19/08/2016

Natacha Wuyts trio au Music Village

Cela faisait un bon moment que je voulais aller réécouter Natacha Wuyts. Je crois que la dernière fois que je l’ai vue sur scène, c’était à Jazz à Liège, il y a cinq ou six ans ! C’est dire ! Bien sûr, j’ai continué à suivre son parcours (merci internet) mais, la scène ou les clubs, c’est quand même ce qu’il y a de mieux. Alors, il était temps de remédier à cela.

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Durant toute une semaine d'août (du 16 au 20) elle chante au Music Village, chaque soir, dans le cadre des Summer Village Concerts. Une occasion à ne pas manquer.

Comme d’habitude dans ce club, l’ambiance est cool, cosy, feutrée. Idéale pour le jazz vocal que Natacha défend.

Elle est accompagnée au piano par Charles Loos et, à la guitare, par Patrick Deltenre.
Pieds nus, comme pour être bien en contact avec la terre et en sentir les vibrations, elle entame d’entrée de jeu un « Body And Soul » sensuel. Vient ensuite un très surprenant et jubilatoire « But Not For Me » ! Ce « tune » est emmené tambour battant, loin des habituels tempos langoureux. Ici, la chanteuse et ses deux compères ont pris le contrepied et le parti de s’en amuser. Ça ne file pas, ça galope ! Mais avec quelle précision et quelle articulation dans le chant ! Natacha se lance alors dans un scat tout aussi maîtrisé que rapide. Elle entraine Charles Loos, qui n’en demandait pas tant, à jouer un stride enflammé. Avec la même ferveur, le trio emballe un « That Old Black Magic » réjouissant.

Mais « l’entertaiment woman » sait doser les effets. Après un « No More Blues » qui sent bon, comme il se doit, la bossa, Natacha Wuyts extrait avec retenue toute la mélancolie et la détresse de « St James Infirmary ». Ici, Patrick Deltenre peut vraiment laisser parler son phrasé très blues, tandis que Loos déploie un jeu ample et lyrique.

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Le trio fonctionne à merveille. Il reprend « Someone To Watch Over Me », « Gee Baby, Ain't I Good To You », mais aussi des thèmes plus pop (« You've Got A Friend » de Carole King), une ou deux chansons françaises (« Ne me quitte pas », introduit magnifiquement à l’harmonica par Deltenre) et quelques rares compos personnelles.

Natacha Wuyts est ce que l’on peut appeler une véritable chanteuse de jazz, possédant une technique de scat époustouflante qui fait passer cet exercice comme facile, simple et évident. Et puis, elle est capable de moduler sa voix avec bonheur, en passant de l'aigu d’une Betty Boop aux graves d’une Big Mama Thornton, comme sur le délirant « Sweet Georgia Brown », par exemple. Chapeau.

Et voilà comment on passe une bien belle soirée.

Bon, hé bien j’espère ne pas devoir attendre cinq ans avant de la revoir.

Merci à ©Bernard Rosenberg pour les photos ( jetez un œil sur son site)

 

 

A+

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10/02/2016

Kyrielle Blues

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Une fois n’est pas coutume : parlons d’un livre.

Bien sûr, dans ce livre, il y a du jazz.

«Kyrielle Blues», c’est le dernier roman de Francis Dannemark et de Véronique Biefnot. L’un écrit, l’autre aussi, mais cette dernière parsème aussi le livre de dessins.

«Kyrielle Blues», c’est l’histoire d’une jeune femme dont la vie bascule après la mort de son père. Son père, c’était Teddy, un pianiste de jazz.

Si la vie de Nina bascule, c’est parce que Teddy lui laisse un testament qui va bien au-delà d’un legs habituel…

De Bordeaux, où elle habite, elle remonte sur Hazebrouck, où elle a vécu et où son père s’est éteint, pour écouter ce que le notaire a à lui dire. Là, elle découvre une kyrielle de secrets inavoués.

Si l’histoire commence de façon légère, à la manière d’une comédie romantique, bien vite, elle prend du corps et les personnages prennent de l’épaisseur.

L’idée de la lecture du testament, pour retracer la vie - en flashback - du défunt, est assez originale. Cela aurait pu être, a priori, iconoclaste, ou, à tout le moins, fastidieux et pesant, mais c’est plutôt malin. Même si cette lecture de testament semble peu crédible, on se laisse convaincre. Après tout, il s’agit d’un jazzman. Et avec ces gens-là, tout est possible.

