27/05/2017

Citadelic ! C'est à Gand

Quand j’ai rencontré Rogé pour la première fois, on disait de lui que c’était un idéaliste.

C’était vrai. Mais c'était plus que ça. Rogé Verstraeten était un fou.

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Il l’est toujours.

Fou de jazz, fou de musiques, de liberté, d’art, de rencontres, fou d’humains. Car il faut être fou de tout ça pour faire vivre des lieux comme El Negocito pendant près d’une dizaine d’années où, dans un bric-à-brac chaleureux et convivial, on y jouait de la musique improvisée en dégustant d’excellents plats sud-américains. Fou pour remettre le couvert avec La Resistenza ! Et puis, en même temps, Rogé organisait aussi Jazz sur l'Herbe et avait développé son propre label : El Negocito Records.

Le label existe toujours - il est d'ailleurs une référence incontournable dans le milieu - et produit régulièrement de véritables perles de jazz contemporain, de musiques improvisées et aventureuses. On y retrouve, par exemples, BackBack, 3/4 Peace, De Beren Gieren, Bart Maris, Ruben Machtelinck, Moker, Manolo Cabras, Les Chroniques de l’Inutile, Llop, Fulco Ottervanger, Seppe Gebruers et tant d’autres…

Quant à Jazz sur l’Herbe, il est devenu Citadelic Festival.

Voici la dixième édition ! Et c’est gratuit !!! Oui gratuit ! De la folie.

Alors, pour rentrer dans ses frais, Rogé compte sur la dégustation d’excellents plats “maison”, des dégustations de vins ou de bières (hmmm la Hedonis !)… Mais toutes autres contributions sont les bienvenues. Renseignez-vous, demandez-lui.

Alors, c’est où ? A Gand, bien sûr, autour du kiosque du Citadelpark. Oui, là où se trouve aussi le S.M.A.K. !

Facile d’y accéder.

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Et c’est quand ? A partir du mercredi 31 mai jusqu’au lundi 5 juin ! Notez, notez !

Et qui verra-t-on ?

Plein de choses intéressantes comme, par exemples, Jorge Rossy Vibes Quintet featuring Mark Turner & Al Foster, le trio de Samuel Blaser avec Marc Ducret, pour commencer. Mais aussi Osama Abdulrasols, Rodrigo Fuentealba et la percussionniste japonaise Tsubasa Hori

Et puis encore le quartette de Sal La Rocca avec Lieven Venken, Jeroen Van Herzeele et Pascal Mohy, Lilly Joel (le duo de Lynn Cassiers et Jozef Dumoulin), le trio Patrick De Groote, Chris Joris et Paul Van Gysegem qui vient de sortir un fabuleux «Boundless», mais aussi Ruben Machtelinckx & Karl Van Deun, Steiger, Fred Leroux, GLiTS (Peter Vandenberghe et Bart Maris) dont l’excellent album vient de sortir également…

Ce ne sont que quelques noms parmi plus de vingt groupes programmés. Le mieux est d’aller voir le programme complet sur le site Citadelic.

Voilà dix ans que ça dure ! Si vous voulez que cela continue, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Allez, hop, tous à Gand ! Pour l’amour du jazz, pour les idéalistes, pour les fous, pour Rogé !

 

 

 

A+

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01/01/2017

Chris Joris & Family in Mechelen

C’est tout de blanc vêtu que le maître de cérémonie monte sur scène, entouré de ses enfants (Yassin, Saskia et Naïma) et de ses amis, (Free Desmyter, Bart Borremans, Christof Millet, Lara Roseel et Sjarel Van den Bergh) qui font quasiment partie de la famille aussi.

chrisjo.jpg

Chris Joris est fier et heureux – et c’est bien légitime – de présenter au public du CC Mechelen, ce samedi 17 décembre, son tout dernier bébé : Home And Old Stories (De Werf). Un album généreux et éclectique, rempli de musiques influencées par un parcours personnel riche mais aussi par celui de ses enfants. On touche au blues, à la musique africaine, au folk, à la pop et au jazz bien sûr. Aussi diversifié qu’il soit, ce projet garde une belle ligne de conduite, un fil rouge fragile, subtil et plein d’âme, qui le rend plus qu’attachant.

On connaît Chris leader, percussionniste parmi les percussionnistes, sideman des plus grands, chroniqueur, artiste peintre, philosophe aussi sans doute, figure emblématique du jazz belge et, sans conteste, l’une des fiertés de Malines. Le concert, organisé par Jazzzolder, a donc fait salle comble !

Accompagné à l’harmonica par Sjarel Van den Bergh, Chris entame une impro au likembe. L’Afrique et blues se mélangent pour rappeler ce que sont les vraies racines de la vraie musique. Et puis c’est parti, avec une certaine désinvolture, une dose de légèreté, un peu d’insouciance et un vrai sens du partage pour deux beaux sets de musique vivante.

