11/07/2017

Lynn Cassiers et SCHNTZL au Brosella

J'ai toujours été admiratif des artistes qui arrivent à imaginer, inventer et créer à partir de… rien. Admiratif aussi du courage qu'il leur faut pour oser présenter au public une musique qui n’existait pas avant. Non seulement il faut pouvoir la concrétiser mais aussi pouvoir convaincre d’autres d’y croire aussi. Et d’y participer.

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Lynn Cassiers s’est donc entourée de musiciens qui comprennent sa musique et qui peuvent l’emmener encore plus loin.

Pour son Imaginary Band, elle a rassemblé des fidèles compagnons de route, tels que Manolo Cabras à la contrebasse, Erik Vermeulen au piano, Marek Patrman aux drums, mais aussi Alexandra Grimal au soprano et au ténor, Niels Van Heertum au tuba et Ananta Roosens au violon (et un peu à la trompette).

Lynn Cassiers est bien plus qu'une chanteuse et musicienne, c'est une artiste, et son univers est unique.

Oser présenter cette musique très personnelle, intimiste, conceptuelle et contemporaine sur la scène du très familial festival Brosella est une gageure. Soulignons donc l’audace des programmateurs d’avoir proposé cette carte blanche à Lynn. Et remercions-les.

Voilà donc que de longues plages fantomatiques et évolutives envahissent le Théâtre de Verdure. Guidée par la voix cristalline et diaphane de Lynn, la musique se trouve un chemin dans des méandres harmoniques complexes. Le chant ouaté s’entoure de scintillances. De légères réverbérations font échos au souffle chaud du ténor d’Alexandra Grimal, tour à tour félin et acéré. Les notes qu’elle lâche s’éparpillent comme mille feuilles d’arbres prisent dans un coup de vent. Derrière, le jeu foisonnant de Marek, souvent aux balais, et la pulse libre mais précise de Manolo, assurent mais ouvrent toujours le jeu. Et puis il y a les interventions brillantes d’Erik Vermeulen - l’un des pianistes les plus inventifs en Belgique - incisif, parcimonieux, déroutant. Il y a aussi les feulements du tuba de Niels Van Heertum qui démontre toute sa maestria en faisant parler son instrument (sur «We Talk», justement) à force de cris, de râles, de souffles, de grondements profonds ou aigus et de balancements hypnotiques. Entre la chanteuse et la violoniste, les dialogues sont tout aussi subtils, joués parfois à l'unisson et même aussi sur la même tessiture que la chanteuse. A moins que ce ne soit l’inverse car Lynn et sa voix de sirène sont capables de tout.

Atmosphère, musique en apesanteur, Lynn Cassiers a emporté ceux qui le voulaient dans son monde unique, étrange et envoûtant.

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Un peu plus haut dans le parc, sur la seconde scène, SCHNTZL (Hendrik Lasure au piano et Casper Van De Velde aux drums) continue un peu dans la même veine. Enfin, presque.

Ici, la musique est très minimaliste et souvent répétitive. Mais on y ressent un peu plus de groove sans doute. J’avais vu ce duo la première fois à Bruges, il y a deux ans, lors du Belgian Jazz Meeting, et il m’avait vraiment emballé. Il y avait de la fraîcheur et des surprises et pas mal d'humour. On avait retrouvé un peu de tout cela sur leur premier et excellent album, même si on perdait un tout petit peu en spontanéité.

En reprenant quelques-un des morceaux dudit album («Lindbergh», «Dame en Konijn») et autres nouveaux morceaux, SCHNTZL reste très séduisant mais semble vouloir un peu trop sophistiquer sa musique au détriment, parfois, de la légèreté, de la liberté et la désinvolture qui font sa force. Bien sûr les ambiances sont toujours intrigantes, la musique intelligente et les deux amis maîtrisent leurs instruments à la perfection… mais le soufflé est peut-être un tout petit peu retombé ce soir. Hé oui, quand on aime, on est toujours plus exigeant.

Et puis, c’est cela aussi être artiste. Oser avancer, tenter, chercher, au risque de déplaire ou d'être incompris…

 

 

Merci ©Roger Vantilt pour les images

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