Teddy a eu ses petits moments de gloire. Et de faiblesse. Il n’a pas été une star, mais ce n’était pas un paumé non plus. Et c’est cela qui rend l’histoire crédible.

Les auteurs évitent les clichés ou la caricature. Pas de clubs sombres et enfumés. Pas d’histoires sordides de drogue, pas de règlements de compte, pas de gangsters. C’est plutôt une histoire de sentiments et d’amours. Une histoire presque banale. Presque rocambolesque aussi. Et ça tient la route.

L’écriture est simple et fluide et le roman est intelligemment construit pour nous ménager de belles surprises. Surtout à la fin.

Et puis, il y a l’amour du jazz aussi, distillé en filigrane tout au long des pages. Alors, on peut s’amuser à écouter les morceaux qui parsèment le livre, histoire de rester dans le mood («What Is This Thing Called Love», «Stella By Starlight», «Everytime We Say Goodbye», «Money Jungle»…).

Installez-vous, sortez vos Bill Evans, Chet Baker, Duke Ellington, Art Pepper ou Jim Hall et laissez-vous emmener, «Kyrielle Blues» devrait vous faire passer un bon moment.

 

 

A+

24/09/2010

Mognoscope au Théâtre Marni

Afin de présenter les dernières parutions de son label Mogno Music, Henri Greindl a misé sur le tir groupé. En effet, deux jours de suite, le 8 et 9 septembre, 6 groupes se sont succédé au Théâtre Marni.

Je m’y suis rendu le deuxième soir pour écouter Sabin Todorov et Bernard Guyot en duo, le groupe de Fabrizio Graceffa et finalement le groupe d’Osman Martins et Pierre Gillet.

La veille, Mogno avait présenté ses autres parutions : Charles Loos en solo, le trio de Paolo Loveri et Wappa Tonic Quintet.

 

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En 2008, avec Summer Residence (et avec Charles Loos), Bernard Guyot avait frappé un grand coup en écrivant une superbe suite en 5 mouvements en hommage au club  Le Travers (qui fêtait, à titre posthume, ses trente ans). On découvrait alors un saxophoniste sensible et talentueux. On ne savait pas vraiment, à l’époque, que Bernard et Sabin Todorov se côtoyaient depuis pas mal de temps déjà et avaient même monté un quartette ensemble. C’est pourtant forts de cette longue amitié, qu’ils ont décidé de jouer en duo et d’enregistrer une démo,« juste pour voir». Rien de plus précis que ça au départ. Mais à la réécoute des « bandes », ils se rendent à l’évidence : «ça sonne!». Tout s’enchaîne assez rapidement, ils enregistrent d’autres compos de l’un et de l’autre et Henri Greindl se propose de sortir l’album. Voilà donc «Archibald’s Song».

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Amusant et intéressant d’écouter ces deux personnalités s’échanger leurs visions de la vie, de confronter leurs idées musicales, d’évoquer leurs origines et leurs souvenirs.

La plupart des compositions de Guyot sont souvent tendres et lyriques, voire sentimentales.

«St Charles School» est une belle ritournelle ensoleillée, «Au bord de l’océan» est assez rêveur et introspectif tandis que «Blues Oriental» est plus mystérieux et puise dans l’imaginaire romanesque. Au ténor, le jeu de Guyot est d’une grande clarté, mais c’est au soprano qu’il est encore plus convaincant. Il y injecte juste ce qu’il faut d’acidité pour en souligner une certaine fébrilité. Les longues phrases ondulantes et les brèves ponctuations aiguisées s’équilibrent entre elles avec souplesse. Sabin Todorov se fait faussement discret au piano. Il met en valeur les harmonies du saxophoniste, mais il n’hésite pas non plus, quand il le faut, à se faire plus incisif. Bien sûr, c’est sur ses propres compositions que Todorov révèle plus encore ses origines slaves. «Soul Of A Imigrant» est une sorte de valse hésitante qui évoque la marche inquiète d’un voyageur qui ne sait pas où il met les pieds ni où ce chemin le mènera. Ces influences sont encore plus flagrantes sur «Crying Game» ou la polyrythmie et les mesures impaires sont fortement présentes. (Si vous aimez ça, je ne peux que vous conseiller son album «Inside Story 2» dans lequel il a invité un quatuor de voix bulgares). Les deux musiciens semblent s’adapter à la musique de l’autre, s’adapter au langage de l’autre, s’adapter aux différences de l’autre, pour finalement, s’adopter l’un et l’autre. Belle leçon.


