longueur d’onde au niveau de l’énergie, on a continué.

Pour revenir aux morceaux, comment as-tu procédé pour le choix, selon quels critères, quelles idées ?

Il y a plein de morceaux qui sont venus naturellement, car c’étaient des morceaux que j’adorais quand j’étais plus jeune. Je dirais même que  ce sont des morceaux qui m’ont fait aimer la musique. C’est la première musique que j’ai écoutée. Avant cela, je n’avais même pas le goût de la musique.

Oui, il me semble avoir lu cela quelque part. Tu t’es mis à la musique assez tard, vers quinze ans, ce qui semble assez incroyable.

Oui, peut-être. Le vrai groupe qui m’a fait aimer la musique c’est Deep Purple. Mais quand j’ai réécouté leur musique dans l’idée de la travailler pour "Songs Of Freedom" cela ne m’intéressait plus du tout. Led Zeppelin, par contre, je l’ai redécouvert. J’aimais déjà ça à l’époque, mais pas à ce point. Pas comme maintenant.

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Pour quelle raison Led Zep' est-il plus intéressant ? Il y a plus de richesses harmoniques, ou  rythmiques ?

C’est beaucoup plus créatif. C’est resté super moderne. Et quand on écoute les enregistrements live, on se rend compte qu’ils improvisent de façon monstrueuse. Comme des jazzmen. Ce qui était très beau à l’époque, même s’il y avait une différence entre le jazz et le rock, c’est que les rockers improvisaient. Et pour Hendrix ou Clapton, bien sûr, c’était monnaie courante. Et Led Zep' allait dans le même sens.

Reprendre des thèmes rock et improviser dessus est parfois très casse-gueule. On ne va pas donner d’exemples, mais on en connait. Il faut trouver de l’espace pour improviser. C’est difficile ? Moins évident que sur des standards de jazz, par exemple ?

Pour moi, ce n’et pas spécialement difficile. C’est à dire que j’ai comme première attitude de respecter le morceau. Je ne cherche pas du tout à le dénaturer, à le détruire ou le rendre méconnaissable. J’essaie toujours d’être complètement relié au sujet de départ. Comme pour Hendrix et "Voodoo Chile". Ceci dit, une fois que j’ai trouvé mon point de vue, je développe très loin le travail qui peut paraitre parfois assez éloigné du matériau original. Mais l’esprit est présent, c’est la même chanson, les mêmes paroles. En fait, il s’agit plutôt d’une histoire de couches. Et je m’aperçois que je fais ça tout le temps. Ça fait des années que je m’amuse à réécrire de la musique sur de la musique qui existe déjà. J’écris de la musique sur des musiques qui n’ont pas besoin de moi, finalement. Et ces musiques, ce sont autant celles d’Hendrix que la musique Vietnamienne ou que la musique du Maghreb. Tous ces morceaux traditionnels - et on peut y inclure Hendrix ou Led Zep' sans problème – ce sont des diamants en eux-mêmes. Je veux qu’ils restent des diamants. Par contre, je veux me les approprier, avec le rêve que j’aurais pu les écrire moi-même (rires). C’est un rêve, il ne faut pas prendre ça au premier degré !

Pour chacun des morceaux, tu as conçu des arrangements aux influences différentes: une fois c’est le Vietnam, une fois l’Afrique, l’Inde…  Y avait-il une idée bien précise derrière chaque morceau ?

Absolument. Une fois encore, il s’agit de trouver un point de vue initial précis pour commencer l’arrangement.

Qu’est ce qui fait que tu décides de traiter tel morceau sur un raga ou sur un rythme africain ?

Je pense que les raisons sont spécifiques aux morceaux. Si l’on prend “I Wish”, que j’ai voulu en version “Bollywood”, c’est parce que ça groove déjà monstrueux au départ. Je ne pouvais pas en faire une ballade. Même si c’est un truc facile de jazzmen: prendre un morceau rock et le ralentir, en faire une version sobre et dépouillée. Et ça marche bien.  Mais moi, je voulais garder une version groovy. Et je voulais que cela corresponde à ma personnalité et que cela parle aux gens de ma génération, à ceux qui, comme moi, sont dans ce monde métissé. J’ai réfléchi aux musiques ethniques qui groovent et qui ont un côté joyeux et un peu clinquant… Il fallait que cela corresponde au morceau original qui, lui aussi, est très joyeux, presque bling-bling. "In A Gadda Davida" est un morceau que j’ai beaucoup écouté dans mon adolescence. Quand on écoute ça, c’est pop, mais déjà très oriental. Mais c’est de l’orientalisme psychédélique d’époque. J’ai simplement repris le petit interlude qui ne dure qu’une ou deux mesures sur le morceau original, que j’ai juste exploité. Je l’ai allongé et cela a inspiré tout le reste du morceau.

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Quel morceau a été l’élément déclencheur du disque ?

Au départ, il y avait "Voodoo Chile", qui était le morceau fondateur, comme je l’ai dit. Mais “Eleanor Rigby” est venu assez vite. Puis “Black Dog” ! Que je voulais absolument faire avec Dhafer Youssef. C’était impossible de passer à côté, c’est mon Robert Plant !!

Il y avait donc aussi l’idée de choisir des voix spécifiques suivant les morceaux. Comment les as-tu choisi ?

C’était moins simple, en effet. Il faut dire que, au départ, j’avais l’idée de traduire les paroles dans les langues appropriées aux arrangements. Comme je l’avais fait avec "Voodoo Chile". Je voulais pousser l’idée ethnique jusqu’au bout. En vietnamien ou en turc, cela aurait été super. Mais je me suis vite aperçu que je n’avais pas vraiment le droit de faire ça. Cela aurait été assez problématique au niveau juridique. J’ai oublié ça et les choses sont venues assez naturellement. Puis, certaines voix sont arrivées au dernier moment, comme Youn Sun Nah. Je cherchais la “bonne chanteuse” pour "Eleanor Rigby". Mon arrangement était asiatique et j’avais pris des contacts avec une chanteuse indienne qui habite en Californie. Mais c’était compliqué à mettre en place. Je me suis aperçu qu’il fallait que j’arrête d’aller chercher des inconnus que je n’avais entendu qu’une seule fois. L’idée était excitante, mais difficile à réaliser. Il fallait quelque chose de plus simple et naturel au niveau de la relation. Alors, comme je participais, à l’époque, à l’élaboration du disque "Same Girl" de Youn Sun Nah - pas en tant que musicien mais en tant qu’ingénieur du son – je l’ai entendu chanter "Enter Sandman", un morceau de Metallica. J’ai craqué et je me suis dit que c’était elle qui allait chanter “Whole Lotta Love”.  Et puis, il est devenu évident que c’est elle qui allait chanter "Eleanor Rigby".

Par contre, sur scène, tu ne peux pas emmener tous les chanteurs. Tu as dû faire un choix, là aussi. Cela n’a pas dû être facile.

En effet, il y a eu le concert au New Morning, pour la sortie de l’album où tout le monde était présent. C’était fabuleux. Mais, en effet, je ne peux pas faire ça tout le temps. Mais Himiko Paganotti est parfaite pour reprendre le rôle de chacun, et le sien, sur scène. Elle a un talent fou. Bien sûr, elle ne va pas chanter comme Dhafer, Julia Sarr ou David Linx. Mais le disque, une fois encore, c’est une chose et le live en est une autre. Et ce qui est intéressant, en live, c’est que le groupe prend possession de la musique. Au début, je suis le chef - simplement parce que j’ai écrit tout ça - alors on me suit. Mais très vite, chacun connait la musique par cœur et se l’approprie. Elle revit. On développe autre chose, une énergie qui se renouvelle sur scène. C’est le sens de l’improvisation.

Tu essaies aussi, à chaque projet de renouveler, en grande partie, tout le personnel. C’est pour garder de la fraîcheur de la spontanéité ?

C’est une volonté, par rapport à chaque disque, d’essayer de nouvelles choses. La vie est très courte, j’ai plein d’idées. Depuis que je fais des disques sous mon nom, je me dis qu’il faut que cela en vaille la peine, que je trouve quelque chose à dire. Chaque disque a un sens et je déteste me répéter. Surtout sur disques. Et j’essaie de faire un peu le contraire du disque précédent. Je ne vais sans doute pas faire un disque “rock” après ce “Songs Of Freedom”, c’est sûr. Comme l’album que j’avais fait juste avant celui-ci, "Saiuky", qui était très acoustique et joué avec des musiciens vietnamiens traditionnels.

 

Merci à Jos L. Knaepen pour les photos.

 A+

09/06/2012

Strange Fruit - Fabrizio Cassol au Théâtre National

La veille - le jeudi 31 mai - Fabrizio Cassol et tous ses amis musiciens et chanteurs avaient fait salle comble au KVS.

Ce vendredi 1er juin, la bande - toujours au grand complet – s’est déplacée d’une centaine de mètres, a traversé le Boulevard Jacqmain, et est allée remplir le Théâtre National.

Strange Fruit - c’est le nom du spectacle - est une longue histoire que le saxophoniste d’Aka Moon a trimballé avec lui depuis plus de cinq ans pour la façonner minutieusement, de manière presque secrète.

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Inspiré par la célèbre chanson d’Abel Meeropol, Fabrizio Cassol a créé un étonnant conte musical qui mélange les genres et fait fi des frontières. Le jazz, l’opéra, le classique, le folk, les chants africains… tout y est, tout y passe. Et l'on y entend toutes les influences du musicien, toutes ses émotions et tout son engagement.

On pourrait craindre que cela n’aille dans tous les sens, mais ce serait sans compter sur la clairvoyance et l’intelligence du compositeur qui s'est astreint à garder un discours déterminé et une ligne de conduite éclairée.

Et cette ligne fédératrice, c’est l’humanité. Celle qui permet d’harmoniser toutes les différences.

D’ailleurs, avant d’entamer le concert, Fabrizio laisse la place à deux représentants du Collectif des Maliens de Belgique pour qu’ils exposent et nous sensibilisent à la situation désastreuse du Mali. Les mots sont simples, brutaux, terriblement imagés et d’une force inouïe. Une courte minute de silence s’en suit. Lourde. Pesante.

Alors, comme pour chasser les mauvais esprits et redonner de l’espoir, la voix de Baba Sissoko résonne du fond des coulisses. Il entre sur scène accompagné de trois autres joueurs de Tama qui laissent éclater un chant rassembleur.

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Entre-temps, Stéphane Galland s’installe derrière sa batterie et entre aussitôt dans la danse. Michel Hatzigeorgiou fait de même à la basse électrique. Et puis il y a aussi Hervé Samb à la guitare électrique. Et derrière, il y a Bart Defoort (ts), Laurent Blondiau (tp), Michel Massot (tb) et Magic Malik (flûte). De l’autre côté, Eric Legnini s’est entouré de claviers (piano, Fender, moog).

Mais il y a aussi la Choraline - le chœur des jeunes filles de La Monnaie aux voix sublimes, diaphanes et célestes - qui occupe le fond de la scène. Sous la direction de Benoît Giaux, ces adolescentes d’une quinzaine d’années vont sublimer la soirée de par leur aisance et leurs qualités vocales.