« My Way », chanson incantatoire nous tire vers le haut, « Brocante » vacille entre milonga, bop et musique afro cubaine. Bart Borremans tire des pleurs et des rires de son sax et la marche éthylique nous amène vers un thème joyeux, permettant à Free Desmyter de lâcher des impros grondantes et volubiles. Chris passe des congas à la batterie puis au berimbau… Le programme semble changer suivant l'humeur du leader dans un joyeux et tendre bordel. C'est un vrai concert en famille auquel nous sommes invités.

Chris laisse beaucoup de libertés à chacun de ses musiciens. Il leur fait confiance. C’est réciproque et cela ressent dans la musique. Alors, il y a « Both Sides Know », superbe et touchant morceau de Joni Mitchell, magnifié par Naïma Joris, chanteuse exceptionnelle et magnétique. Avec détachement et simplicité, sans aucune gestuelle exagérée, maîtrisant admirablement une voix chaude et légèrement brisée, elle met au premier plan les vraies émotions. Frissons garantis. Et les bonheurs s’enchaînent, avec un Monk revisité et déglingué, avec « Far Away » - chanté avec délicatesse par Yassin Joris – qui montre qu’il n’est pas seulement qu’un excellent et inventif guitariste. Un peu avant la pause, il y aura encore un thème, nouveau et vénéneux, dans lequel on perçoit une touche de Pharoah Sanders dans le jeu enflammé de Borremans. Ensuite « Eventide » qui met en avant la basse profonde de Lara Roseel, puis l’envoûtant « Grinnin’ In Your Face », puis des joutes entre percussionnistes, des moments plus rock, d’autres plus roots… Et toujours plein de plaisir à partager.

Comme il faut se laisser le temps de se laisser prendre par le disque, afin de profiter de toutes ses richesses, il faut se laisser porter par un concert de Chris Joris. Lui faire confiance. C’est simple, ça vous rentre dans la peau et ça fait un bien fou.

A+

 

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06/09/2016

Jazz Contest Mechelen - 2016

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Mais qu’est ce qui m’a pris d’avoir accepté d’être membre d’un jury pour un concours ?

Remarquez, je l’ai déjà fait quelques fois et… oui, j’aime ça.

Chaque fois c’est excitant, car on découvre des musiciens, des talents, de belles personnes. Et puis, on s’oblige à aiguiser une oreille critique. Mais ce n’est pas toujours simple. D’ailleurs, ce n’est jamais simple !

Il y a autant de jazz qu’il y a de musiciens ! Autant comparer des pommes et des poires.

Bien sûr, il y a des choses que l’on aime spontanément et d’autres un peu moins. Question de goût. Mais, lorsque l’on est dans un jury, il faut pouvoir aller au-delà de ça. Et remettre le compteur à zéro.

Alors, quand il faut désigner un « vainqueur », c’est souvent un déchirement. Ha ! Si seulement il y avait un, et un seul, très bon groupe ou très bon musicien ! Et en face, des mauvais, des très mauvais, ce serait facile. Mais non, le niveau est souvent très élevé. C’est qu’ils jouent bien tous ces jeunes ! Alors, on voudrait que tout le monde gagne, comme chez Jaques Martin (pour les plus vieux d’entre nous qui connaissent) ! Et si, en plus, il n’y a qu’un seul prix (pas de récompense pour le deuxième ni troisième) c’est encore plus terrible.

Cette année, comme il y a deux ans et comme l’année dernière, je participais au Jazz Contest Mechelen. Un concours organisé par la fine équipe de Jazzzolder. Et quand on dit « organisé », c’est vraiment « organisé » ! Tout est parfait, tout est réglé, tout est prévu et l’accueil, tant pour le jury que pour les candidats et le public, est un exemple. Un vrai bonheur.

Cette année, il y avait devant le jury (Anne Wolf (p), Ondine Quackelbeen (Jazz Studio), Mik Torfs (JazzLab Series), Patrick Bivort (Jazzmozaiek, RTBF), le président Chris Joris (perc) et moi) quatre groupes issus des demi-finales (qui s’étaient déroulées quelques mois auparavant). Chacun d’eux avait 30 minutes pour convaincre.

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Fhree est un trio venu tout droit de Hollande. Ils avaient plutôt fait bonne impression lors des « éliminatoires ». Mais ici, ce soir, on les sentait peut-être un peu fébriles. Cela n’a pas vraiment décollé. Même si l’on remarquait quand même les très bons solos du guitariste Jheynner Argote-Frias, le drumming de Guillermo Martin Viana ou quelques belles phrases de Fernan Mejuto Vazquez (keys).