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Fabrizio Graceffa (eg) opte pour un style assez inspiré d’un Kurt Rosenwinkel. Il teinte son jazz, plutôt languissant, de légères structures pop.  Il joue avec quelques loops et quelques sampling pour initier un tapis légèrement groovy. Il diffuse des ambiances éthérées et des mélodies simples sur lesquelles Jean-Paul Estiévenart (tp) improvise quelques phrases plus élaborées. «5.4» sonne cependant un peu bizarrement, la trompette semble être trop en arrière-plan, la batterie (Herman Pardon) est très présente et la contrebasse (Boris Schmidt) trop discrète. Heureusement, sur le disque, l’équilibre est bien mieux réparti.

«The Answer» puis «Back Home» sont deux thèmes plus instantanés, plus direct, et permettent à la trompette de prendre plus d’ampleur. Estiévenart se libère dans un solo magnifique. On y sent plus de puissance et de détermination. Il arrache les notes et déchiquette l’harmonie. Du Estiévenart comme on l’aime. Au moment d’entamer «Stories», morceau titre de l’album, Graceffa invite la chanteuse Jennifer Scavuzzo qui a écrit des paroles sur cette composition. C’est assez tendre et assez pop. On terminera ce concert agréable, mais peut-être un peu trop sage à mon goût, avec… «Something Is Missing».

Ceci dit, le disque – dans lequel Peer Baierlein est à la trompette – joue la carte de la décontraction et il faut admettre qu’il se déguste avec plaisir.


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Troisième et dernier concert de la soirée: Osman Martins et Pierre Gillet venus présenter «Parceria».

J’avoue ne pas être un «fondu» de la musique brésilienne (je vais sans doute décevoir Henri Greindl dont le cœur bat en grande partie pour elle), ce qui ne m’empêche pas de l’apprécier et d’y prendre du plaisir à l’écouter. Et heureusement, ce soir, le plaisir était de la partie.

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Osman est un excellent chanteur et joueur de cavaquinho (sorte de ukulele qui offre, me semble-t-il, bien plus de nuances). Après avoir beaucoup tourné dans son pays et en Italie, Osman Martins s’est installé à Bruxelles à la fin des années ’80 et a donc pas mal écumé les clubs et bars du Benelux. Il s’y est fait quelques amis musiciens tels que Steve Houben, Manu Hermia (que l’on retrouve tous deux sur l’album) Maxime Blesin ou encore Pierre Gillet. Ce dernier est un jeune et excellent guitariste que je ne connaissais pas. Avec sa 7 cordes, il fait plus qu’accompagner Osman. Il possède indéniablement une technique irréprochable mais il a aussi un sens inné de la musique brésilienne et du choro en particulier. Ça tombe bien, c’est de choro qu’il s’agit ce soir. Cette musique traditionnelle et populaire, chaude et joyeuse, nous est délivrée avec enthousiasme par les deux guitaristes entourés de trois percussionnistes: Junior Martins (le fils d’Osman), Michel Nascimento et Osvaldo Hernandez. Les morceaux sont concis et nerveux. C’est souvent dansant - même une relecture de «l’Aria» de J.S. Bach vous fait onduler des hanches - et parfois mélancolique («Uma historia» ou «Choro Negro» par exemples). L’entente entre Gillet et Martins est assez remarquable. Jamais ils n’empiètent sur le terrain de l’autre. Ils se partagent tour à tour le soutien rythmique puis la mélodie. Les percus, très diversifiées (Pandeiro, Cuica, Caxixis, Triangle, Atabaque, etc...), sont utilisées avec finesse et, même si elles sont très présentes, ne sont jamais envahissantes. L’ensemble est plutôt convaincant. Bref, si vous voulez faire entrer un peu de soleil chez vous cet automne, vous savez ce qu’il vous reste à faire...

 

 A+

 

29/08/2010

Le Music Village a dix ans.