Entrent ensuite en scène Oumou Sangaré, magnifique dans son boubou rose, Marie Daulne, plus sensuelle que jamais dans une robe de voiles noirs et Cristina Zavalloni, divine et troublante comme la reine dans Blanche Neige.

Tour à tour elles chanteront «Soukoura», «Sehet Jesus», «I Can’t Sleep Tonight». C’est un mélange de voix plus subtiles les unes que les autres. L’émotion transpire, les portes de l’improvisation s’ouvrent.

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Marie Daulne, en duo avec Eric Legnini, donne sa vision de «Strange Fruit», à la fois solennelle et cruelle, dans laquelle elle injecte quelques paroles en français avant d’aller disséquer les mots en anglais. Le frisson perdure lorsque, de sa voix de mezzo-soprano, Cristina Zavalloni reprend le thème, accompagnée par la Choraline.

Puis, Kris Dane, guitare acoustique en bandoulière, vient implorer les grâces d’un poignant «If Jesus…», avant de laisser Oumou Sangaré nous chanter et nous parler de ses «Enfants de la rue». La voix de la diva malienne est sublime et unique (haa... cette patine légèrement graineuse). Elle fait passer toute la générosité d’une vie au travers de son chant.

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Etonnamment, Fabrizio Cassol intervient assez peu dans son spectacle. Mais, il est pourtant bien présent. Il met en valeur l’histoire, la musique et les musiciens, et dirige l’ensemble de main de maître.

Fabrizio invite David Linx à venir enflammer plus encore le Théâtre. Sur «Some Days», le chanteur se lâche complètement et entraîne avec lui Hervé Samb dans des solos incandescents, puis répond aux improvisations toujours surprenantes de Magic Malik avant de dialoguer jusqu’à la folie avec Cristina Zavalloni. Alors, tout le monde revient sur scène et Baba Sissoko fait exploser le final avec un «Farka» tonitruant et délirant.

C’est ça le voyage de Fabrizio. C’est partir de l’Afrique, passer de l’autre côté de l’Atlantique, revenir en Europe et repartir. Ailleurs. Encore. Toujours.

Le public est debout, danse et chante. Fabrizio ne peut se soumettre à un rappel des plus festifs.

Avec un tel line-up (ils sont près de 60) on n’aura pas souvent l’occasion de voir Strange Fruit sur scène (mais, qui sait, les rêves finissent parfois par se réaliser) alors, heureusement, il y a le disque. Il est paru chez Blue Note et il restera sans aucun doute un point de repère inaltérable dans la carrière de Fabrizio Cassol. C’est un album qui défiera le temps car il est unique (un peu comme cet autre monument auquel ont participé la plupart de musiciens ce soir : «A Lover’s Question», de Linx, Baldwin et Van Dormael).

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Bref, cet album risque d’être intemporel. Intemporelle comme l’est aussi la chanson «Strange Fruit», pour laquelle David Margolick a consacré un ouvrage indispensable (paru chez Allia) que je vous recommande tout autant.

 

A+

 

28/02/2012

Tournai Jazz Festival sur Citizen Jazz

La création d’un festival de jazz est toujours réjouissante. Celui de Tournai est d’autant plus à encourager qu’il se situe dans une région un peu trop oubliée des médias. Pourtant, la ville occupe une position géographique assez enviable puisqu’elle est située au carrefour de la Wallonie, de la Flandre et du Nord de la France.

Et puis, du jazz à Tournai, on n’en avait plus entendu depuis bien longtemps.

La suite à lire ici, sur Citizen Jazz...

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Bonne lecture.


A+

 

25/02/2012

Tournai Jazz Festival

Oui, oui, il y a eu le Tournai Jazz Festival. Et j’y étais.

C’était le week-end des 27, 28 et 29 janvier et ça se passait à la Maison de la Culture.

L’ambiance était très bonne et très sympathique. L’organisation parfaite («chapeau» pour une première !).

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A l’affiche, il y a avait Toots, Terez Montcalm, Eric Legnini, le BJO avec David Linx et Maria Joao, Thierry Crommen, Philip Catherine

Les salles étaient plutôt bien remplies et les concerts souvent à la hauteur des attentes. Coup de cœur pour Philip Catherine qui arrive toujours à allier sobriété et efficacité. Ses relectures des grands classiques de Cole Porter sont de pures merveilles.

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Et puis énorme coup de cœur au BJO et le projet «Another Porgy, a different Bess». Fantastique d’un bout à l’autre. David Linx, toujours éblouissant et Maria Joao renversante ! Des arrangements incroyables («A Red-Haired Woman» à tomber par terre, «Summertime» à pleurer…), des solistes formidables, un Big Band unique. On attend le disque avec impatience.

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Bref, tout ça, vous le lirez en long, en large et en profondeur, très bientôt sur Citizen Jazz.

 

A+

 

12/01/2012

Festival de festivals.

 

Qui a dit qu’il fallait attendre l’été pour retrouver les festivals de jazz ?

Allez, hop, tous à vos agendas… et essayez de vous organiser!

Ça commence le 17 avec le Winter Jazz Festival, au Théâtre Marni et à Flagey.

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C’est Philip Catherine - accompagné par le pianiste italien Nicola Andrioli - qui ouvrira les festivités au Marni (le 17) et pas moins de 20 jeunes musiciens venus de 7 pays européens qui donneront un grand concert de clôture à Flagey le 28 : «JazzPlaysEurope Anniversary». Entre ces deux grands moments, on pourra entendre le nouveau et ambitieux projet de Barbara Wiernik avec l’Ensemble des Musiques Nouvelles : «Les 100 Ciels» (le 21 au Marni). Le 26, à Flagey, Sinne Eeg sera l’invitée du Danish Radio Big Band et le lendemain, au Marni, on pourra découvrir Loumèn.

La suite de l’affiche reflétera la liberté des influences dans lequel le jazz évolue constamment: le quartette tchéco-slovaque AsGuest joue la carte de l’improvisation. Autour du piano de Michal Vanoucek on trouvera et d’un vibraphone Miro Herak (vib) et Janos Bruneel (cb) et Joao Lobo (dm) (le 18 à Flagey). Le 19, Frown I Brown apporteront leur touche de hip hop à la note bleue, juste après le vernissage de l’expo consacrée aux esquisses d'un des menbres du groupe, Herbert Celis. Le 25, le trio manouche de Marquito Velez, Martin Bérenger et Dajo de Cauter swinguera pour un soir de rencontre entre le Winter Jazz et les Djangofolllies ! Hé oui, les Djangofollies, c’est aussi en janvier ! Ça commence le 19, ça se termine le 29 et c’est un peu partout en Belgique…

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Un autre Festival, c’est celui du Blue Flamingo, organisé par Muse Boosting au magnifique Château du Karreveld à Molenbeek. Le vendredi 20, on pourra y entendre le quartette de Fabrizio Graceffa (avec Jean-Paul Estiévenart (tp), Boris Schmidt (cb) et Herman Pardon (dm) et le samedi, le trio de Eric Seva (as), Didier Ithursarry (acc) et Olivier Louvel (g, sax). Cerise sur le gâteau, Eric Seva proposera également une Master Class le samedi 21 à 16h. Avis aux amateurs ! Renseignez-vous vite au 02 880 93 26 ou surfez ici

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Et puis, pour que le plaisir soit complet, Tournai organise son premier festival de jazz ! Cela se déroulera le week-end des 27, 28 et 29 janvier à la Maison de la Culture. Et pour une première, les organisateurs n’ont pas fait les choses à moitié. Au programme : Toots Thielemans et Terez Montcalm le vendredi soir, Eric Legnini «The Vox» et le projet Cole Porter de Philip Catherine le samedi. Dimanche ce sera Thierry Crommen qui montera sur scène  avant le final très alléchant: David Linx et Maria Joao accompagnés par le Brussels Jazz Orchestra avec le projet «Another Porgy & Bess»!

Et comme si cela ne suffisait pas, il y aura aussi, pendant tout ce week-end, des ateliers de jazz vocal, des concerts pour les enfants et d’autres concerts (Swing Dealers, Nu Jazz Project…). Ça va swinguer dans la cité des cinq clochers !

A+

 

 

 

20/10/2011

50. Bilan musical.

 

1961. 20 octobre, je nais.

Aucun souvenir.

Le tube du moment c’est « Hit The Road Jack »… ça commence fort.

Jusqu’à mes six ans, je n’ai pas trop de souvenirs marquants. À la radio, qui est allumée en permanence dans le magasin de ma mère ou dans l’atelier de mon père, j’entends sans doute Alain Barrière, Richard Anthony, François Deguelt, Sheila… À la télé, je vois Henri Salvador faire son Zorro. À la fancy-fair de l’école, on danse sur « Enfants de tous pays » et plus tard sur « Yellow Submarine »…

1967. Un samedi après midi, il y a du soleil, je joue au beau milieu de la cour, dans une grande bassine de fortune remplie d’eau. J’entends « Puppet On A String ». J’écoute les 45 tours que ma sœur achète : The Four Tops (« The Letter »), The Monkees, The Bee Gees (« Massachusetts »)… et bien sûr : The Beatles (« Penny Lane » «All You Need Is Love ») et les Stones (« We Love You »). Ma sœur peut enfin acheter un 33 tours ! Pas n’importe lequel : « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band ». Ça tourne en boucle.

 

1968. Dans la chambre avec mes sœurs, on écoute encore les Beatles (« The White Album »). Mais aussi Bob Dylan (« Nashville Skyline »), The Moody Blues…  Mon père, lui, me fait écouter sur un vieux phono des 78 tours de Ray Ventura et de Count Basie

1969. La beatlemania continue. C’est « Abbey Road ». J’écoute aussi « I'll Never Fall In Love Again » de Bobbie Gentry, « Venus » de Shocking Blue et des groupe rock belges (The Peebles « Mackintosh », The Wallace Collection « Daydream »). Un de mes cousins ramène le double album « Chicago Transit Authority ». Choc. Il me fait écouter aussi Canned Heat, Creedence Clearwater Revival. Un copain plus âgé, Philippe, ramène un disque à la couverture étrange (« In The Court Of The Crimson King ») et aussi Led Zepplin ou Procol Harum (« A Salty Dog »)… Je tanne mes parents pour acheter mon premier 45 tours. Je le trouve au Sarma, à Tournai. C’est « Mendocino » de Sir Douglas Quintet.

1970. Entre mes sœurs, mes cousins, mes copains, il y a, d’un côté « Get Ready » de Rare Earth. « Bridge Over Trouble Water » de Simon and Garfunkel, de l’autre « In Rock » de Deep Purple, « Déjà Vu » de Crosby, Stills, Nash And Young, « Lola » des Kinks, puis The Who, The Doors, Black Sabbat, The Beach Boys, George Harrison, John Lennon and the Plastic Ono Band… Et puis, il y a du Belge (Carriage Company) et aussi Polnareff, Georges Moustaki, Georges Brassens, Barbara, Nougaro, Brel… et les Poppys !

1971. Le dimanche, dans l’atelier de mon père, on jouait aux chanteurs avec mon cousin. On pouvait mettre la musique à fond ! Avec un électrophone tourne disques Philips… ça le faisait grave. Je me souviens de Mungo Jerry, de « San Tropez » sur l'album « Meddle » de Pink Floyd, de Jethro Tull, de Deep Purple. Et de « Uncle Albert » sur « Ram » de Paul Mc Cartney ou de « Brown Sugar » des Stones.