Vortex ensuite, quant à lui, est rentré directement dans le jeu. Un set puissant, dynamique, une attitude sur scène parfaite. Des compos brillantes, qui font un clin d’œil à Ornette Coleman ou à Miles, un pianiste plein de personnalité (Alan Van Rompuy obtiendra d’ailleurs le prix du meilleur soliste), un leader charismatique au jeu bien déterminé (le trompettiste Aristide D’Agostino) et un ensemble qui tient la route (Joos Vanduren au sax, Emmanuel Van Mieghem à la basse et Olivier Penu au drums). Bref un groupe soudé, un jazz généreux et évident.

Il y avait aussi JE Trio (Johannes Engelhardt à la basse, Paul Janoschka au piano et Jonas Kaltenbach aux drums) venu d’Allemagne. Une exécution parfaite, un niveau assez bluffant. Peut-être juste un poil rigide ? Des compos excessivement bien écrites et superbement exécutées. Il manquait peut-être cette toute petite pointe de lâcher prise, de décontraction qui aurait rendu ce jazz encore plus touchant.

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Touchant, c’était le cas de la pianiste Marie Fikry et son quintet. Une belle présence, un jeu très fluide au piano, des compos originales qui flirtent parfois avec la musique du monde. On remarque aussi un percussionniste plutôt prometteur, Simon Leleux, Jordi Cassagne (cb), Artur Hitz (sax), Lucas Venderputten (dm). Une bien belle équipe en fait. C’est du bonheur et de l’intelligence qui flotte dans l’air.

Alors le jury se retire, discute, délibère. Longuement, intensément. Il y a des évidences. Et des doutes. Pas simple. Pas le temps d’écouter Jelle Van Giel Group qui passe sur scène pendant ce temps-là.

Il ne faut qu’un seul gagnant… Et ce sera Vortex.

On est tellement content pour eux. Et tellement frustré de ne pas pouvoir « offrir » d’autres prix aux autres.

Alors, retenez les noms de JE Trio, de Marie Fikry, de Fhree et Vortex bien sûr. Et allez les écouter. Allez les applaudir. Vous verrez, vous ne serez pas déçu.

Et votre présence sera certainement leur plus belle récompense.

 

A+

Pictures : ©silvdbphotography

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11/05/2014

Jazz Contest Mechelen

 

Après avoir participé, il y a quelques mois, au jury de sélection pour la finale du Jazz Contest Mechelen, me voici de retour, ce dimanche 27 avril, toujours à Malines avec mes amis et collègues Georges Tonia-Briquet (Jazzmozaïek, Agenda BDW), Patrick Bivort (Leffe Jazz Nights, Classic 21...), Christophe De Visscher (contrebassiste), Bernard Lefèvre (Jazzmozaïek) et, président du jury, Chris Joris (percussionniste), pour écouter les quatre finalistes.

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Premier rendez-vous, vers 14h au Theater De Moedertaal, avec le quartette de Esther Van Hees qui propose principalement des ballades. On sent la chanteuse un peu stressée, un peu émue. Trop peut-être. Elle défend un répertoire subtil et délicat - voire sombre («Acheronian Blue») - qui ne permet pas les imprécisions. La voix est un peu mal assurée et malgré quelques beaux échanges avec l’excellent Robert van der Padt au piano, notamment sur «Turn Out The Stars» de Bill Evans, on reste sur sa faim. Esther semble plus à l’aise dans un registre plus pop que jazz. C’est ce que confirme d’ailleurs le dernier morceau («Got Wings») qui libère quelque peu le groupe.

Direction le Theater Korenmarkt, caché au bout d’une étroite impasse, pour entendre Steiger, un jeune trio gantois. Autre ambiance, autre style. Le jazz de Steiger est plus contemporain, assez énergique et ne manque vraiment pas de swing. On décèle rapidement une belle connivence entre les trois protagonistes. Les compositions sont plutôt bien équilibrées, laissant pas mal de place aux impros («Aap» ou «Quork», par exemples). Le jeu fluide de Gilles Vandecaveye (keys) se marie parfaitement au drumming très inventif de Simon Raman, tandis que Kobe Boon (cb) balise l’espace ou, au contraire l’ouvre. On perçoit peut-être chez Steiger l’influence de jeunes groupes anglais (tel que Phronesis, par exemple) qui n’ont pas peur de mélanger jazz, rock ou soul sur des polyrythmies complexes ponctuées de breaks habiles. Leur version de «Because» (des Beatles) est des plus convaincantes. Voilà un groupe à suivre de très près, assurément.