Une nuit de 1999, je m’étais baladé du côté de la Rue Traversière et étais entré au Travers (lieu mythique du jazz bruxellois, aujourd’hui disparu. Jules - du Travers - s’occupe actuellement de la programmation au Théâtre Marni). Dans le fond de cet endroit sombre et enfumé y jouait le quartette de Ben Sluijs. Pour moi, ce fut une belle claque. Voulant absolument savoir où jouera ce groupe prochainement, je fouille le site Jazz Valley (lui aussi disparu)…

C’est comme cela que, quelques mois plus tard, je découvre le Music Village, à deux pas de la Grand Place, dans une ancienne quincaillerie totalement relookée. L’endroit est intime, chaleureux, cosy. Je me renseigne à l’entrée et apprends que le club a ouvert ses portes, il y a quelques mois à peine… Ouf, je n’ai presque rien raté.

 

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Dix ans plus tard, le Music Village est toujours là, fidèle à l’esprit voulu par Paul Huygens.

 

À partir du 3 septembre, pour fêter dignement cet anniversaire, le club programme une série de concerts «spéciaux». On y verra Phil Abraham, Dave Pike, Gino Lattuca, Ivan Paduart, Amina Figarova, Mélanie De Biasio, les Swing Dealers, Charles Loos et bien d’autres encore.

 

Dix ans, c’est  un bel age et c’est l’occasion de poser dix questions au maître des lieux, Paul Huygens.

 

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1 : Pourquoi le jazz ?

 

Avant tout pour l'atmosphère (sentimentale ou excitante) qui entoure la musique de jazz live. Et, étant surtout amateur de musique classique pendant mon adolescence, je trouve, avec le temps, que le JAZZ est la musique de la VRAIE vie. Pas dramatique, pas extrême, mais faite de rose avec des touches de gris, et de gris avec des touches de rose… bref jazzy. Et bien sûr pour des tas d'autres raisons plus savantes…

 

2 : Pourquoi le nom de "Music Village" ?

 

En référence au Village Vanguard d’abord et ensuite, à l’origine, pour permettre d’ouvrir l’espace à d’autres musiques. Ce qui n’est plus trop d’actualité… Et puis l’idée de «Village» me semblait «cosy» : atmosphère, atmosphère….

 

3 : Pourquoi près de la Grand Place ?

 

Clairement pour bénéficier d’une visibilité nationale et internationale. Pour être au centre de la capitale de l’Europe et pour cette dernière. Pour ajouter un atout culturel international (qui manquait d’ailleurs…). Et parce que l’Anglais et le jazz, c’est éminemment international et «œcuménique».

 

4 : Quel a été ton premier contact avec le jazz et le premier coup de coeur ?

 

Mon instituteur primaire, en 1ère et 2e, qui s’appelait Charles Denose, jouait en classe de la guitare jazz et du banjo. Voyant mon intérêt, il avait même prêté à mes parents l’intégrale de Django Reinhardt (en vinyle, indeed. Années 1958…).

 

5 : Quel est ton meilleur souvenir, parmi les nombreux concerts, au Music Village ?

 

Le tout premier concert live, en août 2000, quand les premiers accords ont résonné pour un public. J’ai versé quelques larmes, même… (en coulisses, indeed) Il y avait, entre autres, Roger Van Ha et Johan Clement.

 

6 : Si tu n’avais aucune limite de budget, quel artiste rêverais-tu de voir un soir (ou deux, ou trois, ou plus) au Music Village?

 

Jacky Terrasson sans aucune hésitation.

 

7 : Que penses-tu de l’évolution du jazz (en Belgique ou ailleurs) depuis ces dix dernières années ?

 

Probablement qu’il y a un peu plus d’intérêt de la part des plus jeunes pour le répertoire classique. Qu’il y a moins d’ «extrémisme» créatif. Et qu’il y a toujours aussi peu de clubs de jazz… J’essaie d’y travailler au sein du Conseil des Musiques non Classiques.

 

8 : Quel est la plus grande difficulté à surmonter lorsqu¹on est patron d¹un club de jazz ?

 

Arriver à faire un bon mix entre «jazz-art» et de «jazz-entertainment», les 2 piliers du jazz qui sont certainement, selon moi, les seules manières de se projeter dans l’avenir. Cela dit, de manière plus prosaïque, le problème est toujours d’arriver à boucler les budgets, en étant, pour l’essentiel autofinancé (90%).

 

9 : Sur quels critères as-tu établi le programme pour « fêter » ces dix ans ?

 

Je voulais avant tout réunir un maximum de musiciens – belges surtout – qui ont accompagné et compris mon aventure depuis 10 ans.

 

10 : Que nous réserve le Music Village pour les dix ans à venir ?