 

1972. C’est « Midi Première » avec Danièle Gilbert. Forcément, ça marque. Nicoletta, Julien Clerc, Michel Delpech… et surtout Il était une fois (« Rien qu’un ciel »), ça je l’achète. Et puis, pour les fêtes ou pour son anniversaire, mon père « peut » écouter sa musique : Glenn Miller, Count Basie, Duke Ellington… J’adore ça.

1973. Dans sa chambre, mon copain Philippe me fait écouter Wishbone Ash, Alice Cooper, Genesis (« Foxtrot »), Yes ou Roxy Music. À la radio, j’entends les claquements de doigts sur « Killer Queen ». À la télé (« Tempo » ou « Follies »?), je vois un type bizarre, c’est David Bowie. Et un autre, déguisé en clown, c’est Leo Sayer. Mais c’est aussi l’année de Slade (« Slade Alive ») et de T.Rex (« Telegram Sam ).

1974. J’écoute « The Dark Side Of The Moon » chez un copain. Et puis la musique d’un film terrifiant qui passe tout le temps à la radio : « Tubular Bells ». Au cours de musique, à l’école, la prof nous joue « L’arnaque ». J’aime ce rythme syncopé. Pour mon anniversaire, je peux aller voir Maxime Le Forestier, en concert à La Halle Aux Draps à Tournai. J’irai aussi écouter ensuite Jean-Michel Caradec, Julien Clerc, Dick Annegarn

1975. Il y avait un café-théâtre à Tournai, « La Mauvaise Herbe ». J’y vais de temps en temps avec ma sœur. On écoute du folk et de la chanson française « à texte ». J’achète (avec les sous de ma maman) quelques disques… (des 45 tours... faut pas déconner quand même !) Je me souviens de « Bohemian Rhapsody » de Queen, de « La Complainte du phoque en Alaska » de Beau Dommage. C’est l’époque de « La guitare à Dadi ». Je découvre Chet Atkins, Hank Williams… J’ai une période country. Et puis, ça y est, j’ai une guitare, sur laquelle je ne jouerai jamais que « Frère Jacques ». Sur une corde.

1976. Le soir, j’écoute en cachette « La ligne est ouverte » de Gonzague Saint Bris. La musique m’hypnotise. C’est une gnossienne d’Erik Satie. Je vois « Barry Lyndon », je découvre le plaisir de la musique classique. Je vois « Tommy » au cinéma. Je vois « Jaws » au cinéma. J’achète des compiles de musiques de films… Et puis je prends mon vélo pour aller acheter, à Dottignies, à la Maison Bleue, « Sir Duke » de Stevie Wonder.

 

1977. Sur une double page de « Première », il y a une grande photo de Patrick Dewaere qui tient dans ses mains « Crisis, What Crisis ? » de Supertramp. Il me le faut. Je l’achète plusieurs fois car il y a de petites imperfections sur le vinyl et ça m’énerve. Je m’inscris à la Médiathèque (qui s’appelait alors, la Discothèque). Je reviens avec les Andrews Sisters, Art BlakeyProkofiev, Tchaïkovski, RachmaninovGilbert Lafaille, Léo Ferré, Serge Reggiani, … des disques de bruitages aussi… Et puis Klaus Schulze.

1978. Me voilà à St Luc. J’écoute de tout. C’est l’époque où, à la télé le dimanche midi, Antoine de Caunes présente Chorus (en direct du toit de l’Empire). Je découvre Dire Straits, Tom Petty, Steely Dan, Talking Heads, The Jam, Joe Jackson, Blondie, Lene Lovitch… Et Billy Joel me fait faire des recherches sur la 52nd Street (et à l’époque, il n’y a pas Internet). Je fais des K7 de bossa-nova, de salsa, de tango avec les disques loués à la médiathèque. Je vais écouter le Big Band du West Music Club qui joue dans mon ancienne école. Certains s’étonnent que j’aime ça.

1979. Tangerine Dream, Soft Machine, Emerson Lake and Palmer et Vandergraaf Generator se mélangent aux Wings, aux Stones (« Some Girls »), à Kansas, The Cars, Fisher-Z, Police, Machiavel, Patti Smith, XTC, Jo Lemaire, Telex, Kraftwerk… à Cabrel aussi, à Higelin, Souchon, David Mc Neil et Lavilliers. De la médiathèque, je continue à ramener des trucs étranges - je ne sais pas si ça me plait mais j’écoute Pierre Henry et Stockhausen avec fascination... Puis j’écoute, avec encore un peu de difficultés, Charles Mingus, à cause de Shadows, de Cassavetes. Et Miles, à cause d’Ascenseur pour l’échafaud. Et puis, il y a Radio Cité aussi. C’est Chic, funky et soul. C’est Roy Ayers et Earth, Wind And Fire… Do you remember ?

1980. Bruxelles. C’est l’année où Lennon meurt. Je ne sors pas beaucoup (ma mère gère mon budget : « Faut pas qu’il fasse des bêtises mon Jacquot ! »). Je vais quand même pointer mon nez à la Raffinerie du Plan K (on en parle tellement dans la rubrique rock – alors excellente – de Télé Moustique). Je pense y avoir vu Echo and The Bunymen ou Joy Division. Je me balade aussi du côté de chez Pol, au Bierodrome, j’y vois Willy Vande Walle. J’aime cette ambiance très enfumée…

1981. Dans un storyboard que je fais pour l’école dans laquelle je suis, j’imagine une musique de Louis Jordan. Je me souviens avoir expliqué qui il était et quelle musique il faisait. À l’époque je découvre Idir, Oum Kalsoum ou Fairuz grâce à Mouloud, mon beau-frère. D’un autre côté, un copain de classe me fait découvrir Joni Mitchell et Don McCaslin

 

1982. Dans « Beau Père » de Blier, Patrick Dewaere (encore lui) parle de Bud Powell. J’achète une sorte de « best of ». Bud y joue avec Fats Navarro, Charlie Parker, MilesJe pense que c'est dans ce film également qu'on y parle de Lennie Tristano... En tout cas, c'est à ce moment-là que j'achete « Requiem ». Un copain achète « We Want Miles ». On écoute ça à fond.

1983. Je profite de mon service militaire en Allemagne pour acheter des disques, car ils sont moins chers. Et me voilà avec un peu de tout sur les bras, U2, REM, Paul Simon, Alan Parson, Randy Newman, John Hiatt, Frank Zappa, Al Stewart, Donald Fagen… Mais aussi Keith Jarrett, Stan Getz ou Lester Young.

1984. Retour à la vie civile. C’est « Koyaanisqatsi » de Philip Glass. C’est « Rock It » sur MTV. Chez un ami, on écoute Sade. En hommage à Monk, des musiciens se réunissent et publient un double album « That’s The Way I Feel Know ». Je me renseigne sur ce Monk. J’achète « At The Blackhawk ». La claque est monstrueuse.

1985. Le premier janvier, je re-écoute « Star People » de Miles. Un ex-beau-frère, en visite ce jour-là, me lâche : « Du Jazz ? La plupart des gens écoutent ça sans rien comprendre, juste pour se donner une attitude ». J’ai pas trinqué avec lui cette année-là. Et j’ai écouté aussi Liquid Liquid.

1986. Je vois « Down By Law », je découvre John Lurie, Tom Waits. J’écoute The Lounge Lizards. Je vois Joe Jackson pour la tournée « Grand Monde ». Je vois aussi Henri Salvador et je tombe amoureux de Syracuse. Et puis, il y a « Round Midnight » aussi, le film. Ça donne envie de traîner la nuit. La nuit, c’est l’Interférence, un bar près de la Grand Place. On y écoute Isabelle Antena et toutes les musiques des disques du Crepuscule.

1987. Barney Willen et La Note Bleue. J’achète la BD, j’achète le disque et plus tard encore un autre Barney : « Jazz Sur Scène ». Délice.

1988. Ça tourne un peu en rond. Il y a bien De La Soul, Deee-Lite, Prince, « Do the Right Thing » de Spike Lee, Womack and Womack, le rock de Manchester et Nirvana. Et puis il y a « Bird » de Clint.

1989. John Mayall me pousse à écouter du blues. John Lee Hooker, Muddy WatersJe vois Let's Get Lost de Bruce Weber. J'écoute Chet Baker.

1990. Retour à XTC. Un des groupe les plus sous-estimés du rock anglais.

1991. Je ne sais plus pourquoi, mais j’achète des opéras italiens. Verdi. « Il Trovatore », « La Traviata », « La forza del destino »… Je travaille pour un ami qui me paie en cd. Je fais mon choix en me feuilletant le bouquin « les incontournables du jazz » chez Gitane Jazz. À moi Dizzy, Ornette, Bill Evans, Sonny Stitt, Ahmad Jamal

1992. Björk fait son « Debut ». C’est quand même très différent de ce qu’on entend habituellement à la radio. The Commitments me font écouter Wilson Pickett. Et puis... et puis, il y a pas mal de changements dans ma vie sentimentale.

1993. La belle musique des scies, des marteaux, des truelles et des pinceaux. Mais c’est aussi US3, The Digable Planets et Guru Jazzmatazz

1994. Nusrat Fateh Ali Khan se fait une petite place entre Portishead, Geoffrey Oryema, Eels etc… Et puis… Et puis c’est la naissance de ma première fille.

1995. Pirouette, cacahuète, bateau, ciseau… vous connaissez la chanson.

1996. P.J. Harvey, Nick Cave, Beck, Tortoise… J’entends parler d’Aka Moon. J’écoute de la musique indienne. Lors d’un voyage à Paris, je vois Reinette l’Oranaise dans un endroit presque clandestin, dans une ambiance de folie. Inoubliable.

1997. J'ai vu Legnini en concert et j'achète "Rythm Sphere". Je découvre The Last Poets. Et Gil Scott Heron. Il n’est jamais trop tard. Et puis, il y a un peu de tout… Mais il y a surtout la naissance de ma deuxième fille.

1998. Je reviens un peu plus au jazz. Je retourne à la médiathèque. J’écoute et re-écoute « A Love Supreme » de John Coltrane, allongé sur le sol. Je re-écoute Monk, Miles, Art Pepper… Je découvre Brad Mehldau. Au bureau, un collègue me surnomme Jazzques.

 

1999. Je vais voir Truffaz au Bota. Je craque. Je vais au Travers. Je ne sais pas qui je vois, mais j’aime l’ambiance. Et puis… ma fille doit se faire opérer. C’est grave. Je ne vis plus. Il y a un morceau que j’écoute chaque fois que je vais à l’hôpital (et j’y vais souvent) : « Paper Bag » de  Fiona Apple. Fin de l’année, ma fille s’en sort.

2000. C’est très bizarre dans ma vie sentimentale, tout se déglingue. Année de merde. Séparation. Je plonge deux fois plus dans la musique. Kind of Blue, Monk, Billie Holiday remontent à la surface… Au Travers, je vois le groupe de Ben Sluijs pour la première fois. Erik Vermeulen au piano. Choc. C’est bon, je sais ce que je vais écouter les prochaines années.