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Changement d’endroit à nouveau. Cette fois-ci, c’est le très intimiste et chaleureux  ‘t Echt Mechels Theater qui accueille le troisième groupe du concours : Trykk. Les anversois (Matthias Van den Brande (ts), Geert Hendrickx (eg) et Gert Malfliet (dm) ) développent un jazz légèrement ouaté, qui fait référence à Paul Motian, mais aussi parfois à Mark Turner ou encore à Jacob Young, peut-être. L’ambiance est assez nostalgique, élégiaque presque… Mais Trykk est encore trop appliqué, trop collé aux partitions, c’est un peu raide et seul le dernier morceau (de Scofield) déridera un peu le trio.

Retour au Theater De Moedertaal pour écouter la prestation du dernier candidat, le quartette hollandais KHQ. Enfin, hollandais, c’est vite dit... Le batteur, Tristan Renfrow, est américain, le saxophoniste, Karlis Auzins, est lettonien et le contrebassiste, Andris Meinig, est allemand, tout comme le pianiste et leader Keno Harriehausen. Mais ils vivent et étudient tous à Amsterdam. Et tout ce beau mélange débouche sur un jazz plutôt musclé (tendance free bop) et sophistiqué (plutôt avant-garde). Le groupe est solide, très aguerri et très mature.

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Dès les premières notes, l’objectif est clair : ne pas laisser indifférent et éviter le conformisme. «Come Sunday» (de Duke Ellington) est tellement revisité qu’on a du mal a en retrouver la mélodie originale. Mais le travail est des plus intéressants. «Seven», morceau évolutif bâtit sur un ostinato obsédant, monte en intensité jusqu’à éclater avec rage. Avec «Gray Flower», on oscille entre musique contemporaine dépouillée et ballade nostalgique complexe. On pense parfois au travail de certains musiciens du label Hat Hut (Lacy, Kogelmann, Eskelin et autres). Le batteur fait le spectacle et profite du décor improbable du petit théâtre pour terminer le dernier morceau (après avoir littéralement démonté sa batterie à la manière d’un Günter "Baby" Sommer ou d’un Han Bennink) caché dans les coulisses. Prestation intense.

Le jury se retire, discute franchement, analyse le pour et le contre et désigne, tout comme le public, KHQ vainqueur, et attribue au batteur Simon Raman (de Steiger) le prix du meilleur soliste.

 

 

Cette deuxième édition du Jazz Contest Mechelen, à l’organisation impeccable, est une très belle réussite. Bravo à Lejo Vanhaelen (Jazzzolder) et à toute son équipe. Seul petit bémol : les organisateurs, tout comme moi, regretteront simplement l’absence de candidats francophones… Allons, ne me dites pas que la frontière linguistique serait capable de jouer les trouble-fêtes ? J’espère que tous les jazzmen prouveront le contraire l’année prochaine.

A bon entendeur.

A+

 

 

 

17/09/2011

Belgian Jazz Meeting - De Werf, Brugge

Bruges, De Werf, vendredi 2 septembre, 20 heures.

C'est le Belgian Jazz Meeting.

Pas facile d’ouvrir ce genre de concerts. Une grosse demi-heure, à tout casser, pour démontrer à un public de professionnels (organisateurs, journalistes, agents et autres producteurs venus des quatre coins de l’Europe et même des States) de quoi on est capable.

Alors, c’est Rackham qui s’y colle.

Toine Thys (ts, bc) réactive son projet jazz, rock, ethno-pop, folk (appelez ça comme vous voulez) et présente son nouvel album (et son nouveau line-up). Benjamin Clément (eg) fait toujours partie de la bande, mais avec l’arrivée d’Eric Bribosia (Keyb), Steven Cassiers (dm) et Dries Lahaye (eb) – remplacé ce soir par Axel Gilain – le groupe délaisse un peu le côté agressif pour n’en garder que l’énergie. On se balade entre jazz et pop gentille dans laquelle on retrouve des atmosphères western à la Ennio Morricone. Les interventions (intentionnellement ringardes ?) de Bribosia au Wurlitzer déstabilisent un peu tandis que celles de Benjamin Clément étonnent. A revoir début décembre à Flagey, CC Amay et Gand pour la sortie de l’album «Shoot Them All».

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Plus à l’aise et excessivement bien rodé, «Voices» de Nicolas Kummert fait un tabac. La fusion entre rythmes africains, jazz et chanson est parfaite. Au risque de me répéter, «Voices» est sans doute l’un des plus beaux projets actuels. Ce soir, et comme souvent, Alexi Tuomarila (p) fut magistral.  Ses envolées, à la fois lyriques et rythmiques, font étinceler des mélodies ciselées. Hervé Samb (eg) injecte des effets subtils et groovy avec une justesse incroyable. Soutenu par une rythmique d’enfer (Nic Thys (b) et Lionel Beuvens (dm), éblouissants), Nicolas Kummert «n’a plus qu’à» chanter, souffler et faire chanter la salle. Magique.