 

Je veux surtout continuer à soutenir le jazz «classique» et ses musiciens belges, et offrir à un public renouvelé, qui n’est pas toujours spécialiste, une belle introduction vers la musique de jazz. Et, en même temps, présenter ceux qui, parmi la jeune génération, partagent les valeurs éternelles du jazz qui sont pour moi : swing, intelligence, créativité, plaisir partagé… et puis, l’atmosphère !

 

 

Réservez dès maintenant vos places pour le mois de septembre… et les dix années à venir.

Happy birthday, Paul.

 

(Merci à Jos Knaepen pour la photo). 

 

 

A+

 

09/05/2010

Julie Jaroszewski joue Grisélidis Réal qui chante Kurt Weill

Samedi 17 avril, dans la petite salle de La Samaritaine, le public s’installe dans un léger brouhaha.

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Julie Jaroszewski est déjà sur scène. Comme une prostituée qui attend le client. Elle s’approche d’une petite table sur laquelle une fenêtre miniature est installée. Elle se maquille, ouvre le petit rideau et retourne une pancarte sur laquelle on peut lire «open».

«Enfin! mon rêve se réalise : une vraie pute, faisant la pute, dans un vrai théâtre!»

Julie a repris et assemblé plusieurs textes de Grisélidis Réal, écrivain-prostituée et catin révolutionnaire, comme elle aimait se définir. Sans préliminaire, nous voilà embarqué dans un monologue poignant, dans un long plaidoyer pour les droits des femmes, la dignité des femmes et de celles qui ont choisi de vivre de la profession du sexe.

Le texte est sans fard. Réaliste. Ni noir, ni triste. Ni joyeux. C’est le témoignage d’une expérience, c’est une réflexion lucide sur l’être humain. Les mots sont forts, justes et extrêmement bien cousus les uns aux autres. Il faut avouer que Grisélidis Réal a un talent inné pour les faire sonner. Des mots pleins de sens et des phrases sans langue de bois. Au travers des ces récits, c’est tous les non-dits, les luttes, les coups et les blessures de l’âme qui surgissent en plein jour.

Julie les délivre avec un réalisme confondant. Jamais, elle ne surjoue. Eloignée du micro, elle ne tente pas d’élever la voix comme on le fait généralement au théâtre, mais elle continue à nous parler. À nous de tendre l’oreille pour mieux comprendre encore le sens des paroles. Julie est comédienne et non pas une chanteuse qui joue la comédie.

Julie parle, crie, pleure, rit, … Julie vit.

Accompagnée au piano par Charles Loos et à l’accordéon par Philippe Thuriot, son discours est entrecoupé des chansons de Kurt Weill (Lonely House, Youkali Tango, One Life To Live…). Le choix de Weill n’est pas innocent. Lui aussi raconte la soumission, l’amour, la détresse, l’abandon, la lutte, l’espoir. Textes et musique s’enlacent.

Julie chante, sobrement, avec conviction.

Julie est chanteuse et non pas une comédienne qui chante.

Une fois de plus, elle mélange les genres et va jusqu’au bout de ses idées. Sans concession. Avec un putain de talent.

Puis, elle éteint les lumières et referme le petit rideau.

Nous, on espère qu’il se rouvrira encore souvent.

 

A+

 

06/10/2009

Musicalix 2009

 

Musicalix, deuxième du nom.

Au programme, cette année, quelques groupes que je ne connaissais pas et que, malheureusement, je n’aurai pas l’occasion de voir (Yellow Green Big Band, Samba Da Candeia), et de d’autres, que je connaissais et que je ne verrai pas non plus faute de temps (Musique Flexible ou le trio de Vincent Antoine, dont le Swingin’ Voices m’avait vraiment impressionné lors du dernier festival Dinant Jazz Nights)…

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J’arrive juste à temps pour écouter les KMG’s, nouvelle formule.

On a laissé de côté le clinquant et les paillettes psychédéliques pour se concentrer un peu plus sur le côté roots et la transpiration. C’est sans doute dû à l’arrivée du “nouveau” chanteur (ça fait plus d’un an, mais bon…) Adam The First (alias Adam Laurinaitis).

Voix singulière à la tessiture assez large, gestuelle et présence charismatique sur scène, Adam The First impose son style. Les KMG’s flirtent désormais encore un peu plus souvent avec la soul mais n’oublient jamais le funk. La section rythmique est toujours aussi efficace, c’est rôdé et ça joue ferme. Les anciens morceaux, revus et retravaillés, se mélangent aux nouveaux et l’intensité ne fait que monter. Les KMG’s reprennent de l’épaisseur. Ce n’est que du plaisir !