2001. J’écoute de plus en plus de jazz. Tous les styles. J’essaie à nouveau « Ascension » de Coltrane. Encore trop tôt. J’essaie Aka Moon, Albert Ayler, Cecil Taylor, Steve Coleman. J’ai parfois un peu de mal. Mais je me fais du Dolphy, du Kirk, du Mingus, du Hancock… Je remets les pieds dans les clubs de jazz. Je vais régulièrement aux jam's du Sounds. Il y a Nathalie Loriers et tous les autres... Mais je vois aussi Sussan Deyhim. Et je vois surtout Sœur Marie Keyrouz à l’Opéra. Je suis subjugué.

2002, 2003, 2004. Je m’intéresse de plus en plus au jazz belge. Peu en parlent. Comme on parle peu du jazz en général, d’ailleurs. Je veux aller partout. Tout entendre.

Alors, je vais dans les festivals, les concerts, en club ou ailleurs. Je découvre plein de musiciens, je découvre plein d’autres musiques, j’apprécie celles pour lesquelles j’avais du mal et je reviens toujours vers celles que j’ai aimées. Je rencontre plein de musiciens, jeunes et moins jeunes, qui m’apprennent à connaître toutes les choses que je ne sais pas. Et il y a du boulot !

2005. Il faut que je raconte ce que je vois et entends. Jazzques est né.

2011. Le 20 octobre, j’ai 50 ans.

 

A+

18/04/2011

Le retour ?

Oui, vous avez raison, ce n’est pas sérieux un blog qui reste en rade aussi longtemps.

Pourtant, ce n’est pas l’envie qui manque de l’alimenter…

Dans mes petits carnets (ceux que j’emmène avec moi en concerts) il y a mes notes sur Gino Lattuca au Music Village, Borderline au Sounds, Kron Trio au Opatuur, Sisters au Sounds…

Mais je n’ai pas encore trouvé le temps de retranscrire tout ça.

J’ai raté pas mal d’autres concerts aussi (Tigran Hamasyan, Oran Etkin, Avishai Cohen, Francesco Bearzatti, Jetsky trio, Fabian Fiorini…)

Heureusement, j’ai quand même eu l'occasion d'écouter pas mal de bonnes choses et j’espère bien en parler l’un de ces quatre. Austin Peralta, par exemple ou le dernier Rêve d’Elephant Orchestra, Seb Llado, Lee Konitz avec Dave Liebman et Richie Beirach ou encore Christian Mendoza… Et puis, des «tueries» comme Apex de Rudresh Mahanthappa, le solo A Fable de Tigran Hamasyan, Tirtha du trio de Vijay Iyer avec Prasanna et Nitin Mitta, le fabuleux Live au Tracteur de Raphaël Imbert ou encore Patience, le dernier John Taylor avec Stéphane Kerecki

Quelques autres découvertes aussi, comme Wen Quartet ou Boris Savoldelli … Mais j’en oublie certainement.

Ça viendra, ça viendra…

Dernièrement, j’ai vu (un set seulement) Greg Houben et Pierrick Pedron (excellent) et puis, je me suis laissé aller jusqu’au bout de la nuit avec Da Romeo, Eric Legnini et toute sa bande pour fêter les 25 ans du Sounds (et là je n’ai pris aucune note ni photo. Faut se lâcher de temps en temps…)

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En parlant d’Eric Legnini, vous pouvez lire ma chronique à propos de The Vox sur Citizen Jazz. Et aussi mon interview avec David Linx

citizen jazz,eric legnini,david linx,interview,chronique


Allez, on va bientôt revenir aux affaires, c’est sûr! Surtout que se profilent à l’horizon le Jazz Marathon, le Festival Jazz à Liège, Gent Jazz… et plein d’autres belles choses.

À bientôt. Promis.

 

A+

 

 

16/01/2011

Winter Jazz Festival - Marni-Flagey

Ça y est, c’est reparti pour une nouvelle saison.

 

Premier festival de l’année: le Winter Jazz Festival, qui commence ce 19 janvier.

Le Winter Jazz Festival - ex Festival Jazz Marni Flagey - se déroule, comme son nom ne l’indique plus, en partie à Flagey et en partie au Théâtre Marni.

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Cette année, c’est la voix qui est mise à l’honneur et c’est Robin Mc Kelle qui ouvre les festivités. Robin Mc Kelle est originaire de Rochester et son style oscille entre jazz, soul et R’nB. C’est souvent énergique même si, à Flagey, elle viendra entourée d’un trio plus “jazz” (Reggie Washington à la contrebasse, Marc Mc Lean aux drums et Sam Barsh au piano). Sa voix, légèrement graineuse, son phrasé sensuel et son sens de la scène devraient nous faire passer un bon moment.

Le lendemain, au Théâtre Marni cette fois, Mélanie De Biasio se présentera en trio (avec Sam Gestmans (cb) et Pascal Mohy (p) ). Je ne vais pas vous redire une énième fois tout le bien que je pense d’elle, il suffit d’aller relire quelques articles ici, ici ou encore . A ne pas rater, bien sûr…

Samedi 22, toujours au Marni c’est Tutu Puoane qui viendra assurement nous charmer. Tutu est née en Afrique du Sud. Venue en Belgique pour parfaire son cursus musical, elle a rencontré le pianiste Ewout Pierreux et, depuis, est restée chez nous. On l’a déjà entendue avec le BJO, pour un projet en hommage à Myryam Makeba (“Mama Africa”), et on la retrouvera cette fois en quartette (Ewout Pierreux, bien sûr, Lieven Venken (dm) et Nic Thys (cb) ), pour nous dévoiler les beautés sensuelles de son dernier album “Quiet Now”.

Il y aura encore des voix à découvrir autour du trio d’Anne Wolf, qui présentera par la même occasion son nouvel album “Moon At Noon”. Amateurs de musiques chaudes et brésiliennes, rendez-vous à Flagey le 26.

Et puis, le 28, un des clous du festival: la première de “A Different Porgy And Another Bess”! Maria Joao, David Linx et le Brussels Jazz Orchestra revisitent le célèbre opéra de Greshwin. Si vous vous souvenez de la précédente collaboration de Linx avec le BJO (“Changing Face”) et si vous avez entendu le fantastique “Follow The Songlines” (avec Maria Joao, Mario Laginha et Diederik Wissels), vous pouvez peut-être - car avec David Linx, on n’est jamais au bout de ses surprises -  imaginer ce que donnera ce nouveau challenge…

 

D’autres concerts vous laisseront peut-être sans voix, ce sont ceux où il n’y en a pas.

J’ai retenu pour vous le retour de Rêve d’Eléphant, qui présentera son nouvel album “Pourquoi pas un scampi?”. Tout un programme! Quand on connait le côté onirique et follement inventif de cette bande de doux poètes déjantés, on ne risque certainement pas de s’ennuyer le 21 au Studio 1.

Autres moments à ne pas rater seront aussi les concerts de Fabien Degryse (dans le cadre d’une collaboration avec les Djangofolllies), qui proposera un programme “manouche” avec ses amis Peter Hertmans et Jacques Piroton aux guitares, Nic Thys à la contrebasse et Yves Teicher au violon; ainsi que le dernier projet de Steve Houben (as), entouré d’une belle brochette de “jeunes” jazzmen (Greg Houben (tp), Julien Delbrouck (bs, clar b), Quentin Liégeois (g), Antoine Pierre (dm) et Cedric Raymond (b, eb). Ça promet.

 

Et puis il ne faudrait pas oublier les 2 concerts “Piknikmuzik” des vendredis midis avec le très jeune et très talentueux Bram de Looze qui jouera une première fois avec Nic Thys et une seconde avec le Momentum Jazz Quartet.

 

Enfin, cerise sur le gâteau: Fabien Fiorini (p) mettra en musique deux chef-d’œuvres de Buster Keaton (“The General” et “Sherlock Jr.”), en duo avec Erik Vermeulen d’une part et avec Jozef Dumoulin de l’autre.

A vos agendas… l’hiver sera chaud!

 

A+

 

26/06/2010

Fast Forward Festival... Rewind

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11 juin, il est près de 21h., Rockingchair vient de terminer son concert. Je l’ai raté. Je croise Fabrizio Cassol excité et ravi de ce qui vient de se produire sur scène. Il y a du monde. 'Son' Festival commence bien. Je rejoins le foyer du splendide bâtiment qu’est le KVS, et croise furtivement Airelle Besson. J’en profite pour me procurer l’album de Rockingchair. Musique aux multiples influences, nerveuse et ondulante, intelligente sans pour autant être intellectualisante, avec un travail remarquable sur le son… je vous le recommande.

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Pour célébrer le 25éme anniversaire de l’enregistrement du mythique «A Lover’s Question», il y a, sur la scène du «Bol», une brochette de musiciens incroyables.

C’est Angelique Wilkie, grande prêtresse à la voix profonde et au flow hypnotique, qui déclame d’abord les poèmes de James Baldwin. Le frisson s’installe. Hervé Samb enchaîne. Son improvisation est subjuguante. David Linx et Sabine Kabongo répondent comme en écho. Chacun dans sa tessiture. Entre contraste et équilibre des styles. Tout se tisse et s’entrelace. La force, la rage, l’amour, l’humanité. L’émotion monte encore d’un cran quand arrive le Brussels Vocal Project qui se réapproprie «The Art Of Love» écrit par le regretté Pierre Van Dormael. Le moment est sublime.

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Comme entraîné dans un mouvement de plus en plus frénétique, Stéphane Galland et Sergio Krakowski au pandeiro (sorte de tambourin brésilien) attisent un dialogue fiévreux. Eric Legnini s’immisce et illumine le propos. Dinozord, danseur caoutchouc, entre dans le jeu. Il rebondit, serpente et enchaîne les figures souples, saccadées ou erratiques. Il épouse la musique. Bette Crijns (eg), Hervé Samb (eg) et Michel Hatzi (eb) fertilisent le terrain, Michel Massot (tuba), Fabrizio Cassol (as), Robin Verheyen (ss, ts) et Laurent Blondiau (tp) peignent l’espace. Tout fusionne. Le spectacle est total.

Alors, la voix de Baldwin résonne. Solitaire. Irréelle…

«Precious Lord, take my hand
Lead me on,
Let me stand
I'm tired, I am weak, I am worn…»

Seul Michel Massot l’accompagne… jusqu’au paradis.

Irrésistible. On en a les larmes aux yeux. Le public est debout, réclame deux rappels et nourrit l’espoir de revoir peut-être un jour ce moment de magie suprême.

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À mon grand regret, je n’aurais pas l’occasion d’assister aux concerts de Sabar Ring, ni de Magic Malik, pas plus que je ne pourrais voir Pitié, les jours suivants…

Mais j’arrive à me libérer pour aller écouter Kartet et le trio de Kris Defoort le 16 juin.

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Guillaume Orti (as), Benoit Delbecq (p), Hubert Dupont (cb) et Chander Sardjoe (dm) s’aiguisent les canines sur «Misterioso» de Monk, puis attaque «Y». L’ambiance est très nue et sèche et le jeu d’Orti très découpé. Le son du piano préparé de Delbecq semble chercher celui du sax. La contrebasse s’associe à la batterie. C’est tendu, tout en polyrythmie. Orti ricoche, rebondit et sautille. Il chante et feule dans son instrument. Il invente des champs et des contre-champs. Le jazz flirte avec une musique cérébrale, contemporaine, puis s’amourache de rythmes africains. Kartet joue souvent avec nos nerfs, titille notre sensibilité, invoque presque l’ennui pour le transformer en un déchaînement excitant. Complexe et diaboliquement précise, la musique de Kartet n’est certes pas évidente mais ô combien intrigante.