Changement de style, ensuite, avec le duo Jereon Van Herzeele (ts) et Fabian Fiorini (p), qui remplaçait le batteur prévu initialement et malheureusement malade, Giovanni Barcella. Mais les deux musiciens se connaissent bien et il ne faut pas longtemps pour qu’ils mettent le feu avec une musique très improvisée, inspirée autant par Coltrane que Ayler. Jereon plonge le sax dans le piano que Fabian fait gronder comme jamais. Explosif et puissant.

Pour continuer dans le même esprit, c’est le trio de Manu Hermia qui monte sur scène et nous emmène en voyage. Et c’est Manolo Cabras (cb) et Joao Lobo (dm) qui nous mettent sur la voie avec une longue intro hypnotisante. Tantôt à la flûte, tantôt au ténor ou au soprano, Manu Hermia transcende les thèmes. L’interaction entre les trois musiciens est lumineuse. Ils peuvent ainsi laisser s'exprimer toutes leurs idées. Et personne ne s’en prive. Fureur, retenue, transe et plénitude, tout s’enchaîne avec une indéniable maîtrise. (Un p’tit rappel ?).

C’est le quintette du pianiste Christian Mendoza qui conclut cette première et roborative soirée. La musique est plus écrite, sans doute, et un peu plus complexe aussi. Ce qui n’empêche pas de laisser aux souffleurs, Ben Sluijs (as et fl) et Joachim Badenhorst (cl), de beaux espaces de liberté. Ici, les thèmes prennent le temps de se développer, d’emprunter des chemins sinueux et de s’enrober d’ambiances étranges. Une musique qui demande de l’attention pour en saisir toutes les nuances. Mendoza mélange les couleurs, ravivées par le drumming nerveux de Teun Verbruggen et laisse parler ses acolytes, les relance, les invite sur d’autres pistes. Un véritable esprit de groupe où tout doit être à sa place pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne !

Samedi, sur les coups de 20h., on remet ça avec le trio de Pascal Mohy, avec Sal La Rocca (cb) et Antoine Pierre (dm). On connaît le toucher délicat  et romantique du pianiste, mais on se surprend lorsqu’il se réapproprie «Hallucination» de Bud Powell de fougueuse manière !  Et ça lui va tellement bien. Mohy continue son travail en profondeur sur «l’art du trio», façon Bill Evans, et peaufine son univers impressionniste. En laissant un peu de côté sa timidité, Mohy peut encore faire évoluer ce trio et en faire un groupe phare dans son genre. (Avez-vous déjà écouté le dernier album de Bill Carrothers au Village Vanguard, avec Nic Thys et Dré Pallemaerts? Ça pourrait être une bonne piste).

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Pas timide pour un sou, lui, aussi déluré dans son attitude que dans sa musique, Fulco Ottervanger décloisonne les genres avec ses Beren Gieren. Influencé par la musique contemporaine, le rock ou les valses désuètes, le set est incisif et nerveux. Le groupe joue avec les rythmes, les casse, les éparpille, les recolle. C’est parfois tellement éclaté qu’on a du mal à s’y retrouver. Mais de Beren Gieren parvient à capter l’attention. Fulco est très percussif et s’amuse avec les contrastes puissants et ni Lieven Van Pee (b), ni Simon Segers (dm) ne calment le jeu. Encore un peu flou dans les intentions mais diablement prometteur.

Et puis c’est Joachim Badenhorst qui relève le défi d’un solo à la clarinette basse, ténor ou clarinette. Malheureusement, je n’en verrai qu’une partie. Pas facile, dès lors, de plonger en plein milieu de cette musique exigeante et sans concession. Badenhorst, travaille sur le souffle et la respiration. Le cheminement est complexe mais devient vite obsédant et passionnant. La technique au service de l’inspiration. Badenhorst ne laisse personne indifférent. La performance est impressionnante.

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Au tour de Collapse de montrer de quoi il est capable. Ça démarre en trombe avec ce jazz franc inspiré d’Ornette Coleman. Ça trace. Entre Cedric Favresse (as) et Jean-Paul Estiévenart (tp) les échanges sont éclatants. L’un fait crisser son instrument tandis que l’autre le fait chanter avec un sens du placement et de la tonalité impressionnants. On regrettera peut-être, dans ce contexte particulier de «meeting», la série de solos de la part de chacun des musiciens, qui aura tendance à faire légèrement chuter la tension. Collapse en a sous le pied, on a hâte d’entendre la suite.