 

Vers 20h30, on laisse les braves gens dormir en paix, et l’on abandonne le chapiteau pour rejoindre la salle du Centre Culturel de Joli Bois.

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C’est Julie Jaroszewski et son quartette - Rui Salgado (cb), Nicolas Chkifi (dm) et Charles Loos (p) - qui nous accueillent. Très influencée par la musique hispanisante (elle entame son concert avec «Alfonsina Y El Mar») et le flamenco (elle chante «You And The Night And The Music» en tapant des talons façon taconeado), Julie a vite fait de nous emmener dans son petit univers. Elle reprend «My Funny Valentine» ou «You Don’t Know What Love Is» avec pudeur et sincérité. Elle prend du plaisir sur «Bye Bye Blackbird» et puis nous tire presque les larmes avec un troublant et poignant «La solitude» de Barbara. Frisson.

Vous ai-je déjà dit que cette fille avait du talent? A suivre, à suivre, à suivre…

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Pour finir en beauté ce festival décidément bien sympathique, place à The Radoni’s Tribe (dont j’avais déjà parlé ici). Le groupe s’est formé, rappelons-le, à la suite de la disparition Paolo Radoni. Quelques musiciens, parmi ses plus fidèles amis, se sont en effet mis en tête de continuer à faire vivre (ou à faire connaître et reconnaître) la musique du guitariste pour notre plus grand bonheur.

Paolo Loveri (g) a pris le lead, Michel Herr a fait de sublimes arrangements, et un album a vu le jour l’année dernière chez Mogno .

Ce soir (hormis les invités que l’on retrouve sur le disque,  comme Philip Catherine, Peter Hertmans, Alex Furnelle etc…) ils sont tous là, ou presque, puisque c’est Bas Cooymans qui remplace exceptionnellement l’habituel Bart De Nolf à la contrebasse.

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En formation complète («Touch Of Silver», ça sonne!), en trio ou en solo (superbe Charles Loos sur «Cupid’s Wings»), la tribu nous fait passer du rire à l’attendrissement. Le drumming délicat et précis de Bruno Castellucci se marie avec subtilité au lyrisme du saxophone de Ben Sluijs et au souffle limpide de la trompette de Gino Lattuca. Chrystel Wautier (voc) très à l’aise sur les thèmes swinguants, ne peut que nous emmener au paradis quand elle entame son «Let Me Hear A Simple Song». Quant à Paolo Loveri, il nous fait fondre lorsqu’il revisite «Luiza», de Jobim, que Paolo Radoni considérait comme l’une des plus belles chansons jamais écrite.

Radoni’s Tribe prouve que la musique peut encore être simple et sophistiquée à la fois. Intelligente et accessible. Actuelle et intemporelle.

 

Merci Musicalix!  Et à l’année prochaine, sans faute.

 

A+

 

13/04/2009

Radoni's Tribe - CD Release au Sound

Voilà plus d’un an, Paolo Radoni nous quittait.
Brutalement.

Paolo était guitariste mais aussi un superbe compositeur.
On s’en rend encore mieux compte à l’écoute de ce très bel album qui lui rend hommage: «Let Me Hear A Simple Song».

Radoni’s Tribe !
La belle idée.
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Cette tribu, dont les membres ont bien connu Paolo, s’est formée simplement, facilement, naturellement. Comme l’aurait aimé Paolo.

C’est Brigitte, son épouse, qui eut l’idée avec Paolo Loveri de réunir Gino Lattuca, Ben Sluijs, Charles Loos, Bart De Nolf, Alex Furnelle et Bruno Castellucci pour revisiter quelques unes des plus belles compositions du guitariste.
Dans cette tribu, on y retrouve aussi Chrystel Wautier, Christine Schaller, Frank Wuyts, Denis Van Hecke, Fanny Wuyts, Peter Hertmans et Philip Catherine… Excusez du peu…

La belle idée, c’est aussi d’avoir demandé à Michel Herr d’en faire les arrangements.
Le résultat est en tout point merveilleux et les mélodies en sont magnifiées.
Quel superbe travail.

Su ce disque, il y a beaucoup de ballades – mais quelles ballades ! – et peu de morceaux rapides («Touch Of Silver» et «My Li’l Angel»). Pourtant, l’album est très varié, car les thèmes et les mélodies sont riches.