En deuxième partie de soirée, c’est le trio de Kris Defoort qui prend place sur scène.

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Électrocution? Hydrocution?  Le coup est parti tout seul, sans prévenir. Nous voilà plongé à vif dans l’univers polymorphe du pianiste belge.

Le jeune Lander Gyselinck, aux drums, est d’une efficacité redoutable. Il possède un jeu autant félin que massif. C’est roboratif, vivifiant et délicat à la fois. Kris Defoort distille des harmonies profondes qu’il pare de fins motifs. De ses digressions jaillissent souvent des thèmes lumineux. Et quand il se lance dans des mélodies qu’il laisse ouvertes, c’est Nic Thys qui vient nourrir le thème ou conclure l’affaire. Le jeu du trio est extrêmement soudé, éblouissant de maturité et d’idées. L’ambiance est parfois spectrale avant que le groupe ne désamorce l’ensemble par un trait d’humour. Il y a du Monk, il y a de la pop music, il y a des influences contemporaines… il y a du jazz à tous les étages. Ouaté, atmosphérique ou rêveuse, la musique, pleine de tendresse, est en perpétuel mouvement. Elle prend aux tripes et joue avec nos sentiments. Grande écriture et osmose parfaite entre les musiciens, voilà un groupe à suivre, à revoir et à soutenir absolument !

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Une chose est sûre, avec des musiciens tels que ceux-là, on demande déjà une seconde édition à ce Fast Forward Festival.

 



A+

10/06/2010

Ça commence demain!!

02:08 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aka moon, fabrizio cassol, david linx, kvs |  Facebook |

22/03/2009

Du neuf à Leffe.

Ça y est.
Après bientôt 12 ans de festival, Dinant s’offre enfin un club.
Hé oui, il n’y avait pas de club de jazz dans la cité qui a vu naître le papa du saxophone.
Bien sûr, certains se rappellent la grande époque du Charles Quint (qui a fermé ses portes au début des années 90), mais depuis, c’était le calme plat du côté du rocher Bayard.

Il fallait bien un fondu à qui rien ne fait peur pour décider d’ouvrir un club à l’époque où la plupart d’entre eux tirent la langue… quoique ce soit l’histoire éternelle des clubs de jazz.
Tout le monde connaît la blague: «Comment devenir millionnaire? … Être milliardaire et ouvrir un club de jazz!»

Jean-Claude Laloux n’est pas milliardaire, mais il est un amoureux éperdu du jazz et c’est sans conteste l’une des principales qualités requises pour faire fonctionner un club.

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L’F est donc né.

L’F, parce que le club se situe à deux pas de l’Abbaye de Leffe, dans l’ancienne classe de gym de l’école inoccupée depuis près de cinq ans et qui fut rachetée par les Pères de l’Abbaye. Et ceux-ci l’ont mis gracieusement à la disposition du jazz…

Ce 7 mars, pour le concert d’ouverture, Jean-Claude et ses bénévoles avaient mis les petits plats dans les grands pour proposer une belle et grande jam.

Dans la salle, plus de 200 personnes.
Et sur la scène, on a vu défiler Rhoda Scott, David Linx, Steve Houben, Roby Lakatos, Sal La Rocca, Hans Van Oosterhout, Greg Houben, Maxime Blesin, Kalman Olah (qui fut un peu à l’origine de la création des Dinant Jazz Nights) et même le Père Augustin (pour un «C.Jam Blues» mémorable).
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La fête a donc commencé avec Kalman Olah en solo sur «East Of The Sun», rejoint ensuite par Sal La Rocca, Hans Van Osterhout et Steve Houben.
Jazz tout en douceur et décontraction.
Les clins d’œils s’échangent et Maxime Blesin monte sur scène pour un délicat et sensuel «River Of Dreams». Le jeu de Maxime est souple, profond et légèrement swinguant.
Idéal pour glisser vers un «Shifting Down» plus «nocturne» que jamais.
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Quand Rhoda Scott arrive sur scène, c’est avec la ferme intension de bouter le feu à chacun des tunes.
Elle entame «Like Someone In Love» en y mettant toute son âme.
Bien vite la tension monte. On navigue alors entre soul et gospel.
Ça transpire ferme.
Houben déroule des phrases incandescentes et Rhoda enflamme le reste.

David Linx ne fait pas baisser le niveau. Au contraire, électrisé par l’ambiance, il nous sert un troublant et fabuleux «I’ve Got The World On A String» (de Frank Sinatra) à la façon Etta James… Merveilleux !
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On calme quelque peu les esprits avec l’une ou l’autre ballade («My Romance») avant que Roby Lakatos ne vienne à son tour raviver les ardeurs.
Le violoniste hongrois démontre tous ses talents d’improvisateur virtuose.
Le hard bop se mêle aux accents tziganes.
Les échanges entre Greg Houben (remonté par son récent séjour à New York), Rhoda Scott et Maxime Blesin sont éclatants.
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Puissant et d’une justesse étonnante, Hans Van Osterhout a assuré ces rythmes d’enfer durant toute la soirée, sans jamais faiblir… Tout comme Sal La Rocca. Chapeau.

Tout le monde est ravi, la «première» est totalement réussie.

Rendez-vous est pris !
Le mois prochain (le 3 avril), l’F accueillera Eric Legnini et Lionel Belmondo, puis le trio de Greg Houben, puis… puis…

Longue vie à l’F.

A+

15/02/2009

Hommage à Pierre van Dormael au Théâtre Marni

Rattrapons le temps perdu ! (Premier épisode)

Mercredi 28 janvier avait lieu le deuxième hommage des jazzmen à Pierre Van Doermal.
Cette fois-ci, cela se passait au Théâtre Marni.
Comme au Sounds précédemment, l’endroit était archi plein et une grosse partie du public n’avait plus trouvé que les marches des gradins pour s’asseoir.
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Premier groupe sur scène: Octurn, qui nous rappelle sa collaboration avec Pierre en 2006 avec «North Country Suite». Travail basé sur la musique de Bob Dylan (plus précisément «Girl From The North Country» de l’album «Nashville Skyline»)

La musique parfois complexe de Pierre est d’une intensité rare.
Si elle semble parfois s’envoler dans toutes les directions c’est sans doute pour mieux s’enchevêtrer. Les lignes mélodiques et harmoniques se développent, se nouent, se libèrent.

Et jouée par Octurn, la musique garde toujours cette pulsion et cette tension sans faille.

Ce soir, Guillaume Orti est, une fois de plus, éblouissant dans ses interventions.
Tout comme Bo Van Der Werf, distribuant un jeu fluide et fiévreux.
Chander Sardjoe passe allègrement de la polyrythmie à un jeu délicat aux balais ou à celui, très nerveux, de la jungle.
Laurent Blondiau, Jozef Dumoulin, Fabian Fiorini, Nic Thys et Jean-Luc Lehr alimentent tout au long de la prestation un flux rythmique riche et puissant.

Nicolas Fiszman et Kevin Mulligan viennent ensuite interpréter «Love Me Always» dans un esprit blues-folk.
La voix de Mulligan est toujours aussi profonde et chaude.
Fiszman s’accompagne d’une belle et étrange guitare au son grave (il s’agit d’une guitare baryton - entre la guitare et la basse - (accordée en «si») comme me l’apprendra bien plus tard Nicolas lui-même).
Moment sensible, un peu trop court, d’une extrême poésie.
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La poésie est à nouveau au rendez-vous avec Hervé Samb, Lara Roseel (b) et David Broeders (dm) qui avaient accompagné Pierre lors de ses derniers concerts (notamment au Gent Jazz l’été dernier).
Mélange subtil de douceur et d’âpreté.
De gaîté et d’affliction. De soleil et de fraîcheur.
Le jeu de Samb est lumineux, précis et sans esbroufe.
Et celui de Broeders à la batterie est délicat et plein de finesse.

Même si Pierre n’est plus là, il serait bien que cet ex-quartette continue à répandre sa musique ou, pourquoi pas, à continuer à creuser dans cette veine.

Après le break, Vivaces entame le deuxième set.
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Anne Wolf et Kris Defoort au piano, Nicolas Kummert, Bo Van Der Werf et Manu Hermia aux saxophones, Stéphane Galland et Michel Seba aux percus, Hervé Samb à la guitare et… Nicolas Lherbette (edit. Merci Christine) à la basse électrique.
«Rue 6», «Estelle sous les étoiles» et «Otti 1er» résonnent de belle façon.
Toujours bouillonnante et pleine d’énergie, toujours prête à changer de couleurs et de rythmes la musique nous balade sur le fil de nos émotions.
On ne s’ennuie pas une seule minute.

Avant d’accueillir Aka Moon, Philippe Decock interprète
en solo au piano la musique du prochain film de Jaco Van Dormael, «Mr Nobody», écrite par Pierre.
Un esprit classique, entre Debussy et Satie, entre Ludovico Enaudi et Michael Nyman.

Et puis, c’est Aka Moon, ou plutôt… Nasa Na ?
En effet, au trio s’est ajoutée Bette Crijns (Atatchin), jouant dans un style proche de celui de Pierre (elle fut son élève aussi). Impressionnant.
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Aka Moon est en forme. Tempos flottants, entente parfaite, débauche d’énergie contrôlée… On est subjugué.

On est subjugué aussi par le jeu de Stéphane Galland.
Il alterne le jeu sec et droit à celui du rubato et de la polyrythmie.
Il invente sans cesse.
Michel Hatzi et Fabrizio Cassol en profitent.
David Linx les rejoint pour un morceau mi-scatté, mi-chanté.
Ça vole haut.

Et pour le final, David Linx a invité une belle brochette de jeunes chanteurs (avec qui il travaille au conservatoire) pour un «The Art Of Love» a cappella extrêmement émouvant.
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Nul doute que la musique de Pierre Van Dormael continuera longtemps encore à influencer le jazz actuel.

Et d’ailleurs, rappelons que les recettes des entrées de ce concert ont été intégralement consacrées au financement de l’impression professionnelle de son livre «Four Principles to Understand Music».

Merci encore, Pierre.

A+

24/08/2008

Sabin Todorov sur Citizen et les J.O.

Petit détour du côté de Citizen Jazz.
Cette fois-ci, c’est pour vous inviter à aller lire ma chronique de «Inside Story» de Sabin Todorov et ensuite, à moins que ce ne soit déjà fait, aller vous procurer  l’album.

Rappelez-vous, j’avais vu le concert du pianiste et son trio à Bruges voici quelques mois.

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«Inside Story» est sorti chez Igloo et est dans les bacs des bons disquaires depuis quelque temps déjà.


Autre album sorti récemment et qui trône déjà dans les bacs, c’est «JazzOlympics».
Il me semblait opportun d’en parler après l’obtention d’une médaille d’Or de notre belle, brillante et très sympathique Tia Hellebaut au saut en hauteur

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L’album est d’ailleurs de couleur jaune, comme l’or, et vous le repèrerez facilement.