Hamster Axis Of The One-Click Panther, est aussi remarquable par son nom que par sa musique. Pas facile à cataloguer, les anversois ne se mettent aucune barrière. Emmené par le remuant et expressif batteur Frederik Meulyser, Hamster (faisons court) oscille entre post-bop et échappées free. Sans se prendre trop au sérieux, le groupe affiche une solide technique et permet à Bram Weijters (p), Andrew Claes (st) ou Lander van der Noordgate (ts) d’exprimer une multitude de sensations. Signalons aussi superbe prestation de Yannick Peeters (excellente aussi avec Collapse), qui tenait la contrebasse en remplacement in-extrémis de Janos Bruneel

On prend un verre, en s’abritant de l’orage, sous les tentes dressées dans la rue du Werf. On rencontre d’autres journalistes, des organisateurs, on s’échange des adresses. On discute avec les musiciens. On se félicite de cette entente entre wallon, flamands, bruxellois. On rit (jaune) de la situation politique de notre pays… mais comme disait Roger De Knijf, présentateur de l’événement : «Here, we don’t speak flemish, we don’t speak french, we only speak jazz».  Et on se donne rendez-vous pour le final, dimanche midi avec Rêve d’Eléphant Orchestra et le dernier projet de Tuur Florizoone: Mixtuur.

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Rêve d’Eléphant Orchestra, au grand complet, avec ses trois batteurs/percussionnistes (Michel Debrulle, Stephan Pougin et Etienne Plumer), et son sens de la dérision et du surréalisme nous gratifient d’un show exceptionnel. La grande classe internationale. Les musiciens se promènent avec une aisance inouïe dans cette musique tellement personnelle qu’on ne lui trouve pas de référence. Une musique jubilatoire, festive, déjantée. L’écriture est ciselée, chaque musicien apporte une pièce indispensable à l’ensemble. Benoist Eil (g), Alain Vankenhove (tp) ou Pierre Bernard (fl) interviennent par touches, avec un sens inné du collectif. Michel Massot, toujours aussi époustouflant, passe du trombone au tuba avec autant de bonheur. Un orchestre de rêve ! (Pour… mémoire )

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On termine en faisant la fête avec Mixtuur! Mixtuur, parce que Tuur Florizone, bien sûr, mais aussi parce qu’il s’agit d’un projet qui met en lumière ces enfants congolais nés du mélange belgo-zaïrois qui n’a pas laissé que de bons souvenirs dans les années soixante. Alors sur scène, on retrouve quatre choristes africaines, un joueur de balafon (Aly Keita), des percussionnistes (Chris Joris et Wendlavim Zabsonre), mais aussi Laurent Blondiau (tp) et Michel Massot (tuba)… sans oublier Marine Horbaczewski (cello) et bien sûr, Tuur à l’accordéon. Et, de cette mixture sort une musique parfaitement équilibrée, qui mélange les cultures musicales (africaines, européennes, classique, chanson, jazz ) sans jamais plonger dans un extrême.

Quoi de plus beau comme symbole pour conclure ce Belgian Jazz Meeting ?

A+

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
004

C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
005

Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
006

Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
007

On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
003

Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

24/06/2008

Jazz à Liège - 2008

Je ne vais pas vous faire une revue trop détaillée du festival Jazz à Liège, car un article pour Citizen Jazz est prévu prochainement.
Vous n’aurez pas à lire deux fois la même chose. Non, ne me remerciez pas, c’est tout naturel.

Voilà donc quelques images et impressions.

J’avais décidé, cette année, de choisir mes concerts et de m’y tenir.
De les voir entièrement (du moins essayer) plutôt que de courir d’une salle à l’autre pour écouter ce qui s’y passe et risquer, finalement, de ne profiter de rien.

001

Premier concert, premier coup de cœur: Mélanie De Biasio.
Je sais qu’elle ne fait pas toujours l’unanimité (mais c’est là sa force), et pour moi, ce soir, son concert fut éblouissant! Et fascinant surtout.
Mélanie laisse énormément de place à la musique, aux ambiances et aux musiciens. Elle privilégie le son du groupe plutôt que de jouer «à la chanteuse». Elle va vraiment au bout de sa démarche. Contre vents et marrées. Grand coup de chapeau !
«Summertime», par exemple, était subjuguant !
002

Concert suivant: Andy Sheppard et son hommage à Gainsbourg.
Je me méfie toujours de ce genre de projets. Ce soir, pourtant, le « concept » tenait parfaitement la route.
Bien sûr, lorsque les thèmes du «beau Serge» deviennent trop évidents, je ressens une petite gêne. Mais elle est vite balayée par les impros qui suivent et les arrangements intelligents. Et le groupe, à la composition pourtant un peu hétéroclite (Michel Benita et NGuyên Lê se connaissent très bien, mais Sebastian Rochford ou Angelo Bruschini viennent d’un tout autre univers), fonctionne à merveille.
Si, en plus vous ajoutez l’étrange et sensuelle Ma Chenka au chant… on craque.
003