Au Sounds, ce vendredi 3 avril, la troupe au grand complet présentait officiellement la sortie du disque.

Il y avait beaucoup de monde, bien sûr, et l’ambiance était chaude et amicale.
Pas trop de nostalgie mais plutôt une envie de faire la fête à Paolo. Sobrement.
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Plutôt que de vous faire le concert dans le détail, je préfère vous conseiller de vous procurer cet album au plus vite.
C’est un petit bijou, je vous dis.

Mes coups de cœur ?
«Let Me Hear A Simple Song» bien sûr, pour les superbes arrangements, pour la voix de Chrystel, pour les interventions de Gino.
Comment ne pourrais-je pas avoir la gorge serrée à l’écoute de ce morceau? Pas qu’il soit triste, au contraire, mais parce que je me souviens l’avoir entendu chanté par Chrystel pour la toute première fois au Sounds en compagnie de…Paolo lui-même.

«Levante», pour son aspect modal, pour cette mélodie mystérieuse et sensuelle. Pour le sax de Ben Sluijs (extraordinaire tout au long de l’album!).

«Chove sol» pour le duo de guitares ente Philip Catherine et Paolo Loveri.

«Cupid’s Wings» pour Charles Loos…

«Trapèze» pour cette ritournelle entre Loveri et Loos qui vous fait siffloter le reste de la journée.

«Milano Per Caso», pour son petit côté «Nino Rota», avec des arrangements décalés de Frank Wuyts…

Et puis, «Ballad For One» pour Peter Hertmans… et le jeu de Castellucci aux balais…

Et puis «Vento»…spectral.

Oh… et puis, tous les autres morceaux aussi…

A+

29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

03/09/2008

Bernard Guyot au Brassages

 

Le Travers a trente ans

Que faisiez-vous, il y a trente ans ?
Vous vous rappelez ?

Jules Imberechts, lui, s’en souvient très bien: il créait, sans vraiment s’en rendre compte, l’un des clubs les plus influents de la scène jazz Belge et Européenne.

Jules Du Travers !
C’est ainsi qu’on le connaît et qu’on l’appelle dans la sphère jazz.
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Les trente ans se fêteront au théâtre le Marni, qui abrite depuis quelques années déjà les restes (bien conservés finalement) de ce club qui n’a pas pu survivre aux règles impitoyables de l’économie.

Il faut dire qu’à l’époque, Jules, et son acolyte Philippe De Visscher, pensaient plus à se faire plaisir qu’à gagner leur vie sur le compte du jazz (c’est possible ça, d’ailleurs ??).

Avec 49 chaises (une de plus et il fallait avoir les autorisations des pompiers pour pouvoir "exercer") et avec des noms aussi illustres que Archie Shepp, Joe Henderson, Paul Motian, Joe Lovano, Art Ensemble Of Chicago ou encore Hermeto Pascoal, comment voulez-vous qu'ils s'en sortent?

... Je reviendrai sur cette incroyable histoire l’un de ces jours.

Pour l’instant, le Travers «Emotions» (comme il a été rebaptisé) fait son festival au Marni, à partir du 4 septembre (avec Kevin Mulligan et Philip Catherine en ouverture) jusqu’au 12.

En prélude à cet évènement, Jules a imaginé, avec l’aide du saxophoniste Bernard Guyot, de faire revivre quelques thèmes écrits par des grands noms du jazz belge en l’honneur de ce club mythique et de son patron.
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Rendez-vous à Dongelberg, au Brassages, pour la générale, avec le sextette formé par le ténor.

Charles Loos au piano, Yannick Peeters à la contrebasse, Wim Egermont aux drums et, outre Bernard Guyot, deux souffleurs: Jean-Paul Estiévenart, au bugle et à la trompette et Stéphane Mercier à l’alto.

Un premier set entre lyrisme et bop, sur des compositions de Guyot ou de Charles Loos, dont un magnifique et sensible morceau
en hommage à son père, aux relents de marching jazz, gospel et blues (Mais quel est son titre ??).

Le deuxième set est consacré entièrement au Travers avec trois morceaux écrits en son temps par Frank Wuyts («Jules Le Noble»), Benoît Louis («Julius Traverius») et Charles Loos déjà («Travers»).

Mais il y aura aussi une suite en quatre parties, écrite récemment et tout spécialement pour les trente ans du club par Bernard Guyot: «À Travers tout».