«JazzOlympics» est une initiative du COIB afin d’encourager nos athlètes et d’illustrer les valeurs Olympiques. L’album est produit par Jan Hautekiet et Jean Kluger.

Huit «groupes» (le 8 du 8 en 2008 etc…vous connaissez l’histoire), se sont donc donnés rendez-vous pour illustrer huit thèmes chers au Baron de Coubertin. Ainsi, la fraternité, le dépassement de soi, la tolérance, le fair-play etc… sont déclinés par quelques-uns de nos meilleurs jazzmen belges.

Le porte-drapeau de la délégation n’est autre que Toot Thielemans qui ouvre la marche avec un tendre «Best Of Yourself», suivi par David Linx et le BJO pour un «Fraternity» sous forme de chanson optimiste, sautillante et légère.
On retrouve bien sûr Philip Catherine dans un «Friendship» intimiste et recueilli, en duo avec Philippe Decock (keyboards).

Nathalie Loriers, quant à elle, revient en trio (Philippe Aerts (cb), mais aussi pour l’occasion Stéphane Galland aux drums) pour nous offrir l’un des meilleurs morceaux du disque (à mon avis): «Confidence». Thème bâti sur un swing fébrile, fait de tensions et de breaks jubilatoires.
Le toucher de la pianiste et ses arrangements sont de pures merveilles. Ça donne vraiment envie de revoir rapidement Nathalie avec cette formule

 

 

Autres belles surprises de l’album: «Tolerance» de Michel Herr et son Life Lines ainsi que «Solidarity» de Jef Neve.
Pour le premier, on saluera les arrangements finement ciselés qui permettent à Jacques Pirotton (g), Alexandre Cavalière (violon), Fabrice Alleman (ts, ss) ou encore Peter Vandendriessche (as) d’intervenir dans de riches et réjouissantes improvisations.
Le deuxième, Jef donc, explore un peu plus mélodiquement ce qu’il a commencé sur le «bonus CD» de son dernier album «Soul In A Picture»: c’est-à-dire une fusion entre jazz acoustique, loops et électro. Une belle réussite.

HLM (Houben, Loos, Maurane) et Stéphane Mercier font aussi partie de l’équipe et proposent de tendres sympathiques compositions.

Ils sont donc huit, mais le BJO s’offre un tour d’honneur avec un dynamique et tonitruant «The Hopper», histoire de terminer par un feu d’artifice.

Alors, faites comme Tia, rentrez à la maison avec de l’or.

A+

18/03/2008

BJO & David Linx - Changing Faces - Flagey

Haaa… enfin retrouver le temps d’aller écouter un concert.
Pas n’importe lequel: celui de David Linx et du BJO à Flagey.
C’est sûr, ça va me faire du bien.

Le BJO! Quelle machine à swinguer et à groover… «C’est comme rouler dans une belle Cadillac», avoue lui-même David Linx.
Il est heureux, notre chanteur. Et il a envie de le montrer. Il a envie de faire partager son bonheur avec le public.
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Avec fougue, énergie et bonne humeur, il emmène tout le monde dans un tourbillon irrésistible.

«Deep Night», «Black Crow» «There Is You» s’enchaînent.
Les solistes se succèdent avec un plaisir non dissimulé.
Marc Godefroid (tb), Kurt Van Herck (ts), Bart Defoort (ts) ou Pierre Drevet (tp).

David dialogue et blague avec le public et puis démarre au quart de tour un scat a cappella au débit rapide et aux accents graves et profonds  qui rappellent parfois les chants africains.
Il laisse aussi les silences chanter avec lui.
Puis, il invite le guitariste Hendrik Braeckman à dialoguer avec lui avant de plonger dans un «Day’s Journey» tout en énergie et en fractures…

Après une ballade («Home In The Spring») et un tonitruant et jubilatoire «Then We’ll Be Home», Maria Joao fait son entrée.
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«Miziane» est éclatant.
La voix de Joao m’impressionne à chaque fois.
La chanteuse Portugaise possède une tessiture incroyable qu’elle maîtrise avec un talent fou.
On passe par tous les sentiments. Rires, frissons, pleurs…
En duo avec Linx, c’est de la folie. On dirait deux enfants qui jouent ensemble.
D’ailleurs, Dieter Limbourg (as), après son solo, les laisse et se retire en souriant pour rejoindre les autres musiciens de l’orchestre tous aussi hilares devant les fantaisies vocales des deux chanteurs.

Avant un (faux) final explosif («Sweet Suite»), Joao et Linx chantent ensemble le magnifique «Parrots And Lions» avec une sensibilité et une intensité rares.
J’en ai la chair de poule.

Il faut terminer le concert, mais… non, le Big Band et le chanteur semblent tellement bien sur scène qu’ils ont du mal à la quitter.
Et voici une ballade un peu blues et un peu soul que n’aurait pas renié un Ray Charles.
Jos Machtel se fend d’un beau solo à la contrebasse avant que Bart Van Caenegem ne reprenne la main au piano (hé oui, ce soir ce n’était pas Nathalie Loriers, éloignée pour quelque temps du clavier à cause de petits soucis de dos.)
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Et ce n’est pas encore fini.
Frank Vaganée (ss) s’avance au-devant de la scène et envoie une longue et brûlante improvisation absolument démentielle…
Il a tout dévasté !
Tonnerre d’applaudissements !
Une voie royale pour «The Land Of Joy» qui conclut un superbe concert de plus de deux heures !


Dans le foyer de Flagey, je retrouve des amis musiciens : Thomas Champagne, Tuur Florizoone, Barbara Wiernik, je discute avec David Linx, Frank Vaganée, Bart Defoort ou encore Bo Van Der Werf qui me souffle à l’oreille qu’un concert de Lynn Cassiers à lieu juste derrière le paquebot: au Murmure Café.

Vous commencez à me connaître… j’y suis allé bien sûr.
Je vous raconte ça bientôt.

A+

26/01/2008

Changing Faces

 

Regards croisés sur l’album de David Linx et du Brussels Jazz Orchestra sur Citizen Jazz.
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En effet, Sophie Chambon et moi-même avons chroniqué «Changing Faces».
Le résultat de ses deux visions (ou écoutes, c’est selon) est en ligne sur le site.
Pour les lire, il suffit de cliquer ici.
Dois-je encore vous rappeler que cet album est formidable ?

En cadeau bonus, je vous invite à visionner le «making of» de l’album.

 

 

Et toujours sur Citizen Jazz je vous signale également les deux premiers articles de notre ami Etienne Payen.
Une chronique sur Diana Krall et une interview de notre Jazzman national: Jos L. Knaepen.

Bienvenue au club Etienne !

A+

22:07 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : citizen jazz, bjo, etienne payen, david linx |  Facebook |

25/11/2007

Money Nation

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Hé oui… ça fait longtemps.
Désolé.
Et merci à ceux qui s’inquiétaient de ce long silence bien involontaire.
C’est que, en ce moment le boulot me submerge.
Et c’est rien de le dire.

Je pourrais chanter, sur l’air de «A cause des garçons»:

«A caus’ du boulot,
J’ai raté Fred Delplancq,
Chris Joris et Strickland…
A caus’ du  boulot,
J’ai pas vu Véronique,
Ni Manu, ni Rollins…
»

Bon, j’ai quand même eu l’occasion d’aller à la Jazz Station écouter Les Doigts De L’Homme et de terminer la soirée avec les gaillards dans un resto espagnol où ils n’ont pas hésité à ressortir les guitares et a chanter jusqu’aux petites heures.
(C’est pas facile, quand il faut bosser le lendemain – un dimanche qui plus est !)
02

J’ai vu aussi 31% Evil. Toujours à la Jazz Station.
Avec les frères Thys (Nic et Toine), Teun Verbruggen, Erik Vermeulen, Jean-Yves Evrard et Andrew D’Angelo.
C’était du free.
Du free 100%.
C’était puissant, bouillonnant, excitant… excellent !
Et ça s’est terminé avec les musicos à la jam du Sounds.
Haheum…

Et puis Brad Mehldau à l’AB.
En petite forme, le Brad.
Pas trop inspiré. Joli, mais sans surprise. Ça ronronnait un peu… quand ça ne tournait pas en rond.

Bref, voir des concerts, c’est bien.
Ça décompresse.
Ça donne des bouffées de bonheur.

Trouver le temps d’écrire des choses (plus ou moins) intelligentes, c’est une autre paire de manches.

Car entre-temps, j’ai abandonné plus d’un soir mes filles pour retourner bosser.
Et le week-end, je les ai même emmenées au bureau.
Pas top.
Mais c’était le seul moyen qu’il me restait pour les voir un peu.

Ce vendredi soir, je suis allé écouter Almadav au Music Village (à partir du deuxième set… heu…boulot,  boulot…). Et ce samedi, T-Unit 7 de Tom Van Dijk… à partir du deuxième set aussi. Pour les mêmes raisons évoquées plus haut.

Money Nation.

On vit dans une Money Nation.

Eh oui, le fric, le business, le boulot…
Money Nation.

«Money Nation», c’est ce que chante Marie Daulne (Zap Mama) dans «Toma Taboo» sur son dernier et excellent album «Supermoon».
Elle s’est entourée d’une sacrée bande.
Meshell Ndegeocello, Arno, Fabrizio Cassol, Michael Franti, David Gilmore, Tony Allen… et j’en passe.
Le résultat est parfait ! Je vous le recommande.
03

Alors, sur la route, entre Albert Ayler, Dré Pallemaerts, Don Cherry, Elisabeth Kontomanou, Marc Copland, Bobby Jaspar, Mingus, Anoo, Mathilde Renault, Scriabine, Mali Mali (merveilleux projet d’Eloi Baudimont avec Baba Sissoko! J’en reparlerai), Free Desmyter, Ornette Coleman, Rassinfosse et Collard-Neven, Duke Pearson, Beirut , Robert Wyatt, Dylan ou encore Kurt Weil… je me repasse chaque matin «Ten We’ll Be Home» chanté par David Linx avec le BJO !

Ce morceau me donne une patate d’enfer !

«One day soon I’m gonna make
A million dollars of my own
Then I’m coming home…
»

Vous pensez qu’il y a un rapport ?

Allez, je vous promets de venir vous raconter les concerts que j’ai vu.

A+

10/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 5 -

Après une très courte nuit, je suis retourné très tôt sur Dinant.
Oui, j’aurais pu loger sur place, mais je m’y suis pris comme un manche et, comme d’habitude, beaucoup trop tard…

Pourtant, des hôtels et chambres d’hôtes, ce n’est pas ce qui manque dans la région.
Je me suis d’ailleurs retrouvé en fin de matinée dans un de ces hôtels car j’avais rendez-vous avec Paolo Fresu.

Non seulement Fresu est un trompettiste merveilleux, mais c’est un personnage d’une gentillesse remarquable. Et malgré tous les projets qu’il cumule, je suis stupéfait de sa disponibilité…

Bref, on en reparlera.

Retour au Centre Culturel pour la dernière journée de festival.