Avant le final avec Martial Solal, un passage chez Pierrick Pedron.
Quelle bonne idée! Ce quartette pète le feu! Hard bop, post bop et swing bien tassé. Le jeu de Pedron est explosif, précis et rapide. Avec Agulhon à la batterie, Vincent Artaud à la contrebasse et Laurent Coq au piano: «ça joue!», comme on dit.
Et pas un peu.
Voilà du bonheur simple. On en redemande.
005
Y a-t-il un superlatif supérieur à «génial»?
Je ne sais pas, mais en tout cas je n’hésiterais pas à l’employer pour définir le concert de Martial Solal.
Avec les frères Moutin, le pianiste français nous a servi un vrai grand concert de jazz. Moderne, intelligent, swinguant, subtil, intense et d’une musicalité extrême.
Sans aucun doute LE concert de ce festival.
Martial Solal? Mais oui, ça rime avec «génial».
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Discussion sympathique au bar avec Pierrick Pedron et Frank Agulhon, avec Pascal Mohy et Greg Hoben et bien d’autres amis encore, avant de reprendre la route vers Bruxelles en écoutant l’excellent album «If Duo» de Bruno Angelini et Giovanni Falzone.

***

006

Samedi en début de soirée, dans le club des congressistes, je découvre Fabien Mary.
Le jeune trompettiste a tout compris du hard bop. Il a tout assimilé et tout digéré.
Avec son groupe (et son excellent guitariste Hugo Lippi) il délivre un jazz «classique» bourré de groove et d’énergie.
À revoir et à suivre de près. De très près.
007
Ensuite, dans la salle Dexia: Yaron Herman en trio.
Voilà encore un pianiste qui possède un univers personnel. Un univers qu’il fait partager en mêlant tradition et modernisme. En mélangeant musique classique et pop. Sans intellectualisme outrancier.
Les impros sont tendues, nerveuses et poétiques aussi.
Une poésie brute distillée à coup de petites mailloches qu’il utilise pour frapper son xylophone ou les cordes de son piano.
Fraîcheur et virtuosité.
Grand moment de plaisir !
008
Dans la grande salle du fond, Chris Joris a déjà entamé son concert.
Notre percussionniste passe des tambours au piano avec bonheur. Le groupe mélange jazz et musique africaine, et Baba Sissoko n’hésite pas à faire monter l’adrénaline en frappant son Tamani et en chantant avec une ferveur communicative. Eric Person prend quelques solos fulgurants au sax soutenu par un Bob Steward en belle forme.
La formule devrait tourner plus souvent: succès garanti.
009
Pour terminer: Abdullah Ibrahim en piano solo. Seul concert du festival où il est interdit d’entrer dans la salle lorsque le récital a commencé.
Car il s’agit d’un récital.
Tout se joue sur l’émotion, la retenue et l’introspection.
Le début est cependant assez laborieux. Ibrahim semble se chercher. Au bout de longues minutes, le jeu s’éclaircit un peu… Mais le pianiste sud-africain retombe rapidement dans des motifs répétitifs manquant de tension et même parfois d’intérêt. C’est superbement bien exécuté mais, contrairement au concert que j’avais vu à Flagey, il y a un an ou deux, celui-ci était plutôt… soporifique.

J’ai bien eu l’occasion, entre deux concerts (ou deux bières) d’aller écouter Nils Petter Molvaer, avec la désagréable impression d’entendre une musique qui a très mal vieilli, ou encore quelques moments du merveilleux duo Petra Magoni et Ferruccio Spinetti, que j’avais vu l’année dernière à Dinant, et que je trouve toujours aussi merveilleux.
J’ai l’occasion, d’ailleurs de discuter un peu avec eux après les concerts et il ne m’étonnerait pas qu’on les revoie encore prochainement en Belgique.
Et ça, ce ne serait pas pour me déplaire.

A+

02/05/2008

Africa Jazz

Dernièrement, j’ai eu l’occasion de rencontrer Dee Dee Bridgewater, avec quelques amis de la presse écrite, pour parler de son projet actuel «Red Earth, A Malian Journey».

Dee Dee sera en concert aux Bozar ce 13 mai.

Vous avez peut-être déjà lu ma chronique de l’album sur Citizen Jazz. Vous aurez prochainement droit à l’interview de la chanteuse.

Après avoir parlé du Mali et de l’Afrique en général avec Dee Dee, j’ai ressorti 3 disques «Africains» dont je n’ai pas encore eu l’occasion de parler.

Le «moins récent» d’entre eux est celui de Dieudonné Kabongo:
«Kata Ndevu».