Partie swinguante d’abord, pleine d’optimisme et d’insouciance.
Une seconde partie plus feutrée, où les saxes se font caressants, chaleureux, presque sensuels. Le thème est serpentant, ondulant et puis, tout à coup, il devient tourmenté sous les attaques rageuses de Charles Loos.

Il évolue ensuite vers l’inquiétude… voire le fatalisme.
Dans cette troisième partie, Jean-Paul Estiévenart, au bugle, évoque les réveils difficiles et une certaine idée de la gueule de bois…
Mais finalement, le quatrième mouvement redonne espoir.
Tel le Phénix qui renaît de ses cendres: une mélodie lumineuse voit le jour.

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C’est toute l’histoire du Travers qui vient de défiler en une petite vingtaine de minutes.

Et c’est un petit bijou.

Vous aurez le droit d'entendre à nouveau ce très beau moment de jazz très évocateur vendredi, au Marni, lors de la deuxième soirée du festival. Ne ratez pas ça.

D’ailleurs, je vous y donne «rendez-vous», comme on dit dans ce théâtre…

A+

24/08/2008

Sabin Todorov sur Citizen et les J.O.

Petit détour du côté de Citizen Jazz.
Cette fois-ci, c’est pour vous inviter à aller lire ma chronique de «Inside Story» de Sabin Todorov et ensuite, à moins que ce ne soit déjà fait, aller vous procurer  l’album.

Rappelez-vous, j’avais vu le concert du pianiste et son trio à Bruges voici quelques mois.

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«Inside Story» est sorti chez Igloo et est dans les bacs des bons disquaires depuis quelque temps déjà.


Autre album sorti récemment et qui trône déjà dans les bacs, c’est «JazzOlympics».
Il me semblait opportun d’en parler après l’obtention d’une médaille d’Or de notre belle, brillante et très sympathique Tia Hellebaut au saut en hauteur

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L’album est d’ailleurs de couleur jaune, comme l’or, et vous le repèrerez facilement.

«JazzOlympics» est une initiative du COIB afin d’encourager nos athlètes et d’illustrer les valeurs Olympiques. L’album est produit par Jan Hautekiet et Jean Kluger.

Huit «groupes» (le 8 du 8 en 2008 etc…vous connaissez l’histoire), se sont donc donnés rendez-vous pour illustrer huit thèmes chers au Baron de Coubertin. Ainsi, la fraternité, le dépassement de soi, la tolérance, le fair-play etc… sont déclinés par quelques-uns de nos meilleurs jazzmen belges.

Le porte-drapeau de la délégation n’est autre que Toot Thielemans qui ouvre la marche avec un tendre «Best Of Yourself», suivi par David Linx et le BJO pour un «Fraternity» sous forme de chanson optimiste, sautillante et légère.
On retrouve bien sûr Philip Catherine dans un «Friendship» intimiste et recueilli, en duo avec Philippe Decock (keyboards).

Nathalie Loriers, quant à elle, revient en trio (Philippe Aerts (cb), mais aussi pour l’occasion Stéphane Galland aux drums) pour nous offrir l’un des meilleurs morceaux du disque (à mon avis): «Confidence». Thème bâti sur un swing fébrile, fait de tensions et de breaks jubilatoires.
Le toucher de la pianiste et ses arrangements sont de pures merveilles. Ça donne vraiment envie de revoir rapidement Nathalie avec cette formule

 

 

Autres belles surprises de l’album: «Tolerance» de Michel Herr et son Life Lines ainsi que «Solidarity» de Jef Neve.
Pour le premier, on saluera les arrangements finement ciselés qui permettent à Jacques Pirotton (g), Alexandre Cavalière (violon), Fabrice Alleman (ts, ss) ou encore Peter Vandendriessche (as) d’intervenir dans de riches et réjouissantes improvisations.
Le deuxième, Jef donc, explore un peu plus mélodiquement ce qu’il a commencé sur le «bonus CD» de son dernier album «Soul In A Picture»: c’est-à-dire une fusion entre jazz acoustique, loops et électro. Une belle réussite.

HLM (Houben, Loos, Maurane) et Stéphane Mercier font aussi partie de l’équipe et proposent de tendres sympathiques compositions.

Ils sont donc huit, mais le BJO s’offre un tour d’honneur avec un dynamique et tonitruant «The Hopper», histoire de terminer par un feu d’artifice.

Alors, faites comme Tia, rentrez à la maison avec de l’or.

A+