001
Vers 16h, la scène est ouverte par le duo de Petra Magoni et Ferruccio Spinetti.

Je connaissais les musiciens pour les avoir entendu sur le dernier album de Stefano BollaniI Visionari») et pour avoir entendu l’un ou l’autre morceau de leur album «Musica Nuda».

On pourrait penser qu’un tel duo (contrebasse et voix) peut être austère.
C’est sans compter sur l’esprit italien, très «comedia del arte», ce sens théâtral (tantôt comique, tantôt dramatique), cette diction parfaite, ce jeu de contrebasse unique.

Vraiment, ce fut un excellent moment.
Le duo reprend des chansons folkloriques, quelques rares standards de jazz, mais surtout des chansons pop (la manière de se réapproprier «Eleanor Rigby» ou «Come Together» des Beatles – et dieu sait si je suis sensible au répertoire des Beatles - est hallucinante).
002
Petra et Ferruccio ont un sens peu commun du dialogue avec le public.
La chanteuse n’hésite pas à essayer d’expliquer, dans un français approximatif mais extrêmement touchant, le sens des paroles des chansons.
Ainsi, ils «adaptent» en français «Le Due Corde Vocali» qui raconte la séparation (autobiographique?) entre un contrebassiste et sa fiancée.
Le duo improvise, Petra pose des questions, Ferruccio répond en chantant, en inventant, en rajoutant des détails sordides…
On ne peut s’empêcher de rire… et pourtant, la musique et le chant sont diaboliquement parfaits.

On passe du rire aux larmes.
On est ébloui par le débit infernal sur «La Boccia»( ????) et fasciné par ce regard immobile, figé, perdu dans un vide absolu pendant d’interminables minutes sur «My Funny Valentine»…
Subjuguant.

A revoir, je l’espère, au plus vite sur nos scènes nationales.

003
Dans un tout autre registre, Susanne Abbuehl, entourée de Wolfert Brederode au piano, Christof May à  la clarinette et clarinette basse et de Joost Lijbaart à l abatterie, nous à emmené dans son monde très poétique et très éthéré.

Certes, elle n’a peut-être pas fait l’unanimité auprès de certains spectateurs, mais pour ma part, je dois avouer que j’étais sous le charme.
On était replongé dans l’ambiance du festival de l’année dernière qui avait accueilli le label ECM.

Le chant, minimaliste et très intimiste, est soutenu par des ondulations pianistiques et un drumming aux balais d’une extrême délicatesse.
Seule la clarinette basse vient, en contrepoint, dialoguer avec la chanteuse.

On voyage dans les plaines désolées, froides et silencieuses.
On flotte dans la lenteur élégiaque d’un chant intérieur et dépouillé.

Abbuehl enchaîne sur un même mode «Children Song», «Yes Is A Pleasant Country» ou encore le glaçant «A Call For All Demons» en s’excusant de ne pas parler entre les chansons: «Pas parce que je ne veux pas vous parler… mais parce que je ne sais pas quoi vous dire».

Elle terminera par «Where Flamigo Fly».
Étrange sensation qui contraste avec le concert précédent.

Avant le concert suivant, je discute avec Dré Pallemaerts à propos de son dernier et excellent album «Pan Harmonie».
Il me raconte le cheminement, la genèse, l’enregistrement de ce petit bijou - que je vous conseille vivement – avant de rejoindre sur scène David Linx et quelques-uns des grands chanteurs américains invités à ce «Be Bop Vocal Summit».

En effet, autour du chanteur belge, on retrouve Sheila Jordan, Deborah Brown, Giacomo Gates et Mark Murphy.

Une belle brochette, avouez-le.
004
Et cette petite bande avait vraiment envie de s’amuser.
Surtout l’intenable Mark Murphy.

Chaque chanteur interprète deux ou trois morceaux (accompagné de Dré Pallemaerts (dm), Paolo Fresu (tp), Sal La Rocca(cb) et Kàlman Olah (p) ).
Les transitions étant assurées par l’ensemble des vocalistes, dans le plus pur style Be Bop.

On sent que David a un peu de mal à contrôler ce petit monde qui a envie de faire la fête, qui se lance des vannes…
Et chacun y va de son impro.
A ce jeu, Sheila Jordan, avec un humour grinçant, est sans doute la plus à l’aise.
Giacomo Gates, que je ne connaissais absolument pas, est éblouissant dans ses scats. Beborah Brown, à la voix puissante, est éclatante, Murphy penche un peu du côté crooner et Linx est à nouveau impérial… et heureux.

Bonheur sur scène et dans la salle.

Voilà encore un festival à Dinant très réussi. On en redemande.
J’ai déjà réservé ma chambre d’hôtel pour l’année prochaine !

A+

06/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 4 -

Samedi dernier, toujours à Dinant, avait lieu la remise des Django d’Or.
Pas bête, l’idée d’Ilan Oz d’intégrer cette cérémonie à un festival (l’année prochaine, ce sera au Blue Note Records Festival).

C’est le trio de Philip Catherine qui était invité à soutenir le protocole. C’était l’occasion de revoir avec plaisir, Mimi Verderame à la batterie, mais aussi Philippe Aerts à la contrebasse. Ce dernier me confirmera qu’il fera la tournée européenne de Richard Galliano, mais qu’il devra renoncer, la mort dans l’âme, la tournée mexicaine…

3 morceaux («Letter From My Mother», «They Say It’s Wonderful» (d’Erving Berlin) et «The Postman»), avant d’accueillir le gagnant du Django 2007, catégorie «jeune talent»: Pascal Mohy.
Il «disputait» le titre avec Robin Verheyen. Autant dire qu’il ne devait pas être facile de les départager…

Pascal Mohy jouera 2 morceaux avec le trio de Philip Catherine: une très jolie compo personnelle («Jojo») et «Broken Wings» de Richie Beirach.

La «Muse» de la Sabam fut décernée à Marc Van Den Hoof, figure incontournable du jazz à la radio flamande.

01
Et puis, le Django D’or fut remis à Pierre Van Dormael. Surpris et heureux.
Les autres «nominés» étaient Sal La Rocca et Ivan Paduart.

Van Dormael jouera également avec le trio: «Nuage», «All The Things You Are» et «Eternel désir».

J’échange quelques mots avec Pascal Mohy, Pierre Van Dormael et puis  Philip Catherine qui prépare actuellement un album solo… avec deux guitares.
Humm, hummm… A suivre…


02

Vers 18h, dans la grande salle, Elisabeth Kontomanou entre sur scène dans une superbe robe blanche de mariée. («Ce soir, je me marie avec vous…» dit-elle, avant de poursuivre dans un large sourire «…et demain ce sera avec d’autres».)

La voix est captivante.
Ce grain, cette profondeur, cette clarté… C’est hypnotisant.

Sur «I Gotta Right To Sing The Blues», elle dialogue magnifiquement avec la contrebasse de Thomas Bramerie ainsi qu’avec la batterie de Donald Kontomanou.
Puis, sur «Waiting For The Sun», c’est Manu Codjia qui électrise le thème.
Codjia est décidemment un guitariste exceptionnel. Dans son jeu, ce soir, on y retrouve du blues, de la soul ou encore du R&B. Chacune de ses interventions est d’une justesse et d’une créativité formidables.
03

Dans la voix de Kontomanou, il y a l’histoire de sa vie. Et entre les morceaux extraits de son dernier album «Back To My Groove» (le plus personnel jusqu’à présent car elle en a écrit toutes les paroles…et beaucoup sont autobiographiques), elle doit presque reprendre ses esprits.
Elle vit tellement ses chansons qu’on la sent parfois K.O. debout.

Et son chant!
Elle joue avec les cassures de sa voix comme avec les cassures de sa vie.

«Where I'm Coming From» (en recherche d’identité et de son père qu’elle n’a jamais connu), «The Abuse» (une course effrénée à la «Blue Rondo A La Turk» à propos des femmes violentées), «Summer» (au rythme obsédant) et «Back To My Groove» (entre blues et gospel), sont tous des morceaux d’une profondeur et sincérité évidente.

Après le concert, je bavarde avec Manu Codjia. A propos de son premier disque en leader («Songlines» avec Daniel Humair et François Moutin) et de ses projets avec son trio, qui ne sera pas celui de l’album.

Puis, je discute avec Elisabeth Kontomanou.
Elle est belle et resplendissante.
On sent dans ses propos, dans son regard, dans son sourire un bonheur certain. Aucune haine ou rancune par rapport aux difficiles épreuves de sa vie. Tout est tourné en positif.
Elle me raconte ses débuts, son parcours, son dernier album.
Belle leçon de vie et de caractère.

04
Vers 21 heures, Gonzalo Rubalcaba est seul au piano devant une salle pratiquement comble.

Le toucher est souple et tendu à la fois.
Le pianiste fait le vide autour de lui. Il accapare l’attention du public comme rarement.
La technique est éblouissante, mais reste toujours au service d’une mélodie limpide.
Rien n’est simple, rien n’est complexe, tout est évident.
Chaque accord a une signification. Et l’on entre dans son récit sans peine.

On le sent influencé par Tatum, par le rag, le stride et la musique cubaine bien sûr. Et tout ça est exposé avec sensibilité, tendresse, force ou humour. Les phrases courtes sont soutenues par une main gauche qui fait déferler les notes par vagues…
Absolument brillant !

05
Pour finir cette longue journée: «Follow The Songlines».
Contrairement au concert de Flagey, pas d’orchestre symphonique ici. C’est pourtant un projet conçu pour cela, et d’ailleurs, l’enregistrement du futur CD se fera de cette manière… au Portugal, sans doute.

Sans cordes, le groupe a quand même très fière allure !
Et comment !
Rythme, fluidité du propos, échanges lumineux entre les pianistes (Mario Laginha aux Rhodes et Diederik Wissels au piano ou inversement), complicité entre les chanteurs (David Linx et Maria Joao), soutien impeccable de Christophe Wallemme à la contrebasse et de Stéphane Huchard à la batterie.

Après un départ tonitruant, on a droit à un superbe moment de sensibilité avec «Parrots and Lions».
Minutes d’une extrême volupté et de légèreté.
On est en apesanteur. On flotte très haut.
On est simplement retenu à la terre par les fines notes du piano.
06
Le voyage continue et les vocalistes s’amusent, s’accompagnent, s’encouragent l’un l’autre…
Et comme ils sont tous deux très expressifs, le spectacle n’en est que plus étonnant.

Après le concert, je passe encore un bon moment au bar à discuter avec les musiciens, les photographes (Jos Knaepen, mais aussi Guy Le Querrec) ainsi que les organisateurs de ce très agréable et vraiment très sympathique festival…

En rentrant sur Bruxelles, sur une autoroute déserte, j’écoute «OverOceans» de Mathilde Renault que j’ai rencontré quelques heures auparavant.
Troublant et délicieux voyage…

Une journée de bonheur, quoi...

A+

02/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 3 -

Le deuxième week-end de cet ambitieux 10ème anniversaire se déroulait à Dinant.

Premier rendez-vous, vendredi soir à la Collégiale pour un concert unique et inédit: Gonzalo Rubalcaba et Omara Portuondo.
La rencontre promettait d’être magnifique… et elle le fut.

01

La Collégiale, qui avait accueilli l’année dernière Jan Garbarek et l’Hilliard Ensemble, est décidemment une caisse de résonance idéale à ce genre de rencontres.