02
On connaît l’homme en Belgique pour l’avoir vu jouer la comédie au théâtre, dans ses one-man-shows ou encore au cinéma («Lumumba» de Raoul Peck  ou «Le couperet» de Costa Gavras, par exemple).
Le voici chanteur.
Bon, ici, on n’est pas vraiment dans le jazz, on est bien d’accord.
On serait plutôt dans la world ou la chanson africaine.
Parfois intimiste, voire minimaliste, la musique s’ouvre pourtant aux rythmes plus puissants.
Les percussions – derrière lesquelles on retrouve Chris Joris, Frank Michiels et Kabongo lui-même – résonnent alors dans un tourbillon presque hypnotique («Burundi» ou «Kutuntuka»).

Mais il s’agit surtout d’un album de chansons un peu pop («Shitaweza» soutenu discrètement par Cyril Orcel aux claviers), et il faut souligner le beau travail sur les voix. Ce sont elles surtout qui donnent du charme à l’ensemble.
Agréable.

01
Plus intéressant, plus «radical» peut-être, et plus «jazz» aussi : J’Afro’zz est un groupe formé par des musiciens Congolais qui allient musique traditionnelle et jazz.

Paul Ngoie, percussionniste et leader, emmène son petit monde dans une musique très solaire, joviale et dynamique.
Il a invité sur quelques titres Pierre Vaiana (ss), Fabrizio Cassol (as) ou encore Boris Tchango (dm) qui injectent aussitôt un «esprit jazz» plus marqué (sur «Bakubass» ou «Rencontre» entre autres).

Ailleurs, on ne reste pas insensible aux rythmes langoureux sur «Yves in Sorrow», qui donne à entendre le très beau jeu de Yves Monama à la guitare, soutenu par une ligne de basse ondulante de Claude Bakubama.

«Ngoma Tempo» est un album de jazz original et intéressant, car il n’est vraiment pas courant d’entendre la musique congolaise traitée de cette façon.

 

03
Bien différent encore de tout cela, c’est le projet de Eloi Baudimont et de Baba Sissoko: «Mali Mali».

C’est mon coup de coup de cœur depuis quelques mois déjà.
Il s’agit ici, de l’histoire d’une rencontre entre un Griot et un chef d’orchestre touche-à-tout.
Une belle histoire d’amitié et de musique entre le Mali et la Belgique.

Ce qui est particulièrement touchant dans «Mali Mali», c’est cette musique interprétée par la Fanfare amateur de Mourcourt et une quarantaine de choristes, tous aussi amateurs.
Je sais, on pourrait se méfier.
Mais on aurait tort.
Car ce disque est un véritable bijou de sincérité, de bonheur et de tendresse.
Il est magique.

C’est étonnant, comme le mélange de ces deux cultures fonctionne à merveille.
C’est émouvant de sentir l’application des choristes à faire «groover» les morceaux et de sentir chez eux ce côté hésitant, timide parfois, mais tellement chaleureux.

«Ebi» vous arracherait presque une larme.
«Tunga» ou «Masaya» ne peut que vous faire taper du pieds et claquer des mains. Si ce n’est pas danser.

Quant à la Fanfare, elle est éclatante de vie, de dynamisme et de sincérité.
Sans fard, sans prise de tête, sans crainte, mais avec un cœur «gros comme ça», elle peut tout se permettre. Et elle en profite.
Et ça marche.

Le disque est accompagné d’un DVD qui retrace le voyage d’Eloi Baudimont au Mali, ainsi que l’un des premiers concerts donnés à la Maison de la Culture de Tournai.
On en redemande !

Voilà donc un coffret (CD + DVD) que je vous recommande plus que chaudement.
(En plus, 1 Euro est reversé à l’association «Eau Vive» pour financer la construction de puits en Afrique de l’Ouest).

Bonheur et frissons garantis.

A+

03/09/2007

1,2,3... CD's !

Les bonnes feuilles de tonton Jazzques.

Enfin, quand je dis «les bonnes feuilles», comprenez: les chroniques de bonnes musiques.
Pour la rentrée, trois albums sur
Citizen Jazz.

01
Chris Joris et son «Rainbow Country».
Album sorti  chez De Werf.
Il contient de petites merveilles.
Prenez le temps (l’album est riche), ça vaut la peine.

02
J’ai chroniqué aussi l’album de Louis Sclavis : «L’imparfait des langues».
Sacré exercice. Pas toujours « simple » mais tellement intéressant.
Un album qui a ses «partisans» et ses «contradicteurs».
Pour ma part, je suis dans le premier groupe.

03
Et puis l’album de Mélanie De Biasio.
Une des toutes grandes réussites de ces derniers mois, à mon avis.
Et je pense ne pas être le seul à le dire.
Ça méritait un «Elu»… Mais, allez comprendre les rédacs chefs…
:-/

 

Allez, bonnes lectures.

A+