Comment une musique peut-elle provoquer autant d’émotions ?

Quand Omara dévie subtilement de «La Siteria» vers «Guantanamera», c’est comme si on retrouvait les couleurs, les saveurs et les odeurs de l’œuvre originale.
Son chant ne ment pas.

Omara est touchante aussi quand elle va se réfugier derrière son pupitre pour ne pas trahir les paroles des chansons qui ont bercé toute sa vie. Le chant est plus vibrant que jamais. C’est à pleurer. On l’écoute la gorge serrée.

02
Rubalcaba joue tout en souplesse. Avec amour.
Il anticipe, puis il attend.
C’est de la tendresse, de l’humanité pure.
La chanteuse cubaine laisse sa place, le temps d’une chanson, au parrain du festival (David Linx) avant de revenir nous offrir trois autres morceaux d’une sensibilité rare.

Grande, très grande dame, et concert inoubliable.

De retour dans le centre culturel de Dinant, le Midnight Trio de Kàlman Olah (celui qui fut le déclencheur, voici 10 ans, de ce festival) est prêt pour un concert assez intimiste, dans la tradition club et jazz modal.

03
L’entrée en matière est assez originale: le bassiste Jànos Egri pose les bases du thème, le batteur Elemér Balàzs monte sur scène et vient ajouter une seconde voix avant que le pianiste ne les rejoigne pour improviser.

Stéphane Belmondo, autre habitué du festival, rejoint à son tour le trio pour jouer «Footsteps».
Les standards s’enchaînent avec bonheur et simplicité.
Le bassiste tente parfois de déstabiliser le trompettiste. Cela pimente un peu un concert trop tendre. L’ambiance est douce…Un peu trop même, et parfois, on frôle l’ennui.

Le pianiste, au toucher subtil, essaie pourtant quelques échappées contemporaines avant de revenir vers «All Of Me» ou «Round Midnight».

Il est tard.
Le journée de demain sera belle…
Je rentre sur Bruxelles, le cœur léger.

 

A+

 

01/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 2 -

Retour à Ciney, samedi 22.
Affluence accrue. Et c’est tant mieux.

Je n’ai pas eu l’occasion d’entendre le Floreffe Big Band, mais par contre j’étais présent pour le concert de Mélanie De Biasio.

Aujourd’hui, c’est Lieven Venken qui tient les baguettes à la place de Teun Verbruggen.

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Ce qui est fascinant avec Mélanie, c’est l’ambiance qu’elle arrive à créer dès les premières mesures. On entre aussitôt dans son monde. Tout en délicatesse.
Mélanie De Biasio est sans doute une des plus belles choses qui soit arrivée au jazz vocal (au-delà de la Belgique) ces dernières années.
Elle allie le blues, le jazz et la chanson avec élégance et intelligence.

Après un «Blue» tout en nuance, la chanteuse invite Steve Houben à la rejoindre pour partager un «A Stomach Is Burning» intense.
Dialogue merveilleux entre le saxophoniste et la chanteuse qui ressort, pour l’occasion, la flûte.

La contrebasse du fidèle Axel Gilain est toujours aussi envoûtante.
Au piano, Pascal Mohy est volubile et merveilleux d’aisance sur le léger «Never Gonna Make It».
Le drumming de Lieven n’a rien à envier à celui de Teun. Il est délicat, sensible et toujours groovy. D’une autre couleur, certes, mais qui s’accorde très bien à l’univers de la chanteuse.
Pascal Paulus, quant à lui, teinte l’ensemble de sons très ’60. A la fois «soul» et lunaire.
Parfait.

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Avant de terminer en douceur un concret un peu court (la balance et la mise en place avaient pris un peu trop de temps), Steve Houben nous offre un solo brûlant sur «Let Me Love You»…

«Let Me Love You»… qui s’y refuserait ?

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Ce fut ensuite à Ivan Paduart de monter sur scène avec son quintet.
Ce soir, il présente un nouveau projet: «Exile With A Dream» avec Toon Ross (ss, ts), Sam Gerstmans (en remplacement du bassiste Philippe Aerts), Joost Van Schaaik (dm), Stéphane Belmondo (tp), et son amie de longue date - je me demande même si ce n’est pas Ivan qui la présenta à David Linx – la chanteuse hollandaise Fay Claassen.

Les deux premiers morceaux se joueront cependant sans elle.

«I Thought I New» met en lumière le jeu précis et vif de Paduart.
Moi aussi, je pensais que je savais. Je pensais que je connaissais le style du pianiste. Mais sur ce coup-là, et le morceau suivant («Storyteller», où l’on retrouve un esprit «Giant Step»), il m’a bluffé.

Ces morceaux font un beau tremplin pour les chorus de Belmondo.
Malheureusement, on le sentait un peu mal à l’aise.
À sa décharge, il n’avait pas eu l’occasion de beaucoup répéter et les compos de Paduart ne sont pas si simples que cela.
Toon Roos, plus habitué à Paduart, se mettra bien mieux en valeur. Jeu brillant et agile. Tout en force et sinuosité.
 

Fay Claassen rejoint alors le groupe pour «Life As It Is».
La voix est toujours aussi belle et graineuse, légèrement voilée.
Fay tente parfois des choses très difficiles et on sent dans ces moments ses limites. On les perçoit d’autant plus lorsque David Linx vient chanter en duo avec elle «Crossroad».

Bonne et belle surprise que ce concert. Je suis curieux d’entendre ça sur cd.

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Autre surprise pour moi, fut la découverte sur scène d’Eliane Elias. Il faut dire que la chanteuse/pianiste ne m’a jamais vraiment convaincu sur disque (du moins, ceux que je connais). Mais ce soir, en «live», je fus conquis.
D’abord par son sens du rythme et du placement. Ensuite, par son touché, à la fois percussif et chantant. Très jazz dans un style, évidemment, assez «bossa».
C’est ce mélange des genres, qu’elle réalise avec fluidité, qui m’a étonné.

Après un medley de musiques traditionnelles brésiliennes, où elle invite le fabuleux batteur Satoshi Takeishi à faire monter la pression, elle entonne une jolie ballade: «Call Me».

Toot Thielemans, en invité exceptionnel, vient déposer quelques notes sur «Black Orpheus» (du moins, il me semble).
On sent l’harmoniciste un peu «court», pas trop à l’aise.
Que se passe-t-il ? Pas en forme Toots ?
…Non, il change d’harmonica: « Mon ‘la’ est bouché » dit-il en riant.
Et oui, malgré l’age, Toots est toujours en forme.
Et il le démontre sur «Corcovado» ou «Oye Como va».
Et plus encore, dans une joute amicale et musicale de haut vol avec l’excellent guitariste Ricardo Vogt quand les musiciens se provoquent l’un l’autre.

07
Le cadeau d’Eliane Elias à Toots, c’est «Bluesette» chanté en portugais.
L’émotion est palpable.
Le public se lève pour saluer comme il se doit la sortie de notre Toots national.

Le concret ne baissera pas d’intensité par la suite.
«Doralice», «Tangerine» ou encore «Desafinado», achèvent dans l’enthousiasme général cette très belle journée.

A+

29/09/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 1 -

Après Gand, Anvers et Bruxelles, cap sur le festival de Dinant.

Le week-end dernier, c’était le coup d’envoi du Dinant Jazz Nights.
Dixième du nom !
Pour fêter ça, le festival se déroule en deux week-ends. Le premier à Ciney (là où Jean-Claude Laloux avait créé ce premier rassemblement) et le deuxième à Dinant.

La semaine qui sépare ces deux rendez-vous ayant été plus que chargée, je n’ai pas eu l’occasion de vous raconter ce qui s’est passé les 21 et 22 septembre au centre culturel de Ciney. Allons-y!

Le parrain du festival de cette année est David Linx. Normal que ce dixième anniversaire soit dédié au jazz vocal.

01
Vendredi soir, Laïka Fatien a conquis un public malheureusement un peu clairsemé.
Pour ma part, je suis resté légèrement (très légèrement) sur ma faim.
Bien sûr Laïka chante très, très bien. Et elle a une belle façon de vivre les textes. Surtout les standards. Enfin, des «nouveaux» standards, tels que «Old Portrait» de Mingus, «Lost» de Wayne Shorter ou encore «A Shade Of Jade» de Joe Henderson. On le voit, et elle l’avoue, elle a un faible pour les saxophonistes. Elle est d’ailleurs accompagnée, comme d’habitude, par l’excellent ténor David El Malek. Celui-ci est un écho parfait à la voix sensuelle de Laïka.
Mais le plus sensationnel dans  ce groupe est sans conteste le pianiste Pierre de Bethmann.
Il est éblouissant de virtuosité, mais surtout d’inventivité et de sensibilité.
Tant sur les morceaux swinguants que sur le classique «Old Devil Moon» ou encore le très soul/boogaloo «Zigaboogaloo (qui porte bien son nom) de Nicolas Payton
Pianiste fantastique.

Avant de revenir en vedette avec le BJO, David Linx rejoindra la chanteuse pour interpréter en duo un morceau tiré de « La tectonique des nuages » de Laurent Cugny… Somptueux.

03
Le Brussels Jazz Orchestra, donc.
Le rêve pour le chanteur.
Et le résultat est à la hauteur des espérances.

Le public est plus nombreux, mais ce concert aurait mérité une salle comble.
Linx et l’un des meilleurs Big Band du monde (si, si…) présentaient leur nouveau projet: «Changing Faces».
13 morceaux pour douze arrangeurs différents.
13 styles, 13 couleurs différentes et pourtant une osmose parfaite.
Ce qui est fascinant avec ce projet, c’est d’entendre le BJO sonner comme s’il s’agissait d’une petite formation (dans le sens quartet ou quintet).
Linx, mais aussi Mario Laginha, Michel Herr, Stephane Guillaume et tous les autres arrangeurs, ont eu la belle idée et l’intelligence d’utiliser le band de manière très ouverte. Et ces multiples écritures démontrent le talent incontestable de tous ces musiciens.

Une attaque franche, un suivi en ostinato au piano (Nathalie Loriers) et voilà «Deep Night» sur les rails. Les sons tombent en cascade: les trompettes, les trombones et puis les saxes. Brillant.
Et ce n’est qu’un début.
«Black Crow», de Joni Mitchell et arrangé par Michel Herr, impose une fausse douceur, mais une vraie tendresse. Pas de faux-semblants ici. Pas de triche.
La musique n’en est que plus véritable.

02
Philip Catherine viendra nous faire une visite sur quelques titres, histoire que la fête soit complète. Ici aussi, le dialogue est juste. Et vif.

Le BJO propose différentes palettes.
Un peu bossa avec «Bilhete», terriblement swinguant avec «Then We’ll Be Home», très «black» et cru avec «A Day’s Journey» ou encore explosif avec «The Land Of Joy».

Et à aucun moment, l’orchestre ne faiblit.
Les solistes y sont époustouflants (Bart Defoort, Kurt Van Herck, Lode Mertens, Franck Vaganée, Bo Van Der Werf et bien sûr Nathalie Loriers).

Et David Linx ?
Il est au sommet de son art. Il est heureux, léger, parfait.

Haaa… vous auriez du être là !

A suivre…

A+